Kabyle

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Le kabyle (taqbaylit) est une langue berbère parlée en Kabylie (Algérie), et également dans l'importante immigration kabyle en France. Le nombre de locuteurs est estimé à plus de 5 millions en Kabylie - , article de Salem Chaker, professeur de berbère à l'Inalco, et directeur du Centre de Recherche Berbère., et à plus de 7 millions dans le monde. Il s'agit de la langue berbère la plus parlée, après le chleuh (sud du Maroc). Le , une révision de la constitu
Kabyle

Le kabyle (taqbaylit) est une langue berbère parlée en Kabylie (Algérie), et également dans l'importante immigration kabyle en France. Le nombre de locuteurs est estimé à plus de 5 millions en Kabylie - , article de Salem Chaker, professeur de berbère à l'Inalco, et directeur du Centre de Recherche Berbère., et à plus de 7 millions dans le monde. Il s'agit de la langue berbère la plus parlée, après le chleuh (sud du Maroc). Le , une révision de la constitution algérienne ajouta l'article 3bis, reconnaissant le « tamazight » comme langue nationale.

Phonologie

Voyelles

Le kabyle, et le berbère en général, comporte trois voyelles, plus une voyelle de lecture :
- a est moins ouvert qu'en français, entre le « a » et le « e »
- i se prononce entre le « i » et le « é » français
- u se prononce « ou » Le son e (comme dans l'anglais « children »), appelé ilem ou schwa, n'est pas considéré comme une véritable voyelle, mais a pour but de faciliter la lecture. Historiquement, ilem est le résultat d'une réduction ou d'une fusion des trois voyelles. La réalisation phonétique des voyelles est influencée par les consonnes voisines. Par exemple, les consonnes emphatiques entraîne une prononciation plus ouverte : aẓru (pierre) se lit tandis que amud (grain) donne .

Consonants

Assimilation et gémination

Certaines assimilations sont caractéristiques d'une variante locale du kabyle, tandis que d'autres existent relève de la langue. Ces assimilations ne sont pas notées à l'écrit. Par exemple :
- /n/ + /w/ : axxam n wergaz (« la maison de l'homme ») peut se lire
- « Axxam n wergaz. » (pas d'assimilation),
- « Axxam bb wergaz » ou « Axxam pp wergaz »,
- etc.
- /d/ + /t/ : d taqcict (« c'est une fille ») se prononce « tsaqcict ».
- autres assimilations : /t/ + /t/ = /ts/, /n/ + /w/ = /bb/ ou /pp/, /i/ + /y/ = /ig/, /w/ + /w/ = /bb/, /y/ + /y/ = /gg/. La gémination affecte la qualité de certaines consonnes, transformant les fricatives en occlusives. Une consonne ɣ géminée devient /qq/.

Consonnes fricatives contre occlusives

La phonologie kabyle est composée de phonèmes fricatifs qui sont à l'origine des occlusives et qui sont resté tels quels dans les autres langues berbères. La gémination provoque aussi une transformation des fricatives en occlusives. A l'écrit, la différence n'est pas notée. La liste ci-dessous compare les fricatives et les occlusives et indique quand elles sont prononcées.

Régions

Du fait du découpage administratif de la Kabylie par l'Algérie indépendante, la langue kabyle se trouve présente dans huit wilayas. Les populations des wilayas de Tizi Ouzou (Tizi Wezzu en kabyle), Béjaïa (Bgayet) , Bouira (Tubiret) et d'Alger (Lžayer) sont majoritairement kabylophones. Le kabyle est présent dans une grande partie de Bordj Bou Arreridj de Sétif et dans une petite partie de Boumerdes et de Jijel. Dans les wilayas d'Alger, Boumerdes, Jijel, Sétif, Bordj Bou Arreridj et Bouira, le kabyle cohabite avec l'arabe dialectal. Il reste aussi présent parmi la diaspora kabyle vivant dans les wilayas à dominante arabophones, et à l'étranger. D'ouest en est, certains phonéticiens distinguent quatre zones caractérisées par trois prononciations distinctes de cette langue. A l'ouest de Tizi Ghenif, la Kabylie du Djurdjura, la vallée de la Soummam et la zone allant de Béjaïa à l'est. à la plupart des kabylophones, sauf les variantes de prononciation des semi-voyelles tendues "ww" et "yy".

