Nation of Islam

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Un des drapeaux de la Nation de l’Islam. Les lettres signifient Justice, Freedom (liberté), Equality (égalité), Islam. Un des drapeaux de la Nation de l’Islam Nation of Islam (Nation de l’Islam), est une organisation politique et religieuse américaine, à l’origine de la plupart des organisations musulmanes actuelles de la communauté afro-américaine. L’absence de statistiques disponibles sur la questionNation of Islam ne publie pas de
Nation of Islam

Un des drapeaux de la Nation de l’Islam. Les lettres signifient Justice, Freedom (liberté), Equality (égalité), Islam. Un des drapeaux de la Nation de l’Islam Nation of Islam (Nation de l’Islam), est une organisation politique et religieuse américaine, à l’origine de la plupart des organisations musulmanes actuelles de la communauté afro-américaine. L’absence de statistiques disponibles sur la questionNation of Islam ne publie pas de statistiques. entraîne des estimations très divergentes, mais il y aurait en 2007 de 20 à membres, et peut-être une centaine de milliers de sympathisantsVoir par exemple .. Nation of Islam a été fondée à Detroit, dans le Nord des États-Unis, en 1930, par Wallace Fard Muhammad, que la Nation de l’Islam pense être le « Messie » (ou « Mahdi ») attendu par les musulmans, et même Allah incarné. L’idéologie développée par l’organisation est un mélange de nationalisme afro-américain et de religion. Cette dernière est inspirée par l’islam, mais reste éloignée de l’islam orthodoxe. La NoI (Nation of Islam) est donc considérée comme une secte par la majorité des organisations musulmanesVoir par exemple le point de vue du site musulman francophone . Voir aussi le site musulman anglophone .. Si Wallace Fard Muhammad est bien le créateur de l’organisation, c’est son successeur Elijah Muhammad qui, entre 1934 et 1975, lui a donné son orientation, son organisation et sa puissance. Malcolm X a été l’une des figures les plus en vue de l’organisation, jusqu’à sa rupture avec celle-ci, dont il dénonce le racisme au retour d’un pèlerinage à La Mecque effectué en 1964. Nation of Islam se transforme officiellement en mouvement musulman sunnite peu après la mort d’Elijah Muhammad, en 1975. Un groupe de militants refusant cette orientation quitte l’organisation en 1978, et reprend le nom de Nation of Islam, qui venait d’être abandonné par l’organisation mère. Fidèle à l’idéologie des origines, malgré certaines évolutions, la « nouvelle » NoI est dirigée depuis la scission de 1978 par Louis Farrakhan. Celui-ci est au début du un leader en vue de la communauté afro-américaine. Son discours communautaire, insistant sur la nécessité pour les Noirs de faire des études, de développer leur statut socio-économique et de lutter contre la délinquance a une influence qui dépasse largement les cercles religieux de la NoI. Ses discours ambigus, plus ou moins hostiles aux Blancs et aux JuifsCharles Bierbauer, correspondant à Washington, Article de CNN publié sur le web, le 17 octobre 1995. ont cependant créé de nombreuses polémiques autour de lui.

Création

Nation of Islam s’inspire de diverses organisations religieuses et/ou nationalistes noires, apparues aux États-Unis au début du , en réaction à la ségrégation raciale dont souffraient les noirs américains. Au plan politique, on peut en particulier citer la Universal Negro Improvement Association and African Communities League ou UNIA, créée aux États-Unis par Marcus Garvey en 1917, qui militait pour le retour des Noirs en Afrique, et développait un vigoureux nationalisme noir. Au plan religieux, divers groupes (se réclamant du Judaïsme, du Christianisme ou de l’Islam) développaient une pensée tournée de façon privilégiée vers les Noirs. Parmi eux une organisation se réclamait de l’Islam : le Moorish Science Temple of America, fondé en 1913 par Timothy Drew, plus connu sous le nom de Noble Drew Ali. Cette organisation offre un certain nombre de ressemblances avec ce que sera Nation of Islam à partir de 1930, et semble donc l’avoir influencée.

Wallace Fard Muhammad

La Nation de l’Islam, ou Lost - found Nation of Islam in North-America, parfois aussi appelée Allah Temple of IslamPage 19 du dossier du FBI sur Wallace Fard Muhammad, rapport N° 100-12899 du 25/08/1943 est la matrice de quasiment toutes les organisations musulmanes actuelles de la communauté africaine-américaine, et a été fondée à Detroit, dans le Nord des États-Unis, en 1930, par Wallace Fard Muhammad. La Nation de l’Islam pense que celui-ci est le Messie (ou le Mahdi) attendu par les musulmans. L’organisation finira même par aller sensiblement plus loin, en le considérant comme Dieu incarné. , site officiel de Nation of Islam.. On connaît très peu de choses à son sujet ou sur son idéologie précise. Pour la Nation de l’Islam, il serait venu au monde en 1877 à La Mecque, en Arabie saoudite, avant de venir prêcher le peuple noir en Amérique, puis d’abandonner son incarnation physique en 1934, date à laquelle il disparaît mystérieusement. Pour le FBI, il s’appelait en fait Wallace Dodd Ford ou Wallace Dodd, né en 1891 en Nouvelle-Zélande, et serait un métis blanc-polynésien arrivé aux États-Unis en 1913. Il aurait été arrêté en 1918 pour attaque à main armée, de nouveau arrêté au début de 1926 pour infraction à la loi californienne de prohibition de l’alcool, et enfin aurait fait de la prison de 1926 à 1929 pour infraction à la législation sur les stupéfiants. Il se serait alors installé à Detroit, avant de créer Nation of Islam en 1930. En novembre 1932 éclate une affaire qui menaça la jeune organisation. Un sacrifice humain fut commis par un membre, Robert Karriem (né Harris) qualifié de « déséquilibré ». Fard fut arrêté avec Karriem. D’après le rapport de police de l’époque, il aurait nié toute responsabilité dans le crime. Au cours de l’interrogatoire, il aurait fini par indiquer que la création de l’organisation était . En 1934, sous la pression de la police, il aurait quitté Detroit. Le dossier du FBI propose plusieurs hypothèses quant à ce qu’il serait devenu par la suite, mais n’a pas d’information directe sur ce sujet. Il s’agit essentiellement de références à d’autres sources, comme des articles de journaux. Quelles que soient les motivations réelles du créateur de l’organisation, celle-ci regroupe après sa disparition de 1934 un petit groupe d’adhérents convaincus et militants, qui en feront en une trentaine d’années une organisation forte de dizaines de milliers d’adhérents.

