Historien

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L’historien est une personne qui étudie ou écrit l’histoire. Il a pour tâche de rapporter le passé, puis de l’expliquer et de l’interpréter, sous le contrôle de ses pairs , Notes : Mais qu'est-ce qu'un historien ? C'est celui qui exerce un métier reconnu comme tel par la société mais aussi par ses pairs. Cette identification apparaît au XVIII° siècle dans les pays anglophones et germanophones. En France, la définition d'une méthode historique à la fin d
Historien

L’historien est une personne qui étudie ou écrit l’histoire. Il a pour tâche de rapporter le passé, puis de l’expliquer et de l’interpréter, sous le contrôle de ses pairs , Notes : Mais qu'est-ce qu'un historien ? C'est celui qui exerce un métier reconnu comme tel par la société mais aussi par ses pairs. Cette identification apparaît au XVIII° siècle dans les pays anglophones et germanophones. En France, la définition d'une méthode historique à la fin du XIX° siècle est une étape clé (Cf Gabriel Monod et la Revue historique, 1876). Certes, il existe une littérature historique, différente de la production scientifique, que l'on peut qualifier de "métahistorique"(historiographie, nécrologie, compte-rendu de lectures, préfaces ou postfaces...), genre auquel même Gabriel Monod s'est livré (auteur par exemple de 41 nécrologies), mais monsieur Dumoulin distingue ici les publications de l'écrivain et les travaux de l'historien. et de la société. , Jean Pierre Le Crom, in Droit et société, 38/1998 , Dossier : Vérité historique, vérité judiciaire. Le terme « historien » ne désigne pas vraiment une catégorie professionnelle. D’abord, parce que l’appellation n’existe pas aux yeux de l’administration : on est étudiant, enseignant-chercheur, maître de conférences en histoire, journaliste mais pas historien. Deuxièmement, parce que l’histoire est aussi une activité de loisirs pratiquée par des amateurs. Souvent comparé au détective ou au juge d’instruction, l’historien doit se conformer à une méthodologie propre. Il en va du caractère scientifique de sa discipline et de la crédibilité du personnage. En conséquence, le rôle social des historiens s’est enrichi ces dernières années. Expert du passé, il est par exemple amené à intervenir dans les procès ou à dénoncer les instrumentalisations de l’histoire.

Le temps des chroniqueurs et compilateurs

Les historiens du haut Moyen Âge sont des ecclésiastiques ou des moines. Ils brossent des histoires (historiæ) à caractère édifiant ou dressent des annales, à peine plus que des chronologies de règnes. Les histoires nationales narrent les origines de la nation de l'historien qui se confondent parfois avec celles de la dynastie de leur souverain. Le caractère édifiant perdure ensuite à travers les biographies de rois, les hagiographies, tandis que naissent à la fin du Moyen Âge les chroniques faites par des laïcs. Au Moyen Âge, l'une des œuvres historiques les plus lues en Europe est Histoire ecclésiastique du peuple anglais de Bède le Vénérable.

Des professionnels et des amateurs

Ce n’est que dans dernier quart du , que se met en place l’enseignement supérieur de l’histoire en France. La troisième République crée le cadre institutionnel qui favorisera la formation de véritables professionnels de la discipline. Précisément, dès 1877, les étudiants ont désormais la possibilité de recevoir des bourses ; ils participent à des séances d’études (des séminaires) qui leur apprennent les techniques d’analyse des sources. La réforme implique la multiplication des débouchés : dans les universités, on augmente le nombre de chaires de professeurs et on créent les premiers postes de maîtres de conférences. L’ensemble de ces mesures s’inspirent en fait de l’enseignement allemand qui, au lendemain de la défaite de 1870-1871, apparaît comme une référence. Avant cette période, l’historien était rarement un professionnel. Il s’agissait en général d’amateurs versés dans les lettres comme les ecclésiastiques, les hommes de loi ou les philosophes. La politique universitaire de la III République aboutit en quelques années à la naissance d’une communauté historienne. Encore restreinte en 1914 (55 chaires d’histoire dans les facultés françaises de lettres)Antoine Prost, Douze leçons sur l'histoire, Le Seuil, 1996, p. 35., cette dernière connaît une explosion de ses effectifs à partir des années 1960 avec la massification des étudiants. Aujourd’hui, comme le rappelle Antoine Prost, ce groupe d’historiens est uni par une formation commune (l’université), un réseau d’association et de revues, une déontologie (qu’est-ce qu’un historien a le droit de faire et de ne pas faire ?) et une méthodologie (comment doit-il travailler pour produire un livre historique à caractère scientifique ?). Prost est même tenté de parler de « corporation »Ibid, p. 33. à leur égard. Il faut savoir qu’à l’université, les maîtres de conférences et les professeurs sont recrutés par vote de leurs pairs et donc de leurs futurs collègues. Cependant, au-delà de cette apparente unité, la profession a aussi ses divisions internes. À côté du groupe nombreux des universitaires, on trouve les membres des prestigieux organismes de recherches (École des hautes études en sciences sociales, Centre national de la recherche scientifique, École française de Rome, Institut d'études politiques). Toutefois, les historiens ne se limitent pas à ce groupe professionnel. La pratique historique est en réalité largement partagée dans la société. Nombreux sont les amateurs passionnés qui produisent des travaux historiques et donc, à ce titre, méritent la désignation d’historiens. Il y a les journalistes, les érudits locaux, les amoureux du patrimoine ou plus simplement les curieux qui se lancent dans l’écriture de l’histoire de leur village ou de leur famille. L’exercice semble facile. Quelques vieux livres, la consultation d’anciens documents, des qualités de rédaction et de composition suffisent apparemment. Dans les faits, les écueils sont nombreux ; les lacunes méthodologiques, le manque de rigueur dans l’expression et la faible culture historique constituent de lourds handicaps chez les amateurs et aboutissent parfois à une production de qualité inégale. Faire de l’histoire nécessite un apprentissage.

