Johannes Brahms

Infos
Johannes Brahms (né le 7 mai 1833 à Hambourg, mort le 3 avril 1897 à Vienne) est un compositeur, pianiste et chef d'orchestre allemand. Il est considéré par beaucoup comme le « successeur » de Ludwig van Beethoven et sa première symphonie a été décrite par Hans von Bülow comme étant la 10 symphonie de Beethoven.
Johannes Brahms

Johannes Brahms (né le 7 mai 1833 à Hambourg, mort le 3 avril 1897 à Vienne) est un compositeur, pianiste et chef d'orchestre allemand. Il est considéré par beaucoup comme le « successeur » de Ludwig van Beethoven et sa première symphonie a été décrite par Hans von Bülow comme étant la 10 symphonie de Beethoven.

De 1833 à 1856

Les années de jeunesse

Johannes Brahms est le descendant d'une famille très ramifiée en Basse-Saxe et au nord de l'Allemagne. Son père, Johann Jakob, est artisan de profession et utilise la musique comme gagne-pain. Il joue du cor d'harmonie et plus tard, de la contrebasse. Il se produit dans des petits ensembles à Hambourg. Il donnera ses premières leçons de musique à Brahms, qui déjà tout jeune, est attiré par tous les instruments de musique. Brahms suit ses premiers cours de piano dès l'âge de sept ans avec O. Cossel, jusqu'à ses dix ans. Ce dernier le présente à Eduard Marxsen qui le forme, avec l'ambition d'en faire un virtuose du piano, lui enseignant aussi l'harmonie et la composition. L'art de Bach, de Mozart et de Beethoven le marqueront à jamais. Ses talents de pianiste lui permettront d'honorer, dès l'âge de treize ans, des engagements dans les tavernes d' Hambourg. Ses dons pour la composition sont visibles dès ses jeunes années : ses pièces pour piano « Fantaisie sur une valse populaire » qu'il a composées en 1849 sont la preuve de cette virtuosité. Plus tard, Brahms confiera : En 1847, épuisé par ce travail constant pour lui et pour les autres, il est envoyé à la campagne pour s'y reposer. C'est là qu'il découvrira la littérature. Toujours prêt à dépenser un sou chez le brocanteur pour acheter un livre : Sophocle, Dante, Cicéron, Le Tasse, Pope, Jean Paul, Klopstock, Lessin, Goethe, Schiller, Eichendorff, Chamisso... mais aussi l'histoire de la belle Maguelone et du chevalier Pierre, que plus tard il mettra en musique. Le 21 septembre 1848, il donne son premier concert où figure une fugue de Bach. Un deuxième concert suivra le 14 avril 1849. Brahms y joue la sonate opus 53 de Beethoven et des variations de sa composition. La critique commence à le remarquer en lui reconnaissant un talent peu ordinaire. Brahms a développé un art qui lui est propre : il a publié ses premières œuvres en utilisant souvent un pseudonyme (G. W. Marcks, Karl Würth) et en donnant un nombre plus haut à ses numéros d'opus. Au début, il compose exclusivement des œuvres pour piano -- il connaissait alors moins les possibilités et les limites de l'orchestre, et plus tard, il demandera de l'aide à des amis plus expérimentés pour composer ses premières œuvres pour orchestre. Il fait la connaissance de la pianiste Louise Japha, une élève de Schumann. En 1853, Brahms a vingt ans. Il rencontre un violoniste hongrois Eduard Reményi à qui il doit son premier contact avec la musique tzigane. Avec lui, il effectuera une tournée en Allemagne du Nord, ce qui lui permet de faire la connaissance, à Hanovre, du violoniste Joseph Joachim, âgé de vingt-deux ans, qui a déjà conquis le public berlinois avec le concerto de Beethoven. Ce dernier fait la remarque suivante sur Brahms : Joachim conseille à Brahms de s'adresser à Franz Liszt qui, à cette époque, est chef d'orchestre à la cour de Weimar. Liszt promet à Brahms de le mentionner dans une lettre à l'éditeur Breitkopf & Härtel]. La légende voudrait que Brahms se soit endormi pendant que Liszt exécutait sa célèbre Sonate en si mineur. Cette anecdote est plaisante, mais émane de sources peu sûres. Elle fut consignée par le virtuose américain William Mason trente-cinq à quarante ans plus tard, dont l'exactitude des propos n'a jamais été sa plus grande vertu. Le biographe officiel de Brahms, Max Kalbeck, tout comme son homologue français Romain Goldron réfutent cette version des faits, ainsi que la supposée brouille entre Liszt et Brahms. Ce dernier confiera même, au poète Klaus Groth, à propos de son aîné : "Nous sommes quelques-uns à savoir jouer du piano, mais nous ne possédons que quelques doigts de ses deux mains !" Cependant, le jeune compositeur ne se trouve que peu d'affinités avec les théories musicales progressistes de Liszt. Il prend congé de ce dernier. Il écrit alors une lettre à Joachim, datée du 29 juin 1853, où il lui demande de le rejoindre à Göttingue. Là-bas, le violoniste l'introduira dans son cercle d'artistes et de musiciens. Cette période heureuse et insouciante, pleine de rencontre, inspirera à Brahms son Ouverture pour une fête académique. Joachim persuadera Brahms de rendre visite à Robert Schumann qui réside à Düsseldorf.

