Marché du travail en France

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En économie, le marché du travail désigne, de manière imagée et symbolique, le lieu où se rencontrent les offres et les demandes d'emplois. Les caractéristiques françaises, réglementaires, institutionnelles et humaines, rendent spécifique le marché du travail en France par rapport à celui des autres pays ; en particulier. En particulier, les marchés du travail des pays Anglo-saxons se caractérisent par une flexibilité du travail plus importante et par une plus gr
Marché du travail en France

En économie, le marché du travail désigne, de manière imagée et symbolique, le lieu où se rencontrent les offres et les demandes d'emplois. Les caractéristiques françaises, réglementaires, institutionnelles et humaines, rendent spécifique le marché du travail en France par rapport à celui des autres pays ; en particulier. En particulier, les marchés du travail des pays Anglo-saxons se caractérisent par une flexibilité du travail plus importante et par une plus grande égalité des être humains face à l'emploi. Le marché du travail est très actif : pour Pierre Cahuc Cahuc, 2005, p.17 chaque jour environ sont détruits et emplois sont créés. Ce phénomène de destruction / création à la Joseph Schumpeter n’est pas spécifique à la France. Pour Pierre Cahuc il y aurait quelque pertinence à invoquer une loi des qui s’énoncerait de la manière suivante : « à l’échelle d’une nation, chaque année environ des emplois disparaissent et chaque année environ d’emplois nouveaux apparaissent » Cahuc, 2005, p.19 . Le marché du travail en France présente à la fois des similitudes avec les marchés du travail des autres pays de l'OCDE et des différences, telle qu’un pourcentage très élevé de salariés payés au salaire minimum (SMIC) et un problème très fort de dualité du marché du travail entre un secteur très protégé et un second secteur sur lequel se concentre la flexibilité et la précarité. Cette forte segmentation, que la France partage avec l'Italie et l'Espagne Francesco Giavazzi, Alberto Alesina, "Le libéralisme est-il de gauche?" , a conduit récemment Claude Picart Picart, 207, pp.7-9 à revoir à la baisse l'estimation de Pierre Cahuc sur le nombre d'emplois crées et détruits par jour en France. Partant de ces constats, les économistes insistent sur le fait que la persistance d'un taux de chômage élevé en France tient à des problèmes structurels et réglementaires qui expliqueraient également pour partie le faible dynamisme de la croissance française depuis 1994 (le taux de croissance français a été de 1994 à 2004 inférieur en moyenne de plus d’un point à celui des États-Unis Camdessus, 2004, p.242). Le traitement théorique du fonctionnement du marché du travail est fait par l’économie du travail, branche à la fois macroéconomique et microéconomique.

Quelques données sur le marché du travail en France

La force de travail

La population active (c’est-à-dire les personnes ayant un emploi et les personnes à la recherche d’un emploi) constitue le facteur travail. La population active occupée, c'est-à-dire ayant un emploi, est passée de 22, 3 millions en 1995 à 24, 9 en 2005, soit une augmentation d’environ 12 % en 10 ans (2, 686 millions). Parallèlement, le nombre de chômeurs au sens du BIT est passé sur la même période de 2, 899 millions à 2, 717 millions Alternatives économiques n°70, 4°trimestre 2006, p.94 . La majorité de la croissance de l’emploi a eu lieu de 1997 à 2001 : 1, 9 millions d’emplois supplémentaires Rapport du CERC, 2006, p.80, soit environ 70 % de la progression, période au cours de laquelle la France a connu un taux de croissance du PIB élevé. Comment se répartit la population active occupée et de quel potentiel de travail dispose la France ?

Répartition du facteur travail

Entre 1954 et 2005, la part des agriculteurs dans la population active est passée de 26, 7 % à 2, 6 % et celle des entrepreneurs individuels de 12 % à 6, 04 %. Aussi, de nos jours, les non-salariés représentent moins de 10 % de la population active. Les employés forment la catégorie socioprofessionnelle la plus importante (29, 02 %) suivis des ouvriers (23, 9 %), des professions intermédiaires (23, 06 %), des cadres supérieurs et professions libérales (14, 7 %)(chiffres : Clerc, 2004, p.92 et France portail social 2005/2006, INSEE.). En 2003, la France comptait fonctionnaires (environ 20 % de la population active occupée) dont dans la fonction publique d’Etat, dans les collectivités territoriales et dans les établissements hospitaliers (Chiffres : Delberghe, 2006, p.9).

Le potentiel de travail

En 2002, la durée annuelle de travail des employés en France était de 1545 heures ; elle était de 1815 heures au Etats-Unis, de 1707 heures au Royaume-Uni (mais dans ce cas la part de l’emploi à temps partiel était plus forte qu’en France), de 1444 heures en Allemagne, de 1807 heures en Espagnechiffres : Cette, 2005 . Parallèlement, la France employait peu deux tranches d’âge : les jeunes de 15 à 24 ans (en 2002, taux d’emploi de 23, 3 % contre 55 % aux Etats-Unis, 61 % au Royaume-Uni, 36, 6 % en Espagne) et les personnes de 55 à 64 ans (en 2002, taux d’emploi de 34, 2 % contre 59, 5 % aux Etats-Unis, 53, 3 % au Royaume-Uni et de 39, 7 % en Espagne). Si l’on ajoute que la France avait en 2002 un taux de chômage standardisé de 8, 7 % contre 5, 8 % aux Etats-Unis et 5, 1 % au Royaume-Uni, on peut dire que la France utilisait peu le potentiel de travail dont elle disposait. La productivité justifie-t-elle cette modeste utilisation de la main-d'oeuvre ? Si l'on considère la productivité par heure de travail, la France est quasiment championne du monde de la productivité, comme a pu l'écrire un peu ironiquement le journal Les Echos Les Echos du 7/11/2005, article de Jean-Marc Vittori, « La productivité française une légende à revisiter ». Pour Gilbert Cette, la situation est plus complexe. Pour lui, notre bonne productivité horaire viendrait du faible nombre d’heures travaillées et de l’éviction du marché du travail des moins productifs, en particulier les plus jeunes et les plus âgés. Si l'on tenait compte de ces facteurs, notre productivité horaire serait plus faible que celle des Etats-Unis. De manière générale, pour cet auteur, la faible utilisation de la main-d’œuvre et une productivité horaire structurelle plus faible expliqueraient que le PIB par habitant de la France soit de 25 % inférieur à celui des Etats-Unis« Ainsi, l'écart d'environ 25% du PIB par habitant de la France ou de l'Union européenne par rapport aux Etats-Unis s'explique, pour respectivement 5 à 10 points et 15 à 20 points, par une productivité horaire structurelle plus faible, le reste de l'écart venant d'une durée du travail et d'un taux d'emploi plus faibles » (Cette, 2005, p.16).

