Croissance économique

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Selon la définition classique de François PerrouxL’économie du , 1961., la croissance économique correspond à « l'augmentation soutenue pendant une ou plusieurs périodes longues d’un indicateur de dimension, pour une nation, le produit global net en termes réels ». En pratique, l'indicateur utilisé pour la mesurer est le produit intérieur brut ou PIB, et le taux de croissance est le taux de variation du PIB. De même, on utilise la croissanc
Croissance économique

Selon la définition classique de François PerrouxL’économie du , 1961., la croissance économique correspond à « l'augmentation soutenue pendant une ou plusieurs périodes longues d’un indicateur de dimension, pour une nation, le produit global net en termes réels ». En pratique, l'indicateur utilisé pour la mesurer est le produit intérieur brut ou PIB, et le taux de croissance est le taux de variation du PIB. De même, on utilise la croissance du PIB par habitant pour mesurer la croissance du niveau de vie, même si la notion de PNB (ou PIB) commandé tenant compte des échanges extérieurs est souvent retenue comme plus significative de ce niveau de vie. Ce PNB commandé a l'avantage de tenir compte des différences de prix entre les produits intérieurs et les importations, cependant il ne tient pas compte du fait que, pour savoir ce qui a été effectivement consommé, il faut soustraire au PIB les exportations, et lui ajouter les importations. Un pays en déficit structurel a donc un niveau de vie effectif supérieur à celui qu'indique le PIB, ou même le PIB commandé.

Introduction

Le terme de croissance est donc conventionnellement utilisé par les économistes pour décrire une augmentation de la production sur le long terme. À court terme, il est d'usage d'utiliser le terme d' « expansion » (qui s'oppose à la « récession » ou à la « dépression »). Au sens strict, la croissance décrit un processus d'accroissement de la seule production économique. Elle ne renvoie donc pas directement à l'ensemble des mutations économiques et sociales propres à une économie en expansion. Ces transformations au sens large sont, conventionnellement, désignées par le terme de développement économique. La croissance est un processus fondamental des économies contemporaines. Elle transforme la vie des individus en leur procurant davantage de biens et services (attention il ne faut pas confondre croissance et développement. On emploie le terme croissance lorsque l'on parle plus particulièrement de l'économie du pays tandis que le développement est un changement social qui peut par exemple modifier le niveau et le mode de vie des individus. Il est possible que dans certains pays, l'on observe la croissance sans le développement ou réciproquement). À long terme, le niveau de vie (que l'on ne doit pas confondre avec la qualité de vie) des individus dépend ainsi uniquement de cette croissance. De même, l'enrichissement qui résulte de la croissance économique permet seul (mais pas nécessairement) de supprimer la misère matérielle. La croissance du Produit Intérieur Brut par habitant provient d'une augmentation de la productivité - c'est-à-dire d'un accroissement de la quantité de production obtenue avec un volume déterminé de travail et de capital. Toutefois, l'augmentation de la productivité elle-même résulte fondamentalement du progrès technologique, c'est-à-dire de l'apparition de moyens de production plus productifs, ainsi que de l'invention de nouveaux biens et services commercialisables. Le contenu de la croissance économique n'est donc pas un simple accroissement des volumes produits, mais aussi et surtout l'effet de l'innovation apportant des biens et services plus sophistiqués, variés, performants ou adaptés à des besoins nouveaux. Depuis une trentaine d'années, en particulier à la suite du rapport Meadows, et plus encore dans les années récentes, la possibilité d'une croissance infinie de l'économie mondiale a été mise en question - en raison notamment de l'épuisabilité des ressources naturelles (pétrole, etc.) sur laquelle elle se fonde, ainsi que des externalités négatives (pollutions, destruction de l'environnement) qu'elle engendre.

