Comté de Flandre

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D'or au lion de sable armé et lampassé de gueules La Flandre désignait autrefois un comté, l'une des principautés du royaume de France, aux frontières durement disputées entre 866, date de sa création, et 1384, date de la mort de son dernier comte particulier, Louis de Male. Le comté fut ensuite progressivement intégré aux Pays-Bas bourguignons et fut détaché du royaume de France en 1526. Louis XIV en conquit une partie sur les Espagnols. Le comté
Comté de Flandre

D'or au lion de sable armé et lampassé de gueules La Flandre désignait autrefois un comté, l'une des principautés du royaume de France, aux frontières durement disputées entre 866, date de sa création, et 1384, date de la mort de son dernier comte particulier, Louis de Male. Le comté fut ensuite progressivement intégré aux Pays-Bas bourguignons et fut détaché du royaume de France en 1526. Louis XIV en conquit une partie sur les Espagnols. Le comté cessa d'exister en 1795 après la conquête française des Pays-Bas autrichiens.

Territoire

Le territoire du comté de Flandre ne correspond que très partiellement au territoire de la Flandre belge actuelle. Plus vaste, il était situé géographiquement plus à l'ouest (les provinces actuelles de Brabant-Flamand, d'Anvers et de Limbourg n'en faisaient pas partie). La Flandre historique s'étend sur :
- la Belgique, avec
- deux des cinq provinces flamandes de la Belgique : la Flandre-Occidentale (Bruges) et la Flandre-Orientale (Gand) ;
- la Flandre romane : le Tournaisis historique et la région de Mouscron (qui faisait partie du Courtraisis) qui ont été rattachés à la province de Hainaut ;
- la France, avec :
- la Flandre française, de langue flamande, dans la partie nord-ouest du département français du Nord, composée du Blootland ou Plaine maritime (Dunkerque) et de la Flandre intérieure ou Cœur de Flandre avec le Houtland (Hazebrouck) et la Plaine de la Lys (Armentières) ;
- la Flandre romane (Lille, Douai), extension du comté de Flandre dans des régions de culture flamande et d'expression picarde. Elle est parfois appelée Flandre gallicane, Flandre gallicante ou Flandre wallonne.
- Ces territoires ont été annexés par la France après le siège de Lille par Louis XIV.
- aux Pays-Bas, la Flandre zélandaise (en néerlandais Zeeuws-Vlaanderen), une petite région enclavée entre l'Escaut occidental et la Belgique, dans le sud de la province de Zélande. L'Artois, au sud, en fut détaché en 1191 et érigé en comté en 1237.

Histoire

Époque romaine et haut Moyen Âge (avant 866)

Du temps des Romains, le territoire du comté de Flandre, qui faisait partie de la Gaule belgique, était occupé par les Morins, les Ménapiens, par une partie des Nerviens et au sud quelques Atrébates. Ces peuples opposèrent une vive résistance à Jules César ; les Nerviens et les Eburons ont réduit en pièces une légion entière et exterminé la moité d'une autre avant de se soumettre complètement aux Romains. Le christianisme y fut introduit, sous Maximien et Dioclétien, par Piat de Tournai, Chrysole de Comines et Eucher de Maastricht, tous trois martyrs. En 445, Clodion le Chevelu, chef des Francs, vainqueur des Romains, envahit cette contrée et prit Tournai et Cambrai. À cette invasion succédèrent, en 449, les ravages d'Attila. Roi dans la région depuis 486, Clovis I s'était emparé de tout le pays en 510. Sous ses descendants, le territoire fit partie de la Neustrie et fut administré par des gouverneurs dits Forestiers. Ce n'est qu'au qu'apparaît le nom de Flandre : encore ne s'étendait-il à cette époque qu'au territoire de Bruges.

Origines et accroissement du comté (866-1128)

Origines: 866-879

Le comté de Flandre trouve au son assise territoriale le long de la vallée de la Lys, à l'ouest de l'Escaut, entre Bruges et l'actuelle Saint-Omer. Il occupe des terres progressivement libérées par la mer qui recouvraient en grande partie cette région jusqu'alors. Aux temps carolingiens quelques familles puissantes occupaient les charges comtales et abbatiales (c'est le cas des Unrochides par exemple), mais elles n'étaient pas implantées uniquement dans la région. Les partages successifs de l'empire de Charlemagne (Verdun 843, Ribemont 880) et surtout les invasions normandes ont destructuré et fragilisé cette situation. Le futur comté s'est retrouvé du côté du royaume de France (Francia occidentalis, ouest de l'Escaut), où le pouvoir s'est plus vite fragilisé qu'à l'Est. L'incapacité royale à lutter contre les Normands et leurs ravages a entraîné la montée en puissance de pouvoirs locaux avec lesquels la population espérait pouvoir être protégée. C'est dans ce contexte qu'apparaît Baudouin, le premier de la lignée des comtes de Flandre. Avec le titre de marquis, il est un comte fonctionnaire. Sa fortune naît de son mariage en 863 avec Judith, fille du roi Charles le Chauve. Son pouvoir s'exerce dans l'aire primitive des comtés de Bruges, de Gand et de Mempisc (Bergues). Ces pays seront unis en comté de Flandre par son successeur. À sa mort (879), l'hérédité de la charge a été reconnue par le roi. Sa famille conservera la Flandre jusqu'en 1119, puis de 1191 à 1280.