Elijah Muhammad (1897-1975)

Elijah Muhammad en 1964. Une autre . Après la disparition mystérieuse de Wallace Fard Muhammad en 1934, Elijah Muhammad prend la direction du mouvement, lequel était à l’époque encore groupusculaireÀ noter cependant que Clifton Marsh, dans son livre From Black Muslims to Muslims, The Transition from Separatism to Islam, Scarecrow Press, Inc. Meteushen, NJ, 1984, indique page 53 un chiffre de 8000 adhérents à la disparition de Wallace D. Fard, ce qui est une estimation très haute. Les discussions sur le nombre d’adhérents sont habituelles, l’organisation n’ayant jamais donnée de statistiques vérifiables. Si le chiffre de 8000 membres en 1934 est juste, il a du connaître une forte chute sous la direction de Elijah Muhammad, les membres étant plutôt estimés à quelques centaines au début des années 1950.. Elijah Poole est né en Géorgie (sud des États-Unis), mais s’est installé à Detroit (Nord des États-Unis) en 1923. Il suivait en cela la grande migration des noirs de l’époque, depuis le sud agricole, pauvre et ségrégationniste des États-Unis, vers le nord industriel, plus riche et un peu plus tolérant à l’égard des noirs. Mais même dans le Nord, les discriminations raciales persistent, engendrant . À Detroit, Poole entre en contact en 1931rapport du FBI N° 100-6582 du 09/11/1943, du dossier du FBI., , sur le Site officiel de la NoI. avec Fard Muhammad, et rallie son organisation naissante. Il prend le nom de Elijah Muhammad, mais se fait aussi connaître sous les noms de Gulan Bogans, ou de Mohamed Rassoul. Après la disparition du fondateur, Elijah Muhammad serait entré dans un bref conflit avec d’autres leaders de l’organisation, conflit qui l’amène à s’installer avec ses partisans à Chicago, loin de la faction hostile de Detroit. Il sort finalement vainqueur de l’affrontement, s’affirmant comme le chef incontesté de la NoI. Claude CleggClaude Andrew Clegg est professeur d’histoire à l’université de l’Indiana, à Bloomington. Il est l’auteur de divers articles sur Nation of Islam, et du livre An Original Man: The Life and Times of Elijah Muhammad, St. Martin’s Griffin, janvier 1998, . parle à propos de la NoI de l’époque d’un climat de Article de Claude Clegg dans le Journal for MultiMedia History, 1998 : . Pour Nation of Islam par contre, c’est Wallace Fard Muhammad qui , sur le Site officiel de la NOI.. Désormais à la tête de l’organisation, il prend le titre de « messager de Dieu », sous lequel l’organisation continue aujourd’hui à le désigner. Il commence à étendre celle-ci, encore limitée en 1934 à Detroit et Chicago. C’est le Nord-Est industriel qui s’avère le plus réceptif. Muhammad y crée une série de temples (qui seront plus tard rebaptisés mosquées), et les appelle selon leur numéro de création. Ainsi, à New York, la mosquée historique est toujours désignée sous le nom de mosquée numéro 7 (à l’origine temple N° 7), parce que c’est la septième fondée (ou visitée) par Elijah Muhammad.

Idéologie

Concernant la formation de l’idéologie du mouvement, la part exacte à attribuer au fondateur Wallace Fard Muhammad, et celle à attribuer à Elijah Muhammad restent difficiles à établir. Bien que la NoI mette en avant sa nature religieuse, le versant socio-politique de son idéologie n’en est pas moins fortement affirmé. La vision idéologique de Nation of Islam a été formalisée dans le Muslim Program, programme officiel de la NoI, publié en 1965. de 1965, toujours en vigueur, mais l’essentiel de ces thématiques était déjà clairement affirmé dès les années 1930. Malgré une certaine modération de l’interprétation des principes fondamentaux (en particulier le rejet des blancs), la NoI du début du a un positionnement idéologique très similaire à celui de ses débuts.

