Croate

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Le croate est une langue du groupe méridional des langues slaves, de la famille des langues indo-européennes, parlée par les Croates. Le croate est très proche du serbe, du bosnien et du monténégrin et assez proche du slovène, du bulgare et du macédonien. Il y a intercompréhension entre Serbes, Bosniaques, Croates et Monténégrins, malgré quelques différences grammaticales et lexicales, et l'usage d'un alphabet différent (latin uniquement pour le croate, cyrillique
Croate

Le croate est une langue du groupe méridional des langues slaves, de la famille des langues indo-européennes, parlée par les Croates. Le croate est très proche du serbe, du bosnien et du monténégrin et assez proche du slovène, du bulgare et du macédonien. Il y a intercompréhension entre Serbes, Bosniaques, Croates et Monténégrins, malgré quelques différences grammaticales et lexicales, et l'usage d'un alphabet différent (latin uniquement pour le croate, cyrillique ou latin pour le serbe). L'affirmation d'une langue croate en tant que telle, et l'usage du terme par certains écrivains ou intellectuels furent réprimés à l'époque yougoslave car considérés comme une marque de nationalisme et de séparatisme (voir Printemps croate). La dénomination de la langue croate a été et reste une question complexe et sensible, même si depuis l'indépendance de la Croatie, elle est pleinement reconnue. Le point de vue le plus objectif semble être celui de la sociolinguistique, selon laquelle le croate est une langue ausbau faisant partie du diasystème slave du centre-sud, appelé officiellement serbo-croate dans l’ancienne Yougoslavie (sauf en Croatie) par une volonté politique qui n'était pas toujours partagée (voir Histoire).

Distribution

Le nombre total des Croates est estimé à environ six millions. Si au sujet de ceux de Croatie et des autres républiques ex-yougoslaves on peut affirmer qu’ils parlent croate, on ne peut pas dire combien de ceux des pays limitrophes ou plus ou moins lointains le connaissent, à moins que les statistiques disponibles ne le précisent. Le croate est la langue nationale et officielle de la Croatie, où 3 977 171 personnes se déclarent comme Croates selon . Il est aussi l’une de trois langues officielles de Bosnie-Herzégovine, où vivaient 643 353 Croates . Il est également parlé par des minorités croates dans les pays voisins ou proches, où ils vivent depuis l’époque de l’Empire d'Autriche et/ou de l’ex-Yougoslavie :
-Autriche (dans le Burgenland, voir Croate du Burgenland) – 131 307 locuteurs de croate
-Serbie (en Voïvodine, et au Kosovo, dans les villages Janjevo et Letnica) – 70 602
-Slovénie – 35 642
-Hongrie (dans le sud et dans l'ouest, dans une région limitrophe du Burgenland autrichien) – 15 597
-Roumanie (dans le Banat) – 6 355 déclarant comme langue maternelle le croate et 269 déclarant comme langue maternelle caraşoveana (dénomination dérivée de Caraşova, localité dans laquelle et aux environs de laquelle ils vivent)
-Monténégro (dans les bouches de Kotor et sur le littoral, jusqu'à Bar) – 6 244
-République de Macédoine – 2 248
-Italie (Frioul-Vénétie julienne et Molise) – 24 000 (estimation)
-République tchèque (en Moravie) – 3 000 (estimation)
-Slovaquie (au sud-ouest, dans une région limitrophe du Burgenland autrichien) – 1 100 (estimation) L'émigration croate se répartit comme il suit :
-États-Unis – 374 241
-Allemagne – 236 600
-Chili – 130 000 (estimation de la revue Internet , n° 227)
-Australie – 105 747
-Canada – 71 725 locuteurs de
-Brésil – 45 000 (conformément au site )
-Suède – 26 000 (estimation)
-Suisse – 23 000 (estimation)
-Libye – 17 000 (estimation)
-Belgique – 15 000 (estimation)
-Pays-Bas – 11 000 (estimation)
-Pérou – 5 000 (estimation)
-Ukraine – 4 800 (estimation)
-Argentine – 3 600 (estimation)
-Uruguay – 3 300 (estimation)
-Nouvelle-Zélande – 2 500 (estimation)
-Danemark – 500 (estimation)
-Russie – 500 (estimation)

Variantes régionales

Les variantes régionales du croate sont considérées de deux points de vue : morphologique d'abord, phonologique ensuite. 1. En prenant pour distinction la forme du pronom interrogatif signifiant « quoi » (što, ča et kaj), on distingue trois dialectes :
-le chtokavien (štokavski), parlé en Slavonie, en Zagora, à Dubrovnik et dans ses environs, dans la partie ouest de l'Herzégovine et en Bosnie centrale ; c'est la base sur laquelle est fondée la langue littéraire ;
-le tchakavien (čakavski), à l’ouest : en Istrie, dans la région de Lika, dans toutes les îles de l'Adriatique, sur le littoral au nord de la région de Dubrovnik, de Savudrija à Kaštela.
-le kaïkavien (kajkavski), utilisé au nord et au centre-ouest du pays (dans les régions Zagorje, Prigorje, Turopolje, Gorski Kotar, Međimurje, Podravina) et autour de Zagreb. 2. Une autre division, qui se superpose aux dialectes, est opérée à partir de la façon dont a évolué le son /ĕ/ du slave commun, noté par la lettre ѣ, que l'on désigne du nom de yat. Ce son a donné je (prononcé /yé/) avec la variante ije (prononcé /iyé/), i et e (pononcé /é/). Par exemple, « homme » se dit čovjek, čovik ou čovek, et « rivière » rijeka, rika ou reka. Selon ce critère il y a trois variantes nommées izgovori (« prononciations ») :
-(i)jékavienne (en croate (i)jekavski), - utilisée par les locuteurs du dialecte chtokavien de la ville de Slunj et de ses environs, en Croatie centrale, dans la région de Dubrovnik et en Herzégovine orientale ;
-ikavienne (ikavski) – employée par la plupart des locuteurs du chtokavien, en Lika, en Dalmatie, en Slavonie, en Bosnie centrale, et par la majorité des locuteurs du tchakavien ;
-ékavienne (ekavski) – chez les locuteurs du kaïkavien et ceux du tchakavien du nord de l'Istrie. D'un point de vue plus diachronique, ces trois variantes sont apparues très tôt dans l'histoire du croate (s). Leur distinction est encore faite aujourd'hui, mais pour des raisons historiques ils n'ont pas connu le même destin.

