Michel Foucault

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Paul Michel Foucault, né le 15 octobre 1926 à Poitiers et mort le 26 juin 1984 à Paris, est un philosophe français. Il fut, entre 1970 et 1984 titulaire d'une chaire au Collège de France à laquelle il donna le titre dHistoire des Systèmes de Pensée.
Michel Foucault

Paul Michel Foucault, né le 15 octobre 1926 à Poitiers et mort le 26 juin 1984 à Paris, est un philosophe français. Il fut, entre 1970 et 1984 titulaire d'une chaire au Collège de France à laquelle il donna le titre dHistoire des Systèmes de Pensée.

Biographie

Foucault résista à l'expérience biographique, insistant sur le fait que sa personnalité ne pouvait que se transformer, devenir autre et sur l'importance de se "déprendre de soi-même." Cf. introduction à l'Archéologie du savoir: "qu'on ne me demande pas de rester à la même place", c'est là "une morale d'état civil" , et qu'il ne pouvait dès lors exister publiquement que par l'intermédiaire de ses propres écrits, cette position rejoignant ses travaux sur la notion d'auteur Cf. « Qu'est-ce qu'un auteur ? » (1969), Dits et Écrits, Paris, Gallimard, 1994, t. 1 Aussi, dans son testament, rédigé deux années avant sa mort, il note : « Pas de publication posthume » . On pourrait au contraire soutenir qu'écrire « Pas de publication posthume » (souhait qui n'a pas été respecté puisqu'on publie ses cours au Collège de France) est typiquement l'acte d'un auteur (qui exerce son autorité sur son œuvre), ce qui est cohérent avec ses analyses réelles sur la notion d'auteur, dans lesquelles il montre comment la fonction-auteur est apparue et s'est imposée comme figure nécessaire. Pour ce qui est de la « biographie », il insista également, à de nombreuses reprises, sur le fait que tous ses livres étaient liés à ses expériences personnelles, et qu'on pouvait les lire comme autant de « fragments d'autobiographie ». Il est d'ailleurs bien évident (la suite du présent article l'atteste suffisamment) que son œuvre s'est développée dans un rapport étroit à sa vie, et qu'elle aura été, pour une bonne part, un travail de réflexion sur soi et de transformation de soi.

Premières années

Paul-Michel Foucault est né en 1926 à Poitiers, dans une famille de notables de province. Son père, Paul Foucault, est un chirurgien éminent qui a de grandes espérances de voir son fils le rejoindre dans cette profession. À l'inverse, c'est son frère Denys, de sept ans son cadet, qui épousa la profession du père, Michel lui, étant très rapidement attiré par l'Histoire. Il faut noter ici qu'il abandonna plus tard le « Paul » de son nom pour des raisons qui demeurent toujours inconnues. Durant sa jeunesse, son éducation est un mélange de succès et de résultats médiocres, jusqu'à son entrée à la Société des Jésuites, au collège Saint-Stanislas où bientôt il excelle. Après la guerre et l'occupation allemande, Foucault échoue une première fois au concours d'entrée à l'École normale supérieure (ENS), rue d'Ulm à Paris, et entre en khâgne au lycée Henri-IV. Il est finalement reçu à l'ENS en 1946.

À l'École normale supérieure

La vie quotidienne de Foucault à l'École normale est difficile et mouvementée ; il souffre de dépression grave, marquée par deux tentatives de suicide (1948 et 1950). Il est amené à voir un psychiatre, le Dr Gaillot, pendant une courte période. Il développe d'ailleurs à la même période une fascination pour la psychologie. Ainsi, en plus de sa licence en philosophie à la Sorbonne, il obtient une licence en psychologie en 1947, dont la chaire venait tout juste d'être créée. Il participe alors très vite à la branche clinique de cette discipline où il est amené à côtoyer différentes personnalités, dont Ludwig Binswanger. Comme de nombreux autres normaliens de cette époque, Foucault adhère au Parti communiste français, mais pour une courte période seulement, de 1950 à 1953. Il y adhère suivant ainsi les pas de son mentor de l'époque, Louis Althusser. Lorsqu'il quitte le parti, c'est sur la base des informations qui commençaient alors à filtrer sur la situation réelle et du Goulag en Union soviétique, sous la dictature de Staline. À l'inverse de la plupart des membres du parti, Foucault ne participa jamais très activement à sa cellule. En 1951, il est reçu à l'agrégation de philosophie, après avoir essuyé un échec l'année précédente.