Historique

Les historiens s’accordent généralement sur le fait que le niveau de vie des êtres humains sur l’ensemble du globe n’a que peu évolué depuis l’Antiquité jusqu’au XVIIIe siècle, mis à part une embellie en Europe occidentale entre le Xe et le XIIIe siècles, annulée par les épidémies et les famines du XIVe et du XVe siècles. La croissance économique est donc un phénomène récent et géographiquement limité. La phase de développement économique depuis l'émergence de l'économie de marché au n'a aucun précédent historique. Après le , lorsque différentes parties du monde entament très lentement et à tâtons des relations commerciales, on constate des périodes de croissance économique, mais éphémères et marginales. Les conditions de vie au étaient pratiquement semblables partout, ou du moins nous semblent-elles semblables dans la mesure où elles étaient très inférieures à ce que nous connaissons. On estime que la croissance globale de l'économie entre 1500 et 1820 n'est que d'un trentième de ce qu'elle a été depuis. Les revenus en Europe ont plus que décuplé. L'Asie accélère aussi son rythme de croissance depuis un demi siècle : le niveau de vie en Chine a été multiplié par six et celui du Japon par huit.
Niveau de vie
et croissance économique : tableau montrant l'évolution de l'indice des prix à la consommation aux É-Us de 1913 à 2006. Cependant, au le développement économique fut apparemment dans les faits assez paradoxal. En France, en dépit d'une croissance importante, le pays subit un développement important d'un paupérisme jamais connu jusqu'alors chez les paysans venus travailler dans les usines, et principalement chez les moins qualifiés d'entre eux. En difficulté pour trouver de l'emploi régulier, ils le subirent d'autant plus durement que leur départ de leur communauté d'origine avait crée une rupture des solidarités traditionnelles. Il faut dire ici que le niveau de vie et le développement n'ont commencé à être observés qu'au , si bien qu'il est difficile, faute de données, de faire une comparaison entre le et le . Ce que l'on sait, c'est qu'en France, la Révolution Française eut lieu dans un contexte de quasi-famine dans les campagnes, alors que tout le monde avait à manger au . Peu avant la Révolution Française, des observateurs avaient par exemple vu près de Chartres de nombreux hommes brouter de l'herbe comme les chevaux, n'ayant aucun autre moyen de subsistanceJules Michelet, Histoire de la Révolution Française. L'exode rural du a rendu la pauvreté manifestement plus visible, mais certainement pas plus grande. En 1913, le PIB/h français était de 3485 $Angus Maddison, The World Economy: A Millennial Perspective, OCDE, Paris, 2001. (dollars internationaux 1990). En 1998, il était de 19558 $. Le taux de croissance moyen du PIB/h était donc de 2, 0% sur cette période. S'il avait été de 1, 0%, le niveau de vie aurait été de 8199 $ en 1998, soit un peu moins que le niveau de vie réel de l'Uruguay (8314 $).

Chiffres de la croissance

La croissance dans les pays industrialisés

La croissance dans les pays industrialisés depuis 1990

Croissance de la zone euro

Quelques déterminants de la croissance

Xavier Sala-i-MartinXavier Sala-i-Martin, 15 Years of New Growth Economics: What Have We Learnt?, Barcelone, 2002. rappelle les principaux enseignements tirés d'une multitude de régressions entre pays :
- Il n'y a pas un seul déterminant simple de la croissance.
- Le niveau initial est la variable la plus importante et la plus robuste. (C'est-à-dire que, dans la plupart des cas, plus un pays est riche, moins il croît vite. Cette hypothèse est connue sous le nom de convergence conditionnelle.)
- La taille du gouvernement (administration, secteur public) n'a que peu d'importance. Par contre la qualité du gouvernement a beaucoup d'importance : les gouvernements qui causent l'hyperinflation, la distorsion des taux de change, des déficits excessifs ou une bureaucratie inefficace ont de très mauvais résultats.
- Les institutions (marché, propriété privée, état de droit) sont importantes.
- Les économies plus ouvertes tendent à croître plus vite. L'histoire, notamment celle du XVIIIe siècle, semble quand même montrer que l'extension des libertés (liberté d'entreprendre, liberté de circulation des idées, des personnes et des biens) est une condition de la croissance. Par exemple, il existe un certain nombre de cas où une population partageant les mêmes antécédents historiques, la même langue et les mêmes normes culturelles a été divisée entre deux systèmes, l'un étant une économie de marché et l'autre une économie dirigée et centralisée (les deux Allemagne, les deux Corée, la Chine et Taiwan). Dans chaque cas, les zones ayant pratiqué l'économie de marché ont montré une bien meilleure performance. L'effondrement de l'URSS témoigne également des meilleurs résultats des modèles économiques libéraux par rapports aux économies de type collectiviste.

