Province romaine

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Carte des provinces de l'Empire romain à partir de l'an 120. Les provinces romaines sont, jusqu'à la Tétrarchie vers 296, les plus grandes divisions administratives de la Rome antique en dehors de la péninsule italienne. Elles sont, le plus souvent, dirigées par un gouverneur.
Province romaine

Carte des provinces de l'Empire romain à partir de l'an 120. Les provinces romaines sont, jusqu'à la Tétrarchie vers 296, les plus grandes divisions administratives de la Rome antique en dehors de la péninsule italienne. Elles sont, le plus souvent, dirigées par un gouverneur.

Étymologie

À l'origine, Latin: provincia, pl. provinciae désigne le territoire à l'intérieur duquel le Sénat romain autorise un magistrat supérieur à exercer son imperium (pro-vincia : pour vaincre, équivalent de notre Théâtre d'opérations extérieur).

République romaine

À partir de 227 av. J.-C. le terme provincia prend le sens d'un commandement hors d'Italie puis possession du peuple romain hors d'Italie. Les provinces sont organisées en vertu d'une Lex provincialis, proposée par le général romain victorieux. Dans un premier temps, le gouvernement est attribué à un préteur élu par le peuple romain, pour un an. Ensuite sont nommés gouverneurs des magistrats sortis de charge, pour lesquels sont créées les promagistratures : propréteurs et proconsuls. En 81, Sylla restreint les gouvernements provinciaux aux seuls promagistrats. La fonction n'est pas rémunérée, mais elle rapporte néanmoins de l'argent. Des abus furent commis et donnèrent lieu à des procès comme celui des Siciliens contre Verrès, ou à des révoltes comme en Asie.

Création de provinces sous la République

vers -220 Note : PC : province gouvernée par un proconsul ; PP : province gouvernée par un propréteur.
--241 : Sicile PP
--231 : Corse-Sardaigne PP
--197 : Hispanie Cistérieure (ou Tarraconaise) et Ultérieure PP
--167 : Illyrie PP
--146 : Macédoine-Achaïe (Grèce) PP
--146 : Afrique PC
--129 : Asie (dans l'actuelle Turquie) PC
--120 : Gaule narbonnaise (ancêtre de la Provence) PP
--81 : Gaule cisalpine PP
--74 : Bithynie PP
--74 : Cyrénaïque-Crète PP
--64 : Cilicie-Chypre PP
--64 : Syrie PP
--51 : Gaule transalpine PP
--30 ; Égypte PP
--29 : Mésie PP

Empire romain

Sous le Principat d'Auguste, le 16 janvier -27, les provinces ont été partagées entre l'empereur et le Sénat, en provinces impériales (
provinciæ Cæsaris), et provinces sénatoriales (provinciæ Senatus et populi). Au fil des conquêtes territoriales et des découpages des provinces, les nouvelles provinces furent réparties entre ces deux autorités. Le Sénat se voyait traditionnellement attribuer les provinces pacifiées anciennement, ce qui ménageait ses prérogatives. L'empereur, détenteur du pouvoir militaire (imperium majus) se réservait les provinces situées aux frontières de l'empire qui nécessitaient la présence des légions. Il arriva plusieurs fois que des provinces changent d'attribution : ainsi la Bétique, d'abord confiée à l'empereur, fut rétrocédée au peuple romain vers -16/-13.

Provinces du peuple romain (dites sénatoriales)

