Clavecin

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Le clavecin est un instrument de musique à cordes pincées et à clavier. Il comporte un ou deux claviers, exceptionnellement trois. Le clavecin est joué par le claveciniste. Pour produire les sons, le clavecin utilise un sautereau armé d'un plectre. Celui-ci joue le rôle d'un médiator qui « pince » la corde, à la manière d'un joueur de psaltérion ou de luth (plectre en corne ou en plume très souple). Le clavecin est construit sur le principe des cordes fines, sous fa
Clavecin

Le clavecin est un instrument de musique à cordes pincées et à clavier. Il comporte un ou deux claviers, exceptionnellement trois. Le clavecin est joué par le claveciniste. Pour produire les sons, le clavecin utilise un sautereau armé d'un plectre. Celui-ci joue le rôle d'un médiator qui « pince » la corde, à la manière d'un joueur de psaltérion ou de luth (plectre en corne ou en plume très souple). Le clavecin est construit sur le principe des cordes fines, sous faible tension et reliées par l'intermédiaire du chevalet à une membrane amplificatrice, le résonateur (cavité de l'instrument) étant fermé. La famille des instruments à sautereaux se compose du clavecin, du clavicytherium, de l'épinette italienne ou française, du virginal, du muselaar et de l'ottavino. Le piano n'est pas une évolution du clavecin, contrairement à une croyance commune. C'est en effet un instrument à cordes frappées, dont le mécanisme et les principes de construction sont très différents : issu du perfectionnement apportés au piano-forte, il est en fait plus proche du clavicorde, autre instrument à clavier et cordes frappées. Moins adapté que le piano-forte à l'évolution de la musique au cours du , le clavecin a subi la désaffection des compositeurs et des musiciens au profit de ce dernier, jusqu'à être considéré au comme un instrument du passé. Sa remise à l'honneur au cours du s'inscrit dans le mouvement général de redécouverte de la musique ancienne. Clavecin de style flamand

Description de l’instrument

Généralités

Le clavecin stricto sensu a la forme d’une harpe disposée horizontalement, du fait de son plan de cordes chromatique, dont un des grands côtés est une courbe exponentielle. Cette forme est proche de celle d'un triangle rectangle. Le ou les claviers sont placés sur le petit côté de l'angle droit. À gauche (notes basses), le coffre est rectiligne : cette paroi s'appelle l'échine. À droite (notes aiguës) l'hypoténuse, qui est concave suit la progression mathématique des longueurs de cordes, c'est l'éclisse courbe ; elle rejoint l’échine par une queue ou pointe rectiligne ou convexe. Le piano à queue a emprunté cette forme. Le grand clavecin « à l'ancienne » mesure environ deux mètres cinquante de long sur un mètre de large ; il peut donc facilement être déplacé par deux personnes. Son étendue couvre environ cinq octaves de Fa à Fa5 ou Sol5 (le piano moderne comporte généralement 88 touches et couvre donc plus de sept octaves). La structure est en bois. Contrairement au piano, le clavecin à l'ancienne ne comporte pas de cadre métallique.

Les cordes

Les cordes, à raison de deux à trois cordes par note, consistent en un simple fil métallique (diamètres de 0, 18 à 0, 65 mm) et contrairement à celles du piano, elles ne sont pas « filées ». Elles peuvent être en fer, en laiton, en cuivre, ou en bronze, et sont disposées dans le sens de la plus grande longueur (du clavier vers la pointe). Vers la pointe, chacune d'elles est fixée à une pointe d'accroche située près de l'éclisse courbe. À l'autre extrémité - c'est à dire près du clavier - chacune s'enroule sur une cheville d'accord qui permet de régler la tension, donc la hauteur du son émis. Entre ces deux points fixes, la corde enjambe deux pièces de bois dur : sillet (fixé sur le sommier) et chevallet (collé sur la table d'harmonie), dont la position fixe la longueur utile c'est à dire mise en vibration et émettant le son. Sur le sillet comme sur le chevalet, la corde est guidée par des pointes métalliques qui permettent de fixer précisément sa position.

La table d'harmonie

Les vibrations des cordes sont transmises à la table d'harmonie qui joue un rôle d'amplificateur et qui consiste en une nappe de bois (épicéa ou cyprès) très fine (2, 2 mm à l'aigu jusqu'à 4, 2 mm au grave) occupant presque toute la surface de l’instrument. Cette transmission se fait par l’intermédiaire du chevalet, pièce de bois dur (poirier) en forme de « S » allongé, qui est collée sur la table d'harmonie et sur laquelle sont tendues les cordes. La cavité de la caisse sert de résonateur, elle est fermée vers le bas par le « fond ». La table d’harmonie est souvent percée d'une ouïe, dans son angle droit, l’orifice circulaire est alors orné d’une rosette ou rosace ouvragée en parchemin (clavecins italiens) ou en étain doré (clavecins flamands et français) : elle porte alors la marque du facteur. Cette ouïe n'est pas indispensable mais ouvre aussi le son et permet d'équilibrer l'hygrométrie, d'éviter un couplage avec le fond. Dans les clavecins flamands et français, la table d’harmonie est le plus souvent décorée de façon fastueuse de motifs floraux, d’insectes, d’oiseaux, etc., alors que les Italiens et les Anglais préfèrent le bois brut.

Les registres

Une des particularités du clavecin est de pouvoir faire vibrer, d'une seule et même touche, plusieurs cordes dont les sonorités peuvent être différentes, ensemble ou séparément. Ceci est permis par les registres que l'instrumentiste peut engager, ou non. Ce système est analogue à celui de l'orgue (mais le nombre de registres possibles ne dépasse guère cinq). L'usage des registres, ou jeux, permet de faire varier la puissance sonore, ou le timbre. En France les jeux prennent les noms de : jeu principal ou grand jeu de plume ; unisson ou petit jeu ou épinette ; octave ou petite octave ; jeu de luth ; jeu de buffle. Dans le monde anglo-saxon, on les désigne par un nombre de pieds, par analogie avec les registres d'orgue émettant des sons de même hauteur, soit 16 pieds, 8 pieds (le plu usuel), 4 pieds.
-L'épinette (virginal, muselaar, ottavino) possède un rang de corde, donc un rang, un jeu. (un deuxième jeu éventuel en luth ou arpichordum) ;
-Le clavecin (le clavicytherium ) à un clavier possède deux rangs de cordes : principal-unisson (ou octave) plus un luth qui vient toucher un des rangs. Ceci donne les jeux suivants : principal, unisson, luth. C'est-à-dire trois jeux sur deux rangs de cordes ;
-Le clavecin reçoit un deuxième clavier quant on lui ajoute un troisième rang de cordes. La disposition est : unisson au petit clavier, principal-octave au grand clavier. De plus, un jeu de luth vient toucher un des trois rangs ; cela donne les quatre jeux : principal-unisson-octave-luth (peuvent s'ajouter des combinaisons comme le plein jeu, etc. ou un sautereau de buffle qui vient en double du principal). Les jeux se commandent par des manettes, qui se présentent à portée de main au dessus du clavier. Chez les flamands l'extrémité des registres traverse la joue. Dans les instruments tardifs ou fin du , les Français utilisaient des genouillères. Les clavecins anglais ont pu comporter des pédales, elles servent aux changements de registres et aux mécanismes expressifs. Les pédales ont été à l’honneur au début de la redécouverte du clavecin vers 1900. Les tentations d'adaptation au clavecin de caractéristiques techniques du piano ont progressivement été abandonnées à partir des années 1950, pour construire des clavecins « à l'ancienne », issus de la copie des instruments de la grande époque ( principalement). Dans les pays anglo-saxons, on désigne les différents jeux de cordes par une « longueur » en nombre de pieds. En fait il s’agit de la taille du jeu d'orgue émettant un son de même hauteur. La taille la plus courante est de 8' (huit pieds) pour le jeu principal. Le jeu d'octave ou quatre pieds est deux fois moins long. Il a existé aussi des jeux de 2' et de 16' (voir curiosités). Le timbre sonore varie selon les registres mis en œuvre : la position du point de pincement par rapport au sillet a une influence, non négligeable. Jouent également la matière des sautereaux — plume de corbeau, « peau de buffle », plastique (Delrin, Celcon) — ou la présence de dispositifs tels que le « jeu de luth », qui étouffe partiellement le son grâce à des petits blocs de feutre calés contre les cordes, tout près du sillet.