Créer la croissance à court terme

Voir relance économique

Théories de la croissance

Les théories explicatives de la croissance sont relativement récentes dans l'histoire de la pensée économique. Ces théories ont conduit à mettre en avant le rôle primordial du progrès technique dans la croissance. Sur le long terme, seul le progrès technique est capable de rendre plus productive une économie (et donc de lui permettre de produire plus, c'est-à-dire d'avoir de la croissance). Toutefois, ces théories expliquent mal d'où provient ce progrès, et en particulier en quoi il est lié aux fonctionnement de l'économie.

L'école classique

Les économistes de l'école classique, écrivant pourtant au commencement de la révolution industrielle, pensaient qu'aucune croissance ne pouvait être durable, car toute production devait, selon eux, inexorablement converger vers un état stationnaire. C'est ainsi le cas de David Ricardo pour qui l'état stationnaire était le produit des rendements décroissants des terres cultivables, ou encore pour Thomas Malthus qui le liait à son "principe de population". Toutefois, Adam Smith, à travers son étude des effets de productivité induits par le développement de la division du travail, laissait entrevoir la possibilité d'une croissance ininterrompue.

L'innovation à l'origine de la croissance : Schumpeter

A partir des travaux sur les cycles économiques de Kondratieff, Joseph Schumpeter a développé la première théorie de la croissance sur une longue période. Il pensait que l'innovation portée par les entrepreneurs constituait la force motrice de la croissance, et introduisit le concept de « destruction créatrice » pour décrire le processus par lequel une économie voit se substituer à un modèle productif ancien un nouveau modèle fondé sur des innovations.

La croissance « sur le fil du rasoir » : Harrod et Domar

Après la seconde guerre mondiale, les économistes Harrod et Domar, influencés par Keynes, vont chercher à comprendre les conditions dans lesquelles une phase d'expansion peut être durable. Ainsi, s'il ne propose pas à proprement parler une théorie de la croissance (expliquant son origine sur une longue période), le modèle de Harrod-Domar permet, néanmoins, de faire ressortir le caractère fortement instable de tout processus d'expansion. En particulier, il montre que pour qu'une croissance soit équilibrée (c'est-à-dire que l'offre de production augmente ni moins (sousproduction) ni plus (surproduction) que la demande), il faut qu'elle respecte un taux précis, fonction de l'épargne et du coefficient de capital (quantité de capital utilisée pour produire une unité) de l'économie. Or, il n'y a aucune raison que la croissance, qui dépend de décisions individuelles (en particulier des projets d'investissement des entrepreneurs), respecte ce taux. De plus, si la croissance est inférieure à ce taux, elle va avoir tendance non pas à le rejoindre, mais à s'en éloigner davantage, diminuant progressivement (en raison du multiplicateur d'investissement). La croissance est donc, selon une expression d'Harrod, toujours « sur le fil du rasoir ». Ce modèle, construit après guerre et marqué par le pessimisme engendré par la crise de 1929, a toutefois été fortement critiqué. Il suppose, en effet, que ni le taux d'épargne, ni le coefficient de capital ne sont variables à court terme, ce qui n'est pas prouvé.

