Concurrence économique

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En sciences économiques, la concurrence est une situation dans laquelle les entreprises (les « offreurs ») sont en compétition pour vendre des biens et des services sur le marché à des acheteurs (les consommateurs), lesquels choisisent les meilleures conditions de prix, de qualité, de garantie, etc. Cette situation traduit le droit et la possibilité matérielle des agents économiques à pouvoir faire des choix, un élément important de la liberté individuelle. Ell
Concurrence économique

En sciences économiques, la concurrence est une situation dans laquelle les entreprises (les « offreurs ») sont en compétition pour vendre des biens et des services sur le marché à des acheteurs (les consommateurs), lesquels choisisent les meilleures conditions de prix, de qualité, de garantie, etc. Cette situation traduit le droit et la possibilité matérielle des agents économiques à pouvoir faire des choix, un élément important de la liberté individuelle. Elle favorise l’adaptation permanente entre offre et demande, et est généralement considérée comme favorisant l’innovation, l’amélioration de la qualité, tout en mettant en exergue le rôle du marketing. On considère généralement que la concurrence, qui représente une forme d'organisation sociale des relations économiques, doit être encadrée par des règles juridiques (protection de la propriété privée, droit de la concurrence, ...) et surveillée par des organismes de contrôle, qui veillent au maintien effectif de la concurrence. La concurrence fait intervenir dans son fonctionnement des règles comportementales individuelles: prise de risque, rationalité économique, amour-propre, … Les économistes prônent, au nom de l’efficacité économique, une situation de libre concurrence dans le fonctionnement des marchés économiques. Les avis sont partagés pour certains cas particulier :
- les secteurs de monopole naturel, où les libéraux souhaient une concurrence régulée là où les anti-libéraux veulent un monopole public ;
- les secteurs des biens publics (justice, sécurité, voire culture, enseignement), dont le champ est sujet à désaccord, et pour lesquels les avis sont partagés entre les deux extrêmes : les altermondialistes dénoncent une « marchandisation », et veulent la nationalisation des secteurs économiques concernés, là où les anarcho-capitalistes veulent une libéralisation totale. En général, les auteurs libéraux prônent la mise en place d’autorités de régulation dans les secteurs les plus sujets aux risques d’abus de position dominante. C’est par exemple ce qui se passe en France, dans l’Union européenne, ou aux États-Unis.

Théorie de la concurrence

La concurrence fait partie du champ de la microéconomie.

Analyses théoriques successives de la concurrence

Les économistes de l’école classique des et ont étudié la concurrence comme tous les autres phénomènes économiques : un état de fait dont la théorie essaye de décrire et d'expliquer les mécanismes, à la manière des naturalistes. L’essor de l'école néoclassique (initiée par Léon Walras au ) se fait sur l’établissement de lois quantitatives de l'économie, et de modèles mathématiques. En particulier, Léon Walras développe la notion de « concurrence pure et parfaite », qui est une représentation théorique du fonctionnement des marchés, qui présupposent toutefois que des conditions assez fortes soient vérifiées. Ce modèle est utilisé comme première approche dans les cours d’économie. Joseph Schumpeter élargit ensuite les apports de Walras avec les principes de destruction créatrice de la concurrence, et montre que la concurrence favorise l’innovation. Au , l'école autrichienne s’est éloignée de cette approche néoclassique. À la fin du , l’approche dominante en recherche économique est celle de la « concurrence imparfaite », pour lesquels les théoriciens des courant néokeynésien et néoclassique analysent les écarts entre la réalité de la concurrence et le modèle de la concurrence pure et parfaite. Les recherches en économie portent également désormais sur les monopoles naturels, l’organisation de l’économie publique, les situations d’asymétrie d'information, etc.