Le chevalet

La forme du clavecin provient directement du plan de cordes, sauf dans les graves. Le chevalet a une forme en esse (chevalet à crocs). En effet, si toutes les cordes suivaient la progression et étaient de même matière, de même section et soumises à la même tension, les pointes d’accroche seraient disposées suivant une courbe exponentielle et l'instrument deviendrait très long. Pour pallier cela, on fait varier la matière et la section des cordes de l'aigu (cordes en fer de petit diamètre) vers le grave (cordes en cuivre de plus gros diamètre). L’augmentation du diamètre est encore beaucoup plus rapide vers le grave, car c’est là que le problème de longueur devient important ; de ce fait, vers les graves, le chevalet est incurvé en sens inverse en forme de crosse. Chez les italiens, le chevalet peut se terminer d'équerre ou en plusieurs sections.

Le couvercle

Le clavecin est protégé par un couvercle en une ou deux parties articulées à l’échine que l'on soulève latéralement avant de jouer. Le couvercle est maintenu en position ouverte par une simple baguette de bois non fixée à l’instrument (la béquille). Il est destiné à protéger la table d'harmonie de la poussière et aussi les cordes qui peuvent s'oxyder. Par ailleurs, un panneau amovible (le portillon), peut venir enfermer complètement la boîte à clavier.

La caisse

La décoration de la caisse (du coffre) diffère aussi selon les traditions :
- en Italie, on préfère les moulures, sculptures, gravures, peintures dorées ou non, avec incrustations de matériaux précieux (nacre, os , pierres fines…); les claviers sont en bois dur, tel que le buis, teinté ou non;
- en Flandre, on utilise des papiers peints avec arabesques et motifs géométriques pour l’intérieur, l’extérieur est souvent peint de façon assez fruste, imitation de marbre ou de ferronnerie; l’intérieur du couvercle est souvent décoré de papier peint imitant les moirures d'un tissu, avec des maximes en latin.
- en France, le clavecin est un élément important du décor des maisons nobles et bourgeoises : il est souvent décoré avec richesse et luxe, instrument et couvercles étant peints par de grands artistes, avec profusion de dorures; les claviers sont souvent en ébène pour les marches, plaqués os pour les feintes.
- en Angleterre, on privilégie l’ébénisterie, chêne avec placage de bois plus ou moins précieux et marqueterie raffinée .
- en Allemagne, les influences des autres pays se superposent en général, à Hambourg la pointe de l’instrument est arrondie dans le prolongement de l’éclisse courbe prenant la forme d’un S allongé contrairement à ceux de Saxe.

Accord et tempérament

Très généralement aujourd'hui, le clavecin est accordé au diapason dit baroque avec un « la » à 415 Hz (avant 1800, date à laquelle le La3 a été fixé à 440 Hz, il n'y avait pas de diapason unifié. Le « la » variait d'une ville à l'autre, voire d'un orgue à l'autre dans la même ville). Le diapason moderne à 440 Hz n'est adopté que lorsque l'instrument doit s'intégrer à un ensemble moderne, notamment pour l'exécution des œuvres composées au . L'écart entre ces deux diapasons correspond approximativement à un demi-ton : c'est pourquoi beaucoup d'instruments disposent d'un dispositif transpositeur rudimentaire, qui consiste simplement à pouvoir décaler les claviers de la largeur d'une touche : décalée vers la droite, la touche donnant « la » vient se placer sous les sautereaux produisant auparavant « si bémol » et seul un très léger réaccordage est nécessaire. On évite par ce procédé de modifier trop sensiblement la tension des cordes, préjudiciable à la stabilité de l'accord. De façon générale, de nos jours, le clavecin n'est pas accordé au tempérament égal sauf lorsqu'il doit s'insérer dans un ensemble moderne. Ce sont donc principalement les tempéraments en usage pendant les qui sont utilisés : tempéraments mésotoniques et tempéraments inégaux, Vallotti ou autre. Cet usage est devenu la règle dans l'interprétation dite authentique du répertoire baroque en solo. La stabilité de l'accord du clavecin est moins permanente que celle du piano et est particulièrement sensible aux variations des conditions atmosphériques — notamment température et hygrométrie — auxquelles réagit sa structure en bois. Le clavecin craint les climats sujets à de très fortes variations de température et d'hygrométrie : relativement peu affecté par les climats d'Europe de l'Ouest, il l'est de façon beaucoup plus marquée par ceux que l'on trouve en Amérique du Nord ; dans ces régions, les grandes variations d'hygrométrie peuvent provoquer des dommages irrémédiables aux instruments de construction défectueuse ou mal placés. Lorsqu'un instrument doit être installé pour un concert dans un lieu étranger (par exemple une église, souvent froide et humide), il est donc nécessaire de l'y placer plusieurs heures à l'avance et de rectifier l'accord, en plusieurs phases et notamment à l'approche du concert. Une légère adaptation peut même intervenir au cours de celui-ci, pendant entractes et pauses. L'instrument devant être réaccordé assez fréquemment, il est d'usage que son propriétaire procède lui même à son accordage, beaucoup plus simple à réaliser que celui, au tempérament égal, du piano, qui reste du ressort d'un accordeur professionnel.

Le ou les claviers

200px Les touches diatoniques ou naturelles s'appellent les marches. Les touches chromatiques (dièses ou bémols) s'appellent feintes. Le clavecin français possède en principe des claviers dont les marches sont noires et les feintes blanches (écoles parisienne et lyonnaise). Pour augmenter l'étendue des claviers, beaucoup de clavecins flamands ont été ensuite modifiés (ou ravalés) par les facteurs parisiens, cette caractéristique apparaît assez souvent dans ces instruments. Dans les autres pays, et notamment l'Italie et le sud de la France actuelle, il n’y avait guère de règle, et toutes les possibilités ont été exploitées : avec des touches de bois plus ou moins clair et des matières précieuses telles que la nacre ou l'écaille ont aussi été utilisées. C'est l'usage de l'os (rarement de l'ivoire) qui permet de réaliser des placages blancs. Lorsque les touches chromatiques sont blanches, c’est seulement la partie supérieure qui reçoit un plaquage en os. Les touches massives ne se trouvent que très rarement, dans les feintes d'épinette anglaise, par exemple. Les marches, quant à elles, sont ornées en bout de touche faisant face à l’instrumentiste de diverses façons : de frontons trilobés sculptés dans la masse ou de parchemin sur fond d'étoffe, d'arcades tournées en buis, d'une moulure, voire d'arcades en cuir gaufré…

Autres formes de l'instrument

Formes comparées La famille des clavecins comprend des instruments de formes différentes et de mécanisme analogue, souvent de plus petite taille que le clavecin (NB : l'épinette peut être plus grande qu'un clavecin) :
-l'épinette italienne a procuré le plan de l'épinette rectangulaire ou pentagonale, du virginal, du muselaar, et de l’ottavino. La plus grande longueur est parallèle au clavier. Les cordes sont alors en travers de la touche du clavier, d’où une sonorité différente ;
-l'épinette courbe et l'épinette française sont des clavecins inclinés (traverso) en forme d'aile d'oiseau ;
-le clavicytherium, qui est un clavecin vertical : le clavier et les sautereaux horizontaux sont actionnés par un système articulé de renvoi en équerre - on gagne de la surface au sol, en hauteur l'instrument sur ses pieds peut mesurer de deux à trois mètres. Selon l'époque, comme dans les clavecins, l'étendue d'environ quatre octaves est suffisante pour la musique de la Renaissance. Les facteurs ont cherché à augmenter l'étendue des claviers après coup par des octaves « courtes » ou touches dédoublées (dites feintes brisées) correspondant à plusieurs notes distinctes. Ces instruments sont particulièrement adaptés à l’exécution des œuvres pour lesquelles ils ont été construits pendant la Renaissance ou au , et particulièrement celles des virginalistes anglais. Tous ces instruments n’ont qu’un seul clavier et un seul rang de cordes (la plupart des clavecins anciens ne possédaient qu'un clavier). Un jeu de luth ou d'arpichordum venait parfois s'ajouter. Un piètement n'était pas toujours indispensable : l'instrument peut être simplement posé sur une table ou sur des tréteaux. Tous ces instruments à sautereaux de la famille des clavecins ont coexisté en suivant la demande d'extension de la tessiture. Ils sont fabriqués encore aujourd'hui par les mêmes artisans (facteurs de clavecins).