Début de carrière

Tout en occupant un poste de répétiteur à l'École normale, il accepte un poste d'assistant à l'Université de Lille, où de 1953 à 1954 il enseigne la psychologie. À noter que c'est à cette époque qu'il se lie avec le compositeur Jean Barraqué. En 1954 Foucault publie son premier livre, Maladie mentale et personnalité, un travail commandé par Althusser et qu'il désavoua par la suite. Il lui devient rapidement apparent qu'il n'est pas intéressé par une carrière d'enseignant, et il entreprend alors un long exil de France. La même année, il accepte donc un poste à l'Université d'Uppsala en Suède en tant que conseiller culturel (une position qui fut arrangée pour lui par Georges Dumézil, qui devint par la suite un ami et mentor). C'est fin 1958 qu'il quitte la Suède pour Varsovie. Il y est chargé de la réouverture du Centre de civilisation française. En 1959, il finit par être inquiété par la police de Gomulka qui s'alarme de ses travaux et fréquentations, et qui exige son départ. Foucault retourne en France en 1960 pour finir sa thèse et occuper un poste de philosophie à l'Université de Clermont-Ferrand. C'est là qu'il rencontre Daniel Defert, qui resta son compagnon jusqu'à la fin de ses jours. En 1961 il obtient son doctorat en soutenant deux thèses (comme il était de coutume à l'époque), l'une dite thèse mineure et intitulée Kant, Anthropologie, rapportée par Jean Hyppolite, l'autre dite thèse d'État intitulée Folie et Déraison. Histoire de la folie à l'âge classique, et rapportée par G. Canguilhem et D. Lagache. Folie et Déraison est très bien accueilli et Foucault reste très prolifique. Fils de médecin, il s'intéresse à l'épistémologie de la médecine et publie en 1963 Naissance de la clinique : une archéologie du savoir médical, Raymond Roussel, ainsi qu'une réédition de son livre de 1954 (sous un nouveau titre, Maladie mentale et psychologie), qu'il désavoua à nouveau par la suite. Au début de cette année il est entré avec Roland Barthes et Michel Deguy au premier "Conseil de rédaction" de la revue Critique auprès de Jean Piel qui reprend la direction de la revue après la mort de Georges Bataille. Suite à l'affectation de Defert en Tunisie pour la durée de son service militaire, Foucault s'y installe lui aussi et prend un poste à l'Université de Tunis en 1965. En janvier, il est nommé à la Commission de réforme des universités mise en place par le ministre de l'éducation de l'époque, Christian Fouchet, et l'on parle alors d'une possible nomination au poste de sous-directeur des enseignements supérieurs. Il semble cependant qu'une enquête menée sur sa vie privée par certains universitaires soit à l'origine de sa non-nomination. En 1966 il publie Les Mots et les Choses, qui connaît immédiatement un immense succès. À l'époque, l'engouement pour le structuralisme est à son paroxysme, et Foucault se retrouve très rapidement rattaché à des chercheurs et philosophes tels que Jacques Derrida, Claude Lévi-Strauss et Roland Barthes, alors perçus comme la nouvelle vague de penseurs prêts à renverser l'existentialisme et l'intellectuel total incarné par Jean-Paul Sartre. Nombre des débats, échanges et interviews impliquant Foucault se font alors les échos de l'opposition entre l'humanisme, et de son affranchissement par l'étude des systèmes et de leurs structures. Cependant Foucault se lassa bien vite de cette étiquette de « structuraliste ». Il faut noter que cette année 1966 est celle d'une effervescence sans pareille dans les sciences humaines : Lacan, Lévi-Strauss, Benveniste, Genette, Greimas, Doubrovsky, Todorov et Barthes publient certains de leurs ouvrages les plus importants. Foucault se trouve toujours à Tunis pendant les événements de mai 1968, où il est très profondément ému par la révolte des étudiants tunisiens, la même année. À l'automne 1968 il revient en France où il publie L'Archéologie du savoir, une réponse à ses critiques, en 1969.