La concurrence pure et parfaite

Les conditions

La concurrence parfaite est un modèle de la théorie économique néoclassique décrivant une structure de marché hypothétique dans laquelle aucun producteur, ni aucun consommateur, ne dispose d'un pouvoir discrétionnaire sur la fixation des prix ou sur les décisions des autres acteurs, et où tous les acteurs ont accès à la même informationvoir asymétrie d'information, ce qui suppose une égalité des positions à l'origine de la relation marchande. Le prix est alors fixé par la confrontation des offres et demandes individuelles. Dans cette situation le profit économique des entrepreneurs (c’est-à-dire le profit au-delà de la rémunération du capital) est nul. Les cinq conditions de la concurrence pure et parfaite ont été explicitées par Frank Knight Denis Clerc, La mauvaise concurrence chasse la bonne, Alternatives économiques mars 2001. en 1921. La concurrence pure et parfaite représente un des deux cas extrêmes de structures de marché étudiés par les économistes néoclassiques, le second étant le cas de monopole. La concurrence parfaite est censée permettre l'équilibre sur tous les marchés sous des conditions suffisantes très particulières. Chaque marché doit remplir les trois conditions suivantes :
- l’atomicité : le nombre d'acheteurs et de vendeurs est très grand donc l'offre ou la demande de chaque agent est négligeable par rapport à l'offre totale ; aucun agent ne peut fixer les prix. Cette hypothèse exclut notamment la possibilité de rendements croissants à la production, dans la mesure où ils conduisent à la formation de monopoles naturels, pourtant possibles en pratique.
- l’homogénéité des produits : les biens échangés sont semblables en qualité et en caractéristiques, et donc substituables ; un produit de meilleure qualité constitue donc un autre marché. Dans la réalité, les bien les plus homogènes sont les matières premières, les denrées agricoles.
- La transparence de l'information : l'information parfaite de tous les agents sur tous les autres et sur le bien échangé suppose une information gratuite et immédiate ; la théorie montre que le processus de fixation des prix est alors équivalent à la présence d'un « commissaire-priseur », qui centralise les offres et les demandes, et qui calcule le prix d'équilibre, et par conséquent la production et la consommation de chacun. On suppose l'absence d'échange de gré à gré. Les conséquences de ces trois hypothèses sont que d'une part le prix est la seule motivation pour échanger ou renoncer à échanger sur le marché (et non la qualité par exemple) et, d'autre part, le prix est fixé par le marché et s'impose à tous les protagonistes, il n'existe alors qu'un seul prix pour un seul bien quel que soit le lieu d'achat. Il faut ajouter deux hypothèses qui lient les marchés entre eux :
- la libre entrée et sortie sur le marché : il ne doit y avoir aucune entrave tarifaire (protectionnisme), administrative (numerus clausus), technique à l'entrée d'un offreur ou d'un demandeur supplémentaire.
- la libre circulation des facteurs de production (le capital et le travail) : la main d'œuvre et les capitaux se dirigent spontanément vers les marchés où la demande est supérieure à l’offre ; il n'y a pas de délai ni de coût dans leur reconversion. Ces deux dernières hypothèses permettent une convergence sur le long terme des taux de salaire et de profit entre les différents secteurs économiques et les différents pays. Il s'agit donc d'un cadre très contraignant. Pour répondre à la question de la fixation des prix, les néoclassiques ont développé dans la théorie de l'équilibre général l'idée d'une convergence progressive des prix vers le prix d'équilibre ; Léon Walras a introduit un mécanisme de tâtonnements et l'idée d'une main invisible a été reprise d’Adam Smithle concept est différent de la main invisible d'Adam Smith, confère Main invisible
-La « main invisible », concept repris par les néoclassiques..

Utilisation

Si le modèle de concurrence parfaite occupe une place importante dans la modélisation économique, c'est d'abord parce qu'il permet une analyse mathématique aisée à base d'optima, et aussi parce que les situations d'équilibre sont des optima mathématiques vérifiant certaines propriétés d'efficacité allocative (efficacité selon Pareto). L'hypothèse de concurrence pure et parfaite est utilisée dans la démonstration des deux théorèmes du bien-être.
Le principe de la tarification au coût marginal
A partir des propriétés de la concurrence, il est possible de démontrer dans un cadre théorique néoclassique que le prix en concurrence parfaite est égal au coût marginal ( \ Cm) et qu'à long terme, le profit économique est nul. On introduit pour cela l'hypothèse supplémentaire que chaque entreprise a pour objectif de maximiser son profit, \ \Pi, défini comme la différence entre la recette totale (ou chiffre d'affaires) \ RT = p.q et le coût total \ CT . Chaque entreprise peut jouer sur la quantité produite \ q mais elle est « preneuse » du prix de vente \ p . Mathématiquement, trouver le maximum d'une fonction correspond à annuler la dérivée de la fonction de profit : max\ \Pi \ \Leftrightarrow \ \fracd \Pi(q) = \Pi'(q) = 0 \ \Leftrightarrow \ \frac - \frac= \frac - Cm = 0 \ \Leftrightarrow \ p = Cm À l'équilibre, le prix est donc égal au coût marginal. À court et moyen terme, s'il y a un secteur économique bénéficiaire (\ \Pi>0), des entreprises vont entrer sur ce secteur : l'offre va augmenter et les prix vont baisser. Les profits des entreprises sur ce marché vont diminuer jusqu'à s'annuler.

