Georges Ier de Grèce

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Christian Guillaume Ferdinand Adolphe de Schleswig-Holstein-Sonderbourg-Glücksbourg, plus connu sous le nom de Georges I de Grèce (en grec : Γεώργιος A', Βασιλεύς των Ελλήνων), est né le 24 décembre 1845 à Copenhague et est décédé le 18 mars 1913 à Thessalonique. D’origine germano-danoise, il est pourtant le second souverain de la Grèce moderne et le fondateur de la dynastie royale grecque contemporaine. Le roi Geor
Georges Ier de Grèce

Christian Guillaume Ferdinand Adolphe de Schleswig-Holstein-Sonderbourg-Glücksbourg, plus connu sous le nom de Georges I de Grèce (en grec : Γεώργιος A', Βασιλεύς των Ελλήνων), est né le 24 décembre 1845 à Copenhague et est décédé le 18 mars 1913 à Thessalonique. D’origine germano-danoise, il est pourtant le second souverain de la Grèce moderne et le fondateur de la dynastie royale grecque contemporaine. Le roi Georges I de Grèce

Famille

Georges I de Grèce est le second fils et le troisième enfant du roi Christian IX de Danemark (1818-1906) et de son épouse la princesse Louise de Hesse-Cassel (1817-1898). En tant que tel, il est le frère de nombreux monarques européens : le roi Frédéric VIII de Danemark (1843-1912), la reine Alexandra du Royaume-Uni (1844-1925), la tsarine Maria Feodorovna de Russie (1847-1928) et la princesse royale Thyra de Hanovre. Le 27 octobre 1867, le roi Georges I épouse à Saint-Pétersbourg la grande-duchesse Olga Constantinovna de Russie (1851-1926), fille du grand-duc Constantin Nicolaevitch de Russie (1827-1892) et de son épouse la princesse Alexandra de Saxe-Altenbourg (1830-1911). Petite-fille du tsar Nicolas I de Russie (1796-1855), la princesse Olga est née dans la religion orthodoxe alors que son époux est resté luthérien. Elle a également la particularité d’être une descendante directe en ligne matrilinéaire de l’impératrice byzantine Euphrosyne Doukaina Kamatera (v. 1155-1211) et de son époux l’empereur Alexis III Ange (1195-1203). Georges I avait confié au diplomate britannique Horace Rumbold qu'il avait horreur du « vice » et souhaitait se marier pour échapper à la tentation. Il était donc parti en Russie en 1867 avec le but affirmé de se trouver une épouse. Il semblerait que son plan n'ait pas tout à fait fonctionné. Tout au long de sa vie, il se rend presque tous les ans à Aix les Bains pour y prendre les eaux mais également pour y rencontrer ses maîtressesM. LLewellyn Smith, Olympics in Athens., p. 19.. Du mariage de Georges I et d’Olga de Russie naissent 8 enfants : La famille royale grecque.
- Constantin I de Grèce (1868–1923) qui naît dix mois après le mariage de ses parents (le ) et qui épouse la princesse Sophie de Prusse (1870-1932) ;
- Georges de Grèce (1869–1957), Haut Commissaire en Crète, qui épouse la princesse française Marie Bonaparte (1882-1962) ;
- Alexandra de Grèce (1870–1891), qui épouse le grand-duc Paul Alexandrovich de Russie (1860-1919) ;
- Nicolas de Grèce (1872-1938), qui épouse la grande-duchesse Hélène Vladimirovna de Russie (1882-1957).
- Maria de Grèce (1876–1940), qui épouse d’abord le grand-duc Georges Mikhaïlovich de Russie (1863-1919) puis l’amiral Perikles Ioannidis (1881-1965) ;
- Olga de Grèce (1881-1881) ;
- André de Grèce (1882–1944), qui épouse la princesse Alice de Battenberg (1885-1969) et qui est le père du Prince Philip ;
- Christophe de Grèce (1888–1940), qui épouse d’abord l’américaine May "Nancy" Stewart Worthington Leeds puis se remarie à la princesse française Françoise d’Orléans (1902-1953). Ainsi que prescrit par le traité qui a fait de Guillaume de Danemark le roi Georges I des Grecs, ses enfants sont élevés dans la religion orthodoxe. Ils apprennent aussi le grec, mais l'anglais reste la langue principale dans les relations familiales. Avec leurs précepteurs occidentaux, les enfants princiers apprennent aussi le français, l'allemand et le danois. La vie de la famille royale est relativement tranquille et retirée. L'hiver, elle se partage entre le palais royal d'Athènes et celui de Tatoi, au pied du Parnès, tandis que, pendant les quatre mois d'été, elle se déroule en Europe occidentale, d'abord quelques semaines à Aix les Bains, puis au Danemark. Les parents étrangers de la famille royale (la tsarine, le tsarévitch, la princesse de Galles, etc.), se rendent également régulièrement en Grèce. Après le repas dominical pris tous ensemble, il n'est pas rare que la famille royale se rende à Phalère, pour y marcher au bord de l'eau. Le roi et sa famille prennent alors l'omnibus à cheval qui passe devant le palais, sur la Place Syntagma, et dans lequel un compartiment leur est réservé. L'omnibus s'arrête, les trompettes du palais sonnent et la famille royale sort rapidement, afin de montrer ostensiblement son désir de ne pas faire attendre trop longtemps les autres passagers. Cette attitude rapproche la famille royale de la population et fait beaucoup pour entretenir une popularité parfois vacillante. Georges I a coutume de répéter à ses enfants : M. LLewellyn Smith, Olympics in Athens., p. 20-23..

