Dmitri Chostakovitch

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Dmitri Dmitrievitch Chostakovitch (en ) est un compositeur russe né le 12 septembre du calendrier julien/25 septembre 1906 à Saint-Pétersbourg et décédé le 9 août 1975 à Moscou.
Dmitri Chostakovitch

Dmitri Dmitrievitch Chostakovitch (en ) est un compositeur russe né le 12 septembre du calendrier julien/25 septembre 1906 à Saint-Pétersbourg et décédé le 9 août 1975 à Moscou.

Biographie

Dmitri Chostakovitch est issu d'une famille appartenant à l'intelligentsia russe et au passé révolutionnaire: son grand-père Boleslav, lui-même fils d'un révolutionnaire polonais déporté en Russie, avait été exilé en Sibérie pour avoir trempé dans la tentative d'assassinat d'Alexandre II de 1866.Chostakovitch et Staline, Solomon Volkov, Éditions du Rocher (collection Anatolia) 2005 Après avoir étudié le piano avec sa mère, elle-même musicienne professionnelle, Dmitri Chostakovitch entre en 1919 au Conservatoire de Petrograd, où il étudie le piano avec Leonid Nikolaïev et la composition avec Maximilien Steinberg. Il se lie d'amitié avec Alexandre Glazounov, alors directeur du Conservatoire. Manifestant des talents précoces, il signe dès 14 ans ses premières compositions (pour le piano), et en 1926, à l'âge de vingt ans sa première sonate, ainsi que sa première symphonie qui lui valent immédiatement une renommée internationale. En 1927, le gouvernement lui commande une seconde symphonie pour commémorer l'anniversaire de la Révolution russe. Chostakovitch vient alors de composer deux œuvres audacieuses, sa Sonate pour piano n° 1 et son cycle d'Aphorismes et la composition de cette deuxième symphonie lui permet de poursuivre ses expérimentations. La même année, il obtient un diplôme d'honneur au concours Chopin à Varsovie. Entre l'été 1927 et l'été 1928, Chostakovitch s'attelle à l'écriture d'un opéra s'inspirant du récit Le Nez de Nicolas Gogol, issu des Nouvelles de Pétersbourg. La partition est résolument avant-gardiste et rend à merveille l'ironie et le sarcasme du récit de Gogol. Tour à tour consacré et réprimandé, Dmitri Chostakovitch commence une carrière mouvementée, harcelé par le parti, et souvent dénoncé pour son conformisme (en fait, son non-conformisme). Il sera obligé de faire allégeance à Staline, faisant son autocritique et tenant des propos officiels sévères, mais probablement dictés par d'autres, vis-à-vis des autres compositeurs de son temps. Il alterne œuvres de commande (deuxième et troisième symphonies) et pièces plus personnelles et beaucoup moins conventionnelles.