Post-1968 : Foucault l'activiste

Dès la fin des événements de 1968 le gouvernement décide de la création d'une université expérimentale à Vincennes. Foucault y prend la direction du département de philosophie. En décembre de cette même année, il y invite en majorité des jeunes universitaires de gauche. Du radicalisme de l'une d'entre eux, la philosophe Judith Miller, résulte le retrait de son accréditation au département par le Ministère de l'Éducation. Foucault se joint alors aux étudiants qui en représailles occupent les bâtiments administratifs du campus, et affrontent la police. La position de Foucault à Vincennes fit long feu lorsque dès 1970 il est élu au Collège de France, l'institution la plus prestigieuse du corps académique, comme professeur d’
Histoire des systèmes de pensée, un titre choisi par lui. L'Ordre du discours, qui paraît en 1971, constitue sa leçon inaugurale. Son engagement politique s'est alors accru, Daniel Defert s'étant joint à la Gauche prolétarienne, mouvement maoïste non léniniste, devenu clandestin. C'est à la suite d'une grève de la faim de certains de ses militants (pour obtenir le statut de prisonniers politiques) que Foucault fonde le Groupe d'Information sur les Prisons (GIP) pour permettre aux prisonniers de s'exprimer sur les conditions de leur incarcération (des militants ont fait entrer des questionnaires clandestinement dans les prisons). En juillet 1970, après de multiples publications et investigations du GIP, la presse quotidienne et les radios sont autorisées dans les prisons. En novembre 1972, il met sur pied, avec Serge Livrozet qui sort de prison et dont il préfacera l'essai De la prison à la révolte, le Comité d'action des prisonniers (CAP). La réflexion de Foucault attachée à cette expérience se retrouve alors dans son livre Surveiller et punir, qui paraît en 1975. C'est une étude des structures des micro-pouvoirs qui se développèrent dans les sociétés occidentales au , avec un regard approfondi sur les prisons et les Écoles. Sa participation au débat au sujet de la la loi de la pudeur fut un autre temps fort de son activisme politique. En 1977, lorsqu'une commission du Parlement français discuta de la réforme du Code pénal français, il a signé une pétition, avec Jacques Derrida et Louis Althusser Voir , parmi tant d'autres, demandant l'abrogation de certains des articles de la loi pour dépénaliser toutes les relations consenties entre adultes et mineurs en dessous de quinze ans (l'âge du consentement en France). Il estimait que le système pénal était en train de remplacer la punition d'actes criminels par la création d'une figure d'individu dangereux pour la société (sans se soucier d'un délit réel) et prédisait qu'une « société de dangers » adviendrait, lorsque la sexualité deviendrait une sorte de « danger errant », une « illusion ». Il a souligné que ce serait possible grâce à l'établissement d'un « nouveau pouvoir médical », intéressé par les profits provenant du traitement de cet « individu dangereux » Voir Michel Foucault, Dits et Écrits, Paris, Gallimard, 1994, t. 3, p. 766-76 (ou voir version en ligne : ).

