Argot

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Un argot est un registre de langue ou un parler particulier à un groupe social, c'est-à-dire un sociolecte, qui vise à exclure tout tiers de la communication. L'argot a initialement pour fonction de crypter le message, avec pour visée qu'un non-initié ne le comprenne pas. Il a également une fonction identitaire car il permet la reconnaissance mutuelle des membres du groupe et la démonstration de leur séparation de la société par un langage différent. Il faut distingue
Argot

Un argot est un registre de langue ou un parler particulier à un groupe social, c'est-à-dire un sociolecte, qui vise à exclure tout tiers de la communication. L'argot a initialement pour fonction de crypter le message, avec pour visée qu'un non-initié ne le comprenne pas. Il a également une fonction identitaire car il permet la reconnaissance mutuelle des membres du groupe et la démonstration de leur séparation de la société par un langage différent. Il faut distinguer l'argot du jargon, qui est propre à un groupe professionnel et est censé en théorie ne pas avoir cette visée cryptique.

Fonctions et origines de l'argot

-L'utilisation de l'argot est également une façon de contourner les tabous instaurés par la société. Le langage courant témoigne d'une certaine retenue à évoquer certaines réalités explicitement. L'argot, mais aussi le langage familier, permet alors de désigner ces réalités par un langage détourné, dénué des connotations immédiates liées aux mots du registre habituel. Cela explique que le lexique argotique soit particulièrement riche dans certains domaines comme la sexualité, mais aussi la violence, les crimes et la drogue. Cette fonction de contournement des tabous est utilisée par l'argot commun dans le premier cas, par la pègre dans le second.
-Il n'existe pas un argot, mais des argots (ou des parlures argotiques, pour reprendre l'expression de Denise François-Geiger et Jean-Pierre Goudaillier). Différents groupes sociaux ont développé, à des époques différentes, leur propre parler. L'importance des fonctions cryptiques et identitaires varie entre les argots. On remarque que la tendance actuelle privilégie l'identitaire sur le cryptique : le français contemporain des cités en particulier a moins besoin de masquer son message que de marquer l'appartenance à son groupe et, par opposition, son rejet de la société productive.
-Il faut remarquer également que, pour que les tiers soient maintenus dans l'incompréhension de la communication, l'argot doit constamment renouveler ses procédés d'expression, spécifiquement son lexique. L'existence de dictionnaires d'argot annule bien sûr toute l'efficacité des mots définis. De nombreux termes originaires de l'argot sont d'ailleurs passés dans le registre familier, voire dans le langage courant (par exemple, cambrioler et ses dérivés sont issus de l'argot cambriole « chambre »). Ainsi, certains mots ou expressions possèdent une foule de traductions argotiques, la palme revenant à des termes comme « argent », « femme » ou « faire l'amour » qui possèdent plus d'un millier d'équivalents en argot. A la fin du Moyen-Age, les émigrés bretons en France étaient nombreux et parlaient mal le français. Leur baragouin était déjà ridiculisé dans une farce à propos de leurs supposées disputes sur le marché des fosses d’aisances. Ils en auraient réclamé le monopole. De là, l’argot par homophonie avec ar kaoc’h, la m... parlée par les gueux de Bretagne ou ar kork.
-À l'origine (peu avant 1630), le mot Argot a désigné le monde des mendiants, puis vers 1700, le « jargon » des gueux, puis le parler des voleurs. Des argots se sont également développés dans d'autres groupes sociaux, et chaque profession, chaque quartier possède son propre « argot ».
-En France, le concept apparaît au XIIIe siècle et est identifié en provençal sous le nom de « jargon ». François Villon utilise au XVe siècle le terme de « jobelin », puis au siècle suivant apparaissent « baragouin », « narquois » ou « blesquin », notamment. Le premier texte français entièrement centré sur la vie et le jargon des petits merciers et des gueux est publié à Lyon en 1596 chez Jean Jullieron. Il s'agit de La vie généreuse des Mercelots, Gueux et Boesmiens signé par Péchon de Ruby. Ce texte connaîtra 5 rééditions jusqu'en 1627 et sera à l'origine du développement de la littérature argotique. Il contient au final un lexique de 150 mots d'argot qui évoluera d'une édition à l'autre. Ce n'est que vers 1630 que le mot argot apparaît avec le sens de "monde des mendiants" dans l'ouvrage publié par Olivier Chéreau, Le Jargon ou Langage de l'Argot reformé.
-C'est surtout la littérature qui diffuse « la langue verte », des Mémoires de l'ex-bagnard Vidocq au Mystères de Paris d'Eugène Sue en passant par Victor Hugo, « L'argot, c'est le verbe devenu forçat ! », et Les Mohicans de Paris de Balzac, et plus encore sous la Troisième République avec Émile Zola, Francis Carco, Édouard Bourdet et Jacques Perret pour ne citer qu'eux. Notons qu'à travers ces ouvrages, c'est plutôt l'argot « parisien » qui est mis en lumière.
-L'argot « parisien » reste très vivace à Paris jusqu'aux années 1950. L'évolution sociologique de la population parisienne explique en grande partie cette « mort » de l'argot parisien qui ne se pratique plus vraiment dans la rue mais, qui fit longtemps la joie des lecteurs de romans comme San Antonio, des spectateurs de films dialogués par Michel Audiard ou des auditeurs de chansons de Pierre Perret, de Renaud ou de sketches de Coluche. Aujourd'hui, des jeunes auteurs de romans tels que Anthony Michel et son personnage Toni Truand reprennent ce genre de langage.
-Le verlan est une évolution de l'argot qui après plusieurs décennies de sommeil prit un nouvel essor dans les années 1970. D'autres formes de langages codés ont depuis lors pris le relais, sans toutefois retrouver la créativité de certaines expressions typiques de l'argot « classique ».