Fondation de la puissance flamande: 879-1070

Son fils Baudouin II (879-918) fonde véritablement la puissance flamande. Si les Normands ravagent sévèrement la contrée (879-883), il hérisse le comté de forteresses (bourgs), où la population peut se réfugier. Politiquement, il tente de capter l'héritage des Unrochides, éventuellement par le meurtre, et y parvient partiellement (acquisition de l'abbaye de Saint-Bertin à Saint-Omer). Son successeur Arnoul I (918-965) réussit à étendre le comté vers le sud jusqu'à la Canche (Arras, Douai). Arnoul I reprend l'héritage, Boulonnais et Ternois, de son frère Adalolphe de Boulogne (†933) et se heurte dès lors, outre au roi lui-même, à d'autres grands féodaux: le duc de Normandie, le comte de Vermandois, le duc de France. Guerriers, ces grands seigneurs sont aussi pieux. Ainsi Arnoul I soutient-il le mouvement monastique et la réforme religieuse. En 962 les enfants d'Adalolphe de Boulogne réussissent à récupérer grâce au soutien du roi Louis IV le comté de Boulogne ayant appartenu à leur père pour l'un d'entre eux, Arnoul II de Boulogne, mais dans la dépendance du comté de Flandre. Deux minorités comtales (Arnoul II de Flandre, Baudouin IV) ne viendront pas réellement affaiblir la puissance des Baudouinides. En 988 la riche veuve d'Arnoul II de Flandre, Rozala de Provence, tutrice ferme de Baudouin IV, épouse le capétien Robert II, mais la Flandre maintient son indépendance. Le territoire flamand s'est stabilisé et l'assise n'en changera plus pendant deux siècles: le noyau originel (autour de Gand, Bruges, Lille et Saint-Omer) est directement régi par le comte; un arc sud, où le comte est représenté par des châtelains locaux qui ne sont pas seigneurs de la terre; au-delà encore, au Sud et à l'Est, des comtés vassaux (Boulogne, Guînes, Hesdin, Saint-Pol, Lens). Le danger intérieur d'émiettement féodal à l'intérieur du comté est ainsi circonscrit. Le règne effectif de Baudouin IV (988-1035) et surtout celui de Baudouin V (1035-1067), qui meurt tuteur du roi de France Philippe I et beau-père de Guillaume le Conquérant, constitue l'apogée politique de cette première Flandre. Si l'extension vers le sud se stabilise, elle s'oriente vers l'Empire, au-delà de l'Escaut. Les empereurs y ont créé des marches (Valenciennes, Ename, Anvers) et renforcé les pouvoirs de l'évêque de Cambrai. En réaction, les comtes de Flandre s'emparent de Valenciennes (v. 1007), échangée contre le Pays de Waes (nord de Gand), et des Quatre-Métiers autour d'Alost (entre Escaut et Dendre). Une Flandre impériale est ainsi constituée: les comtes de Flandre sont dès lors également princes du Saint-Empire. Le mariage du futur Baudouin VI avec Richilde l'héritière du Hainaut permet l'union personnelle des deux comtés (1067-1070).

D'une crise dynastique à l'autre: 1070-1128

La mort de Baudouin VI provoque une crise dynastique. Le comté de Hainaut passe à son fils cadet, tandis que la Flandre, à la mort de son fils aîné Arnoul III (1071) revient à Robert I le Frison (1071-1093), frère de Baudouin VI, qui s'empare du comté après une courte guerre. Les descendants de Robert I règnent jusqu'en 1119 — Robert II (1093-1111), Baudouin VII (1111-1119) — avant que l'héritage ne passe sans problème (en vertu du testament de Baudouin VII en faveur de son cousin germain) à Charles de Danemark (1119-1127), fils de Knut IV, roi de Danemark. Les comtes de Flandre sont de grands féodaux et des vassaux exemplaires; ils créent une administration qui permet pour la première fois l'élévation de fonctionnaires roturiers. C'est une période de défrichement et les premières "villes neuves" apparaissent. La population croît, les villes se développent. L'apparition du métier à tisser horizontal à pédales, vers 1100, entraîne l'apparition d'une industrie textile dans les villes, alors qu'auparavant cette activité s'exerçait dans les campagnesPlatelle, L'essor des principautés, chapitre III, in Histoire des Provinces Françaises du Nord, tome 2.. L'industrie textile sera dès lors une constante de l'histoire du comté, et même au-delà de l'histoire de la région. Le commerce de la laine anglaise, réputée pour son excellente qualité, est déjà pratiqué avec le royaume insulaire. D'autres échanges se font aussi vers la Rhénanie. Les marchands et les artisans des villes (Bruges, Gand, Lille, Arras, Saint-Omer, Douai) commencent à s'organiser. La richesse du comté est telle et son administration suffisamment forte, que trois de ses comtes peuvent abandonner leur terre et se rendre en Palestine comme pèlerin ou comme croisés. Cependant la tension sociale créée par l’industrialisation éclate dans les années 1125-1128. Une famine, fléau oublié depuis longtemps, a lieu en 1125. Le clan de Bertulf ou Bertholf, prévôt de l’église Saint-Donatien et ancien serf devenu chef de l'administration comtale depuis 1091 (ce qui est révélateur des changements sociaux qui affectaient la société féodale de cette époque) est mis en cause dans des trafics de blé. Le 2 mars 1127 des membres du clan de Bertulf assassinent le comte Charles le Bon, dans l’église Saint-Donatien de Bruges pendant la messe du mercredi des Cendres, acte inouï qui marqua le temps. La noblesse et les bourgeois de Bruges et de Gand fidèles au comte abattent la puissance de Bertulf qui est exécuté. Charles le Bon étant mort sans héritier, le roi de France, Louis le Gros, en tant que suzerain, intervient et impose Guillaume Cliton, fils du duc Robert II de Normandie, comme son candidat à la succession. Le 23 mars 1127, Guillaume Cliton est investi du comté et, afin de se faire accepter, promet d'accorder les premières franchises aux villes ainsi que l’abolition du tonlieu et du cens. Guillaume ayant oublié ses promesses, les villes flamandes se révoltent, et lui préfèrent un autre candidat, Thierry d'Alsace, qui s'impose finalement en 1128Pour les événements liés à l'assassinat de Charles le Bon et à l'avènement de Thierry d'Alsace, lire le récit d'un témoin de l'époque, Galbert de Bruges, auteur de Le meurtre de Charles le Bon, réédité en 1978 par Fonds Mercator s.a. Anvers ISBN 90 6153 0989..

Apogée politique puis économique (1128-1280)