La rémunération du travail

La rémunération du travail sera étudiée selon deux grands axes : la part de la masse salariale dans la valeur ajoutée et la répartition de la masse salariale entre les salariés.

La part de la rémunération dans la valeur ajoutée

La rémunération du travail au sens global résulte du partage de la valeur ajoutée, c’est-à-dire de la répartition de la richesse produite par les entreprises. Cinq agents économiques se partagent cette richesse : les salariés, les administrations publiques, les actionnaires, les créanciers, et l’entreprise elle-même qui a besoin de garder une part de la richesse produite pour investir et se développer. Dans les années quatre-vingt, pour favoriser l'investissement, des politiques ont été menées pour diminuer la part de la valeur ajoutée attribuée aux salariés au profit des apporteurs de capitaux et des entreprises. La part de la rémunération des salariés dans la valeur ajoutée brute, qui était au début des années soixante-dix un peu inférieure à 70 %, a dépassé ce seuil de 1975 à 1985. Depuis cette date, elle oscille entre 66 % et 69 % de la valeur ajoutéeChiffres : rapport du CERC, 2006, pp.43-46 . D’après les experts du CERC Rapport du CERC n°7, 2006, p.43 , la stabilité de la part des salaires dans la valeur ajoutée dans les années 1993-2005, malgré l’introduction des trente-cinq heures, s’expliquerait par des gains de productivité, par des allégements de cotisations patronales et par un ralentissement de la progression des salaires nets. Source : Insee comptes nationaux et rapport du CERC de 2006 Entre 1970 et 2005, la part des salaires nets (c’est-à-dire l’argent dont dispose réellement le salarié) dans la rémunération globale est passée de 71, 1 % à 59, 1 %. Cela est dû largement à la hausse des cotisations salariales dont la part est passée de 5, 1 % en 1970 à 16, 1 % en 2005. La part des cotisations patronales baisse depuis 1993 avec une forte accélération entre 1999 et 2000, sans doute liée à des exonérations de charge. Aussi, la part de la valeur ajoutée perçue directement par les salariés diminue depuis les années quatre-vingt-dix, tandis que celle des cotisations sociales perçues par les administrations publiques au sens large augmente. En fait, la situation est complexe car les organismes sociaux (sécurité sociale, Unedic) sont gérés par les partenaires sociaux (patrons et syndicats) sous tutelle de l’État. Il existe un questionnement sur l’évolution souhaitable de leur organisation : étatisation pure et simple, plus grande autonomie laissée aux partenaires sociaux, réorganisation en profondeur, privatisation plus ou moins partielle, etc. Pour en revenir à la baisse de la part des salaires nets, elle est liée, nous l’avons vu, à la hausse des cotisations sociales et donc à la protection sociale. Mais, en fait, les problèmes de financement du système social viennent aussi des problèmes de l’emploi (plus il y a de chômeurs et d'inactifs, moins il y a de cotisations et plus il y a de dépenses). Là aussi, la croissance pourrait permettre de sortir de ce dilemme Paul Fabra, "La contradiction du Medef", Les Echos du 03-02-07. Dans cet article, Paul Fabra a également peur que les revendications du Medef en matière d’exonération de charges sociales ne conduisent à une étatisation complète du système qui ne lui paraît pas souhaitable..

