Union des républiques socialistes soviétiques

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L’Union des républiques socialistes soviétiques ou l’Union soviétique, abrégé en URSS (en russe : Союз Советских Социалистических Республик, abrégé en : СССР ; prononcé: Soïouz Sovietskikh Sotsialistitchieskikh Riespoublik , SSSR), était un État fédéral de 15 républiques soviétiques qui a existé de 1922 jusqu'à sa dissolution en 1991. Elle était l'hé
Union des républiques socialistes soviétiques

L’Union des républiques socialistes soviétiques ou l’Union soviétique, abrégé en URSS (en russe : Союз Советских Социалистических Республик, abrégé en : СССР ; prononcé: Soïouz Sovietskikh Sotsialistitchieskikh Riespoublik , SSSR), était un État fédéral de 15 républiques soviétiques qui a existé de 1922 jusqu'à sa dissolution en 1991. Elle était l'héritière de facto de la Russie impériale. Plus vaste État du monde, l'URSS occupait le 1/6 des terres émergées. Elle s'étendait sur 11 fuseaux horaires, de la mer Baltique à la mer Noire et à l'océan Pacifique, c'est-à-dire toute la partie nord de l'Eurasie. Elle reprenait à peu près le territoire de l'ancienne Russie impériale, à l'exception notable de la Pologne et de la Finlande, devenues indépendantes lors de la guerre civile russe de 1918-1921, et des gains territoriaux du régime stalinien tels que l'Ukraine Occidentale prise en 1939 à la Pologne lors du Pacte germano-soviétique, la Carélie orientale prise en 1940 à la Finlande agressée, la Moldavie (anciennement la Bessarabie roumaine), les Kouriles du sud et le sud de l'île de Sakhaline pris au Japon en 1945, la Touva ou encore la région de Kaliningrad (l'ancienne Prusse Orientale). Le territoire de l'URSS varia donc dans le temps, surtout avant et à l'issue de la Seconde Guerre mondiale. Le pays était composé, avant sa dissolution, de 15 républiques fédérales et d'un certain nombre de républiques et régions autonomes. La Russie était, de loin, la plus importante des républiques soviétiques, tant du point de vue de sa surface, de sa population, que de sa puissance politique. Elle est actuellement considérée comme l'héritière de l'URSS du point de vue diplomatique, et a notamment hérité de son siège de membre permanent au Conseil de sécurité des Nations unies. La formation de l'URSS fut le résultat de la révolution russe du 7 novembre 1917, dite « d'Octobre » (à cause des 13 jours de décalage entre l'actuel calendrier grégorien et le calendrier julien encore suivi par les Églises orientales), qui vit la prise du pouvoir par le parti bolchevik et succéda à la révolution libérale « bourgeoise », dite de Février 1917, laquelle avait mis fin au règne du tsar Nicolas II. Elle fut aussi un aboutissement de la volonté de Lénine d'appliquer sa doctrine nationale en transformant une Russie unitaire en une Union de républiques formées selon le principe de répartition ethnique et jouissant d'un certain degré d'autonomie locale. L'organisation politique de l'URSS était définie par le règne d'un seul parti, le Parti communiste de l'Union soviétique (PCUS) et tout particulièrement, de son bureau exécutif, le Politburo. Tout autre pouvoir (législatif, exécutif ou judiciaire), ainsi que la presse et la société civile dans son ensemble, étaient directement soumis aux diktats du PCUS. Les facteurs ayant provoqué l'implosion de l'Union soviétique furent essentiellement l'inachèvement de la problématique déstalinisation politique et économique, la dégradation de l'économie (dite « stagnation » dans le discours officiel) dans les années 1970-1980, une course aux armements coûteuse et épuisante pendant la « guerre froide » l'opposant aux Américains, tout cela allié à la renaissance d'une société civile réclamant son autonomie et à l'émergence de forces démocratiques et centrifuges dans l'Union, auxquelles le régime essentiellement unitariste, centralisateur et bureaucratique fut incapable de trouver une réponse. Le processus démocratique appelé perestroïka (restructuration) et glasnost (transparence) de Mikhaïl Gorbatchev, entamé en avril 1985, fut le catalyseur de ce processus.

Géographie de l'URSS

Durant son existence, l'URSS était le pays le plus étendu que le monde ait jamais connu (22 402 200 km²), à l'exception possible de l'Empire mongol à son apogée (environ 30 000 000 km²). C'était également l'un des pays les plus variés, avec plus de 100 nationalités (ethnies) recensées sur son territoire, une soixantaine de langues et 5 religions. La population totale était estimée à 288 millions en 1990 (dite peuple soviétique). Aujourd'hui la Russie — ayant succédé à l'URSS — demeure toujours le pays le plus étendu du monde et reste un pays très divers, administrant des centaines de minorités, y compris musulmanes telles que les Tatares, et bien d'autres ethnies non russes.

Division territoriale de l'URSS

Entre 1954 et 1991 l'Union Soviétique était composée de 15 Républiques Socialistes Soviétiques (RSS) : Les 15 républiques fédérées soviétiques
- RSS d'Arménie
- RSS d'Azerbaïdjan
- RSS de Biélorussie
- RSS d'Estonie
- RSS de Géorgie
- RSS du Kazakhstan
- RSS de Kirghizstan
- RSS de Lettonie
- RSS de Lituanie
- RSS de Moldavie
- RSFS de Russie (RSFSR)
- RSS de Tadjikistan
- RSS du Turkménistan
- RSS d'Ukraine
- RSS d'Ouzbékistan Chaque république fédéré était, à son tour, divisée en régions (oblast), à l'exception des RSS de Lettonie, de Lituanie, d'Estonie, de Moldavie et d'Arménie qui avaient une structure unitaire. La RSFSR disposait, en plus, des « pays » (kraï) qui étaient divisés en régions autonomes, ainsi que des arrondissements autonomes faisant partie des oblasts et des kraïs. Certaines républiques fédérées (Russie, Géorgie, Azerbaïdjan, Ouzbékistan et Tadjikistan) avaient aussi dans leur structure des républiques autonomes, à certain degré d'auto-gouvernance.

Évolution de la population de l'URSS

(Selon les chiffres officiels) 1913 : 159 000 000 (Empire russe) 1928 : 150 000 000 1940 : 194 000 000 1950 : 180 000 000 1960 : 214 000 000 1970 : 242 000 000 1979 : 264 000 000

Histoire de l'URSS

Voir aussi : Histoire de la Russie.

