Bodhisattva

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Trois statues inclinées à Dazu, de 7 m. de hauteur, représentant trois bodhisattvas tenant une pagode à la main (celle du centre a disparu) Le terme sanskrit de bodhisattva, pāli bodhisatta, être (sattva) d'éveil (bodhi), appartient au vocabulaire religieux du bouddhisme. Devanāgarī : बोधिसत्तवः; japonais : 菩薩 (bosatsu) ; chinois traditionnel : 菩薩 et simplifié : 菩萨 (púsà) ; thaï : พระโพธิ
Bodhisattva

Trois statues inclinées à Dazu, de 7 m. de hauteur, représentant trois bodhisattvas tenant une pagode à la main (celle du centre a disparu) Le terme sanskrit de bodhisattva, pāli bodhisatta, être (sattva) d'éveil (bodhi), appartient au vocabulaire religieux du bouddhisme. Devanāgarī : बोधिसत्तवः; japonais : 菩薩 (bosatsu) ; chinois traditionnel : 菩薩 et simplifié : 菩萨 (púsà) ; thaï : พระโพธิสัตว์ ; coréen : 보살 (bosal) ; tibétain : changchub sempa (byang-chub sems-dpa') ; vietnamien : Bồ Tát.

Naissance du bodhisattva

Le bouddhisme primitif connaissait les quatre êtres nobles, quatre étapes de plus en plus avancées sur la voie de l’éveil ; la dernière, qu’il faut avoir atteinte pour arriver au nirvāna, est celle d’arahant (ou arhat). Très tôt, si l’on en croit l’histoire des conciles bouddhiques, des disciples mentionnés collectivement sous le nom de « grande assemblée » (mahasanghika) contestèrent la qualité des arhats en faisant remarquer qu’ils conservaient encore trop d’imperfections. Parallèlement, le terme de bodhisattva, non clairement explicité, apparait dans le Majjhima Nikaya, l’Anguttara Nikaya et le Samyutta Nikaya, utilisé exclusivement par Gautama lui-même lorsqu’il fait référence à ses existences antérieures ou son séjour au paradis Tusita (« Quand j’étais bodhisattva... »). Un passage du Sutta Nipata donne un peu plus de précisions, indiquant qu’il s’agit d’une voie dans laquelle Gautama s’est engagé volontairement par compassion.

Le bodhisattva dans les différents courants

Theravada

Dans le Buddhavamsa et le Cariyapitaka, qui mentionnent les bouddhas ayant précédé Gautama, l’état de bodhisattva (bodhisatta) est présenté de façon plus détaillée comme la voie empruntée par tous les bouddhas du passé. Ils s’y sont engagés en en faisant le vœu alors qu’ils étaient sur le point de devenir arahant. Contrairement aux autres arahants qui s’apprêtent à quitter le cycle des renaissances (samsara), le boddhisattva choisit de continuer de se perfectionner pendant d’innombrables éons pour devenir un samyaksambuddha, seul être capable de remettre en marche la roue du dharma, et donc de contribuer plus que qui que ce soit au salut universel. Néanmoins, comme l’a fait remarquer Walpola Rahula, dans le theravada la voie de boddhisattva n’est envisageable que pour les êtres d’exception. Ceux-ci semblent avoir été autrefois identifiés aux souverains, tout d’abord à Sri Lanka, puis à partir du en Birmanie et en Thaïlande. Le roi Mahinda IV (956-972) de Sri Lanka affirma même que seul un bodhisattva aurait le droit désormais de gouverner le royaume. Ce roi doit en principe pratiquer de façon éclatante les quatre vertus de don (dana), de moralité (sila) , d'abstinence (samyama) et de retenue (dama). L’association des bodhisattvas avec la noblesse est reflétée dans leurs vêtements et parures tels qu'ils sont représentés dans l’iconographie indienne ; Gautama lui-même est né prince. Très rares sont donc les pratiquants du bouddhisme theravada qui ont manifesté leur intention de devenir bodhisattva ; les seuls reconnus par ce courant sont les bouddhas du passé et Gautama dans leurs existences antérieures, ainsi que Maitreya, annoncé comme futur bouddha par Gautama lui-même.

Mahayana et vajrayana

Les philosophes Nagarjuna, Asanga et Candrakirti ont défini le mahayana comme la voie du bodhisattva, par opposition au hinayana, voie de l’auditeur (sravaka) ; la carrière de bodhisattva est pour eux de loin le meilleur choix. Dans le mahayana et le vajrayana, chacun, même laïc, est encouragé à avoir pour but de devenir bodhisattva et peut prononcer des vœux à cet effet. Les bodhisattvas sont nombreux et jouent un rôle important dans les pratiques, étant même parfois révérés à l’instar de divinités. Plus accomplis encore que ceux du theravada, ce sont des êtres de « bonté merveilleuse » qui, ayant porté à la perfection (paramita) la pratique des dons (dana) et de la sagesse (prajna) durant de nombreuses existences, ont transcendé la dualité entre nirvâna et samsara pour rester actifs dans le monde et aider l'ensemble des êtres à trouver leur délivrance. Les pratiquants du mahayana et du vajrayana présentent souvent leur objectif (devenir bodhisattva pour sauver tous les êtres) comme plus altruiste que celui du theravada (devenir arhat et n'aspirer qu'à son salut propre). Pour les pratiquants du theravada, l’objectif du boddhisattva est irréaliste pour la plupart des gens et il est plus efficace que chacun se concentre sur son propre salut.