Curiosités et inventions

L'imagination des facteurs a donné naissance à nombre d’instruments extraordinaires, produits à peu d’exemplaires dont parfois, aucun ne subsiste :
- Clavicymbalum d'Henri Arnault de Zwolle vers 1440. Arnaut propose quatre schémas d'excitation de la corde dont un à corde frappée, mais il considère que le premier, à sautereau, est le meilleur ;
- claviorganum (à la fois clavecin et orgue) ;
- « Moeder en kind » (Mère et enfant, Flandres, ) : ensemble composé de deux virginals. Le plus petit (l'enfant, demi virginal à l'octave) peut se ranger dans le plus grand (la mère) ou se superposer à celui-ci de manière à coupler leurs deux claviers.
- Clavecin imbriqué avec un muselaar prenant place au niveau de l’éclisse courbe (Flandres, ) ;
- « spinettone de teatro » (Cristofori, Italie, ) : épinette ressemblant à un clavecin, avec une courbe brisée réalisée en deux parties droites, le clavier est latéral pour limiter l’encombrement dans les fosses d'orchestre. Possède deux registres: principal et octave ; Clavecin « brisé » de Marius
- l'épinette ovale (Bartolomeo Cristofori 1655-1731) possède deux registres d'unissons entrecroisés, quatre chevalets. Les cordes les plus graves sonnent au centre de la table ;
- « double virginal » (Cristofori, Italie, ) : avec jeux de cordes entrecroisées ;
- clavecin « brisé » en trois parties qui se replient en un tout (France, Jean Marius, 1700 ) ;
- clavecin à persiennes : Quelques dispositifs furent essayés en Angleterre, au , pour varier le volume du son : des persiennes à ouverture progressive. Ces essais n’eurent guère de succès ;
- « vis-à-vis » (Allemagne, ) : un clavecin et un piano-forte se font face, imbriqués dans un même énorme meuble ;
- seize pieds : La disposition dite « de Bach » avec jeux de seize, huit et quatre pieds est en fait une invention du début du , car les instruments authentiques de la période baroque qui la présentent sont excessivement rares ;
- clavecin à pédale (il n'existe pas d'exemplaire ancien complet) ;
- clavecin évolutif : clavecin à un clavier qui se transforme en deux claviers (Rouaud, 1970) ;
- clavicytherium transformable : le même peut devenir un clavecin horizontal (Rouaud, 1980) ;
- luth-clavecin, équipé des cordes en boyau.

Instruments inspirés par le clavecin

- Le « clavecin électrique » (France, 1759) : conçu par Jean-Baptiste de La Borde, cet instrument utilise l'électricité statique pour frapper des clochettes à l'aide de petites pièces métalliques , sur soNHoRS ;
- « Geigenwerk » (Allemagne, ) : les cordes ne sont pas grattées, mais frottées par des roues, sortes d'archets cylindriques rotatifs actionnés par une pédale, analogues à celui de la vielle à roue ;

Mécanisme et toucher du clavecin

Schéma d’un sautereau (seule la partie supérieure est représentée) : 1- corde ; 2- axe de la languette ; 3- languette ; 4- plectre ou bec ; 5- étouffoir. Fonctionnement du sautereau : 1- chapiteau 2- feutre 3- étouffoir 4- corde 5- plectre ou bec 6-languette 7-axe de la languette 8-ressort en soie de sanglier 9- sautereau 10- escamotage de la languette et du bec - A : touche au repos, l'étouffoir repose sur la corde et l'empêche de vibrer - B : enfoncement de la touche : le sautereau s'élève contre la corde et fléchit - C : le sautereau lâche la corde qui se met à vibrer (émission du son), le sautereau vient en butée contre le chapiteau - D : la touche relâchée, le sautereau redescend par son poids, la languette s'escamote par rotation vers l'arrière au passage de la corde, l'étouffoir reviendra arrêter la vibration de la corde L'élément principal du mécanisme du clavecin est une lamelle de bois dur appelée sautereau qui se présente verticalement au dessus de la partie arrière (cachée) de la touche. Il est maintenu dans cette position par les registres disposés horizontalement et parallèlement au(x) clavier(s). Les registres sont généralement au nombre de deux par rang de sautereaux : celui du bas est fixe ; celui du haut est mobile et peut se déplacer latéralement de quelques millimètres, permettant de mettre en action ou non le rang de sautereaux correspondant. Dans les instruments les plus simples, ne possédant qu'un rang de sautereaux, il n'y a pas de registre mobile (l'unique jeu de sautereaux étant toujours actif). Les registres sont percés d'orifices rectangulaires, éventuellement garnis d'une basane, au travers desquels le sautereau peut coulisser librement, mais avec un jeu très ajusté, de bas en haut. La touche constitue un levier : lorsque le claveciniste appuie sur son extrémité, l'autre extrémité se soulève et fait monter le sautereau muni d'un bec qui va « pincer » la corde correspondante. À l’extrémité supérieure du sautereau se trouve une petite languette de bois dur articulée de façon élastique (ressort en soie de sanglier) sur le sautereau et munie du « bec » ou « plectre » (en plume de corbeau, en cuir ou en plastique) qui soulève la corde. Lorsque le sautereau continue à s’élever, le bec se courbe progressivement puis finit par « lâcher » la corde ainsi mise en vibration. Lorsqu'on cesse d'appuyer sur la touche, la queue de la touche revient sur le châssis du clavier ; le sautereau retombe et le bec repasse sous la corde, mais sans bruit (ou presque) grâce à la conception de l'articulation de la languette et du sautereau : la languette s’escamote vers l’arrière, et revient ensuite à sa place grâce au ressort. Le sautereau redescend en position basse, l'étouffoir en drap de laine vient reposer sur la corde pour faire cesser le son. Coupe longitudinale (schéma de principe) d'un clavecin de type flamand à un clavier et deux jeux de huit pieds. 1) touche, 2) couteau, 3) barre de nom, 4) chevilles d'accord, 5) sillet, 6) chapiteau, 7) registres mobiles, 8) corde, 9) chevalet, 10) pointe d'accroche, 11) contre-éclisse, 12) éclisse courbe/pointe, 13) boudin, 14) table d'harmonie, 15) fosse, 16) contre-sommier, 17) sautereaux, 18) masse, 19) fond, 20) peigne, 21) pointe de guidage, 22) registres fixes, 23) sommier, 24) pointe de balancement, 25) cadre du clavier Lorsque l'instrument possède deux claviers, deux dispositifs différents permettent d’actionner le même sautereau à partir des deux claviers :
- l’accouplement à tiroir (dispositif à la française) : en faisant glisser légèrement le grand clavier vers l’arrière, des ergots verticaux (dent d'accouplement) placés à l’extrémité des touches inférieures viennent se placer sous les touches supérieures ; lorsqu’on appuie une touche inférieure quelconque, la touche supérieure s’abaisse également (mais pas l’inverse) ;
-l’accouplement anglais : en faisant glisser légèrement le petit clavier vers l’arrière, la queue de la touche se place dans le cran du sautereau en « pied-de-biche » (dispositif anglais dit « dog leg »). Les sautereaux sont crantés, et peuvent être soulevés, soit par la touche inférieure, soit par la touche supérieure. Ces deux dispositifs, dont l’utilité musicale est différente, n’apparaissent jamais simultanément sur le même instrument. Accouplement à tiroir Dispositif dit « dog leg » Le mécanisme du clavecin autorise des variations de timbre et d'intensité par la négociation dans la production du son de l'absence d'un jeu « collé » : d'autres possibilités sont dans le registre, la combinaison ou l’accouplement de registres. Cet instrument est particulièrement adapté à l’exécution de la musique baroque (en soliste, concertiste ou élément du continuo). Principe des registres : le sautereau pince ou non la corde selon la position du registre supérieur (mobile) - NB déplacement maximum environ 2 mm. Légende : 1) extrémité de la touche, 2) feutre, 3) sautereau, 4) registre fixe, 5) registre mobile, 6) corde métallique. Le clavecin dispose, comme l'orgue, de « registres » (au nombre de une à quatre paires, voire plus). À chaque registre correspond un jeu de sautereaux, un jeu de cordes pouvant produire des sons différents et éventuellement un clavier distinct. Chaque registre peut être poussé ou tiré, afin de mettre en service ou hors service le jeu de sautereaux correspondants. Cette disposition rend le clavecin très adapté à la musique « baroque » ou le contrepoint est particulièrement important (chaque main peut jouer sur un clavier différent ses propres lignes mélodiques indépendantes. Il n'y a pas autant de jeux que de rangs de cordes :
- un rang de cordes peut être disputé par deux sautereaux : principal et buffle. Ou encore par un sautereau et le luth ;
- un rang de corde à l'unisson peut être joué par chacun des claviers ;
- le clavier du haut joue toujours l'unisson ou un jeu de luth ;
- le clavier du bas joue le jeu principal ou le jeu d'octave ou les deux ensembles et on peut y ajouter l'unisson ;
- on joue tous les jeux par le grand clavier, c'est le « plein jeu ». Toutes ces combinaisons donnent aux instruments les plus complexes une grande variété de timbres. C'est leur existence qui entraîna la mise au point, au ) des dispositifs destinés aux changements « automatiques » des facteurs français (par genouillères) et anglais par des (pédales). En ce qui concerne le toucher, il est très différent de celui du piano puisque la force apportée à l'appui de la touche n'a pratiquement aucune influence sur le son rendu. Le mécanisme est très léger et réactif ; le son s'obtient à la surface du clavier et non pas au fond ; la main est immobile et, par un effet de came le doigt lèche le clavier et négocie l'intensité et la couleur du son en se repliant vers la paume.

