Terres australes et antarctiques françaises

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Le territoire des Terres australes et antarctiques françaises, plus couramment appelé « Terres australes et antarctiques françaises » ou « TAAF », constitue depuis 1955, un territoire d'outre-mer de la France, composé de trois districts insulaires du sud de l'Océan Indien : Kerguelen, Crozet et Saint-Paul-et-Amsterdam et d'une portion du continent antarctique : la terre Adélie. L'application du traité sur l'Antarctique, auquel la France adhère, place cependant la te
Terres australes et antarctiques françaises

Le territoire des Terres australes et antarctiques françaises, plus couramment appelé « Terres australes et antarctiques françaises » ou « TAAF », constitue depuis 1955, un territoire d'outre-mer de la France, composé de trois districts insulaires du sud de l'Océan Indien : Kerguelen, Crozet et Saint-Paul-et-Amsterdam et d'une portion du continent antarctique : la terre Adélie. L'application du traité sur l'Antarctique, auquel la France adhère, place cependant la terre Adélie dans une situation particulière. La souveraineté française, qui n'est pas reconnue par certains Etats, est exercée de manière conforme au Traité. Le traité ne fait que suspendre les revendications territoriales françaises et l'exercice de la souveraineté exclusive, tant que ce traité sera en vigueur. La loi n° 2007-224 du 21 février 2007 portant dispositions statutaires et institutionnelles relatives à l'outre-mer ajoute un cinquième district aux Terres australes et antarctiques françaises, celui tropical des îles Éparses (Tromelin, Europa, Bassas da India, Glorieuses, Juan de Nova). Aucun des districts n'a jamais possédé, en dehors de quelques brèves tentatives de colonisation, de population permanente. La France y assure cependant une présence humaine continue (logistique, scientifique ou militaire) grâce à des personnels relevés régulièrement.

Districts

Les Terres australes et antarctiques françaises (TAAF) sont un territoire français d'outre-mer à statut spécifique. Il se compose de 5 districts administratifs :

Statut

Le traité sur l'Antarctique (Washington, 1959) établit un « gel » des prétentions territoriales en Antarctique. Ainsi, la France exerce sa souveraineté en terre Adélie même si certains États refusent par principe toute appropriation territoriale de l'Antarctique. Les Terres australes et antarctiques françaises sont considérées comme une entité administrative interne de la France mais dépourvue d'identité juridique. Contrairement à la France métropolitaine et aux départements d'outre-mer, le territoire des Terres australes et antarctiques françaises ne fait pas partie de l'Union européenne, et le droit communautaire n'y est pas applicable.

Administration

Créées en tant que Territoire d'outre-mer (TOM) par la loi du 6 août 1955, les TAAF sont dotées de l'autonomie administrative et financière. Elles sont en outre, depuis la révision constitutionnelle du 28 mars 2003, mentionnées explicitement à l'article 72-3 de la Constitution de la République française. Avant 1955, les Terres australes et antarctiques françaises n'existent pas en tant qu'entité territoriale distincte. Les îles australes (Crozet, Kerguelen, Saint-Paul et Amsterdam) sont rattachées à partir de 1924 à l'administration du Gouvernement général de la France à Madagascar, comme îles éparses dépendant de Tamatave. En 1949, la Terre-Adélie y est ajoutée et l'ensemble forme alors un district de la province de Tamatave. Les TAAF sont placées sous l'autorité de l'Administrateur supérieur des Terres australes et antarctiques françaises, qui, depuis 2004, porte le titre de préfet. Le siège administratif, qui se trouvait initialement à Paris, a été installé en 2000 à Saint-Pierre, à la Réunion. Les Terres australes et antarctiques françaises ne font pas pour autant partie de ce département d'outre-mer. Le préfet des Terres australes et antarctiques françaises gère également la zone économique exclusive très étendue que confère la souveraineté française sur ces îles de l'Océan Indien. Il est responsable du registre maritime des Terres australes et antarctiques françaises, un sous-registre spécial détaché du registre maritime français maintenu à Paris auquel est applicable le droit européen (contrairement aux TAAF qui sont hors de l'Union européenne). L'État est représenté dans les quatre districts par des « chefs de districts, » désignés par le préfet des Terres australes et antarctiques françaises et remplacés tous les ans durant l'été austral. Il s'agit de volontaires qui deviennent responsables de domaines aussi variés que la gestion de l'environnement, la sécurité des biens et des personnes, la logistique, etc. Garants de la vie communautaire que l'isolement peut parfois rendre difficile, ils assurent aussi les fonctions traditionnellement dévolues à un maire, à un officier d'état-civil, et à un officier de police judiciaire. Le rôle de chef de district de la Terre Adélie revient normalement au chef de la base antarctique Dumont d'Urville.