Vision religieuse

La théologie de la NoI est assez éloignée de l’islam orthodoxe. Certains aspects sont en effet clairement inacceptables pour celui-ci :
- L’islam est la véritable religion de l’homme noir, et est réservée aux Noirs, et en théorie aux autres populations « de couleur ». Selon un discours d’Elijah Muhammad : , par Elijah Muhammad.. En pratique, il n’y a jamais eu de véritable tentative de la NoI de s’adresser à d’autres groupes ethniques que les Afro-américains. L’islam insiste au contraire sur sa vocation universelleBilal, un ancien esclave d’origine africaine fut ainsi un des premiers compagnons du prophète. C’est en son souvenir que la faction majoritaire de l’ancienne NoI qui évoluera vers le sunnisme prendra pendant un temps le nom de Bilillian Community. Sur la position religieuse de l’islam sur la question du racisme, voir par exemple le site musulman francophone Ummah.com ..
- Les Blancs sont une race inférieure, créée par un scientifique noir, du nom de YakubChapitre 55 de Message to the Blackman in America, par Elijah Muhammad, 1965. ., il y a 6000 ans. Ils sont les représentants du diable sur la terre, mais les prophéties annoncent la fin de leur règne. . Chapitre 55 de Message to the Blackman in America, par Elijah Muhammad, 1965. .. Cette idée selon laquelle les noirs sont les humains originels existait déjà dans des organisations africaines-américaines précédentes, comme The church of God, un groupe d'hébreux noirs créé en 1915.
- Les mariages inter-raciaux sont interdits : , texte d’Elijah Muhammad, sur le site officiel de la NOI..
- Dieu n’est pas un esprit, car , et de ce fait IS God a Spirit or a Man ?, Message to the Blackman in America, Elijah Muhammad, 1965, Chapitre 3, . The Coming of God : Is He a Man or a Spirit?, Message to the Blackman in America, Elijah Muhammad, 1965, Chapitre 4, . En réalité, The Origin of God As A Spirit and Not a Man, Message to the Blackman in America, Elijah Muhammad, 1965, Chapitre 5, . THE COMING OF GOD AND THE GATHERING TOGETHER OF HIS PEOPLE, Message to the Blackman in America, Elijah Muhammad, 1965, Chapitre 8, . Pour les musulmans orthodoxes, cette disparition du Dieu créateur des origines, et son remplacement par un Dieu collectif racial dont émerge un Dieu/homme supérieur est inacceptable. Ainsi, par exemple, d’après le Coran (33:40) . Toute personne prétendant être un prophète depuis la mort de Muhammad est donc par définition toujours considérée comme un faux prophète par l’islam orthodoxe, a fortiori s’il se proclame Dieu en personneSur la question de Mohammed comme dernier prophète voir par exemple . Sur la critique de la NoI par des musulmans, entre autre sur la question du dernier prophète, voir aussi le site musulman ..
- Point 5 de « ce que les musulmans croient » dans le Muslim program de 1965, toujours en vigueur .. Les orthodoxies sunnites et chiites affirment par contre une résurrection physique des morts avant le Jugement dernierUne critique de la NoI sur ce sujet sur le site musulman anglophone .. On peut aussi noter une forte croyance en la numérologiePour un exemple de raisonnement numérologique, voir le chapitre 55 de Message to the Blackman in America, par Elijah Muhammad, 1965. ., ce qui aura d’ailleurs une influence importante sur le mouvement après la mort de Elijah Muhammad, avec le choix du septième fils de Muhammad comme nouveau leader. Il y a des positions communes avec l’islam ou le christianisme : interdiction des relations sexuelles hors mariage, affirmation des , rôle dirigeant de l’homme au sein de la cellule familiale. Ainsi, indique le site officiel de la NoI, , sur le Site officiel de la NOI.. La consommation de porc est interdite, conformément à l’enseignement de l’islam. La NoI insiste aussi sur le respect des cinq Piliers de l'islam. La consommation de drogue, mais aussi de tabac et d’alcool est déconsidérée, en accord avec la vision musulmane traditionnelle. Sur le de la Nation de l’Islam.. La religion des Blancs, le christianisme, est la religion de l’esclavage et du mal. L’islam orthodoxe admet par contre dans une certaine mesure la validité du christianisme Le Coran admet également les évangiles, et reconnait la sainteté de Marie et de Jésus, ce dernier considéré comme un envoyé de Dieu parmi d'autres.. On note cependant que sous la direction de Louis Farrakhan, le discours s’est en partie infléchit. Si le christianisme reste responsable de l’esclavage, il est admis qu’il est porteur d’une certaine valeur s’il se libère de son racisme historique : Louis Farrakhan, LA GRACE DE DIEU - « Extrait d’un discours délivré par le Ministre Louis Farrakhan le 25 novembre 1990 à la Mosquée Maryam », traduit sur le site français de la Nation de l’Islam .. Tout comme dans l’islam, l’acceptation du christianisme existe aujourd’hui partiellement. La thématique est cependant différente. L’islam critique la déification de Jésus, quand la Nation de l’Islam critique surtout le racisme du christianisme ayant permis l’esclavage. Il y a enfin certaines influences chrétiennes. Les lieux de culte sont à l’origine appelés des temples, par exemple. Les ministres du culte sont appelés « ministers », et non imam.

