Claude Debussy

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Claude-Achille Debussy est un compositeur français. Il naît le 22 août 1862 à Saint-Germain-en-Laye et meurt à Paris, le 25 mars 1918.
Claude Debussy

Claude-Achille Debussy est un compositeur français. Il naît le 22 août 1862 à Saint-Germain-en-Laye et meurt à Paris, le 25 mars 1918.

Biographie

Debussy est considéré comme l’un des compositeurs les plus importants du . Il reçoit de son vivant le surnom de « Claude de France », en référence à son rôle de défenseur qui se veut national et, d'une façon plus anecdotique, en allusion au fait qu'il partage avec Louis XIV (« Louis de France »), le même lieu de naissance. Tout en continuant d'admirer Wagner, il rompt avec le romantisme du siècle précédent et est rattaché généralement, à son corps défendant, au courant impressionniste (musical). Il refuse ainsi d'entrer dans un « moule » préétabli et recherche constamment la liberté la plus totale.

Naissance et contexte familial

Généalogie des Debussy

Il est intéressant de remarquer que la vocation musicale de Debussy tient presque du miracle; elle est en tout cas le résultat d'un heureux concours de circonstance. Il faut dire que les Debussy ne descendent pas vraiment d'une lignée d'artistes et encore moins de musiciens. En observant leur arbre généalogique, on peut constater que les Debussy (ou plutôt de Bussy comme il était fréquent de l'écrire) sont présents durant deux siècles du côté de la Bourgogne, précisément dans l'Auxois. On trouve de leurs traces dès le . Ils y étaient installés surtout en tant que laboureurs ou vignerons. Si on prend le cas de la lignée directe d'Achille-Claude, qui nous intéresse ici, c'est à Benoisey que l'on remonte le plus loin, jusqu'à à la sixième génération. L'arrière grand-père du musicien, Pierre II de Bussy (II car son père s'appelait lui aussi Pierre) est le premier à s'installer à Paris au début du . Il y exerce la fonction de serrurier. C'est là que naquit le grand-père d'Achille-Claude (prénommé Claude-Alexandre) en 1812, tour à tour marchand de vin-traiteur à Montrouge puis menuisier à Paris. C'est justement à Montrouge que naquit cette fois le père d'Achille-Claude en 1836, Manuel-Achille. Ce dernier s'engagea à dix-huit ans au 2 régiment d'infanterie de marine. Il y passera sept années et revint à la vie civile en 1861. À son retour, il part rejoindre à Levallois Victorine Manoury, fille d'un charron et d'une cuisinière. Il épouse la jeune femme quelque temps après à Clichy et le couple finit par s'installer à Saint-Germain-en-Laye au 38, rue au Pain. Il y sont vendeurs de céramiques et de poteries ( « marchands faïenciers »).

Enfance

Le 22 août 1862, à 4 heures et demie du matin, naquit Achille-Claude Debussy, dans la maison familiale de Saint-Germain-en-Laye. Onze mois plus tard, sa sœur Adèle vint au monde. Les Debussy quittèrent leur boutique de Saint-Germain-en-Laye vers la fin 1864 faute de rentabilité. Ils passèrent un moment chez la grand-mère maternelle d'Achille-Claude, M Manoury, avant de revenir s'installer à Paris même en septembre 1867 au 11, rue de Vintimille, où naquit le troisième enfant de la famille, Emmanuel. Le père Debussy, Manuel-Achille, travaille d'abord comme courtier en ustensile de ménage avant d'entrer en 1868 à l'imprimerie Paul Dupont ce qui lui permet de déménager à nouveau avec sa femme et ses enfants, cette fois au 69, rue Saint-Honoré. Au début de l'année 1870, Achille-Claude partit avec sa mère enceinte, son frère et sa sœur chez sa tante paternelle, Clémentine de Bussy, vivant à Cannes, où naquit le quatrième enfant de la famille, Alfred. Le père resta à Paris où la guerre éclate en juillet. L'imprimerie Dupont débauche son personnel le 15 novembre, et Manuel-Achille se trouve sans emploi avant d'accepter un poste au service des vivres de la mairie du 1 arrondissement, un des futurs foyers de la commune. Pendant ce temps, c'est sans doute à Cannes que le jeune Achille-Claude pénètre pour la première fois concrètement dans l'univers musical. Sa tante Clémentine aurait décelé en lui des dispositions musicales, et lui aurait déniché son premier professeur, un modeste violoniste italien de 42 ans habitant Cannes, Jean Cerutti. Ce dernier n'aurait rien remarqué de particulier chez Achille-Claude. À Paris, la situation s'accélérant, l'insurrection de la commune éclate, Manuel-Achille s'engagea dans la garde nationale, où après maintes péripéties, avoir été promu capitaine puis se retrouvant à la tête d'un bataillon, il finit par se faire arrêter, puis est libéré deux jours plus tard et emprisonné à nouveau, le 22 mai par les troupes de Mac-Mahon. Il se retrouva avec d'autres communards dans le camp de Satory, et dut subir plusieurs interrogatoires suivis d'un procès pour lequel son jugement par le conseil de guerre fut sans appel: quatre ans de prison. Après une année d'incarcération, la peine fut convertie en quatre ans de suspension de ses droits civiques et familiaux. Le reste de la famille, restée lors de tous ces évènements à Cannes, finit par rentrer à Paris, où Victorine Debussy et ses quatre enfants louèrent un petit deux pièces rue Pigalle. C'est pourtant ce contexte mouvementé qui allait permettre l'émergence du talent du jeune Debussy, et si tous ces évènements dramatiques n'avaient eu lieu, on ne sait si la carrière de Debussy aurait été celle que l'on connaît aujourd'hui. En effet, Manuel-Achille rencontra dans les prisons communardes un autre prisonnier, Charles de Sivry, un musicien autodidacte (il était notamment chef d'orchestre). Les deux hommes se lièrent d'amitié et échangèrent leurs soucis. Manuel-Achille toucha sans doute quelques mots à Sivry au sujet de son fils Achille-Claude et de ces facilités musicales, si bien que Sivry proposa de confier le petit Debussy à sa mère, Madame Mauté. Cette dernière, qui avait alors 48 ans, était une excellente pianiste et aurait été selon ses propres dires une élève de Chopin. Cette affirmation n'a cependant jamais pu être prouvée. Toujours est-il qu'Achille-Claude devint l'élève de Madame Mauté, mais on ne sait si les cours débutèrent avant ou après la libération de Sivry du camp de Satory (Sivry fut libéré rapidement, bénéficiant d'un non-lieu). Madame Antoinette-Flore Mauté prenait ces leçons très à cœur, et elle fut convaincue des talents de Debussy, ce dernier progressant de manière significative. Debussy lui-même en gardera un bon souvenir affirmant plus tard ; A. Joly Segalen et A. Schaeffner, Segalen et Debussy, 1962, p.107. La fille de Madame Mauté, Mathilde Mauté était la femme du poète Paul Verlaine. Ils s'installèrent d'ailleurs tous deux, Mathilde et Verlaine, rue Nicolet au côté des Mauté, non loin de la rue Pigalle, près de chez les Debussy. On peut se demander à ce sujet s'il est possible que le jeune Achille-Claude ait rencontré Verlaine, il n'en fera en tout cas jamais allusion même si les poèmes du poète l'inspireront pour certaines de ses compositions. Après une année, les leçons de Madame Mauté furent d'une telle qualité qu'Achille-Claude put envisager l'entrée au Conservatoire, lui qui ne fréquentait aucune école (contrairement à ses frères et sœurs) se contentant de l'instruction de sa mère. Antoinette Mauté l'encouragea dans cette voie et conseilla à ses parents de lui faire tenter le concours d'entrée du Conservatoire. Pour cela, il lui fallait une relation pouvant appuyer sa candidature. Le père, Manuel-Achille, parvint à joindre Félicien David, membre des comités d'examens de chants, d'orgue et de déclamation lyrique du Conservatoire. Ce dernier accepta et envoya le billet suivant au secrétaire du Conservatoire, Charles Réty: :Archive nationale, AJ32 322. Ainsi Debussy fut admis au Conservatoire le 22 octobre 1872; sur les 157 candidats, seulement 33 avaient été retenus.

