Jaïnisme

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Une statue de Tirthankara Le jaïnisme, ou jinisme, du sanskrit Jina « vainqueur »musique: , est une religion (en précisant que le mot religion se traduit en Inde par dharma, un mot largement polysémique qui signifie autant « foi », « religion », « vertu » que « devoir », « nature propre », « bonne action »...), un chemin spirituel qui insiste sur les concepts d'ahimsa (non-violence) et de karma et qui met l'a
Jaïnisme

Une statue de Tirthankara Le jaïnisme, ou jinisme, du sanskrit Jina « vainqueur »musique: , est une religion (en précisant que le mot religion se traduit en Inde par dharma, un mot largement polysémique qui signifie autant « foi », « religion », « vertu » que « devoir », « nature propre », « bonne action »...), un chemin spirituel qui insiste sur les concepts d'ahimsa (non-violence) et de karma et qui met l'accent sur l'ascétisme. Il ne commence pas, à l'image du bouddhisme, comme un mouvement de réforme à l'intérieur de l'hindouisme, car c'est une religion traditionnelle qui vient de la plus haute antiquité, mais devient une religion d'importance, telle que nous la connaissons aujourd'hui dans ses grandes lignes, au cours du . Avec seulement 4 millions de croyants, le jaïnisme est la plus petite des 10 religions principales du monde, mais en Inde, les jaïns sont surreprésentés dans les secteurs économique et politique. Les jaïns sont une force significative dans la culture de l'Inde, contribuant à la philosophie, à l'art, à l'architecture, aux sciences et aussi à la politique au travers de Gandhi et donc à l'indépendance de l'Inde. C'est la rigueur avec laquelle les adeptes suivent les préceptes du jaïnisme, et l'éthique qui en découle, qui leur a donné une surreprésentation dans les milieux politiques et des affaires au sein de la communauté indienne. Le temple jaïn d'Anvers à Wilkrijk est ainsi le plus grand hors d'Inde, et a été entièrement financé par les riches familles indiennes jaïnes actives dans le commerce diamantaire anversois.

