Tsunenaga Hasekura

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Portrait de Hasekura durant son voyage à Rome en 1615, par Claude Deruet, galerie Borghèse, Rome. Tsunenaga Hasekura (, soit Hasekura Rokuemon Tsunenaga – les sources européennes contemporaines écrivent Faxecura Rocuyemon, reflétant approximativement la prononciation de l'époque –), également appelé Don Felipe Francisco Hasekura après sa conversion au christianisme, est né en 1571 et décédé en 1622. Samouraï japonais, vassal du
Tsunenaga Hasekura

Portrait de Hasekura durant son voyage à Rome en 1615, par Claude Deruet, galerie Borghèse, Rome. Tsunenaga Hasekura (, soit Hasekura Rokuemon Tsunenaga – les sources européennes contemporaines écrivent Faxecura Rocuyemon, reflétant approximativement la prononciation de l'époque –), également appelé Don Felipe Francisco Hasekura après sa conversion au christianisme, est né en 1571 et décédé en 1622. Samouraï japonais, vassal du daimyō de Sendai, Masamune Date, il dirigea une ambassade vers la Nouvelle-Espagne puis l'Europe entre 1613 et 1620. Il fut le tout premier officiel japonais envoyé aux Amériques, et lorsqu'il se rendit en France, permit le premier contact direct entre Français et Japonais. Bien que l'ambassade de Hasekura ait fait une forte impression en Europe, elle est arrivée à une époque où le Japon tentait de supprimer le christianisme de son sol, si bien que les monarques européens, tels que le roi d'Espagne, ont finalement refusé les arrangements commerciaux que Hasekura tentait d'établir. Hasekura est rentré au Japon en 1620 et mort de maladie environ un an après, son ambassade n'ayant débouché sur aucun résultat dans un Japon en plein isolationnisme.

Biographie

Jeunesse

On ne sait que peu de choses de la jeunesse de Tsunenaga Hasekura. Né en 1571, c'est un noble samouraï de rang moyen du fief d'Ōshū, au nord du Japon, qui sert directement le daimyō Masamune Date. Ils ont tous les deux approximativement le même âge, et les archives montrent que Date lui confie le rôle de le représenter au cours de plusieurs missions importantes. Durant six mois en 1597, il se bat comme samouraï vétéran lors de la guerre Imjin, sous le shogunat de Hideyoshi Toyotomi. En 1612, son père, Tsunenari Hasekura (支倉常成, Hasekura Tsunenari), est condamné pour corruption ; il est mis à mort en 1613. Son fief est confisqué, et son fils doit normalement être exécuté également. Cependant, Masamune Date donne à Tsunenaga Hasekura la possibilité de restaurer son honneur en prenant en charge une ambassade en Europe, et lui rend également rapidement ses terres.

Contexte de l'ambassade

Contacts entre Espagnols et Japonais

Au , les Espagnols commencent à faire des voyages transpacifiques entre la Nouvelle-Espagne et la Chine, via leur base territoriale des Philippines, suivant la route maritime établie par Andrés de Urdaneta. Manille devient leur point d'accès définitif dans la région asiatique en 1571. À cause du mauvais temps, des bateaux espagnols font régulièrement naufrage le long des côtes japonaises, ce qui permet à l'Espagne d'initier des contacts avec ce pays. Les Espagnols désirent répandre la foi chrétienne au Japon, mais leurs efforts dans ce sens rencontrent une forte résistance de la part des jésuites, qui ont commencé l'évangélisation du pays en 1549, mais aussi de celle des Portugais et des Néerlandais qui ne veulent pas voir l'Espagne participer au commerce avec le Japon. Certains Japonais, tels que Christopher et Cosmas, sont connus pour avoir traversé l'Océan Pacifique à bord de galions dès 1587. On sait également que des cadeaux sont échangés entre le gouverneur des Philippines et Hideyoshi Toyotomi, qui le remercie dans une lettre datée de 1597, écrivant « Je trouve en particulier l'éléphant noir tout à fait inhabituel. » / En 1609, le galion espagnol San Francisco doit affronter une mauvaise météo lors de son voyage de Manille à Acapulco, et fait naufrage sur la côte japonaise à Chiba, près d'Edo. Les marins sont sauvés et bien accueillis, et le capitaine du navire, Rodrigo de Vivero, ancien gouverneur par intérim des Philippines, rencontre le shogun à la retraite Ieyasu Tokugawa. Ils signent un traité le 29 novembre 1609, par lequel les Espagnols gagnent le droit d'établir un comptoir dans l'est du Japon, des spécialistes de l'exploitation minière peuvent être envoyés au Japon depuis la Nouvelle-Espagne, les navires espagnols sont autorisés à faire étape au Japon en cas de nécessité et une ambassade japonaise doit être envoyée à la cour d'Espagne.