Les années d'apprentissage

Debussy a passé plus de dix ans au Conservatoire. Lors de son entrée, cela ne faisait qu'un an qu'Ambroise Thomas en était le directeur. Il fut inscrit dans la classe de piano d'Antoine Marmontel, le 25 octobre 1872 et le 7 novembre de la même année dans la classe de solfège d'Albert Lavignac. Tout le monde s'accorde à dire que Debussy était un élève dissipé, arrivant souvent en retard, et subissant en cela le courroux de sa mère très sévère sur ce point. Cela ne changea pas grand chose. Debussy était aussi vu par ses professeurs comme un enfant intelligent, et plutôt talentueux. À propos d'une toccata de Bach jouée par Debussy en janvier 1873 chez Marmontel, Alphonse Duvernoy écrira : Archives nationales, AJ37 238. À Marmontel d'ajouter un an plus tard dans un jugement d'ensemble : L. Vallas, « Achille Debussy jugé par ses professeurs » dans, Revue de musicologie, 1952. Par contre dans la classe de Lavignac, Debussy fut jugé très en retard sur la théorie. Il ne tarda cependant pas à s'améliorer, si bien que Marmontel écrira en juin 1874 : Archives nationales. AJ37 238. Ces progrès, aussi bien en piano qu'en théorie l'amenèrent tout naturellement à concourir; il obtint un 2 accessit de piano (suite à l'interprétation du concerto n° 2 en fa mineur de Chopin) et la 3 médaille de solfège. Ses parents étaient présents lors de la remise des prix et furent très fiers de lui. Son père était sorti de prison depuis presque deux ans et avait retrouvé un emploi comme auxiliaire aux écritures à la compagnie Fives-Lille, et toute la famille avait déménagé au 13, rue Clapeyron. En 1875, Debussy était à 13 ans le plus jeune élève de la classe de Lavignac qui se montrait satisfait ayant cependant toujours quelques réserves sur les principes théoriques. En piano, Marmontel était quant à lui tout à fait enthousiaste au sujet de son élève. Lors de nouvelles épreuves, Debussy obtient cette fois la 2 médaille en solfège. En piano, il partagea les premiers accessit avec deux autres candidats, il n'y eut pas de premier prix mais deux seconds (l'épreuve comptait en tout 14 candidats et comportait notamment la première Ballade de Chopin). Un critique de l'Art musical, présent ce jour-là, écrivit sur Debussy qu'il était in, Claude Debussy, biographie critique, p.28. François Lesure. Klinkscieck, 1994. D'ailleurs du point de vue de Satie, personne n'a jamais mieux joué Chopin que Debussy. Cependant, 1876 fut pour Debussy une année qui d'un point de vue scolaire ne tint pas ses promesses. Changement qui selon certains est à mettre au compte de l'adolescence. Cela n'empêcha pas Marmontel d'envoyer Debussy comme accompagnateur d'une élève de classe de chant, Léontine Mendès, lors d'un concert en province (à Chauny, dans l'Aisne). Ce concert-spectacle organisé par la fanfare des manufactures de glaces se tint le 16 janvier 1876. C'était la première prestation publique de Debussy hors-conservatoire, il y accompagna Léontine sur un air de La Juive d'Halévy ainsi que sur un air de Mignon d'Ambroise Thomas. Il interpréta également une Fantaisie pour violoncelle et piano de Donizetti en compagnie du violoncelliste Samary suivi, entre autres, d'un trio pour piano, violon et violoncelle de Haydn. C'était sans compter qu'après le concert il fut encore sollicité pour tenir le piano dans une opérette d'Offenbach donnée par la troupe de théâtre locale. La presse locale également fut enthousiaste à son égard, et dans la défense nationale le critique écrit in, Claude Debussy, biographie critique, p.28. François Lesure. Klinkscieck, 1994. Suite à cette prestation remarquée, Debussy fut de nouveau appelé à donner un concert à Chauny le 18 mars 1876, organisé cette fois par la Musique municipale. Les professeurs du conservatoire se montraient moins enthousiastes. Marmontel écrit dans une note du 22 juin (1876) : Lavignac est plus complaisant (9 juin 1876) : Comme un fait exprès ses deux tendances se vérifièrent dans leurs épreuves respectives. En solfège ce fut la consécration, Debussy obtient la première médaille avec deux autres candidats, par contre, en piano, aucune récompense. Il faut dire que l'œuvre imposée n'aidait pas vraiment, l'allegro op. 111 de Beethoven qu'un critique de l'Art musical commente Ceci explique pour certains que Debussy ait par la suite gardé ses distances avec les œuvres de Beethoven. Dans le jury, on peut noter la présence entre autres de Saint-Saëns et Massenet. En ce qui concerne la technique pianistique de Debussy, ses camarades l'ont toujours considérée comme peu académique. Comme le décrit Gabriel Pierné, un de ses camarades de classe Opinion contrastant avec celle de ses professeurs, hormis le « Joli son » (cité précédemment) accordé par Duversnoy, celui-ci ajoute « jeu intelligent » en nuançant toutefois « joue trop vite », « se presse trop »Archives nationales, AJ37 238. Néanmoins Pierné reconnaît que « ces défauts allaient s'atténuer et il obtenait par moment des effets de douceur moelleuse étonnante ». De manière générale, l'année 1876-1877 est une année beaucoup plus encourageante que la précédente sur le plan scolaire. Marmontel trouve que Debussy a renoncé à son « étourderie » et a repris « goût au travail ». Ce que Manuel et Victorine Debussy prennent comme un soulagement (ils sont encore sous le coup de la perte de leur dernier enfant, Eugène, né en 1873 et mort en 1877 d'une méningite). Au concours de cette année, organisé à huis-clos, on retrouve le premier mouvement de la sonate en sol mineur de Schumann, que 21 candidats furent tenus d'exécuter. Debussy s'en sort avec le second prix, ce qui est une réussite (il y eut deux seconds prix, et trois premiers dont l'un alla à José Jimenez, un natif de Trinidad). Durant l'année 1877-1878, Debussy qui a 16 ans fait son entrée dans la classe d'harmonie d'Émile Durand (le 27 novembre 1877 précisément). L'harmonie enseignée au conservatoire était une discipline que Debussy trouvait pratiquement sans intérêt, il la considérait comme futile et n'y attachait pas beaucoup