Des revenus du travail inégaux

La répartition des salaires est marquée par trois grandes tendances : d’une part, des salariés en nombre de plus en plus grand perçoivent une rémunération du travail qui se rapproche du SMIC (15, 1 % des salariés étaient payés au SMIC au 1 juillet 2006 (hors secteur agricole et interim), DARES, mars 2007; d’autre part, l’écart entre les très hauts cadres, appelés aux Etats-Unis CEO (Chief Executive Officer), et les autres employés s’accroît ; enfin le phénomène de travailleurs pauvres n’est pas lié en France au salaire horaire, mais au faible temps de travail effectué (temps partiel). Selon l’INSEE, « les inégalités de salaire journalier diminuent partout ou restent à peu près stables. »«  », Les salaires en France - Édition 2007, p. 46, INSEE. En 2004, le salaire médian mensuel à temps complet (c’est-à-dire que la moitié des salariés à temps complet percevait un salaire inférieur à ce salaire, et l’autre moitié un salaire supérieur) s’élevait à , tandis que le SMIC en 2006 était de (Chiffres : Alternatives économiques n°70, 4°trimestre 2006, p.11). Fin 2003, le salaire net mensuel moyen d'un employé du privé était de euros, celui d'un ouvrier de . Dans le public, le salaire moyen mensuel d'un employé et d'un ouvrier était de Guibert & Mercier, 2006, p.44. De 1998 à 2004, le salaire moyen net annuel a augmenté de 0, 6 % l’an en France contre 0, 9 % en Allemagne. Les employés ont été les grands perdants, leur salaire annuel net moyen ayant régressé de 0, 2 % l’an Le Monde du 29-09-07, " L’augmentation des salaires en France ne profite pas aux employés" . L’inflation ayant été sur la période supérieure à l’augmentation des salaires nets moyens explique peut-être la très grande sensibilité des salariés à la hausse des prix. Autre différence persistante, la différence de rémunération hommes / femmes. En 2000, le salaire moyen d'une femme travaillant à temps complet représentait 81, 6 % de celui des hommesDorival Camille, "Salaires hommes-femmes : le grand écart", Alternatives économiques n°233 février 2005, p.31. En 1965, un CEO gagnait 25 fois le salaire moyen d’un ouvrier ; ce chiffre est passé à 56 fois en 1989 et à 116 fois en 1997 Lionel Steinmann, L’Expansion du 6 au 19 janvier 2000. En 2005, l’écart entre un PDG et un salarié serait aux États-Unis de 1 à 411Article de Maguy Day, Le Monde du 1 Septembre 2006. En FranceArticle de Lucie Robequain, Les Echos du 20 novembre 2006, l'écart entre les rémunérations annuelles en équivalent temps complet des 10 % les mieux payés et les 10 % les moins payés est de 3, 4, un des taux les plus élevés d’Europe : Suède 2 et Royaume-Uni 3, 2 CERC, 2006, p.111. Ces chiffres ne traduisent que partiellement la réalité : en effet, les écarts se sont surtout accrus entre les salaires d’un tout petit nombre de dirigeants et les autres, phénomène encore amplifié par les attributions de stock-options (processus qui permet au dirigeant d’acheter des actions à bas prix pour l’intéresser à l'évolution du cours de l'action de leur entreprise). Dans une étude récenteThomas Piketty et Emmanuel Saez The Evolution of Top Incomes, Working Paper, 2006, National Bureau of Economic Research, nous sommes partis du compte rendu d’Eric Le Boucher dans l’article du Monde des 11&12 mars 2007, Le Vainqueur prend tout. Dans ce même article, le lecteur peut lire que les 0, 1 % les plus riches aux États-Unis possèdent 5 % de la richesse du pays contre 0, 5 % en 1971 et 4.5 % en 1916, portant sur la période 1966-2001, Thomas Piketty et Emmanuel Saez, ont montré qu'aux États-Unis le revenu médian a progressé de 11 %, le revenu des 10 % les plus riches de 58 %, celui des 1 % les plus riches de 121 %, celui des 0, 1 % les plus riches de 236 % et celui des 0, 01 % les plus riches de 617 %. En France, les 10 % de salariés aux revenus du travail les plus élevés ont une durée annuelle de travail 3, 3 fois supérieure à celle des 10% des salariés aux revenus les plus faibles. Ceux-ci ne travaillent en moyenne que 13 semaines par an contre 51 semaines pour les mieux payés ; de même leur temps de travail hebdomadaire moyen est d’environ 22 heures contre 38 heures. Aussi, si en France l’écart des taux de salaire horaire est de 2, 8, l’écart de revenu entre les 10 % de salariés les mieux payés et les 10% les moins bien payés est de 13, 4 du fait des diférences de durée de travail. Il est à noter que cet écart est encore plus marqué (de 1 à 18) chez les femmesChiffres, CERC, 2006, pp.118-119.

Une forte segmentation à la Doeringer et Piore

Les économistes, à la suite notamment des travaux de Doeringer et Piore de 1971, distinguent un secteur protégé où les salaires sont élevés et les emplois stables et un second secteur où les salaires sont plus faibles et les rotations d’emploi fréquentes. Une des caractéristiques principales du secteur protégé est la constitution en son sein d’un marché du travail interne (voir Théorie des insiders-outsiders). En France, peuvent être considérées comme faisant partie du secteur protégé l’administration d’État, les collectivités territoriales et la fonction publique hospitalière. Ces secteurs offrent l'emploi à vie pour les titulaires, favorisent la promotion interne (entre les catégories de fonctionnaire) et possèdent leurs propres systèmes de formation (pour les catégories A, les plus connues sont : ENA, Écoles de la Santé, École nationale de la magistrature, et partiellement, Écoles normales supérieures, École Polytechnique, etc.). Font également partie du système protégé, mais de façon moins parfaite, les employés des grandes entreprises françaises du CAC 40, qui pratiquent peu de grand plans sociaux de licenciement et privilégient la gestion du personnel sur la durée (par exemple, gel des embauches pendant quelques années). La question de savoir pourquoi de tels systèmes prennent naissance et perdurent a longtemps intrigué les économistes. Dans le cas français, marqué par une longue tradition administrative, il semble très probable que la notion de salaire d’efficience liée au risque moral explique en partie les choses. En effet, quand la décision d’un fonctionnaire peut engendrer des gains ou des pertes importants, il faut éviter qu’il ne cède à la tentation d’éventuels corrupteurs. Il y a donc intérêt à le payer et à lui assurer une carrière qui le dissuade de céder aux tentations. Ayant peu de chances de trouver un emploi similaire qui, sur la durée, lui rapporte autant, tant pécuniairement qu’en termes de prestige social, il aura intérêt à rester honnête. Si cette explication semble valable pour l’administration des finances, qui a été longtemps une des matrices de l’administration française, elle semble peu pertinente pour ce qui constitue actuellement les « gros bataillons » de la fonction publique. Dans ce cas, une autre version du salaire d’efficience semble plus pertinente. En effet, dans ces secteurs, les personnes travaillent en équipe et il est difficile d’observer leur productivité, par ailleurs il est requis assez souvent un travail en continu qui exige de ne pas recourir à une grande rotation du personnel. Par contre, la théorie du capital humain semble ne peu pouvoir rendre compte de cette différenciation, les études n'ayant pas montré de différences notables entre les salariés des deux secteursPerrot, 1998, p.95). Si la notion de capital humain est peu explicative, il est remarquable, au niveau sociologique, que les personnes qui le peuvent vont mobiliser leur capital social pour rentrer dans les grandes écoles administratives qui, en France, sont la voie d’accès aux classes dirigeantes. En général un système dual semble conduire à un chômage persistantPerrot, 1998, p 96. Les salaires du secteur protégé étant plus élevés que ceux du second secteur, les gouvernements sont tentés d’agir sur le SMIC pour réduire les écarts, mais ce faisant ils ne favorisent pas l’emploi. De plus, une hausse du SMIC entraîne à son tour une hausse des salaires du secteur protégé. Par ailleurs, des étudesSur ces points, voir Les nouvelles théories du marché du travail, Anne Perrot, p.99-104 semblent montrer que le secteur protégé préfèrerait embaucher des chômeurs plutôt que des salariés du secteur secondaire ; aussi, ceux qui veulent vraiment intégrer le secteur primaire paraissent avoir intérêt à se mettre sur liste d’attente en restant au chômage. Une étude récente de l'INSEE réalisée par Claude Picart Picart, 2007, p.31 a montré que si le secteur protégé était aux yeux des salariés trés attractif c'était aussi celui qui créait le moins d'emploi Picart, 2007, p.29. Par ailleurs, cette étude souligne que la flexibilité n'est pas également partagée et qu'elle est suportée pour l'essentiel par les mêmes personnes : 6 % des salariés effectuant 55 % des mobilités individuelles Picard 2007, p.28. Voir aussi la note de Verel .