Nouveaux chemins

Nouveaux chemins (Neue Bahnen) – sous ce titre est paru le 25 octobre 1853 dans le journal Le nouveau journal de la musique (Neue Zeitschrift für Musik) fondé par Robert Schumann et distribué à Leipzig, le premier article sur Johannes Brahms. Schumann écrit : Schumann demande à l'éditeur Breitkopf & Härtel de publier quelques œuvres de Brahms. Son engagement personnel pour Brahms a permis de le rendre très rapidement célèbre en Allemagne. L'article, au retentissement important, sera un lourd fardeau pour ce jeune homme de vingt ans. Beaucoup de mélomanes veulent l'entendre, voir ses notes, ou en savoir plus sur ce talent. Cette agitation effraie Brahms. Dans une lettre à Schumann, il a exprimé son appréhension de ne pas pouvoir répondre à toutes les attentes du public. Après une auto-critique trop sévère, il brûle même quelques-unes de ses œuvres.

Une très chère amie

Johannes Brahms vers 1853 Johannes BrahmsVariations sur un thème de Robert Schumann op.9Variation X, mesures 30-32 Clara Schumann vers 1853 À Düsseldorf, Brahms n'a pas fait seulement la connaissance de Robert Schumann, mais aussi celle de son épouse, Clara. Mère de six enfants, elle est de 14 ans plus âgée que Brahms qui a déjà acquis une réputation européenne. Elle fascine Brahms. Suite à l'aide apportée par Robert Schumann pour la publication de ses œuvres pour piano, Brahms écrit à son mentor : Après l'hospitalisation de Robert Schumann dans un hôpital psychiatrique à Endenich, près de Bonn, la relation entre Clara Schumann et Brahms s'intensifie. Il vivent dans la même maison à Düsseldorf. Les échanges d'idées avec Clara et Robert Schumann transparaissent dans ses variations pour piano op. 9 sur un thème de Robert Schumann, qui a pu les écouter à Endenich et les a trouvées magnifiques. Dans les mesures 30–32 de la dixième variation, apparaît dans la voix du milieu, un thème de Clara, que Robert Schumann avait également repris dans son op. 5. Entre 1854 et 1858, Clara Schumann et Brahms échangent de nombreuses lettres. Témoignages qu'ils se sont ensuite accordés à détruire presque entièrement. Il nous reste encore aujourd'hui quelques lettres de Brahms ; elles renvoient l'image d'une passion grandissante. Au début, il lui écrit « vous » (Sie), « chère madame » (Verehrte Frau), puis « très chère amie » (Teuerste Freundin), et finalement « mon amie bien-aimée » (Innigst geliebte Freundin), et à la fin « Ma bien-aimée madame Clara » (Geliebte Frau Clara). Dans une lettre du 25 novembre 1854, il écrit soudainement : Lui, le plus jeune qui n'avait pas osé suggérer le tutoiement, y est à présent confronté. Il s'habituera progressivement à cette intimité. Dans une lettre du 31 mai 1856, il écrit très clairement : Cette lettre sera la dernière avant l'évènement prévisible et pourtant soudain qui bouleversera la nature même de leur liaison : la mort de Robert Schumann le 29 juillet 1856. En octobre de la même année, Brahms qui nourrit encore l'espoir de pouvoir consoler « sa » Clara pendant cette période de deuil, devra pourtant se résigner. Elle s'éloigne peu à peu de lui. Les lettres échangées perdent de leur passion. Le 17 octobre 1857, Brahms finira par le résumer ainsi dans une de ses missives : Après cela, Brahms restera toute sa vie durant en liaison avec Clara .Il lui écrit ainsi en 1896, peu avant sa mort : Pendant toute la période de la maladie de Schumann, Brahms réside à Düsseldorf. Il étudie beaucoup, imposant un programme strict à Joachim et à lui même. C'est d'ailleurs à cette époque qu'il étudie le contrepoint. Il se procure des œuvres de J.-S. Bach comme l' Art de la Fugue, des volumes d'œuvres de Roland de Lassus de Palestrina et se met à composer pour 4 et 6 voix... Il est un des rares musiciens de son époque à attacher cette importance au vieil art en style sévère.