de crédit. Comme il le rapporte lui-même plus tard ou encore Debussy, M. Croche et autres écrits, 1987, p.288 et 65. Pour appuyer cette hypothèse, on pourrait citer une note de François Lesure dans sa biographie sur Claude Debussy : « Sur une une petite feuille que je possède, Debussy a noté, sans doute à l'époque où il fut nommé au Conseil supérieur du Conservatoire: « réduire les études d'harmonie à une année ». Néanmoins il avait des rapports très corrects avec Émile Durand, et tout deux s'appréciaient mutuellement. Ainsi il arrivait parfois à Durand de retenir Achille-Claude après la classe, et de jeter un œil sur le papier réglé de l'élève. Il y apportait des rectifications, émettait des critiques avant d'ajouter un sourire énigmatique aux lèvres « évidemment, tout cela n'est guère orthodoxe, mais c'est bien ingénieux »Antoine Banès dans le Figaro, 19 avril 1920, cité par Vallas, p.24.. Debussy ne reçut cependant aucune récompense en harmonie durant sa première année dans cette classe. Ce qui apparaît logique au vu des témoignages de ces camarades, ainsi Paul Vidal exprima « au lieu de trouver les réalisations harmoniques attendues du professeur, il dépassait toujours le but, inventait des solutions ingénieuses, élégantes, charmantes, mais nullement scolaires et Émile Durand, qui était un bon professeur mais dépourvu de souplesse, lui en faisait âprement le reproche » ce qui coïncide avec les souvenirs de Raymond Bonheur : « qu'il s'agisse d'un chant ou d'une basse donnée, il était rare qu'il n'en apportât une réalisation ingénieuse et n'en relevât l'ordinaire banalité d'une harmonie subtile et inattendue ». Au traditionnel concours de piano annuel, avec au programme l'allegro de la sonate op. 39 de Weber, Debussy fit vache maigre et repartit sans aucun prix. Cette désillusion annonce l'année 1878-1879 suivante comme étant la pire de ses années passées au Conservatoire, bien que ses notes chez Marmontel furent positives. Cependant, la plupart de ses camarades le devançaient, étant plus appliqués et rigoureux dans le travail, et récoltant de nombreux prix. Il n'en eut aucun cette année-là, même au concours de piano où pourtant il interpréta Chopin (Allegro de concert, op. 46), compositeur lui seyant normalement parfaitement. L'atmosphère familiale devint tendue, heureusement Marmontel sut lui trouver une distraction qui tombait à point nommé. Il l'envoya au Château de Chenonceaux chez Marguerite Wilson, riche châtelaine d'origine écossaise qui avait pour habitude de recevoir des pianistes afin d'animer ses soirées. C'était une blonde excentrique, grande admiratrice (jusqu'au fanatisme paraît-il) de Wagner. Elle tenait aussi en haute estime Flaubert (qu'elle avait d'ailleurs invité l'été précédant la venue de Debussy) et la peinture italienne. On imagine l'impression laissée au Debussy de 17 ans, par ce gigantesque château, lui qui débarquait de son deux pièces familial. Il semble qu'il ait surtout eu à jouer de la musique de chambre. Mais il a surtout dû s'imprégner de musique wagnérienne par l'entremise de la maîtresse de maison, et son premier contact concret et enthousiaste avec le compositeur de Bayreuth date probablement de cette époque (bien qu'il en ait tout naturellement eu vent, ne serait-ce qu'au Conservatoire). Les premières compositions de Debussy datent aussi probablement de l'année 1879, bien qu'il n'y ait aucun manuscrit musical de sa main daté d'avant 1880. Même si comme tout musicien, il a sans doute esquissé quelques pièces au piano dès ses débuts musicaux. Mais les premières compositions abouties sont sûrement celles de 1879, c'est la date qu'indique Paul Vidal dans ses souvenirs en parlant de mélodies que Debussy aurait composées notamment à partir de textes de Musset. La plupart sont perdues mais certaines ont été retrouvées, comme Madrid. Toujours selon Vidal, il arrivait à Debussy de lui chanter ainsi qu'à d'autres camarades ses mélodies, reçues avec enthousiasme. Entre-temps Debussy avait quitté Chenonceaux, était rentré à Paris et entamait en 1880 sa septième année de Conservatoire. Les échecs de l'année précédente ne l'avaient pas incité à s'inscrire tout de suite dans la classe de composition, de ce fait il s'est dirigé vers la classe d'accompagnement au piano (créée un an auparavant) sous la tutelle d'Auguste Bazille, organiste et ancien chef de chant à l'Opéra-Comique. C'est dans cette classe que Debussy obtiendra le seul premier prix de ces 10 ans de conservatoire. Bazille disait de son élève « Grande facilité, bon lecteur, très bons doigts (pourrait travailler davantage); bon harmoniste, un peu fantaisiste, beaucoup d'initiative et de verve ». Debussy par ailleurs continuait à étudier l'harmonie chez Émile Durand et lors d'une épreuve, la réalisation de la « basse donnée », le jury souligna une demi-douzaine de fautes de quintes ou d'octaves. Son nom fut rayé de la classe et il ne fut même pas classé. Pour occulter cet échec, Marmontel lui trouva de nouveau une occupation déterminante; en effet, une dame russe vint chercher au Conservatoire un pianiste pour faire de la musique durant l'été, et ce fut tout naturellement que Marmontel désigna Achille-Claude. La dame en question n'était autre que Nadejda von Meck, veuve dans la cinquantaine et mère de cinq garçons et six filles. Grande voyageuse, elle avait connu les Rubinstein et Liszt, mais c'est surtout sa passion platonique pour Tchaïkovski qui la rendit célèbre. Celle-ci versait au compositeur une pension d'environ 2000 roubles par mois (avant de couper les ponts beaucoup plus tard, sans doute à cause de l'homosexualité présumée du compositeur russe). Chaque été elle se fixait un lieu de résidence précis, et le 20 juillet 1880 c'est en Suisse à Interlaken, dans les montagnes, que Debussy la rejoignit elle et ses enfants. Ils jouèrent beaucoup d'œuvres de Tchaïkovski dont des transcriptions pour quatre mains. Nadejda trouvait que Debussy avait une brillante technique mais était un peu dépourvu de sensibilité. Quelque temps plus tard, ils changèrent