Limites et critiques du modèle de concurrence parfaite

Le Théorème de Sonnenschein en 1973-74 a démontré que l'unicité et la stabilité de l'équilibre ne sont assurées qu’au prix d’hypothèses très fortes, mettant ainsi à mal le processus de tatônnements développé par Léon Walras. Le modèle de concurrence pure et parfaite est une première approximation frustre de la concurrence réelle. Les économistes néoclassiques l’ont abandonné en faveur de modèles plus complexes de concurrence imparfaiteSelon Daniel Cohen, qui se définit comme économiste néoclassique : « Dans l'esprit de beaucoup, la science économique se résume pour l'essentiel à ce modèle. Or, cela fait des années qu'il a été abandonné par les économistes dits, encore, néoclassiques. » (voir ) Cependant, cette présentation de la concurrence pure et parfaite, bien qu'elle soit la plus commune, est catégoriquement rejetée par certainsvoir Israël Kirzner (1973) Concurrence et esprit d'entreprise, Economica 2005 économistes. Elle met l'accent sur des hypothèses qui ne sont pas nécessaires (atomicité, transparence...) et ne permet pas de rendre compte du véritable cadre institutionnel du modèle (c'est-à-dire la forme d'organisation, les régles de ce modèle). Un exemple souvent donné par ces économistes est le fait que, dans ce modèle où les agents sont tous preneurs de prix, cette présentation ne permet pas de répondre de manière claire à la question« qui fixe les prix ? ». On met alors de côté la nécessité d'un commissaire-priseur, en ce sens que son rôle est de proposer des prix aux agents et de fixer les prix d'équilibre. Cette présentation omet aussi de préciser les conjectures (croyances) des agents (chacun pense qu'il pourra acheter et vendre tout ce qu'il désire aux prix affichés, indépendamment de ce que peuvent faire les autres), l'absence d'incertitude concernant les biens et les revenus futurs (hypothèse dite de système complet de marché) et l'inexistence d'indivisibilités et de coûts de transport (théorème d’impossibilité spatiale de StarrettPartant de ces bases, Starrett a démontré en 1978 le résultat suivant : Considérons une économie admettant un nombre fini d’agents et de localisations. Si l’espace est homogène, si le transport réclame des ressources rares et si les préférences ne sont pas saturées localement, il n’existe pas d’équilibre concurrentiel pour lequel les dépenses de transport sont positives. Si les activités économiques sont parfaitement divisibles, alors il existe un équilibre concurrentiel et celui-ci est tel que chaque lieu opère en autarcie." (Thisse et Fujita, Cahiers d’économie et sociologie rurales, n° 58-59, 2001).) La concurrence réelle est différente de toutes les modélisations théoriques, et donc également de la concurrence théorisée initialement par les néoclassiques, dont Walras). Le modèle de concurrence pure et parfaite est désormais un cas d’école qui ouvre vers des modèles plus complexes. Il en découle trois attitudes possibles:
- la concurrence pure et parfaite est un objectif souhaitable pour le fonctionnement des marchés, et l’État doit réguler les secteurs économiques afin d’imposer ou de se rapprocher des conditions d'existence de la concurrence parfaite, par exemple par l'application de lois antitrust et le respect du droit de la concurrence.
- la concurrence pure et parfaite est basée sur des hypothèses trop peu pertinentes pour qu'on puisse en tirer des conséquences concrètes, et son étude est donc sans intérêt scientifique.
- pour la plupart des marxistes, la concurrence pure et parfaite est une « fadaise » (pour reprendre les termes de Marx) dont le but est uniquement de justifier le système capitaliste. Il ne faut pas y chercher une quelconque vraisemblance mais les idées de la classe dominante pour asseoir sa domination.
- pour de nombreux interventionnistes, une situation de concurrence indurait plus de coûts et moins d'investissement qu'une sitution de monopole. En effet les entreprises en situation de concurrence sont obligés à des dépenses autres que l'investissement (dépenses de marketing par exemple), alors qu'une entreprise en monopole peut utiliser cet argent pour investir davantage. Ceci est vrai en particulier dans les secteurs de monopole naturel où les économies d'échelle sont importantes.