La puissance de la Maison d'Alsace: 1128-1191

Thierry d'Alsace, fils de Thierry II de Lorraine, (1128-1168) et son fils Philippe d'Alsace (1128-1191) ont l'intelligence de ménager le patriciat émergeant des villes flamandes, tout en cadrant les libertés urbaines. Par une politique matrimoniale efficace, ils accroissent leur comté par l'acquisition des comtés de Vermandois et d'Amiens, du comté de Boulogne, et s'assurent le siège de l'évêché de Cambrai. L'industrie textile continue rapidement son essor qui se poursuivra jusqu'au milieu du , et la vie commerciale s'organise autour de cinq foires: celles d'Ypres, de Bruges, de Torhout, de Lille et de Messines (Mesen en Flandre actuelle). Les draps flamands sont vendus, via les foires de Champagne, à travers toute l'Europe, de Gênes à Novgorod. Jusque vers 1175 les défrichements permettent la création de nombreuses villes neuves. Philippe d'Alsace fait assécher les marais de l'Aa. Tout reflète la vitalité économique, qu'accompagne un accroissement important de la population et une montée des aspirations politiques locales de la bourgeoisie. Les bourgeois siègent de plus en plus dans les conseils d'échevins dont ils prennent peu à peu le contrôle. En accordant des chartes à de nombreuses petites villes et en uniformisant celles des grandes (Arras, Bruges, Gand, Douai, Lille, Ypres, Saint-Omer), les comtes donnent satisfaction aux artisans-marchands, tout en contrôlant le mouvement. Ils instaurent également une administration plus efficace, substituant, en tant que leurs représentants, les baillis aux châtelains et récoltent les tonlieux. Cette richesse permet d'assouvir les idéaux religieux et chevaleresques des comtes Thierry et Philippe d'Alsace qui partiront comme croisés en Palestine. Après la mort de son chancelier Robert d'Aire, la politique de Philippe d'Alsace, qui n'a pas d'héritier direct, devient plus imprudente. Il sous-estime le jeune Philippe Auguste et commet l'erreur de lui faire épouser sa nièce Isabelle de Hainaut avec en dot l'Artois (1180). Le roi de France assoit fermement son pouvoir sur cette province et lui reprend également le Vermandois (1184-1191). En 1187, suite aux luttes de ses habitants pour l'indépendance, la ville de Tournai passe également aux mains du roi de France.

Un empereur et deux "grandes comtesses": 1191-1280

C'est donc un territoire diminué qui passe à la sœur de Philippe d'Alsace, Marguerite I (1191-1194). Mais son mariage avec Baudouin V de Hainaut (Baudouin VIII de Flandre) permet l'union personnelle des comtés de Flandre et de Hainaut, et le retour de la branche aîné des Baudouinides à la tête du comté de Flandre. Leur fils Baudouin IX (1194-1205) met partiellement en échec Philippe Auguste et, en octobre 1197, lui reprend Aire-sur-la-Lys et Saint-Omer. Philippe Auguste décide de mettre fin à la guerre avec la Flandre et signe en janvier 1200, le traité de Péronne avec Baudouin IX qui se reconnait vassal du roi de France. Le comte de Flandre récupère une bonne partie de l'Artois. Le prestige du comté est à son comble lorsque la quatrième croisade est détournée vers Constantinople où Baudouin IX est proclamé empereur en cette ville (1204), succèdant aux empereurs romains d'Orient. Ce prestige politique de courte durée n'empêche pas Philippe Auguste, après la disparition en 1205 de son beau-frère Baudouin IX (Isabelle de Hainaut, l'épouse de Philippe Auguste, décédée en 1190 était la sœur de Baudouin IX) de prendre soin de ses deux nièces orphelines, Marguerite, âgée de 3 ans et Jeanne, âgée de 7 ans. En mariant cette dernière à Ferrand de Portugal en janvier 1211, le roi de France fait signer aux jeunes époux le traité de Pont-à-Vendin (24 février 1211) par lequel il récupère l'intégralité de l'Artois. Ferrand, tentant de se rendre indépendant de son suzerain, organise une coalition avec Jean sans Terre et l'empereur Otton IV, mais il est battu et fait prisonnier au cours de la Bataille de Bouvines le 27 juillet 1214. Emmené à Paris le comte Ferrand reste enfermé dans une prison du Louvre jusqu'en janvier 1227. La comtesse Jeanne se retrouve seule à gouverner, dans le cadre rigoureux du traité de Paris (1214), sanctionnant la perte définitive de l’Artois : elle subit le contrôle étroit des agents royaux et prend en charge la récolte d’une énorme rançon en vue de la libération de Ferrand. Son pouvoir est tellement fragilisé qu’il est même provisoirement anéanti lors de l’usurpation du faux Baudouin (avril-mai 1225). Cette aventure, symptôme d'un contexte social et politique difficile, puis la mort prématurée de Louis VIII accélèrent la libération de Ferrand qui est accordée au traité de Melun signé en 1226. Ce traité impose aux villes et aux vassaux du comte la fidélité au roi en cas de rébellion de leur suzerain direct. Les Capétiens s’attachent alors, autant par leur prodigalité financière que par le droit, la noblesse flamande. En contrepartie, Jeanne de Constantinople et ses successeurs vont s’appuyer, comme leurs prédécesseurs d’Alsace, sur les villes. En effet, en dépit des difficultés, elle maintient fermement les accords économiques avec l’Angleterre, garantissant la prospérité économique toujours grandissante des villes et protège efficacement le commerce, notamment en dotant les villes d'un cadre juridique strict (chartes ou keures). Sans enfant survivant de ses deux mariages (le second avec Thomas II de Savoie (1237-1244), c’est sa sœur Marguerite de Constantinople qui lui succède. Le règne de Marguerite II (1244-1279) est marqué par sa vie privée tumultueuse. Mariée dès l'âge de dix ans en 1212 à son ambitieux tuteur, Bouchard d’Avesnes qui lui a donné deux fils survivants, elle a dû se séparer de lui pour des motifs politico-religieux. Remariée en 1223 avec Guillaume de Dampierre, elle en a eu cinq enfants. Son accession au pouvoir rend crucial l’épineux problème de sa succession, aggravé par la haine que voue la comtesse aux fils de son premier lit. Une épuisante guerre de succession se déroule entre les Avesnes, protégés par l’Empereur Frédéric II, et les Dampierre, soutenus par la papauté et favoris du roi de France, dans un cadre plus vaste qui est celui de la lutte entre le Sacerdoce et l’Empire. Le conflit, doublé d'une guerre avec la Hollande, est marqué notamment par l’appel de Marguerite II à Charles d'Anjou en Hainaut. Le roi de France Louis IX met un terme au conflit en rendant le 24 septembre 1256 le "Dit de Péronne", une sentence de partage d'ailleurs identique à celle qu’il avait déjà rendue en 1246, à savoir: aux Dampierre échoira la riche Flandre et aux Avesnes, le Hainaut. Par ailleurs, la Zélande devient un comté indépendant de la suzeraineté flamande. Ce conflit a coûté très cher à Marguerite II, qui s’est endettée et a dû demander l'aide des villes, augmentant de fait leur importance politique. Mais la prospérité éclatante, encouragée par les deux comtesses, ne se dément pas sous leurs règnes. Jeanne multiplie les chartes réglementant l’échevinage des grandes villes (Gand avec l’institution des “XXXIX”, Bruges, Douai, Ypres en 1228), mais calque également ce modèle aux petites villes et aux châtellenies. Le pays se couvre de beffrois, témoignages des libertés communales reconnues et réglementées. Pour les comtesses, les villes servent de contrepoids à la noblesse, ralliée à la cause royale. Foires et industrie drapière sont systématiquement encouragées, la cour comtale jouant pleinement son rôle d’arbitrage. La population augmente toujours, comme en témoigne la reprise des défrichements durant le deuxième quart du , assurant une expansion économique. La pratique de l’assolement triennal et le regroupement en villages sont un des phénomènes de cette période dans la campagne flamande, permettant le maintien jusqu’au d’un rendement céréalier de 20 à 24 hl/haPlatelle, L'essor des principautés, chapitre II, in Histoire des Provinces Françaises du Nord, tome 2.. Jusqu’au milieu du siècle, on entreprend également la poldérisation des estuaires, commencée par l’Aa au siècle précédent. Marguerite fait réaliser de grands travaux de canalisation. Les marchands flamands exportent alors leurs draps dans l’Europe entière et deviennent créditeurs des princes. Gand profite de sa situation à la limite du royaume et de l’Empire. Ypres se voue au commerce textile. Arras, désormais dans le comté d’Artois (créé en 1237) connaît son apogée. Bruges, surtout, devient un centre important du commerce en Europe du Nord : outre le drap et la laine, circulent le cuir et le blé de la Baltique, les vins d’Italie. Les foires de Champagne entrent en relation, via Bruges, avec les villes de la Hanse. Les petites villes émergent dans tout le comté. Témoignant de la richesse des marchands, les bourgeois, à l’instar des comtesses, fondent leurs propres hôpitaux et leurs œuvres pieuses. Les lettres sont également encouragées: Jeanne protège Manessier, Marguerite, Jean et Baudouin de Condé. La fin du règne de Marguerite voit une guerre économique avec l'Angleterre (1270-1274) qui se conclut par un accord très favorable pour le royaume: prémices d'une situation socio-économique qui se dégrade déjà. Marguerite cède définitivement le pouvoir en Flandre à son fils Gui de Dampierre et en Hainaut à son petit-fils Jean d'Avesnes en 1279. Les deux comtés vont donc être à nouveau séparés après la mort de Marguerite le 10 février 1280.