de lieu et s'installèrent à Arcachon dans la Villa Marguerite. Dans ses correspondances de cette époque avec Tchaïkovski, Nadejda fait à plusieurs reprises mention de Debussy. En parlant notamment d'une séance de déchiffrage au piano de la 4 symphonie de Tchaïkovski, elle écrit à ce dernier « Mon partenaire ne la joua pas bien, quoiqu'il l'aie merveilleusement déchiffrée. C'est son seul mérite, mais c'est une qualité fort importante. Il déchiffre une partition, même la vôtre, à livre ouvert. Il a un autre mérite, c'est d'être ravi par votre musique... ». On peut s'interroger sur la vraisemblance de cette dernière affirmation. Peut-être Debussy appréciait-il la musique de Tchaïkovski à cette époque, toujours est-il que des années plus tard le 15 mars 1903 lors d'un concert de l'orchestre Colonne, il dira suite à l'audition de la Sérénade mélancolique pour violon de ce même Tchaïkovski ainsi que d'un concerto de Brahms, que ce sont des « rocaillerie ennuyeuses ». D'un autre côté, toujours dans la même lettre de Nadejda à Tchaïkovski, celle-ci rapporte au sujet d'une fugue de ce dernier que Debussy aurait interprété en sa compagnie « Il fut charmé par la fugue, affirmant : dans les fugues modernes, je n'ai jamais rien vu de si beau. M. Massenet ne pourrait jamais rien faire de pareil ». Il se peut donc tout à fait que Debussy ait apprécié Tchaïkovski un temps avant de le désavouer par la suite, comme ce fut le cas pour Wagner. Les Von Meck se lassèrent de la villa Marguerite et partirent à nouveau pour un long périple, passant par Paris, Nice, Gênes, Naples, avec (si l'on peut s'exprimer ainsi) Debussy dans leurs bagages avant de s'arrêter finalement à Florence à la Villa Oppenheim, le 19 septembre 1880. C'est là que Debussy exposa ses premières compositions dont une Danse bohémienne pour piano que Nadejda enverra à Tchaikovsky. Celui-ci dira de cette composition de jeunesse que « C'est une gentille chose, mais tellement courte, avec des thèmes qui n'aboutissent pas et une forme chiffonnée qui manque d'unité ». À Florence, Debussy composera également un trio en sol majeur et réalisera une réduction pour piano à quatre mains de trois danses du Lac des cygnes suite à une demande de Nadejda. Cette réduction sera même publiée par l'éditeur Jurgenson avec cette note de Nadejda à l'éditeur « Je vous demande de ne pas indiquer le nom de M. de Bussy, car si J. Massenet en avait vent mon jeune homme se ferait gronder ». Nadejda a une réelle affection pour Debussy et c'est en pleurant qu'il quitte les Von Meck pour rentrer à Paris en novembre 1880. À son retour, il finit par s'inscrire dans une classe de composition. La logique aurait voulut qu'il aille vers celle de Massenet, qui avait très bonne réputation. D'autant que Debussy avait déclaré a Nadejda qu'il était déjà l'élève de Massenet. Mais il est orienté vers celle d'Ernest Guiraud, fraîchement nommé. La classe de ce dernier ne compte que trois élèves, Debussy compris. C'est aussi en cette année 1880-1881, que Debussy entra dans la classe d'orgue de César Franck apparemment en tant qu'élève libre, classe qu'il ne fréquentera que quelque mois. Il débuta également comme professeur particulier en donnant des leçons à un élève de 10 ans que Lavignac (professeur de solfège) lui confia, Georges Cuignache. Ayant besoin de revenus plus stables, il se fit embaucher comme accompagnateur pour le cours de chant de M Moreau-Sainti, poste qu'il occupera pendant 4 ans tous les mardis et vendredis à 15 heures (rue Taibout, puis rue royale à l'École internationale de musique). Les cours de M Moreau-Sainti (41 ans à cette époque) sont surtout fréquentés par des femmes du monde, et c'est là-bas que Debussy rencontra une femme mariée de 32 ans, rousse aux yeux verts, mère de deux enfants, Marie Vasnier. À 19 ans, Debussy s'éprit de cette femme et lui écrivit beaucoup de mélodies, sur des poèmes de Théophile Gautier, Leconte de Lisle et Théodore de Banville. Autant de mélodies qui sont surtout des preuves d'amour. Sur une des partitions, on peut trouver cette dédicace « À M Vanier, ces mélodies, conçues en quelque sorte par votre souvenir, ne peuvent que vous appartenir, comme vous appartient l'auteur ». Cet amour naissant ne lui enleva pas pour autant l'envie de passer un été loin de Paris. Confiant son élève Cuignache à l'un de ses camarades, et les cours de chants étant en congé, il écrivit à Nadejda Von Meck pour de nouveau passer un séjour avec elle et sa famille. Celle-ci ne refusa pas et c'est ainsi que cette fois Debussy les rejoignit directement à Moscou. Ce fut l'occasion pour lui de découvrir la Russie pour la première fois. Il y passa 2 mois avant de se rendre avec les Von Meck à Florence en passant par Vienne, Rome, Trieste et Venise en voyageant notamment dans des wagons-salons de luxe. Il rentra à Paris dans les premiers jours de décembre 1881 et passa plus de temps chez les Vasnier qu'au Conservatoire. Quand la mère de Debussy apprit que celui-ci avait jeté son dévolu sur une femme mariée, elle fut consternée. La plupart de ses camarades étaient déjà au courant, et furent pour le moins admiratifs de l'audace de leur ami. Du reste, pour se faire pardonner son retour tardif, Debussy dédia son ouverture Diane pour piano à quatre mains à son professeur Émile Durand. Au même moment il accompagna au piano Marie Vasnier (Debussy lui, l'écrivait « Vanier » sans « s » dans ses dédicaces) lors de nombreux concerts publics, et publia sa première œuvre Nuit d'étoiles (composée depuis deux ans déjà et dédiée à M Moreau-Sainti) chez Émile Bulla, petit éditeur catalan et relation de son père, à qui il vendit la partition pour 50 francs. Les années de 1880 à 1882 ont été des années décisives pour Debussy. Malgré ses relatifs échecs scolaires, ces nombreux voyages avec les Von Meck l'ont rempli d'expériences et d'assurance. De plus, il composait à ce moment avec facilité et nourrissait de sérieux espoirs de réussites. Preuve de cette confiance en lui, il imprima des cartes de visites à son nom « A. de Bussy ».