Evolution des formes d'emploi salarié

En 2005, 19, 2 millions de personnes travaillaient en contrat à durée indéterminée, 1, 7 millions en contrat à durée déterminée et 600 000 comme intérimaires INSEE. La part des emplois à durée limitéé (intérimaires, contrats à durée déterminée, contrats aidées et apprentis) est passée de 3, 9 % de l'ensemble en 1985 à 10, 6%  en 2005TEF 1998 à 2006, INSEE . Source : Gilbert Cette, "Europe-Etats-Unis : qui est le plus productif ?" Alternatives économiques, Juillet-août 2007, p.77

Evolution comparée des taux de chômage en France et dans d'autres pays

Taux de chômage en France, dans l’UE-15, et pour les pays du G7 données trimestrielles c.v.s. (corrigées des variations saisonnières), 1967 - 2006. Source : OCDE. Le taux de chômage traduit un déséquilibre sur le marché de travail : toute la main d'oeuvre disponible ne trouve pas à s'employer ou refuse les emplois existants. Source : Eurostat, . Consulté le 2 décembre 2007. La France, en 1983, avait un taux de chômage inférieur à celui du Danemark, du Royaume-Uni et des Etats-Unis. Par contre à partir de la fin des années quatre-vingt, la situation s'inverse. Si les États-Unis arrivent rapidement à un taux de chômage inférieur à 6 %, le Danemark et le Royaume-Uni devront attendre la seconde moitié des années quatre-vingt pour passer sous ce seuil. La France, de son côté, a systématiquement, depuis la fin des années quatre-vingt, un taux de chômage supérieur à ces pays.

Les analyses du déséquilibre du marché du travail

Le marché du travail en France souffre d’un déséquilibre persistant qui se traduit par un chômage important, très largement au-dessus du chômage de mobilité ou frictionnel, c’est-à-dire de celui lié au fait qu’il y a toujours un nombre important de personnes qui sont entre deux emplois. Les économistes se sont récemment interrogés sur les raisons pour lesquelles la France était l’un des pays où le taux de chômage ne semble pas pouvoir descendre au-dessous de 8, 5 %. Cela les a amenés à affiner leurs études et à mieux prendre en compte les pratiques des pays où le taux de chômage est plus faible.

Les barrières à l’entrée

Les usines du Creusot Une barrière à l’entrée est un obstacle de nature soit juridique (numerus clausus, autorisation administrative d’exercer, licence, nombre d’années d’études et sélection très poussée, monopole d’État ...), soit économique (nécessité de produire en grande quantité pour atteindre des économies d’échelle), soit technologique (lorsqu’il est nécessaire de posséder une technologie difficile d’accès). Si les barrières à l’entrée sont faibles, il y aura sur le marché une plus grande concurrence qui favorisera non seulement la baisse des prix, mais aussi l’innovation et la productivité dont des études récentesCahuc et Kramarz , 2004, t.2, p.74-78 ont montré qu’elles avaient des effets positifs à la fois sur l’emploi et sur les chances de survie des entreprises. Déclaration des Droits de l'homme et du citoyen de 1789. Article premier - Les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits. Les distinctions sociales ne peuvent être fondées que sur l'utilité commune La France se heurte à des problèmes de barrières à l’entrée, lointain avatar des privilèges et des corporations de l’Ancien Régime. En 1959, Jacques Rueff, mécontent que le plan de stabilisation Pinay-Rueff n’ait pas traité le problème des « corporatismes intérieurs », reçut mission de rédiger avec Louis Armand un « Rapport sur les obstacles à l’expansion économique » qui, si l’on en croit Chelini Chelini, 2001 ne fut guère suivi. Dans leur Rapport au ministre de l’Economie et des Finances et de l'Industrie, et au ministre de l’Emploi, du Travail et de la Cohésion sociale, Pierre Cahuc et Francis Kramarz ont, pour partie (car leur étude ne touche pas que ce problème), été conduits aux mêmes constations. Les rapports récents ont également conduit à constater que l’emploi dans les services était plus faible en France qu’ailleurs. Cahuc et KramarzCahuc et Kramarz, 2004, t.2, p.67 notent que si « la France avait le même taux d’emploi que les États-Unis dans le commerce, l’hôtellerie et la restauration, elle aurait 3.4 millions d’emplois supplémentaires ; la même comparaison avec les Pays-Bas aboutit à 1, 8 millions d’emplois ». Pour expliquer ces différences, les auteurs mettent en exergue les réglementations qui restreignent l’entrée dans ces secteurs. Dans les taxis, qui étaient déjà dans le collimateur de Jacques Rueff, la situation est à peu près identique. En Irlande qui, en 1999, était dans une situation assez similaire à la nôtre, une modification de la réglementation a permis d’augmenter le nombre de taxis de 150 %Cahuc et Kramarz, 2004, t.2, p.117. Dans les services spécialisés d’avenir exigeant de savoir-faire élevés et potentiellement créateurs d’emplois de bons niveaux, la situation est la même. Les professions juridiques sont très réglementées, ce qui pèse sur leur compétitivité, sur l'innovation de leur offre et gêne la constitution d'entreprises ayant la taille critique qui leur permettrait de concurrencer leurs homologues étrangères. Il en est de même dans le domaine comptable, le diplôme d'expert-comptable requiert de 7 à 8 ans contre 5 à 6 dans les autres pays. Un rapport de l’IHS (Institut für Höhern Studien) pour la communauté européenne a établi un indicateur de barrières à l’entrée tenant compte des exigences de diplôme, des voies d'entrée, des numerus clausus, de la possibilité de recourir à la publicité etc. pour quelques professions. On peut voir, dans le tableau ci-dessous, que dans deux secteurs où le Royaume-Uni détient des positions fortes, la comptabilité et les professions juridiques, les barrières à l’entrée sont moindres qu’en France. Indicateur des barrières à l'entrée pour quelques professions Sources : IHS et Cahuc & Kramarz, 2004, p.87 Dans le domaine du commerce, le rapport Cahuc & KramarzCahuc et Kramarz, 2004, t.2, p.74-78 cite une étude de Marianne Bertand et Francis Kramarz « Does Entry Regulation Hinder Job Creation ? Evidence from the French Retail Industry », Bertrand Marianne, Kramarz Francis, 2002/4, Quarterly Journal of Economics, CXVII ainsi que des articles d’auteurs de différents pays tendant à montrer qu’une plus grande ouverture des hypermarchés est à la fois créatrice de plus d’emplois et de baisse des prix. Ici, ce qui est très clairement visé, c’est la loi Royer de 1973 qui d'après ces économistes aurait coûté 1 300 emplois par an. Par ailleurs, on estime que la loi Galland a conduit à un surplus d'inflation de 0, 1 à 0, 2 point par anRapport Camdessus, 2004, p.155 (voir Secteur de la grande distribution). Le rapport Camdessus est en général moins explicite que le rapport Cahuc & Karmarz sur les points que nous venons d’aborder. Par contre, il évoque un sujet qui avait donné lieu au début des années soixante à une forte opposition entre Jacques Rueff et Wilfrid Baumgartner, alors gouverneur de la Banque de France Chélini, 2001 : l’élimination des distorsions sur les marchés bancaires et financiers. Si la libéralisation financière a déjà été effectuée dans les années quatre-vingt, il resterait, selon les rapporteurs, à mieux drainer l'épargne vers le capital risque en supprimant les distorsions fiscales qui la poussent vers les placements obligataires.