La Révolution russe et l'entre-deux guerres

Des révolutions à la guerre civile (1917-1921)

Dès le , la Russie tsariste connaît une agitation révolutionnaire qui va en s'aggravant après une révolution réprimée de 1905 et la défaite russe dans le cadre de la Guerre russo-japonaise. Le mécontentement populaire culmine début 1917 suite aux pénuries causées par la Première Guerre mondiale et aboutit à la chute du gouvernement impérial et à l'abdication de Nicolas II en mars 1917 suite à la révolution de Février. Le nouveau gouvernement de coalition démocrate prolongea le mécontentement des masses populaires en maintenant l'engagement russe dans la guerre. Le parti bolcheviks, parti révolutionnaire marxiste mené par Lénine, majoritaire dans les organes politique ouvriers et paysans dits Soviets, renversèrent le gouvernement provisoire lors d'une révolution le 25 octobre (selon l'ancien calendrier julien) ou le 7 novembre 1917) dite révolution d'Octobre. Le slogan de la révolution qui emporta l'adhésion des masses populaires fut simple et percutant : « Usines aux ouvriers, terres aux paysans, paix aux peuples ! », ce qui signifiait nationalisations et armistice. Affiche : « Vive la révolution mondiale ! » Ainsi, la jeune république bolchevique décida de se sortir de la Première Guerre mondiale en concluant une paix séparée avec l'Allemagne. Un armistice signé en décembre 1917 aboutit au traité de Brest-Litovsk en mars 1918 qui consacrait en pratique la défaite de la Russie qui cédait au vainqueur la majeure partie de l'Ukraine, la Biélorussie, les Pays baltes et la Pologne (la majorité des territoires cédés seront récupérés après la défaite allemande, sauf les Pays baltes et la Pologne). La Russie y perdit 3, 6 % son territoire et 26 % de sa population. Elle perd aussi 32 % de sa production agricole, 23 % de sa production industrielle et 75 % de ses réserves de charbon. Par ailleurs, la propriété privée industrielle fut supprimée et les usines et les banques, nationalisées. À la place, une propriété d'état fut instaurée sur la quasi-totalité des moyens de production, sauf agricoles. Lénine a également annulé les engagements russes sur les emprunts obligataires contractés par le gouvernement tsariste pour financer la guerre. La jeune république socialiste soviétique de Russie (RSFSR) créée par la Constitution de 1918 fonctionnait selon un principe fédéral, dont le principe de gouvernance fut le centralisme démocratique. Le pouvoir législatif était exercé par les Congrès panrusse des Soviets, lequel mandatait le Comité exécutif central panrusse, tant en matière législative qu'exécutive. C'était ainsi au Comité exécutif de contrôler le Conseil des commissaires du peuple, lequel, avec Lénine à sa tête, était responsable du gouvernement de la RSFSR. L'apparence de la démocratie ne subsiste pas à une analyse plus poussée : noyauté et contrôlé totalement par les Bolchéviques, le Congrès des Soviets, son Comité Exécutif et donc le Conseil des Commissaires du Peuple, étaient aux mains de Lénine et de ses camarades. Le pouvoir d'État devint bien plus strict en raison de la guerre civile combinée à l'intervention ouverte des états occidentaux qui fit rage jusqu'en 1921.
Le communisme de guerre (1918-1921)
Pour faire face aux problèmes posés par la guerre civile et l'offensive militaire de pays étrangers (Allemagne, Angleterre, France), et afin d'assurer l'approvisionnement des villes et de l'armée, Lénine décrète le « communisme de guerre », dont les mesures essentielles sont :
- Nationalisation des industries et du commerce
- Production planifiée de manière centralisée par le gouvernement
- Stricte discipline pour les travailleurs (les grévistes pouvaient être fusillés)
- Travail obligatoire des paysans
- Interdiction de l'entreprise privée
- Réquisition de la production agricole au-delà du minimum vital pour les paysans
- Rationnement et centralisation de la distribution de nourriture Les éléments de la dictature du prolétariat se mettent aussi en place à cette époque :
- Création de l'Armée rouge : recrutés d'abord sur la base du volontariat, puis par conscription
- Mise en place d'une police politique et de tribunaux d'exception, chargés d'arrêter et de juger les ennemis du régime et les « blancs » (partisans de la monarchie)
- Le Parti communiste devient peu à peu parti unique
- La censure de la presse et de la radio, qui tombent dans les mains du parti
- La IIIe Internationale (ou Komintern) devient l'instrument de la révolution mondiale. Les partis communistes étrangers doivent adhérer aux 21 conditions d'adhésion. Les révolutions de 1919 en Allemagne et en Hongrie, ainsi que les grèves dans la plupart des pays européens font penser aux soviétiques que la Révolution devient mondiale. Mais l'écrasement des spartakistes et de Bela Kun met fin à ces espoirs. Grâce au communisme de guerre, Lénine et le parti communiste parviennent à se maintenir au pouvoir. Ils remportent la guerre civile et le danger d'une restauration monarchique est écarté. La guerre civile, l'embargo total décrété par les puissances occidentales sur la Russie soviétique et la politique d’expropriation de biens des paysans afin de nourrir les soldats de l'Armée rouge provoque une énorme famine avec ses millions de morts, surtout en Ukraine (1922).
La police politique
La survie de l'État dépendait beaucoup d'une surveillance de ses citoyens par la police politique. Dès 1917, la Tcheka fut fondée (elle prendra ensuite différents noms, GPU (Guépéou), OGPU, MVD, NKVD (Narodnyi Komissariat Vnutrennih Del), et finalement KGB en 1953) La police politique était chargée de liquider les « poux » et autres « agents capitalistes » avec des méthodes expéditives. Elle était aussi chargée de la traque des dissidents, de leur expulsion du parti et de leur jugement pour activités contre-révolutionnaires.

La naissance d'un État (1921-1924)