Argot commun

L'argot commun, parfois appelé jargot, est un parler familier dérivé de l'argot mais qui en a perdu les fonctions cryptiques et identitaires. Il n'est plus spécifique à un groupe, et est essentiellement utilisé dans une visée ludique : les locuteurs « jouent » à reproduire un parler largement connoté. Il reprend en général du vocabulaire argotique « dépassé », abandonné par le groupe social qui en est l'origine dès qu'il a été compris par des tiers. Le « français branché » des années 1980 est un exemple typique d'argot commun.

Procédés d'élaboration de l'argot

Pour élaborer un parler qui lui est propre, un groupe social a recours à différents moyens. Le plus important est lexical : on associe d'ailleurs généralement l'argot uniquement à un vocabulaire particulier. Cependant, il peut y avoir également une modification de la syntaxe, même si elle est d'une bien moindre importance. En fait, l'argot est toujours connu pour son vocabulaire, mais cela ne signifie pas qu'il suit les règles syntaxiques, grammaticales, phonétiques, pragmatiques... de la langue standard. La formation des phrases, la prononciation, l'intonation, la gestuelle... sont très différentes de la norme officielle et participent donc à la distinction du groupe. Néanmoins, les procédés autres que lexicaux utilisés par l'argot ne lui sont en général pas propres : il s'agit généralement de caractères du langage familier ou populaire. Quant aux procédés d'élaboration lexicale, ils sont de deux types : soit sémantiques (modification et jeu sur les sens des mots), soit formels (création ou modification de mots). Lorsque l'élaboration lexicale est formelle, on assiste souvent à une déconstruction du langage courant : l'argot déforme, mélange, déstructure, découpe... les mots et enfreint les règles. Cette déconstruction laisse transparaître la volonté du groupe social de se démarquer en rejetant la société établie. Les procédés décrits ici concernent l'argot français actuel, et plus particulièrement le français contemporain des cités.
- Procédé syntaxique
- Changement de classe lexicale des mots : en général, il s'agit de l'utilisation d'un adjectif à la place d'un adverbe. Exemple : il assure grave pour « il est vraiment très bon ».
- Procédés lexicaux
- Sémantiques
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- Métaphore : expression imagée qui désigne une chose.
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- Métonymie (y compris synecdoque) : désignation d'une chose par un de ses composants.
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- Polysémie et synonymie : jeux sur les multiples sens des mots.
- Formels
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- Composition lexicale.
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- Dérivation ou resuffixation de mots existants au moyen de suffixes populaires (-ard, -asse, -oque, -ax, -ouille...). Exemples : connard et connasse dérivés de con, pourrave dérivé de pourri, matos dérivé de matériel.
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- Apocope : troncation d'une ou plusieurs syllabes finales d'un mot. Exemples : pèt pour pétard (joint), tox pour toxicomane.
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- Aphérèse: troncation d'une ou plusieurs syllabes initiales d'un mot. L'aphérèse, très rare jusqu'à présent en français, est particulièrement présente en français contemporain des cités. Exemples : blème pour problème, zik pour musique (après un passage par le verlan zikmu).
