Provençal

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Le provençal est une variété régionale de l'occitan ou langue d'oc. Il se parle essentiellement en Provence. Son nom en provençal est noté provençau (norme classique) ou prouvençau (norme mistralienne).
Provençal

Le provençal est une variété régionale de l'occitan ou langue d'oc. Il se parle essentiellement en Provence. Son nom en provençal est noté provençau (norme classique) ou prouvençau (norme mistralienne).

Répartition géographique

D'après Ronjat (1930-1941) et Bec (1995), le provençal se parle:
- dans le sud de la région Provence-Alpes-Côte-d'Azur (au sud de Digne),
- dans l'est du département du Gard, en région Languedoc-Roussillon (et autour de Nîmes, la limite coïncidant avec le Vidourle et le piémont des Cévennes),
- dans la principauté de Monaco, où le provençal (niçois) coexiste avec le ligure monégasque. Selon certains auteurs, le provençal s'étend à tous les parlers occitans des Alpes (dits alpins ou gavots), à savoir dans le nord de la région Provence-Alpes-Côte-d'Azur (au nord de Digne) et dans les Vallées Occitanes voisines de l'Etat italien. Cependant, certaines classifications rangent les parlers des Alpes dans l'occitan vivaro-alpin et non dans l'occitan provençal. L'inclusion des parlers des Alpes dans le provençal s'explique plus par une référence à la grande Provence historique que par la classification dialectologique. Il existe des zones de transition entre le provençal et le vivaro-alpin. Les dialectologues les attribuent de préférence au vivaro-alpin: extrême sud-est de l'Ardèche, sud de la Drôme (dite Drôme Provençale), région de Digne, haut Pays Niçois.

Classifications dialectologiques

Sous-dialectes du provençal

-Le Provençal général comprend deux variétés très proches:
- Provençal rhodanien: dans l'est du Gard (de Nîmes au Rhône), le Vaucluse (vers Avignon, Orange) et l'ouest des Bouches-du-Rhône (Arles, la Camargue). On peut y distinguer des parlers locaux (le parler du Ventoux et du comtat vers Carpentras; le parler de la vallée du Rhône vers Nîmes, Arles, Avignon, Orange, Bollène; etc). Les "juifs du Pape", communautés juives d'Avignon et du Comtat Venaissin ont développé un dialecte judéo-provençal particulier.
- Provençal maritime (ou central ou méditerranéen): dans l'est des Bouches-du-Rhône (vers Salon, Aix et Marseille), le Var (Toulon...) et l'ouest des Alpes-Maritimes (vers Cannes, Antibes, Grasse et Cagnes-sur-Mer). Il existe des différences locales minimes. Le sud des Alpes-de-Haute-Provence connaît une transition douce entre le provençal maritime et le vivaro-alpin, qui commence à Digne.
- Provençal niçois, appelé parfois en français sous son nom occitan: nissart (en norme classique) ou nissart (en norme mistralienne) (on prononce dans les deux normes ). Il se parle dans le Pays Niçois (ou Comté de Nice) et à Monaco (aux côtés du ligure monégasque). Parfois, il est considéré comme un dialecte distinct du provençal proprement dit. Le vivaro-alpin est un dialecte distinct du provençal par ses traits nord-occitans (cha au lieu de ca, ja au lieu de ga...), l'attachement au provençal étant plus culturel que linguistique. Cependant les populations concernées ignorent le nom savant "vivaro-alpin" et considèrent en général leurs parlers comme du provençal alpin, aussi appelé "gavot".

Place du provençal dans l'occitan

D'après Bec (1995), le provençal et le languedocien forment l'ensemble sud-occitan (ou occitan méridional), qui se distingue du nord-occitan (vivaro-alpin, auvergnat et limousin) et de l'occitan gascon.

Traits distinctifs

La plupart des caractéristiques linguistiques dont la somme est spécifique du provençal apparaissent dès le Moyen-Age et se confirment à partir du XVIe siècle: vocalisation des -l finaux en -w (soleu/soulèu, sau/sau pour "soleil, sel"), diphtongaison des ò toniques dans une grande partie du domaine. D'autres se développent à partir du XVIe: chute des consonnes finales (et notamment des marques grammaticales comme les -s du pluriel des noms et des adjectifs, qui disparaissent ou sont remplacées par des -(e)i ("las bèlas filhas" devient "lei bèlei filhas / l(e)i bèll(e)i fiho", le -s final étant amuï).

Entre reconnaissance et substitution

Le provençal est vécu par les Provençaux comme un élément de leur héritage ; il jouit d’un certain soutien de la population et des collectivités locales et bénéficie d’un net regain dans la vie publique depuis quelques décennies (publicités, signalisation routière, festivals, théâtre, édifices...). Cependant, cette reconnaissance reste symbolique. Elle ne s'accompagne pas d'une réelle planification linguistique ni d'une officialisation susceptibles de développer le provençal de manière efficace. L'usage du provençal connaît donc un grave recul dans la société et cède les fonctions courantes de communication au français. Ceci révèle une diglossie préoccupante. Il est toutefois spécialement reconnu comme langue menacée par l’UNESCOUNESCO, Atlas des langues en péril dans le monde, p.29. En effet, l'action centralisatrice des rois de France (progression du français dans les élites sociales dès le XVe siècle, puis Ordonnance de Villers-Cotterêts du 10 août 1539 instituant le français comme la langue des documents administratifs) ont écarté le provençal des fonctions officielles et prestigieuses pendant l'Ancien Régime. Au XXe siècle, la République jacobine l'a relégué dans les usages privés, puis l'a affaibli comme toutes les autres langues subordonnées, par l'enseignement obligatoire du français, la marginalisation de son usage à l'école et dans les médias. Le provençal demeure cependant une langue de culture possédant une littérature dynamique et brillante depuis le Moyen Âge, dont la réputation internationale a notamment été couronnée par le prix Nobel de littérature de Frédéric Mistral en 1904 et poursuivie par de grands écrivains aux XXe et XXIe siècles, dont le plus renommé est probablement le poète Mas-Felipe Delavouët. Il existe spécifiquement pour le provençal des grammaires, des dictionnaires, des méthodes d’enseignement, des maisons d’édition et des centres de recherche. Le provençal est enseigné de la maternelle à l’université en France, dans de nombreux cours associatifs et étudié dans de très nombreuses universités étrangères. De nombreux mouvements provençaux demandent une reconnaissance officielle du provençal.

