Synesthésie

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La synesthésie, du grec syn (union) et aesthesis (sensation), est une condition neurologique par laquelle deux ou plusieurs sens sont associés. Par exemple, dans un type de synesthésie connu sous le nom de synesthésie "graphèmes-couleurs", les lettres de l'alphabet ou nombres peuvent être perçus colorés. Dans un autre type de synesthésie, appelée "synesthésie numérique" (number form synesthesia), les nombres sont automatiquement et systématique
Synesthésie

La synesthésie, du grec syn (union) et aesthesis (sensation), est une condition neurologique par laquelle deux ou plusieurs sens sont associés. Par exemple, dans un type de synesthésie connu sous le nom de synesthésie "graphèmes-couleurs", les lettres de l'alphabet ou nombres peuvent être perçus colorés. Dans un autre type de synesthésie, appelée "synesthésie numérique" (number form synesthesia), les nombres sont automatiquement et systématiquement associés avec des positions dans l'espace. Dans un autre type de synesthésie, appelé synesthésie de personnification ordinale/linguistique, les nombres, jours de la semaine, mois de l'année évoquent des personnalités. Dans d'autres types de synesthésie, la musique et d'autres sons peuvent être perçus colorés, ou ayant une forme particulière. La synesthésie impliquant des formes et couleurs est plutôt répandue, alors que la synesthésie impliquant des goûts et odeurs est plutôt rare. Alors que des métaphores exprimant un croisement de sens sont parfois qualifiées de "synesthétiques", une vraie synesthésie d'origine neurologique est involontaire et concernerait une personne sur 23, soit environ 4 pour cent de la population. (Simner). Il y a un facteur génétique probable, la synesthésie semble se transmettre par hérédité via le chromosome X . La synesthésie peut être acquise dès la naissance (la personne est alors appelée synesthète) ou bien (pour le cas des hallucinations synesthétiques) résulter de la prise de drogues hallucinogènes.

Critères diagnostiques

Le neurologue Richard Cytowic identifie les critères suivants afin de diagnostiquer la synesthésie :
- la synesthésie est involontaire et automatique ;
- les images synesthétiques apparaîssent spatialement, ce qui signifie qu'elles ont souvent une position définie dans l'espace ;
- les perceptions synesthétiques sont consistantes et génériques ;
- la synesthésie est mémorable ;
- les perceptions synesthétiques ont une charge émotionnelle. Kevin Dann ajoute deux autres critères :
- la synesthésie n'est pas linguistique, et en quelque sorte ineffable ;
- la synesthésie concerne des personnes ayant un cerveau ne présentant aucun signe de maladie. La synesthésie désigne aussi un procédé poétique ou artistique qui permet de mettre en relief une image en faisant appel à d'autres modalités sensorielles. On cite souvent comme exemple ce passage bien connu du poème Correspondances de Charles Baudelaire : :Il est des parfums frais comme des chairs d'enfants, :Doux comme des hautbois, verts comme des prairies, :- Et d'autres corrompus, riches et triomphants, La première description scientifique aurait été faite par un certain Georg Sachs, médecin bavarois, en 1812. Elle devint très à la mode dans le mouvement romantique fin début , puis fut discréditée et tomba un peu dans l’oubli. Elle fut "redécouverte" dans les années 1980, et popularisée par les tendances "New Age" anti-rationalistes avant de redevenir un objet scientifique "sérieux" depuis quelques années.