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- Redoublement, éventuellement après troncation, d'une syllabe. Exemple: zonzon pour prison.
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- Systèmes de codage. Parmi ceux-là citons :
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- Le verlan, procédé très utilisé depuis 1980. Exemples : keuf verlan de flic (via le passage par un stade disyllabique hypothétique keufli), rabza verlan de arabes.
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- Javanais, consistant à rajouter le son av (ou tout autre son) entre les consonnes et les voyelles. Par exemple Marcel -> M'avarçavel.
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- Louchébem (ou largonji), consistant à remplacer la consonne initiale par un L, et la reporter à la fin du mot avec une terminaison (initialement créé par les louchébems de Laripette). Boucher -> loucher'bem
; À poil -> à loil'pé . Le mot loufoque est entré dans le vocabulaire courant. Fou -> loufoque'
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- Siglaison : dénomination d'une réalité par un sigle, et éventuellement création de dérivés à partir de ce sigle. Exemples : LBV pour Libreville, TDC pour tombé du camion (volé).
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- Emprunts à d'autres langues. Exemples : maboul de l'arabe mahbûl « fou », bédo (joint) du tzigane, go (fille) du wolof. Cette liste est inspirée de la classification de Marc Sourdot (opus cité ci-dessous).

Exemples de termes d'argot

-Argent : artiche, as, aspine, aubert, avoine, balles, beurre, biftons, blanquette, blé, boules, braise, bulle, caire, carbure, carme, chels, craisbi, douille, fafiots, fifrelins, flouze, fourrage, fraîche, fric, galette, galtouse, ganot, gibe, graisse, grisbi, japonais, love, maille, mornifle, némo, os, oseille, osier, pépètes, pèse, picaillons, pimpions, plâtre, pognon, radis, rafia, ronds, sauce, soudure, talbins, trêfle, thune...
-Femme : belette, bombe, bourgeoise, frangine, gerce, gisquette, gonzesse, gonze, greluche, greluse, grognasse, meuf, nana, nière, polka, poupée, sœur, souris, star, taupe...
-Manger : becqueter, bouffer, boulotter, briffer, cartoucher, casser la croûte (ou la dalle), casser la graine, claper, croûter, galimafrer, grailler, jaffer, mastéguer, morfiler, tortorer...
-Policier : archer, bignolon, bourdille, cogne, condé, flic, keuf, matuche, pandore, perdreau (-> drauper), poulet (-> poulagas, poulardin, pouleman), royco, dek (-> dekiz, kizdé), chtar, schmitt, cochons, beufs...
-Siège de la PJ : grande volière, maison parapluie, maison de poulagas, maison pullmann, KFC (en lien avec les poulets)...
-Faire l'amour : baiser, niquer, forniquer, troncher, enfourner son pain, procréer, bourrer, défoncer, copuler, harponner, tringler, limer, fourrer, bouillave, culbuter, motoculter, expliquer l'heure, jouer aux cartes, flasher le bios, défragmenter, installer sa mémoire vive, configurer l'entre-jambes, découper, casser, massacrer, tremper son biscuit, taillader, souiller, dérouiller, débarouler, beurrer le croissant, farcir...
-Etre saoûl : beurré, bitu, bourré, malté, plein, seché, rond, déchiré, à bloc...

Voir aussi

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