Foucault : les dernières années de sa vie

À la fin des années 1970 le militantisme politique est en recul, notamment avec le désillusionnement de nombre des militants de gauche, certains d'entre eux prenant un virage idéologique à 180°, formant les Nouveaux Philosophes, et citant bien souvent Foucault comme ayant été l'une de leurs sources d'influence majeures, un statut que Foucault lui même ne se reconnaissait pas complètement. C'est durant cette période que Foucault se met à l'écriture d'un projet d
Histoire de la sexualité dont il publiera trois volumes, au lieu des six initialement prévus. Le premier volume de cette étude, La Volonté de savoir, paraît en 1976. Les deuxième et troisième volumes, L'Usage des plaisirs et Le Souci de soi ne parurent que huit ans plus tard, et surprennent les lecteurs par leur style relativement traditionnel, leur sujet (les textes classiques latin et grecs) et leur approche, en particulier l'attention que Foucault porte au sujet, concept qu'il avait jusqu'alors négligé. Foucault passe alors de plus en plus de temps aux États-Unis, à SUNY Buffalo (où il avait donné une conférence lors de sa première visite aux États-Unis en 1970), et plus précisément à l'université de Berkeley où les étudiants assistent en très grand nombre à ses conférences. Fin 1978 il se rend à Téhéran précipitamment, après le massacre de la place Jaleh. À son retour il rédigea plusieurs articles enthousiastes quant à la Révolution iranienne ; une chaude polémique s'ensuivit. Plus tôt dans l'année il a voyagé au Japon pour la seconde fois, exprimant un intérêt pour « les limites de la rationalité occidentale » (à noter qu'il ajoute « Question qu'il est inévitable de poser parce que le Japon n'est pas en opposition à la rationalité occidentale »). De 1970 à avril 1984 il poursuit ses cours au Collège de France, y étudiant les principes de gouvernementalité, et la biopolitique (cours 1978 et 1979), puis à partir de 1983 sur Le gouvernement de soi et des autres, sur la parrhésia. Il est hospitalisé à Paris début juin 1984, et décède le 25, d'une maladie opportuniste liée au virus VIH. Ce sont d'ailleurs les mensonges et les malentendus autour de sa mort qui ont poussé Daniel Defert à créer la première association française de lutte contre le SIDA, AIDES . Dans son livre À l'ami qui ne m'a pas sauvé la vie, Hervé Guibert, un des amis de Michel Foucault (surnommé "Muzil" dans l'ouvrage), y évoquera sa maladie, sa mort et son refus de publications posthumes.

Philosophie

Thèmes

Foucault est généralement connu pour ses critiques des institutions sociales, principalement la psychiatrie, la médecine, le système carcéral, et pour ses idées et développements sur l'histoire de la sexualité, ses théories générales concernant le pouvoir et les relations complexes entre pouvoir et connaissance, aussi bien que pour ses études de l'expression du discours en relation avec l'histoire de la pensée occidentale, et qui ont été très largement discutées, à l'image de « la mort de l'homme » annoncée dans Les Mots et les Choses, ou de l'idée de subjectivation, réactivée dans Le Souci de soi d'une manière toujours problématique pour la philosophie classique du sujetPour une définition du concept de subjectivation, voir par Danilo Martucelli. Son travail de philosophe est indissociable de ses prises de position sur l'actualité, et d'une problématisation permanente des identités collectives et des dynamiques politiques de mouvement - en particulier à partir du mouvement gay. Il semble alors que, plus qu'à une "identité" par définition statique et objectivée, Foucault s'intéresse aux "modes de vie" et aux processus de subjectivation.

Affiliation philosophique

Si son œuvre est souvent qualifiée de post-moderniste ou post-structuraliste par les commentateurs et critiques contemporains, il fut lui-même plus souvent associé au mouvement structuraliste, surtout dans les années qui suivirent la publication des Mots et les Choses : bien qu'il ait initialement accepté cette affiliation, il marqua par la suite sa distance vis-à-vis de l'approche structuraliste, expliquant qu'à l'inverse de celle-ci, il n'avait pas adopté une approche formaliste. Il n'acceptait pas non plus de voir le label post-moderniste appliqué à ses travaux, déclarant qu'il préférait plutôt discuter de la manière de définir la « modernité » elle-même. Son affiliation intellectuelle peut être rattachée à la manière qu'il avait lui-même de définir les fonctions de l'intellectuel : non pas garant de certaines valeurs, mais préoccupé à voir et dire, suivant un modèle intuitif de réaction à « l'intolérable ».