Un siècle de crises (1280-1384)

Les ambitions royales face aux Flamands: 1280-1320

La période suivante voit s’amorcer un déclin économique, marqué par le changement des pratiques commerciales européennes : les premières galères génoises entrent dans le port de Bruges en 1280; artisans et marchands vont maintenant se distinguer : d’actif, le commerce devient passif. Ces changements sont accompagnés de crises sociales et politiques. Dès le début du règne de Gui de Dampierre (1279-1305) éclatent des révoltes dans les villes flamandes (1280) : les communiers (petits artisans et ouvriers) ne supportent plus la mainmise de la grande bourgeoisie sur les échevinages des villes. Elles sont matées, mais il n’en reste pas moins que, pour conserver leur pouvoir et préserver leur indépendance face au comte, les oligarques urbains font désormais systématiquement appel au roi. Se dressent progressivement deux camps qui vont s’opposer bientôt : l’oligarchie urbaine et une grande partie de la noblesse constituent les partisans du roi de France ou léliaerts en référence au lys, emblême de la royauté française; ils ont face à eux les klauwaerts, en référence à la griffe du lion arboré sur le blason des Dampierre, essentiellement les communiers fidèles au pouvoir comtal. Louis IX puis son fils Philippe III jouent sans abus le jeu des institutions. Tout change avec Philippe le Bel (1285-1314) et ses légistes, qui vont systématiquement faire jouer le droit en faveur du pouvoir royal. Le comte Gui se trouve ainsi privé de toute liberté de manœuvre, et se voit obligé d'entrer en rébellion ouverte (1297). Le roi organise alors l’invasion de la Flandre (1297-1300). Le comte Gui, qui a vainement cherché l’alliance anglaise est fait prisonnier. La Flandre est brutalement incorporée au domaine royal. Les maladresses et les exactions du gouverneur Jacques de Châtillon provoque une insurrection des communiers brugeois dirigés par Pieter de Coninck et Jan Breydel : lors des mâtines de Bruges le 18 mai 1302 quand tôt le matin, plus de deux cent soldats de la garnison française sont massacrés et d'autres chassés. Robert d'Artois, cousin de Philippe le Bel, et le connétable Raoul de Nesle interviennent en représailles à la tête d'une armée de près de dix mille hommes, mais les communiers affrontent la chevalerie française près de Courtrai et remportent l’emblématique Bataille des Éperons d'Or le 11 juillet 1302. Philippe le Bel reprend l’initiative et profite de l’indécise bataille de Mons-en-Pévèle (18 août 1304) pour imposer le traité d'Athis-sur-Orge (23 juin 1305), qui ne sera jamais ratifié par les villes flamandes, principales pourvoyeuses des indemnités de guerre. Le traité d'Athis-sur-Orge permet à Robert III de Flandre dit Robert de Béthune de prendre la tête du comté (1305-1322) et de succéder à son père Gui de Dampierre mort dans une prison du château de Pontoise le 7 mars 1305. La situation stagne, marquée par le marasme économique, les dévaluations monétaires et les rivalités entre les villes (principalement Gand et Bruges). Robert, toujours en position inconfortable entre le roi et les villes flamandes, s’oppose systématiquement au pouvoir royal. Néanmoins, le roi de France va s’emparer de la Flandre gallicante ou "wallonne" (où l'on parle le français) qu'il garde en gage avec les châtellenies de Lille, Douai et Béthune : c’est le Transport de Flandre qui est ratifié par le traité de Pontoise. Signé le 11 juillet 1312 ce traité cède définitivement la Flandre gallicante avec Orchies au roi, le comte touchant en compensation une part de la rente versée par les villes au roi. Les campagnes militaires successives de Philippe le Bel et de Louis le Hutin en 1312, 1313, 1314 et 1315 ne parviennent pas à imposer le traité d’Athis. Ce n’est finalement que le 5 mai 1320 que le comte Robert de Béthune, venu à Paris, jure fidélité au roi de France, renonce à la Flandre gallicante et accepte de faire la paix sur arbitrage du pape Jean XXII. Le 2 juin suivant, le cardinal prêtre Gaucelin, neveu du pape, assiste à la signature officielle de la paix entre la Flandre et la France. Le comté est maintenant replié sur une seule zone linguistique.