Naissance de l'URSS
Drapeau de l'URSS de 1923 à 1980 L'Union des républiques socialistes soviétiques (URSS) naquit le 22 décembre 1922, date de la signature du Traité d'Union entre la RSFSR, la République socialiste fédérative soviétique transcaucasienne et les Républiques soviétiques socialistes biélorusses et ukrainiennes. Ce traité est ratifié le 30 décembre 1922 par le premier congrès des soviets d'URSS. Une constitution fut rédigée en 1924 ; l'union regroupa plusieurs républiques fédérales dont les frontières furent constituées selon une répartition démographique correspondant à un « peuple » dans sa définition soviétique. L'URSS fut donc un État fédéral dans lequel chaque république fut égale en droits. Dans les faits, le PCUS (et au début le RSDRP) et le Tchéka (la police secrète) surveillent étroitement ces républiques dont les premiers secrétaires du PC furent désignés par Moscou.
Les soviets
Le Parti communiste de l'Union soviétique (PCUS) devint rapidement le seul parti légal. Le pays fut théoriquement gouverné par des Soviets élus démocratiquement au niveau régional et local. Néanmoins, en pratique, chaque niveau de gouvernement était dirigé par la branche correspondante du parti communiste.
La NEP (1921-1929)
Après la guerre civile (1921), le pays se trouve dans une situation humanitaire et économique désastreuse. La famine sévit (5 millions de morts), notamment en Ukraine, et les paysans se soulèvent sporadiquement contre les réquisitions. Ce mécontentement prit une ampleur inquiétante en mars 1921 avec la révolte de Kronstadt, ville pionnière de la révolution, abritant l'amirauté et les forces navales de la mer Baltique défendant Saint-Pétersbourg. Conscient que la répression, aussi dure soit-elle, ne suffit pas à enrayer le mouvement, Lénine décida alors d'assouplir la politique du régime, et met en œuvre une Nouvelle politique économique (NEP), libéralisation économique donnant droit à une propriété privée limitée, notamment aux agriculteurs. Les réquisitions sont ainsi remplacées par un impôt en nature peu élevé. Pour expliquer le passage à la NEP, Lénine déclara que « nous ne sommes pas assez civilisés pour pouvoir passer directement au socialisme, encore que nous en ayons les prémisses politiques »Lénine, , 2 mars 1923.., se référant au fait que la Russie était encore une société essentiellement agraire avec une base industrielle encore faible et ne correspondait donc pas aux critères permettant le socialisme tel que définit par Marx. La NEP devait également rassurer les pays occidentaux capitalistes. La NEP atteint les résultats escomptés en permettant à l'économie de se relever des conséquences désastreuses de la guerre. La famine rampante disparut virtuellement et la classe paysanne s'enrichît. Les paysans aisés sont appelés les koulaks ; dans les agglomérations, les nepmen constituent une bourgeoisie riche. Bien qu'elle fût présentée comme une mesure provisoire, la NEP fut extrêmement critiquée par une frange importante du parti bolchevique. De nombreux membres voyaient la NEP comme une trahison aux principes socialistes et voulaient un retour au plus vite à une économie intégralement planifiée. Il semble qu'à sa mort Lénine considérait que la NEP devrait être maintenue, tout du moins n'a-t-il jamais fixé, ni même évoqué, la date de son arrêt. Ainsi, à l'approche de sa succession, les oppositions au sein du Politburo se cristallisèrent autour de la NEP.

La succession de Lénine (1922-1929)

Dès 1922, la santé de Lénine décline suite à des attaques cérébrales, conséquences d'un attentat dont il fut victime en 1918. La lutte pour sa succession aboutira à l'accession au pouvoir suprême de Staline, ayant appartenu au premier cercle d'adhérents au parti (entrée en 1904), bien que Lénine ne l'appréciait plus beaucoup, déclarant même dans son « testament » (mars 1923) qu'il fallait démettre de ces fonctions cet homme « trop brutal ». L'ascension de Staline débute avec sa nomination au poste-tremplin de secrétaire général du parti le 3 avril 1922, fonction conciliatrice obtenue grâce à son effacement (peu de prises de position), ses relations de longue date, son dévouement, et sa loyauté au Parti. Face à lui il rencontre rapidement l'opposition de Léon Trotsky, fondateur charismatique de l'Armée rouge, ayant acquis dès 1902 l'estime de Lénine mais aussi adhérent tardif au parti bolchévique (1917) ayant été proche des mencheviks. Alors que Trostky développa tôt une doctrine divergente de celle de Lénine et n'hésita pas à s'opposer à lui, Staline se présenta toujours comme un loyal serviteur du grand révolutionnaire ne l'ayant jamais contredit. Pour évincer du gouvernement Trotsky, Staline s'associe en 1923, du vivant de Lénine, à Lev Kamenev, ayant lui aussi adhéré en 1905, et à Grigori Zinoviev, haut dirigeant du Komintern, ami intime de Lénine depuis 1905 convaincu d'être son légitime successeur et ayant lui aussi proposé un temps l'alliance avec les menchéviks. En 1926, après la mort de Lénine en 1924, Zinoviev et Kamenev décident de rompre avec Staline pour se rapprocher de Trotski avec lequel ils partagent une doctrine commune : exportation de la révolution d'essence mondiale et abandon de la NEP. Cette « troïka des purs » forme l'opposition de gauche à Staline, qui réagit tactiquement en se rapprochant - sans conviction profonde - de l'opposition de droite favorable à la NEP et à une réalisation du socialisme d'abord sur le sol russe puis à l'extérieur (Boukharine, Alexeï Rykov et Mikhaïl Tomsky). Il s'appuie sur cette aile droite pour exclure du Parti en 1927 ses trois grands opposants de l'aile gauche. Le 17 novembre 1928, une fois assuré que les partisans de l'opposition de gauche ont été réduits au silence (par l'exclusion, la force, l'emprisonnement, l'exil), il se retourne contre Boukharine, Rykov, et Tomsky qu'il exclut du bureau politique et démet de leurs fonctions respectives de président du Komintern, chef du gouvernement, et dirigeant du Profintern. Staline, seul maître à bord, n'hésite pas dès lors à adopter la mesure-phare prônée par l'ancienne opposition de gauche devenue impuissante : l'abandon de la NEP. Cette réorientation s'accompagne d'une relégitimisation de façade. Ainsi, en 1928, Kamenev est rétabli, il en va de même pour Zinoviev en 1929, mais Trotsky, toujours populaire, est expulsé la même année. Kamenev et Zinoviev furent finalement exécutés le 5 août 1936, Boukharine et Rykov en mars 1938, et Trotsky assassiné le 21 août 1940 dans son exil au Mexique. Après avoir réussi à éliminer politiquement (puis physiquement) toute opposition au sein du parti, Staline devint le dirigeant suprême de l'Union soviétique de 1927 à 1953, année de sa mort. Du point de vue politique, ce fut une période de dictature totalitaire.

Collectivisation et Planification économiques (à partir de 1929)

