Gotique

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Le gotique (cette orthographe est utilisée, en français exclusivement, par opposition à « gothique » afin d'éviter les confusions) est une langue germanique aujourd'hui éteinte, celle des Goths et, plus particulièrement, des Wisigoths. Le gotique est donc une langue indo-européenne. C'est la plus ancienne des langues germaniques attestées mais elle n'a donné naissance à aucune langue germanique actuelle. Les documents les plus anciens datent du de l'ère chrétienne. Le got
Gotique

Le gotique (cette orthographe est utilisée, en français exclusivement, par opposition à « gothique » afin d'éviter les confusions) est une langue germanique aujourd'hui éteinte, celle des Goths et, plus particulièrement, des Wisigoths. Le gotique est donc une langue indo-européenne. C'est la plus ancienne des langues germaniques attestées mais elle n'a donné naissance à aucune langue germanique actuelle. Les documents les plus anciens datent du de l'ère chrétienne. Le gotique cesse d'être couramment utilisé à partir de la seconde moitié du en raison des défaites wisigothiques face aux Francs, de la destruction des Goths d'Italie (les Ostrogoths), de la conversion au catholicisme des Goths d'Espagne, de la latinisation et romanisation, de l'isolement géographique, etc. La langue gothe aurait néanmoins survécu au moins jusqu'au milieu du en Espagne et le Franc Walahfrid Strabo mentionne qu'au début du , elle est encore parlée sur le cours inférieur du Danube et dans les montagnes isolées de Crimée. Les termes semblant appartenir au gotique retrouvés dans les manuscrits postérieurs (rapportés au ) de Crimée ne correspondent peut-être pas exactement à la même langue. Le caractère archaïque du gotique en fait l'intérêt principal en linguistique comparée. Pour des raisons de lisibilité, les parties concernant l'alphabet gotique et la prononciation de la langue constituent des articles séparés.

Attestations

Le gotique est attesté par un petit nombre de documents, qui ne permettent pas de le restituer avec une grande précision :
- la somme principale est représentée par les textes de l'évêque arien Wulfila (ou Ulfilas ; 311-382), qui fut à la tête d'une communauté de Wisigoths chrétiens en Mésie (Bulgarie) ; celui-ci a traduit la Bible grecque de la Septante dans la langue gotique afin d'évangéliser le peuple ; de cette traduction, il nous reste principalement les trois quarts du Nouveau Testament, et quelques fragments de l'Ancien. Le meilleur manuscrit, le Codex Argenteus, date du VI, conservé et transmis par des Ostrogoths d'Italie du nord. Il contient de larges passages des quatre évangiles. Le second parmi les principaux manuscrits est le Codex Ambrosianus, qui contient des passages plus épars du Nouveau testament (dont des extraits des évangiles et des Épîtres), de Ancien testament (Néhémiah) ainsi que des commentaires nommés Skeireins (voir ci-dessous). Il est donc vraisemblable que le texte original ait été quelque peu modifié par les copistes ; le texte étant une traduction du grec, la langue attestée par le Codex Argenteus est émaillée d'hellénismes, ce qui se constate surtout dans la syntaxe, qui copie souvent celle de la langue de départ ;
- des commentaires de Évangile de Jean, connus sous le nom de Skeireins (nom féminin), « Exégèse », faisant huit pages ;
- divers documents anciens épars : abécédaire, calendrier, gloses trouvées dans divers manuscrits ainsi que des inscriptions parfois écrites au moyen des runes, etc. ;
- quelques dizaines de termes qu'Ogier de Busbecq, diplomate flamand ayant vécu au XVI siècle, a recueillis en Crimée et transmis dans ses Lettres de Turquie ; ces termes ne sont cependant pas représentatifs de la langue que Wulfila a notée et il est plus que probable que ce ne soit pas réellement du gotique au sens où on l'entend en linguistique historique. En sorte, quand on parle de gotique, il s'agit la plupart du temps de celui de Wulfila, mais les documents sont majoritairement du VIe siècle, c'est-à-dire bien postérieurs. Cette liste n'étant pas exhaustive, on pourra se référer à cette pour une description plus précise des attestations de la langue.