Pouvoir des villes - pouvoir des comtes: 1320-1384

Dès après la signature du traité, la prospérité revient. Robert III meurt en 1322. Son petit-fils Louis I lui succède (1322-1346), mais vassal fidèle et obstiné des Capétiens, il commet de nombreuses maladresses qui le rendent très vite impopulaire et suscitent une grande révolte conduite notamment par Zannekin (1323-1328). Le comte ne rassoit son autorité que grâce à l'intervention du roi Philippe VI (bataille de Cassel, 23 août 1328). L'avènement du roi Valois a d'autres conséquences sur le comté: la Flandre va être le théâtre, dès 1337 des prémices et des débuts de la Guerre de Cent Ans. Le comte francophile s'oppose aux intérêts anglophiles des Flamands. Le roi Édouard III d'Angleterre, jouant de l'arme économique, menace la Flandre du blocus de la laine et de concurrence industrielle dans la production textile. Face à la menace, les Gantois se donnent un chef, le tribun Jacques van Artevelde (1337). Le Gantois prône la neutralité dans le conflit franco-anglais, l'accord économique avec l'Angleterre, l'alliance des trois "Membres" de Flandres (Gand, Bruges, Ypres) et l'union économique et militaire des Pays-Bas. Rapidement Ypres et Bruges se rallient à Artevelde et le comte est mis hors-jeu. Le tribun gantois traite directement avec le roi Édouard (reconnu suzerain comme roi de France) et fait lever l'embargo des laines. Il gouverne effectivement la Flandre de 1339 à 1345. C'est une tentative d'instauration d'un pouvoir populaire original. Cependant, Artevelde commet l'erreur de se jeter de plus en plus dans l'alliance anglaise. L'intransigeance économique des grandes villes face au Plat Pays qu'elles étouffent et la rivalité entre foulons et tisserands font le reste: Jacques van Artevelde est assassiné à Gand par les tisserands (17 juillet 1345). Mais l'alliance anglaise se maintient, et, après Crécy (où est tué Louis I) et la prise de Calais par les Anglais (1347), la Guerre de Cent Ans se détourne du comté. Le règne de Louis II (1346-1384) voit la restauration de la confiance des Flamands envers leur dynaste. L'habileté politique du nouveau comte lui permet d'éviter les pièges de l'alliance anglaise, tout en maintenant une coopération économique. La paix est signée avec l'Angleterre (1348), les tisserands sont matés à Gand (1349) et la soumission au roi de France cesse d'être automatique (refus de l'hommage, 1350). Malgré les ravages de la Peste noire (1348), trente années de prospérité économique (1349-1379) et de tranquillité politique et sociale s'écoulent alors sous son règne. Le comte réforme et modernise alors les institutions du comté, spécialisant les différentes composantes de son ancienne cour. Il négocie avec grand succès les deux mariages successifs de son héritière. Le second mariage de Marguerite de Male avec le nouveau duc de Bourgogne Philippe de Valois permet le Transport de Flandre, c'est-à-dire le retour de la Flandre gallicante au comté. L'Artois revient également au comte par jeu d'héritage (1382). Les querelles de clochers se réveillent néanmoins violemment en 1380: les tisserands gantois reprennent leur tentative d'hégémonie et essaient de l'imposer à Bruges, nouvelle capitale du comte. C'est la longue, sanglante et compliquée révolte des Chaperons blancs (1380-1385), menée en partie par Philippe van Artevelde (le fils de Jacques). C'est à Philippe de Valois que revient d'écraser la révolte à Roosebeke (27 novembre 1382). Mais Gand résiste jusqu'après la mort de Louis II (1384).

L'époque bourguignonne et ses suites (1384-1555)