Le salaire minimum en France

Le salaire minimum a été instauré en 1938 aux États-Unis. En France, le SMIG salaire minimum interprofessionnel garanti a été créé le 11 février 1950. Son montant était fixé par la commission supérieure des conventions collectives. Il a été remplacé, le 2 janvier 1970, par le SMIC salaire minimum interprofessionnel de croissance fixé par le gouvernement. Depuis l’article de Stigler de 1946Voir Cahuc, 2004, p. 66-76, les économistes connaissent les avantages et inconvénients d’un salaire minimum horaire, les études récentes n’ayant modifié qu’à la marge les conclusions de cet article. Dans un marché de concurrence pure et parfaite, pour attirer de la main-d'œuvre les employeurs seraient obligés de fixer des taux de salaire pratiquement égaux à la productivité des salariés qu’ils recrutent. Mais dans la réalité, comme chercher du travail demande des efforts et du temps pour trouver un emploi, les salariés ne sont pas à même de négocier au mieux leur salaire, aussi l’entreprise peut les rémunérer à un taux largement inférieur à leur productivité. Dans ce cas, le salaire minimum horaire peut contribuer à réduire cet écart et inciter un plus grand nombre de personnes à venir sur le marché du travail. De sorte que l’économie en général y gagne. Par contre si le taux de salaire horaire est fixé plus haut que la productivité des salariés, alors les entreprises auront tendance à licencier ces personnes où à ne pas les embaucher. De nos jours, selon que l’on étudie la situation en France ou aux États-Unis, les choses semblent très différentes par rapport à ce seuil. Aux États-Unis, le salaire minimum a diminué en terme réel de 29 % entre 1979 et 2003, ce qui explique peut-être que le pourcentage d’économistes qui croient que « le salaire minimum accroît le chômage parmi les jeunes et les travailleurs non qualifiés » soit passé de en 1990 à en 2000Voir l’article Minimum Wage, et « », Fuller, Dan et Doris Geide-Stevenson, 2003, in Journal of Economic Review, Vol. 34, No. 4, p. 378. En France, il n’existe pas de statistiques sur ce que pensent les économistes sur certaines questions clés comme aux États Unis. Mais la lecture d’études récentes semble montrer qu’un nombre important d’économistes reconnus ont tendance à considérer qu’en France ce seuil a été largement dépassé. Cahuc et Zylberberg Cahuc et Zylberberg, 2004, p.74 notent qu’en France, en novembre 2003, en tenant compte des allégements de charges, le coût du travail horaire au niveau du salaire minimum était de supérieur à celui des États-Unis. Un niveau élevé du salaire horaire minimum a l’avantage de réduire les inégalités des salariés travaillant à temps plein. En France, l’écart de salaire entre les 10 % de salariés à temps plein les mieux payés et les 10 % les moins bien payés est passé de 3, 5 en 1950 à 4, 1 en 1966, puis à 2, 8 en 2002, alors qu’aux États-Unis et au Royaume Uni, il est passé de 3, 5 en 1982 à 4, 3 en 1995Benoit Ferandon, Cahiers français, n°311. Par contre, en France le nombre de chômeurs est plus élevé et les experts du CERC notent que les salariés ayant les revenus annuels les plus bas travaillent très peu de temps par an, ce qui fait que les différences de revenus ne sont pas de 1 à 2, 8 mais de 1 à 13, comme nous l’avons déjà vu. Des économistes, et l’OCDE, soulignent que les inégalités de revenus peuvent être corrigées d’une meilleure manière, au moyen de versement de revenu complémentaire comme la prime pour l'emploi (PPE) ou le Revenu de solidarité active (RSA), sans provoquer les effets négatifs d’un salaire minimum trop élevé qui bride la création d’emplois. Pour éviter que les hommes politiques élus ne soient tentés de monter le SMIC au-dessus du taux de productivité des salariés, le gouvernement de Jean-Pierre Raffarin avait envisagé d’en donner la gestion à une autorité indépendante. En effet, la faiblesse et la démagogie des hommes politiques fait intervenir ceux-ci au moyen de « coup de pouce » plus souvent qu'une bonne gestion des choses ne l'exigerait. À nouveau, Nicolas Sarkozy envisage en 2007 de confier la fixation du SMIC à une autorité indépendante, à l’image de la Low pay commission britannique.