Histoire

Les débuts

Les premiers textes rédigés par des Croates paraissent au . Ils sont écrits en slavon d’église, avec l’alphabet glagolitique. Peu après, on adopte aussi l’alphabet cyrillique. L’alphabet latin n’est employé qu’à partir du , coexistant pendant quelque temps avec les deux premiers. L’utilisation du glagolitique dure jusqu’à la fin du , et pour certaines régions côtières jusqu'au début du . Les plus vieux textes glagolitiques croates conservés datent du et la plupart, parmi eux, sont gravés dans la pierre, comme la stèle de Baška (île de Krk). C’est le premier texte en slavon avec des éléments de la langue vernaculaire. Il est remarquable par ses dimensions et par l’importance du texte qui, pour la première fois, mentionne le peuple croate. Stèle de Baška, un peu avant 1100. Jusqu’à la seconde moitié du , la littérature est écrite en slavon d’église croate. Sa période de gloire se situe aux s, étant illustrée par des œuvres telles le Missel du duc Novak (1368, région de Lika, au nord-ouest de la Croatie) ou les Évangiles de Reims (1395). Cet ouvrage rédigé en partie en glagolitique croate et arrivé à Reims, était le Texte du Sacre sur lequel les rois de France prêtaient serment. D’autres livres de cette époque sont le Missel du duc Hrvoje (1404, de Split, en Dalmatie) et le premier missel imprimé (1483). Aussi les Croates étaient-ils les seuls catholiques d’Europe qui avaient l’autorisation de Rome de ne pas se servir du latin ni de l'alphabet latin dans la liturgie. Missel du duc Novak Aux s, la langue slave du sud parlée sur le territoire de l’ancienne Yougoslavie se morcelle en de nombreux parlers, groupés dans les dialectes qui existent aujourd’hui encore.
-Le premier dialecte qui se distingue des autres est le tchakavien, dans lequel sont écrits les premiers textes croates laïques, avec des éléments de slavon, au : Vue sur le pays d’Istrie (1275) et le Codex de Vinodol (1288). Le premier dictionnaire croate, œuvre de Faust Vrančić (1595), est principalement celui du dialecte tchakavien. Vue sur le pays d’Istrie Codex de Vinodol
-Le dialecte chtokavien aussi est attesté d’abord avec des éléments slavons. Le premier écrit complet dans ce dialecte est le Missel croate du Vatican, transcrit à partir du dialecte tchakavien dans les années 1380-1400, à Dubrovnik, en Dalmatie. La littérature croate dans ce dialecte se développe d’abord en Dalmatie et en Slavonie. Missel croate du Vatican
-Le dernier à entrer dans la littérature croate est le dialecte kaïkavien, en 1578, avec l’ouvrage Postil, d’Antun Vramec. Ce dialecte arrive à s’affirmer parce que les régions où il est parlé sont les seules à ne pas être tombées sous la domination de l’Empire Ottoman. Il est utilisé jusqu’au début du par de nombreux écrivains, dont les plus connus sont Blaž Đurđević, Andrija Jambrešić et Tituš Brezovački.

Le croate moderne et sa standardisation

Le croate moderne, c’est-à-dire peu différent de celui de nos jours, commence à s’imposer aux s. Sa première attestation importante est le Missel croate du Vatican. Les premiers éléments de standardisation datent du , appelé aussi époque du Slavisme baroque, la standardisation étant reflétée par la littérature de cette époque. Ce qui contribue essentiellement à la formation du croate moderne, c’est :
-l’activité du linguiste Bartul Kašić. Ce jésuite rédige la première grammaire du croate (Institutionum linguae illyricae libri duo, Rome, 1604), fondée principalement sur le dialecte chtokavien, mais avec de nombreux éléments tchakaviens. Le même Kašić traduit la Bible dans la variante ijékavienne du dialecte chtokavien. Un travail de Kašić qui a influencé encore plus le développement du croate littéraire est le Rituel romain (1640, plus de 400 pages), première traduction d’un livre de liturgie catholique dans une langue vivante ;
-les travaux d’un autre jésuite, l’italien Giacomo Micaglia (appelé en croate Jakov Mikalja). Il publie Thesaurus lingvae illyricae (Loreto, 1649 ; Ancona, 1651), un dictionnaire croate-italien-latin, basé essentiellement sur le même dialecte chtokavien à prononciation ijékavienne ;
-les écrits du franciscain Matija Divković de Bosnie : récits inspirés de la Bible, sermons et écrits polémiques, dans l’esprit de la contre-réforme ;
-la poésie raffinée d’Ivan Gundulić de Dubrovnik.

