Charles V de France

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Charles V de France, dit Charles le Sage (né à Vincennes, le 21 janvier 1338 - mort à Beauté-sur-Marne, le 16 septembre 1380), est roi de France de 1364 à 1380. Son règne marque la fin de la première partie de la guerre de Cent Ans : il réussit à récupérer toutes les terres perdues par ses prédécesseurs, restaure l'autorité de l'État et relève le royaume de ses ruines. Il est, un temps, proche du mouvement réformateur lorsqu'il se retrouve, en 1357, dau
Charles V de France

Charles V de France, dit Charles le Sage (né à Vincennes, le 21 janvier 1338 - mort à Beauté-sur-Marne, le 16 septembre 1380), est roi de France de 1364 à 1380. Son règne marque la fin de la première partie de la guerre de Cent Ans : il réussit à récupérer toutes les terres perdues par ses prédécesseurs, restaure l'autorité de l'État et relève le royaume de ses ruines. Il est, un temps, proche du mouvement réformateur lorsqu'il se retrouve, en 1357, dauphin d'un roi emprisonné, son père Jean le Bon, à la tête d'une monarchie contrôlée, mais les ambitions de Charles de Navarre et l'opposition d'Étienne Marcel font échouer cette tentative. Couronné en 1364, il restaure l'autorité royale en la basant sur l'état de droit et en poursuivant la politique de la monnaie forte instaurée par les conseillers de son père. Ce faisant, un parallèle s'établit entre son règne et celui de saint Louis qui reste la référence du bon gouvernement pour l'époque. Il formalise la décentralisation du pouvoir par la politique des apanages sur lesquels il garde autorité en les finançant grâce à l'instauration d'impôts durables. Ces nouvelles ressources lui permettent de doter la France d'une armée permanente qui, associée aux armées de ses frères, permet de se débarrasser des Grandes compagnies qui ruinent le pays, puis de vaincre les Anglais. Cette victoire est aussi acquise par les succès diplomatiques qu'il obtient en retournant les vassaux gascons favorables à l'Angleterre et en isolant celle-ci du reste de l'Europe. Cette reconquête s'effectue en grande partie en encourageant le sentiment national naissant, transformant les Anglais en envahisseurs. Son règne est enfin marqué par le grand Schisme d'Occident, qu'il n'a pas pu ou voulu empêcher.

Généalogie

Charles V est issu de la branche royale des Valois de la Dynastie capétienne. Il est le fils de Jean II le Bon et de Bonne de Luxembourg, et le frère de Louis, duc d'Anjou, de Jean, duc de Berry et de Philippe, dit Philippe le Hardi, duc de Bourgogne.

Descendance

Marié à Jeanne de Bourbon le 8 avril 1350, il a neuf enfants dont deux seulement atteignent l'âge adulte:
- Jeanne (1357-1360)
- Jean (1359-1364)
- Bonne (1360-1360)
- Jean (1360-1366)
- Charles (1368-1422), qui devient roi à la mort de son père en 1380 sous le nom de Charles VI.
- Marie (1370-1377)
- Louis (1372-1407), qui reçoit en 1392 le duché d'Orléans en apanage sous le nom de Louis I.
- Isabelle (1373-1378)
- Catherine (1378-1388) qui devient duchesse de Berry et comtesse de Montpensier en 1386 à la suite de son mariage avec Jean II de Berry. De sa maîtresse Biette de Casinel:
- Jean de Montaigu (1365-?)

Aspect physique et personnalité

Charles V Portant les séquelles d'une maladie de jeunesse contractée en 1349Françoise Autrand, Charles V, Fayard 1994, p. 18-19. L’historienne conclut qu'il s'agissait d'une typhoïde mais la longueur d'évolution et les séquelles ne sont pas en faveur de ce diagnostic. Les séquelles font évoquer un problème lymphatique peut être du à un accès de peste bubonique (1/3 de la population européenne en est morte cette année-là) mais l'évolution semble bien lente. L'hypothèse la plus séduisante serait une adénite tuberculeuse qui aurait fini par guérir en fistulisant et aurait laissé les séquelles lymphatiques. Pour Françoise Autrand il aurait aussi été atteint de la goutte qui est une affection chronique pouvant donner des fistules (Charles V, Fayard 1994, p. 478-481). Nous n'avons pas retrouvé de sources permettant de trancher entre ses différentes hypothèses, il n'est pas si chétif qu'on l'a écrit (73 kg en 1362 après une longue maladie et 77.5 kg en 1368Il s'est fait peser avec la grande balance de Tournai: Françoise Autrand, Charles V, Fayard 1994, p. 471-472) mais sa santé fragile l'écarte des tournois et des champs de bataille: sa main droite est si enflée qu'il ne peut manier d'objets pesantsNoël Coulet, Le temps des malheurs (1348-1440) tiré de Histoire de la France des origines à nos jours sous la direction de Georges Duby, Larousse, 2007, p 411. Il n'en a pas moins un sens aigu de la majesté royale. Il a l'esprit vif et est proprement machiavélique: sa biographe Christine de Pisan le décrit (retors) et Jean de Gand le qualifie de . Son tempérament tranche avec celui de son père Jean le Bon, dont la grande sensibilité se traduit par des explosions de colères non contenues et qui ne s'entoure que de personnes avec lesquelles il a des liens d'amitiéFrançoise Autrand, Charles V, Fayard 1994, p. 18-19. Très tôt, la mésentente est manifeste entre père et fils aux personnalités si dissemblablesFrançoise Autrand, Charles V, Fayard 1994, p. 17. Charles V est très instruit: Christine de Pisan le décrit comme un intellectuel accompli maitrisant les sept arts libérauxFrançoise Autrand, Charles V, Fayard 1994, p. 751. Mais, c'est aussi un roi très pieux et superstitieux. Le sort s'acharnant longtemps à ne pas lui donner d'héritier et étant sujet à de nombreux problèmes de santé devant lesquels la médecine de l'époque reste démunie Charles se révèle très pieuxFrançoise Autrand, Charles V, Fayard 1994, p. 489-490 et adepte de l'astrologie. Il soutient l'expansion de l'ordre des CélestinsFrançoise Autrand, Charles V, Fayard 1994, p. 749-750 et le septième des livres de sa bibliothèque sont des ouvrages d'astronomie, d'astrologie ou d'art divinatoireFrançoise Autrand, Charles V, Fayard 1994, p. 745. Cependant, cela va à l'encontre de la doctrine de l'église et de l'université à l'époque ainsi que celle de ses conseillers: ces croyances restent dans la sphère privée du roi et n'interfèrent pas dans ses décisions politiquesFrançoise Autrand, Charles V, Fayard 1994, p. 747.

Biographie

Enfance

Il est éduqué à la cour avec une bande d'enfants d'âge similaire dont il restera proche: Philippe d'Orléans son oncle, ses frères Louis, Jean et Philippe, Louis de Bourbon, Édouard et Robert de Bar, Godefroy de Brabant, Louis d'Étampes , Louis d'Évreux (frère de Charles le Mauvais), Jean et Charles d'Artois, Charles d'Alençon et Philippe de RouvreFrançoise Autrand, Charles V, Fayard 1994, p. 26. Son précepteur est probablement Sylvestre de la ServelleFrançoise Autrand, Charles V, Fayard 1994, p. 27 qui lui inculque le latin et la grammaire. Sa mère et sa grand-mère paternelle meurent de la peste en 1349 alors qu'il vient de quitter la cour pour se rendre dans son apanage du Dauphiné. Son grand-père, Philippe VI, décède peu après en 1350Françoise Autrand, Charles V, Fayard 1994, p. 28.

Le comte Humbert II, ruiné du fait de son incapacité à lever l'impôtFrançoise Autrand, Charles V, Fayard 1994, p. 72 et sans héritier après la mort de son fils unique, vend le DauphinéFrançoise Autrand, Charles V, Fayard 1994, p. 70, terre d'Empire. Le pape ni l'Empereur ne se portant acquéreurs, l'affaire est conclue avec Philippe VI. Selon l'accord, il doit revenir à un fils du futur roi Jean le Bon. C'est donc Charles, en tant que fils aîné de ce dernier, qui devient le dauphin. Il n'a que onze ans, mais est immédiatement confronté à l'exercice du pouvoir. Il prête serment aux prélats et reçoit l'hommage de ses vassaux. Le dauphin est marié le 8 avril 1350 à Tain-l'Hermitage à sa cousine Jeanne de Bourbon. L'accord préalable du pape a été obtenu pour ce mariage consanguin qui est probablement à l'origine des troubles psychiatriques de Charles VI et de la fragilité des autres enfants de Charles V. Le mariage est retardé par la mort de sa mère Bonne de Luxembourg et de sa grand-mère Jeanne de Bourgogne, emportées par la peste (il ne les a plus vues depuis qu'il est parti en Dauphiné). Le dauphin a lui-même été gravement malade d'août à décembre 1349Françoise Autrand, Charles V, Fayard 1994, p. 75. Les rassemblements étant limités pour ralentir la diffusion de la peste qui sévit dans toute l'Europe, le mariage a lieu dans l'intimitéFrançoise Autrand, Charles V, Fayard 1994, p. 76. Le contrôle de ce territoire est précieux pour le Royaume de France car il occupe la vallée du Rhône, un axe commercial majeur entre Méditerranée et nord de l'Europe depuis l'Antiquité, les mettant en contact direct avec Avignon, ville papale et centre diplomatique incontournable de l'Europe médiévale. En dépit de son jeune âge, le dauphin s'applique à se faire reconnaître par ses sujets, intercède pour faire cesser la guerre qui sévit entre deux familles de vassaux. Il acquiert ainsi une expérience qui lui sera fort utile.

Mission en Normandie

chevaliers, enluminure des s, BNF Charles est rappelé à Paris à la mort de son grand-père Philippe VI et participe, le 26 septembre 1350 à Reims, au sacre de son père Jean le Bon, qui l'arme chevalier de l'ordre de l'Étoile à cette occasionFrançoise Autrand, Charles V, Fayard 1994, p. 85. La légitimité de Jean le Bon, et celle des Valois en général, ne coule pas de source : son père Philippe VI a été qualifié de "roi trouvé" et son crédit s'est effondré avec les désastres de Crécy, de Calais, les ravages de la peste et les mutations monétaires nécessaires pour maintenir à flot les finances royales. Mais surtout le clan royal se trouve en butte à l'hostilité de Charles II de Navarre dit Charles le Mauvais, dont la mère Jeanne a renoncé en 1328 à la couronne de France contre celle de Navarre, qui est l'aîné d'une puissante lignée et sait regrouper autour de lui les mécontents des règnes des premiers Valois. Il est soutenu par ses proches et leurs alliés : la famille de Boulogne (le comte, le cardinal, leurs deux frères et leur parenté d'Auvergne), les barons champenois fidèles à Jeanne de Navarre (la mère de Charles et dernière comtesse de Champagne) et les fidèles de Robert d'Artois, chassé du Royaume par Philippe VI. Il dispose par ailleurs de l'appui de la puissante Université de Paris et des marchands du Nord-Ouest pour lesquels le commerce trans-Manche est vitalFrançoise Autrand, Charles V, Fayard 1994, p.108. L'exécution du connétable Raoul de Brienne, le 19 novembre 1350, dans une profonde opacité (il semble que celui-ci devait rendre hommage à Édouard IIIFrançoise Autrand, Charles V, Fayard 1994, p.83), entraîne le ralliement de ses nombreux soutiens au camp navarraisFrançoise Autrand, Charles V, Fayard 1994, p.82-83. Il s'agit en particulier des seigneurs normands et de la noblesse du Nord-Ouest (de Picardie, d'Artois, du Vermandois, du Beauvaisis et de Flandre dont l'économie dépend des importations de laine anglaise), et des frères de Picquigny, fidèles alliés du connétableFrançoise Autrand, Charles V, Fayard 1994, p.107-108. Au lendemain de la mort de ce dernier, Charles le Mauvais écrit au duc de Lancastre : ’’’’. Brillant orateur et habitué à la monarchie contrôlée par sa fréquentation des cortes navarraises (l’équivalent des états généraux), il se fait le champion de la réforme d'un état jugé trop arbitraire, ne laissant plus voix ni à la noblesse ni aux villes (Jean le Bon gouverne avec un cercle de favoris et d'officiers d’ascendance parfois roturière). À l'inverse de son père, Charles V considère que le pouvoir ne coule pas de source : il s'acquiert grâce à l'approbation de ses sujets et nécessite une grande capacité d'écoute. Cette vision des choses le rapproche des nobles normands et du courant réformateur, donc de Charles de Navarre. La puissance du Navarrais est telle que, le 8 janvier 1354, il peut faire assassiner son rival Charles de la Cerda (le favori du roi), l'assumer ouvertement et obtenir des concessions territoriales et de souveraineté au traité de Mantes, grâce à la menace d'une alliance avec les Anglais ! Mais, à Avignon, Français et Anglais négocient une paix qui empêcherait Charles de Navarre de compter sur le soutien d'Édouard III et l'éloignerait définitivement du pouvoir ; il conclut donc avec les Anglais un traité au terme duquel le royaume de France serait tout simplement partagéRaymond Cazette, Étienne Marcel, Taillandier 2006, p. 121Françoise Autrand, Charles V, Fayard 1994, p.144-145. Un débarquement anglais est prévu pour la fin de la trêve qui expire le 24 juin 1355. Le roi Jean missionne le dauphin en mars 1355 pour organiser la défense de la Normandie, ce qui passe par la levée de l'impôt nécessaire. La tâche est difficile du fait de l'influence grandissante de Charles le Mauvais qui, en vertu du traité de Mantes, a un statut proche de celui de duc et, susceptible de s'allier à Édouard III, peut à tout moment ouvrir les portes de la Normandie à l'AnglaisFrançoise Autrand, Charles V, Fayard 1994, p.151. Le dauphin sait se faire accepter. Les Normands rechignent d'autant plus à faire rentrer les taxes que les Navarrais les y encouragent, mais l'argent récolté est redistribué aux seigneurs qui ont bien voulu consentir à tailler leurs sujets. Il reste peu de finances pour équiper des hommes d'armes mais le dauphin y gagne des sympathies. Ses capacités d'écoute lui permettent d'éviter la guerre en obtenant en juin une réconciliation entre le Navarrais et le roi qui est scellée par une cérémonie à la cour le 24 septembre 1355Françoise Autrand, Charles V, Fayard 1994, p.155-157. Le débarquement promis par Édouard III n'a pas lieu et ce dernier prend ombrage du nouveau revirement de Charles de Navarre (il se méfie désormais de ce concurrent à la couronne de France trop gourmand et trop retors).

La tentative de fugue

L'oncle du dauphin et empereur Charles IV, subissant une offensive diplomatique de la part des Anglais et inquiété par l'influence grandissante des Français sur l'ouest de l'empire (la Bourgogne, le Dauphiné et de nombreuses places fortes sont contrôlés par les Français), menace de renégocier son alliance avec son beau frère Jean le Bon et émancipe le duc de Bourgogne pour ses posséssions en terre d'empire (du fait de son jeune âge, ses terres sont gérées par son beau-père, le roi de France)Françoise Autrand, Charles V, Fayard 1994, p.161-163. Le roi fait montre d'intransigeance et la tension monte. Charles, qui est très proche de son oncle et risque d'y perdre le Dauphiné, est opposé à la façon de procéder de son père. Monté contre lui par Robert Le Coq (l'un des plus fervents Navarrais, jouant double jeu auprès de Jean le Bon) qui ne cesse de lui assurer que son père cherche à l'évincer du pouvoir, il organise avec le concours du parti navarrais une fugue visant à rencontrer l'empereur, lui prêter l’hommage et apaiser les tensionsFrançoise Autrand, Charles V, Fayard 1994, p.82-83. Elle doit avoir lieu en décembre 1355. Le roi, mis au courant du complot par Robert de Lorris, convoque son fils et lui confie la Normandie en apanage pour le rassurer sur ses sentiments envers lui et contrer le travail de sape des NavarraisFrançoise Autrand, Charles V, Fayard 1994, p.166-167.

