Donald Winnicott

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Donald Woods Winnicott (7 avril 1896 à Plymouth - 28 janvier 1971) est un médecin, pédiatre et psychanalyste britannique. Outre une pratique clinique enthousiaste de son métier dont il témoigne dans de nombreux ouvrages, on doit également à Winnicott d'importantes notions telles que celle d'objet transitionnel, une vision particulière du soi décomposé en vrai et faux self, ou encore celui de mère suffisamment bonne.
Donald Winnicott

Donald Woods Winnicott (7 avril 1896 à Plymouth - 28 janvier 1971) est un médecin, pédiatre et psychanalyste britannique. Outre une pratique clinique enthousiaste de son métier dont il témoigne dans de nombreux ouvrages, on doit également à Winnicott d'importantes notions telles que celle d'objet transitionnel, une vision particulière du soi décomposé en vrai et faux self, ou encore celui de mère suffisamment bonne.

Biographie

Donald Wood Winnicott est né à Plymouth, dans le Devon, en 1896, dans une famille de la bourgeoisie britannique, « …avant le déclenchement de la Première Guerre mondiale, à une époque où les gens croyaient profondément que les choses continueraient à progresser dans la mesure où les hommes deviendraient de plus en plus éclairés.M. Davis & D. Wallbridge, Winnicott, Introduction à son œuvre, Paris, P.U.F., 1992, p.13 » Son père, Sir Fréderick Winnicott, est le maire de Plymouth. Il grandit dans un foyer stable et heureux, « ... adoré de ses parents et de ses deux sœurs aînées.Masud R Khan, « Une certaine intimité », préface à La consultation thérapeutique et l'enfant, Paris, Gallimard, 1971, p. XXXIII » Son choix de devenir médecin est très lié à son tempérament particulièrement indépendant. C'est notamment à la suite d'une fracture qui le rend dépendant d'autres personnes qu'il se décide définitivement pour cette profession : Je ne pouvais pas imaginer que, pendant tout le reste de ma vie, je serais obligé de dépendre des médecins, au cas où je me blesserais ou tomberais malade. Le meilleur moyen de m'en tirer, c'était de devenir médecin moi-même.D. Winnicott, cité dans M. Davis & D. Wallbridge, Winnicott, Introduction à son œuvre, op. cit., p. 19 Athlète remarquable (ce sont les bouleversements dus à la Première Guerre mondiale qui l'empêchent d'atteindre un niveau olympique)M. Khan, « Une certaine intimité », préface à La consultation thérapeutique et l'enfant, op. cit., p. XXXIII, élève brillant, il fait donc médecine. Pendant la guerre, il est chirurgien-stagiaire sur un destroyer. La physiologie, qu'il étudie, le déçoit, il la trouve froide, éliminant les émotions. Il s'oriente finalement vers la pédiatrie qui lui permet « … de traiter l'individu entier et de situer l'enfant dans le contexte familial et social.D. Winnicott, « The Association for Child Psychology and Psychiatry Observed as a Group Phenomenon (President's Address) », cité dans M. Davis & D. Wallbridge, Winnicott, Introduction à son œuvre, op. cit., p. 20) » Nouvellement diplômé, il sent les limites et les impasses d'une approche médicale purement physique, et découvre l'œuvre de S. Freud qui lui semble permettre de les franchir. Il commence sa formation d'analyste en 1923, en même temps qu'il commence à tenir des consultations en pédiatrie. De nouveau des limites se présentent : à l'époque, la psychanalyse s'adresse à des adultes cultivés et non pas à des enfants. Il s'agit d'un moment particulier dans l'histoire de la psychanalyse, notamment au Royaume-Uni, et la psychanalyse d'enfants n'en est qu'à ses balbutiements. S. Freud ne s'y est guère intéressé. La seule psychanalyse de l'œuvre freudienne est celle du « petit Hans », que S. Freud n'a pas rencontré. Le « petit Hans » a été analysé par son père, qui, lui, échangeait avec S. Freud. Le champ d'investigations a été laissé à sa fille Anna Freud, institutrice de formation. Elle publie en 1927 Le traitement psychanalytique des enfants et poursuit dans cette voie en Autriche. Lorsqu'elle est contrainte de fuir son pays en 1938, elle rejoint Londres où travaille depuis 1925 Melanie Klein. D. Winnicott entamera sa formation de psychanalyste avec James Strachey, freudien, la poursuivra avec Joan Riviere, kleinienne (elle a co-écrit avec M. Klein le livre L'amour et la haine). M. Klein elle-même participera à la formation de D. Winnicott en tant que superviseur. Ce dernier en garda un souvenir admiratif, M. Klein parvenant à mieux connaître ses patients que lui-même. D. Winnicott n'a pas été proprement kleinien. Au choix du parti et à l'affrontement, il a préféré une troisième voie, personnelle. S'il en est devenu la figure la plus prestigieuse, D. Winnicott n'en est jamais devenu l'idéologue, ni le leader. On peut remarquer que, grand parmi les grands, il en est le seul à ne pas avoir fait école (au contraire de Sigmund Freud, de Mélanie Klein ou de Jacques Lacan). D. Winnicott va très rapidement suivre sa propre voie, en présentant ses avancées comme complémentaires de celles de S. Freud et de M. Klein et il « … ne tarda pas à apparaître aux