Le mouvement illyrien

La standardisation du croate est étroitement liée à l’éveil de la conscience nationale des Croates, qui s’inscrit dans la tendance générale de l’Europe de la première moitié du Cf. nationalisme, mais aussi Grèce ottomane et philhellénisme pour un parrallèle.. Ce qu’on appelle le « Renouveau national croate » fut mené par le Mouvement illyrien, auquel participait surtout la jeunesse intellectuelle d’origine bourgeoise. Son chef était Ljudevit Gaj, linguiste, homme politique, journaliste et écrivain d’origine française. Dans son livre Kratka osnova horvatsko-slavenskog pravopisanja (Abrégé d’orthographe croato-slavonne) (Buda, 1830), il proposa l’alphabet utilisé par le croate encore de nos jours, fondé sur l’alphabet latin, avec des diacritiques empruntés aux alphabets du tchèque et du polonais, ainsi qu’une orthographe phonétique. Cette graphie se généralisa par la suite sur tout le territoire habité par des Croates, à la place des graphies italienne, allemande et hongroise utilisées dans les régions respectives. C’est à cette époque que s’imposa le standard unitaire du croate fondé sur le dialecte chtokavien à prononciation ijékavienne, la littérature dans les autres dialectes tombant en désuétude. L’idéologie du Mouvement illyrien ne se limitait pas à la Croatie. Son idéal était l’union de tous les Slaves du sud, des Slovènes et jusqu’aux Bulgares, qui vivaient tous sous domination étrangère, en une utopique nation illyrienne. Ses aspirations concordaient avec celles de certains lettrés serbes, ce qui mena sur le plan linguistique à l’idée de langue serbo-croate. Il y avait en effet une convergence entre la réforme de Vuk Stefanović Karadžić concernant le serbe, qui fonda le standard de celui-ci sur le même dialecte chtokavien, et celle de Ljudevit Gaj. Cela se manifesta, entre autres, dans l’accord de Vienne (1850), signé par sept lettrés croates et serbes (dont Vuk Karadžić), à l’initiative du linguiste slovène Franc Miklošič, qui établit certaines normes communes pour les langues croate et serbe. À partir de cette époque, le domaine linguistique interfère avec le domaine politique, et ce jusqu’à nos jours, la relation entre croate et serbe oscillant d’une époque à l’autre entre l’idée d’une langue unique et celle de deux langues à part, en fonction des événements historiques que leurs locuteurs traversent. Dans la seconde moitié du , les mouvements pour l’indépendance s’intensifient. Pour beaucoup de Croates cette indépendance n’est réalisable que dans l'union avec les autres Slaves du sud, et d'abord avec les Serbes. L’évêque croate de Đakovo, Josip J. Strossmayer, élabore en 1866 un premier programme d’unification des Slaves du sud de l’Empire d'Autriche, utilisant le terme « yougoslave », et fonde à Zagreb l’Académie yougoslave des sciences et des arts. Deux écoles principales se dessinent alors dans le domaine linguistique :
-L’école appelée « de Zagreb » cherche à développer le croate en se tournant vers d’autres langues slaves (le slovène, le russe, le tchèque), tout en acceptant dans le standard des éléments des dialectes tchakavien et kaïkavien.
-L’école nommée des « vukoviens croates » ou des « jeunes grammairiens » suit les idées de Vuk Karadžić. Leur influence est notable à la fin du et au début du , réussissant à imposer définitivement l’orthographe phonétique et le standard à base chtokavienne.

L’époque yougoslave et celle de l’État indépendant de Croatie

Répartition des nationalités. Les Croates (violet), de Croatie ou d'ailleurs, ont à peu près tous pour langue maternelle le croateEn effet, la guerre civile en Yougoslavie a abouti à une correspondance très nette entre nationalité et langue maternelle. Ce qui ne veut pas dire que les Croatophones ne se trouvent qu'en Croatie : en 1994, la présence de la langue croate en Bosnie fut un facteur favorisant la création de l'éphémère République d'Herceg-Bosna, autour de Mostar. Attention, le terme Musulmans renvoie à la nationalité musulmane fondée sous l'époque titiste, et ne correspond ni à Bosniens ni à Bosniaques.. Le rapprochement entre croate et serbe continue après la Première Guerre mondiale, cette fois dans le cadre du Royaume des Serbes, des Croates et des Slovènes, devenu plus tard le Royaume de Yougoslavie, sous l'égide de la Serbie, pays vainqueur dans la guerre. L'idée de la langue serbo-croate est de plus en plus soutenue par les autorités de Belgrade. Plus encore, ces dernières cherchent à imposer le serbe à prononciation ékavienne comme langue de tout l'État, ce qui n'est pas au goût des Croates désireux d'indépendance. Au cours de la Seconde Guerre mondiale est fondé l'État indépendant de Croatie, satellite de l’Allemagne nazie, qui déclenche une persécution terrible contre la minorité serbe. Sur le plan linguistique, une « purification » du croate a pour but d'en éliminer les éléments serbes. Dans la seconde Yougoslavie, la promotion de la langue serbo-croate et les tentatives d'estomper les différences entre le croate et le serbe deviennent les composantes d'une politique linguistique officielle, acceptée également par les communistes croates, ce qui ressort clairement de l’accord de Novi Sad en 1954. Signé par 25 linguistes et écrivains, 18 serbes et sept croates, on y stipule que la langue commune des Serbes, des Croates, des Monténégrins et des Bosniaques est le serbo-croate, que l’on peut aussi appeler croato-serbe, ayant deux variantes littéraires, le serbe et le croate. On décide par la même occasion de créer un dictionnaire unique. Toutefois, en Croatie l’appellation de la langue officielle reste « croate » (entre 1943 et 1970), puis « croate ou serbe » (entre 1970 et 1990). Suite à la relative libéralisation du régime dans les années 1960, les intellectuels croates manifestent leur mécontentement causé par la domination du serbe dans les instances officielles. En 1967, sept linguistes et écrivains rédigent une « Déclaration au sujet de la situation et de la dénomination de la langue littéraire croate », où l’on revendique de mettre sur un pied d’égalité non pas trois, mais quatre langues de Yougoslavie : le slovène, le croate, le serbe et le macédonien, et de mettre un terme à la domination du serbe sur le plan étatique et dans les institutions fédérales. Dans les années 1970 (époque appelée le Printemps croate), la langue littéraire croate est déclarée entité à part et . À la suite de la proclamation de la souveraineté de la Croatie (1991) et des guerres en Yougoslavie, les tendances puristes vouées à séparer le croate du serbe se renforcent, dénonçant et rejetant les « serbismes » et les « internationalismes ». On réintroduit dans la langue de nombreux mots plus ou moins sortis de l'usage depuis des décennies, et on crée des néologismes à base slave.

Phonétique

La correspondance graphie – prononciation

Remarques :
-R entre deux consonnes ou en début de mot est considéré comme une voyelle (prst = « doigt », rvanje = « combat »).
-À l’encontre du serbe, en croate les noms propres des langues étrangères utilisant l’alphabet latin s’écrivent comme dans la langue d’origine. Par conséquent, on peut ajouter aux lettres ci-dessus q, w, x et y.