Règne

Un roi élu

Le prince Guillaume de Danemark, plus tard roi des Hellènes sous le nom de Georges I. Comme de nombreux membres de sa famille, le prince Guillaume de Danemark commence sa carrière dans la marine royale de son pays. Mais, en 1862, un coup d’État militaire renverse le roi Othon I de Grèce (1815-1867) et le peuple hellène refuse dès lors de voir le prince Luitpold de Bavière (1821-1912), frère et successeur désigné d’Othon, remplacer celui-ci à la tête du pays. Le gouvernement grec organise donc une consultation populaire pour élire à la tête du royaume un prince étranger ayant la faveur de ses futurs sujets. Lors de ce référendum, c’est Alfred du Royaume-Uni (1844-1900), second fils de la reine Victoria, qui est élu avec voix tandis que le prince Guillaume n’en recueille que sixClogg, op. cit., p. 82M. LLewellyn Smith dans Olympics in Athens. donne les résultats complets, p. 17 : Alfred, voix ; le Duc de Leuchtenberg, voix ; « un roi orthodoxe », voix ; le Tsar Alexandre, voix ; « un roi », voix ; « longue vie aux trois puissances », 482 voix ; « un prince impérial français », 246 voix ; le prince Napoléon, 245 voix ; une république, 93 voix ; le Prince Amédée d'Italie, 15 voix ; le comte Philippe de Flandres, 7 voix ; Guillaume de Danemark, 6 voix ; un Prince Ypsilantis, 6 voix ; Garibaldi, 3 voix ; le roi Othon, 1 voix.. Cependant, le candidat anglais est écarté par les « Puissances Protectrices » (Russie, France et Grande-Bretagne) qui dirigent la politique du jeune État grec. Le choix d’un fils de Victoria risquerait en effet de donner une trop grande influence au Royaume-Uni sur le gouvernement d’AthènesLa Conférence de Londres de 1832 interdit aux membres des familles régnant sur les « Puissances protectrices » de monter sur le trône athénien.. La souveraine britannique et Lord Palmerston sont par ailleurs totalement opposés à cette élection. Victoria désire en effet voir son fils devenir duc de Saxe-Cobourg-Gotha à la suite de son oncle. C’est donc Guillaume, alors âgé de 17 ans, qui est finalement élu à l’unanimité par l’Assemblée nationale grecque le (18 mars julien). Le prince offre la particularité d’être le lointain descendant de plusieurs empereurs byzantinsCf. article du Wikipédia anglais intitulé . et son élection permet, d’une certaine façon, de rattacher la Grèce moderne à sa prestigieuse histoire médiévale. Par le truchement des grandes puissances européennes, Guillaume ceint donc une couronne quelques mois seulement avant son pèreCelui-ci monte en effet sur le trône danois le 15 novembre 1863. Contrairement au roi Othon I, Guillaume n’est pas élu « roi de Grèce » mais seulement « roi des Hellènes » : c’est là la marque du refus de ses sujets d’être à nouveau dirigés par un souverain despotique. C'est aussi, en un sens, une affirmation qu'il règne sur tous les Grecs, même ceux qui vivent en dehors du royaume de GrèceM. LLewellyn Smith, Olympics in Athens., p. 18..