Îles Éparses

Les îles Bassas da India, Europa, Glorieuses, Juan da Nova et Tromelin ont été intégrées au territoire des Terres australes et antarctiques françaises en application de l'article 14 de la loi n° 2007-224 du 21 février 2007 et conformément au 11° de cet article qui a rendu leur intégration effective dès la promulgation de la loi. Les îles Éparses constituent le cinquième district des TAAF. Le chef de district est basé à Saint-Pierre-de-La-Réunion. Auparavant, les Îles Éparses étaient administrées séparément au nom de l’État par l'administrateur des îles Éparses, dont la charge était confiée (par nomination du ministère de l'outre-mer) au préfet de la Réunion (les îles Éparses n'ont jamais fait partie du territoire de la Réunion, depuis la création de ce département d'outre-mer) puis à partir de 2005 au préfet des TAAF. Les îles Éparses continuent à faire l'objet de revendications territoriales de la part de Madagascar pour Bassas da India, Europa, les Glorieuses et Juan da Nova, de la part de la Fédération des Comores pour les îles Glorieuses et de la part de la République de Maurice pour l'île Tromelin.

Environnement

Les communautés terrestres des îles australes sont relativement pauvres et parfois dégradées, mais l'endémisme y est élevé : 90% des invertébrés de Crozet ne vivent que sur les îles subantarctiques de l'océan Indien et 55% ne sont présents que sur cet archipel. Ces écosystèmes jouent le rôle de sentinelles en terme de modifications climatiques et d'impact du trou dans la couche d'ozone.

Oiseaux

La moitié de la population mondiale de sept espèces ou sous-espèces d’oiseaux marins vit ou survit dans les TAF. Les îles Crozet et Kerguelen sont parmi les plus riches du monde en oiseaux, avec respectivement 34 et 33 espèces nicheuses en communautés les plus diversifiées au monde et avec des effectifs atteignant plusieurs millions d'oiseaux. (25 millions d'oiseaux nicheurs rien que pour les îles Crozet). Le record de biomasse d'oiseau y a été établi : on y compte 60 tonnes d’oiseaux au km². Les manchots sont les plus connus et les plus nombreux. Quatre espèces dominent : le Manchot royal, le Manchot papou, le Gorfou sauteur et le Gorfou doré (ou macaroni), en colonies de dizaines voire à centaines de milliers d'individus. Au moins 8 espèces d'albatros y vivent, ainsi que 25 espèces de pétrels, des cormorans, skuas, goélands, sternes, damiers du Cap, etc dont deux espèces moins dépendantes de la mer : les chionis et les canards d'Eaton (endémique). De l'île Amsterdam dépend la plus grande population d'albatros à bec jaune au monde, ainsi que la seule population d'Albatros d'Amsterdam, espèce endémique au bord de l'extinction (cf. Liste Rouge de l'UICN), dont les 40 derniers couples ne se reproduisent que sur le plateau des Tourbières (alt. : 600 m). Diverses sous-espèces sont endémiques à ces îles (ex : Cormoran des Kerguelen).

Mammifères marins

Trois espèces de pinnipèdes (Eléphant de mer, Otarie de Kerguelen, Otarie subantarctique d’Amsterdam) se reproduisent sur ces côtes. Elles ont été jusqu’à la fin du poursuivies par les chasseurs, sans pourtant disparaitre, ce qui a permis la reconstitution de certaines populations depuis leur protection. 400 000 éléphants de mer se reproduisent maintenant annuellement à Kerguelen. Le nombre des otaries d'Amsterdam est remonté à 40 000 à 50 000, alors qu'elles avaient presque disparut (moins d'une centaine lors du comptage de 1956). Neuf espèces de cétacés sont encore observés autour des îles Kerguelen, dont le Dauphin de Commerson (sous-espèce endémique encore commune dans la région). À Crozet, Kerguelen et Amsterdam, de nombreux orques chasser les jeunes éléphants de mer, les otaries et les bancs de poissons.