Premières expéditions japonaises en Amérique

Voyage du San Buena Ventura en 1610
Le Liefde, sur le modèle duquel a été construit le San Buena Ventura. Un moine franciscain espagnol du nom de Luis Sotelo, qui fait du prosélytisme dans la région d'Edo, parvient à convaincre le shogun Ieyasu Tokugawa et son fils Hidetada de l'envoyer comme ambassadeur en Nouvelle-Espagne. Il voyage avec les marins espagnols du San Francisco s'en retournant sur le San Buena Ventura, un navire construit par l'aventurier anglais William Adams pour le shogun. Une fois en Nouvelle-Espagne, Luis Sotelo rencontre le vice-roi Luis de Velasco, qui accepte d'envoyer un ambassadeur au Japon en la personne du fameux explorateur Sebastián Vizcaíno, avec en plus la mission d'explorer « les Îles d'or et d'argent » (« las Islas del Oro y de la Plata ») qu'on suppose alors exister à l'est des îles japonaises. Vizcaíno arrive au Japon en 1611 et rencontre à de nombreuses reprises le shogun ainsi que des seigneurs féodaux. Ces rencontres sont marquées par son manque de respect pour les coutumes japonaises, l'hostilité montante des Japonais envers les missionnaires catholiques et les intrigues des Hollandais pour contrer les ambitions espagnoles. Vizcaíno part finalement à la recherche des Îles d'argent, recherche pendant laquelle il rencontre du mauvais temps, ce qui le force à retourner au Japon avec des dégâts importants.
Voyage du San Sebastian en 1612
Sans attendre Vizcaíno, un autre navire, nommé le San Sebastian, construit à Izu par le bakufu sous la houlette du ministre de la Marine Shōgen Mukai, part pour le Mexique le 9 septembre 1612 avec à son bord Luis Sotelo, ainsi que deux représentants de Masamune Date, dans le but de faire progresser les accords commerciaux avec la Nouvelle-Espagne. Cependant, le bateau sombre à quelques milles d'Uraga, et l'expédition doit être abandonnée.

Préparation de l'ambassade, en 1613

Réplique du galion San Juan Bautista. Le shogun décide alors de faire construire un galion de 500 tonneaux au Japon dans le double but de raccompagner Sebastián Vizcaíno en Nouvelle-Espagne et d'envoyer une mission d'ambassade japonaise qui sera accompagnée par Luis Sotelo. La construction de ce galion, nommé Date Maru par les Japonais, puis San Juan Bautista par les Espagnols, dure 45 jours, avec la participation d'experts techniques du bakufu (le Ministre de la marine Shōgen Mukai, une connaissance de William Adams avec qui il a bâti plusieurs vaisseaux, envoie son charpentier en chef), 800 constructeurs navals, 700 forgerons, et 3 000 charpentiers. La prise en charge de ce projet est confiée à Masamune Date, le daimyō de Sendai, qui nomme un de ses vasseaux, Tsunenaga Hasekura (dont le fief est estimé aux alentours de 600 koku), pour diriger la mission : L'objectif de l'ambassade japonaise est à la fois de discuter d'arrangements commerciaux avec la couronne espagnole à Madrid, et de rencontrer le pape à Rome. Masamune Date montre une grande volonté d'accueil envers la religion catholique sur ses terres : il invite Luis Sotelo et autorise la propagation du christianisme en 1611. Dans sa lettre au pape apportée par Hasekura, il écrit : Le San Juan Bautista représenté sur le tableau de Deruet comme un galion portant les armes de Hasekura au grand mât. À droite, un détail du tableau montre le bateau. Sotelo, dans son récit de ces voyages, insiste sur la dimension religieuse de la mission, soulignant que son objectif principal est de répandre la foi chrétienne dans le nord du Japon : L'ambassade fait probablement partie d'un plan visant à diversifier et augmenter le commerce avec l'étranger, plan mis en place avant la participation des chrétiens à la rébellion d'Osaka qui va entraîner une réaction radicale du shogunat, avec l'interdiction du christianisme dans les territoires sous son contrôle direct en 1614.