La concurrence imparfaite

La concurrence imparfaite désigne toutes les situations où les conditions de concurrence parfaire ne sont pas respectées. Le cas extreme est la situation monopolistique d’une entreprise dans un secteur d'activité particulier.

Les différentes situations de concurrence

Les avancées dans divers domaines économiques (théorie des jeux...) ont amené à distinguer plusieurs types de marchés dans lesquels la situation peut être une concurrence imparfaite. Une typologie est alors développée afin de les catégoriser, la concurrence parfaite n'y étant qu'une situation parmi d'autres. Cet apport théorique permet le développement d'analyse mésoéconomique, sur des secteurs d'activité précis, ainsi que de sciences de gestion. Un tableau dit de Stackelberg permet de recenser les différents modèles de la concurrence sur un marché, en fonction de la situation des acheteurs et des vendeurs.

L'approche théorique des secteurs de monopoles naturels

La concurrence dans les théories sociologiques

En théorie des organisations, la concurrence est un concept opposé à celui de coopération, bien que les deux coexistent dans le monde réel. La coopération comme la concurrence peuvent être "spontanée" ou contrainte. Ces quatre modes forment les organisations standards présentes dans nos sociétés.

La concurrence pour les entreprises

L'existence d'une forme de concurrence, même imparfaite, crée pour les entreprises, quelle que soit leur taille, une situation de compétition vis-à-vis de leurs concurrentes qui les incitent à une recherche permanente d’une meilleure efficacité économique, de produits novateurs capables de maintenir ou d’augmenter leurs parts de marché, et d’augmenter leur taux de marge. Dans les secteurs à changement technologique rapide, et donc d’obsolescence accélérée, la conccurence peut conduire à des changements rapides dans les parts de marché des entreprises, et donc à une situation instable. La concurrence est un système simple de motivation des entreprises présentes sur un même marché : elle permet de « récompenser » les efforts de survie d'une entreprise qui réfléchit en permanence à l'adaptation de ses produits/services aux attentes actuelles futures de ses clientèles. Dans l'idéal, les États n'interviennent que pour améliorer les arbitrages de conflits juridiques entre les intervenants d'un même marché. La réalité est plus complexe dans la mesure où les États ont à la fois des politiques simultanées favorisant et contrariant la concurrence, en fonction notamment des forces et faiblesses de leurs entreprises nationales.

Stratégies des entreprises

La stratégie des entreprises consiste par différents moyens, à se distinguer des concurrents et à s’éloigner des conditions de concurrence parfaite :
- Stratégie de différenciation, par le marketing (adaptation au marché), l'innovation et les prix. « L'entreprise a deux fonctions essentielles et uniquement ces deux là, le marketing et l'innovation. Le marketing et l'innovation produisent des résultats, le reste n'est que des coûts » (Peter Drucker).
-le marketing passe par l'adaptation au marché des produits et services, du type de distribution, de la communication et le développement de la notoriété et des marques. Une marque reconnue restitue à l'entreprise qui la possède une sorte de « monopole » : seul Rolls-Royce peut fabriquer ce type d'automobiles. Les appellations (AOC par exemple) entrent dans cette stratégie.
- l'innovation consiste à créer de nouveaux produits et donc de nouveaux marchés, sur lesquels l'entreprise innovatrice sera seule, au moins pour un temps.
- Elle consiste aussi à améliorer les méthodes de production pour réduire les coûts et améliorer la compétitivité en matière de prix de vente.
- Stratégie de développement externe : par des alliances ou des fusions-acquisitions, l'entreprise cherche à grossir en taille pour obtenir une part de marché dominante (position de leader ou coleader), pouvant aller jusqu'à éliminer des concurrents moins bien placés, ou du moins les neutraliser.
- Information sur le marché : marketing et intelligence économique. Dans un marché concurrentiel, il est vital pour une entreprise de saisir les attentes et les évolutions du marché (études de marché), mais aussi les stratégies des concurrents (veille concurrentielle) et également les évolutions de la réglementation.
- Stratégie d'influence : il s'agit pour les entreprises d'obtenir des inflexions, voire des décisions qui leur soient favorables.
- Internationalisation, forme particulière de développement tirant avantage de la mondialisation économique.