Codification, standardisation, graphies

Le provençal connaît deux normes concurrentes qui diffèrent surtout par l'orthographe (mais aussi, quelquefois, par la forme orale des mots): pour cette raison, on parle souvent de "graphies". Cependant il est plus exact de parler de normes différentes (incluant chacune une orthographe et des formes orales).
-La norme classique s'appuie sur les usages médiévaux, modernisés et adaptés au provençal moderne. Cette norme propose des solutions convergentes entre tous les dialectes occitans, tout en reconnaissant leurs spécificités. Elle est utilisée par une partie des écrivains, des chanteurs et des enseignants et est recommandée par l'Institut d'Estudis Occitans (notamment par sa section provençale, le CREO Provença) ainsi que par les écoles Calandretas. Elle a été fixée, dans sa variété provençale, par Robert Lafont (1951, 1972), par l'Institut d'Estudis Occitans puis, depuis 1996, par le Conseu de la Lenga Occitana (CLO).
-La norme mistralienne s'appuie sur une orthographe plus phonétique et plus proche des habitudes de l'écriture du français. Elle a été promue par le célèbre écrivain Frédéric Mistral (mais initiée dès 1852 par son ami Joseph Roumanille). Elle a été adoptée officiellement par le mouvement du Félibrige dès sa fondation en 1854, ainsi que par des mouvements plus récents comme Parlaren et l'Unioun Prouvençalo (aujourd’hui, la section provençale du Félibrige reste fidèle à la norme mistralienne, les sections des autres régions oscillent entre les deux normes). Elle est utilisée par une partie des écrivains, des chanteurs, des enseignants, des institutions locales (affichage public, etc.). Il existe des controverses très complexes entre les partisans des deux normes, mais il y a aussi des actions unitaires. Pour chacune des deux normes, il existe, d'une part, des attitudes favorables à la stabilité de la norme et, d'autre part, des attitudes qui encouragent un usage flottant et individualiste (en rupture avec la norme). On trouve aussi des partisans de la standardisation (standards régionaux) et des partisans du localisme.

Exemples

Orthographes différentes, forme orale identique

Orthographes différentes, formes orales différentes

Expressions

Voici quelques expressions usuelles (norme classique / norme mistralienne):
-Bòna annada, ben granada e ben acompanhada / Bono annado, bèn granado e bèn acoumpagnado. En français : bonne année, bien prospère, et bien accompagnée (de santé).
- Se fai pas lo civier avans d'aver la lèbre / Se fai pas lou civié avans d'avé la lèbre. En français, littéralement : on ne fait pas le civet avant d'avoir le lièvre. En français proverbial : il ne faut pas vendre la peau de l'ours avant de l'avoir tué (Jean de La Fontaine, livre 5, fable 20 L'ours et les 2 compagnons).

Mots français d'origine provençale

Il est également à noter que plusieurs mots sont passés du provençal au français :
- balade et ballade : balada/balado (danse)
- fadaise : fadesa/fadeso
- s'esclafer : esclafar/esclafa (éclater)
- mascotte : mascòta/mascoto (sortilège) Notamment dans le domaine maritime :
- cale : calar/cala (abaisser les voiles)
- bastinguage : bastenga/bastengo (toile matelassée)
- gabarit : gabarrit/gabarrit
- ressac : ressaca/ressaco

Les sens de "provençal" et d'"occitan"

Le mot "provençal" est ambigu. Selon le contexte, il regroupe tous les parlers d'oc, ou alors il ne désigne que les formes spécifiquement provençales de cette langue. Ainsi, dans le premier cas l'auvergnat ou le limousin sont du provençal; dans le second ils ne le sont pas. Lorsque Frédéric Mistral publie Lou Tresor dóu Felibrige, dictionnaire monumental de la langue d'oc moderne en deux volumes, le terme «provençal » inclut tous les parlers d'oc ; en sous-titre du dictionnaire, il est bien précisé : « Dictionnaire provençal-français, embrassant les divers dialectes de la langue d'oc moderne » (noter l'emploi au singulier de langue), soit, comme il est précisé dans la note 1, « tous les mots usités dans le Midi de la France ». Mais il y écrit qu'"occitan" est synonyme de la langue d'oc dans son ensemble, ou de "languedocien" (sens étroit abandonné aujourd'hui). L'usage des linguistes contemporains est d'utiliser le mot "provençal" spécifiquement pour la variante parlée en Provence et la formule "langue d'oc" ou "occitan" pour parler de la langue dans son ensemble.

Corpus

- oc: Cansoun de la Coupo (textes en graphie classique et en graphie mistralienne), ou Copa Santa (texte en graphie classique)
- voir: http://tplantevin.free.fr/Provence/Cours/Analyses/Coupo-Santo/analyse-CoupoSanto.htm
- (des centaines d'œuvres littéraires à télécharger librement)

Voir aussi

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Sujets connexes
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