An mil

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L’An Mil est une expression pour désigner l'an 1000 de l'ère chrétienne, ou ère dite de l'Incarnation, dont l'origine se situe à la naissance de Jésus-Christ. Si cette période voit une accentuation de la ferveur religieuse elle est surtout marquée par un bond technologique, culturel et démographique qui touche toute l'Europe.
An mil

L’An Mil est une expression pour désigner l'an 1000 de l'ère chrétienne, ou ère dite de l'Incarnation, dont l'origine se situe à la naissance de Jésus-Christ. Si cette période voit une accentuation de la ferveur religieuse elle est surtout marquée par un bond technologique, culturel et démographique qui touche toute l'Europe.

An mil : des idées reçues ?

En raison de quelques erreurs effectuées par le moine Denys le Petit en 527 au , lorsqu'il a calculé le laps de temps le séparant de la naissance du Christ, l'An Mil serait en fait entre 1004 et 1007 après Jésus-Christ. On admet en général que Denys le Petit a fait une erreur sur la date de la naissance de Jésus, qui serait antérieure de 4 à 7 ans à celle qu'il a estimée. Pierre Riché, historien du haut Moyen Âge, décrit la période de l'an mil comme une période de renaissance. Dès 1873, Dom F. Plaine estimait que des auteurs du , encore amplifiés par Jules Michelet, avaient exagéré l'importance des peurs qui auraient été ressenties vers cette époque dans certains monastères de Francie (partie de l'actuelle France Francie / France : lire formation territoriale de la France). De fait, on ne dispose que de deux témoignages d'une éventuelle "Peur de l'an mil". Jules Michelet s'est appuyé sur une documentation en huit volumes écrite par le moine gyrovague Raoul Glaber. En fait, Raoul Glaber a consacré un volume complet de son œuvre à l'année 1033 (soit 1000 ans après la mort de Jésus sur la croix). L'année 1033 devait, selon Glaber, être l'année du retour du Christ, ce qui bien sûr ne s'est pas produit. Ces spéculations sur la date de retour du Christ sont condamnées par l'Église : « nul ne connaît le jour ni l'heure », paroles prononcées par Jésus, relatées dans les évangiles. S'il y eut effectivement une certaine peur, celle-ci fut confinée à certains monastères, voire à un prêtre à Paris. Elle n'a pas ou très peu touché la population, qui n'avait pas conscience que l'on entrait dans le IIe millénaire de l'Incarnation, car la plupart des documents écrits à cette époque l'étaient par des moines. L'emploi de la datation, selon le calendrier julien en vigueur à l'époque, commençait seulement à se généraliser dans les documents officiels. Les moines étaient les seuls chargés de l'écriture de ces documents et de la tenue du comput. En 1904, José Ortega y Gasset a combattu lui aussi l'opinion courante sur les terreurs de l'an mil. La croyance selon laquelle l'an de grâce serait une expression apparue à cette époque, en raison de pénitences demandées aux pécheurs suite aux "Terreurs", est donc erronée. L'usage du comput, calcul du temps et des fêtes mobiles, s'est généralisé dans les documents administratifs à partir de cette période, grâce aux travaux de Birtferth, moine anglais. Le comput avait déjà été mis en place auparavant, mais partiellement et à l'intérieur des monastères. L'emploi de la datation de l'ère chrétienne, associée à la perception des Terreurs, est de toute évidence un phénomène extrêmement limité en Occident, pour ne pas le réduire à quelques monastères en France. Elle se généralise sur les terres de l'ancien empire carolingien, non sans angoisse pour les moines qui lisent dans les Écritures que le règne annoncé à compter de la « Bonne Nouvelle » sera de mille ans, au moment où le décompte en Anno Domini approche de la date fatidique peu d'années avant qu'on l'emploie ! Le monachisme en Irlande ou en Écosse ne les cite en rien. En revanche, l'expression des Terreurs liée à ces années est peut-être à rechercher dans la reprise de la lutte contre les hérésies que mène l'Eglise catholique dans le royaume de France : les hérésies de l'an mil.

Quelques personnages marquants de cette période (en occident)