Les provinces qu'Auguste ne s'attribua pas en 27 av. J.-C. sont souvent appelées « sénatoriales », car de fait leur gestion dépendait essentiellement du Sénat. L'appellation officielle et approprié est en réalité celle de « provinces du peuple romain », le Sénat ne représentant que l'élite de l'ensemble des citoyens. En 27 av. J.-C. ces provinces étaient pacifiées, dépourvues de légions, leur sécurité étant assurée par le glacis des nouvelles provinces impériales. Seule l'Afrique fit exception, gardant une légion dans la région de Numidie. Les gouverneurs des provinces du peuple romain étaient des promagistrats (c'est-à-dire d'anciens magistrats supérieurs, toujours sénateurs) nommés pour un an par le Sénat et portant le titre de proconsul ou de propréteur. L'attributation de ces provinces se faisait par tirage au sort au Sénat, mais il n'était pas rare que l'empereur intervienne pour casser une désignation ou influencer une nomination. La plupart des provinces du peuple romain avaient à leur tête un propréteur, mais l'Afrique — appelée « Afrique proconsulaire » — et l'Asie, plus riches, étaient gouvernées par un proconsul. Le prestige de ces deux provinces, ainsi que les grandes possibilités d'enrichissement qu'elles représentaient, en faisaient des postes de fin de carrière par excellence : le gouvernement de l'Afrique ou de l'Asie s'obteait en général une quinzaine d'années après le consulat, et il s'agissait du sommet de la carrière d'un sénateur, avec la préfecture de la Ville. Le gouverneur était aidé par un ou plusieurs legatus pro praetore (légat pro-préteur) de rang questorien (c'est-à-dire des sénateurs, nommés eux aussi par le Sénat). L'empereur désignait néanmoins des procurateurs dans ces provinces, pour la gestion de ses domaines personnels, la perception de certains impôts et la direction des mines. Les revenus fiscaux de ces provinces, fort prospères pour la plupart, alimentaient le trésor du Sénat, ærarium Saturni, ce qui pour Auguste contribua encore à se concilier le Sénat. Liste des provinces sénatoriales à la mort d'Auguste (14 ap. J.-C.) :
- Provinces proconsulaires : Afrique proconsulaire, Asie.
- Provinces proprétoriennes : Bétique, Gaule narbonnaise, Sicile, Macédoine, Achaïe, Chypre, Crète et Cyrénaïque, Bithynie et Pont. Liste des provinces impériales à l'avènement de Septime Sévère (193 ap. J.-C.) :
- Provinces proconsulaires : Afrique proconsulaire, Asie.
- Provinces proprétoriennes : Bétique, Gaule narbonnaise, Sicile, Macédoine, Achaïe, Crète, Lycie et Pamphylie, Chypre, Cyrénaïque.

Provinces impériales

Ces dernières, mal soumises ou situées aux frontières de l'Empire, possédaient des garnisons ou des armées complètes, et les gouverneurs (les « légats d'Auguste ») y représentaient l'empereur. L'attribution des provinces aux divers légats se faisait selon le bon vouloir de l'empereur, mais respectait néanmoins certaines règles :
-Le mandat du gouverneur n'avait pas de durée définit, et l'empereur pouvait l'abréger ou le prolonger à sa guise. On observe cependant que la durée habituelle à la tête d'une province était de trois ans.
- Dans les provinces les plus importantes, en particulier dans les plus riches ou dans celles qui disposaient de troupes importantes, le légat d'Auguste était en général un sénateur et portait le titre de légat propréteur (
legatus Augusti pro praetore). En général, les provinces peu ou pas militarisées, ou ne disposant que d'une seule légion, étaient gouvernées par un légat propréteur de rang prétorien (c'était le cas dans les trois provinces des Gaules ou en Lusitanie), tandis que les provinces disposant de deux légions ou plus étaient gouvernées par un légat propréteur de rang consulaire (c'était le cas dans les deux provinces de Germanie ou dans les Pannonies).
- Les provinces de petite taille, considérées comme moins importantes et moins romanisées, qui ne comptaient pas de légions mais uniquement des corps auxiliaires, étaient gouvernées par un chevalier, portant jusque sous Claude le titre de préfet, et par la suite celui de procurateur ou praeses. Ces provinces sont donc dites de rang procuratorien ou équestre (c'était par le cas pour le Norique ou la Rhétie, du moins pendant la plus grande partie du Haut-Empire). Contrairement aux sénateurs, le préfet ou procurateur équestre ne possédait pas le ius gladii (droit de vie et de mort sur des citoyens romains), sauf autorisation de l'empereur.
- L'Égypte représentait un cas à part : depuis Actium (-31), elle était considérée comme un domaine personnel de l'empereur. Elle était gouvernée par un préfet de rang équestre (préfet d'Égypte), à la fois gouverneur et commandant en chef des légions. Les sénateurs étaient interdits d'accès à l'Égypte.
- Il arriva fréquemment que des provinces impériales changent de rang, en particulier au gré des besoins militaires : ainsi le Norique, province procuratorienne, devient-il province prétorienne à une légion en 169, sous le règne de Marc-Aurèle. Liste des provinces impériales à la mort d'Auguste (14 ap. J.-C.) :
- Provinces consulaires : Hispanie citérieure, Illyrie (ou Dalmatie), Pannonie, Mésie, Syrie.
- Provinces prétoriennes : Lusitanie, Gaule aquitaine, Gaule lyonnaise, Gaule Belgique, Galatie.
- Provinces équestres : Sardaigne et Corse, Alpes maritimes, Alpes grées et pennines, Rhétie, Norique, Judée.
- Cas particulier : Égypte. Liste des provinces impériales à l'avènement de Septime Sévère (193 ap. J.-C.) :
- Provinces consulaires : Hispanie citérieure, Bretagne, Germanies supérieure et inférieure, Pannonies supérieure et inférieure, Dacies, Dalmatie, Mésies supérieure et inférieure, Cappadoce, Syrie, Syrie-Palestine (ancienne Judée).
- Provinces prétoriennes : Numidie (district militaire), Lusitanie, Gaule aquitaine, Gaule lyonnaise, Gaule Belgique, Rhétie, Norique, Thrace, Bithynie et Pont, Galatie, Cilicie, Arabie.
- Provinces équestres : Maurétanies (tingitane et césarienne), Sardaigne, Corse, provinces alpines (Alpes maritimes, cottiennes, grées, pennines), Épire.
- Cas particulier : Égypte.