Historique

Les premiers instruments

L'origine du clavecin remonte au Moyen Âge : il est une évolution du psaltérion auquel a été adapté un clavier. C'est au que l'on en trouve les plus anciens documents mais il est bien possible que le principe ait été inventé auparavant. Ce siècle vit de nombreux progrès dans la technique de l'horlogerie comme dans d'autres domaines mécaniques et ceci rend plausible une mise au point, à cette époque, du mécanisme qui distingue le clavecin du psaltérion. Un manuscrit en latin d'Arnaut de Zwolle, datant environ de 1440, inclut des schémas détaillés du clavisimbalum ainsi que de quatre dispositifs d'excitation des cordes pincées, dont un à cordes frappées. Arnaut précise que la première mécanique est la meilleure : les premiers sautereaux.Edward L. Kottick (2003), chap. 1 - From psaltery and monochord to harpsichord and virginal, pp. 9-26 L'instrument est peut-être originaire d'Italie ou de Bourgogne, que ces deux centres de facture aient été en communication ou se soient développés de façon indépendante. L’Italie sera toujours, et de loin le siège de la plus importante production, avec une facture très typée qui demeure la même pendant trois siècles. Toujours est-il que le clavecin le plus ancien qui soit conservé est de facture italienne ; il est daté de 1521 et il est conservé à Londres. La Royal Academy of Music possède un curieux instrument vertical, un clavicytherium, qui doit être antérieur, mais le mécanisme est manquant. Notons qu'ils sont précédés par une épinette datant de 1493 exposée au musée de Pérouse N. Dufourcq, op. cit. p 16. Les autres instruments remontant à cette haute époque, la première moitié du XVIe siècle, sont également de facture italienne. Cependant, ils ne nous donnent aucun renseignement sur la genèse de l'instrument : de manière surprenante, la facture en est quasiment accomplie et on ne peut donc faire que des hypothèses sur l'évolution antérieure de celle-ci, d’autant que les documents écrits manquent presque complètement jusqu'à l'Encyclopédie de Diderot. Les facteurs italiens construisaient des instruments très légers, dont la structure évoque la lutherie, munis d'un seul clavier et des cordes de tension modérée. Cette structure perdura pendant plusieurs siècles sans modification notoire. Les instruments italiens ont un son plaisant mais qui manque de puissance : ils devinrent l'instrument d'accompagnement par excellence. Un changement décisif dans la facture eut lieu à Anvers vers les années 1580, surtout sur l'impulsion du facteur Hans Ruckers et de ses héritiers, parmi lesquels Ioannes Couchet. Les facteurs flamands construisaient des instruments beaucoup plus solides que les italiens. Leurs instruments avaient des cordes plus longues, sous plus forte tension, de diamètre progressivement augmenté vers les basses — d'où une forme plus trapue, avec deux jeux de huit et quatre pieds (ou de deux fois huit pieds) — une caisse plus épaisse et une table d'harmonie très mince qui rendait un son puissant et noble. Il y avait parfois deux claviers, généralement transpositeurs (à intervalle de quarte) et qui ne pouvaient être accouplés. Plus tard, le second clavier fut aussi utilisé pour produire des modifications de sonorité. Le modèle flamand servit de base au développement de la facture dans les autres pays d'Europe occidentale (essentiellement la France, l'Angleterre, l'Allemagne) même si une tradition antérieure a pu y exister.Edward L. Kottick (2003), chap. 3 - Antwerp harpsichord building beetween Karest and Ruckers, pp. 53-65

L’âge d’or

C'est la grande époque du clavecin : facteurs et musiciens portent l'instrument st son répertoire à leur apogée. Le clavecin devient un instrument de prestige et un meuble d'apparat qui orne hôtels particuliers, châteaux et palais, chez les bourgeois aisés, les membres de la noblesse et des familles royales. Il participe à la riche vie musicale qui les anime et les enfants des classes privilégiées apprennent à en jouer auprès des meilleurs professeurs. On distingue en général cinq « écoles » nationales pour la facture de cette époque : :
- Italie (centres principaux : Venise, Milan, Florence, Rome, Naples…) ; :
- Flandres (Anvers avec la plus célèbre famille de facteurs : les Ruckers et Couchet, puis Moermans, Dulcken ...) ; :
- France (principalement à Paris : les Denis, Blanchet, Taskin, Hemsch...) ; :
- Angleterre, essentiellement à Londres (Shudi, Kirckman…) ; :
- Allemagne à Hambourg (Fleischer, Hass, Zell), Berlin (Mietke), Dresde (Gräbner)… Il s’est produit peu de clavecins en dehors de ces régions. Quelques instruments ibériques (portugais, espagnols) subsistent, qui dénotent une forte influence italienne, mais la production a toujours été très réduite. Les cinq principales écoles nationales sont bien caractérisées, même si de nombreuses variantes existent, et si les facteurs les plus talentueux ont toujours fait preuve d’imagination et d’ingéniosité. Les caractères indiqués ci-après ne décrivent que des tendances générales, qui sont sujettes à de nombreuses exceptions. Différentes formes de clavecins