Le 6 janvier 1356, Charles devient ainsi Charles I de Normandie. Mais Jean le Bon, averti du complot de partage du pays ourdi par Charles le Mauvais et les Anglais à Avignon, se décide à mettre le Navarrais hors d'état de nuire. Le 5 avril 1356, le dauphin et duc de Normandie a convié en son château de Rouen toute la noblesse de la province, à commencer par le comte d'Évreux, Charles le Mauvais. La fête bat son plein lorsque surgit Jean II le Bon, coiffé d'un bassinet et l'épée à la main, qui vient se saisir de Charles le Mauvais en hurlant : Françoise Autrand, Charles V, Fayard 1994, p.177-179. À ses côtés, son frère Philippe d'Orléans, son fils cadet Louis d'Anjou et ses cousins d'Artois forment une escorte menaçante. À l'extérieur, une centaine de cavaliers en armes tiennent le château. Le roi se dirige vers la table d'honneur, agrippe le roi de Navarre par le cou et l'arrache violemment de son siège en hurlant : . Colin Doublet, écuyer de Charles le Mauvais, tire alors son couteau pour protéger son maître, et menace le souverain. Il est aussitôt appréhendé par l'escorte royale qui s'empare également du Navarrais. Excédé par les complots de son cousin avec les Anglais, le roi laisse éclater sa colère qui couve depuis la mort, en janvier 1354, de son favori le connétable Charles d'Espagne. Arrestation de Charles le Mauvais Malgré les supplications de son fils qui, à genoux, implore de ne pas le déshonorer, le roi se tourne vers Jean d'Harcourt, infatigable défenseur des libertés provinciales, mais qui a été mêlé à l'assassinat de Charles de la Cerda. Il lui assène un violent coup de masse d'armes sur l'épaule avant d'ordonner son arrestation. Le soir même, le comte d'Harcourt et trois de ses compagnons, dont l'écuyer Doublet, sont conduits au lieu-dit du Champ du Pardon. En présence du roi, le bourreau, un criminel libéré pour la circonstance qui gagne ainsi sa grâce, leur tranche la tête. Deux jours plus tard, la troupe regagne Paris pour célébrer la fête de Pâques. Charles le Mauvais est emprisonné au Louvre, puis au Châtelet. Mais la capitale n'est pas sûre, aussi est-il finalement transféré à la forteresse d'Arleux, près de Douai en terre d'EmpireFrançoise Autrand, Charles V, Fayard 1994, p.188. Incarcéré, Navarre gagne en popularité ; ses partisans le plaignent et réclament sa liberté. La Normandie gronde et nombreux sont les barons qui renient l'hommage prêté au roi de France et se tournent vers Édouard III d'Angleterre. Pour eux, Jean le Bon a outrepassé ses droits en arrêtant un prince avec qui il a pourtant signé la paix. Pire encore, ce geste est perçu par les Navarrais comme le fait d'un roi qui se sait illégitime et espère éliminer un adversaire dont le seul tort est de défendre ses droits à la couronne de France. Philippe de Navarre, frère de Charles le Mauvais, envoie son défi au roi de France le 28 mai 1356Autrand, Charles V, Fayard 1994, p.188. Les Navarrais, et particulièrement les seigneurs normands, passent en bloc du côté d'Édouard III qui, dès le mois de juin, lance ses troupes dans de redoutables chevauchées, en Normandie et en Guyenne. Le 19 septembre, Jean le Bon est fait prisonnier par les Anglais, après la défaite de Poitiers.

Lieutenant du royaume puis régent pendant la captivité de Jean le Bon

L'ordonnance de 1357

Étienne Marcel, Illustration du XIXe siècle. En 1356, la guerre de Cent Ans tourne largement à l'avantage des Anglais. Le père de Charles et son frère Philippe sont emprisonnés à Londres. En tant que fils le plus agé du roi Charles gouverne alors le royaume. La noblesse française, qui tient son pouvoir de droit divin et doit donc le justifier sur le champ de bataille, sort complètement discréditée des désastres de Crécy et de Poitiers, d'autant que cette période correspond à une montée en puissance de l'artisanat et du commerce, et donc des villes, qui n'attendent que l'occasion de revendiquer une liberté et un pouvoir proportionnels à leur importance économique au sein de la société (en Angleterre les citadins ont été en mesure d'imposer la Grande Charte). Les débuts de la régence du dauphin Charles sont difficiles : il n'a que 18 ans, peu de prestige personnel (d'autant qu'il a quitté le champ de bataille de Poitiers contrairement à son père et son frère Philippe le Hardi), peu d'expérience, et doit porter sur ses épaules le discrédit des Valois. Il s'entoure des membres du conseil du roi de son père, qui sont très décriés. Les États généraux se réunissent le 17 octobre. Le dauphin, très affaibli, se heurte à une forte opposition : Étienne Marcel, prévôt des marchands de Paris à la tête de la bourgeoisie, et les amis de Charles de Navarre, regroupés autour de l'évêque de Laon, Robert Le Coq. Le dauphin proche des idées réformatrices n'est pas contre une place plus importante des États dans le contrôle de la monarchie. En revanche, la libération de Charles de Navarre est inacceptable car elle mettrait en péril le règne des Valois. Les États exigent la destitution des conseillers les plus compromis, la capacité à élire un conseil qui assistera le roi ainsi que la libération du Navarrais. Pas assez puissant pour pouvoir refuser d'emblée ces propositions, le dauphin ajourne sa réponse. Les États généraux sont prorogés, et sont convoqués de nouveau le 3 février 1357. Pendant ce répit, Charles va rendre hommage à son oncle l'empereur Charles IV pour le Dauphiné à Metz, ce qui lui permet d'obtenir son soutien diplomatique. À son retour, le dauphin accepte la promulgation de la « grande ordonnance », esquisse d'une monarchie contrôlée et vaste plan de réorganisation administrative, mais obtient le maintien en captivité de Charles de Navarre. Une commission d'épuration doit destituer et condamner les fonctionnaires fautifs (et particulièrement les collecteurs d'impôts indélicats) et confisquer leurs biens. Six représentants des États entrent au conseil du roi, qui devient un conseil de tutelle. L'administration royale est surveillée de près : les finances, et particulièrement les mutations monétaires et les subsides extraordinaires, sont contrôlées par les États.

Libération de Charles de Navarre

Un gouvernement du régent contrôlé par les États avec son assentiment est donc mis en place. Deux conseils cohabitent : celui du Dauphin et celui des États. Mais pour les réformateurs et particulièrement les Navarrais cela ne suffit pas : le retour du roi de captivité peut mettre fin à cet essai institutionnel. Étienne Marcel et Robert Le Coq organisent donc la libération de Charles de Navarre qui peut prétendre à la couronne et est toujours enfermé. Cependant, pour se dédouaner face au dauphin, on donne à cette libération l’aspect d’un coup de force spontané de fidèles navarrais (les frères Picquigny)Françoise Autrand, Charles V, Fayard 1994, p.278-279. Charles V ne peut qu'accepter la réconciliation avec Charles de Navarre libéré. Le retour de Charles de Navarre est méticuleusement organisé : il est libéré le 9 novembre, il est reçu avec le protocole réservé au roi dans les villes qu’il traverse, accueilli par les notables et la foule réunie par les États. Le même cérémonial se reproduit dans chaque ville depuis Amiens jusqu’à Paris : il est reçu par le clergé et les bourgeois en procession, puis il harangue une foule toute acquise, expliquant qu’il a été injustement spolié et incarcéré par Jean le Bon alors qu’il est de lignée royaleFrançoise Autrand, Charles V, Fayard 1994, p.280-281. Mis devant le fait accompli, le dauphin ne peut refuser la demande d’Étienne Marcel et de Robert le Coq et signe des lettres de rémission pour le Navarrais. Le 30 novembre il harangue Parisiens réunis par Étienne Marcel au Pré aux Clercs. Le 3 décembre, Étienne Marcel s’invite avec un fort parti bourgeois au conseil du Roi qui doit décider de la réhabilitation de Charles de Navarre, sous prétexte d’annoncer que les États réunis au Couvent des Cordeliers ont consenti à lever l’impôt demandé par le dauphin et qu’il ne reste que l’accord de la noblesse à obtenir. Le dauphin ne peut qu’acquiescer et réhabilite Charles le MauvaisFrançoise Autrand, Charles V, Fayard 1994, p.282. Plus dangereux encore pour les Valois, les États doivent trancher la question dynastique le 14 janvier 1358. Charles le Mauvais exploite le mois d’attente pour faire campagneFrançoise Autrand, Charles V, Fayard 1994, p284-286. Le dauphin se montre actif en organisant la défense du pays contre les nombreux mercenaires qui, faute de solde, pillent le pays. Les maréchaux de Normandie, de Champagne et de Bourgogne se rendent à sa cour. Il cantonne à Paris une armée de hommes venus du Dauphiné sous prétexte de protéger la ville des exactions des Grandes compagniesFrançoise Autrand, Charles V, Fayard 1994, p. 289. Cela met la ville sous pression. Le 11 janvier, il s’adresse aux Parisiens aux Halles en expliquant pourquoi il lève une armée et en mettant en cause les États pour leur incapacité à assurer la défense du pays malgré l’argent prélevé lors des levées d’impôts : c’est un succès et Étienne Marcel doit organiser d’autres réunions noyautées par ses partisans pour le mettre en difficultéFrançoise Autrand, Charles V, Fayard 1994, p. 291. Le 14 janvier, les États n’arrivant à s’entendre ni sur la question dynastique, ni sur la levée d’un nouvel impôt, on décide d’une nouvelle mutation monétaire pour renflouer les caisses de l’État Françoise Autrand, Charles V, Fayard 1994, p. 292. Les esprits s’échauffent contre les États, pour le plus grand bénéfice du dauphin . L'exécution de l'ordonnance de 1357 est vite bloquée. La commission d'épuration est désignée mais ne fonctionne que cinq mois. Les collecteurs d'impôts nommés par les États rencontrent l'hostilité des paysans et des artisans pauvres. Les six députés entrés au conseil de tutelle sont en minorité et les États généraux manquent d’expérience politique pour contrôler en permanence le pouvoir du dauphin qui, en acquérant du savoir-faire, retrouve l'appui des fonctionnaires. Les déplacements fréquents, coûteux et dangereux à l'époque, découragent les députés de province et les États sont de moins en moins représentatifs. Peu à peu, seule la bourgeoisie parisienne vient siéger aux assemblées. Enfin, Jean le Bon, qui garde un grand prestige, désavoue le dauphin et, depuis sa prison, interdit l'application de l'ordonnance de 1357. Étienne Marcel, constatant l'échec de l'instauration d'une monarchie contrôlée par voie législative, essaie de la faire proclamer par la force. Il ne remet pas en cause la nécessité d'avoir un souverain, mais il cherche à composer avec celui qui lui laissera le plus de pouvoir. Il oscille entre la faiblesse supposée du dauphin et la cupidité de Charles le Mauvais. Voyant la situation évoluer vers une monarchie contrôlée avec Charles de Navarre à sa tête, Jean le Bon se décide à conclure les négociations avec les Anglais. Pour cela, il lui faut négocier directement avec Édouard III. Jean le Bon est donc transféré de Bordeaux à Londres. Ses conditions d’incarcération sont royales : il est logé avec sa cour de plusieurs centaines de personnes (ses proches capturés avec lui à Poitiers et ceux qui l'ont rejoint), liberté de circulation en Angleterre, hébergement à l’Hôtel de Savoie Françoise Autrand, Charles V, Fayard 1994, p. 359. Il signe en janvier 1358 le premier traité de Londres qui prévoit :
- la cession en pleine souveraineté des anciennes possessions d'Aquitaine des Plantagenêt(le 1/3 du pays): La Guyenne (mise sous commise par Philippe VI au début du conflit), la Saintonge, la Poitou, le Limousin, le Quercy, le Périgord, le Rouergue et la Bigorre ;
- une rançon de 4 millions d'écus ;
- le maintien des prétentions d'Édouard III à la couronne de FranceFrançoise Autrand, Charles V, Fayard 1994, p. 364.

L'assassinat des maréchaux

La nouvelle de l'acceptation par Jean le Bon du premier traité de Londres qui cède le tiers du territoire à l'Angleterre provoque un tollé dont Étienne Marcel va profiter.La nouvelle de l'acceptation par Jean le Bon du premier traité de Londres qui cède le tiers du territoire à l'Angleterre provoque un tollé dont Étienne Marcel va profiter. Jean Baillet le trésorier du Dauphin est assassiné le 24 janvier 1358. Le meurtrier (le valet d'un changeur parisien) est saisi alors qu'il se réfugiait dans une église et le dauphin fait de son exécution un exempleJean Favier, La guerre de cent ans, Fayard 1980, p. 238. Étienne Marcel exploite les esprits qui s'échauffent : Il y a deux cortèges funèbres, celui de la victime suivi par le dauphin et celui du meurtrier qui est lui suivi par la bourgeoisie parisienne. Meurtre des maréchaux. En arrière plan, Étienne Marcel tend un chaperon rouge et bleu au dauphin. Le 22 février 1358, Étienne Marcel déclenche une émeute réunissant trois mille personnes qu'il a convoquées en armes. La foule surprend Regnault d'Acy, l'un des négociateurs du Traité de Londres qui a rapporté la nouvelle à Paris. Il se réfugie dans une pâtisserie où on l'égorge férocement avec ses proches. Puis la foule envahit le Palais de la Cité pour affronter le régentNoël Coulet, Le temps des malheurs (1348-1440) tiré de Histoire de la France des origines à nos jours sous la direction de Georges Duby, Larousse, 2007, p 403. Étienne Marcel et certains de ses partisans parviennent à sa chambre dans le but de l'impressionner pour pouvoir mieux le contrôler. Il s'exclame: . Le maréchal de Champagne Jean de Conflans et le maréchal de Normandie Robert de Clermont sont tués devant le prince, qui est couvert de leur sang et croit son existence menacée. Marcel l'oblige à coiffer le chaperon rouge et bleu des émeutiers (aux couleurs de Paris) alors que lui même met le chapeau du Dauphin et à renouveler l’ordonnance de 1357Jean Favier, La guerre de cent ans, Fayard 1980, p. 242-243. Il l'épargne pensant pouvoir le contrôler aisément : c'est une lourde erreur. Le timide et frêle dauphin se révèlera être un redoutable politique. De fait, jamais Étienne Marcel ne parviendra à le contrôler, même si dans les premiers temps le futur monarque n'avait pas assez de pouvoir pour contrer directement ce redoutable tribun. Le dauphin ne peut qu’accepter un nouveau changement institutionnel. Son conseil est épuré et quatre bourgeois y rentrent. Le gouvernement et les finances sont aux mains des ÉtatsFrançoise Autrand, Charles V, Fayard 1994, p. 302, Charles le Mauvais reçoit un commandement militaire et de quoi financer une armée de hommes, le dauphin lui obtient de devenir régent du royaume ce qui permet de ne plus tenir compte des décisions du roi tant que celui-ci demeure en captivité (et en particulier des traités de paix inacceptables) Françoise Autrand, Charles V, Fayard 1994, p. 304. Pour ratifier cette nouvelle ordonnance et en particulier son contenu fiscal, il faut l’accord de la noblesse dont une partie ne veut plus se réunir à Paris (en particulier les Champenois et Bourguignons, scandalisé par l’assassinat des maréchaux, qui ont quitté Paris). La noblesse se réunissant à Senlis fournit au dauphin l’occasion qu’il attendait pour quitter la capitale, ce qu’il fait le 17 mars. Il participe aux états de Champagne qui ont lieu le 9 avril à Provins, obtient le soutien de la noblesse de l’Est du royaume, et met les délégués parisiens en difficultéFrançoise Autrand, Charles V, Fayard 1994, p. 310. Fort de ce succès, il s’empare des forteresses de Montereau et de Meaux. L’accès est de Paris est bloqué. Au sud et à l’ouest, les compagnies écument le pays. Il ne reste que l’accès nord qui permette de garder le contact avec les villes des Flandres. Les accès fluviaux sont bloqués. Le 18 avril Étienne Marcel lui envoie son défi et la ville se prépare au combat : on creuse des fossés, le remblais constituant un talus pour arrêter les tirs d’artillerie. On finance ces travaux par une mutation monétaire et en prélevant un impôt, ce qui diminue les confiance des Parisiens envers le gouvernement des ÉtatsFrançoise Autrand, Charles V, Fayard 1994, p. 315. Le dauphin réunit les états généraux à Compiègne. Ils décident le prélèvement d’un impôt contrôlé par les états, un renforcement monétaire (la monnaie ne devant plus bouger jusqu’en 1359), par contre le conseil du dauphin n’est plus contrôlé par les étatsFrançoise Autrand, Charles V, Fayard 1994, p. 316.