Aspects du métier d’historien

Le travail de l’historien est parfois comparé à celui d’un détective. En effet, les analogies sont nombreuses. Le mot Histoire ne signifie-t-il pas en grec « enquête » ? L’historien doit rechercher des sources d’information afin de dégager des faits. Son intérêt se porte principalement sur des documents d’archives mais un témoignage oral (pour l’étude des périodes récentes), une découverte archéologique peuvent également apporter des renseignements précieux. Face à ces sources, l’historien s’appliquer à relever les faits, à découvrir les sous-entendus et à débusquer les erreurs ou les mensonges. Il doit aussi rechercher des causes, des mobiles aux actions humaines. Il traque alors le moindre indice. L’un des aspects les plus excitants du métier consiste justement à faire parler des sources apparemment muettes ou inadaptées pour le sujet étudié. La comparaison avec le juge d'instruction revient souvent pour désigner le travail historique. Comme lui, l’historien doit faire preuve d’impartialité et de distanciation. Cette attitude se traduit par la prise en compte des différentes versions d’un fait puis aboutir à la détermination de celle qui est exacte sans que ses passions ou ses préjugés interfèrent le jugement. Si historien et juge d’instruction ont en commun la recherche de la vérité, Marc Bloch prévient que la comparaison s’arrête là. Le premier ne condamne pas (en tout cas, ce devrait être l’esprit de l’historien)Marc Bloch, Apologie pour l’histoire ou métier d’historien, Paris, Armand Colin, 1993 (1 édition en 1949), chap. 4.. Il n’émet pas de jugement de valeur : ceci est bon, ceci est mauvais. Pour la simple et bonne raison qu’un jugement serait absurde sachant que les systèmes de valeurs d’aujourd’hui ne correspondent pas à ceux d’autrefoisSi on devait étudier les expédients utilisés par Mazarin pour résoudre les problèmes financiers du royaume, on pourrait le juger comme un voleur. Mais l’accusation serait absurde. Il faut comparer l’action du cardinal avec celle de ses contemporains ; il faut comprendre le fonctionnement des systèmes financiers de l’époque.. L’historien doit seulement comprendre. Dans quelques cas, ce comportement peut choquer le public et entraîner des malentendus car en essayant de comprendre les périodes noires de l’histoire (Shoah notamment), on a l’impression que l’historien justifie et donc d’une certaine manière excuse les bourreaux. On l’accuse parfois de relativiser certaines atrocités du passé (l’esclavage des NoirsUne polémique est ainsi née suite aux propos de l’historien Olivier Pétré-Grenouilleau.) alors que la démarche historienne vise simplement à contextualiser les faits et à établir leur véritable importance. L’historien est enfin un écrivain. Certains ouvrages historiques se révèlent aussi des œuvres littéraires. Au , Augustin Thierry dans Récits des Temps Mérovingiens ou Jules Michelet dans son Histoire de France utilisaient toutes les ficelles du roman, parfois au détriment de la réalité des faits. Multipliant formules lyriques et métaphores, ils savaient dramatiser leur récit et donner la touche pittoresque nécessaire pour décrire les scènes d’autrefois. Aujourd’hui, l’Académie française accueillent quelques auteurs de la discipline : Pierre Nora et Max Gallo ont acquis leur fauteuil, suivant leurs illustres aînés Fernand Braudel, Georges Duby, François Furet et René Rémond.