Indépendance sociale et politique des Noirs

L’idéologie de Nation of Islam ne se limite pas au domaine religieux. Elle a aussi une forte composante sociale et politique, indifférente d’un point de vue islamique, et que l’organisation peut partager en tout ou partie avec d’autres groupes nationalistes afro-américains. L’idée centrale est l’indépendance du peuple noir en Amérique. Cette idée s’exprime au niveau territorial par la volonté de créer un État indépendant noir, par exemple dans le Sud des États-Unis, quitte à organiser un déplacement massif des Noirs vers ce nouveau pays. Point 4 du Muslim program de 1965, toujours en vigueur .. Ce projet n’a cependant jamais réellement été soutenu par des initiatives concrètes : ». Le changement de nom, et parfois du prénom, est une règle de la communauté, et serait dû à un commandement de Wallace Fard Muhammad lui-même. Il s’agit pour le nouvel adhérent d’affirmer la rupture symbolique avec son passé d’incroyant, mais aussi d’exprimer le refus du , et donc l’indépendance vis-à-vis du monde blanc. Les déportés africains aux États-Unis recevaient en effet un prénom chrétien et un nom de familleLe nouveau nom de famille pouvait être le nom de famille du propriétaire, celui d’une personnalité qu’appréciait ce dernier, ou une caractéristique physique du déporté., tous deux imposés par le propriétaire du nouvel esclave. Les prénoms des nouveaux membres de la NoI ne sont pas toujours changés, mais quand ils le sont c’est au bénéfice de prénoms islamiques. Les noms de familles sont également fréquemment changés, généralement en faveur d’un nom musulman, mais parfois aussi d’un nom africain ou d’un « X » symbolique, exprimant l’effacement du patronyme historique par l’esclavage. Un vendeur de Nation of Islam, vendant l’hebdomadaire Call of Islam, et ce qui ressemble à un assortiment d’huiles et de parfums. L’indépendance doit aussi se construire dans le domaine économique. Nation of Islam a très tôt insisté sur la nécessité pour les Noirs en général, et les « Musulmans noirs » en particulier, de construire des entreprises noires et d’acheter préférentiellement dans ces entreprises. Il s’agit d’une part d’acquérir un statut social plus favorisé, et d’autre part de ne plus dépendre des patrons blancs, accusés de racisme. À ce titre, l’organisation a créé dès les années 1930 des entreprises sous son contrôle, mais a aussi encouragé ses membres à créer leurs propres entreprises, tout en favorisant l’emploi des membres de la communauté et les relations économiques avec les autres sociétés « musulmanes ». Le succès a été en partie au rendez-vous, et un tissu petit mais actif d’entreprises liées directement ou indirectement à la NoI s’est affirmé avec les années. Un code vestimentaire exprimant cette volonté d’ascension sociale est demandé aux membres de l’organisation. Pour les hommes, il s’agit du port d’un strict costume trois-pièces, avec cravate, ou fréquemment avec un nœud papillon. Pour les femmes, il s’agit de tenues modestes mais correctes. D’un point de vue général, Nation of Islam demande à ses membres de rejeter tout laisser-aller vestimentaire exprimant l’échec social, et d’affirmer symboliquement leur volonté d’ascension sociale. L’indépendance doit enfin se construire dans le domaine intellectuel. La NoI accuse en effet le système américain de l’éducation d’avoir toujours maintenu les Noirs dans une situation d’échec scolaire et d’exclusion des universités (situation qui a cependant beaucoup évolué depuis les années 1960), et d’avoir développé des programmes ethno-centrés développant le mépris pour les Noirs et les civilisations extra-européennes. À ce titre

Synthèse

Au final, l’islam est réinterprété dans un sens très hétérodoxe par Nation of Islam. Le groupe apparaît comme portant à la fois un message politique (le nationalisme noir et l’indépendance), social (la nécessité d’une amélioration de l’éducation et de l’autonomie économique des Noirs) et religieux (la constitution d’une religion par et pour les Noirs, couplée avec un « code moral puritain »). Le nouveau groupe n’a donc pas été reconnu comme musulman par les groupes musulmans orthodoxes des années 1930. La faction Black Muslims restée au début de fidèle aux enseignements originels n’est toujours pas reconnue comme musulmane, mais comme une secte .

Développement

En trente ans, de 1934 à 1964, l’organisation va connaître un développement important, sans crise intérieure notable.

Consolidation

Sous la direction d’Elijah Muhammad, le groupe devient très missionnaire. Avec le temps, ses prêcheurs ont porté ses enseignements, des rues et des halls de réunion aux prisons américaines. Le nouveau groupe a surtout Islam in America : From African Slaves to Malcolm X, Thomas A. Tweed, University of North Carolina, ., encore que la progression ait été lente à ses débuts. Les milieux noirs très chrétiens du sud des États-Unis, souvent fortement structurés en communautés rurales regroupées autour d’un pasteur, se sont en revanche montrés très difficiles à pénétrer. Dès les années suivant la disparition de son fondateur, Nation of Islam met en place le Savior’s Day (jour du sauveur), chaque 26 février, date anniversaire de la naissance supposée du Selon le texte de la prière du Savior’s Day de 1936 . Avec le temps, le Savior’s Day est devenu une fête religieuse importante de la communauté, servant de marqueur de l’identité de celle-ci, et donnant certaines années lieux à des rassemblements de masse. En 1934 a lieu la première diffusion de The Final Call to Islam, premier journal de la NoID’après l’article de Askia Muhammad publié sur le site de The Final Call (actuel hebdomadaire de l’organisation) le 10 mars 2000 .. Celui-ci et ses successeurs auront des publications intermittentes, mais qui se renforceront avec le temps, améliorant la capacité de communication de la NoI. À la veille de la Seconde Guerre mondiale, la jeune organisation, encore très modeste, a déjà ses lieux de culte (encore appelés « temples » à l’époque), son idéologie, son encadrement, ses fêtes religieuses et ses organes de communication. Pendant la Seconde Guerre mondiale, la Nation de l’Islam affirme son opposition au gouvernement américain en refusant toute collaboration à l’effort de guerre. D’après un rapport du FBI N° 100-9129 du 30 septembre 1942, Elijah Muhammad aurait, . D’après un rapport du FBI du 19 décembre 1942, Elijah Muhammad serait à cette date (il a été arrêté fin septembre 1942). En 1943, encore très petite, Nation of Islam est décrite par un rapport du FBI comme étant pour l’effort de guerre en indiquant . Ce rapport indique aussi que Rapport du FBI N° 100-12899 du 10/08/1943. Dossier PDF , P. 19.. Ces rapports confirment le rapport très oppositionnel des membres de la NoI avec le gouvernement américain, même en période de crise. La NoI n’ayant que quelques centaines de membres à l’époque, son impact sur l’effort de guerre américain a été nul. La guerre a cependant été un moment où l’organisation a pu affirmer de façon spectaculaire son opposition frontale au , contribuant ainsi à se faire connaître. Après la guerre, la pression policière s’estompe, et la NoI peut reprendre ses efforts de développement. Muhammad lui-même sort en 1946 de la prison fédérale de Milan, Michigan, ou il se trouvait depuis 1942. En 1952, la NoI recrute Malcolm Little, plus connu sous le nom de Malcolm X, qui deviendra un artisan important du fort développement des années 1950 et du début des années 1960.