Jacqueries

Les jacques et leurs alliés parisiens sont surpris par une charge de chevalerie à bout portant alors qu'ils donnent l'assaut à la forteresse du marché de Meaux où est retranchée la famille du Dauphin. Le 28 mai 1358 les paysans de Saint-Leu-d'Esserent, près de Creil dans l'Oise excédés par les levées fiscales votées à Compiègne et destinées à mettre le pays en défense, se rebellentFrançoise Autrand, Charles V, Fayard 1994, p. 320. Rapidement les exactions contre les nobles se multiplient au nord de Paris, zone épargnée par les compagnies et tenue ni par les Navarrais ni par les troupes du dauphin. hommes se regroupent rapidement autour d’un chef charismatique : Guillaume Carle, connu sous le nom que lui attribue Froissart : Jacques Bonhomme. Il reçoit très rapidement des renforts de la part d’Étienne Marcel (300 hommes menés par Jean Vaillant), afin de libérer Paris de l’encerclement que le dauphin est en train de réaliser en préservant l’accès nord qui permet de communiquer avec les puissantes villes des Flandres Françoise Autrand, Charles V, Fayard 1994, p. 320-323. L'alliance avec Étienne Marcel semble réussir lorsque les Jacques s'emparent du château d'Ermenonville. Le 9 juin, les hommes du Prévôt de Paris et une partie des Jacques (environ mille hommes) conduisent un assaut sur la forteresse du Marché de Meaux où sont logés le régent et sa famille pour s’assurer de sa personneFrançoise Autrand, Charles V, Fayard 1994, p. 324. C’est un échec : alors que les Jacques se ruent à l’assaut de la forteresse, ils sont balayés par une charge de cavalerie menée par le comte de Foix, Gaston Phébus, et le captal de Buch, Jean de GraillyFrançoise Autrand, Charles V, Fayard 1994, p. 325. Mais le gros des forces de Guillaume Carle veut en découdre à Mello, bourgade du Beauvaisis le 10 juin. Écarté du pouvoir par Étienne Marcel qui a trop vite cru contrôler le régent après l'assassinat des maréchaux, Charles le Mauvais doit reprendre la main et montrer au Prévot de Paris que son soutien militaire est indispensableJean Favier, La guerre de cent ans, Fayard 1980, p. 254. Pressé par la noblesse et particulièrement par les Picquigny auxquels il doit la liberté et dont le frère vient d’être tué par les Jacques, Charles le Mauvais y voit le moyen d'en devenir le chefJean Favier, La guerre de cent ans, Fayard 1980, p. 252-253. D'autre part, les marchands pourraient voir d'un bon œil que l'on sécurise les axes commerciaux. Il prend la tête de la répression, engage des mercenaires anglais et rallie la noblesse. Il s’empare par ruse de Guillaume Carle venu négocier et charge les Jacques décapités. C’est un massacre et la répression qui s'en suit est très dure : quiconque est convaincu d'avoir été de la compagnie des jacques est pendu sans jugementJean Favier, La guerre de cent ans, Fayard 1980, p. 255. La jacquerie se termine dans un bain de sang dont Charles le Mauvais porte la responsabilité alors que le dauphin a su garder les mains propres.

La reconquête de Paris

Assassinat d'Étienne Marcel par Jean Maillard le 31 Juillet 1358 Une fois la Jacquerie écrasée, Charles de Navarre, rentre à Paris le 14 juin 1358Françoise Autrand, Charles V, Fayard 1994, p. 332-333. Il pense avoir rallié à lui la noblesse, mais une grande partie des seigneurs qui était à ses côtés contre les Jacques ne le suit pas dans cette démarche et reste derrière le régent qui a su gagner leur confiance. Charles le Mauvais s’établit à Saint-Denis. Il est fait capitaine de Paris par acclamation et Étienne Marcel envoie des lettres dans toutes les villes du royaume pour qu’il soit fait « capitaine universel » . L’objectif est de créer une grande ligue urbaine et d’opérer un changement dynastique en faveur du Navarrais. On engage des archers anglais pour pallier les nombreuses défections de chevaliers qui ont quitté les rangs de l’armée de Charles le Mauvais et assiègent Paris avec le dauphin à partir du 29 juin. Ce dernier se voit encore renforcé par l’arrivée de nombreuses compagnies qui voient dans le pillage de Paris une bonne affaireFrançoise Autrand, Charles V, Fayard 1994, p.336. Ces troupes remportent quelques escarmouches contre les troupes d'Étienne Marcel ou du NavarraisJean Favier, La guerre de cent ans, Fayard 1980, p. 256. Le dauphin veut à tout prix éviter un bain de sang qui le discréditerait et souhaite une solution négociée. Il ne fait donc pas donner l’assaut et continue le blocus en espérant que la situation change. Mais les mercenaires anglais qui défendent la capitale sont considérés comme ennemis et s’attirent l’inimitié des Parisiens. Le 21 juillet, à la suite d’une rixe de taverne qui dégénère en combat de rue 34 archers anglais sont massacrésFrançoise Autrand, Charles V, Fayard 1994, p.340. Les Parisiens en armes en saisissent 400 qu’ils veulent soumettre à rançon. Le lendemain, Étienne Marcel, Robert Le Coq et Charles de Navarre réunissent la population place de Grève pour calmer les esprits, mais les évènements leur échappent et la foule réclame de les débarrasser des Anglais. Pour maîtriser la foule ( piétons et cavaliers en arme), ils la conduisent par groupes distincts vers les mercenaires en embuscade ; ceux-ci taillent les Parisiens en pièces : 600 à 700 meurent dans ces affrontementsLaurent Theis, Histoire du Moyen Âge Français, Perrin 1992, p. 292 et Françoise Autrand, Charles V, Fayard 1994, p.342. Les Parisiens suspectent Charles de Navarre d'avoir prévenu les mercenaires de leur arrivée (il les a quittés avant le combat)Jean Favier, La guerre de cent ans, Fayard 1980, p. 259. Leurs chefs soutenant les ennemis du pays contre le régent et contre la population, les Parisiens se sentent trahis et se désolidarisent d’Étienne Marcel, d’autant que Charles de Navarre attend son frère Philippe et des renforts anglaisFrançoise Autrand, Charles V, Fayard 1994, p.343. Mais la nouvelle du massacre des Parisiens fait vite le tour de la ville et Étienne Marcel est hué à son retour à Paris. Entrée de Charles V dans Paris le 2 Aout 1358 La rumeur enfle rapidement : on dit que Philippe de Navarre arrive avec Anglais. Les Parisiens redoutent qu’ils ne vengent leurs camarades et pillent la ville. Préparant l'entrée des navarrais, Étienne Marcel, fait marquer les maisons de ceux qu'il suspecte de sympathie pour le régent, dans la nuit du 30 au 31 Juillet. Mais les signes sont interprétés et la suspicion à son égard augmente encoreJean Favier, La guerre de cent ans, Fayard 1980, p. 260. L'échevin Jean Maillart et Pépin des Essart convainquent les bourgeois de demander l’aide du régentFrançoise Autrand, Charles V, Fayard 1994, p.344. Le 31 juillet 1358, à l’aube, Étienne Marcel en compagnie du trésorier de Charles de Navarre essaye de se faire remettre les clefs de la Porte de Saint-Denis mais se heurte au refus de Jean Maillard. N'insistant pas il tente sa chance à la Porte Saint-Antoine, mais Jean Maillart a sonné l'alerte et rameute le maximum de monde : Étienne Marcel surpris est sommé de crier . Après hésitation il s'écrie . Il est apostrophé, la foule gronde. Son sort est déjà scellé : au signal convenu , il est massacré avec ses suivantsJean Favier, La guerre de cent ans, Fayard 1980, p. 261. Le dauphin qui ne croit plus en une reddition est en train de se diriger vers le Dauphiné quand on lui apprend les nouvelles en provenance de ParisFrançoise Autrand, Charles V, Fayard 1994, p.345. Il entre dans Paris le 2 août triomphalement, il a les mains propres. Pardonnant aux Parisiens (il n’y a que très peu de répression, seules quinze personnes sont exécutées pour trahison), il veille à ne pas spolier les proches des exécutés tout en récompensant ses alliés. Par exemple, la riche veuve de l'échevin Charles Toussac exécuté le 2 août est mariée avec Pierre de Dormans : Le roi récompense Jean de Dormans (un de ses fidèles) en plaçant son frère et il ne spolie pas l'héritage de la veuve de son opposantFrançoise Autrand, Charles V, Fayard 1994, p.352.

Deuxième traité de Londres

Jean II dit le Bon En mars 1359, tenant compte de l'approche la fin de la trêve et du fait que le dauphin s'est déclaré régent du Royaume, Jean le Bon cherche à reprendre les rênes du pouvoir et accepte un second traité de Londres encore plus contraignant :
- Aux anciennes possessions d'Aquitaine des Plantagenêt, s’ajoutent toutes les terres qui ont un jour appartenu à l'Angleterre : le Maine, la Touraine, l'Anjou et la Normandie.
- Le roi d'Angleterre reçoit l'hommage du duc de Bretagne, règlant ainsi la guerre de succession de Bretagne en faveur de Jean de Montfort, allié des Anglais.
- La rançon est fixée à 4 millions d'écus avec un échéancier plus bref. Ces conditions représentent plus de la moitié du territoire et plusieurs années de recettes fiscales. Les accepter discréditerait définitivement les Valois et risquerait de faire sombrer le Royaume dans une nouvelle guerre civile qui offrirait à Édouard III la couronne de France sur un plateau. Le traité qui doit rester secret arrive à la cour des comptes le 27 avril 1359. Le 25 juin 1359, passant outre les ordres de son père, le régent réunit les États généraux qui déclarent que le traité Françoise Autrand, Charles V, Fayard 1994, p.368. C'est un coup de maître : en passant par les États généraux, il reconsolide le pays contre les Anglais et dédouane son père qui est aux mains d'Édouard III. Il ressort de cette affaire avec un pouvoir raffermi et le pays derrière lui. Mais, pour les Anglais, il s'agit d'une déclaration de guerre : Édouard III débarque en octobre 1359 pour prendre Reims, la ville du sacre, et imposer à la chevalerie française une nouvelle défaite qui achèverait de la discréditer.

Traité de Brétigny

Mais, en accord avec le roi Jean et son entourage londonien qui ne veulent pas que la mort éventuelle d'Édouard III sur le champ de bataille ne déclenche des représailles à leur encontre, Charles lui oppose la tactique de la terre déserte et mène une guerre d'escarmouches refusant toute bataille rangée. Les portes de Reims restent closes. Or, conformément à sa stratégie qui consiste à forcer les Français à livrer une grande bataille en rase campagne, Édouard III n'a pas emmené de machines de guerre qui l'auraient ralenti. Il se dirige vers la Bourgogne. Cette chevauchée tourne au fiasco pour les Anglais, harcelés, affamés, privés de montures (faute de fourrage). Pendant ce temps, des marins normands mènent un raid sur le port de Winchelsea (mars 1360), déclenchant une panique en AngleterreFrançoise Autrand, Charles V, Fayard 1994, p. 388. Fou de rage, Édouard III remonte vers Paris et laisse son armée commettre de nombreuses exactions : il ne s’agit plus de la simple extorsion visant à nourrir son armée mais de la destruction systématique de toutes les ressources - les pieds de vignes sont arrachés, le bétail abattu et toute âme qui vive massacrée. Ces exactions entraînent un vif ressentiment contre les Anglais. Nombre d’entre elles ont lieu pendant le carême et la Semaine sainte et, lorsque l’armée anglaise est décimée par un violent orage de grêle le lundi 13 avril, nombre de chroniqueurs y voient la main de DieuFrançoise Autrand, Charles V, Fayard 1994, p.390. Édouard III se décide alors à négocier. Il signe la paix à Brétigny, où il dissout son armée de mercenaires. Celle-ci, pour se solder, se livre au pillage en Bourgogne, seule région « ouverte », car, contrairement à la Champagne et l'Île de France, leur arrivée n'y était pas prévue. Ces mercenaires forment l’embryon des Grandes compagnies. 1365 : La France après les traités de Brétigny et de Guérande. Échaudé par le refus du deuxième traité de Londres, Jean le Bon a repris les choses en mains. Le danger d’une prise de pouvoir par les Navarrais ou par les états étant écarté, le roi veut neutraliser au plus vite le dauphin (il craint particulièrement qu'une action d'éclat entraîne la mort du roi d'Angleterre qui menacerait sa sécurité). Alors qu’Édouard III chevauche en France, les rênes du pays sont reprises par son éminence grise Guillaume de Melun, qui met le dauphin en résidence surveillée et dirige le conseil Françoise Autrand, Charles V, Fayard 1994, p. 382. Le parti royal négocie à la va-vite sur la base du premier traité de Londres, alors que l’armée anglaise est en déroute, évitant que ce succès bénéficie au seul dauphin. Par rapport au premier traité de Londres, la rançon est ramenée de 4 à 3 millions d’écus, mais les conditions sont très lourdes et le traité est perçu comme honteux. Cet accord met un terme aux quatre années de captivité de Jean le bon, mais des otages sont livrés pour garantir le paiement de la rançon, dont le plus important est sans doute son ambassadeur et conseiller : Bonabes IV de Rougé et de Derval. Édouard III obtient la Guyenne et la Gascogne en toute souveraineté ainsi que Calais, le Ponthieu et le comté de Guînes. Il obtient également le Poitou - dont l'un des fils du roi, Jean, est pourtant comte -, le Périgord, le Limousin, l'Angoumois et la Saintonge. Enfin, il devient souverain de toutes les terres du comte d'Armagnac en recevant l'Agenais, le Quercy, le Rouergue, la Bigorre et le comté de Gaure. En revanche, Édouard III renonce aux duchés de Normandie et de Touraine, aux comtés du Maine et d'Anjou et à la suzeraineté sur la Bretagne et la Flandre. Il renonce surtout à revendiquer la couronne de France. Ce traité vise à désamorcer tous les griefs qui ont conduit au déclenchement du conflit. Charles a besoin de temps pour réorganiser le pays et mettre fin à l'instabilité qui y régne. La rançon ne sera que partiellement versée et le Traité de Brétigny ne sera pas durable, mais il permet une trêve de neuf ans. Son père nomme Charles Lieutenant général en toutes les parties de la langue d'oïl le 17 décembre 1362. En 1364, ayant regagné l'Angleterre, il le nomme à nouveau son lieutenant et lui assigne le duché de Touraine.

Lutte contre les compagnies en Normandie

Le dauphin évincé du pouvoir, comme à chaque fois qu’il est en difficulté, demande conseil à son oncle l’empereur Charles IV. Celui-ci lui recommande de concentrer ses efforts sur la Normandie, région particulièrement touchée par les exactions des compagnies tolérées par les Navarrais. Il s’agit souvent de mercenaires anglais qui, en leur nom propre ou en se réclamant du roi de Navarre, prennent le contrôle de forteresses pour le compte d’Édouard IIIFrançoise Autrand, Charles V, Fayard 1994, p. 442. Mantes, Meulan et Vernon sont des places fortes navarraises qui contrôlent la vallée de la Seine en aval de ParisFrançoise Autrand, Charles V, Fayard 1994, p. 447. Qu’il s’agisse de forces navarraises, anglaises ou de simples brigandages, les effets sont les mêmes : la population est rançonnée et les échanges fortement perturbés. Le dauphin lève un impôt direct, le fouage, pour organiser la défense du duché. Il peut ainsi financer une flottille de guerre qui protège les échanges entre Paris et Rouen. Depuis 1362, il peut compter sur Bertrand du Guesclin pour défendre la Basse Normandie. Il rachète le donjon de Rolleboise qui contrôle la Seine à Jean Jouël, un capitaine anglais qui l'a pris en son nom pour le compte d’Édouard III. Les paysans le rasent pour empêcher qu'il serve à nouveau de base pour de nouvelles exactions. Mais le danger le plus menaçant reste Charles de Navarre : en 1363, Jean le Bon confie à Philippe le Hardi en apanage le duché de Bourgogne, vacant depuis la mort de Philippe de Rouvre en 1361, évinçant le Navarrais pourtant bien placé héréditairementLaurent Theis, Histoire du Moyen Âge Français, Perrin 1992, pages 295-296. Ce dernier, profitant du retour du roi à Londres pour tenter une nouvelle fois de faire valoir ses droits à la couronne, masse une armée en Basse NormandieFrançoise Autrand, Charles V, Fayard 1994, p 453. Sur instruction de son père, le duc prend les devants : Du Guesclin attaque les forteresses navarraises, prenant Mantes et Meulan les 7 et 11 avril, et prend le contrôle de la Seine Françoise Autrand, Charles V, Fayard 1994, p.448. Pour éviter que Blanche de Navarre, sœur de Charles le Mauvais, n’ouvre pas les portes de Vernon, Pontoise, Neauphles, Chateauneuf-de–Lincourt, Gisors ou Gournay, le dauphin marche sur Vernon où elle est retranchée et négocie sa neutralité dans le conflit qui l’oppose aux Navarrais. Il nomme les capitaines qui contrôleront les châteaux et leur fait jurer qu’il ne feront pas la guerre contre luiFrançoise Autrand, Charles V, Fayard 1994, p.454.