Alphabet

Le gotique de Wulfila, de la Skeireins et de divers manuscrits est écrit au moyen d'un alphabet original inventé vraisemblablement par Wulfila lui-même, que l'on nomme « alphabet gothique ». Il n'a rien à voir avec ce qu'on appelle communément les « lettres gothiques », qui sont, elles, des lettres de l'alphabet latin telles qu'écrites en Occident dans les manuscrits du XII au XIV siècles, devenues plus tard ce que l'on désigne en Allemagne sous le terme de Fraktur.

Système phonologique et phonétique

Le gotique a connu la première mutation consonantique du germanique commun (ou loi de Grimm) ainsi que la loi de Verner ; il est trop ancien pour avoir subi la seconde mutation consonantique, propre au vieux haut allemand. L'on peut déterminer avec plus ou moins de précision la façon dont les mots gotiques de Wulfila se prononçaient grâce à la phonétique comparée, principalement. De plus, Wulfila ayant cherché à suivre le plus possible le texte grec qu'il a traduit, on sait qu'il a utilisé pour son alphabet des conventions identiques à celles du grec de cette époque, ce qui permet par recoupement d'en deviner la prononciation, vu que celle du grec nous est très bien connue.

Morphologie

Système nominal

Le caractère archaïque du gotique lui a permis de conserver des traits propres aux langues indo-européennes que n'ont plus forcément les langues germaniques modernes, comme une flexion nominale bien plus riche en cas ; l'on retrouve en gotique le nominatif, l'accusatif, le génitif et le datif (ainsi que certaines traces d'un vocatif souvent identique au nominatif, parfois à l'accusatif). À titre de comparaison, des langues germaniques, seuls l'islandais et l'allemand possèdent encore tous ces cas. Les trois genres IE sont représentés, dont le neutre (comme en allemand, norvégien et islandais et, d'une certaine manière, comme en néerlandais, danois et suédois, qui opposent le neutre au « genre commun » (genus commune), c'est-à-dire une synthèse du masculin et du féminin). Les noms et adjectifs sont fléchis selon deux nombres : singulier et pluriel. L'une des caractéristiques les plus frappantes de cette famille de langues est l'opposition entre les flexions nominales faibles (en simplifiant : à terminaison consonantique du radical) et fortes (en simplifiant : à terminaison vocalique du radical et avec mélange de désinences propres aux pronoms), opposition particulièrement prégnante en gotique. Alors que pour un nom donné, une seule flexion est possible (selon la finale du radical) certains adjectifs peuvent suivre l'une ou l'autre flexion, en fonction de leur valeur : un adjectif employé de manière déterminée et accompagné d'une forme pronominale déictique, comme le pronom démonstratif sa, þata, so jouant le rôle d'un article défini, est décliné au faible ; on décline au fort les adjectifs indéterminés. Ce processus se rencontre encore en allemand, par exemple, où l'on dit que sans article défini, l'adjectif en porte les marques flexionnelles :
- faible : d'er gute Wein (« le bon vin ») ;
- fort : gut'er
Wein (« bon vin »). En gotique, les adjectifs qualificatifs (aussi au superlatif en -ist et -ost) et le participe passé peuvent suivre les deux flexions ; ne suivent que la faible certains pronoms comme sama (« identique », cf. anglais same), certains adjectifs, comme unƕeila (« incessant » ; pour le radical ƕeila, « temps », cf. anglais while, « pendant que »), les adjectifs au comparatif, les participes présents, etc. Ne suivent que la forte áins (« uns »), les adjectifs possessifs, les indéfinis, etc. L'on se contentera de donner quelques exemples des déclinaisons nominales et adjectivales opposant les flexions fortes et faibles : Guma, masculin, thème faible en -an, « homme » ; dags, masculin, thème fort en -a, « jour » ; blind, « aveugle ». Ce tableau, bien entendu, ne fournit pas des paradigmes complets (il existe en effet des désinences secondaires, surtout au neutre singulier fort, des irrégularités, etc). Une version exhaustive des types de flexion se présenterait ainsi pour les noms (les flexions sont traitées de manière exhaustive dans un article séparé) :
- flexion forte :
- thèmes en -a, -ja, -wa (masculins et neutres) : équivalent des flexions thématiques latine et grecque, (deuxième déclinaison) en ‑us / ‑i et ‑ος / ‑ου ;
- thèmes en -o, -jo et -wo (féminins) : équivalent des premières déclinaisons latines et grecques en ‑a / ‑æ et ‑α / ‑ας (‑η / ‑ης) ;
- thèmes en -i (masculins et féminins) : troisième déclinaison latine et grecque ‑is (acc. ‑im) et ‑ις / ‑εως ;
- thème en -u (trois genres) : quatrième déclinaison latine et troisième grecque ‑us / ‑us et ‑υς / ‑εως ;
- flexion faible (tous thèmes en -n), troisième déclinaison latine et grecque en ‑o / ‑onis et ‑ων / ‑ονος ou ‑ην / ‑ενος :
- thèmes en -an, -jan, -wan (masculins) ;
- thèmes en -on et -ein (féminins) ;
- thèmes en -n (neutres) : troisième déclinaison latine et grecque en ‑men / ‑minis et ‑μα / ‑ματος ;
- flexions mineures : en -r, en -nd et des reliquats d'autres thèmes en consonnes, équivalents des autres paradigmes de la troisième déclinaison en latin et grec. Le système de l'adjectif suit de très près celui du nom : les types de flexions s'y retrouvent.