Expansion : les Années Malcolm X

Malcolm X Les années 1950 et le début des années 1960 ont vu l’organisation passer de quelques centaines de membres (500 estimés en 1952) à des dizaines de milliers ( estimés en 1963). Free At Last ?, Carl F. Ellis Junior, Downers Grove, InterVarsity Press, 1996, p. 100., et devient le leader le plus visible et connu de la NoILe christian research institute n’hésite pas à le considérer comme le Saint Paul de la NoI, et le principal responsable de l’expansion rapide de l’organisation (PDF)., surtout après sa nomination comme « porte-parole national de Nation of Islam ». Malcolm Little (1925-1965) est né à Omaha, dans le Nebraska. Son père était un prédicateur baptiste et un défenseur de Marcus Garvey (un nationaliste noir), et est mort de façon controversée (peut-être assassinéLa police a considéré la mort comme un suicide, ce que conteste Malcolm X. Voir Malcolm X et Alex Haley, The Autobiography of Malcolm X, p.11, ) en 1931. Après une scolarité prématurément interrompue et des placements dans différents foyers d’accueil, Malcolm Little s’installe à Boston, chez sa demi-sœur, puis part pour Harlem (New York), où il devient rapidement un délinquant. Pendant la Seconde Guerre mondiale, il est réformé 4-F (mentalement perturbé)Voir la page 6 du .. D’après son autobiographie, il aurait déclaré, en vue d’être refusé, qu’il voulait une arme pour , terme péjoratif désignant les blancs. Bien avant son autobiographie, le FBI cite d’ailleurs un courrier du 29 juin 1950 ou il écrit Page 7 du .. À 21 ans, en 1946, il est condamné à une peine de huit à dix annéesAux États-Unis, les peines de prison peuvent être définies par une fourchette, la durée précise étant décidée plus tard, au vu du comportement du prisonnier. de prison suite à des cambriolagesVoir la page 6 du .. En 1948, son frère Reginald, qui s’est converti à Nation of Islam, lui adresse un courrier où il le presse de se convertir, ce qu’il fait peu de temps après. Après sa conversion, il devient un prisonnier avide de lecture, se constitue une bonne culture autodidacte et commence à correspondre par courrier avec Elijah Muhammad. Après sa libération en août 1952, il rencontre celui-ci à Chicago. Selon une des pratiques de la NoI, il change son nom de familleEn Amérique, les noms de famille des Noirs datent en général de la période de l’esclavage et ont été donnés par les propriétaires d’esclaves, d’où leur refus par Nation of Islam. Les noms sont remplacés par des noms musulmans, africains, ou par un « X » exprimant l’inconnue du nom originel africain., et prend celui de « X ». Repéré par Elijah Muhammad, il devient un prêcheur efficace et dynamique, d’une grande loyauté vis-à-vis de celui-ci. Pour ces raisons, il monte rapidement les échelons de la petite organisation qu’est encore Nation of Islam. Six mois seulement après sa libération, en février 1953, preuve de son importance croissante, le FBI ouvre un dossier le concernant. Il y est suspecté de sympathies communistesVoir le , mis en ligne dans le cadre du Freedom information act.. En 1953, à 27 ans, il devient d’abord un assistant du temple N° 1, puis le responsable du temple N° 11, à Boston. En 1954, il devient celui du temple N° 7 de Harlem (New York), sur Lenox Avenue, puis ouvre de nombreux temples à travers le pays. Le rapport du FBI du 16 mars 1954 le décrit . Ses discours enflammés et sa personnalité charismatique en font bientôt l’homme le plus en vue de Nation of Islam après Elijah Muhammad. L’organisation se développe rapidement dans les milieux noirs et pauvres, et bénéficie également indirectement du développement de la lutte pour les droits civiques des Noirs (à partir de 1955) ainsi que du développement du militantisme noir qui l’accompagne. Les prêches ont un succès particulier dans les prisons. Mohamed Ali à un meeting de Elijah Muhammad Entre 1952 et 1963, Nation of Islam serait passé de 500 à membresVoir consacrée à Malcom X sur le site de Radio-Canada, ou .. Cette croissance spectaculaire est due à la rencontre entre le réveil du militantisme noir dans tout le pays et une idéologie de la fierté noire particulièrement radicale. Mais il est indéniable qu’elle est aussi largement due à l’activité missionnaire de Malcolm X. C’est dans le cadre de cette croissance spectaculaire des adhésions qu’en 1955 Louis Eugene Walcott, chanteur de Calypso et violoniste, rejoint la Nation de l’Islam, et prend le nom de Louis Farrakhan. Nation of Islam attire aussi le célèbre boxeur Cassius Clay, qui prendra le nom musulman de Mohammed Ali. À partir de la fin des années 1950, la NoI gagne une visibilité médiatique croissante. C’est en particulier le documentaire télévisé de Mike Wallace en 1959, The Hate that Hate Produced (la haine que la haine a produit), qui révèle la NoI au niveau national. Meilleur orateur de l’organisation, Malcolm X devient un habitué des plateaux télévisés, et est régulièrement interviewé par la presse écrite et radiodiffusée. À l’heure des premières indépendances africaines et de la lutte pour les droits civiques des Noirs, la croissance rapide de la NoI inquiète et fascine les médias. Preuve de l’importance croissante de l’organisation, X est intégré en tant que représentant de la NoI au sein d’un comité de personnalités noires de divers horizons qui rencontre Fidel Castro le 19 septembre 1960 de la Columbia University, lors de la visite de celui-ci aux États-Unis. Le 24 décembre 1959, Elijah Muhammad et ses fils font le pèlerinage à La MecqueLivres : Eric Lincoln, The Black Muslims in America ; Louis Lomax, When the word is given ; E.U. Essien-Udom, Black Nationalism.. Malgré son éloignement de l’islam orthodoxe, les autorités saoudiennes ont laissé le leader de Nation of Islam participer au hadj, pour des raisons inconnues, peut-être par ignorance de l’organisation. Malcolm X n’est pas le seul vecteur médiatique de l’organisation. Celle-ci s’exprime aussi largement à travers la presse noire américaine. . Certains de ces journaux avaient une large diffusion, puisque le The Pittsburgh Courier auraient distribué copies par semaine en 1957. Au début des années 1960, Elijah Muhammad souhaite cependant bénéficier de son propre organe de presse. Les publications de l’organisation existaient depuis les années 1930 (première publication de The Final Call to Islam en 1934), mais manquaient de régularité et d’envergure. En 1961 parait le journal national Muhammad Speaks. Celui-ci reprend partiellement le titre d’un journal local créé à New York en 1960 par Malcolm X (alors à la tête du temple N° 7) : Mr. Muhammad Speaks. D’après The Final Call (hebdomadaire de la NoI), la création du nouveau journal est aidée par . Le journal paraît au départ mensuellement, mais gagne progressivement en diffusion, touchant un public noir pouvant aller au-delà du cercle de la communauté. En 1969, le journal aurait diffusé exemplaires par semaine, et jusqu’à en 1974. Deux membres de fruits of islam, à un meeting en 1964. Enfin, dans les années 1950 se développe ce qui est souvent présenté comme la branche paramilitaire de l’organisation : Fruits of Islam. Fruit of Islam est présenté par la NoI comme le service d’ordre de l’organisation, dédié à la sécurité des responsables et des militants. Pour ses détracteurs, Fruits of Islam est en fait une force paramilitaire potentielle. Le groupe recrute chez des anciens policiers, militaires, mais aussi délinquants, et applique une très stricte discipline interne.