La philosophie jaïne

Le jaïnisme partage de nombreuses et apparentes ressemblances avec l'hindouisme et le bouddhisme, mais doit en être cependant différencié. Par respect du principe de non-violence, le jaïnisme va au-delà du simple végétarisme : La pratique alimentaire jaïne exclut la plupart des racines, car l'on pourrait causer du mal à un animal en les déterrant, et certains autres aliments considérés comme inutilement nuisibles ; l'ail et l'oignon présumés aphrodisiaques. Les ascètes, et pieux laïques jaïns, ne mangent pas, ne boivent pas ou ne voyagent pas après le coucher du soleil et ne se lèvent pas avant le lever du soleil, toujours pour éviter de blesser un être vivant par manque de lumière ou à cause des lampes, des bougies, etc. qui pourraient brûler les insectes attirés par la lumière dans la nuit. Selon le jaïnisme, l'univers n'a pas été créé, et ne cessera jamais d'exister. Il est éternel mais non inchangé, car il traverse une série sans fin d'alternances ou d'oscillations. Chacune de ces périodes est divisée en quatre âges du monde ou yuga. Le monde est actuellement dans le quatrième âge, celui du déclin (à rapprocher de la Kali-Yuga des hindouistes). Quand il aura atteint son niveau le plus bas, le jaïnisme lui-même disparaîtra complètement. Puis, au cours de la prochaine oscillation, la religion des jaïns sera redécouverte et réintroduite par de nouveaux chefs spirituels appelés Tîrthankaras (en sanscrit «les faiseurs de gué»), puis sera à nouveau perdue à la fin de la prochaine période, et ainsi de suite. Dans chacune de ces très longues périodes —qui font penser au jour de Brahma des hindouistes—, il y a toujours vingt-quatre Tîrthankaras. Dans l'âge actuel du monde, le vingt-troisième Tîrthankara fut Parshvanatha, un ascète et professeur, qui aurait vécu vers 850 - 800 av. J.-C.(musique sur le 23 et 24 Tirthankara:). Les jaïns le considèrent comme un réformateur qui réclama un retour à la croyance et aux pratiques de leur tradition religieuse originale. Le vingt-quatrième et dernier Tirthankara de cet âge est connu par son titre, Mahâvîra, le « grand héros » (599 - 527 av. J.-C.). Il fut aussi un ascète, un professeur errant qui tenta de rappeler les jaïns à la pratique rigoureuse de leur foi antique (musique sur le 24 Tirthankara:, et puja:). Les jaïns croient que la réalité est composée de deux principes éternels, jiva et ajiva. Le jiva est constitué d'un nombre infini d'unités spirituelles identiques ; ajiva (c'est-à-dire, « non-jiva ») ou pudgala est la matière dans toutes ses formes et les conditions sous lesquelles cette matière existe : temps, espace et mouvement. Le jiva et le pudgala sont éternels ; ils ne sont pas venus à l'existence et ne cesseront jamais d'exister. Le monde entier est constitué des jivas emprisonnés dans de ajiva ; il y a des jivas dans les roches, les plantes, les insectes, les animaux, les êtres humains, les esprits, etc. Tout contact quelconque du jiva avec le pudgala engendre la souffrance. Ainsi les jaïns croient que l'existence en ce monde signifie inévitablement la souffrance. Ni la réforme sociale, ni la réforme des individus eux-mêmes ne peut jamais faire cesser la souffrance. Dans chaque être humain, un jiva est emprisonné, et ce jiva souffre en raison de son contact avec ajiva. La seule manière d'échapper à la douleur est pour le jiva de se libérer complètement de la condition humaine, de l'existence humaine. Le karma et la transmigration des âmes maintiennent le jiva emprisonné dans ajiva. La libération de l'état humain est difficile. Les jaïns croient que le jiva continue à souffrir pendant toutes ses vies ou réincarnations, qui sont d'un nombre indéfini. Ils croient que chaque action effectuée par une personne, qu'elle soit bonne ou mauvaise, ouvre les canaux des sens (vue, ouïe, toucher, goût et odorat), par lesquels une substance invisible, karma, s'infiltre à l'intérieur et adhère au jiva, déterminant les conditions de la prochaine réincarnation. La conséquence des actions mauvaises est un karma lourd, qui