analystes comme un collègue révolutionnaire et plutôt embarrassant, ce qu'avaient déjà pensé les pédiatres…Masud R Khan, « Une certaine intimité », préface à La consultation thérapeutique et l'enfant, op. cit., p. XIII). » Il semble que l'on peut trouver chez le fondateur de la psychanalyse les points qu'il n'a fait qu'évoquer et que D. Winnicott a ensuite développés. À propos du jeu et de la créativité, S. Freud écrit en 1908 : « Chaque enfant qui joue se conduit comme un écrivain, dans la mesure où il crée un monde à son idée, ou plutôt arrange ce monde d'une façon qui lui plaît… Il joue sérieusement. Ce qui s'oppose au jeu n'est pas le sérieux, mais la réalité.S. Freud, cité par Maud Mannoni, La théorie comme fiction, Paris, Seuil, 1979, p. 62) » M. Mannoni voit là le point de départ du travail de D. Winnicott qui « … ouvre une troisième voie à partir du texte de Freud. »M. Mannoni, La théorie comme fiction, op. cit., p. 62 et qui le mènera jusqu'à l'espace potentiel. Quant à la prise en compte de l'environnement et alors que la psychanalyse pense avant tout en termes de conflit intra-psychique, J.-B. Pontalis suggère que D. Winnicott s'appuie sur une note de S. Freud (où ce dernier évoque de prendre en compte la mère) pour développer toute sa théorie de l'environnement.Cf. la note bien connue des « Formulations concernant les deux principes du fonctionnement psychique » (1912). Freud s'y fait l'objection qu'une organisation totalement régie par le principe de plaisir et ignorant ainsi de la réalité extérieure ne pourrait subsister pour un laps de temps, si court soit-il. Mais il ajoute: « Le recours à une fiction de cet ordre se justifie néanmoins si l'on considère que le petit enfant — pour peu qu'on tienne compte aussi des soins de sa mère — réalise, presque, en fait, un système mental de ce type. » On pourrait dire que c'est sur ce passage entre tirets que D. Winnicott s'appuie pour développer sa théorie de la relation, du couplage mère-nourrisson. « Cette chose qu'on appelle un nourrisson n'existe pas », a-t-il pu écrire, J.-B. Pontalis, « Naissance et reconnaissance du “soi” ». dans Entre le rêve et la douleur, Paris, Gallimard, 1977, note p. 183. J.-B. Pontalis conviens que la théorie du développement de D. Winnicott peut trouver sa « légitimité freudienne », sa continuité d'avec l'œuvre de Freud dans la note à laquelle il fait référence, mais il est peu probable que D. Winnicott ait ressenti besoin d'une « caution freudienne » pour oser avancer ses propres élaborations. Cependant, D. Winnicott cite lui-même cette note qui pour lui indique que « Freud rendait ainsi pleinement hommage au rôle joué par les soins maternels, et on peut supposer que s'il n'a pas abordé ce sujet, c'est qu'il ne se sentait pas prêt à analyser ses implications. D. Winnicott, « La théorie de la relation parent-nourrisson », dans De la pédiatrie à la psychanalyse, op. cit., p. 326. » Ce n'est pas pour trouver une légitimité quelconque puisque ce texte a été écrit en 1960, vers la fin de sa vie. Cela illustre simplement ce qu'il a toujours dit : son travail est en complémentarité de celui de Sigmund Freud. À propos de M. Klein qui l'a précédé dans le travail auprès de jeunes enfants mais qui n'a pas pris en compte la mère, D. Winnicott déclare que c'est parce qu'elle n'en était pas capable, « par tempérament ».D. Winnicott, cité par M. Mannoni, La théorie comme fiction, op. cit., p. 61. Sa théorie, qu'il a élaborée progressivement et qui est devenue de plus en plus complexe, est directement issue de son travail clinique. Dans un entretien avec A. Clancier, J.-B. Pontalis remarque qu'en France, bien souvent, un analyste crée un concept qu'il tente ensuite d'utiliser dans sa pratique. Rien n'est plus étranger à cette démarche que celle de D. Winnicott pour qui « … les faits, c'était la réalité ; les théories, le balbutiement humain dans son effort pour saisir les faits.M. Khan, « Une certaine intimité », préface à La consultation thérapeutique et l'enfant, op. cit., p. X. ». En effet, D. Winnicott, comme l'ensemble des « Indépendants », s'inscrit dans la tradition philosophique de l'empirisme britannique, avec parmi ses caractéristiques le rejet de l'esprit de système. S'il a commencé comme pédiatre et même s'il a conservé cette activité jusque très tard, D. Winnicott est également devenu analyste d'adultes, il a suivi des personnes psychotiques et s'est également occupé de jeunes placés en foyer, qui avaient été évacués de Londres pendant la Seconde Guerre mondiale. De par son immense expérience de pédiatre, qui dura près de quarante années, il put retrouver des patients, à l'âge adulte, qu'il avait reçu en tant que nourrissons, permettant une confrontation de ses intuitions et élaborations avec la réalité d'une vie vécue. Toute sa vie, il a communiqué ses idées, à ses confrères pédiatres, psychanalystes, mais aussi aux parents, aux éducateurs, aux infirmiers, aussi bien qu'à des hommes de loi. Un de ses derniers textes est un hommage à un éducateur avec lequel il travailla pendant la Seconde Guerre mondiale.