Départ de Malcolm X

L’intérêt des médias À partir du début des années 1960, plusieurs controverses vont progressivement éloigner Malcolm X et Elijah Muhammad. Tout d’abord des affaires de mœurs : des rumeurs couraient depuis quelque temps sur les nombreux adultères commis par Elijah Muhammad avec de jeunes secrétaires du mouvement. Warith Deen Muhammad, le propre fils d’Elijah Muhammad, et un ami proche de X, informa ce dernier Brother Minister: The Martyrdom of Malcolm X, Alona Wartofsky, Washington Post, 17 février 1995, . L’adultère est totalement contraire aux enseignements de Nation of Islam. Après avoir écarté ces informations, Malcolm X aurait fini par en obtenir confirmation en 1963. Elijah Muhammad lui-mêmeD’après l’autobiographie de Malcolm X, 1965, P. 299 de l’édition américaine. aurait finit par indiquer qu’étant l’envoyé de Dieu sur terre, il n’était pas soumis aux même règles que le commun des mortelsNation of Islam conteste, et parle d’une . Voir .. Ces évènements semblent avoir fortement altéré la confiance de X dans la sainteté d’Elijah Muhammad. Le second sujet de divergence porte sur la politique : Malcolm X était intéressé par le mouvement pour les droits civiques des Noirs tels qu’il se développait depuis 1955. Si l’idéologie officielle du mouvement était opposée au nationalisme noir, et revendiquait simplement un statut d’américain normal pour les Noirs, X considérait qu’il devait y avoir une présence des nationalistes noirs et des black muslims dans ce qui apparaissait comme le premier grand mouvement de masse noir de l’histoire des États-Unis. Elijah Muhammad était par contre hostile à la fin de la ségrégation raciale : , texte d’Elijah Muhammad, sur le site officiel de la NOI. et au soutien à un mouvement dans lequel se trouvaient de nombreux blancs progressistes. Il craignait la dissolution des Noirs dans un ensemble américain dominé par les Blancs. Le troisième contentieux porte sur la religion : Malcolm X a commencé à s’intéresser à l’islam sunnite officiel, et s’est rendu compte que la religion prêchée par Elijah Muhammad en était très éloignée. L’intérêt montré par X à l’égard de l’islam orthodoxe ne pouvait donc que l’éloigner de son mentor. On peut enfin citer des divergences d’ambitions : l’aura de X au sein de la communauté noire en général et de Nation of Islam en particulier, sa médiatisation importante, semblent avoir inquiété Elijah Muhammad. En 1963, après l’assassinat du président Kennedy, toutes ces divergences éclatèrent sur la place publique, après une déclaration controversée de X. Celui-ci déclara en effet que la violence que Kennedy n’avait pas pu arrêter se retournait contre lui. Il ajouta ( - En français, Chickens coming home to roost a une signification proche de « qui sème le vent récolte la tempête »). Cette phrase pouvait se comprendre comme une approbation de l’assassinat. Elijah Muhammad désavoua cette déclaration, et interdit à X toute déclaration publique pendant 90 jours, injonction à laquelle Malcolm X obéit. Mais les relations entre les deux hommes atteignaient leur point de rupture. Dans son autobiographie, X affirme même qu’un de ses assistants lui aurait alors indiqué avoir reçu l’ordre de la direction de la NoI de le tuerD’après l’autobiographie de Malcolm X, 1965, P. 308 de l’édition américaine.. Malcolm X dans une mosquée sunnite, au Caire. Le 8 mars 1964, Malcolm X annonça son départ de la Nation de l’Islam. Le 12 mars, il annonçait la création de sa propre organisation « The Muslim mosque inc. ». Peu de temps après, il se convertit à l’islam sunnite orthodoxe. Le 13 avril 1964, Malcolm X partit de l’aéroport John Fitzgerald Kennedy pour faire le pèlerinage à la Mecque (le hajj) dont il revint sous le nom musulman de Malik El-ShabazzIl est à noter que dans les dossiers du FBI apparaissent la reproduction de lettres du début des années 1950, que X signe sous le nom de Malachi Shabazz, une version très proche de son nouveau nom musulman de 1964. Voir par exemple la page 10 du dossier PDF .. Sa femme et ses filles prirent alors le nom de