La facture italienne

Du , l’Italie a été le plus important centre de fabrication de clavecins de toute l’Europe. Les instruments en sont très caractérisés ; leur son typé et leur attaque précise les destinent tout particulièrement à la réalisation de la basse continue. D’ailleurs, relativement peu d’artistes italiens se sont consacrés exclusivement à cet instrument, en proportion du nombre de musiciens italiens pendant toute la période baroque.Ann Bond, A Guide to the harpsichord, page 135 Le clavecin italien le plus typique a une caisse extrêmement légère formée de parois minces en cyprès, dont la construction évoque la lutherie. Cet instrument fragile n’est pas décoré ; il est contenu dans une caisse extérieure solide, de caractère utilitaire à l’origine, et qui prendra au cours des temps une fonction décorative de plus en plus importante. Les instruments plus tardifs ont souvent des parois plus épaisses, mais ils s’efforcent de conserver la même apparence de structure. La table d'harmonie est découpée à la forme du fond, que les éclisses entourent, et à partir duquel on construit l’instrument. Clavecin italien de Pietro Faby (1677) Très généralement, il n’y a qu’un seul clavier, actionnant deux jeux à l'unisson, les registres n’étant pas mobiles ; ils sont parfois disposés obliquement (non parallèles au clavier) ce qui nécessite un processus de fabrication très sophistiqué. Ce clavier est proéminent (en console) par rapport à la caisse. La mesure des cordes (en laiton) est courte, et la progression de leurs longueurs vers le grave sans variation de diamètre donne à l’instrument une forme très allongée, avec une éclisse courbe très incurvée. C’est dans la partie la plus grave que les diamètres de cordes sont augmentés, ce qui s’accompagne d’une pointe presque perpendiculaire à l’échine. Dans cette partie, le ou les chevalets ne sont pas courbes, mais anguleux. En ce qui concerne la décoration :
- la caisse (ou la caisse externe) donne lieu à la plus grande variété décorative, misant principalement sur les matières et les reliefs. Les moulures très ouvragées participent à la solidité de l’instrument. Les plus somptueux mettent en œuvre la marqueterie, les sculptures, la dorure, les incrustations de matières précieuses, telles que nacre, écaille, os gravés, pierres fines, perles ;
- la table d'harmonie est de bois brut ; elle est ornée d’une rosace de parchemin découpé, en plusieurs couches, selon des motifs géométriques parfois très complexes ;
- le piètement, souvent constitué de trois pieds en colonnes plus ou moins travaillées est parfois une œuvre d’art à lui seul, parfois d’une exubérance époustouflante.

La facture flamande

Clavecin flamand (copie d'ancien) La facture flamande représente le pôle opposé à la facture italienne. Les autres écoles nationales (France, Allemagne et Angleterre) se rattachent à sa tradition avec des variations locales. Le plus grand nombre d’instruments conservés vient de la famille Ruckers, dont la production représente l’archétype de cette école. Contrairement au clavecin italien, le clavecin flamand est un instrument solide, aux parois relativement épaisses ; la rigidité de la caisse est assurée, en outre, par des renforts internes disposés en éventail, plus ou moins perpendiculairement à l’éclisse courbe. Les flamands emploient des bois tels que le tilleul ou le peuplier. Les éclisses sont posées sur le fond (donc la table d’harmonie n’a pas la même surface que ce dernier) mais il est probable qu’en fait, on fixait le fond (par collage et cloutage), une fois l’instrument terminé, sur la tranche inférieure des éclisses. Le plus souvent, il n’y a qu’un seul clavier, actionnant deux jeux à l'unisson ou un jeu principal et un d'octave, avec registres mobiles disposés parallèlement au clavier. Ce clavier est rentrant dans la caisse. La mesure des cordes (en acier ou laiton) est assez longue, et la progression de leurs longueurs vers le grave est accompagnée d’une variation de diamètre qui permet d’avoir un instrument assez compact, avec une éclisse courbe peu incurvée. Les chevalets sont incurvés en forme de « S ». Les instruments à deux claviers en état d’origine sont transpositeurs (claviers décalés, un en Ut, l'autre en Fa, et surtout sans accouplement). La table d’harmonie a une épaisseur variable sur les bords, et un barrage assez rigide. Le piètement est l’extrapolation de simples tréteaux : quatre pieds en chêne tourné et ciré, reliés par des traverses horizontales ou une balustrade. Il était parfois étonnamment haut, car l’on pouvait jouer debout. En ce qui concerne la décoration :
- la caisse est peinte de façon à imiter le marbre ou des motifs de ferronnerie. Il n’y a pas de moulures, sauf celles prises dans la masse en haut des éclisses, ni de motifs en relief. L’intérieur est garni de papiers décoratifs imprimés avec arabesques, dauphins stylisés, etc. Le couvercle, en une partie ou deux parties articulées, porte souvent une maxime en latin ;
- la table d’harmonie est décorée de motifs floraux stéréotypés, et d’une rosace en étain doré portant la marque et les initiales du facteur.

La facture française

Clavecin français Il existe une tradition française de la facture antérieure à la période d’extraordinaire engouement pour les clavecins flamands qui la fit évoluer de façon décisive. Cette manière ancienne est d’ailleurs beaucoup plus proche des flamands que des italiens. La production française est presque entièrement concentrée à Paris, qui comptait plus de cent facteurs au Ed Kottick, p 272 - on peut citer les familles Denis, Bellot, Jean-Antoine Vaudry. Quelques autres travaillent à Lyon (Gilbert Desruisseaux, plus tard Pierre Donzelague), Toulouse (Vincent Thibaut) — Les instruments datant de cette période sont excessivement rares et aucun ne remonte avant 1648.Clavecin de Jean Denis au Musée de l'Hospice St Roch à Issoudun Ed Kottick p 163 Le clavecin français typique du est un grand instrument à deux claviers dont la structure rappelle beaucoup celle des flamands. Bien souvent, ces instruments sont issus de l’opération de ravalementClaude Mercier-Ythier, Les Clavecins, p 64 qui consiste à transformer un ancien instrument pour le mettre au goût du jour. Il s’agit soit d’adjoindre un second clavier ou d’ajouter un accouplement, soit d’augmenter l’étendue du clavier, soit d’augmenter le nombre des registres, et éventuellement d’ajouter des dispositifs de changement rapide. Double clavier Les grands facteurs parisiens du se sont fait une spécialité du ravalement de clavecins flamands, particulièrement des Rückers. En effet cette signature était synonyme de qualité sonore exceptionnelle et de prix exorbitant : elle donna lieu aussi à des contrefaçons. :Le ravalement pouvait prendre plusieurs formes : :
- petit ravalement : extension du nombre de touches du clavier, transformation d’un clavier transpositeur en clavier harmonique, sans modifier la caisse ; :
- grand ravalement : élargissement de la caisse et de la table d'harmonie, ajout d'un second clavier, etc. Le grand ravalement était un travail d’expert.Ed Kottick p 242 La décoration, qui s'harmonise au reste du mobilier, est somptueuse, avec dorures, sculptures, peintures ; la table d’harmonie possède une décoration florale raffinée. L’intérieur du couvercle est souvent un tableau pour lequel on fait appel aux meilleurs peintres. La recherche d’expressivité a donné lieu, au , à des innovations telles que les genouillères pour changement rapide des registres, le plectre en peau de buffle… Malgré la production importante, il subsiste relativement peu d’instruments français de la grande époque, à cause des destructions consécutives à la Révolution. Il n'existe plus, pour certains facteurs, qu'un seul instrument, et nombreux sont ceux dont toute la production a disparu.Les 61 clavecins et 7 épinettes confisqués aux émigrés et dévolus au Conservatoire de Paris, dont certains avaient servi à la célébration de l'Empire, furent brûlés pour chauffer les salles de classe (rapporté en 1890 par JB Weckerlin, bibliothécaire du Conservatoire) cf Hubbard p 116 Les grands noms de la facture française :
- les Blanchet ;
- Jean-Henri Hemsch ;
- Pascal-Joseph Taskin. Image:ClavecinDumont.jpg|Clavecin Dumont Image:ClavecinRuckersTaskin.jpg|Clavecin Ruckers/Taskin Image:ClavecinGoujonSwanen.jpg|Clavecin Goujon/Swanen Image:ClavecinHemsch.jpg|Clavecin Hemsch