Expériences synesthétiques

Les synesthètes rapportent souvent qu'ils ne savaient même pas que leur synesthésie était inhabituelle jusqu'à ce qu'ils réalisent que la plupart des gens n'expérimentaient pas les mêmes sensations qu'eux. D'autres synesthètes avouent avoir gardé leur synesthésie secrète toute leur vie, de peur d'être incompris ou tournés en ridicule. La nature automatique et ineffable de la synesthésie montre bien que cette association de sens semble tout à fait ordinaire pour le synesthète. Le fait que la synesthésie soit involontaire et consistante montre que celle-ci est une expérience réelle. Se remémorant une expérience de son enfance, Patricia Lynne Duffy écrivait : « Un jour, je dis à mon père, "Je viens de me rendre compte que pour écrire la lettre "R", tout ce que j'ai à faire est de dessiner un "P", et ensuite une ligne partant de sa boucle." Et j'étais tellement surprise de constater que je pouvais transformer une lettre jaune en lettre orange, juste en ajoutant une ligne. » Malgré les généralités qui permettent la définition du phénomène de la synesthésie, on ne doit cependant pas oublier que les expériences individuelles varient en de nombreuses façons. Cette irrégularité fut remarquée au tout début de la recherche sur la synesthésie (Flournoy 1893), mais n'a été reconsidérée par les chercheurs modernes que récemment. Alors que certains synesthètes graphèmes → couleurs déclarent que leurs couleurs semblent "projetées" à l'extérieur, la plupart déclarent que leurs couleurs sont perçues "dans leur tête" Dixon, Smilek, Merikle 2004. Certains synesthètes déclarent que leurs voyelles sont davantage colorées, alors que pour d'autres il s'agit des consonnes (Day 2005). Les descriptions ci-dessous peuvent donner une idée d'à quoi peut ressembler une expérience synesthétique, mais ne peuvent pas en capturer toute la richesse. Certains calculateurs prodiges qui voient les réponses leur apparaître sont probablement atteints de synesthésie.

Catégories de synesthésies

La synesthésie peut apparaître entre n'importe quel sens ou mode perceptif. Du fait de la grande variété de types de synesthésies, les chercheurs ont adopté une convention indiquant le type de synesthésie en utilisant la notation suivante x → y, dans laquelle x est le déclencheur de l'expérience synesthétique, et y est l'expérience additionnelle. Par exemple, percevoir les lettres et nombres (collectivement appelés graphèmes) en couleurs indiquerait une synesthésie graphèmes → couleurs. De la même façon, lorsque des synesthètes voient des couleurs et mouvements en écoutant de la musique, il s'agit d'une synesthésie sons → couleurs, mouvements. Alors que presque toutes les combinaisons de sens sont théoriquement possibles, certains types de synesthésie sont plus répandus que d'autres.

Synesthésie bimodale

La synesthésie bimodale concerne le croisement entre deux modalités sensorielles. Ce croisement est généralement unidirectionnel : une couleur qui déclenche une perception sonore par exemple (mais pas l'inverse). Bien que toutes les associations n'aient pas forcément été observées, plusieurs auteurs suggèrent que toutes sont possibles. Le sens proprioceptif est également susceptible d'intervenir (ce sens concerne la température, le positionnement du corps dans l'espace, la pression, etc...)

Synesthésie multimodale

Plus rare que la synesthésie bimodale, elle concerne le croisement d'au moins trois modes sensoriels, de façon bi-directionnelle.

Synesthésie cognitive

Cette catégorie de synesthésie est généralement considérée comme relevant des fonctions supérieures cognitives : il s'agit de l'association d'un mode sensoriel à une représentation mentale en général : par exemple une couleur associée à une lettre.