Le roi s’éloigne du pouvoir

En 1362, après le désastre de Brignais, où les compagnies battent à plate couture l'armée qu'il a pu réunir avec l'argent des impôts, Jean le Bon voyant un pays ruiné et à feu et à sang cherche une porte de sortie. Envisageant de reconquérir son honneur en croisade contre les Turcs, il reçoit la croix d’Outremer des mains du pape en Avignon le 30 mars 1363Françoise Autrand, Charles V, Fayard 1994, p.437. Cette croisade financée par le pape permettrait d’emmener les compagnies se battre contre les turcs et serait financée par les décimes, le roi comptant bien en récupérer une partie pour financer le remboursement de sa rançon. Mais le pape impose que les décimes soient prélevées par les évêques eux même ce qui ôte tout espoir de plus-value à Jean le Bon Jean Favier, La guerre de cent ans, Fayard 1980, p.282. Finalement, il repart pour Londres le 3 Janvier 1364 pour renégocier le Traité de Brétigny pour lequel il a du mal à payer la rançon et la libération des otages (son fils Louis d’Anjou, lassé d’attendre sa libération, s'est déjà enfui de Londres)Françoise Autrand, Charles V, Fayard 1994, p.446. Avant de partir, il réunit les États à Amiens fin décembre 1363 pour leur faire part de sa décision. Le dauphin convié et recevant l'instruction d'attaquer Charles le Mauvais avant qu'il ne mette en branle les troupes qu'il masse en Normandie, y obtient de pouvoir lever l'impôt nécessaire pour lever hommes pour lutter contre les compagnies. Jean le Bon meurt à l'hôtel de Savoy, à Londres, le 8 avril 1364.

Début de règne

Le sacre et la fin de la guerre civile

Bataille de Cocherel et Sacre de Charles V Ses forteresses normandes conquises par du Guesclin, Charles le Mauvais contre-attaque et tente d'empêcher le sacre de Charles en lui coupant la route de ReimsLaurent Theis, Histoire du Moyen Âge Français, Perrin 1992, page 296. Bertrand du Guesclin, à la tête de l'armée levée grâce aux impôts votés par les états généraux de 1363, le bat le 16 mai 1364 à la bataille de Cocherel, ce qui met fin à la guerre civile, rétablit l'autorité royale au yeux de la population, montrant que les sacrifices financiers consentis par la population pour l'effort de guerre sont suivis d'effets sur le terrain et permet le sacre le 19 mai 1364 dans la cathédrale de Reims. Par le traité d'Avignon, en mars 1365, Charles le Mauvais abandonne à Charles V ses possessions en basse-Seine (Comté d'Évreux) en échange de la ville de Montpellier.

Guerre de succession de Bretagne

Depuis 1341, la maison de Montfort, soutenue par l'Angleterre, et la maison de Blois, protégée par la France, se disputent le duché de Bretagne. Les Anglais occupent Brest depuis 1342, mais la situation était bloquée depuis la mort de Jean de Montfort en 1343. En septembre 1364, son fils Jean IV et l'Anglais John Chandos vainquent Charles de Blois et Bertrand du Guesclin à la Auray. Cette bataille marque la fin de ce long conflit. La paix est avalisée le 12 avril 1365 par le premier traité de Guérande qui établit Jean IV comme héritier légitime. Il ne repousse pas totalement les prétentions des Penthièvre, puisqu'il établit ainsi la loi successorale en Bretagne:
- le duché se transmettra de mâle en mâle dans la famille des Montfort ;
- en cas d'absence de descendance mâle, il passera aux mâles de la famille de Penthièvre. Charles V ne s'oppose pas à l'élévation du comte de Montfort, dans la crainte qu'il ne fasse hommage de la Bretagne à Édouard, son protecteur et beau-père. Il le reconnaît pour duc, reçoit ses serments, sans être dupe ; mais il gagne par cette politique l'amitié de la noblesse bretonne, et Olivier de Clisson passe à son service. Jean IV, qui épouse une sœur puis une belle-fille du Prince Noir, est un allié des Anglais et donc ennemi de Charles V qui mène une reconquête patiente de tout le territoire français. Une fois débarrassé des Anglais qui ne contrôlent plus que quelques places fortes sur le continent et n'ont plus la maîtrise des mers depuis la bataille de la Rochelle, le roi de France reprend les hostilités et confisque le duché de Bretagne en 1378. Soutenu par le peuple breton et par la volonté d'indépendance des barons, Jean IV se maintient de fait.

Lutte contre les compagnies

Le rétablissement de l’autorité royale et de l’économie passe par l’éradication des compagnies qui saignent le pays. Charles V doit faire comprendre que le royaume n’est plus un havre pour les pillards. Il traite le problème avec la plus grande rigueur et fermeté : il fait appliquer la loi et ne négocie pas avec les truands. Le roi et ses frères organisent la réponse militaire au sein de chaque principautéFrançoise Autrand, Charles V, Fayard 1994, p. 518. C’est rapidement tout le pays qui s’organise contre les compagnies. Chevaliers, villes, paysans envoient des contingents. Les routiers français sont exécutés et les étrangers de quelque valeur soumis à rançonFrançoise Autrand, Charles V, Fayard 1994, p.514. Une fois que la situation des compagnies est devenue inconfortable sur le sol français, Charles V confie à Bertrand du Guesclin la mission d’emmener celles qui restent combattre en Castille pour le compte de son allié Henri de Trastamare. Cela a un double effet : débarrassé des compagnies l’économie du pays se relance et il entraîne bientôt le prince de Galles dans un conflit ruineux contre son allié. En décembre 1367, revenu victorieux de Castille mais exsangue, ce dernier lâche ses mercenaires aux frontières de la Guyenne. Marchant sur Paris, ces derniers sont repoussés par les Français. Mais cet acte est considéré comme un casus belli et il va relancer la guerreFrançoise Autrand, Charles V, Fayard 1994, p.546.

Première guerre civile de Castille

Charles V qui prévoit déjà la reconquête voit d’un mauvais œil la présence d’un allié des Anglais aux frontières. Il souhaite le faire remplacer par un solide allié qui pourra le temps voulu faire peser une menace sur la principauté d’Aquitaine. Les Anglais ne peuvent pas reprendre les hostilités directement contre la France avant la fin des transferts de souveraineté décidés au traité de Brétigny : il y perdraient toutes les concessions territoriales extrêmement avantageuses qu’il y ont obtenuJean Favier, La guerre de cent ans, Fayard 1980, p. 320. Les Anglais ayant les poings liés, le roi de France à le libre choix de la reprise des hostilité, mais il n’en a pas les moyens économiques, le pays étant ravagé par les compagnies et saigné par l’exorbitante rançon de Jean le Bon. Pour se refaire une santé financière il faut se débarrasser des compagnies qui bloquent tous les axes commerciaux et pressurisent la population de tout ce qu’elle aurait pu donner en taxes à l’état. Avignon étant menacée et rançonnée par les compagnies, le pape voit d’un bon œil le projet de croisade en Espagne proposé par Charles V. L’objectif officiel est le suivant : mener une croisade contre l’émirat de Cordoue, ce qui nécessite de passer par la Castille. Le pape n’est pas dupe, mais ses intérêts convergent avec ceux de Charles V : il faut se débarrasser des compagnies. Il finance donc l’expéditionJean Favier, La guerre de cent ans, Fayard 1980, p. 308. En toute logique, Pierre le Cruel trouve des alliés chez les adversaires de la France et peut s'appuyer sur Édouard de Woodstock - le Prince Noir - et Charles le Mauvais. Charles V charge Bertrand du Guesclin de rassembler les compagnies et de les mener en Castille. La croisade arrive en Catalogne en janvier 1366 et obtient de rapides succès. Henri de Transtamare est couronné le 5 avril 1366Jean Favier, La guerre de cent ans, Fayard 1980, p. 309. Henri de Trastamare Pierre le Cruel Rapidement chassé du trône castillan, Pierre le Cruel prépare son retour. Il active son alliance anglaise, promettant au Prince Noir de financer le conflit. Ce dernier lève donc une armée embauchant les compagnies qui ravagent le Languedoc. Charles le Mauvais, le roi de Navarre, autorise le passage de cette armée. Elle franchit le col de Roncevaux en février 1367. Henri de Transtamarre lui barre la route à Nájera et livre combat aux archers anglais contre l’avis de Bertrand du Guesclin le 3 avril 1367 Jean Favier, La guerre de cent ans, Fayard 1980, p. 310. L’arc long anglais y est une fois de plus décisif : les Franco-Castillans, écrasés sous une nuée de flèches, sont taillés en pièces. Bertrand du Guesclin est fait prisonnier. Henri doit de nouveau s'enfuir en France et Pierre le Cruel reprend le pouvoir. Cependant le roi de France tire plusieurs bénéfices de l’expédition castillane : d’une part il est définitivement débarrassé des compagnies qu’il avait engagé avec l’argent du pape, et d'autre part cette victoire coûte très cher aux anglais car Pierre le Cruel n’a pas les moyens de payer l’armée qui l’a remis sur le trône. C’est ruiné et devant se débarrasser des compagnies que le prince Noir regagne l’Aquitaine. Pierre le Cruel n'ayant pas versé les contreparties promises au Prince Noir dans le traité de Libourne, les troupes anglaises retournent en Guyenne, laissant le champ libre à Henri de Trastamare, toujours allié du roi de France par le traité d'Aigues-Mortes. En 1367, Henri et Du Guesclin assiègent Tolède et battent l'armée de Pierre le Cruel arrivée en renfort lors de la bataille de Montiel. Pierre le Cruel et Henri de Trastamare s'affrontent en un combat singulier dont la conclusion est la mort de Pierre de Castille. Henri devient roi de Castille sous le nom d'Henri II et la couronne de Castille passe des mains de la maison d'Ivrée à celle de Trastamare. La France dispose désormais d'un allié à la tête du royaume de Castille. Cet allié se révèle tout à fait décisif lors de la bataille de La Rochelle, en 1372, qui voit l'anéantissement de la flotte anglaise par l'alliance franco-castillane.

Réorganisation de l’armée

Détail de la statue équestre d'Olivier de Clisson par Frémiet (Château de Josselin) Charles V qui prépare la reconquête a mis à profit les années de répit obtenues grâce au conflit castillan : ses finances sont redressées grâce à l’instauration d’un impôt permanent. Il faut à présent mettre sur pied l’armée de la reconquête. La lutte contre les Grandes compagnies permet de roder une nouvelle organisation des troupes et de repérer des capitaines fiables et fidèles, comme Bertrand du Guesclin ou Olivier de Clisson. On organise autour d’eux de petites armées composées de routes d’une centaine d’hommesFrançoise Autrand, Charles V, Fayard 1994, p.602-604. On solde ainsi une armée permanente de à hommes, dont on est sûr qu’ils ne deviendront pas des pillards pendant les périodes de trêve. Ces effectifs sont largement suffisants pour mener la guerre de coups de main et de sièges nécessaire pour mettre au pas les compagnies. Les effectifs sont composés de volontaires français (souvent de petite noblesse) et d'arbalétriers italiens. Il faut combler le retard pris sur les anglais en archerie. Charles V encourage les concours de tir à l’arc comme l’ont fait les rois d’Angleterre et engage de nombreux arbalétriers entre 1364 et 1369Jean Favier, La guerre de cent ans, Fayard 1980, p. 321. Cette armée peut être levée en Janvier 1364 grâce à l'impôt consenti par les états réunis à Amiens. Menée par Bertrand du Guesclin, elle remporte immédiatement sa première grande victoire à Cocherel. Son efficacité doit être prouvée pour justifier son financement par des impôts : le nombre de combattants et la qualité de leur équipement est contrôlée par des fonctionnaires et la solde n’est versée qu'une fois par mois, lors de la montre, uniquement si l’équipement est satisfaisant. Il faut que ces armées soient extrêmement mobiles et très réactives : elles sont montées bien que combattant à pied. Elles sont informées par des chevaucheurs et messagers qui font la liaison entre le roi et le front. Pour prendre rapidement les forteresses, une artillerie conséquente est formée : en 1375, le Château de Geoffroy de Harcourt capitule sous le feu de 40 canonsFrançoise Autrand, Charles V, Fayard 1994, p.593.

La reconquête

Isolement diplomatique de l’Angleterre

l'Europe en 1360 Charles V déploie une activité diplomatique intense. Il a toujours été proche de son oncle maternel, l’empereur germanique Charles IVRaymond Cazette, Étienne Marcel, Taillandier 2006, p. 146 et a toujours veillé à ce que ces liens ne refroidissent jamaisCharles V, 1338-1380 :Le roi sage, . Il obtient de son oncle, en 1372, qu’il interdise aux mercenaires allemands de s’enrôler dans l’armée anglaise. Avignon, résidence papale, est le centre diplomatique de l’Europe. Or Clément VI, qui est français, est l’ancien précepteur de l’empereur et a été élu en 1370 grâce aux efforts de Charles V et Louis d’Anjou, dont il est également procheFrançoise Autrand, Charles V, Fayard 1994, p.619-620. Le roi de France envoie Thibaut de Hocie, en 1368 nouer des alliances espagnoles. Il échoue en Aragon. Mais Henri de Transtamare, le nouveau souverain de Castille, fortement soutenu dans la guerre de succession qu’il mène contre son demi-frère Pierre le Cruel par Charles V, est un allié indéfectible et un farouche ennemi des anglais qui ont, eux, soutenu son rival. Thibaut de Hocie revient donc avec un solide traité d’alliance, qui sera précieux après la victoire de Montiel et la victoire définitive sur Pierre le CruelFrançoise Autrand, Charles V, Fayard 1994, p.561. En 1371, Charles V réactive aussi la Auld Alliance et obtient le soutien des Écossais, après leur avoir promis qu’il n’y aurait plus de paix sans leur accord, comme ce fut le cas à BrétignyFrançoise Autrand, Charles V, Fayard 1994, p.581. De même, il soutient Owen de Galles, prétendant réfugié à sa cour et pourra compter sur lui lors de la reconquêteFrançoise Autrand, Charles V, Fayard 1994, p.586. Il cherche à obtenir la suprématie maritime pour couper l’arrivée de renforts Anglais en Aquitaine, c’est pourquoi il est important qu’il puisse compter sur les flottes castillane et galloise et qu’il prend langue avec le roi du Danemark. Charles de Navarre confronté à la mise en place d'Henri de Trastamare en Castille s'empresse de faire la paix avec Charles V: Il lui rends hommage lige et lui cède ses places Normandes contre Montpellier. L’isolement diplomatique des anglais passe par la neutralisation de leurs alliés. Charles de Navarre est la première menace pour la couronne : il est vaincu à Cocherel en 1364 et Charles V fait pression sur Jeanne de Navarre pour que ses forteresses ne puissent être utilisées par les troupes de son rivalFrançoise Autrand, Charles V, Fayard 1994, p.454. Il propose dès 1365 d’échanger Mantes, Meulan et Longueville contre Montpellier. Les négociations traînent pendant 5 ans, durant lesquels le Navarrais tente d’obtenir un traité d’alliance perpétuelle avec les Anglais. Mais ceux-ci sont méfiants, du fait de ses revirements incessants dont ils ont déjà été victimes. Mais, constatant que la Navarre est cernée par l’alliance Franco-Castillanne et que les Anglais sont en difficulté, il revient en France pour signer le 26 mars 1371 un traité : il accepte les conditions de 1365 et il fait hommage lige pour toutes les terres qu’il détient en France, ce qu’il avait toujours refuséFrançoise Autrand, Charles V, Fayard 1994, p.584. En Flandres, Louis de Male est, un temps, sensible à la nécessité économique : les drapiers flamands sont dépendants des importations de laine anglaises. Le 10 Octobre 1364, il fiance sa fille Marguerite, héritière des comtés de Flandre, de Nevers, de Rethel et de Bourgogne, avec Edmond le fils d’Édouard III. Mais pour cela, il doit avoir une dispense papale, car les fiancés sont consanguin au 4 degré. Après un ballet diplomatique à Avignon, où Français et Anglais intercèdent, Urbain V refuse d’accorder cette dispense. La bataille diplomatique continue jusqu’en 1367, date à laquelle Charles V obtient une dispense pour marier Marguerite de Male avec son frère Philippe le Hardi. Il reste toutefois à obtenir l’accord de Louis de Male pour ce mariage. Ce qui se fait, non sans mal, grâce à l’intervention énergique de Marguerite de France, la mère du comte de Flandres, et à la cession de plusieurs villes (Lille, Douai et Orchies) par le roi de France.