Le voyage transpacifique

250px Une fois terminé, le navire part pour Acapulco au Mexique le 28 octobre 1613 avec environ 180 personnes à bord, incluant 10 samouraïs du Shogun (fournis par le ministre de la marine Shōgen Mukai), 12 samouraïs de Sendai, 120 marchands, marins et serviteurs japonais, et environ 40 Espagnols et Portugais, y compris Sebastián Vizcaíno, qui, selon ses propres termes, n'a que la simple qualité de passagerSebastián Vizcaíno, « Récit de la recherche des îles d'or et d'argent », cité par Gonoi..

Nouvelle-Espagne (Mexique)

Acapulco, où Tsunenaga Hasekura accoste en 1614. Le navire atteint d'abord le cap Mendocino dans l'actuelle Californie, puis longe la côte et accoste à Acapulco le 25 janvier 1614 après trois mois de mer. L'ambassade entre à Mexico le 4 mars, où elle est reçue avec une grande cérémonie. Le but ultime de l'ambassade étant l'Europe, elle passe un certain temps à Mexico, puis part pour Veracruz pour embarquer au sein de la flotte de Don Antonio de Oquendo. Un journal contemporain, écrit par l'historien Chimalpahin Quauhtlehuanitzin, un noble aztèque, donne un récit de la visite de Hasekura : Hasekura est installé à Mexico dans une maison près de l'église de San Francisco. Il rencontre le vice-roi, à qui il explique qu'il veut également rencontrer le roi Philippe III pour lui faire une offre de paix et obtenir pour les Japonais la possibilité de venir commercer au Mexique. Le mercredi 9 avril, vingt Japonais sont baptisés, et vingt-deux de plus le 20 avril par l'archevêque de Mexico, don Juan Pérez de la Serna, dans l'église San Francisco de Mexico. En tout, soixante-trois d'entre eux reçoivent la confirmation le 25 avril. Hasekura, quant à lui, attend son voyage en Europe pour se faire baptiser là-bas : Nicolás de Cardona, dans son édition de 1632 de Exploration du Monde, publie cette vue de la baie et de la ville d'Acapulco, mentionnant la présence d'un « navire du Japon » (lettre « D »), qui est probablement le San Juan Bautista (Gonoi, p. 53). Cardona se trouve à Acapulco entre fin 1614 et le 21 mars 1615. La légende complète est : A. Les navires de l'expédition. B. Le château de San Diego. C. La ville. D. Un navire venu du Japon. E. Los Manzanillos. F. El Grifo. Cardona Geographic Descriptions p. 75, par Michael Mathes Chimalpahin explique que Hasekura laisse certains de ses compatriotes sur place avant de partir pour l'Europe : La flotte part pour l'Europe sur le San Jose le 10 juin, Hasekura ayant laissé la majeure partie du groupe japonais en arrière, à attendre à Acapulco le retour de l'ambassade. Certains d'entre eux, de même que ceux restés d'un voyage précédent de Shōsuke Tanaka, reviennent au Japon plus tard la même année à bord du San Juan Bautista :

Cuba

L'ambassade s'arrête et change de navires à La Havane à Cuba en juillet 1614. En mémoire de cet événement, une statue de bronze représentant Hasekura a été érigée le 26 avril 2001 au bout de la baie de La Havane.