Abandon de la NEP
Affiche des années 1930 « Viens camarade rejoindre notre kolkhoze ! » Staline ne forgea pas immédiatement sa doctrine au sujet de la NEP. Sans doute est-il exact de dire que ses changements d'opinion tenaient plus de la tactique politique que de la doctrine, ce qui lui permit de se débarrasser des uns et des autres. En définitive, la « richesse » des Nepmen et des Koulaks l'amena à les considérer comme une nouvelle classe capitaliste rendue responsable de l'augmentation du chômage et de l'inflation. Staline finit par se forger une doctrine qui excluait l'économie de marché tout en se concentrant sur le développement économique et industriel du pays.
La collectivisation des campagnes et la dékoulakisation
À partir de 1929, Staline décide de supprimer la propriété privée dans les campagnes : le bétail, les outils, les terres doivent être mis en commun. Les moyens de production agricole sont regroupés dans les kolkhozes ou dans des sovkhozes. Cette collectivisation forcée provoque des résistances : plutôt que donner leurs troupeaux, les paysans les abattent pour les consommer immédiatement. Face à ces émeutes, Staline accorde à chaque kolkhozien un lopin de terre. Les koulaks doivent être éliminés en tant que classe. Entre 1929 et 1935 plus de deux millions de paysans sont déportés et plusieurs millions meurent de faim, surtout en Ukraine et dans le sud de la Russie (voir : Holodomor). Leurs biens sont confisqués.
La planification de l'économie
Il s'agissait de prévoir les activités économiques selon des plans quinquennaux et qui fixaient les objectifs obligatoires de production. Ces plans quinquennaux donnaient la priorité aux industries lourdes en laissant de côté les industries de consommation.
L'industrialisation de l'URSS
Ouvrier et kolkhozienne. Sculpture de Véra Moukhina. 1937 La Russie du début du était une puissance économique nouvelle et en essor, mais encore très rurale et agricole. Staline voulait développer l'industrie lourde et faire de l'URSS une puissance économique majeure. Les moyens utilisés sont ceux d'une économie planifiée et centralisée et d'une organisation politique totalitaire :
- quotas extrêmement durs à remplir : les mineurs travaillaient de 16 à 18 heures par jour,
- sanctions dures en cas de non réalisation des quotas, pouvant aller jusqu'à l'accusation de trahison,
- utilisation de la main d'œuvre gratuite des prisonniers des goulags. Ils construisent des barrages (sur le Dniepr), des canaux (entre la mer Baltique et la mer Blanche ; canal Moscou-Volga ; canal Volga-Don). Les villes de Vorkouta, Norilsk, Komsomolsk, Bratsk, Balkhach et Magadan sont construites par les détenus.
- création de combinats industriels en Ukraine, dans l'Oural et en Sibérie.
- sanctions contre les « mauvais » ouvriers : instauration du livret ouvrier dès 1938 qui comptabilisait les retards et les absences. Selon certaines estimations, 127 000 travailleurs payèrent de leur vie la mise en place du premier plan quinquennal (de 1928 à 1932). Par ailleurs, l'allocation prioritaire des ressources à l'industrie, les exportations forcées de céréales pour financer des importations de biens d'équipement, combinées à la diminution de la productivité agricole, provoquèrent de nouvelles famines : la famine de 1932-1933, la dernière grande famine européenne, cause près de 6 millions de morts. Le plan quinquennal fut cependant « bouclé » officiellement en 4 ans. De 1928 à 1932, la production de charbon avait doublé, celle de l'acier avait triplé. Bilan de la politique économique en 1939 En dix ans, l'URSS a accompli un bond remarquable du point de vue industrialisation au détriment de la production insuffisante de biens de consommation et d'un niveau de vie médiocre de la population. Suite au second plan quinquennal, la production d'acier a grimpé à 18 millions de tonnes, celle de charbon à 128 millions de tonnes. Avant son interruption par la guerre, le troisième plan avait permis d'atteindre 18 millions de tonnes d'acier et 150 millions de tonnes de charbon. Certains estiment que sans cette industrialisation forcée, le dénouement de la Seconde Guerre mondiale aurait été différent.

La dictature de Staline (1929-1953) et son culte de la personnalité

Staline mit en place un système totalitaire sur lequel il régnait en despote absolu et reposant sur deux piliers : la propagande, mettant en œuvre un véritable culte de la personnalité (il était appelé le « petit père des peuples » - l'expression « petit père » étant d'un usage ancien et commun en Russie, notamment utilisée par les serfs envers leur seigneur) et la répression, s'appuyant notamment sur le NKVD, police politique toute puissante. Selon certaines estimations, entre 1921 et 1954, 3, 7 millions de personnes furent condamnées pour des crimes « contre-révolutionnaires » bidonnés ; parmi eux, 600 000 furent condamnés à mort, 2, 4 millions emprisonnés ou envoyés dans des camps de travail (les Goulags), et 800 000 condamnés à l'expatriation. Le haut encadrement de l'Armée rouge ne fut pas plus épargné (affaire Toukhatchevsky) et subit une épuration qui devait affaiblir l'URSS pendant le début de la Seconde guerre mondiale. Voir les articles détaillés Stalinisme, Histoire de l'URSS sous Staline

La Seconde Guerre mondiale - La Grande Guerre patriotique

L'industrialisation à marche forcée contribua à la victoire de l'URSS sur l'Allemagne pendant la Seconde Guerre mondiale (connue, en Union Soviétique et en Russie, comme la « Grande Guerre patriotique »). L'Armée rouge réussit à arrêter l'avance à l'Est des armées du Reich, notamment grâce à la victoire de Stalingrad août 1942-février 1943. Signalons simplement les principales phases de la « Grande Guerre Patriotique ». D'abord débordée et surprise par le choc de l'attaque allemande du 22 juin 1941, l'armée rouge perd hommes, matériels et laisse la Wehrmacht occuper d'immenses territoires en quelques mois (Pays baltes, Biélorussie, Ukraine). Pour beaucoup la guerre semble gagnée par l'Allemagne au début de l'automne 41. Pourtant plusieurs facteurs vont stopper net l'offensive allemande et permettre la première contre-offensive soviétique. D'abord, et malgré les apparences, l'attaque allemande coûte cher à la Wehrmacht. Début décembre elle a déjà perdu autant d'hommes que lors de toutes les campagnes précédentes. De plus, son matériel (chars, etc.) n'est pas remplacé facilement de sorte qu'au fur et à mesure ses meilleures divisions s'affaiblissent. Son équipement n'est pas adapté à la guerre en Russie : ses camions s'enlisent dans la boue dès octobre, ses moteurs sont sensibles au froid, les hommes ne sont pas habillés pour affronter l'hiver, etc. ... Enfin elle a sous-estimé l'armée rouge qui se reprend très rapidement malgré les premiers mois éprouvants. De sorte qu'en décembre 41 les Allemands sont incapables de prendre Moscou et subissent une contre-offensive les obligeant à reculer de plusieurs centaines de kilomètres, contre-offensive qui cependant s'épuise et s'arrête au printemps 42. Certains historiens estiment même que le vrai tournant de la guerre à l'Est date de décembre 41. Cependant l'armée allemande reste relativement forte, l'armée rouge n'a pas encore déployé toute sa puissance. L'enjeu pour Hitler va être alors de terminer au plus vite la guerre à l'Est, avant que l'armée rouge ne puisse définitivement inverser le rapport de force. C'est l'enjeu de la campagne de 1942 avec deux objectifs : conquérir le Caucase et rejoindre Rommel au Moyen-Orient ; repousser les Soviétiques au-delà de la Volga et prendre Moscou à revers. Les premiers mois de l'offensive semblent favorables à Hitler. Pourtant le plan aboutit à une situation stratégiquement mauvaise pour les Allemands : ils divisent leurs forces en deux groupes (un groupe pour le Caucase, un pour Stalingrad sur la Volga) et de fait créent deux groupes militaires incapables à terme de remporter leurs objectifs. Ils sont arrêtés nets dans le Caucase, stoppés à Stalingrad dans laquelle s'engage une bataille de rues. Enlisée dans Stalingrad la VIe armée est encerclée par une attaque soviétique fin 42. Un long siège commence pour cette armée qui coupée du reste de la Wehrmacht s'effondre peu à peu affamée, frigorifiée, soumise à une pression de plus en plus forte des Soviétiques. Le 31 janvier 43 Von Paulus se rend, marquant le début d'une contre-offensive soviétique qui, malgré l'intermède de la bataille de Koursk (juillet 43), ne s'arrêtera qu'à Berlin en avril 45. Quoique l'Union soviétique ait reçu d'importantes aides en armes et matériel des États-Unis, sa production de matériel de guerre était plus importante que celle de l'Allemagne du fait de l'importante augmentation de la production industrielle entre les deux guerres. Durant l'invasion allemande, de nombreuses industries seront transférées à l'Est de l'Oural.

