Le Prisonnier

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Le Prisonnier (The Prisoner) est une série télévisée britannique en 17 épisodes de 48 minutes, créée par George Markstein et Patrick McGoohan et diffusée entre le 1967 et le 4 février 1968 sur le réseau ITV. En France, la série a été diffusée à partir du 18 février 1968 sur la deuxième chaîne de l'ORTF mais sans les épisodes 13, 14 et 15, ni l'ultime épisode qui ne sera programmé que des années plus tard sur une autre chaîne. Le Village
Le Prisonnier

Le Prisonnier (The Prisoner) est une série télévisée britannique en 17 épisodes de 48 minutes, créée par George Markstein et Patrick McGoohan et diffusée entre le 1967 et le 4 février 1968 sur le réseau ITV. En France, la série a été diffusée à partir du 18 février 1968 sur la deuxième chaîne de l'ORTF mais sans les épisodes 13, 14 et 15, ni l'ultime épisode qui ne sera programmé que des années plus tard sur une autre chaîne. Le Village est celui de Portmeirion au nord ouest du Pays de Galles, créé par Sir Clough Williams-Ellis. Les styles espagnols, autrichiens, italiens et grecs sont représentés à Portmeirion.

Synopsis

Un agent secret (interprété par Patrick McGoohan) démissionne brutalement de son poste et rentre chez lui au volant de sa Lotus Seven. Alors qu'il est en train de faire ses valises dans son appartement londonien, un gaz anesthésiant est diffusé dans la pièce. À son réveil, il se retrouve dans le Village, un lieu Idyllique et esthétique habité par une communauté insulaire constituée d'une part de villageois numérotés comme lui et, d'autre part, de leurs geôliers, deux classes indifférenciables. Il sera désormais le Numéro 6 et n'aura de cesse de s'évader du Village. Curieusement, il est le seul habitant dans ce village à tenter de s'évader. Il parviendra finalement à s'échapper pour de bon dans le dernier épisode. Selon Gilles Visy, dans cet épisode "le Numéro 6 jouera métaphoriquement une partie d'échec contre l'énigmatique numéro 1 via le numéro 2. Ce n'est pas sans rappeler le chevalier du Septième Sceau qui combat la mort sur l'échiquier de la vie."

Accroche

– Où suis-je ? (Where am I?) – Au Village. (In the Village.) – Qu'est ce que vous voulez ? (What do you want?) – Des renseignements. (Information.) – Dans quel camp êtes-vous ? (Whose side are you on?) – Vous le saurez en temps utile... Nous voulons des renseignements, des renseignements, des renseignements. (That would be telling. We want Information, Information, Information!) – Vous n'en aurez pas ! (You won't get it.) – De gré ou de force, vous parlerez. (By hook or by crook, we will.) – Qui êtes-vous ? (Who are you?) – Je suis le nouveau Numéro Deux. (The new Number 2.) – Qui est le Numéro Un ? (Who is Number 1?) – Vous êtes le Numéro 6. (You are Number 6.) – JE NE SUIS PAS UN NUMÉRO, JE SUIS UN HOMME LIBRE ! (I AM NOT A NUMBER, I AM A FREE MAN!)

Distribution

-Patrick McGoohan (VF : Jacques Thébault) : Numéro 6
-Angelo Muscat : Le maître d'hôtel
-Peter Swanwick : Le superviseur

Les « Numéro 2 »

Portmeirion - Town Hall Le numéro 2, qui échouait à obtenir des renseignements du numéro 6, était remplacé et interprété par un comédien différent à chaque épisode. Toutefois, certains acteurs tiennent ce rôle à plusieurs reprises :
- :
- Le Carillon de Big Ben (The Chimes of Big Ben)
- Il était une fois (Once upon a time)
- Le Dénouement (The fallout).
- Colin Gordon :
- A, B et C (A, B & C)
- Le cerveau / Le général (The General) Trois femmes tiennent ce rôle :
- Mary Morris : Danse de mort (Dance of the dead)
- Rachel Herbert : Liberté pour tous (Free for all)
- Georgina Cookson : Le retour (Many happy returns) À noter que, pour les deux dernières, leur identité en tant que N°2 n'est révélée qu'en toute fin d'épisode.

Épisodes

   1 : L'Arrivée (Arrival)    2 : Le Carillon de Big Ben (The Chimes of Big Ben)    3 : A, B, et C (A, B, and C)    4 : Liberté pour tous (Free for All)    5 : Double personnalité (The Schizoid Man)    6 : Le Général (The General)    7 : Le Retour (Many Happy Returns)    8 : Danse de mort (Dance of the Dead)    9 : Échec et mat (Checkmate)   10 : Le Marteau et l'Enclume (Hammer Into Anvil)   11 : L'Enterrement (It's Your Funeral)   12 : J'ai changé d'avis (A Change of Mind)   13 : L'Impossible Pardon (Do Not Forsake Me, Oh My Darling)   14 : Musique douce (Living in Harmony)   15 : La Mort en marche (The Girl Who Was Death)   16 : Il était une fois (Once Upon a Time)   17 : Le Dénouement (Fall Out)