Début du règne (1863-1870)

Le roi Georges I en 1864 Dès son intronisation à Copenhague par une délégation grecque conduite par le Premier Ministre Constantin Kanaris, la chance semble sourire au nouveau monarque : le gouvernement britannique annonce en effet qu’il désire céder les îles ioniennes à la Grèce en son honneurThe Times, 8 juin 1863, p.12, col. C.. C’est donc avec une curiosité bienveillante que le peuple grec reçoit son roi lorsqu’il arrive à Athènes le 30 octobre 1863. Le (21 mai julien), Georges I se rend dans l'archipel nouvellement acquis et l'intègre au royaume hellène. Mais il mécontente rapidement la population locale par ses mesures. Il rattache en effet l'Église ionienne, qui dépendait jusque-là du patriarche œcuménique, à l'Église grecque autocéphale et supprime l'Académie ionienne, établissement d'enseignement supérieur qui avait joué un grand rôle dans le développement du sentiment national grecA. Vacalopoulos, Histoire de la Grèce moderne., p. 166.. Déterminé à ne pas commettre les mêmes erreurs que son prédécesseur, Georges I apprend rapidement la langue grecque et choisit pour devise « Ma force est l’amour de mon peuple »Elle est présente sur les armoiries de la dynastie : ΙΣΧΥΣ ΜΟΥ Η ΑΓΑΠΗ ΤΟΥ ΛΑΟΥ, . Contrairement à Othon I, il se montre fréquemment dans les rues d’Athènes, où il se promène sans aucune pompe. Surtout, il prend bien garde de ne pas apparaître comme la marionnette d’une puissance étrangère. Il renvoie ainsi au Danemark son oncle le prince Jules de Schleswig-Holstein (1824-1903), que son père lui a pourtant choisi comme conseiller, et déclare à cette occasion : « Je ne permettrai aucune interférence dans la conduite de mon gouvernement ! »The Times, 14 février 1865, p.10 col. C.. Politiquement, Georges I pèse de tout son poids pour que l’Assemblée grecque mette en place une nouvelle constitution. Le 19 octobre 1864, il envoie ainsi une demande, contresignée par Constantin Kanaris, expliquant à l’Assemblée qu’il a accepté la couronne en pensant qu’une nouvelle constitution serait votée et que si tel n’était pas le cas, il se sentirait « complètement libre d’adopter toutes les mesures que sa déception pourrait lui suggérer »Message royal à l’Assemblée nationale du 6 octobre 1864 rapporté par le Times du lundi 31 octobre 1864, p.9, col. E.. Il est alors difficile de savoir si le souverain veut dire qu’il est prêt à retourner vivre au Danemark ou qu’il envisage au contraire d’imposer à la Grèce son propre texte constitutionnel. Mais, comme aucune des deux solutions ne convient à l’Assemblée, les députés finissent par se mettre d’accord sur un nouveau texte. Le 28 novembre 1864, le roi prête serment de défendre la nouvelle constitution qui donne le jour à une monarchie constitutionnelle avec un parlement monocaméral (la Vouli) élu au suffrage masculin. En dépit des réformes, la corruption et le fort taux d’analphabétisme rendent le gouvernement du pays très difficile. Tout au long du règne de Georges I, la Grèce voit ainsi se dérouler vingt-et-une élections législatives tandis que soixante-dix gouvernements différents se succèdentWoodhouse, p.172. À l’étranger, le roi maintient des relations étroites avec son beau-frère, le futur Edouard VII du Royaume-Uni (1841-1910), qui est pour lui un fidèle soutien. Les liens entre les deux personnages apparaissent ainsi clairement lors de la révolte crétoise de 1866-1869, pendant laquelle le prince de Galles fait pression sur le ministre britannique des Affaires étrangères, Edward Stanley, comte de Derby, pour qu’il intervienne en faveur des Grecs contre l’Empire ottomanVan der Kiste, p. 23. Cependant, les « Grandes puissances » refusent de soutenir les irrédentistes hellènes et les Turcs écrasent la rébellion dans le sangClogg, p. 87. Pour bien marquer la proximité existant entre les deux beaux-frères, le prince et la princesse de Galles rendent visite au roi Georges I et à son épouse dans leur pays, en 1869.