famille de Shabazz. Il condamna le racisme anti-blanc de Nation of Islam. Mais Malcolm X resta fidèle à une action tournée de façon privilégiée vers le peuple noir. Il refusa aussi de condamner la violence des opprimés, et eut des paroles assez dures pour les tenants de la non-violence, qu’il accusa d’encourager à la soumissionVoir à ce sujet son célèbre discours du 3 mai 1964, peu après son retour de la Mecque The Ballot or the Bullet, où il menace de recourir à la violence, et traite certains politiciens blancs de crackers, un terme péjoratif anti-blanc.. Peu de temps après son retour de la Mecque, Malcolm X fonda l’« organisation pour l’unité afro-américaine », un groupe politique non religieux. Il affirme ainsi sa volonté de mener à la fois une lutte religieuse pour l’Islam, et une lutte politique pour les Noirs, les deux fonctionnant de façon autonome. La tension entre Malik El-Shabazz et Nation of Islam ne cessa de croître. Le 14 février 1965, sa maison fut l’objet d’un attentat à la bombe, et il fut assassiné de 15 balles le 21 février 1965. Deux mois auparavant, Louis Farrakhan avait écrit Voir sur le site de CBS le compte rendu de son émission 60 Minutes de janvier 2007, ou Farrakhan a admis pour s’en excuser .. Trois membres de Nation of Islam seront reconnus coupables en 1966 : Norman 3X Butler, Thomas 15X Johnson et Talmadge Hayer. L’organisation elle-même niera toute participation à l’assassinat. . Celui-ci a admis au début 2007 , tout en niant une implication directe de l’organisation. En 1994, Qubilah Shabazz, une des filles de Malcolm X sera arrêtée et inculpée pour avoir payé un tueur à gage chargé de tuer Farrakhan, accusation abandonnée en 1995Sur la vision de La NoI sur l’affaire, voir cette page . Il a également été envisagé que le FBI ait eu connaissance du projet d’assassinat et l’ait couvert, voire aidé. Cette hypothèse a été reprise par la NoI.. À sa mort, le projet de Malcolm X de créer un islam sunnite au sein de la communauté noire, intégré dans l’islam mondial et rompant avec le racisme semble un échec. Son organisation restera groupusculaire, et Elijah Muhammad maintiendra fermement son emprise sur l’islam noir américain jusqu’à sa mort, en 1975.

Évolution vers le sunnisme

Le 26 février 1975, Elijah Muhammad meurt. Conformément à ses croyances numérologiques, il désigne son septième fils, Warith Deen Muhammad (né Wallace D. Mohammed en 1933) pour lui succéder. Warith Deen Muhammad reconnaîtra plus tard avoir été influencé par la pensée de Malcolm X (dont il était un ami proche), lequel sera d’ailleurs réhabilité par le mouvement (une mosquée prendra même son nom). En trois ans, entre 1975 et 1978, il transforme de fond en comble l’idéologie du mouvement, et l’amène sur une base religieuse sunnite, tout en rompant avec l’idéologie raciste et nationaliste de son père. Propos rapportés par The Atlanta Journal Constitution, 4 mai 1985, p. 3C.. Le projet d’un État indépendant pour les Noirs est donc abandonné. La forte centralisation typique de Nation of Islam est réformée, afin de favoriser une large décentralisation des mosquées, plus conforme à la tradition du sunnisme : . Les communautés relevant de ce mouvement sont ouvertes à toutes les races, même si elles restent en pratique surtout composées d’africains-américainsLe Council on American-Islamic Relations indiquait dans une étude de 2001 sur les mosquées (toutes ethnies confondues) que (P.17) mais que (P.19). Ce sont donc 31 % des mosquées américaines qui sont à très forte prédominance afro-américaine, pour une proportion de ce groupe dans les pratiquants (pas forcément des croyants) musulmans aux USA de 30 %. Soit une très forte homogénéité ethnique - PDF).. Warith Deen Muhammad est devenu un leader religieux respecté et incontournable aux États-Unis. Il lui sera demandé en 1992 de faire une prière au sénat américain, et c’est lui qui fera la prière musulmane lors de la prière interconfessionnelle pour l’investiture du président Clinton, en 1997Voir le site , un site institutionnel dépendant de Warith Deen Muhammad..