Les travaux et l'apport de Winnicott

L'œuvre de D. Winnicott est principalement composée de courts textes, de compte-rendus de communications à des sociétés de psychanalystes, des transcriptions de chroniques qu'il donna à la B.B.C., des conférences faites devant des publics variés (éducateurs, infirmiers, etc.). Aucun de ses livres n'a été composé comme tel, il s'agit de recueils de textes, certains ayant éventuellement été réécrits (comme pour Jeu et réalité par exemple), avec quelques parties inédites. Le livre, en tant que tel, D. Winnicott s'y est essayé et l'a laissé inachevé (La nature humaine).D. Winnicott, La nature humaine, Paris, Gallimard, 1990 Chacune de ces ponctuations, abordant un point précis de sa pensée, est formulée en fonction du public spécifique auquel D. Winnicott la destine, ce qui peut permettre de considérer trois axes :
- Clinique : En tant que pédiatre et psychanalyste, il travaille à soigner les effets les plus pathogènes des faillites de l'environnement des personnes qu'il rencontre en consultation car sa préoccupation majeure, c'est la santé mentale de la personne. Celle-ci est « ...le résultat des soins ininterrompus qui permettent une continuité du développement affectif personnel. »D. Winnicott, « Psychose et soins maternels », dans De la pédiatrie à la psychanalyse, op. cit., p. 188. Le développement affectif va être inlassablement théorisé, dans un va-et-vient d'avec le travail clinique. Le développement affectif, de la naissance, voire avant, jusqu'à la vieillesse car : En fait, la plupart des processus qui prennent naissance au premier âge ne sont jamais complètement établis et la croissance qui se poursuit tout au long de l'enfance au cours de la vie adulte et même de la vieillesse, continue à les fortifier.D. Winnicott, « L'enfant en bonne santé et l'enfant en période de crise : quelques propos sur les soins requis », dans Processus de maturation chez l'enfant, Paris, Payot, 1970, p. 25.
- Théorique : Il va préciser, affiner, les caractéristiques de ce qu'il appelle « l'environnement », de ce qui le rend convenablement bon ou non ainsi que les conséquences de telle ou telle de ses faillites, c'est-à-dire lorsqu'il n'a pas été convenablement bon, du point de vue de l'enfant. Il va également décrire l'ensemble des processus à l'œuvre dans le développement de l'enfant qui l'amènent progressivement vers l'état d'une personne indépendante ayant le sentiment d'être réelle et « ... que la vie vaut la peine d'être vécue. »D. Winnicott, Jeu et réalité, op.cit., p. 91.. Parmi ses importantes contributions à la théorie, on peut souligner le dégagement des phénomènes transitionnels, à l'origine de l'espace potentiel, lieu de la créativité et de l'expérience culturelle, c'est-à-dire en fin de compte, le lieu qui signe l'humanité de l'humain.
- Prophylactique : Tout au long de sa carrière, Winnicott n'a cessé de diffuser des idées : à ses collègues, à toutes les personnes travaillant auprès d'enfants, afin de prévenir les faillites pathogènes de l'environnement dont il peut observer les conséquences dans son activité clinique. Il s'agit d'une action lucide et délibérée. D. Winnicott semble avoir toujours été soucieux d'élargir le plus possible le champ d'intervention de la psychothérapie. Il fait à plusieurs reprises allusion à des « cas » soignés par l'intermédiaire des parents parce qu'il n'était pas possible à l'enfant de suivre une thérapie (habitant trop loin, celle-ci étant trop chère...). Comme il le rappelle : « Il ne faut pas oublier qu'il n'y aura jamais assez de psychothérapeutes pour traiter tous ceux qui ont besoin d'être soignés. Ainsi, diffuser ses idées participe d'une volonté de réduire le nombre de personnes ayant besoin de psychothérapie, d'apporter sa contribution personnelle à la société.