La mission en Europe

Espagne

Hasekura en prières, à la suite de sa conversion à Madrid en 1615. La flotte arrive à Sanlúcar de Barrameda le 5 octobre 1614. L'ambassade japonaise rencontre le roi d'Espagne Philippe III à Madrid le 30 janvier 1615. Hasekura lui remet une lettre de Masamune Date, ainsi qu'une proposition de traité. Le Roi répond qu'il ferait ce qu'il peut pour accéder à ces requêtes. Hasekura est baptisé le 17 février par le chapelain personnel du roi, et reçoit le nom de Felipe Francisco Hasekura. La cérémonie de baptême est conduite par l'archevêque de Tolède et Francisco Goméz de Sandoval y Rojas, duc de Lerma, administrateur principal du règne de Philippe III et dirigeant de facto de l'Espagne est choisi pour être son parrain. L'ambassade reste huit mois en Espagne avant de quitter le pays pour l'Italie.

France

Représentation de la visite de Hasekura dans l'édition allemande du du livre de Scipione Amati sur Histoire du Royaume de Voxu de 1615. Le blason de Hasekura est représenté dans le coin supérieur droit. Après avoir traversé l'Espagne, l'ambassade navigue sur la mer Méditerranée à bord de trois frégates espagnoles vers l'Italie. Cependant, le mauvais temps les force à rester quelque temps dans le port français de Saint-Tropez où ils sont reçus par la noblesse locale et font sensation parmi la population locale. On peut ainsi retrouver dans des archives parvenues jusqu'à nos jours :
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- La visite de l'ambassade japonaise est enregistrée dans les chroniques de la ville comme étant dirigée par « Philip Francis Faxicura, ambassadeur au Pape, de Date Masamunni, roi de Woxu au Japon ». Cette visite imprévue constitue la première trace enregistrée de relations franco-japonaises. À l'inverse, la première visite d'un Français au Japon est celle de François Caron en 1619.

Italie

L'embassade de Hasekura au Pape à Rome en 1615. Tableau japonais, . Lettre en latin de Masamune Date au Pape 1613, conservée au Vatican. L'ambassade japonaise arrive en Italie où elle rencontre le pape Paul V à Rome en novembre 1615. Hasekura remet au Pape deux lettres dorées (une en latin et une en japonais, contenant une requête pour un traité commercial entre le Japon et le Mexique, et l'envoi de missionnaires chrétiens au Japon. Ces deux lettres sont toujours visibles dans les archives de la Cité du Vatican. La lettre en latin, probablement écrite par Luis Sotelo pour Masamune Date, contient: Titre de citoyenneté romaine accordé à « Hasekura Rokuemon » (transcription et traduction en anglais dans la description de l'image) Le pape accepte d'envoyer les missionnaires mais laisse la décision à propos du commerce au roi d'Espagne. Il écrit une lettre à Masamune Date, dont une copie est toujours visible au Vatican. La Curie romaine donne aussi à Hasekura le titre d'honneur de Citoyen romain, dans un document qu'il rapporte au Japon et qui est aujourd'hui conservé à Sendai. Luis Sotelo, discutant avec Tsunenaga Hasekura et d'autres membres de l'expédition à Rome, dans une fresque montrant « la gloire du pape Paul V ». Sala Regia, Palais du Quirinal, Rome, 1615. Sotelo donne lui aussi un récit de la visite au pape dans son livre De ecclesiae Iaponicae statu relatio (publié à titre posthume en 1634):

Rumeurs d'intrigues politiques

Mis à part la description officielle de la visite de Hasekura à Rome, certains textes contemporains tendent à indiquer que des questions politiques ont également été discutées, et qu'une alliance avec Masamune Date a été suggérée comme un moyen d'établir l'influence chrétienne sur le Japon entier :

Seconde visite en Espagne

Lettre du roi d'Espagne à Masamune Date (1616). La lettre est amicale et demande le soutien de la foi chrétienne, mais ne mentionne pas le commerce, en dépit de la requête personnelle de Date (Brouillon, conservé aux archives de Séville, Archivo General de Indias). De retour en Espagne, Hasekura rencontre à nouveau le roi qui refuse de signer un traité commercial, arguant que l'ambassade n'est pas une ambassade officielle du dirigeant du Japon Ieyasu Tokugawa, qui au contraire a promulgué un édit en janvier 1614 ordonnant l'expulsion de tous les missionnaires du Japon, et commencé la persécution des Chrétiens au Japon. L'ambassade quitte Séville pour le Mexique en juin 1617 après une période de deux ans passée en Europe, mais quelques Japonais restent en Espagne où il s'installent dans une ville proche de Séville (Coria del Río), où leurs descendants actuels portent le patronyme Japón.