Rôles sociaux de l’historien

Hérodote qu’on considère comme le premier historien justifie l’écriture de son livre Histoire : « c’est l’exposé de enquête pour empêcher que le passé des hommes ne s’oublie avec le temps et pour éviter que d’admirables exploits, tant du côté des Grecs que de celui des Barbares, en perdent toute célébrité, pour établir, enfin et surtout, la cause de la guerre qu’ils se sont livrée »Hérodote, Histoire, prologue.. En d’autres termes, la fonction d’un historien est d’entretenir la mémoire des événements passés et d’expliquer leur déroulement. D’Hérodote à aujourd’hui, rien n’a changé. On attend de lui qu’ils nous racontent ce qui s’est vraiment passé. Cette demande ne paraît pas s’essouffler quand on constate le succès des commémorations (millénaire capétien, bicentenaire de la Révolution française, 60 anniversaire du débarquement de Normandie…) dans lesquelles l’historien fait figure d’acteur obligé. De plus, la société demande aux historiens d’expliquer le présent à la lumière du passé. Face à l’actualité brûlante, elle attend d’eux une analyse qui permet de contextualiser l’événement, de le replacer dans une évolution temporelle et de comprendre les enjeux plus globaux. Bref, le savoir de l’historien est convoqué pour apporter du recul. « Détruire les histoires fausses, démonter les sens imposteurs »Olivier Dumoulin, Le Rôle social de l’historien, Albin Michel, 2003. : c’est en ces termes que l’universitaire rouennais Olivier Dumoulin décrit le rôle de ses collègues historiens. Il est suivi dans cette idée par Arlette Farge pour qui « l’histoire est à chaque époque le récit raisonnée des événements, celui qui en évite la falsification et la honte des dérapages flagrants ou des dénégations mortifères ». Dans Les Assassins de la mémoire, Pierre Vidal-Naquet tenait également des propos semblables en mettant en garde contre les « mensonges » des pseudo-historiens auto-proclamés « révisionnistes » qui s'acharnent à nier l'existence des chambres à gaz et, plus largement, de la Shoah. Les tentatives d’instrumentalisation du passé, surtout en ces temps d’affirmations identitaires, exigent en effet des garde-fous. Le récit objectif (Antoine Prost préfère dire « distancié et impartial ») des historiens les mènent hors des amphithéâtres et des salles de cours. Récemment, quelques-uns sont passés « de la chaire au prétoire »Olivier Dumoulin, ouvrage cité.. Des universitaires français ou étrangers Jean-Pierre Azéma, Marc-Olivier Baruch, Philippe Burrin, Robert Paxton, René Rémond sont venus témoigner à titre d’experts (bien qu’ils n’aient pas toujours vécu la période de Vichy) lors du procès Papon en 1998, l’objectif étant de restituer la chronologie des actes du préfet accusé, et d’éclairer les juges et les jurés sur sa marge de manœuvre et le fonctionnement d’une préfecture sous l’Occupation. De même, les historiens Henry Rousso, Annette Becker, Philippe Burrin et Florent Brayard ont été engagés à titre d'experts pour faire la lumière sur les pratiques négationnistes de certains étudiants et professeurs de l’université Lyon III. Cette enquête a donné lieu à la publication du Rapport Rousso. L’historien se retrouve donc impliqué dans le mouvement de « judiciarisation » de la société. Aux États-Unis, cette tendance se dessine encore plus clairement. À l’occasion de procès, des historiens sont payés par l’accusation ou la défense pour rechercher des preuves dans les archives. Du même coup, la profession glisse vers une autre tendance de la société actuelle : la marchandisation. Outre-Atlantique (et de plus en plus en France), les historiens reçoivent des commandes de la part de particuliers, d’entreprises, d’avocats. Ils participent ainsi à des projets aussi variés que la rédaction d’une brochure commémorative ou de l’histoire d’une usine, l’animation de sociétés locales ou de musées ou la recherche d’une responsabilité dans un dépôt de matière toxique. Cette histoire appliquée que les Américains nomment public history place le chercheur dans l’action et non dans l’observation neutre. Dans ces conditions, l’historien saura-t-il conserver ses exigences déontologiques propres à la démarche historique ? En devenant un pourvoyeur de services, ne bascule-t-il pas dans cette « histoire-serve » dénoncée par Lucien Febvre, autrement dit dans une histoire qui sert des intérêts ? La crédibilité de son discours risque d’être mise en doute.

Notes et références

Voir aussi

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