L'idée d'une microphysique du pouvoir fondée sur l'analyse historienne

Michel Foucault est connu pour avoir mis en lumière certaines pratiques et techniques de la société par ses institutions à l'égard des individus. Il note la grande similitude dans les modes de traitements accordés ou infligés à de grands groupes d'individus qui constituent les frontières du groupe social : les fous, les condamnés, certains groupes d'étrangers, les soldats et les enfants. Il considère que finalement, ils ont en commun d'être regardés avec méfiance et exclus, par un enfermement en règle dans des structures fermées, spécialisées, construites et organisées sur des modèles similaires (asiles, prisons, casernes, écoles) inspirés du modèle monacal, ce qu'il a appelé « institution disciplinaire ». Refusant l'abstraction et les généralités, Michel Foucault s'est efforcé, dans la grande majorité de ses travaux, de se limiter :
- à des problèmes concrets (la folie, l'emprisonnement, la clinique…) ;
- dans un cadre géographique très déterminé (la France, l'Europe, voire l'Occident) ;
- à des cadres historiques précis (l'âge classique, la fin du , l'Antiquité grecque, etc.). Pourtant ses observations permettent de dégager des concepts excédant ces limites dans le temps et dans l'espace. Elles conservent ainsi une grande actualité, c'est pourquoi beaucoup d'intellectuels – dans une grande diversité de domaines – peuvent de se réclamer de Foucault aujourd'hui. C'est par exemple en étudiant la mutation des techniques pénales à la fin du qu'il peut analyser l'émergence d'une nouvelle forme de subjectivité constituée par le pouvoir : ce que l'on observe dans les marges se construit au centre. De la même façon, c'est en étudiant les mutations des disciplines scientifiques à la fin du qu'il dégage la constitution de la notion d'« homme ». En ceci, quoiqu'il se revendiquât essentiellement historien, pour la rigueur et la scientificité de cette discipline, il est indéniablement philosophe dans la mesure où les enquêtes qu'il mène sont l'occasion de dégager des concepts dont la portée dépasse les circonstances très précises qu'il a étudiées, comme c'est le cas pour l'approche de la folie Voir « Aux sources de l' Histoire de la folie : une rectification et ses limites » sur le site de Pierre Macherey, rubrique .