Le pacte germano-soviétique et le déclenchement de la guerre

Afin d'assurer l'influence soviétique sur l'Europe de l’Est, Staline conclut, le 23 août 1939, le pacte Molotov-Ribbentrop avec l'Allemagne nazie. Il s'agissait d'un pacte de non-agression qui contenait une annexe secrète attribuant l'Est de la Pologne, la Lettonie, l'Estonie, la Bessarabie et la Finlande à l'Union soviétique, tandis que l'Ouest de la Pologne et la Lituanie étaient attribués à l'Allemagne. L'Allemagne envahit la Pologne le 1 septembre, l'Union soviétique suivant le 17. La Finlande ayant rejeté les prétentions territoriales de l'URSS, celle-ci tente d'envahir la Finlande le 30 novembre : c'est le début de la guerre d'Hiver. La campagne fut difficile, mais par une paix signée à Moscou le 12 mars 1940, l'URSS obtenait l'annexion de la Carélie. Suite au déclenchement de cette guerre, l'URSS avait été expulsée de la Société des Nations le 14 décembre 1939.

Opération Barbarossa

Le 22 juin 1941, l'Allemagne rompit le pacte de non-agression et attaqua l'Union soviétique, Staline ayant refusé de prêter attention aux mises en garde de ses agents et de Churchill qui était renseigné grâce au cassage du code de la machine « Enigma » qui chiffrait les communications militaires allemandes. L'invasion nazie prit l'URSS par surprise et dans un état de relative impréparation. Certains historiens estiment que les Grandes Purges des années 1936-1938, au cours desquelles 40 000 officiers auraient été emprisonnés ou liquidés, ne sont pas étrangères aux premières difficultés de l'Armée rouge. Les troupes du Reich atteignirent les environs de Moscou en décembre 1941, mais avaient atteint leur extension maximale, des troupes devant aller consolider le flanc sud de l'attaque.

Le tournant de la guerre

L’Armée rouge à Berlin dresse le drapeau sur le Reichstag Le tournant de la campagne fut la bataille de Stalingrad en 1942 et 1943 : l'Armée rouge remporta la victoire après avoir perdu un million d'hommes. Elle avait dès lors repris l'initiative, surtout après la bataille de Koursk en juillet 1943, et commença à regagner du terrain sur l'armée allemande. En avril 1945, l'Armée rouge pénètre dans Berlin; le 30 avril Adolf Hitler se suicide; le 2 mai, le drapeau rouge flotte sur le Reichstag et la capitulation sans condition est signée le 8 mai.

L'impact et les suites de la guerre

L'URSS supporta l'essentiel de l'effort de guerre sur le théâtre d'opérations européen jusqu'à ce que les Alliés ouvrent un second front en Europe suite au débarquement en Sicile, en 1943, et en Normandie en 1944. À la fin de la guerre, on estime qu'environ 20 millions et demi de Soviétiques y avaient perdu la vie, parmi lesquels 12 millions de civils. S'ajoute à cela des destructions matérielles importantes, ayant provoqué une diminution de 25 % du PIB. Ceci explique peut-être partiellement l'attitude des soviétiques après la guerre, déterminés à punir les peuples ayant collaboré avec l'Allemagne et à occuper d'importants territoires. Des millions de Lituaniens, Lettons, Géorgiens, Ukrainiens et autres minorités ethniques furent massivement déportés dans des goulags en Sibérie, ou dans des zones reculées pour limiter leurs contacts avec l'Ouest. Pendant et après la guerre, les négociations entre les Alliés aboutirent à la mise en place de deux zones d'influence, suivant les accords de Yalta et de Potsdam. L'Union soviétique mit en place des régimes dits de «Démocraties populaires» dans les pays d'Europe centrale (y compris dans la partie de l'Allemagne sous son contrôle), dans lesquels elle implanta des gouvernements communistes qui lui étaient dévoués. La ligne frontière séparant cet ensemble de pays, de l'Europe occidentale affiliés aux États-Unis, fut nommée «Rideau de fer», qui constitue un des éléments à l'origine de la Guerre froide.

L'après guerre

La guerre froide

Depuis 1945 et quasiment jusqu'à sa chute, l'Union soviétique sera opposée aux États-Unis dans ce qu'on appellera la guerre froide, chacun des protagonistes essayant d'augmenter sa sphère d'influence au détriment de l'autre, et souvent des pays concernés. L'URSS avait réuni, dans tout l'Est de l'Europe, un ensemble de pays satellites (Tchécoslovaquie, République démocratique allemande, Hongrie, Pologne, Roumanie, Bulgarie, Albanie). Ces pays étaient regroupés au sein du Pacte de Varsovie. Les États-Unis avaient formé, avec l'Europe de l’Ouest et le Canada, l'Organisation du traité de l’Atlantique Nord (OTAN). Outre l'Europe, l'URSS et les États-Unis s'opposaient, souvent par « mouvements de libération » interposés, dans divers endroits du monde, notamment en Amérique du Sud et en Afrique.

La succession de Staline (Khrouchtchev)