Le séjour à Rome

Debussy à la Villa Médicis à Rome en 1885. Le compositeur est en haut au centre, en veste blanche. En 1884, le jeune musicien décroche un premier prix de Rome avec sa cantate L'enfant prodigue et, conformément au règlement, obtient une bourse et un séjour de trois ans à la Villa Médicis. Il part pour la « Ville Éternelle » en janvier 1885. Debussy y découvre la musique de Palestrina et les splendeurs de l'Italie mais reste hermétique au bel canto. Il rencontre plusieurs musiciens importants de l'époque, dont Verdi et Liszt. Cependant, l'artiste vit mal cet exil et ne parvient qu'avec peine à composer quatre pièces : l'ode symphonique Zuleima (d'après un texte de Heinrich Heine), la pièce orchestrale Printemps et la cantate La Damoiselle élue (1887-1888). Ces œuvres envoyées au Conservatoire furent jugées, en particulier Zuleima, comme étant « bizarres, incompréhensibles et impossibles à exécuter ». Encore soumise à l'influence de César Franck, la quatrième pièce est une Fantaisie pour piano et orchestre qui, par la suite, fut retirée de son catalogue par le compositeur.

Le retour en France

Au bout de deux ans, Debussy donne sa démission au Conservatoire et rentre en France. Il s'installe dans le quartier de Saint-Lazare et débute une relation avec Gabrielle Dupont qu'il aime à appeler « Gaby aux yeux verts ». Ils vivront ensemble pendant près de dix ans au 42 rue de Londres. Vers 1887, Debussy fréquente les fameux mardis de Mallarmé. En 1888, il se rend à Bayreuth où il assiste à plusieurs opéras de Richard Wagner : Die Meistersinger von Nürnberg (Les Maîtres Chanteurs de Nuremberg), Tristan et Isolde, Parsifal. Si ces œuvres provoquent chez lui un sentiment mitigé, elles le marqueront à jamais. C'est, avant tout, l'exposition universelle de 1889 et sa découverte de rythmes et d'associations de sonorités « exotiques », plus spécifiquement à travers ceux du gamelan javanais, qui lui font forte impression et influent profondément sur ses compositions à venir : gamme, « couleurs » sonores, ruptures rythmiques.