L'hypothèse du biopouvoir

Ce regard historique ne doit pas méprendre. L'ontologie foucaldienne est une expérience, une prudence, un exercice sur les butées de notre présent, l'expérimentation de nos limites « L'histoire selon Foucault nous cerne et nous délimite, elle ne dit pas ce que nous sommes, mais ce dont nous sommes en train de différer, elle n'établit pas notre identité, mais la dissipe au profit de l'autre que nous sommes. Bref, l'histoire est ce que nous sépare de nous-mêmes, ce qui s'oppose au temps comme à l'éternité, ce que Nietzsche appelait l'inactuel ou l'intempestif, ce qui est in actu. » (Gilles Deleuze, « La vie comme œuvre d'art », Pourparlers, Minuit, 1990, p.130), la forme patiente de « notre impatience à la liberté », qui explique l'intérêt qu'il portait au thème du rapport de pouvoir entre l'institutionnel et l'individu – aussi bien qu'à une certaine idée de la subjectivation. Ce pouvoir fonde la constitution de savoirs et est à son tour fondé par eux : c'est la notion de « savoir-pouvoir ». : « Il n'y a pas de relations de pouvoir sans constitution corrélative d'un champ de savoir, ni de savoir qui ne suppose et ne constitue en même temps des relations de pouvoir... Ces rapports de "pouvoir-savoir" ne sont donc pas à analyser à partir d'un sujet de connaissance qui serait libre ou non par rapport au système de pouvoir ; mais il faut considérer au contraire que le sujet qui connaît, les objets, sont autant d'effets de ces implications fondamentales du pouvoir-savoir… »Il faut défendre la société ») Dans cette ontologie tout à la fois généalogique, critique et archéologique Voir André Scala, « Notes sur l'actualité, le présent et l'ontologie chez Foucault », Les Cahiers de Philosophie, n°13, 1991 , les travaux consacrés à des problèmes très concrets sont indissociables de ceux qui portent sur les « formations discursives » (Les Mots et les Choses, L'Archéologie du savoir et L'Ordre du discours), tout comme le sens du racisme, au-delà de ses significations particularisées, est indissociable de l'avènement des sciences humaines, – ce que nous apprend « Il faut défendre la société » (1975-1976) Voir par Frédéric Keck. L'adage de L'Ordre du discours« Remettre en question notre volonté de vérité ; restituer au discours son caractère d'événement ; lever enfin la souveraineté du signifiant » – vaut ainsi comme un avertissement contre les écueils psychologisants de la problématisation bi-face du rapport à soi et du rapport au présent. Problématisation qui n'est pas à la poursuite des essences ou des origines, mais « des foyers d'unification, des nœuds de totalisation, des processus de subjectivation, toujours relatifs », selon la formule de Gilles Deleuze dont Foucault a été, intellectuellement aussi bien que personnellement, proche Si le rapprochement entre les deux philosophes n'exclut pas certains désaccords (sur les Nouveaux Philosophes ou encore la Révolution iranienne), « prendre les choses là où elles poussent, par le milieu » caractériserait selon Deleuze leur conception commune de la philosophie, manifeste par exemple dans leur correspondance (voir ).. Dans la seconde moitié des années 1970, il s'est ainsi intéressé à ce qui lui semblait une nouvelle forme d'exercice du pouvoir (sur la vie), qu'il a appelé biopouvoir (concept repris et développé depuis par François Ewald, Giorgio Agamben, Judith Revel et Antonio Negri, notamment), indiquant le moment où, autour du , la vie - non seulement biologique mais entendue comme l'existence tout entière: celle des individus et comme celle des populations, la sexualité comme les affects, l'alimentation comme la santé, les loisirs comme la productivité économique – entre comme telle dans les mécanismes du pouvoir et devient ainsi un enjeu essentiel pour la politique : : « L'homme, pendant des millénaires, est resté ce qu'il était pour Aristote : un animal vivant, et de plus capable d'une existence politique ; l'homme moderne est un animal dans la politique duquel sa vie d'être vivant est en question. » (La volonté de savoir)

Le souci de soi

Au début des années 1980, le quadrilatère conceptuel fondamental de Foucault articule la vérité, le pouvoir, le sujet et la vie. C'est peut-être dans son hommage à Georges Canguilhem (« La vie : l'expérience et la science », le dernier texte auquel il donna son imprimatur) que l'on perçoit le mieux sa philosophie de la vie (un concept certes bien équivoque), et son rapport à la vérité : il y problématise en effet notre humaine capacité (cas d'espèce ! dirait encore Nietzsche) à former des concepts, quelles que soient les errances et déviations de la vie, qui sont sa vocation. Son travail, du point de vue de l'ensemble, se présente comme une immense histoire des limites tracées à l'intérieur de la société, et qui définissent les seuils à partir duquel on est fou, malade, criminel, déviant. Les clivages internes de la société ont une histoire, faite de la lente formation, sans cesse remise en cause, de ces limites. De part et d'autre de ces domaines d'exclusion et d'inclusion se constituent des formes de subjectivité différentes, et le sujet est donc une concrétion politique et historique, et pas typiquement une substance libre comme le voudrait la tradition et le sens commun : je ne me perçois moi-même que selon les critères formés par l'histoire. Le pouvoir n'est pas une autorité s'exerçant sur des sujets de droit, mais avant tout une puissance immanente à la société, qui s'exprime dans la production de normes et de valeurs. Le problème politique décisif n'est donc plus la souveraineté, mais ces micropouvoirs qui investissent le corps, et qui, silencieusement, inventent les formes de la domination, mais peuvent tout aussi bien donner l'occasion de nouvelles possibilités de vie (« Il n'y a de relation de pouvoir qu'entre des sujets libres » se plaisait-il à dire). Ainsi l'utilité chez Foucault, dans son rapport réciproque à la docilité, ouvre un domaine très large de considérations, au-delà de l'utilitarisme, du côté de l'industrie, du travail, de la productivité, de la créativité, de l'autonomie, du gouvernement de soi. : « Le problème à la fois politique, éthique, social et philosophique qui se pose à nous aujourd'hui n'est pas d'essayer de libérer l'individu de l'État et de ses institutions, mais de nous libérer, nous, de l'État et du type d'individualisation qui s'y rattache. Il nous faut promouvoir de nouvelles formes de subjectivité. » (« Le Sujet et le Pouvoir ») Récusant dans La volonté de savoir l'hypothèse répressive pour expliquer les variations des comportements et des conduites dans le domaine de la sexualité, sceptique quant à la portée réelle de la libération sexuelle, mais cependant attiré par les États-Unis (séjours à Berkeley) et découvrant là-bas des formes relationnelles inédites, il a, dans ses derniers entretiens, en relation à son Histoire de la sexualité, discuté de l'homosexualité (plus rarement de la sienne) et plus généralement des relations affectives, établissant par exemple et pour son compte, une distinction entre amour et passion qu'il n'aura pas eu le temps d'expliciter plus avant. Le problème du désir et le thème de la maîtrise sont au cœur de la question de la subjectivité Voir Mariapaola Fimiani, « Le véritable amour et le souci commun du monde » in Frédéric Gros (éd.), Foucault. Le courage de la vérité, PUF, 2002. développée alors par ce que certains s'autorisent à nommer le « second » Foucault, celui du « souci de soi » (1984), émancipé du régime disciplinaire.