Voyelles

Triangle vocalique du croate. — Le schwa central /ə/ n'est pas discriminant d'un point de vue phonologique. Le système vocalique du croate standard est simple, avec cinq voyelles (toutes monophtongues). Bien que significative, la différence entre les voyelles longues et courtes n'est pas représentée dans l'orthographe croate. Il y a un débat en cours parmi des linguistes pour savoir si le phonème appelé jat (le /j/) dans ije est un phonème ou non, Ivo Škarić, Vijenac, Matica Hrvatska, et l'orthographe doit être réformée. En effet, ije est prononcé comme une diphtongue /je/ par une majorité de locuteurs croates, et non /ije/. Il faut rappeler que l'orthographe ijeAinsi que l'orthographe de tous les mots ijékaviens contenant le j : l'enjeu n'est évidemment pas restreint à un seul mot. a été surtout adoptée après l'accord de Vienne en 1850 et canonisée dans L'Orthographe croate d'Ivan Broz (1892), sous l'influence de Vuk Karadžić, qui parlait la variété chtokavienne d'Herzégovine (Dubrovnik), où ije est disyllabique et se prononce donc /ije/ et non /je/. (pour être plus précis, le /e/ et le /o/ peuvent être transcrits et ).

Changements phonétiques

/a/ euphonique

Un phonème /a/ euphonique, mobile, apparaît à certaines formes du nom, mais aussi de l’adjectif, et disparaît à d’autres formes : pas = « chien » / psa = « du chien », dobar = « bon » / dobra = « bonne ». Dans le cas des radicaux terminés en deux consonnes, ce a mobile apparaît au génitif pluriel entre les deux consonnes : radical sestr-, nominatif singulier sestra, génitif pluriel sestara.

Changement de /l/ en /o/

Les noms et les adjectifs terminés en -ao ou -eo (posao = « travail », veseo = « gai ») étaient à une époque de l’histoire de la langue terminés par un /l/ dur (posal, vesel) qui a évolué en /o/, mais seulement en fin de mot. Cet /o/ redevient /l/ s’il n’est plus en position finale, mais suivi d’une désinence (posla = « du travail », le génitif du nom ; vesela = « gaie », le féminin de l’adjectif).

Assimilation des consonnes

Lorsque deux consonnes, l’une sourde et l’autre sonore arrivent en contact par ajout d’une désinence ou d’un suffixe à un mot, la première consonne est assimilée par la seconde (assimilation régressive) : assourdie si cette seconde consonne est sourde, sonorisée si elle est sonore. Ainsi, Par exemple, de rob = « esclave », on forme, en y ajoutant le suffixe -stvo, le nom ropstvo = « esclavage », où /b/ se transforme en /p/ sous l’influence de la première consonne du suffixe, /s/, qui est sourde. La graphie du croate étant phonétique, l’assimilation est rendue par l’écriture, sauf en fin de mot : Šef bi voleo da radimo. = « Le chef aimerait qu’on travaille. »

Palatalisation

Certaines consonnes terminant la forme du cas nominatif d’un nom ou se trouvant à la fin du radical d’un verbe, peuvent changer de nature sous l’influence d’une voyelle commençant une désinence ou un suffixe. Les cas les plus fréquents :
-devant un e (au cas vocatif) :
-k > čradnik = « ouvrier » > radniče! = « (Eh !) l’ouvrier ! »
-g > žvrag = « diable » > vraže!
-h > šduh = « âme » > duše!
-devant un i (au nominatif des masculins pluriels):
-k > cvojnik = « soldat » > vojnici = « soldats »
-g > zprijedlog = « proposition » > prijedlozi
-h > sorah = « noix » > orasi
-devant un j (prononcé comme « y » dans « yeux ») (Ce genre de palatalisation est appelé yodisation ou mouillure des consonnes dures.) :
-d > đ
-t > ć
-l > lj
-n > nj
-z > ž
-s > š Exemple : Le suffixe formant le comparatif des adjectifs est -ji. Lorsque celui-ci est ajouté à un adjectif terminé en consonne dure, celle-ci devient molle : tvrd = « dur » > tvrđi = « plus dur », brz = « rapide » > brži = « plus rapide ».

Accentuation

L’accent qui frappe l’une des voyelles d’un mot a un double caractère en croate. C’est un accent d’intensité (c’est-à-dire que la voyelle en cause est prononcée avec plus de force que les autres, comme en français), mais c'est aussi un accent tonique (ou musical), la voyelle accentuée étant prononcée un ton plus haut ou plus bas que les autres. En croate l’accent est mobile, avec une seule limitation. Dans le cas des mots ayant plus d’une syllabe, l’accent peut frapper n’importe quelle voyelle, sauf la dernière, règle qui s’applique aux mots étrangers également, ce qui fait, par exemple, prononcer tous les mots français avec l’accent sur l’avant-dernière syllabe au lieu de la dernière. Il y a quatre sortes d’accent, en fonction des combinaisons entre le caractère descendant ou ascendant et la durée de la voyelle (longue ou courte). L’accent n’est noté que dans les ouvrages de linguistique, les manuels de langue et les dictionnaires. Leurs signes conventionnels sont ceux des exemples ci-dessous.
-accent court descendant : vjtar = « vent » ;
-accent long descendant : p
vo = « bière » ;
-accent court montant : òtac = « père » ;
-accent long montant : psati = « écrire ». Les voyelles non accentuées peuvent également être longues ou brèves. Les longues sont notées, sauf dans les écrits ordinaires, par un macron ¯ (žèna = « femme » / žénā = « des femmes », le génitif pluriel du nom). Comme on peut le voir dans cet exemple, le caractère de l’accent et la durée des voyelles ont une valeur fonctionnelle, par exemple, comme ici, ils marquent deux cas différents dans la déclinaison. La place de l’accent a également une valeur fonctionnelle (voir Déclinaison des adjectifs).