Les appels gascons

Charles, du fait des évènements de 1358 et de sa difficile prise de pouvoir, comprend qu’un souverain doit avoir le soutien de ses sujets. Il doit reconquérir les cœurs avant les territoires perdus au traité de Brétigny. S’il doit reprendre ces terres, c’est dans son bon droit et avec le soutien de la population qui l’accepte comme souverain. C’est une lente procédure juridique qui va relancer la guerre. Le Prince de Galle, Edouard de Woodstock (le Prince Noir) qui revient vainqueur mais ruiné de Castille, ne peut solder ses troupes, il doit donc lever des impôts sur son duché d’Aquitaine qu’il dirige en principauté. Il le fait sous forme d’un fouage par ordonnance du 26 janvier 1368Françoise Autrand, Charles V, Fayard 1994, p.545. Mais certains seigneurs n’ont accepté qu’a contrecœur le changement de suzeraineté imposé par le traité de Brétigny et en particulier Jean d’Armagnac qui était proche de Jean le Bon. En décembre 1367, revenu ruiné d'Espagne où son armée a combattu pour le Prince Noir, son suzerain, il lui réclame en vain les florins que le prince anglais lui devait pour payer ses hommesFrançoise Autrand, Charles V, Fayard 1994, p.554. Son ressentiment tourne à l'exaspération quand Edouard de Woodstock, lui aussi ruiné par le conflit castillan, démobilise les compagnies qu'il n'a pu solder et qu'elle se payent en pillant le Rouergue possession de Jean d'Armagnac ! Ce dernier refuse de payer l’impôt que veut percevoir le prince de Galles déjà endetté vis-à-vis de lui et qui, en tant que suzerain, aurait dû le protéger des compagnies. Il fait appel à Édouard III qui répond négativementFrançoise Autrand, Charles V, Fayard 1994, p.555. Il se tourne alors (en Mai 1368) vers Charles V : d’après le traité de Brétigny, le transfert de souveraineté ne doit se faire qu’une fois les territoires transférés et la rançon versée, ce qui est loin d’être le casLaurent Theis, Histoire du Moyen Âge Français, Perrin 1992, page 298. Dès lors, en acceptant de répondre à son appel, le 3 décembre 1368, Charles V fait acte de souveraineté sur la Guyenne. Le prince de Galles peut donc être jugé pour avoir voulu prélever un impôt auquel il ne pouvait dès lors pas prétendre! Un beau jour, selon les chroniques de Jean Froissart, Edouard de Galles reçoit à Bordeaux un court message du roi Charles : : Le roi laisse la Cour de Justice de Paris mener la lente procédure qui doit condamner le Prince Noir et profite du délai pour essayer d’obtenir qu’un maximum de seigneurs gascons se joignent au comte d’Armagnac. Les Anglais essayent à tout prix de bloquer l’appel et de sauver la paix pour ne pas perdre tout l’acquis de Brétigny. Le temps gagné est occupé a faire "tourner français" les seigneurs gascons. Ça commence par les proches du comte d'Armagnac : dès mai 1368, le mariage de son neveu, le comte d'Albret, est doté par le roi de France, qui lui accorde en outre une rente contre l'hommage lige. Le roi exempte d'impôts pendant 10 ans ceux qui le rejoignent sous prétexte qu'ils auront besoin d'argent pour lutter contre le prince de Galles. Les villes, les évêques et les seigneurs périgourdins que Charles V sait séduire par sa diplomatie alors qu'Edouard de Galles est jugé hautain, rallient le camp FrançaisFrançoise Autrand, Charles V, Fayard 1994, p.556. Légalement, rien ne s’oppose à la reprise du conflit. Le roi d’Angleterre se proclame de nouveau Roi de France le 3 juin 1368, Charles V prononce la confiscation de l’Aquitaine le 30 novembre de la même année. La guerre reprend, mais Charles V, en excellent juriste, a su mettre le droit de son côté ; d'autant plus que l'habile diplomate a rallié une grande partie des Gascons dans son camp. Froissart, dans ses chroniques, rapporte ces mots révélateurs: :

1369: ralliement des terres profrançaises

Charles V tourne le conflit à son avantage. Ayant en mémoire la débâcle de Poitiers où la chevalerie a chargé de manière désordonnée sans attendre les ordres de son père Jean le bon, transformant une victoire facile en désastre, et considérant qu'il n'a pas de talent militaire, il décide de confier le commandement de petites armées formées de volontaires aguerris à des chefs expérimentés et fidèles (comme Bertrand du Guesclin). Il renonce aux batailles rangées et les lance dans une guerre d’escarmouches et de sièges, grignotant patiemment le territoire ennemi. Les compagnies revenues d’Espagne en 1367 pillant le Languedoc, elles sont incorporées dès 1369 à l’armée française, ce qui soulage les territoires qui choisissent de tourner Français et met sous pression ceux qui restent fidèles au prince de GalleJean Favier, La guerre de cent ans, Fayard 1980, p. 311. L’endettement du Prince Noir pose un réel problème. Du fait des appels gascon, l’impôt rentre mal. Il n’a pas les moyens de monter une armée pour s’opposer au Français. Edouard III lui envoie donc 130 000 livres tournoisJean Favier, La guerre de cent ans, Fayard 1980, p. 321. Mais le parlement rechigne à payer pour la Guyenne qui semble coûter plus qu’elle ne rapporte. Il ne finit par y consentir qu’après acceptation qu’il ne soit plus obligatoire de faire transiter la laine par Calais (la taxe sur la laine est le principal revenu de la couronne à l’époque)Jean Favier, La guerre de cent ans, Fayard 1980, p. 322. Les revenus fiscaux sont diminués de 25% en 1369 du fait de la réminiscence de la grande peste en Angleterre. Les Anglais ne sont pas en mesure de concurrencer les impôts - pouvant atteindre jusqu'à Francs par an - que Charles V fait accepter en France pour entretenir des armées permanentes équipées pour une guerre de siège qui ne se transformeront pas en compagnie à la première trêve. Les anglais vont êtres soumis à une pression permanente sur tous les fronts pendant des annéesJean Favier, La guerre de cent ans, Fayard 1980, p. 334. Les Anglais s'efforcent de contrer le renversement de situation réalisé par Charles V. Une grande partie des territoires qu'ils pensaient contrôler s'est rebellée contre leur autorité et ils ont perdu les recettes fiscales que leur possessions de Guyenne auraient pu leur fournir. Ils plaident devant leur Parlement pour obtenir les ressources pour contre-attaquer, mais ne peuvent obtenir le financement de garnisons pour toutes les villes d'Aquitaine qu'ils ne sont plus d'ailleurs certains de tenir. Au total, le roi d’Angleterre est loin d’avoir les moyens financiers de Charles V: le parlement ne lui donne que les moyens d’une guerre autofinancée par le pillage d’autant que la chevauchée du duc de Lancastre vers Harfleur en 1369 est un relatif succès et sachant que dans la première phase de la guerre elles ont entraînées de grandes victoires sur l'ost français écrasé par la supériorité tactique en bataille rangée apportée par l'arc long anglais. Début août 1369, Jean de Gand débarque à Calais et lance une chevauchée jusqu'à Harfleur où Philippe le Hardi est en train de préparer un débarquement Franco-Flamand en AngleterreFrançoise Autrand, Charles V, Fayard 1994, p.572. On lui oppose la stratégie de la terre déserte et la chevauchée ne peut s'emparer de la ville. L'armée anglaise est harcelée par les troupes du duc de Bourgogne et craignant d'être piégée regagne Calais. Les raids anglais s’ils sont dévastateurs pour les campagnes, ne permettent pas de regagner le terrain perdu. Grâce à sa gestion des appels gascons, Charles V a su se rallier une grande partie de l'Aquitaine. Le comte d'Armagnac tenant la majeure partie des forteresses sur ses terres, il ne reste à rallier que quelques villes craignant des représailles des sénéchaux anglais, mais toutes finissent par accepter les conditions de plus en plus avantageuses offertes par les envoyés du roi (Jean de Berry, Louis d'Anjou et la noblesse gasconne déjà ralliée qui bat le pays). Le roi de France prend soin d'entretenir le patriotisme des régions libérées par l'octroi de nombreux privilèges: Il use en particulier de l'anoblissementJacques Bainville, Histoire de France, Paris : Arthème Fayard, Éditeur, 1924, Collection : le livre de poche, p.57 , la noblesse française ayant été décimée par la peste, Crécy et PoitiersJacques Dupaquier, Histoire de la population française, Paris, PUF, 1988, éd. quadrige 1995, tome 1, p.367. De même la reconquète se fait grandement par le retournement des villes d'Aquitaine souvent monnayé contre des promesses de fiscalité plus légèreJean Favier, La guerre de cent ans, Fayard 1980, p. 327-328. En quelques mois plus de soixante villes rallient les français. Millau cède en dernier en décembre après avoir obtenu du roi de France une exemption fiscale de 20 ansFrançoise Autrand, Charles V, Fayard 1994, p.570. Quelques garnisons anglaises subsistent, mais leur isolement ne leur permet pas de tenir le terrain, Louis d'Anjou progresse en Guyenne pendant que Jean de Berry contient les Anglais en Poitou à la Roche-sur-YonFrançoise Autrand, Charles V, Fayard 1994, p.571. Pendant ce temps, au Nord, le Ponthieu est repris en une semaine: le 29 avril Abbeville ouvre ses portes à Hue de Chatillon maître des arbalétriers et les jours suivants les localités voisines reviennent sous l'autorité du roi de France qui confirme leurs privilèges.

1370 : durcissement du conflit

2 octobre 1369 : remise de l'épée de connétable à Bertrand DuguesclinEnluminure de Jean Fouquet (XVe siècle) Source : Bibliothèque nationale de France Les Anglais attaqués de toute part et pris de court en 1369 contre-attaquent. Dans les premiers mois de 1370, les Français continuent à avancer dans les plaine de la Garonne sur deux axes: Agen, Villeneuve-sur-Lot, Pujols, Penne, Fumel et Puymirol au Nord et Tarbes, Bagnères et Vic-en-Bigorre au sud se soumettent au roi de France. Le duc de Berry entre dans Limoges le 24 aout 1370, accueilli par les habitants en liesse (L'évêque Jean de Cros a négocié le ralliement de la ville). Mais il quitte la ville le jour même ne laissant que quelques hommes d'armes alors que la garnison anglaise est restée retranchée autour du château vicomtalLaurent Theis, Histoire du Moyen Âge Français, Perrin 1992, page 301. Le Prince de Galle fait payer très cher leur ralliement aux Limougeaux: le 19 septembre, après 5 jours de siège pendant lesquels les murailles sont sapées et minées, il reprend la ville épaulé par les Ducs de Lancastre et de Cambridge et fait massacrer la population et incendier la citéFrançoise Autrand, Charles V, Fayard 1994, p. 573. L'objectif est de faire un exemple dissuasif pour arrêter l'hémorragie de villes tournant françaises, mais c'est l'effet inverse qui se produit: cette conduite encourage l'anglophobie et renforce le sentiment national naissantLaurent Theis, Histoire du Moyen Âge Français, Perrin 1992, page 302. Robert Knowles à la tête d'une chevauchée de 2500 archers et 1600 hommes d'armes, part de Calais fin Juillet 1370 et pille les campagnes contournant Amiens, Noyon, Reims et Troyes. Le calcul du roi de France est que les chevauchées ne permettent pas de tenir le terrain et attisent l'anglophobie dans les territoires pillés. Charles V continue de miser sur une guerre de siège et de propagande qui lui permet de reprendre du terrain ville, après ville, le plus souvent sans combat. Il renforce le prestige de la couronne de France par ces victoires malgré les souffrances engendrées par la tactique de la terre déserte (il laisse les chevauchées anglaises piller les campagnes dont la population s'est réfugiée dans les forteresses qui ont été reconstruites dans tout le royaume) et le retour de la peste. Ainsi la chevauchée de Knowles est refoulée de Bourgogne. Elle passe 2 jours devant les portes de Paris, pillant les faubourgs sous les yeux des Parisiens à l'abri derrière les murs de la capitaleFrançoise Autrand, Charles V, Fayard 1994, p. 575-576. Charles V doit montrer que les impôts prélevés pour conduire la guerre sont utiles, d'autant que la nouvelle du sac de Limoges vient d'arriver: les esprits s'échauffent. Olivier de Clisson lui déconseille formellement une bataille rangée. Pour rassurer le pays mis à feu et à sang par la chevauchée de Robert Knolles, Charles V fait connétable le très populaire Bertrand Du Guesclin qui vient de rentrer victorieux de Castille, ayant vaincu Pierre le Cruel l'allié des Anglais à MontielFrançoise Autrand, Charles V, Fayard 1994, p. 576-577 et lui confie une armée levée grâce à un emprunt forcé pour harceler les Anglais. Du Guesclin harcèle Robert Knowles et le bat à Pontvallain le surprenant alors qu'il s'apprêtait à franchir le LoirFrançoise Autrand, Charles V, Fayard 1994, p. 578. La zizanie ayant gagné les capitaines anglais, la chevauchée se désagrège arrivée en Bretagne.

1372: Maîtrise des mers

Après une année plus calme, où Charles V s'applique a nouer des alliances et isoler toujours plus Édouard III (il raffermit les liens avec écossais, gallois, castillans et le Saint Empire, tout en acceptant la paix avec Charles de Navarre dont le royaume cerné par l'alliance franco-castillane pourrait être menacéFrançoise Autrand, Charles V, Fayard 1994, p.581-582), l'année 1372 voit le conflit basculer. La flotte anglaise est détruite le 22 Juin 1372 à la bataille de La Rochelle privant la Guyenne de soutien logistique. Le roi de Castille est allié à Charles V, d'autant que celui-ci l'a aidé à renverser Pierre le Cruel, mais ce sont les revendications les couronnes de Castille et de Léon en 1372 par Jean de Gand, gendre de feu Pierre le Cruel, qui le décident à se jeter dans le conflit. La flotte Castillane intercepte le corps expéditionnaire anglais à la Rochelle le 22 juin 1372 et l'anéantit le 23 usant de cannons et de brulots dérivants (il a attendu la marée basse pour que ses navires à faibles tirant d'eau est un avantage sur les lourds bâtiments anglais gênés à la manœuvre par les hauts fonds sablonneux rochelais)Françoise Autrand, Charles V, Fayard 1994, p.586-587. C'est un désastre pour l'Angleterre qui perd la maîtrise des mers. La campagne pour la reconquète du Poitou, de l'Aunis, de la Saintonge et de l'Angoumois commence aussitôt après la Bataille de La Rochelle. Mais la reconquête ne se fait pas facilement: les barons poitevins ont massivement choisi le parti anglais (le Poitou exporte du sel vers l'Angleterre)Françoise Autrand, Charles V, Fayard 1994, p.587. L'armée royale assiège la forteresse de Saint-sévère, qui capitule le 31 juillet. Pendant ce temps Montcontour est repris, puis Poitiers ouvre ses portes à du Guesclin le 7 aout. Les forces françaises progressent le long de la cote, vers le sud. Le captal de Buch est capturé le 23 aout alors qu'il allait secourir Soubise assiégée: son armée est interceptée par la flotte galloise et castillane qui remonte la Charente. Les îles de ré et d'Oléron font leur soumissions le 26 aout, mais les barons poitevins restent fidèles aux Anglais et se retranchent dans Thouars. du Guesclin continue a progresser le long du littoral jusqu'à la Rochelle qui est prise le 8 septembre. Ainsi isolées, les villes se rendent tour à tour: Angoulême (la capitale du prince Noir) et Saint-Jean-d'Angely le 20 septembre, Saintes le 24Françoise Autrand, Charles V, Fayard 1994, p.589.