Le vocabulaire de Foucault

- archive
- biopolitique
- biopouvoir
- dispositif
- énoncés
- épistémè
- gouvernementalité
- hétérotopie
- institution disciplinaire
- visibilités

Idées

Michel Foucault s'est successivement intéressé au savoir, puis au pouvoir, enfin au sujet.
- Emergence du concept de population au cours des et s. La population devient un objet d'études et de gestion politique.
- Passage de la loi à la norme. D'une société (d'Ancien régime) centrée sur la loi on est passé à une société gestionnaire centrée sur la norme. C'est l'une des conséquences de la vaste révolution libérale.
- Concept de micro-pouvoirs produisant des discours permettant de contrôler qui est ou non dans la norme.
- Concept de biopouvoir : au pouvoir qui donne la mort et laisse vivre s'est substitué le biopouvoir qui fait vivre et laisse mourir (État-providence : sécurité sociale, assurances, etc.).
- Figure du panoptique (projet architectural de prison inventé par Bentham et conçu pour que les prisonniers puissent tous être vus depuis une tour centrale) comme paradigme de ce vers quoi tend notre société, ou ce qu'elle n'est déjà plus tout à fait (voir le concept deleuzien de « société de contrôle », en discussion avec les travaux de Foucault).
- Les relations de pouvoir traversent l'ensemble de la société. Un certain discours affirme que le paradigme de la société est la guerre civile, que toutes les interactions sociales sont des versions dérivées de la guerre civile. On peut donc renverser la proposition de Clausewitz et dire que la politique est la continuation de la guerre par d'autres moyens.
- Concept grec de souci de soi comme fondement de l'éthique.