Lexique

Formation des mots

Dérivation

Comme dans la dérivation du français, en ajoutant certains suffixes à un mot, on peut en obtenir d’autres, appartenant à la même famille lexicale. Parmi les nombreux suffixes lexicaux, un suffixe un peu à part : -ad, qui forme un grand nombre de noms collectifs, par exemple pour désigner des groupes de jeunes animaux : pil'ad
= « poulets », janj'ad = « agneaux », tel'ad = « veaux ». Ces noms sont au singulier et se déclinent comme les autres noms masculins singuliers. Avec des préfixes provenant de prépositions, on obtient surtout des verbes à partir d’autres verbes : ići = « aller » > otići = « partir », izaći = « sortir », doći = « venir », naići = « arriver à l’improviste ». Ces préfixes changent non seulement le sens du verbe de base, mais aussi son aspect (voir Aspects des verbes.)

Composition

En croate le procédé de composition est beaucoup plus productif qu’en français. On peut l’appliquer par :
-la simple juxtaposition de deux mots : dan = « jour » + gubiti = « perdre » > dangubiti = « perdre le temps, paresser »
-l’ajout du deuxième mot à l’aide d’une voyelle de liaison : crn = « noir » + o + kos (de kosa = « cheveux ») > crnokos = « aux cheveux noirs ». Il y a aussi, comme en français, des mots dont le processus de composition n’est pas senti comme achevé. Ils s’écrivent avec un trait d’union : radio + stanica = « station » > radio-stanica = « station de radio ». La composition peut être combinée avec la dérivation : kratk- (de kratak = « court ») + o + vid- (de vidjeti = « voir ») + -an > kratkovidan = « myope ».

Emprunts

Le croate est moins perméable aux emprunts que le serbe, mais il a tout de même emprunté des vocables à plusieurs langues, y compris au français : bife < « buffet », biro < « bureau », butik < « boutique », ekspoze < « exposé ». Il y a non seulement des noms empruntés, mais aussi des verbes (telefonirati, analizirati), des adjectifs (flegmatičan, logičan) ou même des adverbes (eventualno = « éventuellement », apsolutno = « absolument »). Néanmoins, le croate préfère les néologismes. Par exemple : pretplata = « abonnement » (littéralement « paiement à l’avance », à la place de abonman en serbe, zemljopis = « géographie » (littéralement « description de la Terre »), à la place de geografija. C'est surtout depuis que la Croatie est indépendante que la tendance s’est renforcée de remplacer des mots venus de Belgrade à l'époque de la Yougoslavie. Ainsi, par exemple, odvjetnik = « avocat » est préféré à advokat.

Grammaire

Le nom

Genre des noms

Les noms croates peuvent être :
-masculins, d’habitude reconnaissables d’après leur terminaison en consonne au nominatif singulier : grad = « ville ». Il y a aussi des noms masculins terminés en -a : des prénoms masculins (Nikola), des noms de professions (vojvoda = « duc »), etc., qui se déclinent comme les féminins.
-féminins, généralement terminés en -a au nominatif singulier : ruka = « main ». Il y a également des noms féminins terminés en consonne : radost = « joie », stvar = « chose », qui constituent une classe de déclinaison à part.
-neutres, terminés en -o ou en -e au nominatif singulier : kolo = « cercle », polje = « champ », déclinés comme les masculins.

Déclinaison des noms

Le croate, langue hautement flexionnelle, se caractérise par sept cas, les noms étant groupés en quatre classes de déclinaison, d’après leur désinence au nominatif singulier. Voici la déclinaison régulière de quatre noms de deux classes de déclinaison comportant le plus grand nombre de noms. Remarques :
-L’accusatif singulier des noms masculins animés est identique à leur génitif singulier, alors que l’accusatif singulier des noms masculins inanimés est pareil à leur nominatif singulier.
-La désinence du génitif pluriel est un /-a/ de quantité longue. C’est ce qui différencie principalement le génitif pluriel du génitif singulier des noms masculins et neutres, et le génitif pluriel des féminins de leur nominatif singulier.
Fonctions des cas

L’adjectif

Catégories d’adjectifs

-qualificatifs : dobar = « bon », jutarnji = « du matin »
-de matière : drveni = « en bois »
-d’appartenance : čovjekov = « de l’homme », babin = « de (la) grand-mère ». Ces adjectifs sont formés à partir de noms, par ajout du suffixe -ov ou -ev aux masculins, et -in aux féminins.

Forme brève et forme longue

Les adjectifs peuvent avoir deux formes, brève et longue. La forme brève se caractérise par une terminaison en consonne au nominatif masculin singulier, et la forme longue – par la terminaison -i au même cas :
-bratov = « du frère » – adjectif à forme brève
-hrvatski = « croate » – adjectif à forme longue Presque tous les adjectifs qualificatifs ont les deux formes, la forme longue étant obtenue en ajoutant -i à la forme brève : bogat > bogat'i = « riche ». Dans leur cas, la forme brève est aussi appelée indéterminée (ou indéfinie), et la forme longue – déterminée (ou définie). Celle-ci correspond en français à l’adjectif utilisé en tant que nom. Exemple : Bila su dva čovjeka; jedan je bio siromašan, a drugi – bogat; siromašni je šutio, dok je bogati puno pričao. = « Il y avait deux hommes ; l’un était riche, l’autre – pauvre. Le pauvre se taisait, alors que le riche parlait beaucoup. » Les adjectifs d’appartenance n’ont qu’une forme brève, tandis que ceux terminés en -ski, -nji et -ji, ainsi que les adjectifs au comparatif et au superlatif relatif (voir ci-dessous) – une forme longue. Par conséquent, ces adjectifs peuvent être aussi bien définis qu’indéfinis.

Comparaison des adjectifs

Le comparatif de supériorité est formé avec des suffixes :
-
-ji, -ja, -je, qui provoque la yodisation (la mouillure) de la consonne finale de l’adjectif :
-pour les adjectifs monosyllabiques à voyelle longue : mlad = « jeune » > mlađi = « plus jeune »
-pour les adjectifs bisyllabiques terminés au masculin singulier en -ak, -ek ou -ok : kratak = « court » > kraći
-
-iji, -ija, - ije :
-pour les adjectifs monosyllabiques à voyelle brève : star = « vieux » > stariji
-pour les adjectifs polysyllabiques : hrabar = « courageux » > hrabriji La comparaison se construit avec la préposition od régissant le génitif : Marko je stariji od Ivana. = « Marko est plus vieux qu’Ivan. » Le superlatif relatif de supériorité s’obtient du comparatif avec le préfixe naj- : hrabriji = « plus courageux » >
najhrabriji = « le plus courageux ».