Commentaires

La série a donné lieu à des interprétations abondantes, à des fan-clubs, a suscité des sites Web, la firme d'automobiles Renault à même repris le thème du Prisonnier pour faire une publicité, et cela n'est pas étonnant tant elle utilise habilement ce que Stanley Kubrick nommait la zone fertile de l'ambiguïté. En fait, chacun peut voir dans Le prisonnier ce qu'il a envie d'y voir. Le « village » ne serait-il pas le symbole de la condition humaine, et le « Numéro 6 » le pauvre humain qui cherche, sans toujours y parvenir, à lui donner du sens ? Ce « numéro 1 » qu'on ne voit jamais (sauf au dernier épisode) n'est-il pas une allégorie de Dieu, et les « numéros deux » qui se suivent et ne se ressemblent pas une personnification, par exemple, de tous ceux qui de façon contradictoire au cours des âges ont affirmé agir en son nom ? C'est en tout cas l'une des hypothèses possibles parmi bien d'autres. Les ressorts de l'angoisse reposent sur l'absurdité du système de fonctionnement de ce village surréaliste sur lequel il n'arrive pas à agir. Proie permanente des interrogatoires du numéro 2: " Nous voulons des renseignements", il tente de lutter et de fuir pour échapper à cet univers angoissant. Cette série constitue sans nul doute une allégorie des régimes totalitaires, Numéro 6 essaie de lutter en respectant les règles. Le soir une voix s'échappe des micros disposés un peu partout dans le village pour annoncer le couvre-feu: "Plus que cinq minutes avant l'extinction des lumières." Le Numéro 6 est surveillé constamment par une quantité innombrable de caméras. Le village a un indéniable côté 1984 d'Orwell, un côté kafkaïen et carcéral. Le village est également une caricature de notre monde quotidien, un univers esthétique et ludique (téléphone sans fil, porte automatique, carte de crédits), envahi par la publicité, une cage dorée dans laquelle seul Numéro 6 semble lucide et déterminé à en sortir, les habitants se saluent d'un "Be seeing you !" traduit en français par "Bonjour chez vous!". Le numéro 2 incarne le pouvoir politique temporaire, la boule blanche représente les forces de l'ordre, cette boule nommée "le rodeur" est sans forme, impersonnelle , inquiétante à l'image d'un mirador dans un camp de concentration. Le costume noir du Numéro 6 rappelle à la fois un habit de prêtre (Patrick McGoohan devait entrer dans les ordres mais y a renoncé) et l'uniforme fasciste. Les autres habitant revêtent des costumes très colorés mais évoluent dans un système sans aucun sentiment, sans aucun amour et ont souvent des comportements très excentriques. "Le Prisonnier évoque une forme de psychose schizophrénique car l'individu lutte contre le système tout en essayant d'y échapper : " "Qu'est-ce que c'est ?" et "Qui est-ce ?" sont les deux grandes questions de la peur. La simple formulation de telles questions implique un tremblement du réel annonçant tous les fantasmes du double, tous les symptômes de la dissociation caractéristique de la schizophrénie: soit de cette décomposition de l'âme par laquelle Maupassant définit justement la peur... Mais c'est aussi un véritable éloge de la fuite. A la fin de la série, le numéro 6 s'évade pour rentrer chez lui comme toute personne qui, ayant fini sa journée de travail, retrouve son logement douillet pour se ressourcer.Gilles Visy, Université de Limoges, pour Cadrage. Patrick McGoohan avait joué dans une série d'espionnage « normale » qui avait eu un succès international : Danger man. De cette série au Prisonnier, il ne change rien : ni son appartenance initiale aux services secrets, ni sa coiffure, ni son style. Tout se passe comme si on cherchait à nous faire comprendre que le Prisonnier est John Drake, ce qui accroît l'impression de basculement du réel que la série cherche - et réussit - à donner. Pour l'anecdote, dans un épisode de Danger man (en français : Destination danger), le village-hôtel de Portmeirion est utilisé. Et aussi, le thème du double (Schizoïd Man) avait été utilisé dans Danger man. L'accroche de la série est utilisée comme introduction dans The Prisoner de Iron Maiden. La musique du Prisonnier est également reprise par The Clash dans le titre The prisoner.

Qui est numéro 1 ?