De 1857 à 1875

Entre Detmold et Hambourg

Johann Strauß (fils) Buste de Brahms dans le Palace Gardens à Detmold En 1857, Brahms occupe les fonctions de professeur de musique à la Cour du Prince de Lippe et de directeur de la Société de Chant à Detmold. Il y reste pendant deux ans, composant deux sérénades pour orchestre ainsi que son premier concerto pour piano opus 15 en ré mineur, pour lequel Joseph Joachim lui donne des conseils d'orchestration. Il est souvent interprété comme le reflet de sa passion vaine pour Clara Schumann ; leur histoire venant tout juste de se terminer. Il sera joué pourla première fois, le 22 janvier 1859 à Hanovre puis, le 27 du même mois, à Leipzig, sans toutefois récolter le succès espéré. Brahms qui ne cache pas sa déception, entreprend de composer une seconde œuvre qui sonnerait complètement différemment, ce qu'il fera... 22 ans plus tard, en composant son deuxième concerto pour piano op. 83 en si bémol majeur. Pendant son séjour à Detmold, il compose également des sérénades pour orchestre, des lieders, dont Unter Blüten des Mai’s spielt’ ich mit ihrer Hand. Ce lied évoque une autre rencontre, celle d'Agathe von Siebold. Un été, il s'adonnera à sa nouvelle passion avec tant de fougue, que Clara Schumann sera vexée qu'il ait rencontré une autre femme aussi vite. Son deuxième sextuor à cordes opus 36, fait dans la première phrase, allusion à Agathe von Siebold : il contient en effet la suite de notes : la-sol-la-si-mi (en allemand : A-G-A-H-E). Peu après leurs fiançailles, Brahms change d'avis. Il se sent incapable d'avoir une liaison– et n'en aura jamais plus : Il restera toute sa vie célibataire. En mai 1859, il s'établit à Hambourg, trouvant qu'il ne disposait pas assez de temps pour la composition. Il y commençe la composition des Magelonen-Gesänge – mais ne les finit qu'en 1869. Il de la musique de chambre et de nombreuses variations pour piano : ...sur un thème original, ...sur un thème hongrois, ...sur un thème de Haendel, ...sur un thème de Schumann (à quatre mains). En 1860, Brahms fait alors une rencontre déterminante en la personne de l'éditeur Fritz Simrock. Ce dernier, en éditant ses œuvres, a été un acteur déterminant dans la diffusion de l'oeuvre de Brahms auprès du public, car il n'était pas toujours facile pour Brahm, s dans les années 1860, de publier ses propres compositions. L'éditeur demeure prudent – le premier Concerto pour piano n'a aucun succès ; de plus, les pièces de Brahms sont réputées difficiles à jouer. Le perfectionnisme de Brahms est un autre obstacle : souvent, il fait patienter son éditeur avant l'envoi de ses manuscrits, car il lui semble qu'il peut encore apporter une amélioration à l'œuvre. La raison pour laquelle Brahms a quitté Hambourg est qu'il s'est fâché avec son mécène et ami Theodor Avé-Lallemant qui ne lui a pas accordé, au cours de l'année 1862-1863, le poste de directeur du Philharmonischen Konzerte qu'il convoitait, lui offrant simplement le poste de chef de chœur de l'académie de chant. Bien que Brahms n'ait jamais présenté officiellement sa candidature au poste, il restera profondément blessé que le chanteur Julius Stockhausen lui soit préféré. Ceci détériorera les relations amicales entre Brahms et Avé-Lallemant et précipitera son départ pour Vienne.