Déclinaison des adjectifs

Forme longue
Forme brève
À noter qu’au pluriel la forme brève ne diffère de la forme longue que par la place de l’accent : sur la première syllabe à la forme longue, sur la deuxième à la forme brève.

Les pronoms

Les pronoms personnels

Remarques:
- Aux cas génitif, datif et accusatif, les pronoms personnels ont une forme brève et une forme longue. Les formes brèves sont les plus fréquentes et elles sont atones (elles se prononcent liées au mot suivant, comme s’il en résultait un seul mot). Les formes longues sont accentuées, étant utilisées après les prépositions et les conjonctions, ainsi que pour insister sur la personne.
- Le pronom de politesse est Vi (écrit avec initiale majuscule).
- Le génitif est utilisé seulement avec des prépositions qui régissent ce cas : On je došao posle mene. = « Il est arrivé après moi. »
- Le pronom sebe est réfléchi. Il n’a qu’une seule personne et se réfère toujours au sujet de la phrase, de quelque personne qu’il soit : Ona govori za sebe i ja govorim za sebe. Zašto ti ne govoriš za sebe? = « Elle, elle parle pour soi et moi, je parle pour moi. Toi, pourquoi tu ne parles pas pour toi ? » Il a une forme brève uniquement à l’accusatif. C’est cette forme qu’on utilise avec les verbes pronominaux : On ide se šetati. Ja idem se šetati s njim. Hoćes li se šetati sa nama? = « Il va se promener. Je vais me promener avec lui. Tu veux te promener avec nous? »

Les pronoms-adjectifs démonstratifs

Ils s’emploient en tant qu’adjectifs et également en tant que pronoms, sans changer de forme. Ils expriment trois degrés d’éloignement, à peu près comme « ici », « là » et « là-bas » en français :
-
Ovaj = « celui-ci », ova = « celle-ci », ovo (neutre singulier), ovi = « ceux-ci », ove = « celles-ci », ova (neutre pluriel) – se réfèrent à ce qui est près du locuteur.
-
Onaj = « celui-là », ona = « celle-là », ono (neutre singulier), oni = « ceux-là », one = « celles-là », ona (neutre pluriel) – se réfèrent à ce qui est éloigné du locuteur, par exemple près d’un tiers (pas l’interlocuteur).
-
Taj, ta, to, ti, te, ta expriment l’éloignement moyen, par exemple se référant à ce qui se trouve près de l’interlocuteur.

Les pronoms-adjectifs possessifs

Comme les démonstratifs, ils s’utilisent en tant que pronoms et en tant qu’adjectifs, sans changer de forme.
-
moj = « mien », moja = « mienne », moje (neutre singulier), moji = « miens », moje = « miennes », moja (neutre pluriel)
-
tvoj = « tien », tvoja = « tienne », tvoje (neutre singulier), tvoji = « tiens », tvoje = « tiennes », tvoja (neutre pluriel)
-
njegov = « sien, à lui », njegova = « sienne, à lui », njegovo (neutre singulier), njegovi = « siens, à lui », njegove = « siennes, à lui », njegova (neutre pluriel)
-
nje(zi)n = « sien, à elle », nje(zi)na = « sienne, à elle », nje(zi)no (neutre singulier), nje(zi)ni = « siens, à elle », nje(zi)ne = « siennes, à elle », nje(zi)na (neutre pluriel)
-
naš = « nôtre » masc., naša = « nôtre » fém., naše (neutre singulier), naši = « nôtres » masc., naše = « nôtres » fém., naša (neutre pluriel)
-
vaš = « vôtre » masc., vaša = « vôtre » fém., vaše (neutre singulier), vaši = « vôtres » masc., vaše = « vôtres » fém., vaša (neutre pluriel)
-
njihov = « leur » masc., njihova = « leur », fém. njihovo – neutre singulier, njihovi = « leurs » masc., njihove = « leurs » fém., njihova (neutre pluriel)
-
svoj, svoja, svoje (neutre singulier), svoji, svoje, svoja (neutre pluriel) – déterminent (en tant qu’adjectifs) ou représentent (en tant que pronoms) l’objet (les objets) possédé(s) par le sujet de la phrase, de quelque personne qu’il soit. Exemples : Ja jedem svoj kruh, a ti jedeš svoj. = « Moi, je mange mon pain et toi, tu manges le tien. » Les autres possessifs déterminent/représentent en règle générale l’objet (les objets) possédé(s) par un autre que le sujet de la phrase.

Pronoms interrogatifs

Pronoms-adjectifs interrogatifs-relatifs

-
kakav, kakva, kakvo, kakvi, kakve, kakva : Kakvu košulju hoćeš? = « Quelle chemise veux-tu ? (de quel genre) », Kakvu hoćeš? = « De quel genre en veux-tu ? »
-
koji, koja, koje, koji, koje, koja : Koju košulju hoćeš? = « Quelle chemise veux-tu ? (parmi plusieurs) », Koju hoćeš? = « Laquelle veux-tu ? », Imam muža koji me voli. = « J’ai un mari qui m’aime. »
-
čiji, -a, -e, -i, -e, -a : Čije su ove naočale? = « À qui sont ces lunettes ? », Bio je tamo stol, čije su noge bile zabijene u zemlju. = « Il y avait là une table dont les pieds étaient enfoncés dans le sol. »