tire le jiva vers le bas, l'entraînant vers une nouvelle vie à un bas niveau sur l'échelle de l'existence. La conséquence des bonnes actions, d'autre part, est un karma léger, qui permet au jiva de monter dans sa vie prochaine à un niveau plus élevé dans l'échelle de l'existence, là où il y a moins de souffrances à supporter. Cependant, les seules bonnes actions ne peuvent jamais mener à la libération. La libération —ou moksha— s'obtient par le retrait du monde. Le karma est le mécanisme de cause à effet en vertu duquel toutes les actions ont des conséquences auxquelles on ne peut se soustraire. Le karma a pour résultat de maintenir le jiva enchaîné dans une suite ininterrompue d'existences durant lesquelles ce jiva va souffrir jusqu'à un certain degré. Ainsi, la libération du cycle des renaissances implique une évasion du karma, la destruction de tout le karma et l'évitement de la constitution d'un nouveau karma. Puis, au moment de la mort, sans karma pour le tirer vers le bas, le jiva flottera, exempt de tout pudgala, libéré de la condition humaine, exempt de toutes futures réincarnations. Il s'élèvera jusqu'au-dessus de l'univers dans un endroit ou un état appelé Siddhashila, où le jiva, identique à tous les autres jivas purs, éprouvera sa propre nature vraie dans un calme éternel, dans l'isolement et la non implication. Il sera alors totalement libre. La manière de consumer le vieux karma est donc de se retirer de toute participation au monde autant que faire se peut, et de fermer le canal des sens et de l'esprit pour empêcher la matière karmique d'entrer et d'adhérer au jiva. La société des jaïns est aussi duale que leur univers, où tout est néanmoins interdépendant. D'une part, il y a les moines qui pratiquent l'ascétisme et tâchent de faire de cette vie leur dernière. D'autre part, il y a les laïcs qui poursuivent des pratiques moins rigoureuses, mais toujours selon le même code moral commun avec les ascètes, s'efforçant de faire de bonnes actions et espérant une meilleure incarnation dans la vie suivante. Les règles de conduite jaïna ont été instituées de façon à ce que toute personne puisse les suivre. Celles des laïcs sont moins rigides que celles des ascètes, parce que les laïcs ne renoncent pas aux activités du monde. La modération est la règle pour le laïc jaïna en ce qui concerne l'observation des vœux, alors que c'est l'extrême rigueur qui est celle de l'ascète jaïna. La raison évidente de cette différence vient de ce que les laïcs doivent assurer leurs moyens d'existence et ceux des ascètes, s'occuper de leur famille et s'adapter aux conditions, sociales et politiques, de la société dans laquelle ils vivent. Les ascètes n'ont pas cette contrainte. Ils abandonnent tout, avec pour seul but celui de suivre la voie spirituelle. Ils peuvent observer les vœux complètement, car ils contrôlent totalement leurs sens et ils dominent leurs passions facilement, grâce aux enseignements religieux et à la discipline spirituelle. Néanmoins, en raison de l'éthique « stricte » consubstantielle au jaïnisme, les laïcs hommes et femmes choisissent souvent une profession et un mode de vie compatible avec leur foi, les métiers du commerce, ou de l'enseignement, étant ceux majoritairement choisis. Dans leur effort d'atteindre leur but plus élevé, le retrait permanent du jiva de toute participation à l'existence matérielle, les jaïns croient qu'aucun esprit ou être divin ne peut les aider de quelque façon que ce soit. Les jaïns considèrent que les dieux et les esprits peuvent seulement influencer les événements de ce monde. Ils ne peuvent pas aider le jiva à obtenir la libération. Celle-ci ne peut être réalisée que par les propres efforts de chaque individu. En fait, les dieux ne peuvent eux-mêmes obtenir leur propre libération qu'à la condition d'avoir été réincarnés comme des personnes humaines et d'avoir subi la vie difficile d'un moine jaïn. Parshvanatha, le 23 et avant-dernier Tîrthankara, reconnaissable aux serpents qui le protègent, au dessus de sa tête (sept serpents au minimum)