Aménagement du territoire

Le découpage administratif des provinces se compléta par l’organisation des réseaux indispensables pour les communications : tracé de nouvelles voies romaines, création sous Auguste d’un réseau de poste impériale (
cursus publicus''). Enfin, les empereurs aménagèrent ces territoires par de nombreuses fondations de colonies.

Créations de nouvelles provinces

La création de nouvelles provinces a pu se faire de deux manières : par conquête (par exemple celle de la Bretagne à partir du règne de Claude et par démembrement de provinces existantes (par exemple le démembrement de la Mésie sous Domitien). À partir de Septime Sévère, il n'y eut plus de création de province par conquête, les créations se firent par démembrement de provinces existantes. Ainsi Septime Sévère scinda-t-il en deux les provinces qui avaient les armées les plus puissantes : la Syrie et la Bretagne. Dioclétien procéda à une division des provinces sur l'échelle de tout l'empire vers 303. Par exemple la Gaule lyonnaise fut divisée (en deux étapes) en quatre provinces (les Lyonnaises I, II, puis III et IV), la Gaule belgique le fut en deux provinces (I et II). Ce nouveau système entraîna une augmentation notable du nombre des provinces romaines :
-210 ap. J.-C. : 44 provinces ;
- : 57 provinces ;
-369 : 104 provinces ;
- : 120 provinces.

Réorganisation du système provincial au Bas-Empire

Le système des provinces sénatoriales et impériales formait un cadre administratif relativement léger, où les cités provinciales jouissaient d'une autonomie assez large. Suffisant lorsque la pax romana régnait, il se révéla problématique lors de la crise du : la fiscalité et le ravitaillement des troupes devaient augmenter leur rendement, et d'autre part les représentants du Sénat ne montrèrent pas, à quelques exceptions près, l'ardeur et la compétence militaire attendue face aux barbares. Comme bien des réformes romaines, l'évolution fut pragmatique et progressive :
- Gallien (260-268) limite de plus en plus l’accès des sénateurs aux postes de légat de province impériale, et leur enlève le commandement de légions. Les legati Augusti, proconsuls ou propréteurs, sont de plus en plus remplacés par des vice praeses, de rang équestre.
- En 275, Tacite, nommé empereur par le Sénat romain, inverse la tendance et redonne aux sénateurs le droit de diriger des provinces impériales comme proconsul.
- En 282, Carus reprend la politique de Gallien excluant les sénateurs des gouvernements provinciaux. Dioclétien procède à une réorganisation complète du système provincial :
- Il sépare complètement l'administration civile, confiée à un gouverneur civil, et le commandement militaire, attribué à un dux ou à un comes, tous deux dépendants de l'empereur et non plus du Sénat.
- Il subdivise les provinces en unités plus petites, doublant presque leur nombre qui dépasse 100.
- Le système administratif dioclétien est enfin organisé selon un schéma à trois niveaux :
- Au niveau le plus bas, les provinces.
- Au niveau intermédiaire, les diocèses, au nombre de 12, regroupant les provinces
- Au niveau supérieur, les préfectures du prétoire, au nombre de 4, regroupement de diocèses.
- L'administration impériale se rapprochait du terrain, au prix d'une explosion du nombre de ses fonctionnaires.
- Les provinces sont confiées, pour ce qui concerne l'administration civile, soit à un consulaire (sénateur ancien consul), soit à un praeses (chevalier). Quelques provinces sont sous l'autorité d'un corrector de rang moindre. Quelques unes conservent une administration essentiellement militaire, les fonctions de comes ou de dux et de praeses étant confondues. Enfin, trois provinces (l'Afrique, l'Asie et l'Achaïe) sont laissées sous une administration proconsulaire dépendant du Sénat : à ce titre, elles sont de fait situées en dehors des diocèses. Rome quant à elle (avec ses environs immédiats) reste sous l'autorité du préfet de la Ville, sénateur de rang consulaire.

Voir aussi

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