Chevauchée du Duc de Lancastre

N’ayant pas les moyens logistiques et financiers de soutenir la guerre de siège que lui impose Charles V et qui semble conduire à la reconquête progressive de toute l’Aquitaine, Edouard III tente d’affaiblir l’effort français en Guyenne par l’ouverture de nouveaux fronts. Edouard III tente une Chevauchée sensée ruiner la France dans ses forces vives. Le 12 juin 1373, il institue son fils Jean de Lancatre lieutenant spécial et capitaine général dans le royaume de FranceJean Favier, La guerre de cent ans, Fayard 1980, p. 356. Il conduit à travers la France une chevauchée des plus dévastatrices. Mais celle-ci reste sous contrôle : Philippe le Hardi tient les ponts et les château sur son aile droite, Dugesclin la suit et empêche tout replis vers Calais. Elle traverse la Picardie et le Vermandois mais ne pouvant aller vers l’ouest elle se dirige vers Reims, puis Troyes où elle trouve portes closesJean Favier, La guerre de cent ans, Fayard 1980, p. 357. Battu par Clisson à Sens, le duc de Lancastre ne peut rejoindre la Bretagne, il tente donc de rallier la Guyenne en traversant le Limousin. Ses hommes sont affamés, les chevaux crevés (ou mangés), la fin de l’expédition se fait à pied et perd la moitié de ses effectifs (les défections sont nombreuses). Trop lourdes les armures ont été jetées. Elle est sauvée d’un désastre plus complet par les villes de Tulle, Martel et Brive qui ouvrent leurs portes sans coup férir. Mais le moral n’y est plus la zizanie gagne les chefs : Montfort lâche la chevauchée. L’arrivée piteuse du résidu des troupes de Jean de Lancastre à Bordeaux, brise le moral des fidèles au roi d’Angleterre : Les français avancent nettement reprenant Tulle, Martel et Brive, mais surtout en entrant dans la Réole qui verrouille le Bordelais et dont les Bourgeois savent ne plus pouvoir compter sur aucun secoursJean Favier, La guerre de cent ans, Fayard 1980, p. 358. Charles V sait ne pouvoir reprendre plus de terrain les Bordelais étant trop Anglophiles du fait des liens commerciaux (ils exportent massivement du vin vers l’Angleterre). Toute sa stratégie étant basée sur la reconquête des cœurs avant celle des territoires, il ne souhaite pas s’encombrer d’une ville prête à se rebeller à la première occasion. Tout est ouvert pour négocier, à Brugge, un traité mettant fin à la guerre en reconnaissant la souveraineté Français sur les territoires reconquis. Les deux partis n’arrivent pas à trouver un point d’accord et la conférence de Brugge n’abouti qu’à une trêve qui doit courir jusqu’en 1377. Entre 1369 et 1375, les Français reprennent aux Anglais la quasi-totalité des concessions faites et des terres possédées par l’ennemi avant même le début de la guerre, exceptions faites de Calais, Cherbourg, Brest, Bordeaux, Bayonne, et de quelques forteresses dans le Massif central. Les négociations menées entre 1375 et 1377 n’aboutissent à rien. Les Anglais ne pouvant plus soutenir Jean IV de Bretagne, Charles V lui confisque son duché en 1378. Bien que fortement soutenu par ses barons et le nationalisme breton, qui lui permettent de se maintenir, Jean IV doit se rapprocher progressivement des Français (il rachète Brest aux Anglais en 1397 et devient vassal du roi de France en 1391 en vertu du second traité de Guérande).

1375: Trêve de Bruges

Grâce à la tactique de la terre déserte et aux actions militaires de harcélement conduites par les troupes françaises, entre 1369 et 1375, Charles V reprend aux Anglais la quasi-totalité des territoires qu'ils contrôlent en France à l'exception de quelques villes. Sous l'influence de Grégoire XI, les belligérants signent le I juillet 1375 une trêve qui dure jusqu'en juin 1377. À la signature de la trêve de Bruges, les Anglais ne possèdent plus en France qu'une Guyenne étriquée et Calais; la France récupère le duché de Bretagne à l'exception de trois villes. Durant cette trêve se produisent deux évènements qui contribuent à éloigner la menace que font peser les prétentions dynastiques anglaises sur la couronne de France. En 1376 meurt le Prince noir, héritier du trône d'Angleterre. En 1377 disparaît à son tour Édouard III. Le nouveau roi, Richard II a 10 ans, l'Angleterre entre dans une période de troubles qui culmine avec la guerre des Deux-Roses qui empêche les Anglais de reprendre les hostilités en France avant l'avènement d'Henri V.

1377: Offensive maritime

Jean de Vienne réorganise la flotte (il remplace Aimery de Narbonne en décembre 1373). Il nomme un maître du clos des galées qui a en charge l’achat, la construction et l’entretien des navires dans tous les ports royauxJean Favier, La guerre de cent ans, Fayard 1980, p. 335. En 1377, la flotte royale compte 120 navires de guerre dont 35 vaisseaux de haut bord équipé d’artillerie lourde. De 1377 à 1380 une dizaine de ports anglais dont Rye, Hastings, Darmouth, Plymouth, Wight, Winchelsea, Lewes, Portsmouth ou Yarmouth subissent des raids Frabnco-Castillans. Londres est mise en état d’alerte à plusieurs reprises.

Fin de règne

Visite de Charles IV

En 1378, la visite de courtoisie de l’empereur germanique Charles IV à Paris consacre la victoire de Charles le Sage.

Le schisme

Carte historique du grand schisme d’Occident. En refusant d'accepter le principe d'une supériorité du pouvoir spirituel sur le pouvoir temporel, Philippe le Bel a empêché l'instauration par Boniface VIII d'une théocratie en Europe John Wyclif's Political Philosophy, . Depuis 1309, les papes résident à Avignon, sont majoritairement français (généralement proches du roi de France) et nomment des Français comme légats et gouverneurs des provinces ecclésiastiques d’Italie. Or les Français ne sont pas familiers des affaires locales et sont detestés des Italiens. Grégoire XI commet l’erreur de perpétuer cette mauvaise habitude. À sa mort, les Italiens spoliés fomentent des émeutes pour influer sur le vote et faire élire Urbain VI, le 8 avril 1378. Il s'agit du premier pape Italien depuis que la papauté est parti s'installer à Avignon, son élection s'est faite sous le pression de la rue, mais les cardinaux l'ont choisi pensant que, peu puissant, il ne remettrait pas leurs privilèges en jeu. À peine élu, Urbain VI, se brouille les cardinaux d'Avignon en voulant leur imposer de vivre conformément à l'Évangile, en réduisant leur train de vie, en renonçant à leurs pensions et en investissant dans la restauration de l'Église. Les membres du Collège en majorité français, habitués aux fastes et aux intrigues de couloirs grâce auxquelles ils ont pu accéder à leurs charges si rémunératrices voient d'un très mauvais œil ce pape moralisateurFrançoise Autrand, Charles V, p. 831, Fayard, 1994..Urbain VI Clément VII Profitant de sa brouille avec la reine de Naples, ils se réunissent à nouveau à Naples et le somment d'abdiquer le 2 aoûtFrançoise Autrand, Charles V, Fayard 1994, p. 829. Ils contestent son élection à sous la pression de la population romaine en insurrection. Le 18 septembre, à Rome, Urbain VI nomme 29 nouveaux cardinaux dont 20 Italiens. Les cardinaux français disposent d'un puissant réseau d'influence, très introduit à la cours de Charles V de France (le saint siège est l'épicentre diplomatique de l'occident)Françoise Autrand, Charles V, Fayard 1994, p. 830-831. Il obtiennent d'abord le soutien de la Reine de Naples(qui appartient à la maison d'Anjou et opposé aux Viscontis depuis la guerre des guelfes et des gibelinsIl s'agit en réalité d'un contentieux déjà ancien, le pape étant en conflit depuis 1317 avec les Visconti. Voir Bruno Galland , « Le rôle du comte de Savoie dans la ligue de Grégoire XI contre les Visconti (1372-1375) », Mélanges de l'École française de Rome. Moyen-Age, 1993, vol. 105, n° 105-2, .). Ils font jouer leurs réseaux d'influence et convainquent les conseillers de Charles V puis le roi lui-même de la non validité de l'élection d'Urbain VIFrançoise Autrand, Charles V, p. 831, Fayard, 1994.. Il adresse son accord aux cardinaux rebelles son accord le 6 octobre 1378. Ceux ci très bien renseignés élisent Clément (1378–1394) lors d'un conclave à Fondi, dans la région de Rome, 15 jours avant réception de cette lettre. Ce pape français n'ayant pu s'imposer en Italie s’installe à Avignon en 1379. L'occident chrétien se divise alors: une moitié de l'Europe reste fidèle à Rome (l'Italie du nord, l'Angleterre, les Flandres, l'Empire et la Hongrie) tandis que l'autre moitié (France, Royaume de Naples, l'Écosse, Duchés de Lorraine, Duché d'Autriche et Duché du Luxembourg) en tient pour le pape d'Avignon. Le territoire de la Suisse actuelle est particulièrement touché de par sa situation entre les blocs et son morcellement politique. Dans la plupart des diocèses suisses, il y a alors deux évêques d'obédience opposéesKathrin Utz Tremp , Grand Schisme d'Occident, . Les royaumes espagnols restent neutres dans un premier temps mais réclament un concile. Par son soutien à Clément VII, Charles V est largement responsable du schisme puisque sans son appui, l'antipape n'aurait eu aucune légitimité.

Le complot de 1378

Depuis la défaite de Cocherel en 1364, les velléités de Charles de Navarre de ceindre la couronne de France sont compromises. Il se tourne alors vers l'Espagne, et a de longs démêlés avec Pierre le Cruel et Henri de Transtamare, qui se disputent la Castille. Engagés contre le roi de Castille, Henri II de Castille dit Henri de Trastamare (qui sera empoisonné en 1379 à son instigation), les troupes du Navarrais défaites n'ont d'autre issue que d'appeler les Anglais à la rescousse. C'est une aubaine pour le jeune Richard II d'Angleterre qui comprend aussitôt l'intérêt d'une telle alliance. Le roi de Navarre, qui possède le comté d'Evreux et le Cotentin, peut, en contrepartie de renforts, mettre à la disposition des Anglais le port de Cherbourg. L'accord est conclu en février 1378. En échange d'une troupe de 1 000 hommes, Charles de Navarre cède Cherbourg à Richard II pour trois ans. Fin mars 1378, le comte de Foix informe Charles V que son cousin Navarre négocie un accord secret avec les Anglais. La rumeur parle également d'un complot visant à empoisonner le roi. Aussitôt, le chambellan de Charles le Mauvais, Jacques de Rue, est arrêté alors qu'il se rend à Paris. La perquisition de ses effets permet de découvrir les instructions confiées par son maître. Pris au piège, le chambellan passe aux aveux. Outre l'affaire de Cherbourg, Jacques de Rue confesse un projet de mariage entre Richard II et une infante de Navarre, confirme la rumeur du complot visant à empoisonner Charles V. La trahison et la tentative de régicide clairement établies justifient l'intervention des troupes de Charles V qui occupent les châteaux de Navarre en Normandie. Les hommes de Du Guesclin investissent tour à tour Conches, Carentan, Mortain, Avranches. Seule, la forteresse de Bernay semble résister, tenue par le secrétaire du Navarrais, Pierre du Tertre. Mais ce dernier n'a d'autre idée que d'obtenir une reddition honorable et de sauver sa vie. Finalement, le 20 avril, il rend les armes. Au même moment, Montpellier, possession du roi de Navarre depuis 1371, est occupée par les troupes royales alors que les Castillans se préparent à attaquer Pampelune, capitale du royaume navarrais. Tout l'édifice de Charles le Mauvais s'effondre en même temps que ses rêves de pouvoir. L'épreuve n'est pourtant pas finie. Le roi de Navarre doit encore essuyer l'humiliation du procès de ses hommes de confiance et la révélation publique de ses crimes. Le procès de Jacques de Rue et de Pierre du Tertre s'ouvre en juin devant le Parlement. Outre les aveux du chambellan, les hommes de Charles V ont découvert dans la tour de Bernay d'autres éléments à charge; documents codés destinés aux Anglais, instructions pour la défense des places normandes, ordre de ne point se rendre aux Français. Les Navarrais plaident la fidélité à leur roi et rejettent les accusations de trahison et de lèse-majesté. C'est faire peu de cas du serment de 1371, par lequel Charles le Mauvais a promis "foi, loyauté et obéissance" à Charles V. Les juges n'acceptent pas cette défense et, le 16 juin, condamnent à mort les deux hommes. Après que Charles V ai refusé leur grâce, les condamnés sont décapités, leurs têtes sont exposées au gibet de Montfaucon. Charles de Navarre a définitivement perdu son duel contre Charles V. Il est à présent isolé, dépossédé de ses biens et lâché par ses sujets, las de payer pour des desseins aventureux qui ne les concernent guère. Après avoir trahi tous les partis à la fois, il s'est fait tant d'ennemis qu'il est forcé pour se tirer d'affaire d'abandonner une portion de ses États (1379). Ainsi, le plus résolu des ennemis des Valois tombe dans une déchéance qui va l'obliger, jusqu'à sa mort en 1387, à vivre d'expédients et d'emprunts. Instruit enfin par l'adversité, il passe ses dernières années en paix, ne s'occupant plus que de l'administration de son royaume.

Mort de Charles V

Voyant son état de santé décliner (il était probablement atteint de tuberculose pulmonaire), Charles V prépare sa succession. Il fixe la majorité des rois de France à 14 ans (1374). Il institue l'appel contre les abus, crée la Chambre du Trésor, supprime des impôts lourds (toujours par souci d'être apprécié par le peuple). Son conseiller Philippe de Mézières essaya d'organiser une croisade qui serait menée par Charles, mais le roi la refuse, arguant de sa mauvaise santé. En fait, il a décidé qu'il n'épuiserait pas les forces du royaume régénéré dans une quête chimérique. Il établit les armées permanentes pour éviter les pillages dus aux mercenaires démobilisés (mais les contestations de la noblesse mirent fin à cette innovation) et favorisa la marine et le commerce. Il joue un rôle déterminant dans la lutte entre Pierre Ier le Cruel, Roi de Castille, et Henri de Trastamare, qui revendiquait la couronne castillane. Pierre le Cruel est finalement tué dans la tente même de Bertrand du Guesclin et Henri de Trastamarre prendra le pouvoir en Castille, restant jusqu'à sa mort un fidèle allié de la France à laquelle il devait son trône. Charles V réunit à la couronne le Poitou, la Saintonge, le Rouergue, une portion du Limousin, le comté de Ponthieu et la Guyenne. Charles V meurt le 16 septembre 1380 à Beauté-sur-Marne, sa résidence préférée, affaibli par la mort de sa femme survenue deux ans plus tôt. À sa mort, les Anglais, vaincus par une guerre d'usure menée sur tous les fronts, ne possèdent plus en France que Bordeaux, Bayonne, Cherbourg et Calais. Son règne aura été la victoire de l'intelligence sur les forces puissantes et hostiles qui le menaçaient de toutes parts. Gisant de Charles V Son corps fut enterré avec celui de sa femme Jeanne de Bourbon dans la basilique de Saint-Denis. Son épitaphe est le suivant: :Françoise Autrand, Charles V, Fayard 1994, p.717-718 Le gisant avait été commandé de son vivant, au sculpteur André Beauneuveu. Sa tombe, comme celle de tous les princes et dignitaires reposant en la basilique, fut profanée par les révolutionnaires en 1793. Son tombeau, aujourd'hui au Louvre, se trouvait à l'origine dans l'abbaye de Maubuisson, selon le souhait de Charles V qu'une partie de lui reste près de la tombe de sa mère, Bonne de Luxembourg. Quant à son cœur, il est à la cathédrale de Rouen (Charles V était avant tout duc de Normandie). Son fils Charles VI lui succède, mais il est trop jeune pour gouverner, ses oncles se partagent donc le pouvoir, jusqu'à son émancipation en 1388.

Restauration de l'autorité Royale

Le plus grand défit du règne de Charles V est de restaurer l'autorité de la couronne après les évènements de 1357-1358. Le royaume est au mains des compagnies et en état de non droit, la monnaie longtemps garantie pas les capétiens est en chute libre, les pillages récurrents, l'insécurité des routes et monétaire entravent le commerce et l'économie est au plus mal, enfin les défaites s'enchainent depuis le début de la guerre de cent ans et le règne de Jean le Bon est marqué l'arbitraire: Les Valois n'ont plus aucune autorité.