Système pronominal

Le gotique possède un jeu complet de pronoms, personnels (ainsi qu'un réflexif unique pour les trois personnes), possessifs, démonstratifs (simples et composés), relatifs, interrogatifs et indéfinis. Ceux-ci suivent une série de flexions particulières (que la flexion nominale forte a reprise en partie), à l'instar des autres langues indo-européennes. Le trait le plus marquant est sans doute la conservation du duel, nombre concernant deux personnes ou choses, tandis que le pluriel concerne ce qui dépasse la paire. Ainsi, « nous deux » et « nous (plus de deux) » se disent respectivement wit et weis. Alors que le duel était utilisé en indo-européen pour toutes les catégories capables d'exprimer le nombre (il se retrouve ainsi en grec et en sanskrit, par exemple), il est remarquable que le gotique ne l'ait conservé que pour les pronoms. Le pronom démonstratif simple sa (neutre :þata, féminin : so, de même origine que l'article grec ὁ, τό, ἡ, c'est-à-dire
-so
,
-seh2
, tod ; pour ce dernier, cf. aussi latin is'tud), est utilisé comme article et permet la construction de syntagmes nominaux du type article défini + adjectif faible + nom. Autre trait notable, les pronoms interrogatifs débutent tous par ƕ-, qui continue le phonème indo-européen
-kw
et se trouve effectivement au commencement de tels pronoms dans la langue-mère ; c'est ainsi qu'en anglais ces termes débutent généralement par wh-, qui peut, comme en gotique, noter , en allemand par w- , en suédois v-, etc. L'on trouve en latin qu-, en grec τ ou π (l'évolution de
-kw
y étant particulière), sanskrit k-, etc. Le détail de la flexion pronominale fait l'objet d'un article séparé.