Evolution politique et expansion territoriale (1871-1881)

De 1864 à 1874, la Grèce voit se succéder 21 gouvernements différents et celui qui reste le plus longtemps au pouvoir ne dure qu’un an et demiIl s’agit du ministère d’Epameinontas Deligeorgis qui dure du 20 juillet 1872 au 21 février 1874.. Dénonçant cet état de fait, Charilaos Trikoupis écrit, en juillet 1874, un article anonyme, intitulé « Τί φτάει ; » (À qui la faute ?) dans le journal Kairoi où il blâme le roi Georges I et ses conseillers pour la continuelle crise politique que connaît le pays. Dans cet article, l’homme politique accuse le roi de se conduire en monarque absolutiste en imposant un gouvernement minoritaire à son peuple. Il explique en effet que, si le roi insistait pour que seuls des hommes politiques appartenant à une majorité élue au sein de la Vouli soient nommés premiers ministres, alors les députés seraient obligés de travailler ensemble de façon plus harmonieuse et formeraient des gouvernements de coalition. Pour Trikoupis, une telle attitude mettrait fin à l’instabilité politique et réduirait en outre le nombre des petits partis qui pullulent dans le pays. Peu de temps après, Trikoupis admet être l’auteur de cet article afin de protéger l’individu que la police a arrêté pour l’avoir écrit. L’homme politique est alors placé à son tour en détention mais ensuite acquitté des charges d' « atteinte à l’ordre constitutionnel » qui pèsent sur lui et relâché. L’année suivante, le roi demande à Trikoupis de former un nouveau gouvernement (sans majorité parlementaire) puis prononce un discours du trône où il déclare que, dorénavant, le leader de la majorité parlementaire serait désigné comme Premier MinistreClogg, p. 86.. Tout au long des années 1870, la Grèce fait pression sur l’Empire ottoman pour qu’il lui cède l’Épire et la Thessalie. La guerre russo-turque de 1877-1878 fournit à la Grèce son premier allié potentiel, d’autant que le tsar Alexandre II de Russie (1818-1881) est le beau-frère de Georges I. Mais la France et la Grande-Bretagne interdisent à la Grèce d’intervenir dans le conflit et la forcent à rester neutre. Lors du Congrès de Berlin de 1878, le royaume hellène revendique cependant l’acquisition de la Crète, de l’Epire et de la ThessalieClogg, p.89.. L'expansion territoriale de la Grèce entre 1832 et 1947 En juin 1880, les nouvelles frontières balkaniques ne sont toujours pas délimitées lorsqu’une proposition très favorable à la Grèce (car incluant dans les territoires devant lui revenir le Mont Olympe et la ville de Ioannina) est faite par les Britanniques et les Français. Les Turcs s'opposent à ce projet et Trikoupis commet l’erreur de menacer l’Empire ottoman d’une mobilisation de son armée. Le remplacement de Charles de Freycinet par Jules Ferry comme Président du Conseil en France provoque des dissensions entre les grandes puissances et permet aux Ottomans de ne livrer aux Grecs que la Thessalie et la partie de l’Épire située autour d’Arta. Lorsque le gouvernement de Trikoupis est renversé, le nouveau Premier Ministre grec Alexandros Koumoundouros accepte à contrecœur les délimitations territorialesWoodhouse, p. 181..