Le chemin du bodhisattva

Gautama en bodhisattva Différents textes décrivent les étapes, appelées bhumi (terrain), que doit franchir un aspirant bodhisattva pour arriver à l’état de bouddha. Le Budhavamsa de la littérature pali envisage un stade de préparation, puis trois grandes étapes de plusieurs éons chacune. Dans le monde chinois, le Sutra des dix terressanscrit : Dasabhumikasutra-sāstra ; chinois : Shidijing 十地經 de Vasubandhu décrit dix étapes vers l'état de bouddha, et le Sutra Gandavyuha cinquante-deux. Ils sont intégrés au Sutra Avatamsaka dont ils constituent la section Rufajiepin (入法界品). La version la plus répandue est celle des dix étapes, précédées de deux phases préliminaires d’accumulation de mérites et de préparation. Chacune des six premières étapes est associée à une perfection qui doit être maîtrisée : générosité, vertu, patience, effort, méditation, et enfin sagesse. À ce stade, le bodhisattva transcende la différence entre nirvāna et samsara. Il parfait à la septième étape le don d’upaya kaushalya lui donnant plus d'efficacité dans son travail de guide vers l'éveil, parfois considéré comme une septième perfection. Aux huitième et neuvième étapes, il possède déjà un corps dharmique (dharmadhatujakaya) qui lui permet de sauver les êtres sous différentes formes en différents endroits. La dixième étape est celle de bouddha.

Les vœux de bodhisattva

Pour devenir bouddha, arhant ou bodhisattva, il faut en avoir exprimé le vœu lors d'une existence antérieure. Les pratiquants du mahayana et du vajrayana prononcent couramment des vœux de bodhisattva. Concrètement, ils s’engagent à respecter un certain nombre des nombreuses recommandations et interdictions proposées par l’éthique bouddhiste. Le nombre imposé dépend des traditions et du statut du pratiquant ; il est normalement moins important pour les laïcs que pour les moines ou nonnes. Les règles à ne pas enfreindre sous peine de perdre pour de nombreuses existences les bénéfices spirituels permettant de s’engager dans cette voie sont appelées vœux principaux (ou vœux-racines dans le vajrayana). Elles sont complétées par des vœux mineurs qui diminuent les mérites, mais de manière moindre. Il en existe différentes listes comportant de nombreux points communs, particulièrement en ce qui concerne les principales règles, dont les dix premières sont presque identiques aux préceptes généraux du bouddhisme. Les règles secondaires à l'attention des laïcs peuvent être culturellement spécifiques, comme l'interdiction de l'élevage du ver à soie en Chine. La formulation des vœux s’inspire de différents textes, parmi lesquels on peut citer :
- Le Sutra du filet de Brahma, traduit en chinois par Kumarajiva vers 400, qui contient une liste de dix vœux principaux et quarante-huit vœux mineurs, influent dans le bouddhisme sino-japonais ;
- Les sutras mentionnant les vœux de bodhisattvas célèbres comme Ksitigarbha (Sutra du vœu de Dizangwang 地藏菩薩本愿經), Samantabhadra (Sutra Avatamsaka) ou le futur Amitabha (Petit Sukhavati-vyuha Sūtra 佛說阿彌陀經) ;
-Le Mahaparinirvana sutra (大般涅槃經), le Pusa dichi jing (菩薩地持經), le Youposai jiejing (優婆塞戒經) ;
- Les apocryphes chinois, particulièrement importants à partir des Song, plus conformes à l’idéal confucéen : Fanwang jing (梵網經) et Pusa yinglo jing (菩薩瓔珞經) ;
- Le Bodhisattvabhumi, écrit vers 300 par Asanga, dont les dix-huit vœux racines et les quarante-six vœux mineurs sont encore en vigueur dans les traditions gelugpa et kagyupa du bouddhisme tibétain ; A titre d’exemple, les dix vœux principaux du Sutra du filet de Brahma sont :
- Ne pas ôter la vie ;
- Ne pas voler ;
- Ne pas se rendre coupable d’inconduite sexuelle ;
- Ne pas mentir ou déformer la vérité ;
- Ne pas avoir de contact avec l’alcool ;
- Ne pas discuter des fautes des autres bouddhistes ;
- Ne pas se vanter ou dire du mal d’autrui ;
- Ne pas manquer de générosité ou d’égards envers ceux qui sont dans le besoin ;
- Ne pas se laisser aller à la colère ou à la rancune et ne pas l’encourager chez les autres ;
- Ne pas dire du mal des Trois Joyaux (Bouddha, Dharma, Sangha). Dans les courants chan et zen, les laïcs prononcent souvent les quatre vœux suivants (Sìhóngshìyuàn 四弘誓願) :
- Œuvrer à la libération de tous les êtres vivants jusqu’au dernier (眾生無邊誓願度) ;
- Éliminer sans relâche les pensées négatives (煩惱無盡誓願) ;
- Ne laisser de côté aucune voie d’approfondissement du dharma (法門無量誓願學) ;
- Poursuivre ses efforts jusqu’à la plus haute bodhicitta et l'état de bouddha (佛道無上誓願成) ; Les vœux de bodhisattvas ont connu un grand succès en Chine à partir des Song. Ils pouvaient en effet être pris auprès de laïcs, et par des personnes écartées de la vie monastique par le vinaya, comme « les hermaphrodites, les personnes trop sensuelles, les dieux et les démons » différents Vinayas ; on leur accordait de plus le pouvoir de « purifier instantanément les mauvais karmas, au contraire de la méthode hinayana qui progresse par étapes ». Fanwangjing zhijie.