Types de synesthésies

Synesthésie graphèmes → couleurs

Dans l'un des types de synesthésie les plus répandus, les lettres individuelles de l'alphabet, ainsi que les nombres sont "teintés" d' une certaine couleur. Alors que deux synesthètes ne vont pas rapporter les mêmes couleurs pour toutes les lettres et nombres, des études montrent que certaines tendances se répètent. (par exemple, la lettre A est souvent rouge chez les synesthètes anglophones) (Day 2005; Simner et al. 2005). Un synesthète graphèmes → couleurs témoigne : « J'associe souvent les lettres et les nombres avec des couleurs. Chaque chiffre et chaque lettre est associé à une couleur dans ma tête. Parfois, lorsque les lettres sont écrites sur un morceau de papier, elles apparaîtront brièvement en couleur si je ne suis pas concentré dessus. Par exemple, "S" est rouge, "H" est orange, "C" est jaune, "J" est jaune-vert, "G" est vert; "E" est bleu, "X" est mauve, "I" est jaune pâle, "2" est brun, "1" est blanc. Si j'écris SHCJGEX, ou encore ABCPDEF, ces lettres formeront une arc-en-ciel alors que je les lis. » La synesthésie graphèmes → couleurs paraît plus forte dans l'usage d'une langue dont l'orthographe est phonétique (breton, espagnol, allemand, etc.) plutôt que dans d'autres où les sonorités d'une lettre varient suivant son contexte (anglais) ou si les combinaisons de lettres modifient la sonorité (francais, ex "ho" et "eau").

Synesthésie musique → couleurs

Les synesthètes musique → couleurs perçoivent des couleurs en réponse à des sons. Comme les synesthétes graphème → couleurs, les synesthètes rapportent rarement les mêmes couleurs pour des tons donnés. (Pour un synesthéte, un la dièse peut être rouge ; pour un autre synesthète, il sera vert.) Cependant, les synesthétes sont constants : testé des mois plus tard, un synesthète va rapporter les mêmes expériences qu'il avait précédemment rapportées. Les changements de couleurs impliquent plusieurs critères : la teinte, la luminosité (la quantité de noir dans une couleur, du rouge avec du noir peut apparaître marron), la saturation (l'intensité de la couleur, par exemple le rose pâle est moins saturé que le rose fushia), et la teinte peut être affectée à des degrés différents (Campen/Froger 2002). De plus, les synesthètes musique → couleurs, à la différence des synesthètes graphèmes → couleurs, rapportent souvent que les couleurs changent, ou se déplacent dans leur champ de vision.

Synesthésie numérique

La "synesthésie numérique" est une carte mentale des nombres, qui apparaît automatiquement et involontairement lorsque le synesthète en question pense à des nombres ou des unités temporelles. Ainsi, les nombres peuvent être alignés selon un axe montant, et les mois de l'année peuvent former un demi-cercle. Ceci fut documenté et nommé pour la première fois par Sir Francis Galton Sir Francis Galton, The Visions of Sane Persons (Galton 1881a). Les recherches qui suivirentSeron, Pesenti & Noël 1992; Sagiv et al. 2006b l'identifièrent comme un type de synesthésie. En particulier, il a été suggéré que ces "cartes numériques" sont le résultat d'une activition croisée (cross activation) entre les régions du lobe pariétal qui sont impliquées dans la cognition numérique et spatialeRamachandran & Hubbard 2001 Hubbard et al. 2005b. En plus de leur intérêt pour la synesthésie numérique en tant que synesthésie, les chercheurs en cognition numérique ont commencé à explorer ce type de synesthésie pour les aperçus qu'il peut donner sur les mécanismes neurologiques des associations numériques/spatiales présentes inconsciemment en chacun de nous.