Les nombres

Particularités de la construction nombre cardinal + nom ou adjectif

-
Jedan = « un », jedna = « une », jedno (neutre) se construisent avec le nom / l’adjectif au nominatif singulier : jedan grad = « une ville ».
-
Dva = « deux », dvije (féminin), tri = « trois » et četiri = « quatre » sont suivis du nom / de l’adjectif au génitif singulier, quelle que soit la fonction syntaxique du syntagme : dva grada = « deux villes ».
-Avec pet = « cinq » et les nombres suivants, le nom / l’adjectif se met au génitif pluriel : pet gradova = « cinq villes ». Les constructions avec le nombre « un/une » et qui finissont à ces nombres, "jedan/jedna/jedno", vont avec singulier.(
jedan list) Les constructions avec les nombres « deux, trois et quatre» et qui finissont à ces nombres, ont la forme duale. (2 lista = dva lista, 22 lista = dvadeset i dva lista) Les constructions avec les nombres « cinq et plus grandes » ont la forme pluriel. (pet listova) Les constructions avec le nombre « zero », vont avec pluriel. (0 listova = nula listova, ništa listova) Il y a les constructions sans nombres, qui montront la quantité undeterminé en pluriel. (listovi)

Les noms des chiffres

Chaque chiffre a un nom du genre féminin : jedinica, dvica, trica, četvrtica, petica, etc. Exemples : Dobio sam dvicu iz matematike. = « J’ai eu deux en maths. » ; Idem osmicom. = « Je prends le (bus ligne) 8. ».

Les nombres collectifs

Ce sont dvoje = « deux », troje = « trois », četvoro = « quatre », petoro = « cinq ». Les suivants se forment de la même façon que petoro, avec le suffixe -oro. Ces nombres s’utilisent :
-avec les noms collectifs :
troje prasadi = « trois cochonnets »
-pour désigner des groupes de personnes de sexes différents : nas dvoje = « nous deux » (un homme et une femme),
osmoro učenika = « huit élèves » (filles et garçons)
-les noms d’objets utilisés par paires :
dvoje rukavice = « deux gants (formant une paire) », en opposition avec dvije rukavice = « deux gants (dépareillés) ». Avec tous ces nombres, le nom / l’adjectif se met au génitif singulier.

Les substantifs numéraux

Ces substantifs se forment avec le suffixe -ica et ne s’emploient qu’avec des noms d’êtres de sexe masculin : nas dvojica = « nous deux » (hommes), à la différence de nas dvoje = « nous deux » (un homme et une femme).

Les nombres ordinaux

Ceux-ci ont les désinences spécifiques aux adjectifs à forme longue : prvi = « premier », prva = « première », prvo – neutre, drugi = « deuxième », treći = « troisième », četvrti = « quatrième », peti = « cinquième », etc.

Le verbe

Aspects des verbes

Comme dans les autres langues slaves, l’aspect est une catégorie verbale très importante en croate.
-Un verbe imperfectif exprime le fait que l’action était, est, sera (ou qu’on veut qu’elle soit) en train de se dérouler, ou bien qu’elle est effectuée de façon répétée.
Radim svoj posao. = « Je fais mon travail. » (je suis en train de le faire, on ne sait pas depuis quand et jusqu’à quand) ; Pio sam kavu i gledao prema moru. = « Je prenais mon café et je regardais vers la mer. »
-Un verbe perfectif exprime le fait que l’action a besoin d'être terminée pour pouvoir avoir lieu, ayant lieu une seule fois : Ići ćeš se šetati samo ako završiš svoj posao. = « Tu iras te promener si seulement tu finis ton travail. »;
Popio sam kavu. Možemo ići. = « J’ai bu mon café. On peut y aller. » Le présent proprement dit n’est exprimé que par les verbes imperfectifs, dans des propositions indépendantes ou principales. Le présent des verbes perfectifs est utilisé seulement dans des propositions subordonnées. Contrairement au français, mais semblablement aux autres langues slaves, le croate a des aspects perfectif et imperfectif morphologiquement marqués (ce ne sont donc pas des aspects sémantiques mais des aspects affixaux ou grammaticaux). Alors qu'en français ce type d'aspect est déterminé par le sens seul du verbe, en croate il est indiqué par des affixes. La plupart des verbes forment alors des couples perfectif – imperfectif, les deux aspects pouvant être différenciés par quelques procédés formels :
-Préfixe provenant d’une préposition devant le verbe imperfectif, comme za- et po- dans les exemples ci-dessus, qui changent seulement l’aspect du verbe. D’autres préfixes en changent plus ou moins le sens aussi : ići = « aller » >
otići = « partir », doći = « venir ».
-Certains verbes sont perfectifs sans suffixe et imperfectifs avec le suffixe -va- placé devant le suffixe de l’infinitif -ti : prodati (perfectif) > proda'va
ti (imperfectif) = « vendre »
-D’autres verbes sont perfectifs avec un certain suffixe et imperfectifs avec un autre. Par exemple, le suffixe -i- est spécifique au perfectif, et -a- à l’imperfectif : sprem'itisprem'ati = « préparer ». Pour comparer avec le français, voir l'article aspect. La différence notable entre les deux langues est non dans le traitement des aspects, mais dans la nature de leurs indices : indices contextuels pour le français, indices morphologiques (affixes) pour le croate. Pour comparer avec les langues slaves, voir langues slaves
-les aspects.