Publications occidentales sur l'ambassade de Hasekura

L'ambassade de Tsunenaga Hasekura est l'objet de nombreuses publications dans toute l'Europe. L'écrivain italien Scipione Amati, qui accompagne l'ambassade en 1615 et 1616, publie en 1615 à Rome un livre intitulé « Histoire du Royaume de Voxu ». Ce livre est ensuite traduit en allemand en 1617. En 1616, l'éditeur français Abraham Savgrain publie ensuite un récit de la visite de Hasekura à Rome : « Récit de l'entrée solemnelle et remarquable faite à Rome, par Dom Philippe Francois Faxicura ». Image:HasekuraBookItalian.jpg|Le livre d'Amati « Histoire du Royaume de Voxu », publié en 1615. Image:HasekuraBookGerman.jpg|Traduction allemande du récit d'Amati. Image:Faxicura.jpg|Gravure dépeignant Hasekura, accompagné d'une légende en latin. Image:HasekuraWithPope.jpg|Gravure dépeignant Hasekura s'agenouillant devant le pape, édition allemande.

Retour au Mexique

Hasekura reste 5 mois au Mexique durant son retour vers le Japon. Le San Juan Bautista attend à Acapulco depuis 1616, après une seconde traversée du Pacifique du Japon au Mexique. Commandé par Shogen Yokozawa, il a transporté du poivre fin et des objets laqués de Kyōto, qui sont vendus sur le marché mexicain. À la requête du roi d'Espagne, afin d'éviter que trop d'argent parte pour le Japon, le vice-roi demande à ce que les recettes soient dépensées en biens mexicains, à l'exception de 12 000 pesos et 8 000 pesos en argent que Hasekura et Yokozawa sont respectivement autorisés à ramener avec eux.

Philippines

Lettre de Hasekura à son fils, écrite durant son séjour aux Philippines. Conservée au Musée de la ville de Sendai. En avril 1618, le San Juan Bautista arrive aux Philippines depuis le Mexique, avec Hasekura et Luis Sotelo à son bord. Le navire est alors acheté par le gouvernement espagnol local, dans l'objectif d'améliorer les défenses contre les attaques hollandaises et anglaises. L'évêque des Philippines décrit la transaction dans une lettre au roi d'Espagne datée du 28 juillet 1619 : Durant son séjour aux Philippines, Hasekura achète de nombreux biens pour Masamune Date, et construit un navire, ainsi qu'il l'explique dans une lettre à son fils. Il retourne finalement au Japon en août 1620, atteignant le port de Nagasaki.

Retour au Japon

Tableau représentant le pape Paul V remis par Tsunenaga Hasekura à Masamune Date durant son rapport de 1620. Musée de la ville de Sendai. Au moment où Hasekura revient, le Japon a changé drastiquement : un effort pour éradiquer le christianisme est mené depuis 1614, Ieyasu Tokugawa est mort en 1616 et remplacé par son fils Hidetada Tokugawa, plus xénophobe, et le Japon s'avance vers sa période d'isolation nommée plus tard « Sakoku ». À cause de ces persécutions, dont des échos sont parvenus en Europe, les accords commerciaux que Hasekura a tenté d'établir avec le Mexique sont annulés et l'ambassade n'a donc pas les résultats escomptés, le roi d'Espagne en particulier étant devenu très réticent à donner son accord aux arrangements commerciaux et propositions d'envoi de missionnaires. Kris indonésien et dague de Ceylan acquises par Hasekura aux Philippines et présentées à Masamune Date à son retour. Musée de la ville de Sendai. Hasekura rend compte de ses voyages à Masamune Date à son arrivée à Sendai. Il lui remet, selon les archives, un portrait du pape Paul V, un portrait de lui-même en prières, et une série de dagues indonésiennes et de Ceylan acquises aux Philippines, le tout étant conservé au musée de la ville de Sendai. Les « Archives de la Maison de Masamune » décrivent son rapport de façon succincte, se terminant avec une expression de surprise assez cryptique s'approchant de l'outrage (« 奇怪最多シ ») au discours de Hasekura :