- Avicenne (980-1037), philosophe, médecin, mystique persan, professant l'islam, esprit universel, Avicenne est au contact de l'occident. Ce fut par Avicenne que les œuvres d'Aristote purent être appropriées par l'Europe occidentale, notamment des traités sur la logique, la physique, la métaphysique.
- Gerbert d'Aurillac, archevêque de Reims, pape de l'An mil sous le nom de Sylvestre II, mathématicien, français : son pontificat a duré de 999 à 1003. Gerbert est connu dans le monde scientifique pour avoir rapporté d'Espagne le système de numération décimale et le zéro, longtemps inconnus en occident. Ceux-ci avaient été importés d'Inde par Al-Khuwarizmi, mathématicien iranien.
- Birtferth, moine anglais spécialiste du comput,
- Othon III, empereur du Saint Empire Romain Germanique, élève de Sylvestre II,
- Odilon de Mercœur, abbé de Cluny entre 994 et 1049 ; sous son abbatiat, l'évangile parvient jusqu'à la Hongrie,
- Abbon de Fleury, abbé de Fleury (ancien nom de l'Abbaye de Saint-Benoît-sur-Loire : à cette époque, saint Benoît dépendait de l'abbaye de Cluny.
- Guillaume de Volpiano, moine d'origine Lombarde, qui a contribué au renouveau de l'architecture religieuse en Bourgogne,
- Adson de Montier-en-Der : ce moine a rouvert le monastère de Montier en Der après la destruction par les Vikings,
- Robert le Pieux, roi de France,
- Raoul Glaber, moine gyrovague, probablement à l'origine de la légende sur les terreurs de l'An Mil, popularisée par Jules Michelet.
- Leif Ericson, chef Viking, atteint les côtes de l'actuelle Terre-Neuve et y fonde une colonie à L'Anse aux Meadows, qui ne s'avouera pas pérenne.
- saint Olaf de Norvège, patron de la Norvège.
- Gui I, vicomte de Limoges.
- La Pologne a été évangélisée en 966 ; vers l'an 1000 est fondé l'évêché de Cracovie.

Témoignages architecturaux de la période de l'An mil

En Champagne :
- La Basilique Saint Remi à Reims, de style "roman", qui est une reconstruction de l'ancienne église carolingienne, consacrée en 1049 par le pape Léon IX, peu de temps avant le grand schisme d'Orient (1054). : On se souvient qu'à l'époque de l'empire romain, Reims était la plus grande ville au nord de Rome. En Bourgogne, les églises construites par Guillaume de Volpiano :
- Eglise de Tournus,
- Eglise de Chapaize, haut clocher sur le modèle des campaniles italiens
- Eglise Saint Bénigne de Dijon (vestiges) En Alsace :
- Eglise d'Ottmarsheim, dans un style encore carolingien, de plan octogonal ; on retrouve la forme octogonale dans le clocher des églises "romanes" de cette région.

"Âge d'Or" de l'Islam

Cette période correspond à l'« âge d'or» de l'islam. Les territoires sous contrôle islamique couvrent l'Arabie, et s'étendent alors presque jusqu'à l'Indus, jusqu'en Égypte, en Afrique occidentale, et en Espagne. Les Abbassides développent les sciences et les arts dans un centre situé dans la capitale qu'ils ont fondée en 762 : Bagdad, proche de l'endroit où mourut Alexandre le Grand (on se souvient qu'Aristote fut précepteur d'Alexandre le Grand). Cette civilisation s'est diffusée dans tout le monde musulman : empire Abbasside et régions qui ne sont plus sous suzeraineté Abbasside : Espagne (émirat Omeyyade), et Maghreb.

Le redémarrage de l'occident

Il débute avec la renaissance carolingienne. Le modèle économique issu de l'antiquité sur lequel ils sont fondés est remis en cause par l'expansion musulmane en Méditerranée. Cette crise entraîne la prise de contrôle de l'Europe par les pippinides. Ceux-ci, autant pour justifier leur nouveau statut vis à vis des mérovingiens puis de Byzance que pour unifier leur empire, tentent de restaurer institutionnellement et culturellement l'empire romain avec le soutien de l'Église. Cette tentative appelée renovatio par les contemporains puis renaissance carolingienne plus tardivement, est surtout visible par des nouveautés artistiques et architecturales, mais elle entraîne aussi des mutations économiques et structurelles profondes qui seront la base de la renaissance de l'an mil. De fait l'Europe change profondément : elle quitte définitivement l'antiquité et entre dans l'âge féodal. Les mutations de l'économie agraire (atténuation de la différence entre travailleurs, etc.) et de l'économie marchande (cf. les comptoirs Vikings) sont marquées. Aussi, l'Espagne Wisigothique fut jusqu'au VIIIe siècle le conservatoire des connaissances de l'empire romain ; et Al-Mansur, calife de Cordoue, par sa violence et son intolérance religieuse fut fuir vers le nord de nombreux juifs et mozarabes qui amènèrent ainsi leur savoir à l'Europe occidentale. Et c'est dans ce contexte trouble que va advenir la renaissance catalane, au sein des fortifications élevèes par le comte Borell. Renaissance catalane qui va entrainer de façon concomittante le renouveau des autres États de la marche espagnole. Cette époque va aussi être le théatre d'une véritable renaissance spirituelle (voir la Réforme clunisienne.

Chine

En Chine, cette période correspond au début d'une période de prospérité, avec la dynastie des Song du nord.

Mille ans plus tard

Il y eut cette fois une certaine peur à l'approche de l'an 2000, dûe à l'inadaptation des mémoires des ordinateurs, des bases et des programmes informatiques, par rapport à l'année codée sur 2 chiffres seulement.

Voir aussi

Références

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