Synesthésie lexicale → gustative

Dans un type peu répandu de synesthésie, la synesthésie lexicale → gustative, les mots individuels ainsi que les phonèmes du langage parlé évoquent des sensations de goûts dans la bouche. « À chaque fois que j'entends, lis, ou pense à des mots/syllabes, je perçois une sensation de goût immédiate et involontaire sur ma langue. Ces associations de goût très spécifiques ne changent jamais et sont restées les mêmes du plus loin que je m'en souvienne. »James Wannerton http://.wannerton.net Jamie Ward et Julia Simner ont étudié en détail ce type de synesthésie, et se sont rendus compte que les associations synesthétiques sont conditionnées par l'alimentation du sujet lors de son enfance (Ward & Simner 2003; Ward, Simner & Auyeung 2005). Par exemple, James Wannerton n'a pas de perceptions synesthétiques impliquant du café ou du curry, alors qu'il en prend régulièrement à l'âge adulte. Par contre, il goûte des marques de céréales et bonbons qui ne sont plus vendus à l'heure actuelle, mais qu'il mangeait assez régulièrement dans son enfance. Le sens du mot joue parfois un rôle dans le goût qui lui est attribué : ainsi, le mot "bleu" a pour James Wannerton un goût "d'encre". La prononciation du mot joue de même un grand rôle dans l'attribution de son goût : dans certains cas, le mot goûté aura des phonèmes en commun avec le nom de la nourriture goûtée. (Par exemple, /I/, /n/ et /s/ déclenchent un goût de viande hachée. ("mince")). Cependant, d'autres goûts ont des origines moins évidentes (Par exemple, déclenche un goût de sorbet (sherbet)). Afin de démontrer que les phonèmes, plutôt que les graphèmes, sont les déclencheurs cruciaux du goût synesthétique, Ward et Simner ont montré que, pour James Wannerton, le goût de l'œuf (egg) est associé au phonème /k/, qu'il s'écrive avec un "c" (accepter, to accept), k (York), ck (chuck), ou x (fax).

Personnification

La personnification ordinale/linguistique (POL, ou personnification pour faire plus court) est un type de synesthésie dans lequel des séquences, comme les nombres, les jours de la semaine, les mois et lettres sont associés avec des personnalités. Bien que ce type de synesthésie ait été documenté en 1890Flournoy 1893; Calkins 1893, il n'a intéressé les chercheurs modernes que récemment. "T est généralement geignard, peu charitable. U est une chose sans âme. 4 est honnête, mais ... 3, non, je ne peux pas lui faire confiance. 9 est sombre, un gentleman, grand et grâcieux, mais politicien sous ses aspects suaves." Rapport d'un sujet synesthète de Calkins 1893, p. 454 "I est un peu angoissé parfois, même s'il est plutôt enjoué ; J est un homme, blagueur à première vue, mais avec une forte personnalité ; K est une femme, silencieuse et responsable..."Rapport MT report in Cytowic 2002, p. 298 Pour certaines personnes, outre les séquences de nombres ou de lettres, les objets sont parfois imbibés de personnalité, ce qui est parfois comparé à une forme d'animisme. Ce type de synesthésie est plus difficile à distinguer des associations non synesthétiques. Cependant, la recherche récente a commencé à montrer que ce type de synesthésie cohabite avec d'autres types de synesthésie, est consistant et automatique, et répond donc aux critères synesthétiques.

Histoire de la recherche sur la synesthésie

Bien que la synesthésie ait été mentionnée auparavant, ce phénomène capta pour la première fois l'intérêt de la communauté scientifique dans les années 1880 grâce à Francis GaltonGalton 1880a; Galton 1880b; Galton 1883. Suivant ces observations initiales, la recherche sur la synesthésie explosa, avec des chercheurs venant d'Angleterre, Allemagne, France et États-Unis d'Amérique, tous investigant ce phénomène. Cependant, en raison des difficultés rencontrées pour prouver et mesurer des expériences totalement internes et subjectives, ainsi que de la montée du behaviorisme en psychologie, qui banissait toute mention d'expériences internes, l'intérêt porté à la synesthésie s'émoussa dans les années 1930. Dans les années 1980, alors que la révolution cognitive avait commencé à rendre l'étude de la conscience respectable à nouveau, les scientifiques commencèrent à réexaminer ce phénomène fascinant. Menée aux États-Unis par Larry Marks et Richard Cytowic, et en Angleterre par Simon Baron-Cohen et Jeffrey Gray, la recherche sur la synesthésie commença à explorer la réalité, consistance et fréquence des expériences synesthétiques. À la fin des années 1990, les chercheurs s'intéressèrent à la synesthésie graphèmes => couleurs, un des types de synesthésie les plus répandusDay 2005 Rich, Bradshaw & Mattingley 2005, et de plus facilement étudiable. En 2006, le journal Cortex publia un numéro spécial sur la synesthésie, composé de 26 articles. La synesthésie a été l'objet de nombreux livres scientifiques, ainsi que de romans et de courts métrages relatant des personnages synesthètes.