Réveil national (1882–1900)

La crise de 1885

Alors que Trikoupis a suivi une politique de retranchement derrière les frontières du petit État grec, son principal opposant, Theodoros Deligiannis, chef du Parti nationaliste, cherche à enflammer le sentiment turcophobe de la population grecque. En 1885, la Bulgarie se révolte contre l’occupant ottoman et se déclare indépendante. Au même moment, Deligiannis remporte les élections contre Trikoupis. Il déclare à cette occasion que, si le peuple bulgare a pu s’opposer au Traité de Berlin, alors les Grecs devraient faire de même. Georges I de Grèce à la Une du Petit Journal. Il mobilise donc l’armée hellène tandis que la Royal Navy organise un blocus contre la Grèce. L’amiral en charge de cette action n’est autre que le prince Alfred du Royaume-Uni, c’est-à-dire l’homme que les Grecs ont d’abord choisi comme roi en 1863. Deligiannis est forcé de démobiliser l’armée et Trikoupis redevient Premier ministre. Entre 1882 et 1897, les deux hommes alternent à la tête du gouvernement grecClogg, p.90–92.

Canal de Corinthe et Jeux Olympiques

La Grèce des dernières décennies du est de plus en plus prospère et prend peu à peu conscience de son importance sur l’échiquier européen. En 1893, le canal de Corinthe est creusé par une compagnie française, ce qui permet de réduire considérablement le voyage par mer de l’Adriatique au Pirée. En 1896, les Jeux olympiques sont recréés à l’initiative du baron Pierre de Coubertin et la cérémonie d’ouverture des Jeux est présidée par le roi Georges. C'est aussi lui qui finance les fouilles archéologiques, dirigées par l'archéologue allemand Ernst Ziller, qui mettent au jour le Stade panathénaïque qui sert aux seconds Jeux Olympiques de Zappas en novembre 1970M. LLewellyn Smith, Olympics in Athens., p. 60.. Lorsque le berger grec Spyrídon Loúis remporte le marathon, le diadoque Constantin saute des gradins pour courir à ses côtés sur les derniers mètres pendant que le roi se lève pour applaudirVan der Kiste, p.54–55.

L'échec de la Guerre de Trente jours

Le désir des Grecs d’être tous réunis dans un même royaume indépendant (la Megali Idea) continue de motiver la politique du pays et de son roi. Une nouvelle révolte populaire éclate en Crète et le roi y envoie son deuxième fils, le prince Georges, en février 1897, pour prendre possession de l’île. Les Grecs refusent l’offre ottomane de donner à l’île une administration autonome et Deligiannis mobilise une nouvelle fois l’armée hellène en prévision de la guerre. Mais, comme auparavant, les grandes puissances s’opposent à l’expansion territoriale grecque et annoncent, le 25 février 1897, que la Crète serait placée sous administration autonome. Londres, Paris et Saint-Pétersbourg ordonnent par ailleurs aux armées turque et grecque de se retirerThe Times, 25 février 1897, p.5 col. A.. Si l’empire ottoman obtempère, le Premier Ministre Deligiannis refuse et envoie soldats en Crète sous le commandement du colonel Timoleon Vassos. Les grandes puissances européennes annoncent alors le blocus des côtes grecques tandis que les troupes hellènes franchissent la frontière macédonienne. Le sultan ottoman Abdülhamid II (1842-1918) déclare donc la guerre à son ancienne province. L’annonce est accueillie très favorablement en Grèce et des défilés en faveur de Georges I ont lieu spontanément dans les rues d’Athènes. Des milliers de volontaires gagnent le Nord pour rejoindre les forces placées sous le commandement du diadoque ConstantinEnglish . Pourtant, l’armée ottomane est bien mieux préparée que l'armée grecque. Les soldats hellènes sont rapidement obligés de battre en retraite et, à la fin du mois d’avril 1897, la guerre est perdue. Elle devient alors connue sous le nom humiliant de « Guerre de Trente jours ». Grâce à l’intervention du prince de Galles et du tsar, les conséquences de la défaite sont considérablement atténuées pour la Grèce mais le pays est tout de même forcé de renoncer à la Crète, de faire quelques concessions territoriales mineures à l’Empire ottoman et de lui verser à une indemnité de de livres turquesClogg, p. 94.. La joie avec laquelle les sujets de Georges I ont accueilli le début de la guerre se transforme en rancune contre le souverain après la défaite. L’opposition contre lui est d’ailleurs si forte qu'il pense un moment abdiquer. Mais, en février 1898, a lieu une tentative d’assassinat contre le monarque et celui-ci se conduit si bravement pendant l’événement que le peuple hellène lui rend immédiatement son estimeThe Times du 28 février 1898, p.7 col. A.. Pour ceux chez qui le sentiment antimonarchique reste fort, la théorie du complot se développe. L'attentat aurait été une manipulation du palais pour reconquérir la sympathie de l'opinion publiqueM. Terrades, Le Drame de l'hellénisme., p. 70.. En Crète, l’agitation continue et le vice-consul britannique est assassinéForster, p. 33.. Les grandes puissances proposent alors de faire du prince Georges le Gouverneur-général de l’île sous la suzeraineté du sultan, ce qui mettrait de facto la Crète sous domination grecque, avec cependant un statut d'autonomieWoodhouse, p.182.