Une reconnaissance difficile

Claude Debussy au piano dans la propriété d'Ernest Chausson à Luzancy, août 1893. Anonyme. Paris, musée d'Orsay. Arrive en 1890, sa Suite bergamasque pour piano, son premier grand succès, suivi plus tard d'une pièce pour orchestre, Le Prélude à l'après-midi d'un faune tiré d'un poème de Mallarmé. La première à Paris en décembre 1894 fut mal exécutée et l'ouvrage s'attira les foudres d'une majeure partie de la critique, tout en faisant bonne impression auprès de certains cercles artistiques présents. Cette composition remporta un franc succès dans toute l'Europe. Debussy s'attelle ensuite à son unique opéra complet (son second, Rodrigue et Chimène, est demeuré inachevé). En gestation depuis déjà dix longues années, Pelléas et Mélisande, mélange de poésie (sur un livret de Maeterlinck) et de musique. Sa réputation s'étant entre-temps considérablement accrue, il peut se permettre une grande première à l'Opéra-Comique de Paris en 1902. C'est un triomphe qui lui permet de ne plus se soucier de problèmes financiers pendant un temps, comme il en eut quelques années plus tôt à Montmartre. Et pourtant, durant les préparations de la représentation, des incidents se produisirent qui auraient pu en faire un échec cuisant ; Debussy avait reçu l'autorisation de Maeterlinck d'utiliser son livret à la seule condition que la maîtresse de ce dernier, Georgette Leblanc (sœur de Maurice Leblanc, l'auteur des aventures d'Arsène Lupin), chante le rôle de Mélisande. Mais l'Opéra-comique et le compositeur accordèrent le rôle à Mary Garden, une jeune soprano américano-écossaise. Debussy ne pouvait s'y tromper : douée d'un physique évanescent, d'un visage préraphaélite, Mary Garden était incontestablement l'interprète idéale, au sens premier du mot, de l'héroïne de Maeterlinck. Il n'est pas jusqu'à sa pointe d'accent anglais qui ne contribuât à lui donner dans ce rôle, selon un critique du temps, "réellement l'air d'un oiseau qui n'était pas d'ici", selon les mots même du livret. Malheureusement, le librettiste prit très mal l'éviction de la sulfureuse Georgette Leblanc, et faillit même, selon plusieurs témoignages, provoquer Debussy en duel. Et le 14 avril 1902, à la veille de la première, Maeterlinck, confiait dans une interview au Figaro : "Le Pelléas en question est une œuvre qui m'est devenue étrangère, presque ennemie ; et, dépouillé ainsi de tout contrôle sur mon œuvre, j'en suis réduit à souhaiter que sa chute soit prompte et retentissante...". Octave Mirbeau, qui avait lancé Maeterlinck en 1890, eut le plus grand mal à calmer sa colère et dut, très diplomatiquement, partager son admiration entre le poète et le compositeur. Il s'ensuivit également des tentatives de sabotage, telle la dégradation de parties orchestrales sur les partitions durant les répétitions, rendant impossible l'identification des bémols ou des dièses. D'autres événements extérieurs eurent lieu. Ainsi, peu de jours avant la première, Claude Debussy dut composer de longs interludes orchestraux car on constata que les temps nécessaires aux changements de scènes et de décors, tels qu'écrits dans la partition, n'étaient pas suffisants. Pour couronner le tout, des pamphlets contre l'ouvrage furent même distribués à l'entrée par des détracteurs. Le jour de la répétition générale on put lire un livret intitulé : « Pédéraste et Médisante ». Néanmoins Pelléas et Mélisande assit définitivement la réputation de Debussy et ce, sur un plan international. L'opéra fut joué, entre autres, à Londres et à New York.

Les dernières années

Entre-temps, Debussy se sépare de Gabrielle Dupont (il la quitte en 1899) pour épouser Rosalie Texier, une couturière. Quatre ans plus tard, il rencontre Emma Bardac, femme d'un banquier qui avait été la maîtresse de Gabriel Fauré et avec laquelle il entame une nouvelle relation, délaissant alors son épouse. Cette rupture poussa cette dernière à une tentative de suicide, en se tirant une balle dans la poitrine, à laquelle elle survécut. L'affaire fit scandale, Debussy étant fermement critiqué pour son attitude dans cette histoire et ce, même par des amis proches. Cependant, il obtient le divorce et se marie avec Emma en 1908. Ils ont une fille, Claude-Emma Debussy, surnommée « Chouchou », à qui il dédie sa suite pour piano Children's Corner, composée entre 1906 et 1908. Née le 30 octobre 1905, elle meurt de la diphtérie le 14 juillet 1919. L'album que Claude Debussy lui consacre porte cette dédicace : « À ma très chère Chouchou... avec les tendres excuses de son père pour ce qui va suivre ». Après la mort de son père, le pianiste Alfred Cortot joue ces morceaux en sa présence. Elle aurait alors déclaré : « Papa écoutait davantage ». Elle est enterrée dans la tombe de son père, à Passy, sans que le monument ne porte de signe distinctif. Au début du , et pour assurer l'aisance de son foyer, Debussy diversifie quelque peu ses activités. Il publie ainsi de nombreux articles dans des journaux ou revues en qualité de critique musical et sous le pseudonyme de « Monsieur Croche ». Il collabore avec Diaghilev, sur une idée de Nijinsky, lors de la création du balletJeux qui ne connut pas le succès. Parmi ses nouvelles rencontres, on peut souligner une amitié avec Igor Stravinski, encore jeune homme. Vers 1910, la Faculté diagnostique chez Debussy un cancer. Sa santé se détériore rapidement et ses souffrances sont de plus en plus difficiles à supporter. Il ne sort alors plus que très rarement et achève ses dernières œuvres. Claude Debussy meurt le 25 mars 1918, dans l'indifférence des hommes et de leur guerre qui le minait et dont il ne verra même pas l'achèvement. Tombe de Claude Debussy, Cimetière de Passy (Paris) D'abord enterré au Cimetière du Père-Lachaise, sans discours et sous les tirs d'obus de la « Grosse Bertha », Claude Debussy repose désormais au cimetière de Passy dans le XVI arrondissement. À ses côtés, reposent sa fille, décédée en 1919, et sa femme, Emma, morte en 1934.