La facture allemande

Les pays allemands n’ont pas été des centres de production importants. Il subsiste peu d’instruments anciens, et ceux-ci présentent une grande diversité. Les influences flamande et française sont très fortes. Les instruments fabriqués en Allemagne méridionale sont d’aspect moins élaborés que ceux d’Allemagne du nord, parmi lesquels se distinguent particulièrement ceux du facteur hambourgeois Hieronymus Hass. Celui-ci a réalisé des instruments avec les jeux, rares, de deux pieds et de seize pieds. Son œuvre la plus exceptionnelle de complexité est un clavecin vraiment unique à trois claviers, cinq jeux de cordes et deux tables d’harmonie. Autres facteurs hambourgeois de renom : les Fleischer, Christian Zell. La Saxe possède aussi des facteurs de renom : Michael Mietke, Gottfried Silbermann (également fameux facteur d'orgues)... Les clavecins hambourgeois présentent souvent une éclisse doublement courbée dont la queue fait partie intégrante : cette forme est celle des instruments du début du ; elle ne se retrouve pas en Saxe ou en Allemagne méridionale, dont les instruments apparaissent moins massifs.

La facture anglaise

La facture anglaise est influencée par celle des Flandres. Il y a une production importante de virginals au , et d’épinettes courbes « bentside spinet » dont la taille inférieure à celle du grand clavecin a favorisé la diffusion. Un des traits distinctifs de cette école est l’utilisation, pour la caisse du chêne, plaqué de noyer puis d’acajou. Les facteurs les plus significatifs sont d’ailleurs des menuisiers et ébénistes d’origine continentale, Kirckmann (allemand) et Shudi - Tschudi - (Suisse alémanique). Le jeu de nasal était préféré au jeu d'octave. Dans les deux claviers, c'est le supérieur qui se déplace pour l'accouplement, il vient s'engager dans un cran réalisé dans le sautereau dit en pied-de-biche . La table d’harmonie, dont l’épaisseur croît légèrement de l’aigu vers le grave, comporte une rosace mais n’est presque jamais décorée. Le piètement est des plus simples, souvent des pieds de section carrée. Les facteurs anglais autour de la fin du ont multiplié les dispositifs permettant d’agir sur l’expressivité : pédales pour le changement de registres, « machine-stop » permettant de préparer un changement complet et rapide du registre, volets vénitiens (1769) placés au dessus de la table d’harmonie pour modifier le volume sonore. De 1790 à 1825 la maison Broadwood, successeur de Shudi, passa insensiblement de la production de clavecins à celle de piano-forte.

L'éclipse

En France, la révolution de 1789 porte un coup fatal à l'un des instruments les plus prestigieux de l'époque baroque ; il est considéré comme un symbole de l'Ancien Régime et son sort se lie à celui de la monarchie ; les biens des condamnés et des immigrés sont confisqués, autant des clavecins que des pianos-forte (il est attesté qu'une douzaine de clavecins furent brûlés dans la cour du Conservatoire de Paris). Une anecdote précise qu'à la mort de Louis les instruments furent peints en noir en signe de deuil. Le clavecin est considéré comme un instrument démodé, souvent relégué comme objet décoratif. Le clavecin pour autant ne disparaît pas totalement et il reste en usage jusqu'au début du en Italie, en Angleterre en même temps que se développe le piano-forte. Son effacement rapide coïncide avec les changements esthétiques, politiques et philosophiques de la fin du , le passage à la période dite « classique » (celle de Haydn, de Mozart, de Beethoven) et surtout avec la naissance du romantisme. Pendant l'époque romantique, correspondant au développement de l'ère industrielle, les compositeurs n'écrivent plus pour lui. Les derniers clavecins à l'« antique » sont construits par Kirkman à Londres au tout début du . À la fin du , les facteurs sont tentés de lui appliquer les techniques des manufactures de piano mais sans réel succès. L'instrument historique retrouve progressivement son usage grâce aux facteurs et aux musicologues pendant le . Son retour progressif dans le courant du , jusqu'à aujourd'hui alors que le synthétiseur s'affirme contre le piano, montre bien la pertinence de ce merveilleux instrument.

Le renouveau

Clavecin dit moderne Il faut attendre 1889 (Exposition universelle de Paris) pour voir réapparaître en public le clavecin, fabriqué par Pleyel et Erard (avec des caractéristiques très différentes du clavecin ancien). Au début du , la pianiste virtuose Wanda Landowska découvre le clavecin et va œuvrer pour le renouveau de l’instrument en s’y consacrant de façon exclusive : elle interprète sur un instrument spécialement conçu et construit pour elle par Pleyel les œuvres de Bach, Couperin, Rameau, Scarlatti … et forme de nombreux disciples (parmi ceux-ci : Ralph Kirkpatrick, Rafael Puyana). La tradition de la facture classique s'est perdue depuis le : les facteurs de pianos sollicités par les artistes désireux de ressusciter l’instrument croient bon de faire « bénéficier » celui-ci des améliorations qui avaient transformé le piano-forte en piano moderne. Ils le munissent donc d’une caisse massive en contreplaqué, d’un cadre métallique avec des cordes sous forte tension, de becs en cuir durci, de dispositifs de réglage fin sous la forme de multiples vis d’ajustement, de clefs d'accord doublées, de pédales permettant les changements rapides de registre, sans soupçonner que ces nouveautés en font un instrument différent et moins convaincant sur le plan musical (même si sa contribution à la connaissance et à la pratique de la musique ancienne doit être reconnue). Le résultat est un instrument avec moins de rendement sonore qu'un clavecin à l'ancienne. Le son en est différent, beaucoup plus métallique, et, chose plus surprenante, d’une faiblesse qui surprend et pourrait justifier a posteriori l’abandon de l’instrument à la fin de l’époque baroque. Le clavecin ainsi « falsifié » ne supporte guère la comparaison avec le piano, ni la confrontation avec l'orchestre. En effet, la puissance du clavecin, comme celle de la guitare ou de la harpe, les rend incapables de lutter à égalité avec un orchestre moderne, ou pour chaque pupitre on multiplie les instruments. Sa sonorité délicate le marie admirablement aux formations instrumentales beaucoup plus réduites de l’époque baroque, au cours de laquelle a été constitué l’essentiel de son répertoire. Les compositeurs redécouvrent pourtant l’instrument et composent pour lui : de Falla (Le concerto pour clavecin) ou Poulenc (Concert champêtre pour clavecin et orchestre).

Le retour à la tradition

Dès les années 1950, Gustav Leonhardt, organiste, claveciniste et pédagogue, va susciter une nouvelle vague dans l’approche, la lecture et l’interprétation de la musique ancienne. Il va, avec ses nombreux élèves, ses disciples, et bien au-delà du seul clavecin, susciter un engouement pour les techniques anciennes d’interprétations et de facture. Un retour progressif à la facture authentique s’opère en effet après la Seconde Guerre mondiale, sous l’impulsion de quelques facteurs enthousiastes, en particulier : Hugh Gough en Angleterre, Franck Hubbard et William Dowd aux États-Unis ainsi que Bruce Kennedy, Martin Skowroneck en Allemagne, en France dans les années 1960 les facteurs de clavecins : Claude Mercier-Ythier, Jean-Paul Rouaud, Reinhard von Nagel, Marc Ducornet, Émile Jobin, Philippe Humeau, Patrick Chevalier ou encore Laurent Soumagnac. Ils admirent les facteurs de la grande époque qui avaient mis au point un instrument presque parfait, qu’il suffit de reproduire pour retrouver les qualités sonores historiques. Ce retour à une facture qui ne trahit pas l'instrument est parallèle à la redécouverte des techniques de jeu de l'époque baroque, par l’étude des traités du , et manifeste une recherche d’authenticité qui n’est d’ailleurs pas spécifique au clavecin. Aujourd’hui, de nombreux facteurs produisent des clavecins « à l’ancienne » de grande qualité. Alors que d'autres fabricants proposent des instruments à monter soi-même permettant à l’amateur passionné de le construire à partir d'un kit. Le clavecin a retrouvé depuis le dernier quart du sa place privilégiée dans l’interprétation de la musique baroque, comme instrument soliste, concertant ou assurant le continuo. Il a pratiquement repris sa place jusqu'alors usurpée par le piano dans ce domaine, car ses caractéristiques sont beaucoup plus appropriées à l’interprétation d’une musique qui a été conçue pour lui. Seul le double-clavier permet d’exécuter exactement certaines œuvres contrapuntiques ; mais, surtout, les ornements ne peuvent être exécutés correctement que grâce au mécanisme du clavecin ; la couleur, le jeu spatial et la répartition des voix sont uniques au clavecin. Les compositeurs contemporains tels Jean Françaix, Ligeti, Xenakis ou Gorecki, Gracianne Finzy vont aussi composer, mais pour l’instrument du . Il sera employé par des musiciens de jazz tel qu'Erroll Garner ou des musiciens cinématographiques, tels Vangelis dans Christophe Colomb.