Réception

Outre que la philosophie foucaldienne influença (tout comme elle fut influencée par) nombre de mouvements contestataires en France et dans le monde anglo-saxon depuis les années 1970 (de l'antipsychiatrie au mouvements des prisonniers en passant par les mouvements féministesVoir Rosi Braidotti, « La convergence avec le féminisme », Magazine littéraire, n°325, octobre 1994 jusqu'aux mouvements de malades — notamment dans la lutte contre le sida Voir par Philippe Mangeot (Vacarme, n°29, 2004) — et des intermittents du spectacle Voir notamment
- par la Coordination des Intermittents et Précaires d'Île-de-France
- Lecture de La naissance de la biopolitique par Maurizio Lazzarato dans le cadre de l'), la fécondité de nombre de ses propositions essentielles s'éprouve toujours dans le monde académique et au-delà des spécialisations disciplinairesOmniprésence revendiquée qui n'est pas sans équivoque. Sur ce point, voir par Frédéric Keck. Ce vaste champ d'application couvre des Gender Studies (Judith Butler) et de l'analyse de la « subjectivation minoritaire » (Didier Eribon) à l'histoire du Droit et autres « archéologies » de l'État-providence (François Ewald, Paolo Napoli) et/ou des théories sociales (sur leur versant éthique : Bruno Karsenti, Mariapaola Fimiani) ou du social (sur son versant politique : Paul Rabinow, Eric Fassin) en passant par la critique de l'économie politique (Giorgio Agamben, Toni Negri, Judith Revel, Maurizio Lazzarato). Et ce, malgré un certain désamour de la sociologie Voir, par exemple, par Jean-François Laé (Le Portique, n°13/14, 2004), alors que la méthode permet au sociologue qui tente la démarche de Foucault, foncièrement constructiviste, de concevoir que le sens, tout comme l'individu, se crée dans le « social ». La conception que Foucault défendit des intellectuels face aux pouvoirs, avançant la figure de « l'intellectuel spécifique », et son rapport au marxisme Voir par Bruno Karsenti (Futur Antérieur, n°10, 1992), continuent de nourrir des controverses. : « L'héroïsme de l'identité politique a fait son temps. Ce qu'on est, on le demande, au fur et à mesure, aux problèmes avec lesquels on se débat : comment y prendre part et parti sans s'y laisser piéger. Expérience avec... plutôt qu'engagement avec... Les identités se définissent par des trajectoires... trente années d'expériences nous conduisent "à ne faire confiance à aucune révolution", même si l'on peut "comprendre chaque révolte"... la renonciation à la forme vide d'une révolution universelle doit, sous peine d'immobilisation totale, s'accompagner d'un arrachement au conservatisme. Et cela avec d'autant plus d'urgence que cette société est menacée dans son existence même par ce conservatisme, c'est-à-dire par l'inertie inhérente à son développement. » (« Pour une morale de l'inconfort »)

Notes

Voir aussi

Bibliographie de Michel Foucault

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- Plusieurs volumes sont parus, transcriptions de ses cours au Collège de France :
-1973-74 :
-1974-75 :
-1975-76 :
-1977-78 :
-1978-79 :
-1981-82 :
- Plusieurs publications d'archives :
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- Signalons aussi :
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-Le Groupe d'information sur les prisons. Archives d'une lutte 1970-1972, documents réunis par Philippe Artières, Laurent Quéro et Michelle Zancarini-Fournel, postface de Daniel Defert, 2003 (éditions de l'IMEC)

Biographies

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Études de l'œuvre

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- Pierre Macherey, « Foucault, éthique et subjectivité », dans la revue Autrement n°102, novembre 1988.
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Regards croisés (ordre chronologique de parution)

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- Stéfan Leclercq (dir.), Gilles Deleuze, Michel Foucault, Continuité et disparité, revue Concepts 8, Sils Maria, Paris, 2004, 120 p.
- Yves Cusset et Stéphane Haber (dir.), Habermas et Foucault, CNRS, coll. « Philosophies », Paris, février 2006, 240 p.
- Jean-Philippe Cazier, Littérature : la pensée et le dehors (Deleuze-Foucault), dans la revue Inculte 9, 2006, 128 p.

Ouvrages collectifs (ordre chronologique de parution)

- Association pour le Centre Michel-Foucault, Michel Foucault philosophe : rencontre internationale Paris, 9, 10, 11 janvier 1988, Seuil, coll. « Des travaux », Paris, 1989, 405 p.
- Robert Badinter, Pierre Bourdieu et al., Michel Foucault, une histoire de la vérité, Syros, Paris, 1985, 126 p.
- David Couzens Hoy et al., Michel Foucault. Lectures critiques, De Boeck-Wesmael, Bruxelles, 1989, 272 p.
- Luce Giard (dir.), Michel Foucault. Lire l'œuvre, J. Millon, Grenoble, 1992, 226 p.
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