Segmentation contrats à durée déterminée, contrats à durée indéterminée et contrat unique

Dans la théorie des marchés contestables, deux problèmes se posent pour qu’un marché soit concurrentiel : les barrières à l’entrée et les barrières à la sortie. Les barrières à la sortie, dans le cas de l’industrie, ce sont les coûts irrécupérables que doit supporter une entreprise dans le cas où elle quitte le marché. Si nous appliquions la notion de barrières à la sortie au marché du travail, l’idée serait que le coût du licenciement, la sortie du salarié, pèse sur les embauches que réalisent les entreprises. Cette idée sous-tend, nous semble-t-il, le travail pionnier en France d’ Olivier Blanchard et de Jean Tirole. Pour eux, la dualité contrat à durée déterminée (CDD), contrat à durée indéterminée (CDI) proviendrait d’un effet de seuil « c’est-à-dire l’augmentation des coûts de la protection de l’emploiBlanchard Tirole, 2003, p.10 » qui, dans leur modèle, semble essentiellement venir des coûts inhérents aux procédures longues et lourdes des licenciements économiques (« incertitude juridique »). Leur solution est double. D’une part, le juge n’interviendrait plus dans les licenciements économiques, les salariés touchant uniquement les allocations chômage, auxquelles ils ont droit, d’un organisme également chargé de les aider à se reclasser. D’autre part, pour responsabiliser les entreprises et pour leur faire supporter une partie des coûts qu’elles font supporter à la collectivité, celles-ci devraient verser dans ces cas un supplément de cotisations. Cette idée sera reprise et modifiée dans le rapport Cahuc Kramarz de 2004. Ces auteurs notent que les lois sur les licenciements collectifs sont souvent détournées et qu’elles ne bénéficient qu’à ceux qui sont les mieux informés des procédures. Cela les amène à vouloir fiscaliser et d’une certaine manière à étatiser la gestion du chômage ou de la période de transition entre deux emplois là où le rapport Blanchard Tirole suggérait des modes de gouvernance plus innovants. Par ailleurs, Cahuc et Karmarz proposent qu'en cas de licenciement une indemnité soit versée au salarié et que parallèlement l'entreprise s'acquitte d’une contribution de solidarité proportionnelle à la rémunération totale perçue entre la date de signature du contrat et la date de rupture. Là aussi, on peut préférer l’idée suggérée, mais non retenue in fine par le rapport de Blanchard et Tirole, d’un taux de cotisation variable suivant les entreprises, un peu à la manière de ce qui existe en France en matière de cotisation d’accidents du travail. C’est dans cette version que les experts du CERC Cerc 2005, p.115 estiment intéressante la proposition de Blanchard et Tirole. Le point faible de ces rapports réside dans le fait que s’ils examinent les licenciements pour faute des salariés et les licenciements économiques, ils oublient les licenciements arbitraires. Aussi, très vite les juristes vont mettre en garde contre l’abandon du contrôle judiciaire sur le motif réel et sérieux du licenciement et rappeler l’existence de norme juridique internationale. Les rapporteurs du CERC Cerc 2005, pp. 116-124 seront également très réservés sur la notion de contrat unique et préfèreront, dans une démarche voisine mais différente, préconiser un rapprochement des droits associés aux différents contrats. Ces travaux semblent avoir partiellement été à l'origine du Contrat première embauche (CPE) et du Contrat nouvelles embauches (CNE). Concernant la dualité contrat à durée déterminée, contrat à durée indéterminée deux grandes courants de pensée, assez proches par ailleurs, semblent s’affronter. D’un côté les partisans du contrat unique, souvent des économistes et d’un autre côté ceux qui tels les rapporteurs du CERC (plus proches des syndicats) et certains juristes voudraient resserrer l’utilisation des CDD, notamment des CDD d’usage, et améliorer les CDD sur le plan de la protection sociale, de la formation et de l’accès au logement.

Incitations et aides au retour à l’emploi

Un des problèmes en France est le faible différentiel qui peut exister parfois entre les revenus issus des transferts sociaux que l’on touche hors activité et les salaires d'activité les plus bas. Certes, malgré ce faible différentiel, le plus souvent les personnes font tout pour trouver du travail. Une enquête de l’INSEE montre que, parmi les personnes qui ont repris une activité, 11%  des personnes interrogées répondent avoir perdu financièrement à occuper un emploi et 21 % répondent que leur situation est identiqueCahuc et Zylberberg, 2004, p.89. Malgré tout, cela pose un problème de compréhension du système et peut fausser les repères. Pour éviter ce problème et rendre le travail plus attractif, le gouvernement a créé en mai 2001 la prime pour l’emploi (PPE). Toutefois, par rapport aux dispositifs étrangers, ce système est complexe, peu lisible par les bénéficiaires et peu incitatif, car pas assez ciblé sur les populations en ayant le plus besoin : les foyers avec un ou plusieurs enfantsCahuc et Zylberberg, 2004, p.100. Concernant l’indemnisation du chômage, si une étude Brigitte Dormont, Denis Fougère et Ana Prieto, « the Effect of The Time Profile of Unemployment Insurance Benefits on Exit from Unemployment », CREST working Paper, 2000, cité in Cahuc et Zylberberg, 2004, p.115 montre que le taux de reprise d’emplois entre 1986 et 1992 s’accélère lorsque l’indemnisation commence à baisser, les expériences étrangères indiquent également que si les sanctions peuvent contribuer à crédibiliser le système, elles ne sont pas suffisantes et il est nécessaire aussi de mettre en place un système de soutien et d’aide au retour à l’emploi performant. A ce niveau le lecteur trouvera dans le livre de Cahuc et Zylberberg Cahuc et Zylberberg, 2004, p.117-120 une référence intéressante à ce que pratiquait à la fin du la Fédération du livre.