Fin du règne (1901-1913)

Le couple royal de Grèce en 1903. La mort de la reine Victoria le fait de Georges I le second monarque européen au règne le plus long (après l’empereur François-Joseph I d’Autriche). Les relations cordiales du roi avec son beau-frère Edouard VII du Royaume-Uni se poursuivent, ce qui explique largement le soutien qu’apporte la Grande-Bretagne au prince Georges dans ses fonctions de Gouverneur-général de Crète. Le prince abandonne cependant son poste après que le leader de l’assemblée de l’île, Eleftherios Venizelos, a fait campagne pour le faire démissionnerWoodhouse, p.186.. En réponse à la Révolution des Jeunes-Turcs de 1908, les soutiens de Venizelos deviennent encore plus nombreux. Le , l’Assemblée crétoise vote une résolution en faveur de l’union de l’île à la Grèce, et ce malgré les réserves du gouvernement hellène de Georgios TheotokisCampbell et Sherrard, p.109–110 et les objections des grandes puissancesForster, p.44. Portrait officiel de 1910 (Μουσείο Ιστορικής και Εθνολογικής Εταιρίας της Ελλάδας) Un groupe d’officiers grecs forme alors une ligue militaire, la Stratiotikos Syndesmos, demandant que les membres de la famille royale soient démis de leurs fonctions militaires. Afin d’éviter au souverain la honte de devoir démettre ses propres fils de leurs postes dans l’armée, les princes démissionnent d’eux-mêmes. La ligue militaire organise un coup d’État connu sous le nom de « coup de Goudi » mais le roi soutient le Parlement légalement élu. Finalement, la Stratiotikos Syndesmos rejoint Venizelos et les forces qui demandent à l’Assemblée nationale de réviser la constitution. Le roi cède et de nouvelles élections ont lieu. Venizelos obtient ainsi le poste de Premier ministre mais son gouvernement est minoritaire. Un mois après, Venizelos fait organiser d’autres élections qu’il remporte à une très forte majoritéClogg, p. 97–99.. Venizelos et Georges I sont tous les deux convaincus que la Grèce a besoin d’une armée forte pour réparer les dommages provoqués par l’humiliante défaite de 1897. Le diadoque Constantin retrouve donc son poste d’inspecteur général de l’arméeClogg, p. 100. puis est nommé commandant en chef. Sous sa supervision et celle du Premier ministre, l’armée est modernisée et équipée avec le soutien d’officiers français et anglais. De nouveaux navires de guerre sont également commandés par la marine hellène. Dans le même temps, Venizelos réussit à unir les États chrétiens des Balkans dans leur opposition à l’Empire ottomanClogg, p.101–102. Le 8 octobre 1912, le Monténégro déclare la guerre à la Turquie. Rapidement, la Serbie, la Bulgarie et la Grèce font de même : c’est le début de la Première guerre balkanique. Cette fois, les combattants grecs remportent victoire après victoire. Le , les forces hellènes entrent dans Thessalonique, juste quelques heures avant l’arrivée d’une division bulgare. Accompagné par son fils aîné et par Venizelos, le roi Georges I arrive quelques jours plus tard dans ce qui est désormais la deuxième ville de GrèceThe Times, 26 novembre 1912, p.11 col. C.. Les jours qui suivent, le roi entreprend de découvrir la ville récemment libérée et part se promener sans protection dans les rues, comme il a l’habitude de le faire à Athènes. Mais, dans l’après-midi du 18 mars 1913, le souverain est assassiné par Alexandros Schinas, alors qu’il se trouve près de la Tour blanche de SaloniqueThe Times, du 19 mars 1913, p.6.. Le gouvernement grec refuse tout motif politique à l’assassinat et déclare que Schinas est un vagabond alcooliqueThe Times, 20 mars 1913, p.6.. Par la suite, le meurtrier est torturé en prisonThe New York Times, 20 mars 1913, p.3 et il meurt, six semaines plus tard, après avoir sauté d’une fenêtreThe New York Times, 7 mai 1913, p.3.. Pendant cinq jours, le cercueil du roi, entouré des drapeaux grec et danois, est placé dans la cathédrale d’Athènes. La dépouille du monarque est ensuite enterrée dans les jardins du palais royal de Tatoi.