L'éclat de l'époque bourguignonne: 1384-1470

La période pendant laquelle règnent les Valois de Bourgogne inaugure une nouvelle phase de l'histoire du comté de Flandre. En effet, les ducs-comtes de cette dynastie vont peu à peu agglomérer à leurs possessions un ensemble important de territoires, par mariages, héritages, captations d'héritages, force, népotisme ou achats. Outre l'Artois et la Flandre que Philippe le Hardi possède déjà du chef de sa femme (1384, 1405) Marguerite III, le Boulonnais (1416, 1419-1438), le Brabant et le Limbourg (1406, 1430), le Namurois (1421), le Comté de Hainaut, la Hollande, la Zélande et la Frise (1428, 1433), la Picardie (1435-1463, 1465-1477), le Luxembourg (1443) et le Gueldre (1472) entrent dans le domaine bourguignon. Le siège de l'évêché de Liège (1408-1482) et celui de Cambrai (1439-1479) sont aux mains d'alliés des Valois de Bourgogne. La Flandre se retrouve ainsi à la fin de la période au sein d'un ensemble qui, oubliés les deux Bourgognes et le rêve lotharingien de Charles le Téméraire, est géographiquement cohérent. Mais si la Flandre se fond peu à peu parmi les Pays de par-deçà, bientôt les Pays Bas, elle en reste durant toute la période l'élément le plus important parce que le plus peuplé et le plus riche. De la Bourgogne, au début de la période, le centre de gravité du pouvoir ducal passe à la Flandre durant la période. Marie de Bourgogne cèdera la Bourgogne, mais gardera la Flandre et les Pays Bas. De fait Philippe le Hardi (1384-1404) et Jean Sans Peur (1405-1419) sont avant tout des princes français et agissent politiquement en France (régence de Charles VI, querelle des Armagnacs et des Bourguignons, conquête anglaise). Mais Philippe le Bon (1419-1467) (qui gouverne effectivement les provinces septentrionales à partir de 1413) et Charles le Téméraire (1467-1477) (qui gouverne effectivement à partir de 1465) résident en Flandre et, fait significatif, se font enterrer à Bruges. Leurs points communs sont qu'ils assurent une relative paix dans le comté, qu'ils ménagent les susceptibilités locales, tout en installant progressivement une administration d'état efficace, leur permettant d'établir un impôt constant qui finance leurs ambitions politiques. Dans ce but, ils visent, au moins pour les trois premiers, à la neutralité de leurs états. Philippe le Hardi installe à Lille un Conseil permanent pour les Pays de par-deçà, sur le modèle du conseil créé par Louis de Male. Philippe le Bon refonde complètement sa haute administration. Il place sous une même juridiction Flandre et Brabant et crée pour la Flandre une chambre des comptes à Lille, parallèle à celles de Bruxelles et de Dijon. Les premiers États-Généraux des Pays Bas sont réunis en 1464. Charles le Téméraire va plus loin encore en instituant une cour suprême de justice pour toutes ses possessions (Parlement de Malines) et une chambre des comptes unique, à Malines. Depuis 1468, l'appel au Parlement de Paris pour la Flandre a été supprimé, rendant de fait le comté féodalement indépendant du royaume (accord arraché à Louis XI à Péronne). Malgré les épidémies de peste et les famines locales (1400-1401, 1410-1411, 1425-1426, 1432-1433, 1438-1439…) et les destructions liées à la guerre, le pays se repeuple. Les historiens estiment la population du comté à 600 000 habitants en 1469. Gand dépasse 50 000 habitants, Bruges 40 000, Lille 20 000 et Ypres comme Douai avoisinent 10 000 âmes d'après Platelle, Henri : ibid., chapitre IX. Économiquement, les villes flamandes connaissent leur chant du cygne. Les comtes-ducs stabilisent un tant soit peu la monnaie (création du ‘gros’ de Flandre par Philippe II en 1390 ; dévalué en 1418, il est réévalué par Philippe III en 1433 ; prescription d’une frappe identique de la monnaie dans tous les ateliers en 1434). L’industrie textile traditionnelle, de plus en plus concurrencée par l’Angleterre notamment, est remplacée progressivement, en particulier à Bruges, par celle de l’art, du luxe, de la banque et des finances. Le siège de la ligue hanséatique rétabli dans cette ville en 1392, le retour des marchands gênois en 1397, les privilèges accordés aux marchands étrangers (portugais, castillans, français) assurent, malgré deux départs momentanés de la Hanse (1436-1438 et 1451-1457) et le rapide développement d’Anvers et d’Amsterdam, la position de Bruges comme centre international de commerce jusque dans les années 1480. L’effervescence politique des villes, qui causera à terme leur ruine, continue ponctuellement cependant. Suivant l’exemple de Liège, Anvers (1434), Bruges (1436-1438) et Gand (1452-1453) connaissent des révoltes, réprimées sans ménagement par Philippe le Bon. Ce dernier, fortement marqué par l’assassinat de son père (1419) a d’abord repris sa politique pro-anglaise, allant jusqu’à reconnaître l’accession d’Henri V d'Angleterre au trône de France. Mais l’affaiblissement de l’Angleterre durant la minorité d’Henri VI et les reconquêtes de Charles VII le conduisent à établir la paix avec son cousin Valois. Le traité d’Arras 1435 voit la rupture avec l’Angleterre, mauvais allié financier, l’indépendance vassalique personnelle avec le monarque français et l’acquisition des villes de la Somme et de Boulogne (Seule Tournai reste dans le giron royal). Cela entraîne inévitablement des troubles en Flandre (siège infructueux de Calais par les flamando-bourguignons, attaques anglaises en Flandre maritime, révoltes de Bruges et de Gand déjà évoquées). Malgré cela, Philippe de Bon réussit à maintenir la neutralité de ses états. Les approvisionnements anglais, suspendus en 1435, sont rétablis et la situation revient à la normale dès 1439.

Le rapide déclin: 1470-1482

Les comtés de Flandre, d'Artois et de Hainaut en 1477 La politique moins prudente de Charles le Téméraire engendre une guerre ouverte avec Louis XI (3 décembre 1470). La Flandre subit directement l'étouffement économique orchestré par le roi de France: interdiction de l'exportation de blé vers les états de Par Deça, attaques par les corsaires français des bateaux flamands de pêche au hareng, forte taxation des marchandises venant des états bourguignons... Disettes et crise économique se conjuguèrent et frappèrent de plein fouet la Flandre. En cherchant d'autres débouchés économiques dans le bassin rhénan, Charles II trouve la mort devant Nancy . La mort soudaine du Téméraire rend ouvert le conflit avec Louis XI: le roi de France, qui s'empare de l'Artois et de la Bourgogne et dont les troupes pénètrent en Hainaut, menace directement la Flandre. L'héritière de Charles, Marie de Bourgogne (1477-1482) doit céder aux forces décentralisatrices de ses territoires pour maintenir sa légitimité: elle accorde aux États-Généraux de Gand le Grand Privilège supprimant notamment le Parlement de Malines, et crée un Grand Conseil dans lequel la Flandre a quatre représentants (sur vingt-cinq). Elle octroie de nombreuses chartes (dont trois à Bruges, une à Ypres) et rend de nombreux pouvoirs aux Trois Membres de Flandre, après avoir déchu le Franc de Bruges du titre. Les métiers urbains trouvent leur revanche sur le patriciat. Marie ne peut cependant empêcher Bruges de se révolter et d'exécuter sauvagement les anciens symboles du centralisme bourguignons que sont les chanceliers Hugonet et Humbercourt . Marie épouse en hâte l'archiduc Maximilien d'Autriche donnant ainsi un bras armé à ses états. L'archiduc contient l'avance française, repoussant notamment une attaque sur Audenarde et Ypres (mai 1478) et remportant, avec les milices communales flamandes, la victoire de Guinegate . La guerre aggravée par les rudes conditions climatiques (l'hiver 1479-1480 est particulièrement rigoureux) engendre la famine (1480). Le blé, désormais importé de Prusse par la Hanse via le port de Bruges, est très cher et les navires sont sous la menace constante des corsaires français. Le manque d'argent de Marie et de Maximilien les oblige à majorer de moitié le cours des monnaies d'or (1478) Dumont, Georges-Henri: Marie de Bourgogne, chapitre XI.. Devant les difficultés économiques, les villes rechignent de plus en plus à accorder leur aide financière. Aussi la mort accidentelle de Marie , oblige-t-elle Maximilien à conclure avec la France le traité d'Arras , négocié partiellement directement entre Gand et Louis XI. Maximilien abandonne l'Artois, mais préserve l'intégrité de la Flandre, seigneuries de Lille, Douai et Orchies comprises.