Poissons

Les stocks halieutiques y sont parmi les moins surexploités dans le monde, mais une pêche illégale s'est développée, notamment de la légine australe, poisson prédateur des profondeurs à haute valeur commerciale, pêché à la palangre qui a aussi un impact majeur sur les albatros et grands pétrels en fort déclin dans ces régions (2/3 de la population ont disparu pour certaines espèces). La France a mis en place une surveillance satellitaire, avec sur place la marine nationale (sur la ZEE française), en lien avec l'Australie et l'Afrique du Sud. Des contrôleurs indépendants sont présents à bord des bateaux légaux pour vérifier le respect des quotas de pêche (arrêté du préfet des TAAF sur avis du Muséum national d'histoire naturelle).

Menaces

La surpêche et les modifications climatiques sont les premières menaces. Les oiseaux soufrent des prises accidentelles (pêche à la palangre), de la concurrence par la surpêche et d'espèces introduites dans certaines îles (chats et rats surtout) alors que le réchauffement risque d'éloigner vers le sud de plusieurs centaines de kilomètres les proies du manchot royal et de nombreuses espèces. Remarque : l'utilisation de casiers plutôt que de palangres pourrait diminuer l'impact écologique de cette pêche.

Économie

L'intérêt de ces territoires est dans leur immense zone maritime, et en particulier la ZEE (Zone économique exclusive). Une extension importante du plateau continental juridique semble possible au-delà de la ZEE, conformément à l'article 76 de la Convention des Nations unies sur le Droit de la Mer ; cette zone pourrait renfermer des ressources minérales, comme par exemple des hydrates de méthane. Il est à noter que la terre Adélie ne bénéficie pas d'une Zone Economique Exclusive, ce qui ne permet pas à la France d'assurer la régulation de la pêche au large de ce territoire. La monnaie officielle des TAAF est l'euro (et non le franc Pacifique utilisé dans les collectivités d'outre-mer du Pacifique, bien que la Terre Adélie soit plus proche de l'Australie et la Nouvelle-Calédonie que de la Réunion) ; c'était le franc français avant 1999.

Dans l'océan Indien

Les trois Districts des Terres Australes (Crozet, Kerguelen, Saint-Paul et Amsterdam) sont tous caractérisés par leur environnement océanique et leur nature volcanique :
- St-Paul et Amsterdam sont situés sur la dorsale Est-Indienne,
- Les Crozet sur un plateau océanique sur le flanc Est de la dorsale Ouest Indienne,
- Kerguelen sur un vaste plateau aséismique entre les deux branches de ces dorsales. voir aussi les monographies consacrées à chacune de ces îles. Ces données fondamentales induisent les caractéristiques spécifiques (nature, environnement, géo-politique, économie) de ces terres placées sous responsabilité française. La zone économique exclusive est riche de poissons recherchés. On y pêche notamment la légine, très appréciée des Japonais, qui la consomment en sashimi. Cependant, la population de cette espèce s'est considérablement réduite dans les autres zones de l'océan austral. La gestion des ressources se fait dans le cadre de la Convention pour la conservation de la faune et la flore marines de l'Antarctique signée à Canberra (Australie) en 1980. En octobre 1986, la France a créé le registre maritime des Terres australes et antarctiques françaises communément appelé pavillon des Kerguelen destiné à l'enregistrement de navires de pêche et commerciaux, pour autoriser des exceptions dans le Droit du travail qui ne sont pas tolérées sous pavillon « France ». Les permis de pêche sont accordés de façon limitée et les périodes de pêche ainsi que le tonnage des prises dans la zone sont sévèrement contrôlés. Seuls six armements réunionnais comme la Sapmer ou Cap Bourbon ont actuellement le droit de pêcher dans la zone. L'un d'entre eux appartient à la famille de l'homme politique Jean-Paul Virapoullé. De fait, les captures illégales se sont développées il y a quelques années dans cette zone très étendue mais isolée et difficilement contrôlable. En 2001, 14 000 tonnes de poissons y ont été pêchées illégalement, quatre fois plus que ce qui était autorisé. Depuis, aidée par la surveillance par satellite radar du secteur, la Marine Nationale n'a cessé d'intervenir pour contrôler le trafic dans la zone également empruntée par certains navires de trafiquants, et où des cas d'abordage de navires ou de piraterie ont pu être observés dans le passé. Entre 1997 et 2005, 23 navires pêchant illégalement dans la zone ont été arraisonnés. Certains ont été coulés au large de la côte occidentale de la Réunion, d'autres ont été récupérés par les pouvoirs publics et sont désormais employés à la lutte contre la pêche sans permis. Parmi les autres ressources des TAAF, on trouve l'émission de timbres-poste, de souvenirs philatéliques et de télécartes vendus aux collectionneurs de la métropole. Il existe aussi une activité touristique limitée, avec des liaisons maritimes régulières au départ de la Réunion (dont les principaux clients sont des chercheurs scientifiques et amateurs d'aventure polaire). Il n'existe aucune installation portuaire dans les TAAF à l'exception d'une cale de débarquement à Port-aux-Français et d'une cale sommaire à Amsterdam. Les anciennes installations de traitement de la pêche de l'île Saint-Paul sont en ruines.