Prévalence et origine génétique de la synesthésie

Les estimations de prévalence varient énormément (de 1 personne sur 20 à 1 sur 20000). Cependant, ces études ont toutes souffert du fait qu'elles n'ont pris en compte que le témoignage des personnes se déclarant synesthètes. C’est-à-dire que les seules personnes incluses dans ces études étaient celles qui rapportaient leur expérience au chercheur. Simner et al. ont conduit les premières études réalisées sur un échantillon aléatoire de la population, arrivant à une prévalence de 1 personne sur 23. Les données actuelles suggèrent que les synesthésies graphème → couleur et jour de la semaine → couleur sont les plus répandues Simner et al. in press. Presque toutes les études sur le sujet ont suggéré que la synesthésie a une origine génétique, car certaines familles recensent beaucoup plus de cas de synesthésie que d'autres. Les premières références à ce facteur datent de 1880 (Francis Galton). Depuis, d'autres études ont soutenu cette conclusion. Cependant, il est probable que certaines études Baron-Cohen et al. 1993 Baron-Cohen et al. 1996, qui rapportaient un nombre plus élevé de synesthètes pour les femmes que les hommes, (jusqu'à 6 femmes pour 1 homme), souffrirent du fait que les femmes ont plus tendance à se déclarer synesthètes que les hommes. Des études plus récentes, utilisant des échantillons aléatoires, trouvent un rapport de 1 pour 1. Les modèles observés d'héritage de la synesthésie ont suggéré que le mode d'hérédité est lié au chromosome X, bien que la recherche de la génétique de la synesthésie soit toujours préliminaire. Il n'y a pas d'exemples documentés de transmission de père en fils, alors que d'autres formes de transmission (père en fille, mère en fils et mère en fille) sont plutôt répandus Cytowic 2002 Ward/Simner 2005. Il y a eu des cas de vraix jumeaux dans lesquels un seul jumeau était synesthèteSmilek et al. 2002 Smilek, Dixon & Merikle 2005, et il a été noté que la synesthésie peut sauter des générations dans une famille Hubbard & Ramachandran 2003. De plus, Simner et al. notent qu'il est commun que les synesthètes d'une même famille présentent différents types de synesthésie, ce qui suggère que le gène ou les gènes impliqués dans le développement de la synesthésie n'entraînent pas des types spécifiques de synesthésie. Au contraire, des facteurs développementaux tels que l'expression d'un gène et l'environnement doivent aussi jouer un rôle dans la détermination du type de synesthésie qu'un synesthète va développer.