Vers Dix-Sept provinces indépendantes: 1482-1555

L'archiduc, désigné tuteur de ses enfants par Marie de Bourgogne sur son lit de mort, n'obtient des États qu'une mainbournie réduite. C'est leur fils Philippe le Beau (Philippe IV en Flandre) qui est intrônisé comte de Flandre (1483-1506) en janvier 1483 (il transmettra le titre à son fils Charles Quint et par lui aux Habsbourg d'Espagne, puis d'Autriche). Les villes flamandes tentent de s'opposer à la dissolution du comté dans une entité plus vaste (Pays-Bas, bientôt empire des Habsbourg) par une rigidité réactionnaire et souvent violente: Maximilien est ainsi prisonnier des Brugeois au début 1488, et obligé de cautionner le bain de sang auquel il assiste. Ces événements sont symptômatiques du déclin irrémédiable de la Flandre depuis la fin du règne de Charles le Téméraire. Crise économique majeure, hausse des prix, destruction des campagnes, catastrophes naturelles (famines, ensablement du Zwin), ces facteurs sont aggravés par le conservatisme borné des guildes et l'arrogance politique de Gand qui se met à dos les autres provinces. La clientèle économique, les élites politiques et culturelles se déplacent vers Anvers ou le Brabant (Malines, Bruxelles), fuyant le rigorisme et les violences. La défense de leurs privilèges, désormais sans contenu, est un combat d'arrière-garde pour les villes. En 1491 le chef gantois Coppenholle est exécuté. Maximilien devenu empereur (1493), Philippe le Beau entame son règne personnel (1494-1506) en restreignant considérablement les concessions de 1477: il rétablit notamment le Franc de Bruges comme quatrième Membre de Flandre, contrebalançant ainsi le pouvoir des villes. En 1496 un traité (Intercursus Magnus) assainit le commerce avec l'Angleterre. Le Parlement de Malines est rétablit en 1504. Le comte, souverain des Pays-Bas, s'il est encore présent en Flandre, hérite en 1504 par mariage de la couronne de Castille et meurt dans son nouveau royaume (1506). Son fils Charles, le futur Charles Quint, né à Gand, reste présent dans les Pays-Bas, sous la conduite de sa tante Marguerite d'Autriche; mais il cumule bientôt tout l'héritage de ses ancêtres: il quitte les Pays-Bas pour l'Espagne en 1517 et devient empereur germanique en 1519. Entre 1517 et 1555 Charles de Gand, ne séjourne que dix ans dans les Pays-Bas, même s'il reste ataviquement bourguignon. Il laisse sa tante Marguerite d'Autriche (1517-1530), puis sa sœur Marie de Hongrie gouverner les Pays-Bas. Il intervient néanmoins personnellement pour écraser la dernière révolte de Gand 1539, provoquée essentiellement par la misère, les débuts du protestantisme et le refus d'un nouvel impôt. L'exécution inique de Liévin Pyn illustre l'insurrection, que Charles réprime impitoyablement: outre l'exécution des principaux meneurs, la Concession caroline (1540) abolit définitivement les privilèges de la commune et les fossés de Gand sont comblés. Néanmoins, le creusement du canal entre Gand et l'Escaut oriental est initié dès 1547. En 1526 le traité de Madrid abolit la vassalité de la Flandre vis à vis de la France, qui abandonne également Tournai, conquise en 1520. Le dernier lien, vassalique, du comté à la France est brisé. Le comté est intégré aux Dix-Sept Provinces du Cercle de Bourgogne par Charles Quint en 1548. Le comté est ainsi formellement rattaché au Saint-Empire, mais, comme les autres provinces, avec une vassalité réduite à l'extrême. La Pragmatique Sanction de 1549 règle et simplifie la procédure de succession dans les provinces. Aussi le fils de Charles, Philippe II d'Espagne succède-t-il à son père lors de son abdication en 1555. Ce prince est espagnol et ne connaît ni la Flandre, ni les Pays-Bas.

Les souverains "étrangers" (1555-1795)

Le Comté de Flandre dans les Pays-Bas (1559-1608). Après une rude époque de troubles et de guerres, et après la proclamation d'indépendance des Provinces-Unies (1581), seuls les Pays-Bas du Sud dont le comté de Flandre fait partie, restent sous domination espagnole (Pays-Bas espagnols), puis autrichienne à partir de 1714 (Pays-Bas autrichiens).

Une ère sanglante de troubles et de guerres : 1566-1585

La morgue et l’intransigeance bornée de Philippe II d'Espagne (si peu Philippe V de Flandre) précipitera les Pays-Bas à la catastrophe humaine et finalement à la scission des Provinces en deux entités politiquement et religieusement séparées. Le comté de Flandre sera touché de plein fouet par le terrible conflit, mêlant guerre d’indépendance, guerre religieuse et guerre civile. L’Inquisition que les élites locales ont modérée sous le règne précédent, devient forcenée sous le règne de Philippe. À la suite de la Bulle papale de 1559, la vieille structure épiscopale datant de l’époque franque est actualisée. Alors que le comté relevait jusqu’alors de trois évêchés au moins (celui de Thérouanne pour Ypres et le sud-ouest, celui de Cambrai pour l’est et celui de Tournai pour le cœur du comté), un seul évêque installé à Bruges régit maintenant l’ensemble du territoire. Mais cette amélioration renforce la mainmise espagnole et l’acharnement contre les hérétiques au catholicisme romain. De nombreuses élites urbaines sont devenus protestantes. Le luthéranisme est apparu dès après 1517, grâce à l’imprimerie et au fort contexte humaniste de la région. Les Anabaptistes se sont développés par la suite, mais depuis les années 1550, le calvinisme domine le mouvement protestant. Les premières exactions de la Révolte des gueux, qui va déboucher sur la Guerre de Quatre-vingts ans, ont lieu en Flandre : les calvinistes iconoclastes saccagent les premiers édifices religieux en août 1566 : l’église St-Laurent à Steenvoorde, le monastère de St-Antoine à Bailleul, puis des dizaines d’églises autour de Poperinge, Bergues-Saint-Winoc, Cassel avant Anvers et Gand. La Flandre, plus vulnérable géographiquement que la Zélande ou la Hollande, subit de plein fouet la terrible répression du duc d’Albe (exécution du comte d’Egmont conseiller d’état de Flandre et du comte de Hornes, 1568) : les élites protestantes qui ne sont pas massacrées prennent la fuite. Le commerce et l’industrie sont cette fois ruinés pour un long moment. Le massacre de la Saint-Barthélémy en France (1572) déçoit les espoirs de Guillaume d'Orange de reprendre la Flandre. Les mutineries sanglantes des soldats espagnols impayés (Furie espagnole à Anvers), le rappel du duc d’Albe (1574), et la mort de son successeur (1576) permettent aux États de proclamer la Pacification de Gand et de s’unir contre les Espagnols (5 novembre 1576). Mais les fanatismes religieux sont trop exacerbés. Gand, puis Ypres et Bruges sont devenues des républiques théocratiques calvinistes sur le modèle genevois. Les églises de leurs environs ont été systématiquement pillées. Aussi, après la défaite de Gembloux devant Alexandre Farnèse (1578), les régiments wallons catholiques battus attaquent-ils les calvinistes flamands, pourtant leurs compatriotes. L’Union d’Arras regroupe en janvier 1579 les provinces du sud à dominance catholique, ainsi que Douai, qui se reconnaissent fidèles au monarque espagnol. L’Union d’Utrecht au nord, protestante, lui répond ; Bruges, Gand, Ypres, Tournai, Anvers… s’y associent. C’est la guerre civile et la fin des Dix-Sept Provinces. La Flandre, à la géographie si plane, ne peut se maintenir dans les Provinces-Unies, auto-proclamées indépendantes en 1581: une à une les villes tombent dans les mains du duc de Parme : Tournai en novembre 1581, Audenarde en juillet 1582, Ypres en janvier 1583, Bruges en mai 1584, Gand enfin en septembre de la même année. Vers 1585 après la chute (et la ruine) d’Anvers, sans aide des états du nord, la Flandre entre définitivement dans l’ère espagnole.