Travail et croissance

En général, la croissance potentielleUsuellement, les politiques économiques conjoncturelles visent à aligner le PIB sur le PIB potentiel. Augmenter le PIB potentiel ressort de politiques structurelles., c’est-à-dire la croissance qu’une économie est capable de soutenir sans tensions correctrices, est déterminée par les facteurs travail et capital. Des études menées à la fin des années cinquante et aux débuts des années soixante par Robert Solow (voir modèle de Solow) aux États-Unis et par Jean-Jacques Carré, Paul Dubois et Edmond Malinvaud ont montré que de 1951 à 1969 les facteurs travail et capital n’expliquaient que 2, 6 % des 5 % de croissance Montoussé Marc, 2003, "La croissance"', p.71, in Cahiers français n°315, "Comprendre l‘économie", La Documentation Française. Le surplus vient d'une troisième composante, appelée parfois facteur résiduel ou productivité globale des facteurs, constituée du progrès technique, de l’amélioration de la gestion des entreprises et des économies. Ces études ont conduit les économistes à s'intéresser davantage au progrès technique et plus généralement à ce troisième facteur. C'est dans ce cadre qu'a été développée, depuis la fin des années soixante-dix, la théorie de la croissance endogène. Ici, le progrès technique n'est plus considéré comme une donnée exogène, mais au contraire comme une donnée endogène, c’est-à-dire dépendant à la fois d’investissements dans l'éducation des individus (Robert Lucas) et de dépenses faites en matière de recherche et développement (Robert Barro) et d'infrastructures. Ces théories (croissance endogène et théorie plus classique - capital, travail - dont elle est, pour partie, un raffinement) sous-tendent les trois grands axes de réflexion actuels sur le travail : le problème de la quantité de travail, la formation de la main-d'œuvre et enfin le problème du lien entre travail et progrès technique. La qualité des insitutions (respect de l’État de droit, efficacité des administrations, lutte contre la corruption, dialogue social, ...) est également évoquée comme favorisant la croissance.

Croissance potentielle et force de travail

Si, de nos jours, les économistes et les politiques sont tellement focalisés par la croissance potentielle, comme en témoignent les nombreux rapports disponibles dont certains (Rapport du CERC de 2006, Rapport réalisé par un groupe de travail dirigé par Michel Camdessus) ont été faits de façon bipartisanec'est-à-dire incluant de façon plus ou moins formelle experts et partenaires sociaux, c’est que la France décroche en matière de croissance vis-à-vis des autres pays de l’OCDE. De 1993 à 2005, le taux moyen de croissance de la France a été de 2, 1 % par an contre 2, 9 % au Royaume-Uni et 3, 2 % aux États-UnisRapport du CERC, 2006, p.34 . Si l’on calcule l’évolution du PIB de 1994 à 2004, celui des États-Unis a augmenté de 45% environ et celui de la France de 25%, soit un écart de 20 pointsCamdessus, 2004, p.242. Le rapport Camdessus2004, p.172 est pessimiste sur la croissance potentielle en France qu’il voit passer, si rien n'est fait, de 2, 25% à 1, 5% ou 1, 75% par an, d'ici dix ans. Deux causes majeures sont avancées pour expliquer le décrochage de la croissance en France : le déficit de travail et le poids et l’inefficacité de la sphère publique. Concernant le premier point, ce rapport marque un tournant dans l’approche, par des personnes proches des sphères du pouvoir, du problème de l’emploiCe revirement a été précédé par une réflexion scientifique comme en témoignent les travaux de Pierre Cahuc, de Francis Kramatz, d'André Zylberberg, de Gilbert Cette et d'autres. Sur cette inflexion en 2005, on pourra lire l'article d'Eric Le Boucher, "L'échec de la lutte contre le chômage : il est temps d'ouvrir les yeux", Le Monde du 07/03/05. En effet, alors que jusque là le chômage était vu comme une fatalité résultant d’un excès de main-d'œuvre par rapport aux besoins, ici, comme chez Gilbert Cette, c’est le manque de main-d'œuvre au travail qui explique en partie l'écart de croissance de la France par rapport à d'autres grands pays industriels. Il s'agit là d'une inflexion forte dans l'approche du travail en France. En effet jusque là, les politiques de l'emploi peu ou prou reposaient sur l'approche en terme de masse fixe de travail connue sous le nom de sophisme d'une masse fixe de travail (en anglais : lump of labour fallacy) qui veut que dans un pays il y ait une quantité d’emplois déterminée et fixe de travail qu’il conviendrait de partager au mieux. C'est ainsi qu'en France on a longtemps tendu à éloigner du marché du travail les plus jeunes et les plus âgés ainsi qu’à réduire le temps de travailLes plus jeunes ont été incités à poursuivre des études et les plus anciens ont été fortement incités à quitter le travail trés tôt notamment par des dispositifs de préretaites. Sur le travail des jeunes voir Romer, . Si l’on s’interroge sur les raisons de ce revirement, il faut certainement tenir compte des performances décevantes, tant en termes de chômage que de croissance, des politiques suivies en France comparées aux résultats obtenus par les autres grands pays industriels (Allemagne exceptée, mais depuis ce pays a changé de cap à partir du mandat du chancelier Gerhard Schröder, et le pays a dû affronter la réunification qui a lourdement pesé sur la croissance et les finances publiques ). Quoi qu’il en soit, ce rapport semble en phase avec l'analyse de nombreux économistes tels que Paul Krugman Voir article de Krugman ou Pierre Cahuc Voir Cahuc, 2005, pp.45-64, même si certains altermondialistes, peu reconnus, tel René Passet René Passet, "Nous ne travaillons pas assez ? Quelle erreur économique", Le Monde du 16&17/01/2005, sont très critiques. En fait, l’opposition vient du sens de la corrélation : est-ce que le plein emploi vient de la croissance ou est-ce que la mise en activité de plus de personnes entraîne la croissance ? De nos jours, la thèse selon laquelle l’emploi total dépend de la population qui souhaite travailler gagne du terrain. Souvent sont cités en exemples l’arrivée des rapatriés d’Algérie en France ou l’afflux d’immigrants cubains en Floride (exode de Mariel Voir analyse dans Cahuc, 2004, pp.47-50), deux arrivées importantes de main-d'oeuvre n’ayant pas conduit à une hausse du chômage. Un article d’Angrist et Kugler (2003), comparant les effets d’un afflux d’immigrés aux Etats-Unis et en Allemagne, montre qu’ils ont des effets différents et moins favorables en Europe du fait du degré de protection de l’emploi et de rigidités dans le secteur productif marchand Sur ce point on pourra voir l’article du blog éconoclaste . Certains économistesOn pourra aussi se reporter à l’article de Bardier Gérard et Delaigue Alexandre, "Emploi : le choc démographique ne résout rien", Le Monde du 14/11/06. raisonnant dans le cadre précédent, montrent que la diminution de la population française en âge de travailler à partir de 2006-2008 ne permettra pas, à elle seule, de faire diminuer le chômage, puisque la diminution de main-d'oeuvre devrait entraîner une diminution d'emplois.