Historique

La langue kabyle est une des langues berbères les plus connues et les plus étudiées, surtout depuis 1844. La proximité de la Kabylie avec Alger la mettent à la portée des linguistes et des universitaires français dès le . La plupart des dictionnaires et grammaires ont été réalisés dans les premières décennies de la présence coloniale française. : Armée coloniale française
- 1844 : premier dictionnaire du kabyle.
- 1846-1877 : Création du Fichier de documentation berbère.
- 1858 : Adolphe Hanoteau publie le premier Grammaire kabyle.
- 1867 : Recueil Poésies populaires du Jurjura par Adolphe Hanoteau.
- 1873 : La Kabylie et les coutumes kabyles de Adolphe Hanoteau et Aristide Letourneux, est une sorte d'encyclopédie, base d'information sur la Kabylie, de nos jours encore fait figure d'ouvrage de référence. : Université française et indigène
- 1880 : ouverture d'un bureaux berbère dans la nouvelle École supérieure de lettre d'Alger (future Université d'Alger). Le premier professeur (maître de conférences) est Si El Hachemi ben Si Lounis.
- À partir de 1900, les berbérisants sont majoritairement originaires de la Kabylie (Saïd Cid Kaoui, Belkassem Bensedira, Amar Saïd Boulifa, etc…). L'aménagement de la langue se poursuit.
- 1946-1977 : Création du Fichier de documentation berbère initié par les Pères blancs. En plus de rassembler un important matériel linguistique, le Fichier contribuera à une standardisation de la langue et la création d'une transcription latine adaptée.
- 1962 : l'Algérie indépendante, qui se proclame « arabe », ferme les bureaux d'étude berbère dans les universités du pays. : L'apport de Mouloud Mammeri
- 1969 : « Les isefra de Si Mohand ou M’hand », Mouloud Mammeri.
- 1976 : Tajerrumt n tmazight (tantala taqbaylit) par Mouloud Mammeri, première grammaire kabyle écrite en langue kabyle. : Le printemps berbère
- 1980 : Mouloud Mammeri publie les Poèmes kabyles anciens. L'interdiction d'une de ses conférences à l'université de Tizi Ouzou sur la poésie kabyle ancienne est à l'origine des événements du Printemps berbère, violente répression du mouvement linguistique berbérophone en Kabylie et à Alger.
- 1982 : Dictionnaire kabyle-français de Jean-Marie Dallet.
- 1990 : Ouverture d'un département langue et culture berbère à Tizi Ouzou puis à Béjaia en 1991.
- 1994-1995 : « Grève du cartable » en Kabylie pour exiger l'officialisation du berbère au côté de l'arabe. Le berbère n'est pas officialisé mais à partir de 1995, le kabyle arrive dans l'enseignement scolaire, toutefois sans moyens ni structure pour une mise en place sérieuse dans l'enseignement. Et un Haut Commissariat à l'Amazighité (HCA) est crée. : Le printemps noir
- 2001 : Après l'assassinat d'un jeune étudiant kabyle dans une gendarmerie, éclatent les émeutes du « Printemps noir » qui coûteront la vie à plus de 120 algériens (Kabyles) et feront des milliers de blessés, en majorité des jeunes. Les revendications démocratiques par une grande partie de la population n'est pas prise en compte par le pouvoir, mais en concession une grande partie des revendication culturelles et identitaires (Plate-forme d'El-Kseur) sont acceptées.
- 2002 (10 avril) : Le berbère est mentionné dans la Constitution et devient langue nationale, sans mesures pratiques ni officialisation.

Passage à l'écrit

Les auteurs kabyles francophones sont les premiers à traduire et publier la poésie berbère (tel Jean Amrouche) comme l'œuvre du poète Si Mohand (Amar Saïd Boulifa, Mouloud Feraoun puis Mouloud Mammeri). Clandestinement avant 1980, puis plus rapidement depuis, les culturalistes kabylophones poursuivent l'effort permettant à la langue de passer à l'écrit, essentiellement en alphabet latin. L'Académie berbère (à Paris) puis les associations depuis ont joué ce rôle d'aménagement linguistique. Les œuvres de Bertolt Brecht, Molière, Kateb Yacine, Anton Tchekhov... ont été traduites et/ou adaptées en kabyle essentiellement par Muhend U Yehya décédé en 2006. La fin des années 1990 a vu la naissance d'un cinéma berbérophone essentiellement kabyle avec des œuvres comme La Colline oubliée de M. Bouguermouh, la Montagne de Baya de Azdine Meddour, Machaho de Belkacem Hadjadj et Mariage par annonces ; Si Mohand ; et la production audiovisuelle en kabyle relativement professionnelle mais prometteuse réalisée par les bénévoles de Berbère TV.

Statut

Le kabyle, et le berbère en général, n'est pas reconnu comme langue officielle en Algérie. Le kabyle est la langue de certains médias comme la radio nationale Chaîne II, de quelques bulletins d'information dans la chaîne de télévision d'État ENTV et la chaîne TV et Radio privées Berbère Télévision émettant depuis Paris, France. Malgré la création symbolique d'un Haut Commissariat à l'Amazighité (HCA) en 1995, et malgré la reconnaissance formelle (2002) du berbère, comme « langue nationale » sous la pression du sanglant Printemps noir de 2001, . La politique d'arabisation structurée mise en œuvre par le régime FLN depuis 1962 a entraîné la dékabylisation de larges couches de Kabyles de souche, surtout parmi les jeunes nés depuis l'indépendance (1962) et vivant dans les grandes villes comme Alger ou Constantine. La Chaine II de la radio nationale, qui ne peut être captée dans tout le pays, a longtemps servi de vecteur à l'arabisation du lexique kabyle dont l'usage s'est beaucoup appauvri parmi les kabylophones. La résistance contre la disparition du kabyle a pris diverses formes depuis 1962, notamment à travers l'association Agraw Imazighen au début des années 1970 et de mouvements populaires comme le Printemps berbère d'avril 1980 (suite à l'interdiction par le gouvernement d'un exposé de l'écrivain Mouloud Mammeri sur la poésie kabyle ancienne). La forte densité de la population Kabyle, un certain dynamisme de l'émigration notamment en Europe, ont permis au kabyle de maintenir son dynamisme et de ne pas disparaître suite à l'arabisation de l'enseignement et de l'ensemble de l'environnement social et administratif. Depuis les années 70, la chanson, le théâtre et les actions de passage à l'écrit, voire l'utilisation d'outils informatiques (cf. le logiciel Awal Amazigh), accompagnent la réflexion sur la modernisation du kabyle et l'orientation des travaux universitaires en sciences sociales et humaines Dahbia Abrous, Le refus du Musée in « Berbères ou arabes? », sous la dir. d'Hélène Claudot-Hawad, Ed. Non lieu, 2006..

Exemples

Dans la prononciation standard, certains sons se notent :
- T : t avec emphase
- th : t spirant (comme thank you)
- dh : d spirant (comme this)
- DH : d spirant avec emphase
- H : h pharyngal

Notes et références

Voir aussi

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Sujets connexes
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