À Vienne

En 1862, il rejoint Vienne. Brahms confie s'y sentir rapidement chez lui. Il se produit dans des programmes virtuoses : Bach, Beethoven, Schumann et joue aussi son Quatuor en sol mineur opus 25, lors d'une soirée privée avec Josef Hellmesberger senior, qui dira ensuite de lui que c'est le successeur de Beethoven (Das ist der Erbe Beethovens.). Brahms n'affectionne que très peu cet encombrant compliment et craind d'être considéré comme l'égal de Beethoven. Il rencontre Karl Goldmark tandis que sa renommée ne cesse de croître. En 1863, Brahms accepte de devenir le chef de chœur de la Singakademie (Académie de chant) de Vienne. Il marque tout de suite de son empreinte la vénérable structure, faisant jouer des maîtres anciens : Bach, Heinrich Isaac, Gabrieli, Schütz, ou modernes : l' Opferlied de Beethoven et le Requiem pour Mignon de Schumann. Mais, dès juillet 1864, il démissionne de son poste craignant que la lourdeur des charges administratives ne lui volent un temps précieux qu'il réserve à la composition et aux voyages. Parmi les œuvres qu'il a écrites par la suite, on trouve notamment le Requiem allemand et les Danses hongroises. Le Requiem, qui ne suit pas les textes traditionnels en latin mais contient des extraits de la Bible en langue allemande, a été accueilli avec beaucoup d'enthousiasme lors de la première représentation à Bremen. Il l'a composé à la suite du décès de sa mère. En revanche, la publication des Danses hongroises pour lesquelles Brahms s'est inspiré d'airs tsiganes très connus, a presque généré un scandale. En effet, Brahms ayant touché avec celles-ci, un public beaucoup plus large qu'avec ses précédentes œuvres, d'autres musiciens, dont son vieil ami Reményi, ont tenté de se faire passer pour les auteurs de ces danses. En 1870, il rencontre le chef d'orchestre Hans von Bülow qui fera beaucoup pour sa musique. A cette époque, Brahms est un pianiste couronné de succès et gagne bien sa vie. Toutefois, il prend la direction de la Wiener Singvereins, qu'il abandonnera en 1875. Avec les compositions qu'il a déjà publiées, Brahms et son éditeur Simrock gagnent tellement d'argent, que ce dernier le suppliera de publier de nouvelles œuvres.

De 1876 à 1887

Tombe de Johannes Brahms au cimetière centrale de Vienne Buste de Johannes Brahms dans la cour intérieure du chateau de Leonstain à Pörtschach am Wörther See

L'époque des œuvres symphoniques

Brahms écrit ses quatre symphonies en l'espace de neuf ans, ce qui est un temps record. En comparaison, 22 ans séparent ses deux concertos pour piano et les symphonies ne sont pas les seules œuvres qu'il a composées pendant cette période. Sa première Symphonie en ut mineur op. 68 fut jouée la première fois le 4 novembre 1876 à Karlsruhe, et la deuxième Symphonie en ré majeur op 73, le 30 décembre 1877. Brahms reçoit le doctorat d'honneur de l'université de Breslau en 1879. En 1880, il travaille à deux ouvertures op. 80 et op. 81, desquelles il dira : « L'une pleure, l'autre rit ». En 1883, lors d'un séjour d'été à Wiesbaden, il termine sa troisième symphonie en fa majeur op. 90 qui sera donnée à Vienne. Lors d'un autre séjour à Mürzzuschlag dans la Styrie, il commençe dès l'été 1884 à travailler sur sa quatrième symphonie en mi mineur op. 98, qui sera jouée la première fois à Meiningen le 25 octobre 1885.

Les dernières années

Par la suite, Brahms a essentiellement composé de la musique de chambre (sonates pour violon et violoncelle). En 1886, il devient président d'honneur de l'association de musiciens de Vienne. Pendant les vingt dernières années de sa vie, Brahms qui est devenu une personnalité influente de la scène musicale internationale, est admiré et vénéré en tant que pianiste mais aussi chef d'orchestre et compositeur. Il a reçu de nombreuses distinctions et propositions pour devenir membre d'honneur qu'il commentera en ces mots : « Je préfère penser à une belle mélodie que recevoir l'ordre de Leopold » Wenn mir eine hübsche Melodie einfällt, ist mir das lieber als ein Leopoldsorden.. En 1889, il devient citoyen d'honneur de la ville de Hambourg. Brahms meurt à Vienne le 3 avril 1897, à l'âge de 63 ans, d'un cancer du foie selon quelques biographies, mais il s'agit en réalité d'un cancer du pancréas. Il est inhumé au Cimetière central de Vienne. Le 14 septembre 2000, Johannes Brahms fut la 126 personne et le 13 compositeur à être reçu dans le Walhalla. Le buste fut sculpté par Milan Knobloch, le sculpteur tchèque.

Brahms dans la critique de ses contemporains

Brahms, successeur de Beethoven ?

Brahms est encore de nos jours, souvent nommé comme le successeur légitime de Ludwig van Beethoven. Cette distinction embarrassante, que Brahms n'acceptait pas de son vivant, provient surtout de la dispute au entre les conservateurs adeptes de la musique pure et les nouveaux allemands progressistes.