Concurrence et cartels

Le point de vue des autorités des pays à économie de type libéral

Dans les secteurs à rendement d'échelle croissants, l'ouverture au commerce international favorise la concentration et à ce titre, le secteur de l'automobile est révélateur de ce problème puisque en 1950 on comptait quelques 70 producteurs indépendants, alors qu'aujourd'hui, ils ne sont plus qu'une dizaine. Cela peut entraîner un risque d'atteinte à la concurrence sous forme d'ententes (cartélisation). Il est jugé suffisamment établi par les autorités des pays pour qu'ils prennent des mesures pour le juguler, en ayant pour objectif que le marché ne soit pas faussé.
-L'UE est intervenue ces dernières années pour faire cesser des pratiques entre cimentiers, laboratoires pharmaceutiques ou encore informatique (Microsoft, par exemple, qui ne souhaite pas fournir le code-source de ses logiciels aux autorités d'arbitrage).
-Les autorités fédérales américaines ont regardé les conditions de concurrence dans le secteur des télécommunications (démantèlement de Bell), et de l'informatique (enquêtes contre IBM, puis Microsoft). Toutefois en ce qui concerne ce dernier pays, l'attitude des autorités évolue vers une politique de concurrence (anti-trust) plus accommodante, notamment avec en 1974 un changement de jurisprudence de la Cour Suprême des États-Unis, l'abandon des poursuites à l'encontre de grandes firmes dont les procès duraient depuis plus de dix ans (I.B.M. et Xerox, par exemple) et la révision en 1983 des "guideslines" de la Federal Trade Commission dans un sens plus libéral. Il existe cependant encore de grands procès anti-trust, c'est le cas par exemple de Microsoft encore poursuivi par des États américains, malgré l'abandon des poursuites fédérales.

La position des non-libéraux

Selon d'autres analyses, notamment altermondialistes ou interventionnistes :
- le monopole public est jugé préférable puisque l'État peut jouer le rôle de régulateur sur d'autres objectifs que ceux du marché.
- la concurrence ne doit pas être étendue à tous les domaines, dont notamment la santé, l'éducation, la justice, la culture, etc. Selon eux, la privatisation des services publics sans institution de règles organisant la concurrence, reviendrait, après une période transitoire, au passage d'un monopole public à un monopole privé ou à un cartel, ce qui serait encore pire qu'un monopole public car il chercherait le profit et pourrait se permettre d'augmenter les prix.

Quels mécanismes de contrôle ?

D'autres critiques visent les mécanismes censés garantir la concurrence :
- ils seraient inefficaces car rarement respectés;
- et en partie incompatibles avec les fondements de la théorie libérale :
-la propriété privée : briser les cartels nécessiterait de modifier les droits de propriété d'une partie de l'entreprise qui se trouverait scindée,
-la libre entreprise : le patron serait soumis à des règles ayant précisément pour but d'éviter que son entreprise devienne trop puissante.
- Les mécanismes de contrôle de la concurrence reposent avant tout sur la possibilité de faire appel à la justice dès lors que les comportements de vos concurrents ne respectent pas les règles qui régissent votre secteur économique.

Quel coût ?