Aspects socioéconomiques

Les clavecins sont des instruments coûteuxOrdre de grandeur de prix : 6.000-10.000€ pour un clavecin à un clavier, mais ceci dépend beaucoup du facteur et tout particulièrement de la décoration choisie. Etant donné leur encombrement, ils font partie des quelques rares instruments que le joueur de musique classique n'a pas toujours à amener avec lui lorsqu'il participe à un concert, au même titre que les pianos, les orgues ou parfois les timbales : les clavecins sont souvent fournis par l'institution qui reçoit. À l'heure actuelle, malgré le prix unitaire, la fabrication de clavecins demeure une activité confidentielle, qui n'est pas organisée en un véritable secteur économique. Ainsi, par exemple, il n'existait aucune production industrielle en France en 2004« », SESSI, Enquêtes annuelles de branche, 26 octobre 2006., 2005« », SESSI, Enquêtes annuelles de branche, 26 octobre 2006. ou 2006« », SESSI, Enquêtes annuelles de branche, 9 juillet 2007.. Cependant, on estime que la facture de l'instrument peut offrir des opportunités de niche prestigieuses et porteuses d'images pour le savoir-faire du pays« », Louis Berreur, Bertrand de Maillard et Stanislas Nösperger, Nodal Consultants, 13 mai 2002.. En outre, la fabrication des clavecins peut avoir des implications socioenvironnementales fortes, en particulier lorsque de l'ivoire est utilisé. C'est ainsi que certains facteurs jugent important de faire des rappels quant à l'interdiction du commerce de ce matériau dans leur documentation publicitaire.

Où voir des clavecins historiques ?

en France

Détail du clavecin Blanchet de Thoiry Nombreux instruments à :
- Paris, Musée de la musique ;
- Paris, Musée Grévin ;
- Versailles, Château. Beaux instruments isolés à :
- Amiens, Hôtel de Berny (Ioannes Ruckers, 1612) ;
- Chartres, Musée des Beaux-Arts (Le Père Bellot 1729) ;
- Colmar, Musée d'Unterlinden (Ruckers, 1624) ;
- Lyon, Musée des Arts Décoratifs (Donzelague, 1716) ;
- Saint-Quentin, Musée Antoine Lécuyer (Benoist Stehlin, 1750) ;
- Thoiry, Château de Thoiry (Nicolas+François Blanchet, 1733).

en Belgique

- Anvers, Vleeshuis museum.
- Bruxelles, Musée des Instruments de Musique.

en Grande-Bretagne

Nombreux instruments à :
-Edimbourg, St Cecilia's Hall Museum of Instruments ;
-Goudhurst Tunbridge Wells (Kent), Finchcocks Living Music Museum ;
-Guildford, Cobbe collection at Hatchlands Park (Andreas Ruckers, 1636) ;
-Londres, Victoria & Albert Museum (Vaudry, 1681, Baffo 1576...).

aux États-Unis

Nombreux instruments à :
- Vermilion (Dakota du Sud), National Music Museum :

en Allemagne

- Berlin, Musikinstrumenten-Museum (SMB) près de la Philharmonie

Citations

« Le clavecin a dans son espèce un brillant et une netteté qu'on ne trouve guère dans les autres instruments. Il est parfait quant à son étendue par lui même... Cet instrument a ses propriétés comme le violon a les siennes. Si le clavecin n'enfle point les sons, si les battements redoublés sur une même note ne lui conviennent pas extrêmement, il a d'autres avantages qui sont : la "précision", la "netteté", le "brillant" et l'"étendue" » . (Art de toucher le clavecin, François Couperin, 1717) « Ces couplets sont assez bons... pour un piano-forte qui n'est qu'un instrument de chaudronnier en comparaison du clavecin'' » (correspondance avec la marquise Mme du Deffand, Voltaire, 8 décembre 1774)

Musique de clavecin

L'histoire de la musique composée pour le clavecin s'écrit en deux pages bien distinctes, la pratique de cet instrument ayant cessé pendant tout le : la musique composée pour le piano pendant cette période ne peut pas être interprétée convenablement sur le clavecin car elle mise sur des caractéristiques musicales propres au piano, notamment les possibilités expressives et la puissance sonore. Il y a donc une discontinuité entre la première période (Renaissance et baroque, environ deux siècles) et la seconde (période contemporaine) au cours de laquelle le clavecin a retrouvé la faveur de certains compositeurs. Pendant la Renaissance, les tablatures concernent indifféremment l'orgue et le clavecin et ce, dans toute l'Europe occidentale malgré les caractères opposés des deux instruments. Ce n'est que progressivement que se dégage une littérature propre à chacun d'eux, à des périodes qui diffèrent selon les pays. Chacune des nations qui participent à l'essor du répertoire apporte une composante à une synthèse européenne qui aboutira, au XVIIIe siècle, à une apogée précédant de peu la disparition rapide de l'instrument, supplanté par le piano.

Glossaire technique

La caisse ou coffre

;La joue : petit côté latéral (plat) à droite de la caisse ; ; l’échine : grand côté latéral (plat) à gauche de la caisse ; ; l’éclisse courbe : partie concave de la caisse, à droite entre joue et pointe ; ; la queue ou pointe : paroi située à l’extrémité, reliant l’éclisse courbe et l’échine ; ; l'alentour : rebord intérieur des parois de la caisse autour de la table d'harmonie ; ; la gorge (ou fronton) : planche verticale (amovible ou fixe) qui vient à l'aplomb du clavier sur le chant du sommier. Dans l'interstice entre le clavier vient se fixer le couteau sur la gorge. Le nom du facteur peut être mentionné autant sur le couteau que la gorge ; ; le couteau ou barre de nom : plinthe au-dessus du clavier, sur laquelle est inscrit le nom du facteur. En la retirant, on peut extraire le clavier de l'instrument, pour la maintenance ; ; le sommier : poutre de bois massif parallèle au clavier ou sont fixées les chevilles d’accord et les sillets ; ; la fosse : espace entre le sommier et la table d’harmonie, permettant aux sautereaux d’atteindre les cordes. Elle abrite les registres ; ; le contre-sommier et la masse : deux pièces de bois plutôt massives opposées au sommier de l’autre côté de la fosse ; ; le boudin : pièce de bois allongée placée sous la table d’harmonie, fixée à la caisse, épousant la forme du chevalet et destiné a recevoir les pointes d'accroche du jeu d'octave. Il délimite deux zones vibratoires ; ; le fond : panneau de bois qui ferme le dessous de la caisse ; ; le couvercle : panneau de bois - en une seule partie ou deux parties articulées - qui recouvre le dessus de l’instrument et protège la table d’harmonie et les cordes. On le relève latéralement pour jouer ; ; la béquille : baguette de bois qui maintient le couvercle ouvert ; ; le portillon : panneau vertical amovible permettant de dissimuler le clavier quand l’instrument est fermé ; ; le piètement : meuble d'ébénisterie sur lequel est posé le clavecin. Les pieds peuvent être sculptés, tournés, etc. et leur nombre varie (de quatre à sept ou plus). Les éventuelles genouillères s'inscrivent dans le piètement. Ce peut être une sorte de tréteau.