Travail et Formation

Bâtiment universitaire place du Panthéon (Paris I et Paris II) Pour les nouvelles théories de la croissance, la formation et les savoir-faire sont devenus des atouts très importants, à la fois pour la croissance économique et au niveau individuel pour trouver un travail. Des économistes Theodore W. Schultz et Gary Becker ont élaboré la notion de capital humain pour souligner l’importance pour une personne d’investir dans sa propre formation. Mais, la volonté ne suffit pas, il faut aussi des structures adaptées. Si la France consacre des moyens importants à l’enseignement primaire et secondaire (4, 2 %) du PIB en 2002 — en Europe seule la Suède fait mieux (4, 6 %) —, en revanche elle ne consacre que des moyens relativement modestes à l’enseignement supérieur et l’université semble être le parent pauvre. Globalement les établissements supérieurs français sont mal situés dans les classements internationaux des centres d'enseignement supérieur (comme le classement de Shanghai). Cette situation est dramatique lorsqu’une majorité d’économistes voient dans le progrès technique et l’économie de la connaissance Rapport Camdessus, 2004, p.75 un des moteurs principaux de la croissance et de la richesse des pays. Globalement, le secteur de l’enseignement supérieur est entré dans une phase de réflexion sur la manière de mieux assurer ses missions et d’atteindre un meilleur rang mondial. Toutefois, son cloisonnement et sa spécialisation très poussée, entre d’une part l’université destinée à fournir des chercheurs et un personnel spécialisé et les grandes écoles de la fonction publique destinées à former les dirigeants ne semble pas favoriser l’interdisciplinarité ni la coopération entre égaux nécessaires à la recherche et à la société de l’innovation.

Travail et progrès technique

En général, pour les économistes, le progrès technique détruit à court terme des emplois dans un secteur, car il est fait appel à moins de main-d’œuvre pour produire une même quantité de biens ou services. Par contre, à long terme et dans l’économie en général, le progrès technique est créateur d’emplois. En effet, les gains induits par la hausse de la productivité sont partagés (fordisme) entre les entreprises, les salariés qui voient leur salaire augmenter et les consommateurs qui voient le prix des produits baisser (voir par exemple sur ce point la baisse des prix, ces dernières années, des ordinateurs portables). Ce mécanisme conduit à une hausse de la demande et donc à la mise en œuvre de nouvelles unités de production qui induit à son tour une hausse de la demande de travail. Par ailleurs, le progrès technique conduit à l’apparition de nouveaux secteurs comme le montre de nos jours le développement de tout le secteur lié à l’informatique et à internet. Les nouveaux produits et la maîtrise de nouvelles technologies sont importants pour maintenir de hauts salaires à ceux qui travaillent. Selon le rapport du CERCCERC, 2006, p.37, si la France tire peu de profit de la croissance extérieure, c’est plus à cause du manque d’innovation et d’un mauvais positionnement des produits que pour des questions de coûts. Rappelons ici que de 2000 à 2005 le commerce extérieur a fait perdre en moyenne 0, 5 point de croissance annuelle, alors qu’il en a fait gagner 1 à l’AllemagneRapport CERC, 2006, p.36 . L’aspect négatif du progrès technique, c’est que la main-d’œuvre doit passer d’un secteur à l’autre, phénomène que Alfred Sauvy a appelé la théorie du déversement. Ces mutations impliquent que les salariés soient formés tout au long de leur vie et que les jeunes reçoivent des formations adéquates, ce que tentent de faire le système scolaire et les organismes de formation continue et de soutien aux chômeurs. Université Stanford : vue du campus En France et en Europe, la recherche est un peu négligée et le lien recherche-entreprise qui permet de profiter à plein du progrès technique est usuellement considéré comme n'étant pas ce qui se fait de mieux. Le CNRS est vu comme trop rigide. D’une façon générale, l’effort de recherche et développement en France est supérieur à celui de l’Union à 15 (2, 2% du PIB en 2004 contre 1, 9%), mais loin des pays comme la Suède (3, 7% du PIB) ou la Finlande (3, 5% du PIB), deux pays qui ont connu de 1993 à 2005 une forte croissanceChiffres : rapport CERC, 2006, p.38. Pour faire évoluer les choses, l'Union Européenne a défini en 2000 la stratégie de Lisbonne qui visait à faire en 2010 de l’Europe « l’économie de la connaissance la plus performante et la plus dynamique du monde ». Pour l'instant, le bilan est pour le moins décevant pour la France. En France, la réflexion sur ce point a commencé un peu plus tard et a débouché sur la mise en place de pôles de compétitivité qui visent à mieux intégrer les universités dans le tissu économique de manière à ce qu’elles aient un rôle d’entraînement similaire à celui de l’Université Stanford sur la Silicon Valley. Pour l'heure, ces pôles semblent pénalisés par la tradition étatique française où la haute fonction publique ne se perçoit pas comme servant de soutien technique à la société mais comme étant son guide, ce qui crée des tensions Sur ce point, on pourra voir : Delaune J.-Y, 2005, "Pôles de compétitivité : revoir la copie", Les Echos 7/12/05 entre les représentants de l'État et les autres partenaires.

Notes et références de l'article

Voir aussi

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