Éléments de théorie

Présentation : Le développement du nouveau-né selon Winnicott

Un nouveau-né sans troubles physiques ni neurologiques possède une tendance innée à se développer jusqu'à devenir une personne totale, créatrice, qui croit en la vie. Pour que cette tendance puisse s'exprimer, il est nécessaire et suffisant que l'environnement dans lequel va évoluer, grandir et se développer le nouveau-né se montre convenablement bon, de son point de vue à lui. Durant la période post-natale, l'unité, ce n'est pas le bébé, mais 'ensemble individu-environnement'D. Winnicott, « Psychose et soins maternels », dans De la pédiatrie à la psychanalyse, op. cit., p. 190.. C'est la mère de l'enfant qui est la mieux à même de lui fournir un environnement convenablement bon. À ce stade, le terme « mère » est équivalent à « environnement » et englobe donc le père si celui-ci s'occupe du nouveau-né. Le père intervient de deux manières : en tant que mère, lorsqu'il s'occupe du nouveau-né et également en préservant la mère et l'enfant de ce qui pourrait venir s'immiscer entre les deux. Pour que la mère soit effectivement capable de fournir une telle chose, il est nécessaire qu'elle ait pu et puisse toujours bénéficier elle-même d'un environnement d'une certaine qualité. Pour remplir ce rôle, il faut que sa relation avec le père du bébé et aussi sa relation avec sa famille et les cercles de plus en plus étendus qui entourent sa famille et constituent la société donnent à la mère le sentiment de sécurité, le sentiment d'être aimée. D. Winnicott, « La première année de la vie », dans De la pédiatrie à la psychanalyse, op. cit., p. 310. Au cours de la grossesse, elle acquiert la capacité (la préoccupation maternelle primaire) de se dévouer totalement à son futur nouveau-né, capacité qu'elle perdra ensuite progressivement, à la mesure du développement du bébé. Au début, le fœtus et le nourrisson dépendent entièrement de ce que leur offre la mère vivante, qu'il s'agisse de son utérus ou de ses soins maternels.D. Winnicott, « Le passage de la dépendance à l'indépendance dans le développement de l'individu », dans Processus de maturation chez l'enfant, op. cit. p. 45. Sous réserves des conditions sus-décrites, la tendance à se développer suivra les caractéristiques suivantes. Ce sont différents processus contemporains les uns des autres, bien évidemment liés entre eux, mais ayant leur propre temporalité. D'un état où le bébé n'a même pas conscience d'être dépendant (ce que D. Winnicott appelle la “dépendance absolue” ou bien la “double dépendance”), celui-ci va ensuite connaître une situation de dépendance, dont il a conscience pour aboutir, ou plutôt tendre vers l'indépendance. Au départ, l'environnement doit manifester une adaptation parfaite telle que le nourrisson soit soutenu dans son développement, que son « sentiment continu d'exister » soit préservé. Des empiètements ou des faillites de la part de son environnement forceraient le nourrisson à réagir, et non plus à agir, ce qui briserait sa continuité d'existence. À la dépendance absolue, « ...tout se ramène à une question essentielle : l'envahissement ou le non-envahissement de la vie du nourrisson... » Ibid., p. 47.. L'environnement doit être comme l'air que le bébé respire : ce dernier ne s'aperçoit pas que l'air est là, mais qu'il vienne à manquer... Pendant cette période de dépendance absolue, la mère montre une adaptation très sensible aux besoins du bébé qui fait alors l'expérience (illusoire) de l'omnipotence. Cependant, la mère ne doit certainement pas être parfaite. Elle (ou l'environnement maternel) doit juste être une mère suffisamment bonne (ce qui implique qu'elle soit tout autant suffisamment mauvaise afin de ne pas être trop bonne), une mère banalement dévouée, selon les expressions de Winnicott. C'est dire que