Relance économique

Le Franc à cheval représente le roi Jean le Bon sur un destrier, armé d'un écu à fleur de lys et brandissant l'épée, avec le terme « Francorum Rex » (Roi des Francs). Le Franc n'est pas une invention de Charles mais de son père et de son conseil. Prisonniers à Londres, Jean le Bon et ses conseillers constatent les bienfaits d’une monnaie forte. Ils préparent donc les réformes nécessaires et Jean le Bon crée le franc, le 5 décembre 1360, sur le chemin du retour à ParisLaurent Theis, Histoire du Moyen Âge Français, Perrin 1992, pages 293-294. Il s’agit d’une monnaie à très forte teneur en or (3, 88 grammes d'or fin), valant une livre et dont le nom indique qu’il ne s’agit pas d’une monnaie au titre dévaluéFrançoise Autrand, Charles V, Fayard 1994, p.427. Il montre le roi chargeant à cheval dans la droite ligne de l’idéal chevaleresque : l’objectif est de restaurer l’autorité royale en mettant fin aux mutations monétaires qui ont entraîné de nombreuses dévaluations pendant toute la première moitié du XIVe siècleThierry Pécout, Charles V donne naissance au franc, , page 35. Une monnaie forte constitue la demande principale des États généraux, illustrée par la théorie élaborée par Nicolas Oresme. L’abandon des mutations monétaires, prive l’État d’une source importante de revenus. Pour payer la rançon, le conseil du roi compte sur la fiscalité indirecte : l’ordonnance de Compiègne du 5 décembre 1360 institue une taxe de 5%, prélevée sur tous les échanges Françoise Autrand, Charles V, Fayard 1994, p.428. Ce choix favorise la noblesse qui n’est pas touchée par cet impôt et plus généralement les propriétaires fonciers (clergé, noblesse et grand patriarcat urbain) dont les revenus sont calculés en monnaie de compte. En revanche, le commerce, l’agriculture et l’industrie sont durement pénalisés et l’économie est ralentie par cette mesure. De la même manière les locataires et paysans qui doivent payer aux propriétaire une somme fixe sont très pénalisés par le renforcement monétaire. Le Franc à pied représente le roi Charles V couronné debout sous un dais gothique, tenant une épée et la main de Justice. Charles V en garantissant la stabilité du Franc, favorise au contraire les échanges. Il se porte ainsi garant de la stabilité monétaire et met fin aux mutations tant décriéesThierry Pécout, Charles V donne naissance au franc, , page 35. En contrepartie, il fait accepter la création d'une fiscalité contrôlée par des officiers royaux pour financer l'effort de guerre et le paiement de la rançon de Jean le BonCharles V, 1338-1380 : Le roi sage, . Et surtout, elle se trouve justifié par ses effets sur le terrain: l'armée permanente que les impôts financent débarrasse le pays des compagnies et ce qui relance les échanges. Il recoure en plus des aides, au fouage qui touche les foyers: cette fiscalité a une assiette plus large et pénalise moins les échangesFrançoise Autrand, Charles V, Fayard 1994, p.672. Charles V continue cette politique de stabilité monétaire et rend permanente une fiscalité initialement provisoire et renégociée tous les ans aux États générauxNoël Coulet, Le temps des malheurs (1348-1440) tiré de Histoire de la France des origines à nos jours sous la direction de Georges Duby, Larousse, 2007, p 411. Enfin Charles V applique une politique de grands travaux (surtout des fortifications) qui crée du travail (évitant donc les émeutes ou que des vagabonds aillent grossir les rangs des compagnies) et permet de réinjecter des liquidités dans l'économie. Au total, il relance l'économie en quelques années et peut compter sur des entrées fiscales très abondantes: 1.6 millions de Francs par an.

Un nouveau mode de gouvernement

Témoin des malheurs causés par la captivité de son père, il se fait une loi de ne point commander ses troupes en personne et dirige tout du fond de son cabinet. Il a pour généraux Olivier de Clisson, Bertrand Du Guesclin, qu'il fait connétable de France le 2 octobre 1370, et Jean de Boucicaut, qui l'aident à reconquérir la quasi-totalité du royaume. Charles le Sage est un gestionnaire, un diplomate, un juriste. Rendu prudent et réfléchi par les épreuves de sa jeunesse, il sait s’appuyer sur de bons conseillers: Jean et Guillaume de Dormans, Pierre d'Orgemont sont ses chanceliers successifs. Nicolas Oresme est aux Finances. Participe également à son conseil Pierre Aycelin de Montaigut, évêque de Nevers, puis, à partir de 1370 évêque-duc de Laon, qu'il utilise parfois comme ambassadeur. Ainsi, en 1368, il envoit le futur Cardinal de Laon auprès du pape Urbain V. En 1379, Montaigut joue un rôle important dans le soutien apporté par la France à l'antipape Clément VII.

Souveraineté

Alors qu'Édouard III en est resté au concept féodal qui veut que le fait de recevoir l'hommage pour une terre suffit pour en être souverain, que le pouvoir se résume à une simple pyramide féodale. De fait, jusqu'à cette époque il était possible d'annexer des portions énormes d'un territoire étranger. Charles V est éclairé par le discrédit initial des Valois et les évènements de 1357 et 1358: il développe avec ses conseillers le concept de souveraineté. Il ne suffit pas d'occuper une terre: il faut que les habitants veuillent le reconnaitre pour souverain. Dès lors, la reconquête se fait avant tout en concédant par exemple des facilités fiscales au villes susceptibles de tourner français. Ces mesures conciliatrices contribuent à rendre populaire la couronne. La reconquête s'arrête à Bordeaux et Calais sachant que pour des raisons économiques ces villes sont farouchement pro-anglaises (Bordeaux exporte massivement son vin en Angleterre et toute la laine anglaise à destination du continent passe par Calais Eileen Power, The Wool Trade in English medieval History, page 55 ). Édouard III, lui, impose en 1361 l’anglais comme langue nationale (jusqu’à cette date la langue officielle à la cour anglaise était le franco-normand)Le crépuscule du Moyen Âge, Cristian-Ioan Panzaru, ; cette mesure renforce en retour l’anglophobie dans les territoires conquis. De la même manière, il souhaite que la couronne rassemble l'ensemble des patries du territoire (à cette époque chaque région est une patrie) et que paris en soit le liant matériel. Ce concept de souveraineté est un grande avancée vers le concept de nation et c'est clairement le désir d'appartenance nationale à la France qui aboutira à la victoire finale contre les Anglais en 1453.

Décentralisation

La politique des apanages a été imaginée comme une décentralisation pour améliorer la gestion des provinces éloignées de la capitale. Ces dernières sont possédées par la famille proche du roi et reviennent à la couronne en l'absence d'héritier mâle, ce qui évite d'en perdre le contrôle après un mariage. Les princes reçoivent leurs finances des impôts permanents récoltés par le roi, ce qui permet à celui-ci de les garder théoriquement sous contrôle. Chaque apanage lève une armée comprenant chevaliers et troupes envoyées par les villes, voir des paysans et peut ainsi chasser les compagnies qui ravagent la pays et relancer l'économie. Dans un deuxième temps, les impôts rentrant, ces armées sont professionnalisées et soldées en permanence ce qui permet la reconquête des terres concédées au traité de Brétigny. L'autorité du roi et des princes en sort donc renforcée et les levées d'impôts sont justifiées.

L'État de droit

Comme la stabilité monétaire, la Justice est l'un des points marquant du règne de Saint-Louis qui est la référence pour l'époque. Charles V remet donc le droit au centre de son mode de gouvernement: il s'entoure de Juristes et fait appel à la cours de Justice pour pour rendre certaines décisions. Il garantit ainsi l'équité à ses sujets et restaure l'autorité royale. Il tranche ainsi avec l'arbitraire du règne de son père. C'est grâce à une décision de la cours de Justice qu'il peut confisquer la Guyenne aux Angalis et par une autre qu'il se débarrasse des Meulun.

Ordonnance sur les forêts

enluminiure trirée du livre de chasse de Gaston Fébus Dès le , on prend conscience de l'importance des forêtsJean Gimpel, La révolution industrielle du Moyen Age, Editions seuil 1975 p 82-83. D'une part, le bois se raréfie et se renchérit du fait des défrichages intensifs réalisés en occident depuis le . Le bois est, au début du Moyen Âge, le principal combustible et matériau de constructionJean Gimpel, La révolution industrielle du Moyen Age, Editions seuil 1975 p 79, disponible aisément à proximité immédiate et facile à transporter par flottage. Le renchérissement du bois a conduit à une utilisation plus systématique de la pierre pour la construction et le charbon comme combustible industrielJean Gimpel, La révolution industrielle du Moyen Age, Editions seuil 1975 p 84-85 (principalement pour les forges). D'autre part, la forêt menace de ne plus remplir son rôle nourricier pour la population et de terrain de chasse pour la noblesse. Les autorités prennent donc des mesures pour mieux contrôler les défrichages. Charles V s'inscrit dans cette démarche en promulguant en 1376 une ordonnance de 52 articles sur les forêts, élaborée sur son ordre par la chambre des comptes après une enquête minutieuseLaurent Theis, Histoire du Moyen Âge Français, Perrin 1992, p 304-305. Les forêts royales sont confiées à 6 maîtres forestiers devant inspecter 2 fois par ans les forêts dont ils ont la charge. Ils doivent en décrire l'état et en présenter la situation comptable à la Chambre des Comptes, y compris les amendes perçues par leurs sergents. Ils sont payés 400 livres annuelles et en livraisons de bois. À l'échelon subalterne sont institués des gruyers et des verdiers (gardes forestiers). Une exploitation forestière régulière placée sous haute surveillance est aussi instituée. Politiquement, l'affaire a aussi pour objet de débarrasser le Conseil du roi des Meluns (ils y sont depuis Jean le Bon) qui sont trop puissants politiquement pour que Charles V puisse les évincer. Les habitants de Sens, utilisant les recours judiciaires permis par la mise en pratique de l'État de droit par le roi, portent plainte devant le Parlement de Paris contre des abus de pouvoir de la part de Jean de Melun qui avait récupéré la charge de souverain des eaux et forêts. Les communautés villageoises bénéficiaient depuis des temps immémoriaux du droit d'usage de ses bois (pâture, ramassage des branches mortes, charbon de bois, glanée...), or les gardes forestiers, protégés par des commissions royales délivrées par l'archevêque Guillaume II de Melun, les saisissaient, les mettaient aux fers et les soumettaient à rançonFrançoise Autrand, Charles V, Fayard 1994, p. 689! L'arrêt de la cours de Justice royale tombe le 31 août 1375 : les droits d'usage sont restitués aux communautés, la justice temporelle de l'archevêché est confisquée par le roi et Jean de Melun se voit retirer sa charge de souverain des eaux et forêts. Les Meluns sont alors écartés du pouvoir et l'autorité royale en sort une fois de plus renforcée montrant qu'elle est juste et que, s'appuyant sur le droit, elle ne privilégie pas les puissants.

L'image du roi

A l'époque la noblesse doit conjuguer richesse, pouvoir et bravoure sur le champ de bataille : vivant du labeur paysan, le maître se doit de manifester sa largesse en entretenant la masse de ses pendantsPatrick Boucheron, Michel Kaplan, Histoire Médiévale Tome 2, "Le Moyen Âge XIe-XVe Siècles", Bréal, 1994, chapitre 3: « Noblesse, féodalité et monarchies » p. 89-90. Privé de prouesses sur les champs de bataille du fait de l'infirmité dont souffre sa main droite, Charles V doit faire montre de noblesse autrement. Il s'insère dans la sainte lignée de Saint Louis et modèle sur lui son existence publique. Les clercs de son entourage mettent en valeur l'aspect religieux de la cérémonie du sacre, ils recueillent et diffusent les récits de miracles que cette idée fait naître. Il veille à s'exprimer avec magnificence et manifeste un goût pour le luxe. Il veille à ce que son image soit partout: Il figure sur le Franc à pied la monnaie, sa statue est placée en différents points de Paris... Il change les armoiries royales de France. À l'origine, l'écu royal est un semis de fleurs de lys dont le nombre n'était pas déterminé. Charles V le simplifie et prescrit le nombre précis de trois fleurs de lys. On distingue désormais les armes de France anciennes et les armes de France modernes: la plupart des grands seigneurs et villes arborant des fleurs de lys adoptent cette nouvelle norme.

Arts et architecture

Durant le règne de Charles V le soutien des arts et de l'architecture tient une large place. Il s'agit d'un moyen de figurer la restauration de l'autorité RoyaleFrançoise Autrand, Charles V, Fayard 1994, p.754. Les constructions royales sont pratiquement toutes réalisées à Paris et dans ses environs: La capitale matérialise l'unification du royaume par la couronneFrançoise Autrand, Charles V, Fayard 1994, p.755. L'image du roi est partout: on trouve des statues du souverain au Louvre, au Chatelet, sur le portail des célestins, à la Bastille ce qui constitue à l'époque une nouveautéFrançoise Autrand, Charles V, Fayard 1994, p.759. La constructions de fortifications matérialise l'action du roi contre les exactions des compagnies ou les raids anglais et valide dans l'opinion la bonne utilisation des ressources que procure l'instauration d'un impôt permanent. Enfin, Christine de Pisan note que ces investissements massifs font partie d'une politique de grands travaux destinée à relancer l'économie. En effet Charles V qui a pu constater la menace que peut constituer les hommes désœuvrés qui se regroupent en place de grève, leur donne ainsi du travail. Leurs salaires sont dépensés et créent ainsi de l'activité.

Places fortes et fortifications

Sa régence et son début de règne étant marqués par les désordres dus aux compagnies et par la menace de chevauchées anglaises, il fait améliorer les fortifications des villes qui pourraient être attaquées et raser celles qui pourraient être prises pour éviter qu'elles ne soient utilisées par les compagnies. En 1356, Étienne Marcel fait construire de nouveaux remparts autour des quartiers situés au nord de la Seine, cependant cet imposant travail s'arrête avec sa mort en 1358. Charles V fidèle à sa stratégie de la terre déserte veut améliorer les fortifications de la ville. Sur la rive gauche, pour protéger Paris des Anglais, fait couronner de créneaux l'enceinte dite de Philippe Auguste. Sur la rive droite, il fait construire un nouveau rempart, dit de Charles V, dont la construction s'achèvera en 1383. Les fortifications rive droite ont un tracé long de 5 kilomètres et un rempart de maçonnerie aurait été hors de prix et vulnérable à l'artillerie qui vient d'apparaitre sur les champs de bataille, et remet en cause l'architecture militaire médiévaleFrançoise Autrand, Charles V, Fayard 1994, p. 757-758. Une solution ingénieuse est développée: le réseau de fortifications est constitué de d'un ou deux fossés, puis d'un premier remblais de terre puis un gros fossé de 12 m de large sur 4 de profondeur rempli d'eau et enfin d'un gros remblais de terre de 25 m de large surmonté d'un petit mur. L'ensemble des fortifications fait 90 mètres de profondeur ce qui est supérieur à la portée des machine de guerre et des bombardes de l'époque et les remblais sont capables d'encaisser les tirs de l'artillerie. De la même manière les talus et le fossé inondé rendent ces fortifications très peu vulnérables aux sapeurs. Le donjon du château de Vincennes. Profondément marqué par les révoltes parisiennes de 1358, il fait ériger la Bastille sur ses fonds propres. Cette forteresse a deux fonctions : elle prévient toute invasion par la porte Saint-Antoine, protégeant aussi l'hôtel Saint-Pol, lieu de séjour préféré de la famille royale; et, en cas d'insurrection dans la capitale, elle couvre la route qui mène au château de Vincennes qui lui sert de résidence hors de Paris et est sur la route du Dauphiné fief de Charles V en terre d'Empire. Le nouveau prévôt de Paris, Hugues Aubriot (auquel on doit également l'édification du Petit Châtelet, du Pont au Change et du pont Saint-Michel), est chargé d'en diriger la construction et, la pose de la première pierre intervient le 22 avril 1370. Les travaux, considérables, vont durer douze ans. Aubriot fera les frais de sa diligence à exécuter les ordres du roi. Accusé d'impiété pour avoir rendu des enfants juifs à leurs familles, il est emprisonné à la Bastille en 1381, alors que la construction n'est pas encore terminée. Quant à Charles V, il est mort l'année précédente sans avoir pu en contempler l'achèvement. Il fait faire des travaux de rénovations dans les diverses résidences royales de Saint-Ouen, Creil, Melun, Montargis et Saint-Germain-en-Laye. En 1361, il fait construire l'Hôtel Saint-Pol, et fait ériger le manoir de Beauté en bord de Marne.