Le progrès technique comme résidu : modèle de Solow

Robert Solow a été le premier à proposer un modèle formel de la croissance. D'inspiration néoclassique, ce modèle se fonde sur une fonction de production à deux facteurs : le travail et le capital. La production résulte donc exclusivement de la mise en combinaison d'une certaine quantité de capital (moyens de production) et de travail (main d'œuvre). Le modèle de Solow se fonde sur l'hypothèse que les facteurs de production connaissent des rendements décroissants, c'est-à-dire qu'une augmentation de ceux-ci dans une certaine proportion engendre une augmentation dans une proportion plus faible de la production. Il pose également comme hypothèse que les facteurs de production sont utilisés de manière efficace par tous les pays. En posant que la population connaît un taux de croissance que Solow qualifie de « naturel » (non influencé par l'économie), le modèle déduit trois prédictions :
- Augmenter la quantité de capital (c’est-à-dire investir) augmente la croissance : avec un capital plus important, la main d'œuvre augmente sa productivité (dite apparente).
- Les pays pauvres auront un taux de croissance plus élevé que les pays riches. Ils ont en effet accumulé moins de capital, et connaissent donc des rendements décroissants plus faibles, c’est-à-dire que toute augmentation de capital y engendre une augmentation de la production proportionnellement plus forte que dans les pays riches.
- En raison des rendements décroissants des facteurs de production, les économies vont atteindre un point où toute augmentation des facteurs de production n'engendrera plus d'augmentation de la production. Ce point correspond à l'état stationnaire. Solow note toutefois que cette troisième prédiction est irréaliste : en fait, les économies n'atteignent jamais ce stade, en raison du progrès technique qui accroît la productivité des facteurs. Autrement dit, pour Solow, sur le long terme, la croissance provient du progrès technologique. Toutefois, ce progrès technologique est exogène au modèle, c'est-à-dire qu'il ne l'explique pas mais le considère comme donné (telle une « manne tombée du ciel »).

Endogénéiser le progrès technique : les nouvelles théories de la croissance

Les théories récentes cherchent précisément à rendre ce facteur endogène -c'est-à-dire à construire des modèles qui expliquent son apparition. Ces modèles ont été développés à partir de la fin des années 1970 notamment par Paul Romer et Robert Barro. Ils se fondent sur l'hypothèse que la croissance génère par elle-même le progrès technique. Ainsi, il n'y a plus de fatalité des rendements décroissants : la croissance engendre un progrès technique qui permet que ces rendements demeurent constants. La croissance, si elle génère du progrès technique, n'a donc plus de limite. À travers le progrès technique, la croissance constitue un processus qui s'auto-entretient. Ces modèles expliquent que la croissance engendre du progrès technique par trois grands mécanismes. Premièrement, le « learning by doing » : plus on produit, plus on apprend à produire de manière efficace. En produisant, on acquiert en particulier de l'expérience, qui accroît la productivité. Deuxièmement, la croissance favorise l'accumulation du capital humain, c'est à dire les compétences possédées par la main d'œuvre et dont dépend sa productivité. En effet, plus la croissance est forte, plus il est possible d'accroître le niveau d'instruction de la main d'œuvre, en investissant notamment dans le système éducatif. D’une manière générale, la hausse du niveau d'éducation de la population – par des moyens publics ou privés – est bénéfique. Troisièmement, la croissance permet de financer des infrastructures (publiques ou privées) qui la stimulent. La création de réseaux de communication efficaces favorisent, par exemple, l'activité productive. « La principale conclusions est qu'alors même qu' donnent un poids important aux mécanismes de marché, elles en indiquent nettement les limites. Ainsi il y a souvent nécessité de créer des arrangements en dehors du marché concurrenciel, ce qui peut impliquer une intervention active de l'Etat dans la sphère économique » Dominique Gallec et Pierre Ralle, Les nouvelles théories de la croissance, La Découverte, 1995, p. 112.. En particulier ce « retour de l'État » Ibid., p. 109. se traduit par le fait qu'il est investi d'un triple rôle : encourager les innovations en créant un cadre apte à coordoner les externalités qui découlent de toute innovation (par exemple grâce à la protection qu'offre aux innovateurs les brevets) ; susciter celles-ci en investissant dans la recherche (notamment fondamentale) et les infrastructures dont les externalités dépassent le profit que peuvent en attendre les acteurs privés ; améliorer le capital humain en investissant dans le système éducatif. D'une manière générale, c'est le rôle des politiques structurales de l'État, en particulier les investissements dans le capital public, qui est ainsi souligné. Ces modèles sont toutefois très frustres en ce qu'ils n'expliquent pas les mécanismes précis qui font que la croissance économique stimule le progrès technique. En particulier, chacun des modèles de ces théories ne s'attache qu'à un seul mécanisme liant progrès technique et croissance. Comme le notent Gallec et Ralle, « Le modèle général recouvrant l'ensemble des formes du progrès technique est sans doute trop complexe pour être élaboré, ce qui limite la portée des résultats obtenus puisque les interactions entre plusieurs formes existantes sont ignorées » Ibid., p. 90..