Système verbal

La grande majorité des verbes gotiques suit la conjugaison indo-européenne dite « thématique », parce qu'elle intercale une voyelle alternante
-/o
entre le radical et les désinences. Le latin et le grec font de même :
- latin leg-i-mus « nous lisons » : radical leg- + voyelle thématique -i- (venant de
-e
) + désinence -mus ;
- grec λυ-ό-μεν « nous délions » : radical λυ- + voyelle thématique -ο- + désinence -μεν ;
- gotique nim-a-m « nous prenons » : radical nim- (cf. allemand nehm-en) + voyelle thématique -a- (venant de
-o
) + désinence -m. L'autre conjugaison, dite « athématique », où un autre jeu de désinences est directement ajouté au radical, ne subsiste qu'à l'état de vestige, comme en latin ou en grec. Le paradigme le plus important est celui du verbe « être », qui est aussi athématique en latin, grec, sanskrit, etc. D'autre part, les verbes sont aussi séparés en deux grands groupes, les verbes faibles et les verbes forts. Les faibles se caractérisent par un prétérit formé par l'adjonction d'un suffixe en dentale -da / -ta, comme au participe passé, / -t, tandis que les forts utilisent pour le prétérit un jeu d'alternances vocaliques (modification de la voyelle du radical) et / ou de redoublement de la première consonne du radical (comme en grec et en sanskrit pour le parfait) sans suffixe particulier. Cette dichotomie se retrouve en allemand, anglais, islandais, entre autres langues germaniques :
- faible (verbe « avoir ») :
- gotique : haban, prétérit habái'da
, participe passé habáis ;
- allemand : haben, prétérit hat'te
, participe passé (ge)hab't ;
- anglais : (to) have, prétérit ha'd
, participe passé ha'd ;
- néerlandais : hebben, prétérit ha'd
, participe passé (ge)ha'd;
- islandais : hafa, prétérit haf'ði
, participe passé hafi ;
- fort (verbe « donner ») :
- gotique : infinitif g'i
ban, prétérit g'af ;
- allemand : infinitif g'e
ben, prétérit g'ab ;
- anglais : infinitif (to) g'i
ve, prétérit g'ave ;
- néerlandais : infinitif g'e
ven, prétérit g'af ;
- islandais : infinitif g'e
fa, prétérit g'a'f. La flexion verbale possède deux diathèses (ou « voix »), l'actif et le passif (dérivé d'un ancien moyen), trois nombres, singulier, duel (sauf à la troisième personne) et pluriel, deux temps, présent et prétérit (un ancien parfait), trois modes personnels, indicatif, subjonctif (un ancien optatif) et impératif, ainsi que trois séries de formes nominales du verbe, un infinitif présent ainsi qu'un participe présent actif et passé passif. Tous les temps et toutes les personnes ne sont pas représentés à tous les modes et toutes les voix, la conjugaison utilisant pour certaines formes un système de supplétion. Enfin, l'existence de verbes dit « prétérito-présents » est notable : il s'agit d'anciens parfaits indo-européens qui ont été réinterprétés comme des présents. Ainsi wáit, de l'indo-européen
-woid-h2e
(verbe « voir » au parfait), trouve son répondant exact en sanskrit véda et en grec Ϝοἶδα, qui signifient tous étymologiquement « j'ai vu » (sens parfait) donc « je sais » (sens prétérito-présent). Le cas est similaire en latin avec nōuī : « j'ai su » donc « je sais ». Parmi les verbes prétérito-présents, l'on compte aussi áihan (« posséder »), kunnan (« connaître », cf. allemand kennen), etc.

Bibliographie

- F. Mossé, Manuel de la langue gotique, Aubier, 1942 ;
- W. Braune et E. Ebbinghaus, Gotische Grammatik, 17e édition 1966, Tübingen ;
- W. Streitberg, Die gotische Bibel , 4e édition, 1965, Heidelberg ;
- J. Wright, Grammar of the Gothic language, 2de édition, Clarendon Press, Oxford, 1966 ;
- W. Krause, Handbuch des Gotischen, 3e édition, 1968, Munich. ==
Sujets connexes
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