Ambroise Louis Garneray

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Peintre de la Marine, Ambroise Louis Garneray (1783-1857), connut une vie d’aventurier. Corsaire avec Surcouf et Dutertre, il fut huit ans prisonnier des Britanniques. Peintre, dessinateur et graveur, il fut aussi écrivain, précurseur du roman d'aventure maritime.
Ambroise Louis Garneray

Peintre de la Marine, Ambroise Louis Garneray (1783-1857), connut une vie d’aventurier. Corsaire avec Surcouf et Dutertre, il fut huit ans prisonnier des Britanniques. Peintre, dessinateur et graveur, il fut aussi écrivain, précurseur du roman d'aventure maritime.

Biographie

Le marin

Ambroise Louis Garneray est né à Paris (rue Saint-André-des-arts, dans le quartier latin) le 9 février 1783. Il est le fils aîné de Jean-François Garneray (1755-1837), peintre du roi, qui fut élève de Jacques-Louis David. A l’âge de treize ans, il s’engage dans la marine comme pilotin à l'incitation de son cousin, Beaulieu-Leloup, capitaine de la frégate La Forte et embarque à Rochefort pour donner corps à ses rêves d’aventures et de gloire. Il part pour l’océan Indien avec la division de frégates Sercey à laquelle appartient la Forte. Toute sa carrière maritime se déroule dans l’océan Indien avec l’île de France (actuellement l’île Maurice) et accessoirement l’île Bourbon (la Réunion) comme bases. Il participe aux différentes campagnes de la division Sercey et connaît son baptême du feu lors de la bataille contre les vaisseaux de ligne Arrogant et Victorious. Il sert ensuite en 1798 sur la corvette Brûle Gueule qui croise en compagnie de la frégate la Preneuse. Au retour de la croisière, il participe au second combat de la Rivière Noire où les deux modestes bâtiments français réussissent à repousser deux vaisseaux anglais. En 1799, il est timonier et « premier peintre du bord » sur la Preneuse sous les ordres du capitaine Jean-Matthieu-Adrien Lhermitte. La frégate est la dernière force officielle française de tout l'océan Indien. Cette croisière va de catastrophe en désastre, malgré un combat exceptionnel contre le vaisseau anglais le Jupiter. Au retour à l'île de France, alors que son équipage est décimé par le scorbut, la Preneuse échouée et démâtée doit se rendre aux forces anglaises faisant le blocus de l'île. Garneray échappe à la captivité en regagnant la côte à la nage. Malgré le désastre de la campagne, Garneray gardera une admiration sans borne et une grande amitié pour le capitaine Lhermitte qu'il continuera à visiter jusqu'à la mort de celui-ci en 1826. Garneray : Prise du Kent par Surcouf Faute de navires officiels, il s’engage sur la Confiance de Surcouf comme enseigne, d’avril à décembre 1800. Il participe à la prise à l'abordage du Kent, l’exploit le plus célèbre du corsaire, en octobre 1800. Ce sera la seule occasion pour laquelle Garneray gagnera un peu d’argent en tant que marin. Au retour, malgré ses dénégations peu crédibles dans ses mémoires écrites bien des années plus tard alors que la Traite est interdite, il investit ses parts de prise dans un bâtiment négrier l'Union sur lequel il est capitaine en second. Il navigue sur différents navires marchands pendant la paix d'Amiens puis sert à la reprise de la guerre sur un cotre, le Pinson basé à l'île Bourbon. Il remplace le commandant décédé, mais fait naufrage peu après. Il sert ensuite sur le corsaire le Tigre du Bengale et enfin sur la frégate l'Atalante attachée à l'escadre Linois. Il est ensuite sur la Belle Poule prise en mars 1806 en même temps que le vaisseau le Marengo, alors que Linois essaie de regagner la France. Blessé, il est conduit en Angleterre et passe les huit années suivantes dans l'enfer des pontons en rade de Plymouth : successivement sur le Protée, la Couronne et la Vengeance. Il met cet enfermement à profit pour peindre, ce qui lui permet d’améliorer son ordinaire, grâce aux commandes d’un marchand de tableaux britannique. :Citation : « Excepté la piraterie, je crois que j'ai pratiqué à peu près tous les genres de navigation ».