Numéro 6 suppose toujours que quelqu’un nommé « numéro 1 » est en charge du Village, mais seulement à 2 reprises dans la série quelqu’un des autorités du Village reconnait directement l’existence de "numéro 1".
- Dans la scène finale du 16° épisode (« il était une fois »), le Superviseur demande à Numéro 6, ayant censuré n°2, « Que désires-tu ? ». Quand "Numéro 6" répond: « numéro 1 », le Superviseur répond : « je t’emmènerai ».
- A la fin du 13° épisode "L'Impossible Pardon" le personnage du Colonel implore "numéro 2" : « Vous devez contacter « numéro 1 » et lui dire que j’ai fait mon devoir » Il n’est pas clairement établi si le Colonel suppose juste que le supérieur de n°2 est n°1 ou s’il a déjà rencontré n°1. Le Colonel n’est certainement pas un membre de la hiérarchie du Village et n’a pas de numéro. L'incapacoté de Numéro 6 à interpréter cette phrase a certainement un sens précis. Dans l’épisode final, n°1 apparaît comme une personne masquée et encapuchonnée. Lorsque son masque lui est retiré, il porte un masque de singe, mais quand ce masque lui est ôté, le visage de Numéro 6 est révélé. Il grimpe alors à une échelle et ferme une trappe derrière lui, en riant comme un fou. Aucune affirmation claire et directe concernant n°1 n’est jamais clairement interprétable. Même quand c’est le sujet de discussion dans la série:
- avec n°2 dans le deuxième épisode: « Le Carillon de Big Ben » qui déclare : « cela n’a pas d’importance de savoir qui est n°1 ».
-encore avec n°2 dans le 4° épisode: « Liberté pour tous », quand le prisonnier et n°2 discutent des conséquences d’être élu n°2, le vieil homme déclare : « n°1 ne sera plus un mystère pour toi, si tu comprends ce que je veux dire ». Les deux formulations pourraient s’accorder sur l’existence d’un véritable n°1, ou simplement faire référence au désir de n°6 de rencontrer n°1. Il est aussi possible que n°1 ne soit pas humain, comme Le Général. Dans leurs fonctions officielles, n°2 et les autorités du Village évitent même d’appeler n°1 par son titre. Certains ont interprété cela comme une indication qu’il n’y avait en fait aucun « n°1 », dans le sens d’une personne, tout comme le non existant Big Brother dans 1984 d’Orwell. Il est évident, cependant, que quelqu’un donne certainement des ordres directs à n°2, parce que dans plusieurs épisodes, n°2 apparaît intimidé au téléphone par une personne à qui il s’adresse seulement par « Monsieur ». Selon le co-créateur George Markstein, « N°1 est le vilain aux commandes ». Le numéro 1 pourrait aussi être à la fois le téléspectateur et le double de Numéro 6 (l'un est le côté pile et l'autre le côté face) peut-être numéro 6 est-il fou?.

Antécédents

Le thème d'un agent secret placé dans un environnement dont la logique semble absurde et qui lutte pour garder sa santé mentale avait déjà été évoqué dans trois films auparavant :
- Alphaville, de Jean-Luc Godard (1965), sous-titré Une étrange aventure de Lemmy Caution). Eddie Constantine avait lui aussi interprété auparavant des rôles d'agent secret dans des films d'espionnage conventionnels.
- IPCRESS, danger immédiat (
The IPCRESS file), de Len Deighton (1965), où on soumet un agent secret (interprété par Michael Caine) à une perte de repères afin de le déstabiliser.
- La chatte sort ses griffes, d'Henri Decoin (1960), où on effectue un lavage de cerveau du même genre à une agente de renseignement française, soumise à un traitement qui la dépersonnalisera.

Épisodes

Les amateurs de la série ne s'entendent pas sur l'ordre à considérer lors de la diffusion. Plusieurs tentatives ont été faites afin de déterminer un ordre universel, sans succès vu que les diffuseurs, les propriétaires de la série, les créateurs et les amateurs ont un ordre bien à eux. Lors de sa première diffusion en France, l'épisode The General fut traduit par Le cerveau, afin d'éviter toute confusion avec Charles de Gaulle, président de la République à l'époque du tournage de la série. Cette précaution sera levée quelques années plus tard lorsque l'ambiguïté sera définitivement écartée par le temps. La série comporte 17 épisodes, cependant McGoohan avait prévu de n’en faire que sept. Afin de favoriser l’exportation vers les États-Unis, les chaînes de télévision de l’époque en matière de série télévisée requéraient le standard de l’époque à savoir 26 épisodes. Les décideurs de l’époque s’accordèrent finalement sur 17 épisodes. Il y a cependant toujours un débat quant à savoir si l’arrêt de la série fut le résultat d’un accord mutuel entre les parties ou si la série fut purement et simplement annulée.

Notes

Voir aussi

Bibliographie

Études

- Alain Carrazé et Hélène Oswald, Le Prisonnier, chef-d'œuvre télévisionnaire, 1990, NéO - Huitième Art
- Francis Valery, Le Prisonnier - retour au village, 1993
- Patrick Ducher et Jean-Michel Philibert, Le Prisonnier - Une énigme télévisuelle, 2003, Yris, Collection « Télévision en séries »
- BAUDOU (J.) et PETIT (C.).- Les grandes séries britanniques, Paris : Huitième Art, 1994.
- BENASI (S.).- Série et feuilletons T.V : Pour une typologie des fictions télévisuelles, Liège : Editions du Céfal, 2000.

Roman

- Thomas M. Disch, Le prisonnier (
The Prisoner'', 1969) ===
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