Code moral jaïn

Le code moral du jaïnisme est considéré avec beaucoup de sérieux. Il est exprimé dans les cinq vœux suivants, qui sont suivis par les laïcs et les moines. ;Refus de la violence (ahimsa) :La violence est définie comme une atteinte à ce qui vit, par un manque de soin ou d'attention, mais son sens n'est pas limité à cela. Il est sûr que de blesser, d'attacher, de faire du mal, d'exploiter ceux qui travaillent, de surcharger, d'affamer ou de ne pas nourrir quand il le faut, constituent des formes de violence et, comme telles, doivent être bannies. ;Refus du mensonge (satya) :En termes simples, c'est dire des paroles qui font du tort, mais le sens est beaucoup plus large. Ainsi, les fausses doctrines, la révélation des secrets, la déformation d'autres, la médisance, la confection de faux documents, les manquements à la vérité, sont aussi considérés comme des mensonges et, par conséquent, on doit s'en abstenir. Toutefois il ne s'agit pas de l'«impératif catégorique » kantien car au nom de la non-violence (pour protéger un voleur qui risque la peine de mort, pour éviter qu'un animal, un homme soit tué ou blessé par exemple), on peut « mentir » : « ahinsa parmo dharm », « la non-violence est la première des religions (des devoirs) » est une devise jaïna. ;Refus du vol (asteya) :Voler, c'est prendre ce qui n'est pas donné, mais un sens large est attribué à ce mot. C'est pourquoi, la communication d'information sur la façon de commettre un vol, l'acceptation de choses volées, le non-respect des injonctions légales en vendant des choses à un prix excessif, la falsification et la conservation de faux poids et de fausses mesures, sont tenus pour des formes de vol dont on doit se garder. ;Refus de l'impureté (brahmacharya) :Le manque de pureté est une faute qui peut prendre des formes diverses. Ainsi, la marieuse qui provoque des mariages comme passe-temps, le jouisseur de plaisirs contre nature, l'amateur de paroles voluptueuses, le coureur de femmes mariées, ou non mariées immorales, commettent cette faute qui doit être proscrite. ;Refus de l'attachement aux biens terrestres (aparigrah) :L'attachement aux choses du monde (parigraha) consiste à désirer plus que ce dont on a besoin. Ainsi, l'accumulation de choses, même nécessaires, en grand nombre, l'émerveillement devant la richesse des autres, l'avidité excessive, la transgression des limites des possessions et l'augmentation de celles existantes sont des fautes à ne pas commettre. On peut noter que le cinquième vœu est particulier, car il vise indirectement l'égalité économique, en empêchant l'accumulation de richesses par les individus. En effet, dans ce vœu, il est prescrit au laïc de se fixer une limite maximum de biens et de ne la dépasser, sous aucun prétexte. S'il lui arrive de gagner plus que la limite qu'il s'est fixée, il lui est recommandé de le dépenser en actes charitables, dont les meilleures formes sont au nombre de quatre : le don de médicaments, la diffusion de son savoir, la fourniture de moyens pour sauver la vie des personnes en danger et de nourriture à ceux qui ont faim ou qui sont pauvres. Pour les laïcs, le couple jaïna qui pratique le vœu de chasteté absolu n'a pas besoin de se marier. Pour les moines, le vœu de pureté signifie le célibat absolu et l'absence de toute pratique sexuelle. La non-violence implique le végétarisme, on se rappellera que certains jaïns sont connus pour s'être laissés mourir de faim afin d'éviter de nuire à quelque créature vivante que ce soit. Certains d'entre eux portent même un tissu par-dessus leur bouche et leur nez afin d'éviter le risque de tuer, en les respirant, des insectes minuscules. Gandhi a été profondément influencé par la façon de vivre jaïn, paisible et respectueuse de la vie, et il en a fait une partie intégrante de sa propre philosophie. De plus, son premier maître spirituel (Gurû) fut un ascète jaïn, Shrimad Rajchandra.

Le schisme

Les deux sectes principales du jaïnisme trouvent leur origine dans des évènements qui se sont produits environ 200 ans après la mort de Mahâvîra. À cette époque, Bhadrabahu, le chef spirituel des moines jaïns, avait prévu une période de famine et, afin de l'éviter, il avait conduit tous ceux qui avaient accepté de le suivre, aussi bien des moines que des laïcs, dans le sud de l'Inde. Quelques années après que la famine eut disparu, Bhadrabahu retourna au nord pour constater que, durant son absence, la vie monastique s'était corrompue. Les moines portaient de longues robes blanches au lieu d'aller « habillés de ciel », ou « d'espace », autrement dit nus. La pratique de la nudité était, et est toujours actuellement, un refus d'accéder au désir de protection et de confort du corps, une pratique suivie seulement par les moines jaïns et non par les laïcs. Bhadrabahu s'opposa avec force à la faiblesse qui avait conduit les moines à porter des habits. Les moines qui continuèrent à porter les robes blanches prirent le nom de Svetambaras (« vêtus de blanc ») tandis que ceux qui continuèrent à ne rien porter se nommèrent Digambaras (« vêtus de ciel » ou « vêtus d'espace »). Les deux groupes ascètiques sont demeurés séparés à ce jour. Toutefois, du point de vue de l'essence même du jaïnisme, les différences sont inexistantes. Image:Ranakpur temple.jpg|Extérieur du temple jaïn de Ranakpur image:Ranakpur.jpg|Intérieur du temple de Ranakpur Image:Tirtankara.jpg|Un Tîrthankara à Ranakpur Image:thirtankara.jpg|Une statue de Tirthankara Image:Shravanabelagola_statue.jpg|Statue de Gomateshvara, à Shravanabelagola Image:Shravanabelagola_jaune.jpg|Statue de Gomateshvara recouverte d'offrandes, à Shravanabelagola

Notes

Voir aussi

Lien interne

- Citations et maximes jaïnes ===
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