Les coûts de la concurrence

- Les coûts liés à la production : dans un système concurrentiel, chaque entreprise est contrainte de développer ses propres infrastructures (bâtiments, centres de recherche, usines, parfois réseaux...). Dans de nombreux cas, les gaspillages peuvent être considérables. The Economist émettait ainsi l'hypothèse que « la cause ultime de la crise dans le secteur des télécommunications est que trop de concurrents ont décidé de construire d'énormes réseaux pour lesquels la demande était faible The Economist, 20 juillet 2002. ».
- Les coûts liés à la commercialisation : en situation de concurrence, la lutte pour la conquête de nouveaux clients ou de nouveaux marchés nécessite des dépenses considérables (publicité, démarchage...) qu'un monopole, a fortiori public, n'aurait pas à financer. Toutes ces dépenses n'apportent rien à la qualité du produit, mais représentent une partie importante du prix final payé par le consommateur.
- Les coûts liés à la rémunération du capital : une partie du prix payé par le consommateur sera consacrée aux dividendes des actionnaires si l'ensemble des opérateurs sur le marché sont privés.
- Les coûts de la recherche d'information : pour le consommateur, déterminer l'offre la plus adaptée peut représenter un coût individuel très important dans des domaines où la comparaison des prix, les capacités des nouveaux entrants à assumer les services proposés sont difficiles à déterminer.
- Les coûts du maintien de la situation de concurrence : les études empiriques consacrées aux tentatives de faire fonctionner un « marché parfait », conforme à la théorie économique standard, témoignent de l'hypercentralisation des décisions qu'un tel mode de fonctionnement impliqueVoir par exemple, Garcia Marie-France, « La construction sociale d'un marché parfait : le marché au cadran de Fontaines en Sologne », Actes de la recherche en sciences sociales, n°65, 1986, p. 2-13. . La libéralisation et l'intense activité réglementatrice qu'elle suppose peuvent générer des distorsions très importantes sur les prix. À la suite de la libéralisation du secteur des télécommunications en France, l'État s'est vu contraint d'entretenir artificiellement la concurrence par l'intermédiaire de l'Autorité de régulation des télécommunications qui organise le marché en fixant les modalités d'utilisation des équipements de l'opérateur historique, les systèmes de reversements et de péréquation entre les concurrents. Elle intervient même directement dans l'élaboration des tarifs. Un rapport rédigé par des cadres de France Télécom souligne que l'ART empêcherait l'opérateur historique d'abaisser ses tarifs autant qu'il le pourrait sur certains segments et même de commercialiser certaines formules, pour préserver la survie des concurrents, incapables de soutenir la comparaison sur le plan technique et financierUne autre idée des télécoms, Éditions Vie Ouvrière, Paris, 2001, p.61-62..
- Le risque de cartellisation : comme l'a démontré l'actualité dans le secteur des télécommunicationsLe cartel des opérateurs mobiles (SFR, Bouygues Telecom, Orange) a ainsi été condamné à une amende de 534 millions d'euros pour entente illicite par la Cour de Cassation le 12 décembre 2007., le risque de collusion entre les différents concurrents sur un segment du marché pour maintenir les prix au-dessus du « prix du marché » est réel. Si le cadre règlementaire est prévu pour anticiper ce risque, l'histoire du capitalisme est riche en exemples de ces pratiques à la limite de la légalité.
- L'asymétrie de puissance entre les entreprises et l'autorité de régulation : dans les pays en développement, la pression des instances internationales pour promouvoir la concurrence s'est heurtée, comme le rappelle un rapport des Nations-Unies, « à la réalité d'un secteur oligopolistique dans lequel des sociétés transnationales puissantes se trouvent face à des États faibles et à des consommateurs peu organisés »Alberto Gabriele, Policy Alternatives in Reforming Power Utilities in Developing Countries : A Critical Survey, United Nations Conference on Trade and Development, Genève, no 168, février 2004..
- La perte de synergie et l'instabilité de l'offre : les pertes de synergies induites par le découplage (imposé par la déréglementation) entre fonctions d’opérateur et de gestionnaire de réseau, la multiplication de technologies concurrentes et souvent incompatibles, la recherche prioritaire de gains de parts de marché induisant une instabilité permanente des produits offerts et une dégradation des services d’après-vente sont autant de sources de dysfonctionnements. La théorie économique classique retient que les coûts pour le système économique sont en général bien supérieurs en cas de concurrence imparfaite (cartels, oligopoles, positions dominantes, professions corporatistes...) ou de monopoles. On peut parler alors de coûts de non-concurrence. Par exemple, en Europe, les marchés du transport aérien où la concurrence est plus forte ont des prix plus faiblesVoir par exemple , MINEFE, p. 112.

Une organisation à réguler ?

Toutefois, la plupart des économistes bien qu'ils considèrent que la concurrence soit rarement parfaite, se refusent pour autant à la rejeter en tant que forme d'organisation quitte à en encadrer les règles de fonctionnement. avancent notamment le principe du monopole naturel, bien qu'il ne concerne qu'un nombre très réduit de branches économiques, pour montrer les limites du principe de concurrence, notamment pour les activités dites de réseau comme les services publics (en France : SNCF, EDF, GDF...).

