Jamblique

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Jamblique Jamblique (Iamblicos), né en 250 à Chalcis (Syrie), mort en 325, philosophe néo-platonicien. Il entre vers l'âge de 30 ans à l'école romaine de Porphyre de Tyr (lui-même élève de Plotin) et retourne ensuite en Syrie enseigner la philosophie à Apamée, à une date inconnue. Jamblique est donc le troisième maître néo-platonicien, après Plotin et Porphyre. Le néo-platonisme est un avatar issu de l'enseignement de l'aristotélisme et du platonisme, qui trouv
Jamblique

Jamblique Jamblique (Iamblicos), né en 250 à Chalcis (Syrie), mort en 325, philosophe néo-platonicien. Il entre vers l'âge de 30 ans à l'école romaine de Porphyre de Tyr (lui-même élève de Plotin) et retourne ensuite en Syrie enseigner la philosophie à Apamée, à une date inconnue. Jamblique est donc le troisième maître néo-platonicien, après Plotin et Porphyre. Le néo-platonisme est un avatar issu de l'enseignement de l'aristotélisme et du platonisme, qui trouve son origine en Égypte, se formalise en Italie (Plotin), s'approfondit à Rome (Porphyre), se déplace en Syrie (Jamblique) et à Athènes (Syrianus, Proclus).

Biographie

Concernant la vie de Jamblique de Chalcis, nous ne possédons guère d'éléments biographiques. Nous savons seulement qu'il est originaire de Syrie, comme Porphyre était originaire de Tyr en Phénicie. Plotin, quant à lui, venait d'Égypte, probablement d'Alexandrie, où nous savons qu'il commença l'étude de la philosophie à l'âge de 28 ans avec Ammonius Saccas, auprès duquel il resta 11 ans. Une cinquantaine d'années séparent la naissance de Plotin (206-270) de celle de Jamblique, et il y a une quinzaine d'années entre Porphyre et son élève Jamblique. La différence d'âge entre le maître et le disciple est faible lorsqu'ils parviennent à l'âge adulte. C'est dire d'une part que le néo-platonisme de ces trois figures se développe en un peu plus d'un siècle, et que, d'autre part, tenir compte de l'origine orientale de cette philosophie développée à Rome, peut être digne d'intérêt. Toujours est-il que c'est vers la trentaine que Jamblique part à Rome parfaire son éducation philosophique auprès de Porphyre. Celui-ci avait ouvert une école à Rome, après le décès de son maître Plotin en 270, à Minturno en Campanie, peu après l'assassinat en 268 de l'empereur Gallien, son protecteur. Plotin n'était jamais retourné en Égypte et Porphyre se trouvait en Sicile, à Lilybée, lors du décès de Plotin.

La pensée de Jamblique

L'arrière-plan intellectuel

On considère comme appartenant au néo-platonisme des penseurs qui se distinguent des Platoniciens (ceux qui ont reçus directement l'enseignement de Platon) et des penseurs appartenant au Moyen-Platonisme, école qui interprète les dialogues de Platon sur la base de références à Aristote et au Stoïcisme. La confusion peut régner, car on appelle généralement Platoniciens les philosophes du platonisme moyen. Ce qu'il faut savoir, avant d'aborder la pensée propre de Jamblique, c'est qu'à l'école de Plotin on lisait des Platoniciens (Sévère, Numénius, Atticus, etc.) et des Aristotéliciens (Aspasius, Alexandre d'Aphrodise, etc.). Il faut savoir aussi que les interprétations de Plotin concernant Platon n'était pas exemptes de critique dans le monde intellectuel de l'époque, puisque nous savons que l'ancien maître athénien de Porphyre, Longin, critiquait le peu d'orthodoxie dont Plotin faisait preuve. Pour compléter ce rapide panorama et avant d'aborder ce qui revient en propre à Jamblique, disons un mot du contexte polémique dans lequel se constitue le néo-platonisme. Si d'un côté, le monde politique vit un moment difficile (l'empereur Gordien, avec lequel Plotin est parti en Orient, se fait assassiner, comme plus tard son protecteur Gallien), de l'autre, le néo-platonisme se trouve confronté à l'émergence du Christianisme et à ses avatars du moment, dont le principal est la Gnose. Nous ne devons pas perdre de vue que la Gnose, qui est une hérésie chrétienne, est sans doute, au moment où se développe le néo-platonisme, le courant religieux qui a le plus de vitalité. Se répandant à travers l'Empire, la Gnose promettait le salut à quiconque possédait une révélation ou une connaissance (gnosis) spéciale. Cette connaissance affirmait que le monde dans lequel nous vivons est le résultat de forces mauvaises et ignorantes, un monde dans lequel sont emprisonnés des fragments d'un monde supérieur, fait de bonnes divinités. Ce schéma général, qui se trouve compliqué dès que l'on s'arrête à tel ou tel représentant de la Gnose, s'accomplit dans le fait que nous attendons, en tant qu'éléments divins immergés dans le corps, d'être libérés de notre corps et des puissances du mal. La Gnose rencontre deux ennemis : les néo-platoniciens, qui voient en elle une perversion du Platonisme (cf. Porphyre, Vie de Plotin, ch. 16 et Plotin, fin de la deuxième Ennéade : Contre les Gnostiques) et les Pères de l'Eglise, qui voient dans cette hérésie la marque du paganisme grec (Sur la rencontre entre la philosophie hellénique, le Nouveau Testament et les éléments gnostiques contemporains de la fondation de l'Eglise catholique, voir Adolf von Harnack, dans la bibliographie).