Controverses

Critiques du PIB

Le premier type de critique ne porte pas tant sur la croissance en tant que telle que sur l'indicateur qui permet communément de la mesurer – le PIB. Sur une longue période, où se place toute étude sur la croissance, le PIB est, en effet, un indice incertain. Le PIB est censé offrir une mesure quantitative du volume de la production. Toutefois, la mesure de ce volume dans des situations éloignées dans le temps ou l'espace et où la nature même de la production est très différente rend les comparaisons approximatives. Comparer le volume de la production de la France en 1800 et en 2000 n'a ainsi guère de sens : on n'y produit plus du tout les même produits. À cela s'ajoutent les critiques plus usuelles portant sur le PIB : il ne mesure pas, ou mal, l'économie informelle. D'autre part, s'il prend en compte la production des services publics gratuits, il ne mesure pas l'activité de production domestique (ménage, potagers, etc.). Selon la boutade d'Alfred Sauvy, il suffit de se marier avec sa cuisinière pour faire baisser le PIB. Enfin, il ne prend en compte que les valeurs ajoutées, et non la richesse possédée, par un pays. Une catastrophe naturelle (Katrina détruisant la Nouvelle-Orléans, par exemple), qui détruit de la richesse, va pourtant contribuer au PIB à travers l'activité de reconstruction qu'elle va générer. Cette contribution ne reflète pas la destruction antérieure, ni le coût du financement de la reconstruction.
- Courbe donnant l'historique du PIB rapporté à la population: le PIB par tête a changé très peu durant l'histoire humaine précédant la révolution industrielle ; ensuite, elle est de type exponentielle, ce qui induit des postures alarmistes pour les détracteurs de la croissance économique. ( note : les années vides correspondent à l'absence de données, pas à des niveaux très faibles ; les données correspondent aux années 1, 1000, 1500, 1600, 1700, 1820, 1900, et 2003.)

La croissance peut-elle être infinie ?