cette expérience de l'omnipotence, si importante pour le tout petit, ne peut ni ne doit être permanente. En effet les défaillances maternelles sont inévitables et provoquent la désillusion nécessaire à la sortie de la symbiose initiale et à la reconnaissance progressive de la dure réalité. Mais si, à ce stade, les défaillances maternelles sont excessives en intensité et en durée le nourrisson ne peut ressentir de la colère vis à vis de l'objet défaillant du besoin et ne peut rétablir son sentiment de continuité d'être. Il est alors en proie aux "agonies primitives" comme les nomme Winnicott. Ce sont des angoisses de nature psychotique d'annihilation, de désintégration ou de désintégration. Il n'a pas d'autres solutions en ces circonstances que de dissocier son "self" (traduction littérale du soi que l'on a conservé dans en anglais dans ce cas) en faux-self et vrai-self, le premier dissimulant et protégeant le second pour le mettre définitivement à l'abri des empiètements de l'environnement responsables de ses "angoisses sans nom" selon Winnicott. Il en résultera durant toute la vie, parfois, un sentiment de ne pas vivre vraiment ou de ne pas être réel, chez ces sujets coupés de leur "vrai-self" authentique, spontané et pulsionnel même si leur réussite sociale est excellente. Progressivement, le bébé prend la mesure de sa dépendance et adapte sa capacité de faire savoir à son environnement lorsqu'il a besoin de lui. En effet, la capacité du nourrisson à faire savoir à son environnement ce dont il a besoin n'est pas une capacité acquise, bien qu'elle évolue en fonction de l'expérience que le nourrisson fait de cet environnement. Winnicott parle du geste spontané du nourrisson pour désigner le fait que le nourrisson, dès sa venue au monde, a d'emblée une activité psycho-motrice complexe qui lui permet de communiquer ses besoins à son environnement maternant. Ce fait est, depuis les années 1990, amplement confirmé par les travaux des cognitivistes qui parlent de la compétence innée du nourrisson. Cette progressive acquisition de l'indépendance n'est pas monotone, au sens mathématique, les mêmes dépendances sont surmontées plusieurs fois, réapparaissent, c'est un progrès « chaotique ». L'adaptation de l'environnement, la mère, prend de plus en plus de liberté par rapport aux besoins du bébé, à la mesure que se développe ses capacités d'y suppléer. Selon le même schéma « chaotique », c'est vers l'âge d'un an qu'il y a intégration de la personnalité qui reste partielle, précaire, en devenir. Cette intégration se fait à partir d'un état non-intégré. « Au début, le nourrisson est fait de perceptions sensorielles et d'un certain nombre de phases de motricité. » D. Winnicott, : La première année de la vie », dans De la pédiatrie à la psychanalyse, op. cit., p. 313. Cet état de non-intégration, le bébé peut le retrouver lorsqu'il est au repos, sans angoisse ni frayeur. Si l'environnement est convenable, et soutient le bébé, l'ensemble de ces sensations va peu à peu s'intégrer en une unité. C'est le développement de l'intellect qui permet la progressive désadaptation de l'environnement, dans le sens que le bébé compense alors par sa compréhension ce qui serait sinon vécu comme une adaptation insuffisante. Par exemple, le bébé a faim, il ne mange pas encore mais il entend sa mère s'y apprêter, et il sait que c'est le début du repas; plus jeune, il n'aurait pas été capable de comprendre et aurait vécu cette attente comme une faillite. D'autres étapes sont franchies, et, progressivement, « ...l'enfant devient capable de vivre une existence personnelle satisfaisante alors qu'il s'engage dans les affaires de la société. »D. Winnicott, '« Le passage de la dépendance à l'indépendance dans le développement de l'individu », dans Processus de maturation chez l'enfant, op. cit., p. 54.