Le mécanisme

Il comporte clavier, registres, sautereaux, chapiteau : ; le clavier : ensemble de barres (touches) en bois réunies sur un cadre (châssis). Chaque touche pivote comme un simple levier sur une des deux barres du châssis (balancier). La seconde barre se nomme barre de repos (diapason, peigne) car elle guide les touches et maintient leur écartement. On peut lui adjoindre une barre d'arrêt appelée barre d'enfoncement ; ; les marches : touches diatoniques ; ; les feintes : touches chromatiques (dièses et bémols) ; ; l'arcade : pièce ouvragée venant en bois de bout de la touche (marche) ; elle peut être tournée ou trilobée, moulurée ; ; le sautereau : languette de bois mince et allongée (12 cm) assurant le pincement d’une corde à l’aide de son bec. Il est pendu à la corde par l'étouffoir, son pied n'est qu'à un millimètre du clavier ; ; la languette : petite pièce de bois articulée sur le sautereau et armée du bec - généralement en houx ; ; le bec ou plectre : élément en plume de corbeau, cuir ou plastique (Delrin ou Celcon) qui pince la corde ; ; le registre : pièce de petite section percée d'alvéoles (mortaises) servant à guider les sautereaux en haut et en bas. Ces registres traversent tout l'instrument du grave à l'aigu et sont logés dans la fosse. Il y a autant de mortaises que de sautereaux. Ils peuvent être garnis de peau (basane) pour éviter le bruit ; ; la pointe de balancement : tige métallique (diamètre 2 mm) qui maintient la touche en place tout en lui permettant de pivoter pour soulever le sautereau ; ; le chapiteau : pièce de bois transversale garnie de lisière de laine, placée au-dessus des rangs de sautereaux et qui limite la course verticale du sautereau et du clavier. Il peut exister aussi une barre d'arrêt au clavier appelée barre d'enfoncement ; ; les genouillères : sorte de pommeaux fixés dans le piétement sous le clavier ; au nombre de six sur les clavecins français du , elles servent à manœuvrer les registres à l’aide du genou en laissant les mains libres pour le jeu ; ; le pied-de-biche : sautereau cranté réalisant la fonction de dent d'accouplement ; ; le principal ou grand jeu : le jeu le plus coloré et sonore joué par le grand clavier inférieur ; ; l'unisson : jeux permettant de jouer un chœur de corde avec le jeu principal comme dans le luth. (Par l'accouplement des claviers), se joue seul par le petit clavier ; ; l'octave : jeu touché par le grand clavier, joué en mélange avec les autres jeux.

Les éléments sonores

; Les cordes : simples fils en fer, laiton, cuivre, bronze. Elles ne sont jamais « filées » – c’est-à-dire alourdies par enroulement d'un fil plus petit autour du fil principal comme pour le piano ; ; la bouclette : boucle pour fixer la corde à la pointe d'accroche. À l'autre extrémité se trouve la cheville d'accord ; ; la table d'harmonie : très mince panneau de bois en tension qui comme une membrane, amplifie le son produit par la vibration des cordes via le chevalet. L'épaisseur est variable, de l'ordre de deux à quatre millimètres ; ; le barrage : plusieurs barres de bois collées sur la face cachée de la table d’harmonie sont destinées à recevoir la charge du plan de cordes et à contrôler les déformations de la table d'harmonie. Leur disposition raisonnée est la signature du facteur. N.B. une table d'harmonie de clavecin n'est pas plane une fois les cordes mises en tension ; Rosace (Claude Mercier-Ythier) ; la rosace ou rosette : élément décoratif voilant l’ouverture, généralement circulaire (ouïe), pratiquée dans certaines tables d’harmonie. En parchemin, bois, étain doré, etc. ; elle est souvent la marque du facteur et peut porter ses initiales ; le sillet : profilé en bois (noyer, hêtre, poirier) supportant et arrêtant les cordes sur le sommier. Il ne vibre pas ; ; le chevalet : profilé en bois dur supportant les cordes sur la table d’harmonie, le plus souvent terminé par une crosse. Le chevalet vibre par l'action transversale des pointes et contrepointes qui y sont plantées ; ; le cordier : longue pièce de bois profilée qui longe l'éclisse courbe, et reçoit les pointes d'accroche. Son pendant est le sommier. Sa hauteur permet d'appuyer ou de soulever la table par les cordes ; ; la crosse ou croc : terminaison du chevalet vers les graves. La crosse est dite soulevée quant elle n'est pas collée sur la table. Le chevalet d'octave n'a pas de crosse ; ; la pointe d’accroche : pointe sur laquelle est fixée une des extrémités de la corde, la bouclette. Ces pointes sont plantées dans le cordier longeant l’éclisse courbe et la pointe ; détail du chevalet avec pointes et contre-pointes (à droite) ;la contre-pointe : pointe plantée sur le côté du chevalet dans la partie ténor/basse ; elle permet de solliciter par torsion le chevalet tout en déviant la direction de la corde. C'est un élément essentiel pour la charge (c'est-à-dire la mise en tension) du cordage ; ; la cheville d’accord : cheville métallique au sommier, sur laquelle est fixée une des extrémités de la corde. Chez les anciens les chevilles ne sont ni percées ni filetées : la cheville est conique à l'émeri. C’est par la cheville d’accord, qu’on tourne à l’aide d’une clef, que l'on règle la tension de la corde et donc la hauteur du son qu’elle émet. Les chevilles de clavecin historique ont une empreinte rectangulaire ; ; les pointes de sillet et de chevalet : petites pointes sans tête qui servent à fixer la position des cordes à leur passage sur le sillet ou le chevalet et à solliciter la table.

Notes et références

Sources

-Frank Hubbard, Three Centuries of Harpsichord Making, MA: Harvard University Press, Cambridge, 1967, ISBN 0674888456 est chronologiquement le premier ouvrage de référence sur la facture historique du clavecin.
-Edward L. Kottick, A History of the Harpsichord, Indiana University Press, 2003, ISBN 0253341663 Le point actuel des connaissances sur l'histoire de la facture de clavecin.
- Claude Mercier-Ythier, Les Clavecins, Expodif Editions, Paris, 1996, ISBN 2876772450. Livre en français, abondamment illustré de belles photos et de schémas détaillées.

Pour aller plus loin

Bibliographie

- Frank Hubbard, Le Clavecin — Trois siècles de facture, traduit de l'anglais par Hubert Bédard et Félia Bastet ; Librairie des Arts et Métiers, 1981, ISBN 2-85497-026-8.
- Norbert Dufourcq, Le Clavecin, PUF - « Que sais-je ? », rééd. 1981, ISBN 2130368514. Rédaction ancienne, intéressante en ce qui concerne le répertoire.
- La Facture de clavecin du XVe au XVIIIe siècle, Actes du colloque international de Louvain, 1976, publiés par Philippe Mercier, Louvain-la-Neuve, 1980.
- Les secrets de la musique ancienne, recherches sur l'interprétation, d'Antoine Geoffroy de Chaume, éditions Fasquelle ISBN 2-246-00446-2/36-1840-2
- Le langage du clavecin, d'Antoine Geoffroy de Chaume, éditions Van de Velde, ISBN 2-85868-127-9
- Ann Bond, A Guide to the Harpsichord, AmadeusPress, 1997, ISBN 1574670638 “A most comprehensive guide to the harpsichord. - a must for all harpsichord students.”
- Alda Bellasich, Emilia Fadini, Sigfrido Leschiutta, Ferdinando Granziera, Il clavicembalo (2005, Manuali EDT; ISBN 8870637794) ===
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