Après la mort de Staline en mars 1953, Nikita Khrouchtchev devint premier secrétaire du Comité central du Parti tandis que Gueorgui Malenkov devient Premier ministre. Beria, le chef du NKVD, qui pouvait prétendre à la succession est arrêté en juin 1953 et exécuté peu de temps après, en décembre 1953. La nouvelle direction du pays déclara une amnistie pour certaines catégories de prisonniers et relâcha quelque peu le carcan qui enserrait les libertés publiques. Khrouchtchev consolida peu à peu son pouvoir personnel et pendant le 20 congrès du Parti communiste, il prononça, le 25 février 1956, un discours sur « le culte de la personnalité et ses conséquences » au cours duquel il dénonça le culte de la personnalité entretenu par Staline ainsi que la dictature qu'il avait fait subir à l'URSS et les crimes de cette période. L'impact de ce discours fut immense et détruisit la légitimité des staliniens qui lui étaient encore opposés. S'ensuivirent de nouvelles mesures de démocratisation de la vie publique, la libération de dissidents, et la mise en place d'une économie plus favorable aux biens de consommation par rapport aux plans quinquennaux précédents. La même année, les troupes soviétiques réprimèrent dans le sang la révolution hongroise : de 25 000 à 50 000 Hongrois et 7 000 soldats de l'Armée soviétique perdirent la vie, tandis que près de 250 000 Hongrois quittaient le pays. Cet événement fut, pour l'opinion occidentale favorable à l'Union soviétique et au communisme, un premier choc sérieux. Khrouchtchev dut encore se défendre en mai 1957 contre les menées de staliniens. Ainsi, la vieille garde stalinienne, constituée de Kaganovich, Molotov, Malenkov et Shepilov, tente de démettre de ses fonctions Nikita Krouchtchev. Avec l'aide du « héros de la grande guerre patriotique » et ministre de la défense Zhukov, Krouchtchev parvient à déjouer leur plan en les présentant comme un groupe anti-parti. Il seront tous trois mis au ban de l'URSS, mais signe des temps ils ne seront pas éliminés suite à des procès aux preuves fabriquées, comme il était de mise du temps de Staline. Khrouchtchev devint enfin Premier ministre le 27 mars 1958. Il s'agit là d'un grand tournant dans l'histoire de l'Union Soviétique. En effet, la victoire de ce « groupe anti-parti » aurait permis le maintien jusqu'au début des années 1990 à la tête de l'Union Soviétique d'une ligne intransigeante interdisant tout desserrement de l'étau de l'État sur le peuple. La période de 10 ans qui suivit confirma cette nouvelle tendance : le pouvoir politique avait pris le pas sur la coercition pure et simple, le parti reprenant le rôle premier par rapport à la police secrète et à l'armée. Au cours de cette période, également, l'URSS confirma sa place de super puissance et défiait les États-Unis, souvent sur leur propre terrain. Cuba, pays socialiste supporté par l'URSS, devint le centre de cette opposition lors de la Crise des missiles de Cuba en octobre 1962. En 1957, les soviétiques envoyèrent dans l'espace le premier satellite artificiel, Spoutnik et le premier être vivant dans l'espace, Laïka. En 1961, Youri Gagarine, fut le premier homme dans l'espace, et en 1963, Valentina Terechkova la première femme. Sans doute partiellement à cause de l'affaire des missiles et d'une politique trop défavorable à la nomenklatura, Khrouchtchev fut déposé lors d'une réunion du Comité Central du Parti le 13 octobre 1964.

Stagnation politico-économique sous Brejnev.

Suite au départ de Khrouchtchev, Brejnev devient premier secrétaire du parti, Alexeï Kossyguine premier ministre et Anastase Mikoyan chef de l’État, rapidement remplacé par Nikolaï Podgorny (on parle alors de la « troïka » pour désigner ces trois personnages détenteurs du pouvoir d'État ; mais Brejnev ne tardera pas à en concentrer l'essentiel de la réalité). Sous Brejnev, le régime soviétique se durcit à nouveau. La police politique (le KGB), dirigée par Iouri Andropov, retrouve une grande partie du pouvoir dont elle avait joui sous Staline. Cependant, Andropov n'imitera pas les excès répressifs de cette époque. Une des crises les plus graves de l'époque de Brejnev fût celle du Printemps de Prague en 1968, lorsque les tentatives de la Tchécoslovaquie d'introduire un « socialisme à visage humain » sont finalement réprimées par l'Armée soviétique, sans toutefois les excès de la répression de la révolution hongroise. Sur le plan international, le gouvernement de Brejnev fut marqué par un certain relâchement de la tension avec les États-Unis, avec notamment la signature de traités de limitation des armes et le traité d'Helsinki. En décembre 1979, Brejnev intervint en Afghanistan pour soutenir le régime communiste en place. Cet événement mit un coup de frein à la détente, provoquant un embargo par les États-Unis, une pénurie de fourniture d’armements aux moudjahidines et le boycott des Jeux Olympiques de Moscou en 1980. En mars 1982, Brejnev fit une crise cardiaque qui le diminua considérablement. À partir de ce moment, il ne remplît que partiellement ses fonctions jusqu'à sa mort en novembre.

Perestroïka et glasnost : Mikhaïl Gorbatchev et la chute de l'Union

Après la rapide succession de Iouri Andropov (1982-1984) et de Konstantin Tchernenko (1984-1985), Mikhaïl Gorbatchev, un jeune et énergique dirigeant de 53 ans, devint premier secrétaire du Parti. Mikhaïl Gorbatchev et Ronald Reagan signent un accord de désarmement en 1987. Constatant la déliquescence du pays et de son économie, Gorbatchev tente tout d'abord de sortir son pays de l'impasse que devient la guerre froide. En effet, Ronald Reagan avait lancé un réarmement massif des États-Unis en orientant sa recherche et ses investissements vers des types d'armement à très haute valeur technologique, entraînant ainsi l'URSS, sous peine d'obsolescence, dans une course rapide qu'elle ne pouvait que perdre vu son retard technologique et son économie en grave crise. Gorbatchev initia donc avec Reagan une série d'initiatives qui aboutirent à une détente certaine et à la signature d'accords de désarmement. Gorbatchev obtint le prix Nobel de la Paix pour ces efforts en 1990. Cette époque fut marquée par la chute du mur de Berlin. Se débarrasser de cette contrainte externe n'était cependant pas suffisant, et sans abandonner le dogme central du socialisme, Gorbatchev lança la Glasnost (« transparence », politique d'informations libres) et la Perestroïka (« restructuration », nouvelle politique sociale et économique), avec trois principaux objectifs :
- Rendre l’économie plus performante en adoptant la propriété privée ;
- Démocratiser le système politique en favorisant le pluralisme politique ;
- Limiter l’armement qui revient trop cher au budget. Alors que tous les prisonniers politiques détenus par le gouvernement sont libérés, la « glasnost » est également marquée par le retour de la liberté d’expression : on voit des humoristes caricaturer Gorbatchev. Il cherche par là une voie intermédiaire entre les « traditionalistes » attachés au régime (la nomenklatura) et les « réformistes », tels Boris Ieltsine qui lui reprochent la lenteur des réformes. Pourtant il était trop tard, et Gorbatchev ne réussit pas à corriger les failles qui minaient l'état depuis des décennies. Mais les problèmes économiques sont mal résolus. La privatisation des grandes entreprises se fait au bénéfice des privilégiés de la « nomenklatura ». L’inflation se développe : la « glasnost » est un échec. Le 26 mars 1989, Gorbatchev crée une nouvelle Assemblée législative : le Congrès des députés du peuple dont les deux-tiers sont des membres élus au suffrage universel, à bulletin secret, sur candidatures multiples. Les premières élections législatives montrent l’échec des candidats de Gorbatchev et l’émergence des réformateurs et des nationalistes. Son gouvernement apparaît trop modéré pour des réformateurs, partisans d’une économie libérale, et trop réformateur pour ceux qui souhaitent un retour au communisme. En juin 1990, Boris Eltsine, Président du Soviet Suprême de la Fédération de Russie déclara la souveraineté de la Russie et démissionna du parti communiste. En août 1991, un putsch mené par des membres du gouvernement opposés aux réformes montra à quel point la position de Gorbatchev s'était fragilisée. Le complot échoua en partie grâce à l'intervention de Boris Eltsine, qui confirma de ce fait sa position de chef de file des réformistes. Au cours de l'automne 1991, tandis que les républiques constituantes de l'URSS proclamaient, l'une après l'autre, leur indépendance sans que Gorbatchev ait la possibilité de s'y opposer par la force, le gouvernement russe prit peu à peu l'ascendant, reprenant les fonctions auparavant assurées par l'Union. Ainsi, Gorbatchev tout en étant président de l'Union soviétique perdait rapidement prise. On disait à l'époque que l'Union soviétique se limitait aux murs du Kremlin. En novembre 1991, le président russe Boris Eltsine publia un décret qui interdisait le Parti communiste d'Union soviétique sur le territoire de la Fédération de Russie. Le 8 décembre 1991, les chefs de la Russie, de l'Ukraine et de la Biélorussie publièrent une déclaration selon laquelle l'Union soviétique était dissoute et remplacée par la Communauté des États indépendants (CEI). Gorbatchev était encore président, mais sans pays, son pouvoir ne signifiait plus rien. Le 25 décembre 1991, Gorbatchev remit sa démission en tant que président de l'Union soviétique. Le jour suivant, l'Union soviétique était officiellement dissoute.