Interdiction du christianisme à Sendai

L'effet direct du retour de Hasekura à Sendai est l'interdiction du christianisme dans le fief de Sendai deux jours plus tard : Ce qu'a fait ou dit Hasekura pour aboutir à un tel résultat est inconnu. Comme les événements ultérieurs tendent à indiquer que lui et ces descendants sont restés de fidèles chrétiens, Hasekura a pu faire un récit enthousiaste, et dans une certaine mesure dérangeant, de la grandeur et de la puissance des pays occidentaux et de la religion chrétienne. Il a aussi pu encourager une alliance entre l'Église et Date pour prendre le pouvoir sur le pays (une idée popularisée par les Franciscains à Rome), qui, dans le Japon de 1620, aurait été une proposition totalement irréaliste. De plus, les espoirs de commerce avec l'Espagne se sont évaporés lorsque Hasekura a rapporté que le roi d'Espagne refuse d'y donner son accord tant que des persécutions ont lieu dans le reste du pays. Masamune Date, jusque-là très tolérant envers le christianisme en dépit de l'interdiction du bakufu dans les terres qu'il contrôle directement, choisit ainsi soudainement de prendre ses distance envers la foi chrétienne. Les premières exécutions de chrétiens commencent 40 jours plus tard. Les mesures anti-chrétiennes prises par Masamune sont cependant relativement clémentes, et les chrétiens aussi bien japonais qu'occidentaux soutiennent à de nombreuses reprises que ces mesures n'ont été prises que pour apaiser le shogun : Un mois après le retour de Hasekura, Date écrit une lettre au shogun Hidetada Tokugawa, dans laquelle il fait un effort très clair pour se dégager de la responsabilité de l'ambassade, expliquant en détail comment celle-ci a été organisée avec l'accord, et même la collaboration, du shogun : L'Espagne est à l'époque de loin la puissance la plus menaçante pour le Japon (avec une colonie et une armée dans les Philippines voisines). Les récits de visu de Hasekura sur la puissance espagnole et ses méthodes coloniales en Nouvelle-Espagne ont pu précipiter la décision du shogun Hidetada Tokugawa de cesser les relations commerciales avec l'Espagne en 1623, puis les relations diplomatiques en 1624, bien que d'autres événements tels que l'infiltration de prêtres espagnols au Japon et l'échec d'une ambassade espagnole ont aussi contribué à cette décision.

Décès

La tombe de Hasekura, toujours visible aujourd'hui à Enfukuji, Enchōzan, Miyagi On ignore ce qu'il advient de Hasekura et les versions racontant ses dernières années sont nombreuses. Les historiens contemporains peuvent seulement se reposer sur des on-dits, certaines rumeurs affirmant qu'il a abandonné volontairement le christianisme, d'autres qu'il est mort en martyr pour sa foi, d'autres encore qu'il a continué à pratiquer le christianisme en secret. Le sort de ses descendants et serviteurs, qui seront plus tard exécutés pour avoir été chrétiens, suggère cependant que Hasekura est lui-même resté fortement chrétien, et a transmis sa foi aux membres de sa famille. Sotelo, qui est plus tard retourné au Japon où il sera finalement pris et brûlé en 1624, laisse avant son exécution un récit du retour de Hasekura, faisant de lui un héros ayant propagé la foi chrétienne: Hasekura a aussi ramené au Japon plusieurs objets cultuels catholiques, mais ne les a pas donnés à son seigneur, les gardant dans son propre fief. Tsunenaga Hasekura meurt de maladie (selon à la fois des sources japonaises et des sources chrétiennes) en 1622, mais la localication de sa tombe n'est pas connue avec certitude. Trois tombes sont supposées être celle de Hasekura. L'une d'entre elle est visible au temple bouddhiste de l'Enfuku-ji (円長山円福寺) dans la préfecture de Miyagi.