Mère suffisamment bonne

Vrai self, faux self

L'origine du faux self se situe a une période alors que le bébé ne différencie pas encore « moi » et « non-moi » et qu'il est la plupart du temps non intégré, et lorsqu'il y est, il n'y est jamais complètement. Il arrive parfois qu'alors, le bébé esquisse un geste spontané (qui « ...exprime une pulsion spontanée... » D. Winnicott, « Distorsion du moi en fonction du vrai et du faux » self « », dans Processus de maturation chez l'enfant, op. cit., p. 121.), celui-ci manifeste qu'existe un vrai self, potentiel. Selon la manière qu'a la mère de jouer son rôle, elle favorisera l'établissement du vrai self ou, au contraire, du faux self. Si la mère répond à ce qui se manifeste comme l'expression de l'omnipotence du nourrisson, à chaque occasion, elle lui donne une signification et participe à l'établissement du vrai self. On peut dire aussi, qu'ainsi, elle permet à son bébé de faire l'expérience de l'illusion, de l'omnipotence. Cette expérience de l'illusion, qui a comme condition de possibilité l'adaptation active de la mère, est le préalable à l'expérience des phénomènes transitionnels, d'où s'origine la créativité. Si, au contraire, la mère est incapable de répondre à cette manifestation, elle substitue au geste spontané du bébé le sien, auquel ce dernier est alors contraint de se soumettre. Cette situation maintes fois répétée participe à ce qu'un faux self se développe.

Phénomènes transitionnels

Le complexe d'activités appelé phénomène transitionnel, désigne l'expérience du bébé lorsque, dans son développement, il commence à intégrer des objets « autre-que-moi » à ses activités « main-bouche ». Il est à la base des activités de penser et de fantasmer. Le phénomène transitionnel désigne : ...l'aire d'expérience qui est intermédiaire entre le pouce et l'ours, entre l'érotisme orale et la relation objectale vraie, entre l'activité créatrice primaire et la projection de ce qui a déjà été introjecté, entre l'ignorance primaire de la dette et la reconnaissance de celle-ci.D. Winnicott, « Objets transitionnels et phénomènes transitionnels », dans De la pédiatrie à la psychanalyse, op. cit., p. 170. De l'ensemble des phénomènes transitionnels, l'enfant extrait parfois un fragment particulier avec lequel il aura un rapport électif, c'est l'objet transitionnel. Il faut souligner que c'est bien moins l'objet en lui-même qui importe que son usage. Il peut s'agir d'un bout de tissu, comme d'une petite mélodie, comme de la mère elle-même.