Le peintre

Garneray : Retour de l'île d'Elbe En 1814 la guerre prend fin, libéré le 18 mai, à son retour du Royaume-Uni il ne trouve pas d’emploi dans la marine commerciale et reste à Paris où il se consacre à la peinture. Probablement grâce à l'un de ses frères, lui-même peintre et graveur et qui a ses entrées dans l'entourage de l’Empereur de retour, il reçoit sa première commande officielle : la rencontre de l'Inconstant et du Zéphir, anecdote du retour de l'île d'Elbe. En fait il ne réalisera cette toile qu'en 1834, car il juge plus opportun dans l’immédiat de la Seconde Restauration de peindre une « Descente des émigrés français à Quiberon » qui lui permet d’exposer au Salon d'automne 1815. Il sera toutes les années suivantes un habitué de ce Salon. Employé par le duc d’Angoulême, alors grand amiral de France, il devient par concours son peintre attitré en 1817. Il est de ce fait le premier peintre officiel de la Marine, corps qui ne sera constitué que quelques années plus tard avec Gudin et Hué, corps qui existe toujours au sein de la marine nationale. Entre 1821 et 1830, il se rend dans de nombreux ports de France où il réalise d’innombrables croquis qui serviront de base à des gravures ou des toiles. En 1833, il est nommé directeur du musée de Rouen. Puis il intègre la Manufacture nationale de Sèvres. Il développe dans les années 1830 un nouveau procédé de peinture, l'aquatinte et développe aussi une importante activité de gravure. Dans les années 1840, sa renommée semble s'être estompée et il perd la plupart de ses appuis politiques et vit assez pauvrement. Proche de Napoléon III, dont il avait participé au coup d'état râté de Strasbourg, il connait un bref retour de gloire au début du Second Empire: il reçoit la Légion d'honneur en 1852 des mains du vice amiral Bergeret et est même reçu par l'Empereur. Garneray : Vue de Gênes (1810 ca.) Atteint d’un tremblement qui l’empêche d’écrire et qui complique son travail de peintre, il meurt à Paris en 1857, quelques mois seulement avant le mystérieux assassinat de son épouse. Garneray est inhumé au cimetière Montmartre, où l’un de ses proches lui a consacré une stèle sculptée de motifs rappelant divers aspects de sa vie (entre autres une palette de peinture, un mat de bateau et la médaille de la Légion d'honneur). L’œuvre picturale de Garneray se compose de 141 tableaux, 176 gravures et 22 aquarelles. Une partie de ses travaux est directement inspirée par sa vie aventureuse, telle la toile « La prise du Kent par Surcouf », l’autre entre dans le cadre de sa fonction de peintre de la marine, dans la droite ligne de Claude Joseph Vernet et Nicolas Ozanne. Il réalise notamment 64 vues de ports français et 40 vues de ports étrangers (gravures), suite aux voyages effectués dans les années 1820. Certaines d’entre elles sont données à la Chambre de Commerce de Paris par l’industriel chocolatier Meunier. Ses deux frères Hippolyte et Auguste, ainsi que sa sœur Pauline, ont également pratiqué la peinture, dans une moindre mesure. Cela explique les variations de signatures (tantôt Garneray, tantôt Garnerey), qui devaient servir à distinguer l'un ou l'autre des membres de cette dynastie de peintres.