La querelle musicale

En 1860, apparaissaient des différences entre les adeptes de la musique pure rattachés à la tradition et ceux qui à la suite de Franz Liszt ont établi les bases de la Neudeutschen Musik (aussi appelé Neudeutsche Schule). La querelle est issue d'une différence fondamentale de la compréhension de la musique. Liszt et Richard Wagner avaient commencé à réfléchir à la musique du futur (Zukunftsmusik). Ils voulaient développer la musique des poèmes symphoniques et le style Musikdrama. Franz Brendel fut chargé de diffuser les idées de la Neudeutschen Musik dans le Nouveau magazine pour la musique (Neue Zeitschrift für Musik). Dans l'autre camp, chez les traditionalistes, se trouvaient Karl Goldmark, Joseph Joachim, Brahms et le critique musical Eduard Hanslick, dont la prise de position en faveur de la musique de Brahms a été à la base d'une grande amitié. Leur but était ce que Brahms avait coutume d'appeler la musique durable (dauerhafte Musik), qui était de développer une musique qui soit indépendante de l'histoire. Avec un manifeste, notamment signé par Joachim et Brahms, les représentants du camp conservateur protestèrent contre les développements de la musique contraires à leurs idées et n'obtinrent, du reste, que des railleries. En effet, les personnes attaquées ont eu connaissance du texte avant sa publication et son effet fut totalement raté. Les partisans de la nouvelle musique ont répondu par un persiflage sur le manifeste, accusant leurs auteurs de créer « une confrérie pour l'art lassant et ennuyeux » (Bruderbund für unaufregende und langweilige Kunst) et ont signé entre autres avec les noms « J. Geiger » (Geiger signifie « violoniste » en allemand) en référence à Joseph Joachim, et « Hans Neubahn » en référence à l'article « Neue Bahnen » et « Krethi und Plethi » (utilisé en allemand pour faire référence à des idiots). Par la suite, l'atmosphère entre les parties fâchées fut définitivement gâchée. Brahms et Wagner gardèrent une distance certaine toute leur vie. Alors que Brahms ne le mentionnait pas, Wagner ne pouvait s'empêcher d'exprimer son dédain pour la musique de Brahms. Néanmoins, Brahms ne tenait pas Wagner comme un concurrent sérieux, car il avait essentillement composé des opéras - un genre qui n'a jamais tenté Brahms. Par conséquent, les secteurs d'activité des deux musiciens étaient clairement définis. Parmi les compositeurs plus ou moins liés avec Wagner, Brahms n'estimait que Felix Draeseke et Anton Bruckner comme des rivaux sérieux pour leurs compositions en musique de chambre, de chœur et d'orchestre. La prise de position d'Eduard Hanslick en faveur de Brahms a dû fortement contribuer à le faire nommer comme successeur de Beethoven, car Hanslick était le critique de musique viennois le plus influent de son époque et de surcroît, en faveur des conservateurs. Une autre personne s'est révélée un grand admirateur des conservateurs : Hans von Bülow. C'était initialement un Wagnérien, puis il a changé d'opinion après que Wagner lui a volé sa femme Cosima. Bülow est l'auteur de la fameuse phrase qui identifie la première symphonie de Brahms comme étant la dixième symphonie de Beethoven.

L'œuvre de Brahms

En laissant de côté la question qui est de savoir si Brahms est le successeur de Beethoven, une chose est certaine : son œuvre s'inscrit dans la tradition musicale de toute l'Europe. Il n'a pas seulement été influencé par Beethoven, mais aussi par Johann Sebastian Bach, Haendel et Palestrina. Il a également utilisé des modes musicaux de l'époque médiévale, ainsi que la technique du canon développée aux Pays-Bas. Il se sentait obligé envers la tradition musicale. Les déviations qu'il s'autorisera se feront par touches successives. Pourtant, en usant de formes traditionnelles, il a créé des œuvres nouvelles et originales. D'influences diverses, marquée par une grande science du contrepoint et de la polyphonie, l'esthétique de Brahms reste, dans ses formes classiques, profondément marquée par la nostalgie de l'époque romantique, mais d'une troublante originalité, avec des couleurs musicales magnifiques, des mélodies inventives et des rythmes surprenants par leur superposition. Ce balancement lourd et incertain, né de la superposition de valeurs binaires et ternaires que l'on retrouve dans sa musique, est la caractéristique de cette mélancolie brahmsienne née d'une sorte de complexe d'infériorité issus des années de jeunesse que Brahms a passées à jouer dans les tavernes de Hambourg. Cela explique du reste, pourquoi il n'osera s'attaquer à la symphonie qu'à la quarantaine venue. Les travaux des musicologues parlent de trois périodes dans la création des œuvres chez Brahms. La première va jusqu'au Requiem allemand, la deuxième jusqu'au deuxième concerto pour piano, et la troisième commence avec la troisième symphonie. La première période se caractérise par la prédominance du sentiment romantique, la deuxième est marquée par son inspiration forte du classique, et la troisième période est un mélange des deux influences précédentes. Avec ses symphonies, il créait des œuvres d'un accès difficile, pas seulement pour le public, mais également pour ses amis. Déjà, à propos de sa première symphonie, il notait Dans les symphonies suivantes, Brahms employa également des harmonies que le public ne pouvait pas comprendre.