Caractéristiques de l'œuvre

Plus encore que les romantiques, Debussy marque une rupture avec la forme classique. Ses compositions se distinguent par une construction mélodique librement inspirée des musiques orientales (recours à la gamme pentatonique et à de nombreuses altérations). Les thèmes sont épars, disséminés, les recherches harmoniques audacieuses, les nuances infinies et la rythmique complexe. Ses œuvres sont avant tout sensorielles, elles visent à faire éprouver à l'auditeur des sensations particulières en traduisant en musique des images et des impressions précises. Les titres évocateurs de ses pièces illustrent d'ailleurs assez bien cette ambition, même s'ils ne sont qu'indicatifs et ne constituent pas de "programme" : Des pas sur la neige, La fille aux cheveux de lin, Ce qu'a vu le vent d'Ouest, La cathédrale engloutie, etc. (Préludes). Il substitue de cette manière les couleurs aux notes : il n'est qu'à écouter Arturo Benedetti Michelangeli, sans doute le meilleur interprète de son œuvre pianistique, pour accéder à cette synesthésie. Ainsi, même s'il est difficile de le rattacher à un courant artistique, on le qualifie généralement d', étiquette qu'il n'a lui-même jamais revendiquée et plutôt abandonnée aujourd'hui. De caractère non conformiste et créateur iconoclaste, Debussy n'aura pas eu de réels devanciers ni de successeurs proclamés, mais il doit beaucoup à la musique de Wagner qu'il raillait constamment, et tout un pan de la musique du lui est à son tour redevable. Son innovation principale réside dans le refus du développement et de la forme-sonate de type A-B-A' qui malgré les variations et les innovations que lui auront apporté entre autres Beethoven, Brahms et Bruckner, contraignent le compositeur à avancer selon un schéma fixe et prédéfini. Mais, du même coup, Debussy affronte plus qu'aucun autre la liberté absolue du créateur fixant lui-même les règles de l'œuvre qu'il invente. C'est en cela qu'il appartient indéniablement à ce qui commence avec lui plus qu'avec Wagner, dont le Tristan et Isolde était selon ses propres mots . Il est cependant remarquable que Debussy, fidèle comme Baudelaire , n'adopte jamais de formules figées ou de système de composition arbitraire, comme ce sera pourtant le cas dans le sérialisme de Schoenberg, tout en construisant des œuvres d'une extraordinaire cohérence interne (Jeux, son œuvre la plus audacieuse, est le point d'aboutissement de cette révolution formelle). Il aura aussi trouvé dans une attention scrupuleuse aux sensations physiques du son et dans la transgression de la rhétorique musicale traditionnelle, une expressivité unique et une forme de sensualité qui ne débouchent sur aucun hermétisme ni aucun intellectualisme (Prélude à l'après-midi d'un faune, Nocturnes). Alors qu'auparavant la mélodie et le déroulement "horizontal" de la musique primaient tout autre paramètre, Debussy accorde à la sonorité de chaque instrument un rôle dramatique en soi : avec lui, le son lui-même fait sens, et non plus seulement l'architecture globale de l'œuvre. Cette modification constitue une révolution dans l'attitude mentale européenne qui identifie généralement la beauté à l'élaboration raisonnée d'un travail construit, d'où toute improvisation est impitoyablement bannie. Et si la musique de Debussy est tout sauf improvisée, elle peut néanmoins donner ce sentiment jusque dans ses œuvres les plus savantes, comme les Études, où l'exploration systématique de la technique pianistique se conjugue pourtant magiquement au sentiment de la plus totale liberté. Dans son unique opéra achevé, Pelléas et Mélisande, peut-être son chef-d’œuvre, il parvient à exprimer l'inexprimable et créer un climat "d'inquiétante étrangeté" à travers un lyrisme réinventé et une temporalité fondée sur le vécu intérieur de la conscience. Billet de 20 francs émis par la Banque de France entre 1990 et 2001. Son génie de l'orchestration et son attention aiguë aux couleurs instrumentales font de Debussy le digne héritier de Berlioz et l'égal au moins de Ravel. Mais surtout, son art de l'instantané qui "fixe des vertiges" (Images pour orchestre) et s'affranchit de la logique rationnelle au profit d'un "dérèglement de tous les sens" (L'Isle joyeuse), jusqu'à adopter le point de vue de l'enfant "amoureux de cartes et d'estampes" (Estampes), font de lui un frère spirituel de Baudelaire et de Rimbaud plus que de la peinture impressionniste auquel on l'assimile par facilité d'analyse. Cette rupture que Debussy instaure volontairement entre le goût classique, dont musiciens et mélomanes possèdent les codes, et la musique nouvelle qu'il défend, est l'une des racines du divorce partiel entre le public et la musique contemporaine. D'une audace imprévisible mais d'une sûreté de goût absolue, génial coloriste et dramaturge subtil, Debussy est comme Rameau auquel il a rendu hommage dans ses Images pour piano, un compositeur d'esprit très français (il signait d'ailleurs ses partitions Claude de France). Mais grâce à la révolution qu'il introduit dans l'histoire de la musique, à travers les ponts qu'il lance en direction des autres arts et des multiples sensations qu'ils éveillent (les sons et les parfums, les mots et les couleurs), il fait accéder sans doute mieux qu'aucun autre la musique française à l'universalité: celle du corps, de la nature et de l'espace. À ce titre, le chef d'orchestre Sergiu Celibidache qui, par le recours à la phénoménologie de la musique, a su restituer les sonorités de l'orchestre telles qu'elles nous parviennent, indépendamment des cadres d'analyse hérités et des formules apprises, a contribué peut-être mieux que quiconque à dévoiler la puissance émotionnelle brute que contiennent les plus belles pages de Debussy (dont La Mer, "Bible musicale française" selon lui). Messiaen, Takemitsu, Dutilleux et de nombreuses figures incontournables de la musique du reconnurent en Debussy si ce n'est leur maître commun, du moins celui grâce auquel la musique européenne toute entière pouvait connaître une nouvelle et magistrale Renaissance.

Œuvres principales

Pour découvrir Debussy

-Pelléas et Mélisande par Camille Maurane (Pelléas), Janine Micheau (Mélisande), Michel Roux (Goulaud), Xavier Depraz (Arkel), Rita Gorr (Geneviève), Annik Simon (Yniold), Marcel Vigneron (un Berger, un Médecin) et les chœurs Élisabeth Brasseur, l'Orchestre des Concerts Lamoureux, dirigé par Jean Fournet, version 1953 Paris.

Critiques

- « Monsieur Croche, antidilettante », Nouvelle Revue Française & librairie Dorbon Ainé, Paris, 1921.