La librairie du roi

Charles V ordonnant la traduction d'Aristote. Charles est un patron des arts : il reconstruit le Louvre en 1367 et y fonde la première Librairie royale qui deviendra quelques siècles plus tard la Bibliothèque nationale de France. Charles V fait aménager dans la Tour de la Fauconnerie des pièces où il transfère une partie de ses livres (à l'époque 965 livres) et confie cette bibliothèque à Gilles de Malet (1368). La légende veut que Charles V les ait tous lus, ce qui ne serait pas étonnant, son surnom de Sage incluant sa grande culture et ses connaissances variées, un fait exceptionnel pour son époque. Il entreprend une politique de vulgarisation et fait traduire en français de nombreux ouvrages scientifiques et techniques, des traités d’astrologie et d’histoire, des textes d’Aristote accompagnés des commentaires explicatifs de leur traducteur Nicolas Oresme, le Policraticus de Jean de Salisbury, le Livre des propriétés des choses de Barthélémy l'Anglais (traduit par Jean Corbechon), ou encore des œuvres religieuses comme La Cité de Dieu, de saint Augustin traduite en 1370 par le juriste Raoul de Presles, qui y ajoute ses propres commentaires et ceux de ses prédécesseurs. Les textes latins sont traduits en français et des prêts sont accordés pour les copier. Disposée sur trois étages, la Librairie royale répond à un projet politique : elle doit former une élite administrative. Elle compte jusqu’à un millier de manuscrits .

Évolution sous ses successeurs

Apanages et principautés à la fin de la guerre de cent ans.

Guerre civile entre Armagnacs et Bourguignons

La politique des apanages a été imaginée comme une décentralisation pour améliorer la gestion des provinces éloignées de la capitale. Ces dernières sont possédées par des familles proche du roi et reviennent à la couronne en l'absence d'héritier mâle, ce qui évite d'en perdre le contrôle après un mariage. Les princes reçoivent leurs finances des impôts permanents récoltés par le roi, ce qui permet à celui-ci de les garder théoriquement sous contrôle. C'est dans cet esprit que Charles V fixe la majorité des rois à 14 ans: afin que son fils Charles VI prenne le pouvoir et que l'équilibre ne se rompe. Mais à sa mort en 1380, Charles VI est mineur et jusqu'en 1388 ce sont ses oncles qui se partagent la régence et donc les recettes fiscales, dès lors leurs principautés deviennent indépendantes de fait. C'est la lutte pour le contrôle des recettes de l'État qui entraîne la Guerre civile entre Armagnacs et Bourguignons puis les velléités d'indépendance de la Bourgogne qui ne cesseront qu'avec la mort de Charles le Téméraire en 1477. Mais cette principauté composée de territoires issus de la France et du Saint Empire devient alors un enjeu de conflits entre les Habsbourgs et les Valois. La lutte pour le contrôle de ces terres entraîne deux siècles de guerres entre la France d’une part et l’Autriche et l’Espagne d’autre part.

Absolutisme

Cabochiens Constatant l'échec de la tentative de mise en place par la Grande ordonnance de 1357 d'une monarchie contrôlée qu'il a soutenue au départ, Charles V opte pour un régime monarchique, basé sur l'État de droit (la justice étant l'un des piliers du prestige royal depuis saint Louis), la décentralisation (via la politique des apanages) et la garantie par l'État de la sécurité physique (par l'instauration d'une armée permanente) et monétaire (par la création du franc). Au , les Parisiens tentent une nouvelle fois d'instaurer un régime de monarchie contrôlée: les cabochiens, soutenus par Jean sans Peur et l'Université de Paris imposent à Charles VI l'ordonnance cabochienne en 1413, qui tente de rendre vie à la Grande ordonnance de 1357. Sa durée de vie sera aussi éphémère car les promesses démagogiques de fiscalité faible de Jean sans Peur ne peuvent être tenuesNoël Coulet, Le temps des malheurs (1348-1440) tiré de Histoire de la France des origines à nos jours sous la direction de Georges Duby, Larousse, 2007, p 422. Au contraire les monarques français financent une politique qui restaure l'autorité royale par l'instauration d'impôts permanents et l'entretient d'une armée soldée. Le commerce en France ne pouvant se faire sans la sécurisation des axes commerciaux terrestres, la bourgeoisie finit par accepter un État fort financé par une fiscalité lourde qui évolue progressivement vers l'absolutisme du .

Impôts et armée permanente

Bertrand du Guesclin à la Bataille de Cocherel L'établissement d'une armée permanente pour éviter les pillages dus aux mercenaires démobilisés est un indéniable progrès, mais il porte atteinte à la fonction sociale de la noblesse, dont l’importance sur le champ de bataille diminue au profit de roturiers. Durant la guerre de Cent Ans, de nombreuses révoltes paysannes et bourgeoises ont lieu en Angleterre (Révolte des paysans) et en France (Jacqueries). En Angleterre, la formation de toute la population au maniement de l’arc est même une erreur : durant la révolte des paysans anglais de 1390, ce sont paysans qui menacent Londres English longbow - History . L’ordre social féodal est menacé : cette révolte est réprimée dans le sang, tout comme les Jacqueries. C’est d’ailleurs pour cette raison qu’en France, sous Charles VI, la noblesse demande et obtient la suppression des compagnies soldées instituées après décision de Charles V. C'est son petit fils Charles VII qui réorganise son armée de manière similaire pour pouvoir vaincre les Anglais. Il obtient progressivement des États de la langue d'oïl (1438 et 1443) puis d'oc (1439) la possibilité de reconduire les aides sans réunir les États annuellement : il réinstaure la permanence de l'impôtMichel Mollat, La reconstruction (1440-1515) tiré de Histoire de la France des origines à nos jours sous la direction de Georges Duby, Larousse, 2007, p 434. Il a alors les moyens d'entretenir une armée permanente et d'éviter que les mercenaires démobilisés ne se livrent au pillage. Il envoie le dauphin Louis à la tête de plus de 20000 écorcheurs combattre les cantons suisses révoltés contre le duc d'Autriche. Celà lui permet de tester ses hommes et de se débarrasser des éléments douteux ou mal équipés. Beaucoup de routiers périssent face aux Suisses et aux Alsaciens. Il renvoie ensuite un grand nombre d'éléments indésirables dans leur pays d'origine (en particulier en Espagne) ou les recycle dans l'administration, les disperse par petits groupes leur ayant accordé des lettres de rémissionsLaurent Theis, Histoire du Moyen Âge Français, Perrin 1992, p 355. Au total, il ne retient à son service que la moitié environ des combattantsXavier Hélary, Charles VII remet la France en ordre de bataille , , page 26-27. Par l'ordonnance de Louppy-le-Châtel de 1445, il les organise en lances: unité de base où les compétences de chacun se complètent. Chacune est constituée d'un homme d'arme accompagné de deux archers à cheval, d'un coutilier (armé d'une épée et d'une longue dague), d'un page et d'un valet (ces derniers ne combattant pas en règle générale). 100 lances forment une compagnie. Les 15 compagnies totalisent 9 000 hommes, dont 6 000 combattants qui forment la grande ordonnance. Bientôt trois nouvelles compagnies sont créées. Cette armée est entretenue de façon permanente: elle est mise en garnison dans des villes du royaume. Celles-ci ont la charge de l'entretenir : le coût ne repose pas sur les finances royales. En 1448, il créé la petite ordonnance : en cas de mobilisation, chaque paroisse (cinquante feux)est tenue de mettre à la disposition du roi un archer bien équipé et bien exercé. Pour compenser les charges qui pèsent sur lui, il est dispensé d'impôt (la tailleMichel Mollat, La reconstruction (1440-1515) tiré de Histoire de la France des origines à nos jours sous la direction de Georges Duby, Larousse, 2007, p 435): on l'appelle franc-archer. Choisi par les agents du roi, il est tenu au service de ce dernier. Le royaume en compte environ 8 000 et possède enfin une archerie comparable à l'armée anglaise. Grâce à une armée moderne appuyée par une véritable artillerie de campagne, il vainc définitivement les Anglais qui en 1453 ne contrôlent plus que Calais sur le continent.

Bibliothèque nationale

La Bibliothèque nationale de France tire son origine de la bibliothèque du roi, constituée au Louvre par Charles V qui suscite des traductions, nomme Gilles Mallet comme garde et fait réaliser un inventaire. Toutefois, cette bibliothèque sera dispersée après la mort du roi Charles VI
Histoire de la BnF: sept siècles, . C'est à partir de Louis XI qu'une nouvelle bibliothèque est constituée et (plus important pour la continuité de l'établissement) se transmet de roi en roi, d'abord à Charles VIII, qui y fait entrer les premiers ouvrages imprimés, puis à Louis XII. Cette bibliothèque est installée à Amboise, puis à Blois. Imprimerie du . Grâce à François I, les imprimeries françaises vont se perfectionner et accroitre considérablement le nombre d'ouvrages de la bibliothèque royale. En 1518, François I décide la création d'un grand « cabinet de livres » abrité à Blois et confié au poète de la Cour Mellin de Saint-Gelais. Les progrès de l'imprimerie favorisent la publication d'un nombre croissant de livres. Il instaure, en 1537, le dépôt légal qui permet d'enrichir la bibliothèqueClaude Dufresne, Historia n° 107, dont il nomme intendant l'humaniste Guillaume Budé avec mission d'en accroître la collection. C'est en 1540 qu'il charge Guillaume Pellicier, ambassadeur à Venise, d'acheter et faire reproduire le plus possible de manuscrits vénitiens. Comme François Ier installe sa propre bibliothèque à Fontainebleau, il existe un temps deux bibliothèques royales, mais celle de Blois est déménagée à Fontainebleau dès 1544. Sous Charles IX, la nouvelle bibliothèque, issue de la fusion des deux précédentes, est rapatriée à Paris. Henri IV l'installe au Collège de Clermont (1594) puis au Couvent des Cordeliers (1603). La bibliothèque se développe réellement sous Louis XIV, époque qui voit de nombreuses nouveautés : installation rue Vivienne, non loin de l'actuel site Richelieu, intégration de plusieurs collections d'origine privée (Gaston d'Orléans, Michel de Maroilles, Loménie de Brienne), ouverture à la gravure et à la musique imprimée, création du classement de Nicolas Clément (utilisé jusqu'en 1996), ouverture au public (1692). Le est important pour la bibliothèque avec la réalisation de catalogues systématiques. C'est à cette époque que la bibliothèque s'installe rue Richelieu, à l'actuel emplacement du site Richelieu. Cette nouvelle implantation facilite, à partir de 1720, la fréquentation du public et la bibliothèque reçoit les visites assidues de plusieurs des philosophes des Lumières. À la faveur du déménagement, l'organisation interne est améliorée avec la constitution de cinq départements : département des manuscrits, département des imprimés, département des titres et généalogies (plus tard intégré aux manuscrits), département des planches gravées et recueils d'estampes, département des médailles et pierres gravées. Les enrichissements se poursuivent, tant par un meilleur contrôle du dépôt légal, que par l'intégration de nouvelles collections particulières : collection Baluze, collection musicale de Sébastien de Brossard, bibliothèque de Colbert. A la Révolution française, l'établissement prend le nom de bibliothèque de la Nation. Malgrés quelques déprédations et limogeages, c'est une période d'enrichissements par l'intégration de fonds de provenances diverses (la bibliothèque à alors compté 240 000 livres, 14 000 manuscripts et 85 000 estampes):
-de Paris : la bibliothèque a récupéré une bonne partie de ce qui se trouvait dans les dépôts littéraires de la capitale, intégrant ainsi les collections de nombreuses communautés religieuses (abbaye Saint-Victor) et une partie de celles de l'université (plus de 800 000 pièces en tout) ;
-de la province : si les fonds des dépôts littéraires provinciaux ont été la plupart du temps dévolus aux écoles centrales avant d'être attribuées aux communes, la Bibliothèque de la Nation se réservait les pièces les plus remarquables, qui devaient illustrer les richesses de la France. C'est ainsi que des pièces venues des quatre coins de la France (Chartres, Amiens, Soissons) se sont retrouvés à la Bibliothèque nationale ;
-de l'étranger : au fur et à mesure des conquêtes révolutionnaires, les troupes françaises s'emparent de collections jugées utiles ou prestigieuses. Une partie en a été rendue aux pays concernés en 1814, mais la Bibliothèque en a gardé d'importants fonds. Au fil des changements de régimes, la bibliothèque devient Bibliothèque impériale puis bibliothèque royale, puis Bibliothèque nationale en 1848, de nouveau impériale et définitivement nationale en 1871. L'établissement continue à être enrichi au cours de XXe siècle malgré une période difficile sous l'occupation ou une partie de la collection est transférée en zone libre pour devenir ce qu'elle est aujourd'hui: la Bibliothèque nationale de France.

Gallicanisme

Charles VII représenté en roi mage par Jean Fouquet La division de l'Église suite au grand schisme d'Occident ouvre un espace à la critique. Des théories nouvelles telles que celles de John Wyclif peuvent se divulguer, alors que les ecclésiastiques se déchirent entres partisans du pape ou de l’antipape se discréditant mutuellement. Le terrain est préparé pour la réforme dont Wyclif est l’un des précurseurs Le Moyen Âge en Occident, Michel Balard, Jean-Philippe Genet et Michel Rouche, Hachette 2003, page 294. La résolution du schisme par le conciliarisme affaiblit la papauté et permet à Charles VII de s'imposer en 1438 comme le chef naturel de l’Église de France, qui entre ainsi dans l'ère du gallicanismela Pragmatique Sanction de Bourges, limite les prérogatives papales et affirme la supériorité des décisions des conciles de Bâle et de Constance sur celles du pape : , .

Voir aussi

Bibliographie

-Jean-François de La Harpe a composé son Éloge.
- Françoise Autrand, Charles V.
- Georges Bordonove, Les Rois qui ont fait la France, Charles V.
- Gabriel-Henri Gaillard, Éloge de Charles V, roi de France, Regnard, 1767.
- Gilles Phabrey, Le roi Sage - Chronique du règne de Charles V, édition De L'écureuil, 1961.
- Jeannine Quillet, Charles V, le roi Lettré, Perrin 2002.
- René Héron de Villefosse, Charles le Sage, premier Dauphin, Amiot-Dumot, 1957.
- Joseph Calmette, Charles V, Tallandier, 1979.
- Thierry Pécout, Charles V, Tallandier, 2001.
- Christine de Pisan, « Le livre des fais et bonnes meurs du sage roi Charles V » (1824) éd. Foucault, Coll. complète des mémoires relatifs à l'histoire de France (1 série), rév. par M. Petitot, 436 p. (consultable sur Gallica)
- abbé de Choisy, Histoire de France sous les règnes de Saint Louis … de Charles V et Charles VI (5 vol., 1688-1695)

Sources

- Charles V, 1338-1380 :
Le roi sage'', Bibliothèque nationale de France
-
- Jean Favier, La guerre de cent ans, Fayard 1980
- Françoise Autrand, Charles V, Fayard 1994

Notes

---- Charles 05 de France Catégorie:Dauphin de France Charles 05 de France Charles 05 de France Charles 05 de France Charles 05 France Charles 05 France Charles 05 France bg:Шарл V (Франция) br:Charlez V (Bro-C'hall) bs:Karlo V, kralj Francuske ca:Carles V de França cs:Karel V. Moudrý de:Karl V. (Frankreich) el:Κάρολος Ε' της Γαλλίας en:Charles V of France eo:Karlo la 5-a (Francio) es:Carlos V de Francia fi:Kaarle V (Ranska) he:שארל החמישי, מלך צרפת hr:Karlo V., kralj Francuske io:Karl 5ma di Francia it:Carlo V di Francia ja:シャルル5世 (フランス王) ka:შარლ V (საფრანგეთი) ko:프랑스의 샤를 5세 la:Carolus V (rex Franciae) nl:Karel V van Frankrijk pl:Karol V Mądry pt:Carlos V de França ru:Карл V (король Франции) sr:Карло V Мудри sv:Karl V av Frankrike uk:Карл V Мудрий zh:查理五世 (法兰西)
Sujets connexes
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