Principales compositions

Piano

Brahms n'a que peu écrit pour le piano, sur un catalogue comprenant pourtant près de 122 numéros, mais toutes sont magistrales et sont très souvent jouées.
- Sonate n° 1 en do majeur, op. 1
- Sonate n° 2 en fa dièse mineur, op. 2
- Scherzo en mi bémol mineur, op. 4
- Sonate n° 3 en fa mineur, op. 5
- Seize Variations sur un thème de Robert Schumann, op. 9
- Quatre Ballades, op. 10
- Variations et fugue sur un thème de Haendel, op. 24
- Variations sur un thème de Paganini, op. 35
- Huit Klavierstücke, op. 76
- Deux Rhapsodies, op. 79
- Quatre Fantaisies, op. 116
- Trois Intermezzi op. 117
- Six Klavierstücke op. 118
-
Quatre pièces pour piano, op. 119 Le musicien a également composé ou transcrit un certain nombre d'œuvres pour quatre mains :
- 16 Valses, op. 39 (21 minutes environ)
- Liebeslieder-Walzer, op. 52
- Neue Liebeslieder-Walzer, op. 65
- 21 Danses hongroises Ou pour deux pianos :
- Sonate en fa mineur, op. 34b
- Variations sur une thème de Haydn, op. 56b

Musique de chambre

- Trio pour piano, violon et violoncelle n°1, op. 8
- Sextuor à cordes n°1, op. 18
- Quatuors avec piano n°1 en sol mineur, op. 25 et n° 2 en la majeur, op. 26
- Quintette pour piano et cordes, op.34
- Sextuor à cordes n° 2, op. 36
- Sonate pour piano et violoncelle n°1, op. 38
- Trio pour cor, violon et piano, op. 40
- Quatuors à cordes n° 1 et n° 2, op. 51
- Quatuor avec piano n°3, op. 60
- Quatuor à cordes n° 3, op. 67
- Sonate pour violon et piano n° 1, op.78
- Trio pour piano, violon et violoncelle n° 2, op. 87
- Quintette à cordes n°1, op. 88
- Sonate pour piano et violoncelle n° 2, op. 99
- Sonates pour violon et piano n° 2 et n°3, op. 100 et 108
- Trio pour piano, violon et violoncelle n°3, op. 101
- Quintette à cordes n° 2, op. 111
- Trio pour clarinette, violoncelle et piano, op. 114
- Quintette pour clarinette et cordes, op. 115
- Deux sonates pour clarinette ou alto et piano, op. 120

Orchestre

- Sérénades n° 1 et 2, op. 11 et 16
- Variations sur un thème de Haydn, op. 56
- Symphonie n° 1 en ut mineur, op. 68
- Symphonie n° 2 en ré majeur, op. 73
- Ouverture pour une fête académique, op. 80
- Ouverture tragique, op. 81
- Symphonie n° 3 en fa majeur, op. 90
- Symphonie n° 4 en mi mineur, op. 98
- Danses hongroises

Concertos

- Concerto pour piano n° 1 de Brahms, op. 15 (49 minutes environ)
- Concerto pour violon et orchestre, op. 77
- Concerto pour piano et orchestre n° 2, op. 83
- Double concerto pour violon, violoncelle et orchestre, op. 102

Œuvres vocales

L'œuvre vocale est la plus développée du catalogue brahmsien et sans doute la partie un peu délaissé en France. Musique vocale avec orchestre
- Ave Maria, op. 12 (1858)
- Un requiem allemand (Ein deutsches Requiem), op. 45 (1857/68)
- Rinaldo, op. 50, sur un texte de Goethe (1863/68)
- Rhapsodie pour alto, chœur d'hommes et orchestre, op. 53, sur un poème de Goethe (1869)
- Schicksalslied, op. 54 (Le Chant du Destin), sur une poème de Hölderlin (1871)
- Triumphlied, op. 54 (1870/71)
- Nänie, op. 82 (1880/81)
- Gesang der Parzen, op. 89 (1882) Musique vocale avec divers accompagnements
- Begräbnisgesang pour chœur et instruments à vent, op. 13 (1858)
- Trois chants pour chœur de femmes avec deux cors et harpe, op. 17 (1860)
- Deux lieder pour contralto avec alto et piano, op. 91 (1856/58)
- Spuch, canon pour voix et alto, sans opus (1856/58) Chœur avec piano ou orgue
- Ave Maria, arrangement de l'op. 12
- Psaume XIII, op. 27 (1859)
- Geistliches lied, op. 30 (1856)
- Tafellied, op. 96b (1855) Chœur mixtes a cappella
- Marienlieder, op. 22 (1859)
- Deux motets, op. 29 (1860)
- Trois chœur a cappella, op. 42 (1859/61)
- Sept lieder, op. 62 (1874)
- Six lieder et romances, op. 93a (1883/84)
- Cinq lieder, op. 104 (1888)
- Fest und Gedenksprüche, op. 109 (1886/88)
- Trois motets, op. 110 (1889)
-
Rätselkanons
(Canons énignmatiques) sans opus Chœur féminin a cappella
- Trois chœur sacrés, op. 37 (1859/63)
- Douze lieder et romances, op. 44 (1859/63)
- Treize canons, op. 113 (1863/90)
- Quatorze Voklskinderlieder sans opus (éd. 1858) Chœur d'hommes a cappella
- Cinq quatuors vocaux, op. 41 (1861/62) 'Quatuor vocaux avec piano
- Trois quatuors vocaux, op. 31 (1859/63)
- Liebeslieder-Walzer, op. 52 (piano à quatre mains) (1868/69)
- Neue Liebeslieder-Walzer, op. 65 (piano à quatre mains) (1874)
- Trois quatuors, op. 64 (1862/74)
- Quatre quatuors, op. 92 (1877/84)
- Zigeunerlieder, op. 103 (Chants tziganes) (1887)
- Six quatuors, op. 112 (1888/89)
Duos avec piano'''
- Trois duos pour soprano et alto, op. 20 (1858/60)
- Quatre duos pour alto et baryton, op. 28 (1860/62)
- Soprano et alto, op. 61 (1874)
- Soprano et alto, op. 61 (1875)
- Ballades et romances, op. 75 (1877/78)
- Romances et lieder, op. 84 (1878/81)