Exécution de ses enfants et descendants

Croix et médaille saisies dans la propriété de Hasekura en 1640. Rosaires trouvés dans la propriété de Hasekura en 1640. Hasekura a un fils nommé Tsuneyori Rokuemon. Deux des serviteurs de son fils, Yogoemon et sa femme, sont suspectés d'être chrétiens et exécutés en août 1637. La même année, Tsuneyori est également soupçonné de christianisme après avoir été dénoncé par quelqu'un d'Edo, mais échappe à l'interrogatoire en raison de sa qualité de maître du temple zen de Kōmyō-ji (光明寺). Il est finalement pris et exécuté en 1640, à l'âge de 42 ans, après que deux prêtres chrétiens, le dominicain Pedro Vazquez et Joan Bautista Paulo, aient donné son nom sous la torture. Deux autres de ses serviteurs, Saemon Taro (71 ans), qui avait suivi Hasekura à Rome, et sa femme (59 ans), sont exécutés le même jour. Dans la mesure où la vie des chrétiens était épargnée s'ils reniaient leur foi, ces exécutions montrent qu'ils avaient une foi ferme et refusaient de la renier. Le jeune frère de Tsuneyori prend la fuite et disparaît. À ce moment, les privilèges de la famille Hasekura sont abolis par le fief de Sendai, et leur domaine et leurs biens saisis. C'est à ce moment, en 1640, que les objets cultuels chrétiens de Hasekura sont confisqués, et gardés en dépôt à Sendai jusqu'à ce qu'ils soient redécouverts à la fin du . En tout, environ cinquante de ces objets de culte chrétiens sont trouvés dans la propriété des Hasekura en 1640, tels que des croix, des rosaires, des robes religieuses et des peintures pieuses. Tous ces objets sont saisis et stockés par les Date. Un inventaire réalisé en 1840 décrit ces objets comme appartenant à Tsunenaga Hasekura. Dix-neuf livres sont aussi mentionnés dans cet inventaire, mais ont été perdus depuis. Ces objets sont aujourd'hui conservés au musée de la ville de Sendai et dans d'autres musées de Sendai.

Redécouverte

L'existence même des voyages de Hasekura est oubliée au Japon jusqu'à la réouverture du pays après la fin de la politique du sakoku. En 1873, une ambassade japonaise en Europe, la mission Iwakura, dirigée par Tomomi Iwakura, entend parler pour la première fois des voyages de Hasekura lorsqu'on leur montre des documents durant leur visite à Venise en Italie.Source : monogramme du musée de la ville de Sendai. Description de la visite de la mission Hasekura aux archives de Venise . Cependant, aucune mention n'est faite de cette découverte dans le rapport de la mission Iwakura, et le récit du voyage n'est rendu public qu'à l'initiative de l'empereur Meiji et est publié en 1909 dans le douzième tome du Dai Nihon Shiryōsource: Le Japon dictionnaire et civilisation, Louis Frédéric, p. 345..

Hasekura aujourd'hui

Des statues de Tsunenaga Hasekura peuvent être vues de nos jours à la périphérie d'Acapulco au Mexique, à l'entrée de baie de La Havane à Cuba, à Coria del Río en Espagne, , dans l'église de Civitavecchia en Italie, et à Tsukinoura, près d'Ishinomaki. Un parc à thème décrivant l'ambassade et arborant une réplique du San Juan Bautista est installé dans le port d'Ishinomaki, d'où Hasekura prit initialement la voile au début de son voyage. Shūsaku Endō a écrit en 1980 un roman intitulé L'extraordinaire voyage du samouraï Hasekura, qui relate les voyages de Hasekura. Un film d'animation espagnol de 2005 intitulé « Gisaku » relate les aventures d'un jeune samouraï japonais nommé Yohei qui visite l'Espagne au , dans une histoire tirant vaguement son inspiration des voyages de Hasekura.

Armoiries

Blason de Hasekura. Hasekura possédait un blason officiel, consistant en une svastika bouddhique croisée par deux flèches, avec un bouclier et surmontée par une couronne royale, sur un fond orange. Ce blason est présent sur le tableau de Deruet, son certificat de citoyenneté romaine (à gauche), diverses gravures (au milieu), et utilisé sur le drapeau de son navire (à droite).

Notes

Références

- C.R Boxer, The Christian Century in Japan, 1549–1650 (réimpression de 1993), University of California Press, Berkeley, 1951,
- Francis Marcouin et Keiko Omoto, Quand le Japon s'ouvrit au monde. Découvertes Gallimard, Paris, 1990,
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Voir aussi

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