Conjugaison

Les verbes croates sont répartis en huit classes de conjugaison, d’après la terminaison du radical du verbe et la désinence de la 3 personne du singulier. Exemple de verbe régulier de la 1 conjugaison, aux modes et aux temps les plus utilisés : Remarques :
- Les verbes irréguliers sont nombreux, ainsi que les changements phonétiques provoqués par les suffixes et les désinences (amalgame, etc.).
- L’auxiliaire du passé composé est toujours le présent du verbe être- (je)sam, (je)si, je, (je)smo, (je)ste, (je)su.
- Aux temps composés, l’adjectif verbal actif s’accorde en genre et en nombre avec le sujet.
- Aux temps composés, le verbe auxiliaire est placé après le verbe conjugé s’il est utilisé sans pronom personnel, ce qui est fréquent, puisque les désinences suffisent à exprimer la personne. Si la personne est mise en évidence, on l’exprime également par le pronom personnel et, dans ce cas, le verbe auxiliaire se met devant le verbe conjugué : Govorio je. = « Il a parlé. », mais On je govorio. = « Lui, il a parlé. » (L'expression de la personne correspond donc à la thématisation en français.) Si le verbe est nié, le verbe auxiliaire se place également devant le verbe conjugué.
- À la forme négative des verbes auxiliaires, la négation est soudée au verbe. Il y a tout de même une polémique entre linguistes croates concernant l’écriture en un seul mot ou séparée de la négation et du verbe auxiliaire du futur. Avec le verbe jesam, la négation devient ni-.
- Le conditionnel avait autrefois un passé, mais il n’en a plus. Le passé se distingue du présent par le contexte.
- Le futur se forme généralement de l’infinitif du verbe sans -i + la forme brève du verbe htjeti = « vouloir » au présent : Pjevat ćeš. = « Tu chanteras. » Mais en présence du pronom personnel sujet et à la forme négative, l’auxiliaire est détaché du verbe, qui prend dans cette situation la forme habituelle de l’infinitif : Ti ćeš pjevati. = « Toi, tu chanteras. », Nećeš (Ne ćeš) pjevati. = « Tu ne chanteras pas. »
- L’impératif négatif se forme à l’aide d’un auxiliaire spécial (nemoj) + l’infinitif.
- Le subjonctif français a pour correspondant le présent précédé de la conjonction da : Hoću da pjevaš. = « Je veux que tu chantes. ». Mais si le sujet du verbe subordonné est le même que celui du verbe régent, le verbe subordonné se met à l’infinitif (Hoću pjevati. = « Je veux chanter. »), comme en français et dans la plupart des langues slaves aussi, alors que le serbe préfère dans ce cas la construction verbe régent + da + présent. Formes moins utilisées :
-le futur antérieur, formé du présent du verbe biti + l’adjectif verbal actif : budem tresao = « j’aurai secoué »
-le passé simple : tresoh = « je secouai ». Seul le passé simple de biti est fréquent, mais seulement pour former le conditionnel.
-l’imparfait : tresijah = « Je secouais. » Il est employé seulement dans la langue littéraire. À la place de l’imparfait on utilise le passé composé des verbes imperfectifs.
-le plus-que-parfait, formé de l’imparfait du verbe biti + l’adjectif verbal actif : bejah pisao, ou du passé composé de biti + l’adjectif verbal actif : bio sam pisao = « j’avais écrit ».

Prépositions

La plupart des prépositions sont utilisées avec un seul cas :
-avec le génitif : blizu = « à proximité de », do = « jusqu’à », duž = « le long de », ispod = « au-dessous de », ispred = « devant », iz = « de », iza = « au-delà de, derrière », između = « entre », iznad = « au-dessus de », kod = « près de, auprès de », pored = « à côté de », poslije = « après », prije = « avant », protiv = « contre », radi = « dans le but de », umjesto = « à la place de », usred = « au milieu de », zbog = « à cause de » ;
-avec le datif : k(a) = « vers » ;
-avec l’accusatif : kroz = « à travers, par-dessus », niz(a) = « vers le bas de », uz(a) = « près de, à côté de, avec, aux côtés de, etc. » ; avec le locatif : pri = « près le/la/les », prema = « vers » (plus souvent que k(a) dans ce sens) ; Certaines prépositions régissent deux cas, voire trois, en fonction de leur sens ou de la nature du verbe régent. Remarque : Certaines prépositions ont un -a mobile utilisé pour rendre la prononciation plus facile (euphonie) lorsque le mot suivant commence par la même consonne que la dernière consonne de la préposition, par une consonne du même type, ou par un groupe de consonnes : s majkom = « avec la mère », mais sa sestrom = « avec la sœur » ; pred tobom = « devant toi », mais preda mnom = « devant moi ».

Particules

La particule est considérée comme une partie du discours à part dans les grammaires du croate. C’est un mot invariable, mais cela peut aussi être un énoncé figé, indiquant une attitude du locuteur : le doute, la certitude, le souci, le souhait, etc. Beaucoup de ces mots ont pour équivalents français des adverbes.
-particules interrogatives : Dolaziš li sutra? = « Tu viens demain ? » ; Zar ne možeš doći na vrijeme? = « Tu ne peux pas venir à l’heure ? »
-particules impératives : Prestani već s tim plakanjem! = « Arrête une bonne fois de pleurer! »
-particules affirmatives : Da. = « Oui. », Kako da ne! = « Mais comment donc! »
-particules négatives : Ne. = « Non. », Ni ja tu ništa ne mogu učiniti. = « Moi non plus je ne peux rien y faire. »
-particules de précision : Baš meni se to moralo dogoditi! = « Ça ne pouvait m’arriver qu’à moi! »
-particules modales : Možda nije došao. = « Il n’est peut-être pas venu. »
-particules démonstratives : evo, eto, eno = « voici, voilà ». Elles expriment trois degrés d’éloignement, comme les pronoms-adjectifs démonstratifs.

Ordre des mots

Bien que l'ordre des mots y soit assez libre, le croate reste une langue SVO : sujet + verbe (+ complément) : Žene idu na tržnicu. = « Les femmes vont au marché. », Dalmacija je lijepa regija. = « La Dalmatie est une belle région. » Les mots atones suivent toujours un mot tonique. C’est à dire que la phrase ne peut pas commencer par un mot atone. Exemples :
-les formes brèves des verbes auxiliaires : Radit ću. = « Je travaillerai. », Ja ću raditi. = « Moi, je travaillerai. »
-les formes atones des pronoms personnels : Dajem ti nešto. = « Je te donne quelque chose. », Ja ti dajem nešto. = « Moi, je te donne quelque chose. »
-la particule interrogative li: Radiš li? = « Tu travailles ? », Je li radiš? = « Est-ce que tu travailles ? » Enfin, généralement, l’épithète précède le nom qu’il qualifie.

Bibliographie

JOLIĆ, Borjanka, LUDWIG, Roger, Le serbo-croate sans peine, Chennevières, Assimil, 1972

Dictionnaires

- Jean Dayre, Mirko Deanović, Rudolf Maixner, Dictionnaire croate-français, Dominović, 1996 (réimpression), ISBN 953-6006-22-7
- Valentin Putanec, Dictionnaire français-croate, 9 édition, Školska knjiga, 2003, ISBN 953-0-40402-6 ==
Sujets connexes
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