Lieder

- Six lieder, op. 3 (1852/53)
- Six lieder, op. 6 (1852/53)
- Six lieder, op. 7 (1851/53)
- Huit lieder et romances, op. 14 (1858)
- Cinq Poèmes, op. 19 (1858/59)
- Neuf lieder, op. 32 (1864)
- Magelone Romanzen, op. 33 (Quinze Romances de Magdelone) (1861/68)
- Quatre lieder, op. 43 (1857/68)
- Quatre lieder, op. 46 (1864)
- Cinq lieder, op. 47 (1858/68)
- Sept lieder, op. 48 (1855/68)
- Cinq lieder, op. 49 (1864/68)
- Huit lieder, op. 57 (1871)
- Huit lieder, op. 58 (1871)
- Huit lieder, op. 59 (1871/73)
- Neuf lieder, op. 63 (1873/74)
- Neuf lieder, op. 69 (1877)
- Quatre lieder, op. 70 (1875/77)
- Cinq lieder, op. 71 (1877)
- Cinq lieder, op. 72 (1876/77)
- Cinq lieder, op. 84 (1878/81)
- Six lieder, op. 85 (1877/79)
- Six lieder, op. 86 (1877/78)
- Cinq lieder, op. 94 (1884)
- Sept lieder, op. 95 (1884)
- Quatre lieder, op. 96 (1884)
- Six lieder, op. 97 (1884)
- Cinq lieder, op. 105 (1886)
- Cinq lieder, op. 106 (1886)
- Cinq lieder, op. 107 (1886)
- Vier ernste Gesänge, op. 121 (Quatre chants sérieux) (1896)
- Mondnacht sans opus (éd. 1854)
- Quatorze Voklskinderlieder (éd. 1858) sans opus
- Quarante-neuf Deutsche Volksleider (1854/58) sans opus
- Vingt-huit Deutsche Volksleider (1858) sans opus

Grands interprètes

-Chefs d'orchestre : Claudio Abbado, Karel Ančerl, Bernard Haitink, Herbert von Karajan, Carlos Kleiber, Carl Schuricht, Arturo Toscanini, Bruno Walter
- Pianistes : Claudio Arrau, Wilhelm Backhaus, Emil Gilels, Hélène Grimaud, Julius Katchen, Evgeny Kissin, Stephen Kovacevich, Radu Lupu, Maurizio Pollini, Arthur Rubinstein, Rudolf Serkin
- Violonistes : Christian Ferras, Yehudi Menuhin, Nathan Milstein, Ginette Neveu, Itzhak Perlman, Isaac Stern, Josef Suk, Henryk Szeryng
- Musique de chambre : Quatuor Amadeus, Quatuor Alban Berg, Quatuor de Budapest, Quatuor Busch, Quatuor du Wienerkonzerthaus
- Solistes vocaux : Jorge Chaminé, Kathleen Ferrier, Dietrich Fischer-Dieskau, Hans Hotter, Alexander Kipnis, Christa Ludwig, Thomas Quastoff

Bibliographie

- Claude Rostand, Johannes Brahms, Fayard (Paris) 1978, 740 p. ISBN 2-213-02551-7
- José Bruyr, Brahms, Seuil coll. "Solfège" 1965, 190 p.