Remarques

Plate-forme philosophique

D. Winnicott (comme les autres membres du « middle group ») s'inscrit dans la tradition philosophique britannique de l'empirisme, ce qui n'a pas été sans conséquence, tant sur sa démarche que dans ses avancées théoriques. On pourrait relier la grande inventivité clinique de ces psychanalystes à l'importance de l'expérimentation dans la tradition empiriste (« Les empiristes ne sont pas des théoriciens, ce sont des expérimentateurs.G. Deleuze & C. Parnet, Dialogues, Paris, Flammarion, 1977, p. 69. ») ainsi qu'à l'attention portée aux questions de l'environnement précoce du nourrisson. De même, on pourrait penser que la logique de relations complexes souvent présente chez les « Indépendants » découle de « La » question des empiristes, à savoir, précisément, la question des relations G. Deleuze & C. Parnet, Dialogues, op. cit., p. 69.. Il ne s'agit pas bien sûr des mêmes relations. Cependant il est permis de supposer que les héritiers d'une philosophie attentive, non seulement aux termes mais avant à leur relation, soient, dans leur effort de théorisation, également attentifs aux relations.

Topologie

Quant à la forme « topologique » qu'a pris la découverte de D. Winnicott des phénomènes transitionnels, à savoir celle d'un « espace potentiel », lieu de la fantaisie et de la créativité, Deleuze le rapprochait de ce que, notamment pour Hume, l'imagination est moins une faculté qu'un lieuG. Deleuze, Empirisme et subjectivité, Paris, P.U.F., 1953, p. 3.. On ne peut, par ailleurs, négliger l'importance qu'a eu, pour D. Winnicott, la lecture de Charles Darwin dont la théorie repose sur un jeu d'interactions individu / milieu / espèce dans lequel la question de l'adéquation entre le milieu et l'individu est centrale (l'adaptation).

Notes

Œuvres

- Jeu et réalité, l'espace potentiel, Gallimard folio, 2004
- La consultation thérapeutique et l'enfant, Gallimard-poche, Tel, 1979
- Processus de maturation chez l'enfant, Payot, 1988
- De la pédiatrie à la psychanalyse, Payot-poche, 1989
- Déprivation et délinquance Payot, 1994
- Le bébé et sa mère, Payot, 1992
- La mère suffisamment bonne, Payot-poche 2006,
- L'Enfant et sa famille, Payot-poche, 2006
- Conseils aux parents, Payot, 1995
- Conversations ordinaires, Gallimard, 1988
- L'enfant et le monde extérieur, Payot, 1988
- Les Enfants et la guerre, Payot poche, 2004
- Agressivité, culpabilité et réparation, Payot-poche, 2004
- La crainte de l'effondrement, Gallimard, 2000
- Fragment d'une analyse, Payot poche, 2006
- La Petite "Piggle. Traitement psychanalytique d'une petite fille, Payot, 1988
- La nature humaine, Gallimard, 1990
- avec Joyce McDougall et Serge Lebovici, Dialogue avec Sammy, Payot, 2001

Bibliographie

- Jan Abram, Le Langage de Winnicott. Dictionnaire explicatif des termes winnicotiens, 2001, Editions Popesco
- M. Davis, M. Wallbridge, Winncicott. Introduction à son œuvre, 2002, PUF, Quadridge
- Anne Clancier, Jeanne Kalmonovitch, Le paradoxe de Winnicott, de la naissance à la création, In Press, 1999
- François Duparc (Dir.), Winnicott en quatre squiggles, In Press, 2005
- André Green, Jouer avec Winnicott, PUF
- Paul Bercherie, De Sandor Ferenczi à Winnicott. Examen des fondements de la psychanalyse, L'Harmattan
- Alain de Mijolla: "Dictionnaire international de la psychanalyse", Ed.: Hachette, 2005, ISBN 201279145X
- Philippe Jaeger, "L'Interprétation dans l'Oeuvre de Winnicott." Revue Française de Psychosomatique 1999, n°16 ==
Sujets connexes
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