Première dénonciation

Dmitri Chostakovitch (1935) Son opéra Le Nez, créé en 1930, connaît ainsi un immense succès populaire, avant d'être critiqué et interdit, considéré comme le produit d'une bourgeoisie décadente. Après Le Nez, le langage musical de Chostakovitch se simplifie. Il écrit en 1929 sa première musique de film, "La Nouvelle Babylone", puis sa troisième symphonie. En 1934, son second opéra, Lady Macbeth du district de Mtsensk remporte également un grand succès en URSS et à l'étranger. Cependant cet opéra qui montre l'assassinat légitime d'un tyran et mélange luxure, crime et une prodigieuse et dissonante expressivité, déplut à Staline lorsqu'il assista à une représentation en janvier 1936. Un article non signé, probablement directement inspiré par Staline, fut publié dans la Pravda du 28 janvier 1936. Il était intitulé « Le chaos remplace la musique ». Trois types de reproches étaient faits à l'œuvre de Chostakovitch: sa musique, faite de « tintamarre, grincements, glapissements »; son « formalisme petit-bourgeois » qui niait simplicité et réalisme socialiste au profit de l'« hermétisme »; et son « naturalisme grossier » montrant sur scène des personnages « bestiaux », « vulgaires ». Les représentations furent alors arrêtées, et ce fut le début d'une lourde pression de l'appareil politique soviétique sur le compositeur. Quelques jours plus tard, Chostakovitch fait l'objet d'une condamnation officielle au cours d'une réunion de l'Union des compositeurs. Beaucoup de ses anciens amis rivalisent d'attaques contre lui. Chostakovitch devient officiellement un "ennemi du peuple", accusation qui, dans l'URSS des années 30, précède bien souvent une déportation. En juin 1937, il est d'ailleurs convoqué par le NKVD pour être interrogé. L'attente constante du pire le plonge dans l'insomnie et la dépression. Il est hanté par des idées de suicide, qui ne cesseront de le tourmenter toute sa vie. La symphonie n° 4, composée entre septembre 1935 et mai 1936, est le reflet de son état psychologique de l'époque. Cette oeuvre, qui ne sera créée que dans les années soixante, est l'une des plus bouleversantes du compositeur. Chostakovitch est obligé de faire des concessions et donne à sa musique des accents plus traditionnels. Sa symphonie n° 5, dont la facture très classique emprunte à Beethoven et Tchaïkovski, lui permet un retour en grâce. Avec cette oeuvre officiellement qualifiée de « réponse d'un artiste soviétique à de justes critiques », l'artiste a simplifié son style, mais n'a pas pour autant réprimé sa personnalité. Toute l'oeuvre peut même être interprétée, sous la surface de son style plus conventionnel, comme la marque d'une profonde révolte contre la tyrannie.

Guerre et après-guerre

Réhabilité en 1941, il est nommé professeur au Conservatoire de Leningrad et reçoit le Prix Staline pour son quintette avec piano. Il écrit, au cours de la guerre, trois symphonies. La Symphonie n° 7 « Leningrad » fut écrite (au moins en partie) en 1941 à Léningrad durant le siège de la ville, et créée toujours durant le siège dans des conditions irréelles (des musiciens recrutés parmi la troupe, des haut-parleurs, des bombardements préventifs des lignes allemandes pour assurer le silence). Rapidement populaire aussi bien a l'Ouest qu'à l'Est, elle est jouée 62 fois sur le continent américain entre 1942 et 1943. La Symphonie n° 8 « Stalingrad », tragique et triomphale, est écrite en 1943. Ces deux symphonies, sombres et pessimistes, lui valurent d'être soupçonné d'esprit contre-révolutionnaire et anti-soviétique, tant elles s'accordaient mal avec la propangande du régime. Ainsi, lorsque la guerre prit fin, le public et Staline s'attendaient à ce que Chostakovitch produisît une symphonie en forme d'apothéose. Tout au contraire, la Symphonie n° 9 ne dure pas plus d'une demi-heure et ne nécessite qu'un petit orchestre classique. Elle contient des thèmes légers, voire ridicules ; les cuivres sont parfois traités comme on le ferait d'une fanfare de cirque. Parmi ses collègues musiciens certains lui demandèrent, incrédules, s'il était sérieux, alors qu'au sein du parti on l'accusait de tourner en dérision la victoire. En 1946, emporté par le tout puissant Jdanovisme artistique et son représentant Tikhon Khrennikov, il est, dans un premier temps, critiqué ouvertement (avec d'autres musiciens) lors d'une résolution du parti du 10 février 1946. Il doit faire alors, à plusieurs reprises, son autocritique et perd sa place de professeur, pour ne retrouver un poste qu'en 1961. Son fils Maxime est même contraint de le condamner publiquement. Alors que le Parti renforce son emprise sur la vie culturelle et artistique de l'URSS, Chostakovitch, une seconde fois victime de la lutte contre le formalisme, écrit son oeuvre la plus ouvertement contestataire, le "Raïok", dans laquelle il se moque de Staline et de ses subalternes. Il reçoit néanmoins le prix international de la paix en 1953. Dmitri Chostakovitch est à nouveau réhabilité en 1958, pendant la déstalinisation, et en 1966, il est le premier compositeur à recevoir le titre de Héros du travail socialiste. Il décède le 9 août 1975, des suites de plusieurs attaques cardiaques.