Liens

- Critique du requiem allemand par Hugues Imbert (Wikisource)
-
-
-
-
-http://infopuq.uquebec.ca/%7Euss1010/catal/brahms/braj.html
-Liens
- Partitions gratuites pour piano

Notes & références

Catégorie:Compositeur romantique Catégorie:Compositeur allemand Catégorie:Compositeur d'oratorio
- Catégorie:Naissance en 1833 Catégorie:Décès en 1897 an:Johannes Brahms ar:يوهانس برامز bg:Йоханес Брамс br:Johannes Brahms bs:Johannes Brahms ca:Johannes Brahms cs:Johannes Brahms cy:Johannes Brahms da:Johannes Brahms de:Johannes Brahms el:Γιοχάνες Μπραμς en:Johannes Brahms eo:Johannes Brahms es:Johannes Brahms et:Johannes Brahms eu:Johannes Brahms fa:یوهانس برامس fi:Johannes Brahms he:יוהנס ברהמס hr:Johannes Brahms hu:Johannes Brahms id:Johannes Brahms io:Johannes Brahms is:Johannes Brahms it:Johannes Brahms ja:ヨハネス・ブラームス ka:იოჰანეს ბრამსი ko:요하네스 브람스 la:Iohannes Brahms lb:Johannes Brahms lij:Johannes Brahms lt:Johannes Brahms mn:Иоханнес Роберт Брамс nl:Johannes Brahms nn:Johannes Brahms no:Johannes Brahms oc:Johannes Brahms pl:Jan Brahms pt:Johannes Brahms qu:Johannes Brahms ro:Johannes Brahms ru:Брамс, Иоганнес sh:Johannes Brahms simple:Johannes Brahms sk:Johannes Brahms sl:Johannes Brahms sq:Johannes Brahms sr:Јоханес Брамс sv:Johannes Brahms th:โยฮันเนส บราห์ม tr:Johannes Brahms uk:Брамс Йоганнес vi:Johannes Brahms zh:约翰内斯·勃拉姆斯
Sujets connexes
A cappella   Adelbert von Chamisso   Alexander Kipnis   Alexander Pope   Allemagne   Anton Bruckner   Arthur Rubinstein   Arturo Toscanini   Autriche   Bernard Haitink   Bruno Walter   Brême (ville)   Carl Schuricht   Carlos Kleiber   Chef d'orchestre   Christa Ludwig   Christian Ferras   Cicéron   Clara Schumann   Claudio Abbado   Claudio Arrau   Compositeur   Concerto pour piano n° 1 de Brahms   Concerto pour piano n° 2 de Brahms   Contrebasse   Contrepoint rigoureux   Cor d'harmonie   Cosima Wagner   Detmold   Dietrich Fischer-Dieskau   Düsseldorf   Eduard Hanslick   Franz Liszt   Friedrich von Schiller   Georg Friedrich Haendel   Ginette Neveu   Giovanni Pierluigi da Palestrina   Hambourg   Hanovre   Hans Hotter   Hans von Bülow   Henryk Szeryng   Herbert von Karajan   Hélène Grimaud   Isaac Stern   Itzhak Perlman   Jean Paul   Johann Sebastian Bach   Johann Strauss II   Jorge Chaminé   Josef Suk (violoniste)   Joseph Joachim   Julius Katchen   Karel Ančerl   Karlsruhe   Kathleen Ferrier   Le Tasse   Leipzig   Ludwig van Beethoven   Maurizio Pollini   Musique classique   Musique de chambre   Musique pure   Nathan Milstein   Neue Zeitschrift für Musik   Orchestre   Ouverture (musique)   Pianiste   Piano   Polyphonie   Poème symphonique   Quatuor Alban Berg   Quatuor Amadeus   Quatuor avec piano   Quintette pour piano et cordes (Brahms)   Radu Lupu   Richard Wagner   Robert Schumann   Rudolf Serkin   Sonates pour clarinette et piano de Brahms   Sophocle   Stephen Kovacevich   Styrie (duché)   Symphonie   Symphonie n° 1 de Brahms   Symphonie n° 2 de Brahms   Symphonie n° 3 de Brahms   Symphonie n° 4 de Brahms   Un requiem allemand   Vienne (Autriche)   Walhalla (bâtiment)   Weimar   Wilhelm Backhaus   Wolfgang Amadeus Mozart   Yehudi Menuhin   Zentralfriedhof  
#
Accident de Beaune   Amélie Mauresmo   Anisocytose   C3H6O   CA Paris   Carole Richert   Catherinettes   Chaleur massique   Championnat de Tunisie de football D2   Classement mondial des entreprises leader par secteur   Col du Bonhomme (Vosges)   De viris illustribus (Lhomond)   Dolcett   EGP  
^