L’écrivain

De ses aventures maritimes, il a fait des récits fougueux qui en font l’un des précurseurs du roman d’aventure maritime. Batailles, abordages, navires coulés, il décrit aussi la vie à bord que ce soit en tant que marin de la Royale ou en tant que corsaire ; mémoires également si soucieux de vérité qu'ils ne parurent au que sous des éditions édulcorées. Ses ouvrages, dans leur version la plus authentique, comblent les attentes de tout amateur de biographies héroïques et d'histoire maritime La vie des prisonniers français sur les pontons britanniques sera aussi décrite. Dès son séjour à Rouen, il commence à publier quelques articles sur ses souvenirs de mer et de captivité. Il adresse au ministère de l’Éducation en 1847 une série de récits manuscrits qu’il a rédigé à partir de ses propres souvenirs ainsi que d’histoires d’autres marins dont il avait eu connaissance dans l’océan Indien, pour qu’il en soit fait usage pour « l’édification de la jeunesse ». Le ministère lui adresse un refus poli. Sa célébrité posthume viendra d’éditeurs qui, dans les années 1860, poussés par la mode des mémoires plus ou moins apocryphes de combattants de la Révolution et de l’Empire, récupèrent ses manuscrits et les publient en trois volumes sous le titre Aventures et Combats, non sans réécriture partielle – Edouard Corbière est soupçonné d’avoir été l’un des « nègres » – quitte à rajouter quelques éléments rocambolesques : l’invraisemblable empoisonnement de Lhermitte à l'île de France, anecdote fantaisiste reprise par nombre de biographies sommaires du capitaine (il souffrit en fait de 1798 à sa mort d'une maladie tropicale, probablement une forme aiguë de paludisme) et la tortueuse histoire de la mort de Kernau par exemple ou à attribuer à Garneray des anecdotes survenues à d’autres personnages (le naufrage de l’Amphitrite) que, certes Garneray avait probablement consignées mais rien ne prouve qu’il se les étaient appropriées. D’où une réputation de manque de sérieux de ces mémoires. Pourtant, ses écrits, « sentant fort le goudron », tout au moins sur les années 1796 – 1800 et son très émouvant Mes Pontons constituent un témoignage irremplaçable sur la vie à bord d’une frégate, sur les combats de la campagne de Sercey, sur la vie à l’île de France, sur les croisières de la Preneuse et de la Confiance et sur l’enfer insalubre des mortels pontons anglais. Si sa vision des événements est parfois un peu naïve, tout au plus peut-on lui reprocher d’être parfois, de son poste sur la dunette, quelque peu « Fabrice à Waterloo ». Après tout un pilotin de 13 ans ou un aide timonier de 16, ne sont pas censés être dans le secret des États-majors, même si son éducation – il savait lire, ce qui n’était pas si fréquent sur un navire de guerre à la fin du – et son talent naissant de peintre lui ont permis d’entretenir des relations avec certains officiers et capitaines et d’être considéré au dessus de son rang de simple matelot. Ses aventures, écrites, réécrites, remaniées, édulcorées dans des éditions pour la jeunesse en font l’un des précurseurs du roman d’aventure maritime.
- Corsaire de la République, Voyages, aventures et combats, Paris, Phébus, 1984 ; Rééd. Payot, 1991
- Le Négrier de Zanzibar, Voyages, aventures et combats, Paris, Phébus, 1985 ; Rééd. Payot, 1992
- Un Corsaire au bagne. Mes pontons, Paris, Phébus, 1985 ; Rééd. Payot, 1992 Diverses éditions pour la jeunesse :
- Un Corsaire de quinze ans,
- Un Marin de Surcouf
- Les Naufragés du Saint Antoine

Sources

- Laurent Manoeuvre, Louis Garneray, peintre, écrivain, aventurier, éditions Anthèse, 1980, . Catégorie:Corsaire Catégorie:Écrivain français du XIXe siècle Catégorie:Peintre français Catégorie:Naissance en 1783 Catégorie:Décès en 1857 Catégorie:Littérature maritime de:Ambroise Louis Garneray
Sujets connexes
Années 1840   Années 1860   Aquatinte   Charles Alexandre Léon Durand de Linois   Claude Joseph Vernet   Corsaire   Dutertre   Empire   Frégate (navire)   Jean-François Garneray   Jean-Matthieu-Adrien Lhermitte   Légion d'honneur   Manufacture nationale de Sèvres   Ministère de l'Éducation nationale   Montmartre (Seine)   Napoléon III   Napoléon Ier   Océan Indien   Paix d'Amiens   Paludisme   Paris   Peintre de la Marine   Pierre César Charles de Sercey   Plymouth (Angleterre)   Robert Surcouf   Rochefort (Charente-Maritime)   Rouen   Royaume-Uni   Révolution   Salon d'automne   Second Empire   Timonier   Traite  
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