Principaux bodhisattvas

Bodhisattva à Ajantâ Un véritable culte leur est rendu, s'étendant quelquefois au-delà du domaine proprement bouddhique, particulièrement en Chine où quatre d'entre eux (Avalokiteshvara, Ksitigarbha, Manjusri, Maitreya) on une nature double de bodhisattva et de divinité de la religion populaire. Les lieux terrestres où ils sont réputés avoir atteint l'illumination, appelés bodhimandas, deviennent souvent des buts de pèlerinage, comme Bodh-Gaya où se situe l'arbre de la bodhi, ou les quatre monts bouddhistes de Chine.
- Akasagarbha « Corbeille de vacuité »
- Avalokiteshvara (Chenzérig en tibétain, Kannon en japonais, Kwan Yin en chinois), « Celui qui regarde vers le bas avec compassion ». Il représente la compassion d'Amitabha. Quand il tient un lotus et un rosaire, on l'appelle Padmapani ;
- Ksitigarbha, « qui a la terre pour matrice » ;
- Mahasthamaprapta, « celui qui a acquis une grande force » ;
- Maitreya, « Celui qui aime ». Il a le teint doré, est coiffé d'une couronne ou d'un diadème, avec souvent un stupa dans la coiffure. Il tient un lotus ou un flacon d'ambroisie ;
- Manjusri, « À l'éclat charmant ». Toujours jeune, il porte le glaive, avec lequel il tranche l'ignorance, et le livre du Prajñaparamita Sutra ;
- Samantabhadra « L'Auspicieux » ;
- Sarvanivarana-Vishkambhin
- Vajrapani, le « porteur de vajra » ; À l'exception de Mahastamaprapta (parfois confondu avec Vajrapani), ils constituent le groupe des Huit Grands Bodhisattvas (ashtamahabodhisattva). Avalokiteshvara, Vajrapani et Manjushri ont au Tibet un rôle particulier de patron (riksum gonpo).

Iconographie

Les bodhisattvas ont souvent une allure et un port princier : parés de bijoux, (treize ornements en principe, dont collier, bracelets, boucles d'oreille, ceinture...) ils portent le pagne, le diadème, quelque fois le cordon brahmanique. Ils sont souvent représentés assis, dans les attitudes « d'aisance » ou de « délassement royal » (une jambe repliée sur le siège, l'autre pendante). Une grande finesse, et une apparence féminine les caractérisent. Souvent ils tiennent un lotus de la main droite. Ils ont un haut chignon et l'urna sur le front. Dans leur coiffure, ils peuvent porter l'effigie du Jina (bouddha) dont ils dépendent ou sont l'émanation (bouddhisme tantrique). Ainsi, Avalokiteshvara porte l'effigie d'Amitabha.

Notes

Voir aussi

- Bouddhas et bodhisattvas
- Bouddhisme mahāyāna
- Bouddhisme vajrayāna
- Bouddhisme theravāda

Bibliographie

- Môhan Wijayaratna Les entretiens du Bouddha, éd. du Seuil, coll. « Points Sagesses » n° 162, Paris, 2001
- Jacques Martin Introduction au bouddhisme, éd. Cerf, coll. "Patrimoines - bouddhisme", Paris, 1989
- Walpola Rahula, L'ideal du bodhisattva dans le Theravada et le Mahaayaana Journal Asiatique, 1971, p. 69.
- Jeffrey Samuels Bodhisattva Ideal in Theravaada Buddhism: With Special Reference to the Suutra-Pi.taka (University of Colorado, 1995) ===
Sujets connexes
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