Correspondances et ouvrages de référence

-Paul-Jean Toulet et Claude Debussy, « Correspondance », éditions du Sandre, Paris, 2005 – 132 p., 22 cm. (ISBN 2-914958-20-X)  (texte d'une correspondance du 5 août 1901 au 27 février 1920).
-Claude Debussy, « Correspondance 1872-1918 », édition établie par François Lesure et Denis Herlin, éditions Gallimard, Paris, 2005 - Relié - 2 330 pages, 6 x 7 x 24 cm. (ISBN 2070772551)(Cette correspondance forme donc une attachante autobiographie en même temps qu'un tableau très personnel de la vie musicale parisienne autour de 1900, depuis les années symbolistes jusqu'à l'époque des Ballets russes.)Extrait de la chronique d'. Bibliographie (ouvrages de langue française)
- BARRAQUÉ JEAN, Debussy. Paris 1962 ; seconde édition 1994 ; traduction anglaise 1972
- BOUCOURECHLIEV ANDRÉ, Debussy, la révolution subtile. «Les chemins de la musique», Fayard, Paris
- COEUROY André, Claude Debussy. Paris 1930
- CORTOT ALFRED, La musique française de piano (1ère série), Rieder, Paris 1930,
- DUKAS PAUL, Les Ecrits de P. Dukas sur la musique. Société d'Editions françaises et internationales, Paris 1948
- EMMANUEL MAURICE, Pelléas et Mélisande. Mellottée, Paris
- INGHELBRECHT G.& D.-E., Claude Debussy. Dans «Les musiciens célèbres», L. Mazendi, Genève ; Les Horizons de France, Paris 1946 ; 1953
- Vladimir Jankélévitch, La vie et la mort dans la musique de Debussy. Neuchâtel 1968, Debussy et le mystère de l'instant. La Baconnière, Boudry, Paris 1976, Debussy et le mystère. Neuchâtel 1949
- JARDILLIER Robert, Claude Debussy. Dijon 1922, Pelléas. Aveline, Paris 1927
- JAROCINSKI S., Debussy, a impresionizm i. synmbolizm. Kraków, 1966 ; traduction française 1971 ; traduction anglaise 1975, Debussy, kronika zycia, dziela, epoki. Kraków 1972
- KÖCHLIN CHARLES (1867-1950), Debussy. H. Laurens, Paris 1927 ; seconde édition 1941
- LESURE FRANÇOIS, Claude Debussuy avant Pelléas ou les années symbolistes. Klincksieck , Claude Debussy : biographie critique. Paris 1994, Claude Debussy avant Pelléas, ou les années symbolistes. Paris 1992, Claude Debussy, biographie critique. Klincksieck
- LOCKSPEISER E., Debussy, his Life and Mind. Dent, London 19621965 ; traduction farnçaise avec des commentaires sur les oeuvres par H. Halbreich 1980, Debussy. London 1936 ; 4e édition révisée , 1963 ; 1980 5e édition
- MALIPIERO R., Debussy. Brescia 1948
- MARNOLD JEAN, Pelléas et Mélisande, drame lyrique de Maurice Maeterlinck et Claude Debussy. Dans « Mercure de France », juin 1902, p. 801-810
- SAMAZEUILH G., Musiciens de mon temps. M. Daubin, Paris 1947
- SCHAEFFNER G., Claude Debussy und das Poetische. Francke, Bern 1943
- SUARÉS A., Debussy. Émil Paul, Paris 1922 ; édition augmentée 1936
- VALLAS L, Les idées de Claude Debussy. Plon, Paris 1927 , Achille-Claude Debussy. Presses Universitaires, Paris 1944 ; seconde édition 1949, Claude Debussy et son temps. Alkan, Paris 1932 ; seconde édition 1958 ; traduction anglaise : Claude Debussy : his Life and Works 1933, Debussy. Paris 1927
- VUILLERMOZ ÉMILE, Claude Debussy. Paris 1920 ; Genève 1957 ; 1962 Numéros de revues musicales
- CAHIERS DEBUSSY (Bulletin du Centre de Documentation Claude Debussy), http://www.minkoff-editions.com/musique_musicologie/pages/c.htm
- Claude Debussy 1862–1962 : livre d'or. Dans numéro spécial de la «Revue musicale» (258) 1964
- Numéro spécial Claude Debussy. «Revue musicale» (1) 1920, p. 98-21 Numéro spécial Claude Debussy. «Silences» (4) 1987
- Pelléas et Melisandre. Actes Sud
- Pelléas et Melissandre. "L'Avant-Scène Opéra, numéro" ( 9) Premieres Loges, Paris. ISBN 2843850053]

Debussy au cinéma

- Le Clair de lune de la Suite bergamasque pour piano solo est particulièrement populaire. Ce morceau apparaît comme un des morceaux favoris du personnage d’Oncle Bally dans le film de George Stevens Géant. Dans Casino Royale, Sir James Bond (David Niven) « se met au vert » avec Debussy, jouant Clair de lune sur un piano à queue dans la pièce de musique de sa demeure. Le morceau est utilisé dans le film The Right Stuff de Philip Kaufman' sur le programme spatial de la NASA. Plus récemment, il est joué dans le film Man on Fire en 2004 et dans les dernières minutes du film Ocean's Eleven devant l'hôtel et le casino Bellagio. Le film d'horreur britannique Dog Soldiers utilise Clair de lune pour un effet comique. Le morceau est joué par la boîte à musique donnée à Heinrich Harrer par le dalaï lama dans le film Sept ans au Tibet. Dans le film All About Lily Chou-Chou, le réalisateur et scénariste japonais Shunji Iwai fait référence au surnom donné à la fille de Claude Debussy et utilise le Clair de lune dans un des passages pathétique de l'histoire.
- Le mouvement lent de la pièce En blanc et noir pour deux pianos est jouée par les personnages de Anna Mouglalis et Jacques Dutronc dans Merci pour le chocolat de Claude Chabrol (2000).
- Arabesque No 1 est entendu dans la scène du dîner du film Les oiseaux d'Alfred Hitchcock.
-
La Cathédrale Engloutie est entendue (dans une version électronique) dans le film de John Carpenter New York 1997 lorsque le héros glisse dans un Manhattan futuriste.
- Les sons et les parfums tournent dans l'air du soir est le thème d'introduction du film Usual Suspects.
- Dans Le Créateur d'Albert Dupontel (1998), lorsque Dupontel boit en compagnie de Le Floch (Paul Le Person) pour lui remonter le moral, on entend furtivement le début du troisième mouvement des Nocturnes (Sirènes) au moment où l'écrivain parle de ses moments d'inspiration.

Anecdotes

Claude Debussy fit partie, avec Erik Satie, de l’
Ordre Kabbalistique de la Rose-Croix'' de Stanislas de Guaita et Joséphin Péladan.

Citations de Debussy

-« Je n'aime pas les spécialistes. Pour moi, se spécialiser, c'est rétrécir d'autant son univers. »
-« L’art est le plus beau des mensonges. »
-« N’écoute les conseils de personne, sinon du vent qui passe et nous raconte les histoires du monde. »
-« Être supérieur aux autres n'a jamais représenté un grand effort si l'on n'y joint pas le beau désir d'être supérieur à soi-même. »
-« De tous temps, la beauté a été ressentie par certains comme une secrète insulte. »

Notes

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