Communauté des États indépendants

La Communauté des États indépendants, créée en décembre 1991, a comme membres les républiques suivantes : Arménie, Azerbaïdjan, Biélorussie, Kazakhstan, Kirghizstan, Moldavie, Ouzbékistan, Russie, Tadjikistan, Turkménistan, Ukraine et Géorgie. Il s'agit d'une union dont le projet ressemble à celui de l'Union européenne sans que celui-ci ait beaucoup avancé.

Système politique

L'URSS fut un État fédéral, basé sur le centralisme démocratique regroupant quinze Républiques soviétiques. Le système politique, très hiérarchisé, reposait en droit sur le Conseil des ministres (Sovet ministrov), censé détenir le pouvoir exécutif, et le Parlement (Soviet suprême, Verkhovny Sovet) censé détenir le pouvoir législatif. En pratique, la séparation des pouvoirs n'était pas respectée, car un seul parti politique fut autorisé, le Parti communiste de l'URSS (PCUS), qui de fait concentrait tous les pouvoirs et contrôlait l'État, tous les hauts fonctionnaires étant dans les rangs supérieurs du Parti. Cette organisation fit la singularité de l'Union soviétique. Le Parti était censé exercer la dictature du prolétariat tel que le marxisme-léninisme l'avait conçu. En principe, le Parti était ouvert à tout citoyen qui « n'exploite pas le travail des autres, accepte le programme et les règles du Parti, travaille dans une organisation du Parti et soutient toutes ses décisions », cependant l'adhésion au parti était longue, accompagnée de multiples enquêtes, et finalement élitiste. Ainsi, dans les années 1980, 6 % des 265 millions d'habitants étaient membres du PCUS, ce qui était loin de conférer la représentativité du peuple tant affichée. Celui-ci compta quelque 200.000 fonctionnaires à plein temps, les apparatchiki, les « hommes de l'appareil ». La structure du Parti doublait la structure de l'État : si à chaque niveau il y avait des organes étatiques qui semblaient exercer le pouvoir, ces organes étaient contrôlés par le PCUS, et donc par son responsable à chaque niveau, lequel prenait ses ordres de l'échelon supérieur, jusqu'à arriver au secrétaire général du Parti, poste rendu par Staline le plus important de toute l'Union soviétique. Au sommet de l'État se situaient donc le Soviet suprême, avec son organe exécutif, le Præsidium, ainsi que la Cour suprême et le Procureur de l'Union soviétique. Ces trois magistratures étant en principe sous le contrôle des deux chambres législatives. Le Conseil des ministres supervise une quantité de commissions et de services, dont le nombre et les attributions changent à intervalles, mais qui sont des organes plus importants que les ministères des Républiques. Au sommet du Parti, le Secrétaire général, dont le titre est modeste mais le pouvoir beaucoup plus grand que celui du Président du Praesidium du Soviet suprême de l'Union soviétique dont le titre est purement honorifique, et plus grand que celui du Président du Conseil des ministres (Premier ministre) de l'URSS. Au-dessous de lui, par ordre d'autorité décroissante viennent le Politburo, le Secrétariat et le Comité central. Au-dessous encore le Congrès du PCUS, puis les Comités centraux, les Secrétariats et les Conférences provinciales représentent l'échelon suivant. Un degré plus bas viennent les Comités, Secrétariats et Conférences de district. Enfin, constituant la base de la pyramide, les secrétariats, bureaux et cellules locales. Le Parti déterminait la politique à suivre que l'État devait exécuter. La tâche des fonctionnaires du gouvernement consistait à mettre en application les décisions du Parti, c'est-à-dire du Politburo et du Comité central. Cette méthode avait un avantage : contrairement à ce qui se passa en Occident, ceux qui font la politique sont ainsi déchargés des besognes de routine. Nikita Khrouchtchev a été le premier chef soviétique à cumuler les titres du Premier secrétaire du PCUS et celui du président du Conseil des ministres de l'URSS. Quant à Léonid Brejnev, il fut en même temps Premier secrétaire (depuis 1966, secrétaire général) du PCUS et président du Praesidium du Soviet suprême de l'URSS (de 1960 à 1964 et de 1977 à 1982). En 1990, Gorbatchev sera le premier et dernier dirigant soviétique à prendre le poste de Président de l'URSS.

Économie

À la veille de la Révolution d’Octobre, l'économie de l'Empire russe était archaïque D'après Marc Ferro, La Révolution de 1917, 1967, p. 36.. La valeur de la production industrielle en 1913 représente moins de la moitié de celle de la France, un sixième de celle de l'Allemagne, ou un quatorzième de celle des USARené Girault et Marc Ferro, De la Russie à l'URSS, 1989.. Le rendement agricole reste médiocre, la pénurie de transport paralyse toute tentative de modernisation économiqueMarc Ferro, La Révolution de 1917, op. cit., p. 39.. Le PIB par habitant est alors inférieur à celui de la Hongrie ou de l'Espagne de l'époque, et environ un quart de celui des USA3 593 dollars par habitant en Russie en 1913, 13 327 aux USA.. Surtout, le pays est dominé par les capitaux étrangers, qui possèdent un tiers des actions en Russie. L'URSS est devenue au une puissance économique majeure. De 1928 à 1991, le développement économique fut guidé par une série de plans quinquennaux. L’URSS devint une des trois premières productrices d'un grand nombre de produits industriels, mais restait en retard dans l'industrie légère, les biens de consommation, et l'agriculture. L'économie soviétique était gérée par le Gosplan (la Commission de Planification d'État), la Gosbank (la Banque d'État) et le Gossnab (Commission d'État pour la fourniture en matériaux et équipements), au moyen d'indicateurs comme le Produit matériel net. L'économie soviétique fut basée sur la propriété d’État, mais il existait quelques autres formes juridiques de propriété dites « collectives » telles que le kolkhoze (ferme collective) et la coopérative.