Le cas des « monopoles naturels »

Il s'agit de cas très particuliers, rencontrés en général dans le domaines des services dans lesquels l'existence d'un réseau d'infrastructure unique est source d'efficience. Augmenter le nombre de concurrent ne permet alors plus de financer les coûts fixes importants de l'activité. Les libéraux considèrent cependant qu'elles peuvent entrer dans le champ de la concurrence de deux manières :
- soit en séparant la gestion du réseau de celle de l'exploitation des services destinés aux clients finaux (principe de la théorie des trois couches) : c'est la voie choisie en Europe pour l'électricité, le gaz et les chemins de fer : le réseau reste un monopole, souvent public, et son accès est ouvert, sous le contrôle d'une autorité de régulation indépendante, moyennant le paiement d'un péage aux gestionnaires de réseaux, à des exploitants publics ou privés, concurrents entre eux ; on parle alors de concurrence « dans le marché ».
- soit par le régime de la concession : l'exploitation est mise aux enchères pour une durée limitée et renouvelée par le même moyen périodiquement ; on parle alors de concurrence « pour le marché ». C'est le cas par exemple de l'eau, et des transports urbains sauf la RATP qui bénéficie d'une concession longue de service public. Dans de nombreux pays, les États ont libéralisé ou libéralisent certains secteurs de monopoles naturels. Il y sont poussés par le soucis de l’efficacité économique, ou par la mondialisation économique, qui renforce la concurrence entre les entreprises des différents pays, et peut mettre en difficulté certains entreprises publiques.

Le rôle de l’État

La politique des États, qui cherchent à maximiser le bien-être de leurs citoyens, est de favoriser la concurrence afin de faire baisser les prix intérieurs, et donc à lutter contre certains comportements des entreprises. Ils pratiquent donc une politique de concurrence destinée à lutter contre les ententes et les abus de position dominante. Ils favorisent l’innovation par une politique des brevets, qui protégent les innovateurs de la concurrence pendant une période limitée.

La libéralisation des secteurs de monopole naturel

Alors que des pays comme les États-Unis (sous Ronald Reagan) et Royaume-Uni (Margaret Thatcher) ont libéralisé de grands secteurs économiques dès les années 1980, les ouvertures à la concurrence dans le reste de l’Union européenne se sont faites plus tardivement, sous la pression de la Commission européenne. En particulier, la France fait partie des pays les plus réticents. Les secteurs concernés par ces libéralisations sont les secteurs des télécommunications, de l’énergie, des transports ferroviaires et aériens. Des autorités de régulation sont mises en place dans les secteurs libéralisés, ce qui peut en accroître la règlementation.

Concurrence et commerce international

Les États peuvent également chercher à faire émerger des « champions nationaux », en contrariant temporairement la concurrence interne. Les dirigeants politiques peuvent décider de mettre en place des barrières douanières et des réglementations afin de limiter la concurrence des produits étrangers ; certains États utilisent également des moyens détournés, comme la normalisation, ou la sécurité pour interdire de fait l'entrée de concurrents étrangers. En règle générale, les investissements des non-résidents sont contrôlés de manière discrétionnaire ou par la loi. Jouent le même rôle les règles d'accès à certaines professions, en matière de services notamment.
- Pratiques de discrimination positive : dispositions en faveur des sociétés nationales, leur réservant par exemple un quota de contrats gouvernementaux Cf. Small Business Act de 1982, programme d'aide aux PME des USA..
- Dépenses ou subventions versées par l’État ayant pour objectif de développer des secteurs d'activité protégés (armement, agriculture, industries exportatrices, ...)
- Politiques de change visant à l'amélioration de la compétitivité nationale en agissant sur les parités des devises.
- Comportement tatillon ou partial des autorités nationales (respect environnemental Cf. contrats de BP en Russie, ... et réglementaire, sécurité sanitaire Comme par exemple, l'autorisation ou non de médicaments, etc ..., moralité des affaires, ...) Les États essayent également de négocier au mieux de leurs intérêts les réglementations reconnues au niveau international : OMC...

Notes et références

Voir aussi

- Compétitivité économique
- Main invisible d'Adam Smith
- Destruction créatrice de Joseph Schumpeter
- Anomalie de marché
- Concurrence imparfaite
- Cartel
- Droit de la concurrence ==
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