Dans la zone Antarctique

La Terre Adélie abrite la seule base française en Antarctique : la base antarctique Dumont d'Urville. Il y a aussi une base antarctique Concordia franco-italienne, sur le Dôme C sur un plateau très éloignée des côtes (cette base est toutefois située hors de la zone de souveraineté française, un peu plus à l'Ouest dans la zone de revendication australienne, et cet établissement n'a pu être possible qu'en vertu du traité de l'Antarctique pour le seul usage scientifique ; l'administrateur de la base est nommé parmi les personnels présents, sur leur proposition, et en accord des gouvernements français, italien et australien et du secrétariat de l'assemblée chargée de l'application du traité international et de son contrôle ; il fait appliquer localement les règles de police et de sécurité sur la base pour le compte des gouvernements français et italien, suivant un règlement approuvé par les participants qui décident àl'avance de la juridiction applicable). Les expéditions vers la Terre Adélie ne sont normalement autorisées que pour la recherche scientifique et la logistique ou le contrôle des installations de la base Dumont d'Urville. Elles doivent faire l'objet d'une demande préalable (sauf pour le contrôle international) et d'un signalement au Secrétariat du Traité sur l'Antarctique.

Maîtrise de l'Énergie

Dans le cadre d'un partenariat entre l'Université de la Réunion (Laboratoire de Physique du Bâtiment et des Systèmes LPBS) et les services techniques des TAAF, un programme ambitieux de maîtrise de l'énergie en vue d'intégrer les énergies renouvelables a débuté début 2006. "La crise énergétique mondiale actuelle liée principalement à la spéculation et à la future raréfaction du pétrole d'ici vingt à trente ans, nous mène à intensifier les actions en réduction des dépenses énergétiques dans les bases des Terres Australes et Antarctique Françaises et à y développer l'intégration des énergies renouvelables, tout en en prenant en compte les contraintes fortes en matière de maintenance et de logistique (4 ravitaillements maritimes par an seulement par le Marion Dufresne)".

Transports et tourisme

Distance à vol d'oiseau entre la Réunion, les TAAF et la Tasmanie (Australie) :
- Île Amsterdam - Île Saint-Paul : 80 km.
- Réunion - Îles Crozet : 2 860 km.
- Réunion - Île Amsterdam et Île Saint-Paul : 2 880 km.
- Réunion - Îles Kerguelen : 3 500 km.
- Îles Kerguelen - Île Amsterdam et Île Saint-Paul : 1 420 km.
- Îles Kerguelen - Îles Crozet : 1 480 km.
- Îles Kerguelen - Terre Adélie : 2 700 km.
- Tasmanie (Australie) - Terre Adélie : 2 700 km.

En savoir plus

Notes

Bibliographie

(voir également Bibliographie (Kerguelen))
- Edgar Aubert de la Rüe, Les terres australes, Que sais-je ? n°603, 1953
- Gracie Delépine, Les Îles australes françaises, Ouest-France, Rennes, 1995
- Jacques Nougier Pirate de légines, L'Harmattan, 2003. ISBN 2-7475-4459-1
- Marcel Barbarin Pêche et piraterie dans les quarantièmes rugissants, Ouest-France, 2002. ISBN 2-7373-2967-1 ===
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