La musique de Chostakovitch

Chostakovitch en répétition Profondément marquée par une époque d'airain, cette musique se voulait d'abord avant-gardiste. Une première période de création a abouti à des œuvres au style recherché et original, comme sa première symphonie ou sa première sonate pour piano. Suite à la composition de ces œuvres majeures au succès presque immédiat, il vécut une période moins productive. Les œuvres alors écrites sont actuellement moins connues (symphonies n° 2 et n° 3). Ce n'est que par la suite qu'il commence à maîtriser son style dans diverses œuvres. On citera notamment l'opéra Lady Macbeth de Mtsensk qui lui vaut des critiques, l'artiste étant accusé, en pleine terreur idéologique, de composer de la musique élitiste, s'opposant ainsi au peuple. Ces critiques pouvaient s'avérer dangereuses. Le compositeur subit alors des pressions, décide de composer la cinquième symphonie afin de permettre une réhabilitation de son image auprès de l'état soviétique. Cette symphonie reprend des motifs simples, en particulier dans son premier mouvement assez austère, et dans un finale où la solennité est poussée à l'extrême, peut être jusqu'au sarcasme contre la musique que l'on souhaitait lui voir composer. Cette symphonie fut un succès, considérée par le régime soviétique comme un retour du compositeur dans le « droit chemin ». La quatrième symphonie quant à elle n'a été en fait publiée que 25 ans après sa composition. Son tempérament sombre, et son orchestration malhérienne en faisait une œuvre que le compositeur ne pouvait librement publier à l'époque de sa composition (1935). Elle était, selon lui, composée « pour le tiroir ». À compter de ce moment, ses compositions apparaissent comme sombres, voire très noires, et résolument pessimistes. Sarcastique, grinçant, ou au contraire d'une limpidité et d'un classicisme tout ironique (ses œuvres de "réalisme soviétique" semblent être écrites d'une autre main), il se démarque nettement de ses contemporains par un ton qui ne pouvait que déplaire à la toute puissante propagande stalinienne. On notera que plusieurs de ses quatuors ont été réorchestrés pour orchestre de chambre par Rudolf Barshai ; ainsi, la symphonie de chambre opus 110bis n'est autre que le 8 quatuor retravaillé par Barshai. Après avoir réalisé une réorchestration du Boris Godounov de Moussorgski (orchestration aujourd'hui oubliée depuis le retour des orchestrations originales de Moussorgski), Chostakovitch réalisera l'orchestration de référence de La Khovantchina du même Moussorgski. Il aura composé 15 symphonies, 15 quatuors à corde, 2 concertos pour violon, 2 pour violoncelle, et 2 pour piano. Il s'intéressa également à la musique scénique et à la musique de film. Dmitri Chostakovitch a lié de profondes amitiés, notamment avec des musiciens comme David Oïstrakh, et Mstislav Rostropovitch, dédicataires de ses concertos pour violon et violoncelle.

Liste des œuvres

- Liste des œuvres de Dmitri Chostakovitch

Discographie

Ses symphonies ont été défendues avec bonheur par de nombreux chefs d'orchestre, au premier rang desquels Kirill Kondrachine, Roudolf Barchaï, Guennadi Rojdestvenski, Bernard Haitink, Dmitri Kitaïenko et Mariss Jansons qui ont réalisé des intégrales très réussies. Dans les symphonies séparées, on pourra citer Kurt Sanderling (1, 5, 6, 8, 10 et 15), Ievgueni Mravinski (5 à 12 et 15 dont certaines, les 5 et 8 notamment, plusieurs fois), Karel Ančerl (5, 7, 10), Herbert Kegel (1), Leonard Bernstein (1, 5, 6, 7 et 9 plusieurs fois), Leopold Stokowski (5 et 11) ou Karajan dans la 10 par deux fois.

Notes

Voir aussi

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Sujets connexes
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