La période espagnole : 1585-1714

Les Espagnols noyautent dès lors tous les niveaux de l'administration, sans jamais s'implanter. La vigueur de la Flandre s'anéantit dans la Contre-Réforme. Privée de son commerce par le refus de l'Espagne de l'associer à celui des Indes, et par la fermeture de l'estuaire de l'Escaut par les Provinces Unies, le comté devient une coquille vide dont la structure subsistera néanmoins jusqu'à la fin du dix-huitième siècle. Les Pays-Bas méridionaux deviennent après le traité des Pyrénées en 1659 un état tampon entre les ambitions françaises et les Provinces Unies, qui ont oublié très vite toute idée de réunification. La Flandre subit les guerres quasi incessantes entre les puissances européennes. Louis XIV s'empare graduellement du sud du comté (Tournai, Douai, Armentières, Lille, Bergues, Furnes en 1668 à la Paix d'Aix-la-Chapelle, Courtrai, Audenarde entre 1668 et 1678, Cassel, Ypres en 1678 au traité de Nimègue), avant de refluer partiellement. La Flandre reste dévastée par les campagnes de l'armée française (1642-1658, 1661-1668, 1673-1678, 1689-1697, 1700-1705). La Guerre de Succession d'Espagne voit le retrait limité de la France (perte d'Ypres et de Poperinge) et l'administration du territoire pas les Anglo-néerlandais (1705-1714) jusqu'au traité d'Utrecht qui place les Pays-Bas méridionaux sous le contrôle autrichien.

La période autrichienne et la fin du comté : 1714-1795

La paix d'Utrecht (1713) donne les Pays Bas méridionaux à l'Autriche de Charles VI. Ils doivent cependant assurer le financement du maintien de garnisons hollandaises dans les villes flamandes de Furnes, Ypres, Knokke, Warneton, Menin, Tournai et Termonde. La paix se maintient jusqu'en 1744, date où la France occupe à nouveau le pays (1744-1748). La situation économique s'améliore quelque peu. Marie-Thérèse (1744-1780) et Joseph II (1780-1790) tentent de réduire la puissance sclérosante des guildes. Joseph II fait démanteler les forteresses tenues par les Hollandais, qu'il chasse de Flandre (1782). Les réformes radicales de l'Empereur sont brutales et imposées par le haut. Le comté, comme les autres structures administratives, est supprimé ( 1787), rétabli (30 mai 1787), supprimé de nouveau (17 décembre 1787) et les Autrichiens sont finalement chassés (révolution brabançonne). En 1790, lors de la première réunion des États-Généraux depuis 1632, le comté intègre les éphémères États-Belgiques-Unis proclamés à cette occasion. Mais, dès la fin 1790, l'Autriche occupe à nouveau le territoire. Le glas définitif du comté sonne en 1795, date à laquelle, après la guerre (1792-1794) et la conquête (1794), il est transformé (hors Tournai, rattaché au département de Jemmapes) en deux départements français: l'Escaut et l'Yser, prototypes des futures provinces belges de Flandre-Orientale et de Flandre-Occidentale, créées en 1814 au sein du royaume des Pays-Bas et intégrées à la Belgique en 1830.

Titulature et statut

Le comte de Flandre était l'un des six pairs laïcs primitifs du Royaume de France (les pairs laïcs à l'avènement d'Hugues Capet en juillet 987). Deux comtes de Flandre eurent le titre de régent de France : le premier, Baudouin V, fut tuteur en 1060 de Philippe I, son neveu ; le second, Philippe d'Alsace, fils de Thierry d'Alsace, eut la tutelle de Philippe Auguste. Un autre comte, Baudouin IX, fut empereur de Constantinople (1204).

Voir aussi

- Liste des comtes de Flandre
- Liste historique des comtés français
- Histoire de Belgique
- Pour l'étymologie, voir à : .

Notes

Sources et bibliographie

- Carson, Patricia: Miroir de la Flandre, Éditions Lannoo, Tielt, 1973 révision 1991; ISBN 90 209 2714 0
- De Cant Geneviève: Jeanne et Marguerite de Constantinople, Éditions Racine, Bruxelles, 1995; ISBN 2-87386-044-8
- Douxchamps Cécile et José: Nos dynastes médiévaux, Wepion-Namur 1996, José Douxchamps, éditeur; ISBN 29600078-1-6
- Dumont Georges-Henri: Histoire de la Belgique, Histoire/le cri, Bruxelles 1977, ISBN 2-87106-182-3
- Dumont Georges-Henri: Marie de Bourgogne, Fayard 1982, ISBN 2-213-01197-4
- Geirnaert Noël et Vandamme Ludo: Bruges: two thousands years of history, Stichting Kunstboek bvba, Bruges, 1996; ISBN 90-74377-46-7
- Le Glay Edward: Histoire des comtes de Flandre jusqu'à l'avènement de la Maison de Bourgogne, Comptoir des Imprimeurs-unis, Paris, MDCCCXLIII
- Lestocquoy Jean, Histoire de la Flandre et de l'Artois, Presses universitaires de France, Paris 1949
- Platelle Henri et Clauzel Denis: Histoire des provinces françaises du Nord, 2. Des principautés à l'empire de Charles Quint (900-1519), Westhoek-Editions Éditions des Beffrois, 1989; ISBN 2-87789-004-X
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