Démonstration de l'authenticité de la synesthésie

Prouver que quelqu'un est réellement synesthète est aisé. Les tests les plus simples impliquent des tests de constance sur de longues périodes. Les synesthètes obtiennent habituellement un meilleur résultat sur de tels tests que les non-synesthètes (soit avec des noms de couleurs, des gommettes colorées ou même un sélecteur de couleurs proposant 16, 7 millions de choix de couleurs). Les synesthètes peuvent obtenir un taux de constance aussi élevé que 90 pour cent après une période d'un an, alors que des non synesthètes obtiendront un score de 30/40 pour cent après seulement un mois, même lorsqu'ils sont prévenus qu'ils seraient retestés (par exemple, Baron-Cohen et al. 1996). Des tests plus spécialisés incluent des versions modifiées de l'effet Stroop. Selon le paradigme de Stroop standard, il est plus difficile de nommer la couleur d'encre du mot "rouge" lorsque que celui-ci est imprimé en encre bleue que lorsqu'il est imprimé en encre rouge. De la même façon, si l'on présente à un synesthète graphèmes → couleurs le chiffre 4 imprimé en encre bleue alors que le synesthète le perçoit rouge, celui-ci sera plus lent à identifier la couleur de l'encre. Ceci n'est pas du au fait que le synesthète ne peut pas voir l'encre bleue, mais plutôt parce que la même sorte de conflit responsable pour l'effet Stroop se produit entre la couleur de l'encre et la couleur du graphème automatiquement associée. Des variantes de l'effet Stroop peuvent être conçues ; par exemple, on demande à un synesthète musique → couleurs de nommer la couleur d'une tache rouge alors qu'il est en train d'écouter un son produisant une sensation de bleu (Ward, Tsakanikos & Bray 2006) ou lorsqu'on demande à un synesthète note de musique → goût d'identifier un goût amer alors qu'il est en train d'écouter une note provoquant un goût sucré (Beeli, Esslen & Jäncke 2005). Enfin, des études réalisées sur des synesthètes graphèmes → couleurs ont démontré que les couleurs synesthétiques peuvent améliorer des performances sur certaines tâches visuelles, ou du moins pour certains synesthètes. Inspirés par des tests sur le daltonisme, Ramachandran et Hubbard (2001) présentèrent des schémas représentant des dizaines de chiffres 5 entre lesquels sont incrustés des chiffres 2 à des synesthètes et non-synesthètes. Ces chiffres 2 peuvent former une de ces 4 formes : carré, losange, rectangle ou triangle. Les couleurs synesthétiques aident les synesthètes à trouver la "figure cachée" : pour un synesthète qui voit les 2 rouges et les 5 verts, le rouge des 2 se détachera du vert des 5. D'autres études ont exploré ces effets avec plus d'attention, et ont montré que : 1. les résultats varient entre synesthètes , 2. alors que la synesthésie est présente tôt dans le traitement perceptif, elle n'intervient pas avant l'attention (par exemple, Edquist et al. 2006; Sagiv, Heer & Robertson 2006a). Ces études conduisent à différencier les synesthésies fortes ou vraies, des synesthésies faibles que sont les associations normales que l'on peut faire, notamment, en associant le rouge au chaud ou le bleu au froid. Des phénomènes synesthésiques peuvent également survenir lors d'état de fatigue ou de somnolence, on parle parfois de synesthésie d'endormissement. Il est probable que nombre d'entre nous ayons vécu de telles associations de sens, par exemple, une porte qui claque ou un bruit intense, et sec, peut provoquer une impression de flash lumineux si l'on se trouve en phase de sommeil léger. Les hallucinations synesthésiques perçues sous l'emprise de substances psychotropes peuvent représenter une forme moyenne de synesthésie. Dès lors, il convient de faire une distinction entre la réalité physique, la réalité perceptive, et la simulation : les synesthètes ne simulent pas, cela est prouvé par les tests précités qu'il serait impossible de réussir aussi bien en simulant des associations de perceptions. Les caractéristiques physiques des stimulis sont indépendantes des stimulations perçues (par exemple, une lettre écrite en noir et vue en bleu n'a pas la longueur d'onde correspondant au bleu).

Base neurologique possible de la synesthésie

Les théories considérant une base neurologique à la synesthésie ont pour racine l'observation que certaines regions du cerveau sont spécialisées pour certaines fonctions. Basés sur cette notions de "régions spécialisées", quelques scientifiques ont suggéré que des "connexions" entre différentes régions spécialisées dans différentes fonctions peuvent résulter en différent types de synesthésie. Par exemple, comme les régions impliquées dans l'identification des lettres et chiffres sont adjacentes à la région impliquée dans le traitement des couleurs (V4), l'expérience additionnelle de voir des couleurs en regardant des graphèmes peut être due à cette " cross activation " de V4 . Cette "cross activation" peut survenir suite à un défaut dans le processus normal d'élimination des neurones. Selon l'autre théorie, la synesthésie peut survenir suite à une réduction du niveau d'inhibition des voies d'échanges
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