Bilan économique - l'impasse de l'économie planifiée

L'entre-deux-guerres et l'après guerre furent des périodes de croissance économique importante que certains attribuent, pour une bonne part, au mariage de la planification et du travail forcé. Entre 1913 et 1989, le revenu par habitant est multiplié en Russie par 4, 6, contre 3, 3 en Grande-Bretagne, 3, 8 aux USA, 5, 1 en France ou 5, 4 en AllemagneSeurot, Les Causes économiques de la fin de l'Empire soviétique, PUF, 1989.. Lorsque la croissance se ralentit vers les années 1960, cela fut considéré comme un phénomène provisoire. Les responsables de la planification avaient été incapables de prévoir les problèmes économiques, et le concept même d'économie planifiée ne semblait pas pouvoir fonctionner dans le cadre d'une économie moderne et changeante, spécialement lorsque l'administration de la planification est confiée à une bureaucratie sclérosée et une nomenklatura plus attachée à ses privilèges qu'au service de l’État. Le complexe militaro-industriel représentait une part gigantesque de l'industrie. Le maréchal Nikolaï Orgakov avait publié, à partir de 1979, une série d'articles, dans la presse du parti communiste, qui expliquaient de façon alarmiste, que les américains avaient une et même deux générations d'avance en électronique et en informatique, et sans possibilité de pouvoir les rattraper.

Bilan technologique : quelques réalisations majeures au service du prestige national

Forces militaires

Char T-72 Autant le bilan social et sanitaire était catastrophique, autant le bilan militaire était florissant :
- Au niveau des armements nucléaires, l'URSS a atteint et maintenu la parité avec les États-Unis, dès la fin des années 1970.
- Ses chercheurs et ses ingénieurs ont mis au point entre 1965 et 1976 deux fois plus d'armes et de systèmes de destruction et de protection que les États-Unis.
- Ses forces armées totalisèrent 5 millions de combattants actifs et 25 millions de réservistes entraîné et représentait la plus vaste armée en temps de paix du siècle.
- L'armée soviétique était capable d'aligner 50 divisions susceptibles d'être engagées sans délai et 30 autres mobilisables dans de brefs délais. Elle fut totalement motorisée et constamment rééquipée en fonction de l'innovation technologique, en chars, canons, véhicules de transport et systèmes de communication.
- Elle disposa de la plus grande flotte aérienne de tous les temps, de la plus grande flotte de sous-marins nucléaires du monde, et d'une flotte de navires de surface largement supérieure en tonnage à celle des États-Unis, à l'exception des porte-avions. Le complexe militaro-industriel soviétique représentait entre 1985 et 1990 :
- plus de 14 millions d'employés
- 6 000 entreprises L'industrie de défense proprement dite absorbait durant les années 1970/1980 20 % du revenu national, 8 % du Produit intérieur brut et 47 % des dépenses publiques pour les besoins de l'Armée soviétique. La production d’armes soviétiques était la plus importante du monde. En 1981 : 2 500 chars, 3 500 canons, 1 700 avions de combat, 750 hélicoptères, 9 sous-marins, 475 missiles balistiques (IRBM, ICBM). Après la chute de l'URSS en 1991, c'est l'Armée russe qui hérita de la quasi totalité de l'équipement de l'Armée rouge en particulier l'arsenal nucléaire et les différentes flottes. Voir aussi : Armée russe, VVS, Marine soviétique

Nationalités en URSS

Démographie

FAO, 2005). Population en milliers d'habitants. Lors de l'après-guerre, la population a connu une diminution importante de la mortalité, qui s'est toutefois interrompue dès les années 1970. Vers la fin de la période, il existe en outre une différence notable entre une population russe et ukrainienne à croissance faible, et des peuples « allogènes » (principalement turcophones) à forte natalité.

L'URSS et les principes socialistes

La difficulté de la question est liée au fait que le terme « socialisme » a pu décrire des mouvements très divers et souvent en opposition sur ce qui constitue le « vrai » socialisme. En fin de compte, la question des rapports entre l'URSS et le socialisme dépend de la façon dont on définit le socialisme. Parmi ceux qui se réclament du socialisme, il existe trois visions de l'URSS :
- pour les staliniens, c'était un « État socialiste » ;
- pour Trotsky et la majorité des trotskystes, à partir de 1927 c'était un « État ouvrier dégénéré » ;
- pour les communistes démocratiques, les luxembourgistes, les situationnistes, les anarchistes, les bordiguistes et certains trotskystes (Natalia Sedova, Grandizo Munis, Tony Cliff…), c'était un « capitalisme d'État » : c'est-à-dire qu'il s'agissait d'une économie capitaliste avec un exploiteur unique, la bureaucratie d'État. Pour expliquer le fait que l'URSS aurait tourné le dos aux principes du socialisme, des éléments sont avancés :
- La Russie n'avait jamais connu de vraies expériences démocratiques.
- Le détournement du concept de dictature du prolétariat : Léon Blum déclare en décembre 1920 que « la situation en Russie, ce n'est pas la dictature du prolétariat, mais la dictature sur le prolétariat » ; Herman Gorter écrit à Lénine en mars 1921 « vous vouliez la dictature du parti, c'est-à-dire de quelques chefs ».
- L'absence de révolutions « socialistes » dans d'autres pays d'Europe et du monde, condamnant l'URSS à l'isolement.
- Le faible développement de la Russie en 1917, notamment la faiblesse du prolétariat.
- Le contexte des premières années, avec la guerre civile et les attaques militaires venues d'autres pays.
- L'interdiction du débat démocratique en Russie par les bolcheviks. Rosa Luxemburg estimait en septembre 1918 que « sans une liberté illimitée de la presse, sans une liberté absolue de réunion et d'association, la domination des larges masses populaires est inconcevable ».
- L'autoritarisme des bolcheviks et du léninisme. A l'inverse, certains intellectuels tels Alexandre Zinoviev ont affirmé que la réalité soviétique était la conséquence des principes du socialisme dans sa forme marxiste étatique. Selon une telle vision, la centralisation de l'économie ayant pour corollaire nécessaire celle du pouvoir, le culte de Staline ne serait alors que l'exemple extrême et la conséquence logique de la concentration du pouvoir, monopolisé successivement par un seul parti (1917), puis par un seul courant au sein du parti (1921), enfin par un seul homme. Non sans ironie, Zinoviev, se basant sur une analyse marxiste de la société soviétique, réaffirme l'idée des communistes « conservateurs » staliniens puis brejnéviens, selon laquelle l'URSS de Staline à Brejnev ne représente pas la perversion des principes socialistes mais leur aboutissement.

Codes

L'Union soviétique a pour codes :
- SU, selon la liste des codes internationaux des plaques minéralogiques ;
- .su (toujours en usage), selon la liste des Internet TLD (Top level domain) ;
- URS, selon la liste des codes pays du CIO, code inusité maintenant ;
- ???, selon la norme ISO 3166-1 (liste des codes pays), code inusité maintenant.

Notes et références

Voir aussi

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Sujets connexes
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