Divers

En privé, le roi Georges I et son épouse conversent généralement en langue allemande. Mais, avec leurs enfants, c’est l’anglais que les souverains utilisent le plusForster, p.74. Nostalgique de son pays, Georges I installe discrètement une ferme laitière, tenue par des Danois, sur les terres de son palais de Tatoi. L’endroit est pour lui un lieu de repos bucolique où il a tout le loisir de renouer avec ses souvenirs d’enfanceVan der Kiste, p.37.. La reine Olga est par contre beaucoup moins discrète dans l’expression de son mal du pays et visite très régulièrement les bateaux russes qui font escale dans le PiréeVan der Kiste, p.39.

Voir aussi

Bibliographie

- John Campbell et Philip Sherrard, Modern Greece, Ernest Benn, Londres, 1968.
- Walter Christmas, King George of Greece, Adamant Media Corporation, Londres, 2001.
- Richard Clogg, A Short History of Modern Greece, University Press, Cambridge, 1979.
- Edward S. Forster, A Short History of Modern Greece 1821-1956, 3 edition, Methuen and Co, Londres, 1958.
- Michel de Grèce et Henri d'Orléans, Mon album de famille, Perrin, Paris, 1996.
- John Van der Kiste, Kings of the Hellenes, Sutton Publishing, 1994.
- Michael LLewellyn Smith, Olympics in Athens. 1896., Profile Books, Londres, 2004.
- Marc Terrades, Le Drame de l'hellénisme. Ion Dragoumis (1878-920) et la question nationale en Grèce au début du siècle, L'Harmattan, coll. « Études grecques », 2005 .
- Apostolos Vacalopoulos, Histoire de la Grèce moderne., Horvath, 1975.
- C.M. Woodhouse, The Story of Modern Greece, Faber and Faber, Londres, 1968.

Lien externe

-

Notes

Catégorie:Roi des Hellènes Catégorie:Famille des Oldenbourg-Gücksbourg Catégorie:Histoire contemporaine de la Grèce Catégorie:Mort assassiné Catégorie:Chevalier de la Jarretière Catégorie:Naissance en 1845 Catégorie:Décès en 1913 ca:Jordi I de Grècia da:Georg 1. af Grækenland de:Georg I. (Griechenland) el:Γεώργιος Α΄ της Ελλάδας en:George I of Greece es:Jorge I de Grecia et:Geórgios I fi:Yrjö I (Kreikka) gl:Xurxo I de Grecia he:גאורגיוס הראשון, מלך היוונים hu:I. György görög király it:Giorgio I di Grecia ja:ゲオルギオス1世 (ギリシャ王) la:Georgius I (rex Graecorum) nl:George I van Griekenland nn:Georg I av Hellas no:Georg I av Hellas pl:Jerzy I Grecki pt:Jorge I da Grécia ru:Георг I (король Греции) sr:Краљ Ђорђе I sv:Georg I av Grekland th:สมเด็จพระราชาธิบดีจอร์จที่ 1 แห่งกรีซ
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