Il y a plusieurs objections à la thèse de la croissance infinie.
- La première est une limite exogène. La quantité de biens et de services mis en œuvre dans une société dépend de l'extension de la division du travail. Celle-ci à son tour dépend pour son entretien de ressources matérielles et de leur renouvellement. Même l'économie dite « immatérielle » dépend d'énergie électrique (ex : l'ordinateur NEC Earth Simulator consomme 12 MW) et autres infrastructures (les 130 millions d'ordinateurs produits en 2002 deviendront des déchets avant 2006). :La division du travail actuelle repose sur l'usage massif de ressources épuisables. Rien n'indique que l'on puisse substituer d'autres ressources à ces ressources. Rien n'indique non plus que les ressources renouvelables puissent rendre les mêmes services. Il n'y a aucune preuve permettant de démontrer que la division du travail actuelle pourrait exister sans pétrole, par exemple. Enfin tout indique que l'usage massif des réserves épuisables provoque des dérèglements majeurs de la biosphère (changements climatiques, toxiques etc.), déréglements qui réduisent de plus en plus fortement la richesse gratuite fournie par la nature et les services des écosystèmes. Le problème est que les indicateurs monétaires ne tiennent pas compte de l'abondance de la richesse naturelle. Certaines estimations montrent que les services rendus par les écosystèmes auraient une valeur monétaire dépassant de plusieurs fois le PNB mondial. C'est autant que nous aurons à payer si les services gratuits sont dégradés. :Pour des économistes classiques comme John Locke, l'extension de l'économie ne pouvait pas être infinie, car l'appropriation des ressources naturelles doit connaître des limites, afin que d'autres puissent en bénéficier : c'était un souci de justice. Mais ces préoccupations ont été marginalisées au , avant de revenir à la fin du . En particulier, Nicholas Georgescu-Roegen a jeté les bases du concept de décroissance durable, qui tente de montrer qu'une économie basée sur des ressources non renouvelables ne peut que décroître un jour. :Ces théories ne prennent toutefois pas en compte la rapidité des évolutions technologiques, la régulation par les prix de marché et le changement des contenus productifs (développement des services immatériels par exemple) qui se dessinent dans l'économie actuelle.
- La seconde limite est endogène. La division du travail ne génère pas forcément de la richesse collective. Par exemple l'agriculture intensive réalise des économies fantastiques de main-d'œuvre et elle abaisse considérablement les coûts, mais au prix d'une fragilisation des écosystèmes et d'une dégradation des sols qui pourrait coûter très cher à l'avenir. Le revenu généré est en réalité composé d'une grande partie d'endettement. L'agriculture biologique utilise les écosystèmes de manière durable et plus productive (écologiquement parlant) que l'agro-industrie. Elle n'implique aucun endettement. L'agriculture biologique implique une faible division du travail dans le domaine des semences, par exemple : c'est le paysan qui sélectionne et qui sème, car c'est lui qui connait le mieux l'écosystème. La sélection industrielle des semences serait pour certains une aberration économique et écologique car les écosystèmes sont spécifiques et en évolution constante. Certains affirment aussi que si les personnes étaient en capacité de choisir leurs aliments et de se soigner en grande partie elles-mêmes, elles auraient moins besoin de voir leur santé prise en charge par le système médical, qui vient seulement en appui. :L'équilibre international repose aujourd'hui sur cette promesse de « développement économique pour tous ». Le problème est que cette promesse ne repose pas sur des preuves tangibles. Elle repose sur un acte de foi : l'espoir que nous trouverons toujours de nouvelles ressources venant remplacer celles que nous avons épuisées, l'espoir que nous arriverons à nous adapter aux dégradations majeures des écosystèmes. Cet espoir peut sembler faiblir au fur et à mesure que nous découvrons la complexité de la biosphère. Inversement, on peut constater que toutes les prédictions de bornes absolues au développement depuis Malthus se sont révélées fausses, en raison de la capacité de l'homme à trouver de nouveaux usages aux ressources.

La croissance est-elle un bon modèle de développement ?

La croissance économique n'est pas unanimement admise comme étant le modèle économique idéal. Ses détracteurs, qui sont déçus de ne pas y trouver de modèle politique, dénoncent les désavantages suivants :
-Si chaque pays désire gagner plus avec ses exportations qu'il ne dépense avec ses importations – ce qui en toute logique ne peut arriver à tous – le système est déséquilibré. Certains craignent, dans ce genre de situations, que les plus puissants ne puissent que dérober aux moins puissants et se concurrencer férocement les uns les autres. Cette concurrence peut expliquer certaines suppressions d'emplois dans les pays puissants et le maintien de salaires bas dans les pays moins puissants. Les économistes libéraux rétorquent que dans le commerce, tout échange librement consenti entraîne un enrichissement de chacune des parties, même si cet échange a l'apparence d'un jeu à somme nulle. En effet, les parties ne seraient pas consentantes à l'échange si elles n'y trouvaient pas d'avantage. Ainsi, toujours aux yeux des économistes libéraux, le commerce enrichit toutes les parties à l'échange, que ces parties soient des individus ou des groupes d'individus, comme des pays. La concurrence entre pays ne peut donc aux dires des économistes libéraux, provoquer qu'un enrichissement général. Quant à l'existence de salaires bas, elle n'est pas due à un excès de concurrence mais au contraire à un défaut de concurrence.
-Elle crée des frictions avec la nature. Celle-ci est exploitée s'il y a recherche de croissance immédiate du profit, car alors on peut ne pas se satisfaire de mieux gérer les ressources qu'on extrait déjà, mais on augmente aussi l'extraction. Or si la priorité n'est pas donnée à une meilleure gestion (et donc aussi un meilleur recyclage), il y a des pertes de potentiel d'extractions, de ressources. Les économistes libéraux rétorquent que les problèmes liés à l'exploîtation des ressources peuvent être facilement résolus par exemple par la privatisation de ces ressources. En effet, un propriétaire saura d'abord évaluer sa ressource et ensuite la gérer, simplement en essayant de maximiser sa richesse.