Le Timée de Platon et les mathématiques

On ne saurait commencer à penser l'œuvre de Jamblique sans voir en premier lieu que nous avons affaire à un compilateur. Il rapporte les doctrines qu'il admire et on a toutes les raisons de penser que son Exhortation à la Philosophie (Protreptique), est en fait un ouvrage écrit par Aristote. Cependant, on peut discerner deux thèmes chez Jamblique, qui touchent à sa doctrine de l'âme, sans doute inspirée par la doctrine du Timée de Platon, texte dans lequel l'auteur fait de l'âme la médiation entre l'intelligible indivisible - l'idée - et le sensible divisible et multiple. L'âme assure ainsi la cohésion interne de l'univers (thème à rapprocher de la fonction d'érôs, dans le Banquet du même Platon). Comment Jamblique interprète-t-il cette fonction de l'âme ? Quel est l'instrument de cette âme pour rationaliser le sensible, multiple et changeant (pour fixer le phénomène dans une forme - l'idée) et réciproquement pour faire phénoménaliser la pensée ? Pour Jamblique, les mathématiques sont cette propriété par laquelle l'âme donne son unité au divers et est capable de rationaliser l'ordre du sensible.

La Théurgie

Le deuxième intérêt de Jamblique va à la théurgie. En ce sens, on peut dire qu'il se sépare de Plotin, pour qui il s'agirait d'une attitude irrationnelle. La théurgie est un ensemble de pratiques mystiques, de rituels qu'on peut relever encore aujourd'hui dans l'Islam, chez les adeptes du soufisme : il s'agit pour l'âme de s'unir dans une fusion mystique avec l'Ineffable. Autrement dit, la théurgie (de théos, dieu et urgos, fabriquer) n'est pas un ensemble de superstitions, pour Jamblique, mais un moyen pour l'âme de se diviniser, en pratiquant des rites qui, degré par degré (en commençant d'abord par des sacrifices, puis en atteignant des niveaux supérieurs, en procédant à des invocations), font atteindre une extase mystique. Cette extase n'est pas un pouvoir que l'homme a sur les dieux, mais le résultat d'une rétrocession divine qui a permi de gravir les échelons. Autrement dit, la disposition au rituel vient des dieux qui procèdent de manière émanative. Cependant, Jamblique ne parvient pas à unifier sa mystique et sa philosophie. Il faudra attendre Proclos et Damascius, pour voir s'accomplir et se développer une théologie négative, dont les éléments rejailliront sur l'hermétisme et sur le rationalisme théologique d'un saint-Augustin, comme sur la tentative de l'empereur Julien de paganiser le Christianisme.

Œuvres

- Collection (synagogè) des opinions pythagoriciennes. Cette sunagogè contient : :
- De vita pythagorica : Vie de Pythagore ; tr. Alain Philippe Segonds et Luc Brisson. Paris : les Belles Lettres, 1996. (La roue à livres ; 29). 240p. ISBN 2-251-33924-X. :Il s'agit de proposer un type d'existence pythagoricienne. La vie pythagoricienne est une vie de sagesse proposée par les dieux.
- Protreptique ; éd. et tr. Edouard des Places. Paris : les Belles Lettres, 1989. (Collection des Universités de France). vii-289p. ISBN 2-251-00397-5. :Pour quelles raisons faut-il philosopher ? L'allusion initiale à la Vie pythagoricienne relie le Protreptique à l'ensemble de la doctrine. Jamblique exhorte à la philosophie au moyen de symboles. La méthode est figurée par une échelle, qui fait passer d'un niveau inférieur à un niveau supérieur. Jamblique cite son ouvrage Péri Théou (Sur les dieux) et annonce un Péri sumbolôn (Sur les symboles). Si on excepte les premiers chapitres, le Protreptique est une compilation de textes platoniciens et aristotéliciens, sinon un texte d'Aristote lui-même.
-De communi mathematica scientia
-Commentaire sur l'introduction arithmétique de Nicomaque
- Les mystères d'Égypte ; éd. et tr. Edouard des Places, 3e tirage revu et corrigé. Paris : les Belles Lettres, 1996. (Collection des Universités de France). 401p. ISBN 2-251-00176-X. :Une réponse aux doutes exprimés par Porphyre sur la théurgie, l'efficacité des sacrifices, la nature des anges et des génies, etc. Cette œuvre a été publié pseudonymement, mais Proclus l'attribue à Jamblique.
- Traité de l'Âme; Fragments édités dans A.J. Festugière, La Révélation d'Hermès Trismégiste, tome III. Paris, Aubier, 1953.
- Theologumena arithmeticae

Bibliographie

-Dictionnaire des philosophes antiques. Presses du CNRS.
- Platon, Le Timée, 35a.
- Plotin, Ennéades. Paris, Belles Lettres.
- Porphyre, Vie de Plotin. Premier volume des Ennéades de Plotin au Belles-Lettres.
- Dominic O'Meara, Plotin : une introduction aux Ennéades. Cerf/Fribourg, 1992.
- Adolf von Harnack, Marcion, l'évangile du Dieu étranger. 1924. Tr. fr. Editions du Cerf, 2003.
- Article Jamblique de l'Encyclopaedia Universalis.
- Henri Dominique Saffrey, Recherches sur le néo-platonisme après Plotin. Paris, J. Vrin, 1990.
- Pierre Courcelle Les Lettres grecques en Occident de Macrobe à Cassiodore. Paris : Éditions de Boccard, 1948 (tr. anglaise: Harvard University Press, 1969).Ce dernier ouvrage contient de très précieuses analyses sur l'influence du néo-platonisme dans l'Antiquité tardive : chez saint Augustin et le cercle des intellectuels milanais autour d'Ambroise, dans la Gaule de Claudien Mamert et Sidoine Apollinaire et sur la pensée de Boèce.

Voir aussi

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Sujets connexes
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