La croissance est-elle toujours source de satisfaction ?

Chaque période de croissance économique a été le théâtre de bouleversements sociologiques, politiques et écologiques, en ce sens que ces bouleversements n'ont pas toujours été source de satisfaction. 1) Les bouleversements sociologiques Les exodes ruraux, ainsi que les grandes innovations comme l'automobile, les chemins de fer ou plus récemment les TIC, créent de grandes inégalités et de grandes transformations urbanistiques que la population perçoit d'abord et longtemps comme une somme de nuisances. De plus, ces changements changent durablement le rapport social qui est plus lent à se stabiliser. Pour autant, il n'est pas certain qu'il soit possible ni souhaitable de s'opposer au changement. Si le changement a lieu, c'est certainement parce qu'il est nécessaire et les inévitables mécontentements provoqués ne sont jamais prépondérants face aux avantages clairement perçus par la majorité. 2) Les bouleversements politiques La croissance exponentielle des économies occidentales au siècle, s'est appuyée en partie sur un modèle colonial qui a produit un paysage politique du toujours source d'instabilité et d'insatisfaction. En fait, le colonialisme n'a guère eu d'effets économiques profitables très visibles sur les pays colonisateurs. C'est ainsi que lors de la décolonisation, l'on s'est aperçu que les pays les plus riches d'Europe étaient la Suisse et la Suède, pays qui n'avaient jamais eu de colonie, et que l'Espagne et le Portugal, avec leurs nombreuses colonies, étaient restés parmi les pays les plus pauvres d'Europe. La seule chose qu'aient gagné les pays colonisateurs est de voir leur langue et leur culture très répandues dans le monde. Quant aux pays colonisés, il est difficile de faire pour eux un bilan exact du colonialisme. Ils ont perdu leurs langues, leurs cultures, leurs traditions, remplacées par des langues, des cultures, des traditions européennes. Quant à leurs développements économique et politique, s'il est clair qu'ils ont étés très fortement bouleversés, qui peut dire s'ils eussent été meilleurs ou pires sans le colonialisme? 3) Les bouleversements écologiques Le passage de la révolution industrielle et la formidable croissance qui en découle sont sans nul doute la source des bouleversements climatiques contemporains, qui nourrissent la défiance et l'insatisfaction actuelle face au progrès technique. Précisons cependant que la méfiance face au progrès et à ses implications sur l'environnement ont toujours existé et il n'est pas évident qu'elles soient plus fortes aujourd'hui qu'autrefois. 4) Les bouleversements statistiques La croissance est réputée faire baisser le chômage, même si des exceptions existent. Il est communément admis par les économistes que le chiffre de 2% constitue le seuil d'influence sur le taux du chômage. En effet, une croissance supérieure à 2% se traduit par une baisse de celui-ci. Si bien qu'une politique de lutte contre le chômage doit pour être efficace, agir indirectement sur celui-ci tout simplement en suscitant la croissance.

Voir aussi

Références

Bibliographie

-
- Dictature de la croissance, Gérard Moreau, éditions Gingko 2005
- Il est urgent de ne rien faire - Les français et la croissance économique, Patrick Darmon - Edition du temps, 2006 ===
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