Refondation de Nation of Islam

Louis Farrakhan En 1978, un groupe de membres historiques de la Nation de l’Islam, dirigés par Louis Farrakhan, décide de se réorganiser autour des enseignements de Elijah Muhammad. En 1981, Louis Farrakhan proclame officiellement la restauration de la Nation de l’Islam, et la fidélité aux dogmes de Elijah Muhammad. La « nouvelle » NoI s’affirme comme la légitime continuatrice de l’organisation créé par Elijah Muhammad, tant au plan religieux qu’au plan du nationalisme afro-américain. En pratique, le contexte a évolué par rapport aux années 1930 ou 1960, en particulier dans trois domaines :
- le rapport aux autres Noirs. Avec le développement de la déségrégation et le développement d’une classe moyenne noire mieux intégrée, la NoI a été amenée à développer un dialogue plus important avec les autres groupes de la communauté noire que ce que pratiquait Elijah Muhammad. Sous la direction de Louis Farrakhan, l’organisation est même devenue très unitaire, insistant sur la nécessaire unité de la communauté noire, alors qu’Elijah Muhammad restait à l’écart des grandes organisations noires anti-ségrégation : . Pour ..
- Le rapport aux autres musulmans noirs. Suite aux réformes du fils d’Elijah Muhammad, les sunnites sont devenus majoritaires au sein des communautés Black Muslims. L’obligation de se définir par rapport à eux est donc devenue essentielle, et a entrainé un rapprochement avec les pratiques sunnites, même si les doctrines restent différentes sur certains points.
- Le rapport à la société américaine en général. Avec son développement et son institutionnalisation, l’organisation a dû évoluer quant à son rejet radical des États-Unis. La critique est toujours là, mais le refus des membres de la NoI de se considérer comme américains, refus souvent répété à l’époque de Elijah Muhammad est progressivement tombé en désuétude avec l’appel à participer aux élections, même si la revendication d’État séparé n’a pas été retiré du muslim program de 1965, toujours officiellement en vigueur.

Campagne présidentielle de 1984

Un logo de Fruit of Islam, la branche « sécurité » de l’organisation. Nation of Islam s’est Louis Farrakhan Is Not a Muslim, par Daniel Pipes, Washington Post, 2 juillet 1984 . Le soutien à ce candidat à l’investiture démocrate pour les élections présidentielle de novembre 1984 est une innovation par rapport à l’attitude traditionnellement distante de la NoI par rapport aux institutions américaines et aux autres organisations afro-américaines. L’organisation de Louis Farrakhan insiste désormais sur son soutient à tout ce qui peut faire avancer la condition noire au USA. . En avril 1984, , il mènerait « Citation de Louis Farrakhan rapportée dans Louis Farrakhan Is Not a Muslim », par Daniel Pipes, Washington Post, 2 juillet 1984 . Ce type de déclaration « anti-américaine », ainsi que l’image anti-blanche et anti-juive de l’organisation a posé certains problèmes à Jesse Jackson, qui a dû prendre ses distances. La campagne de Jesse Jackson a cependant été un moment important pour Nation of Islam, qui s’est ainsi retrouvée sous le feu des médias, et a pu affirmer son militantisme noir, trois ans seulement après la refondation officielle de l’organisation.

Développement de l’Islam noir américain

À partir du début des années 1980, la NoI et les sunnites suivant le fils de Elijah Muhammad se développent de concert, obligés cependant de se définir l’un par rapport à l’autre. Les orthodoxes limitent la spécificité ethnique de leur mouvement. Tout en conservant une sensibilité afro-américaine marquée, ils insistent sur leur intégration dans l’islam mondial et au sein de la nation américaine. À ce titre, ils suppriment les spécificités théologiques qui les différenciaient des autres musulmans, et ils insistent sur la compatibilité entre le fait d’être un bon musulman, et un bon AméricainAinsi, la page d’entrée du site , un site institutionnel dépendant de Warith Deen Mohammed, indique sous un drapeau américain : .. L’interdiction de voter ou de s’engager dans l’armée a été levéeVoir par exemple .. Les partisans de Warith Deen Muhammad San Francisco Chronicle, 28 mars 1985.. Warith Deen Muhammad participera ainsi à une prière œcuménique au congrès américain dans les années 1990, sous la présidence de Bill Clinton. La NoI, de son coté, reste officiellement fidèle à ses particularismes, tant théologiques (vis-à-vis du sunnisme) que politiques (vis-à-vis des États-Unis). On note cependant une certaine évolution des pratiques de l’organisation. Les citations du Coran se font plus nombreuses, les « temples » sont rebaptisés « mosquées », le respect des cinq piliers de l’islam est mis en avant, l’attitude anti-blancs est fortement modéréeLouis Farrakhan, en 1997., le vote aux élections est désormais encouragé. On peut y lire une tentative d’adaptation de l’organisation face à la légitimité religieuse islamique plus importante des black muslims sunnites, mais aussi la volonté d’obtenir une certaine respectabilité en rapport avec le poids croissant de la NoI.

The million man march de 1995

The Million man march, à Washington DC, en 1995. Il s’agit d’une grande manifestation organisée à Washington DC en 1995 par la NoI. Il ne s’agit cependant pas d’une manifestation religieuse, mais d’une manifestation communautaire, sociale et politique. . Les objectifs de la marche sont l’encouragement des africains-américains à voter lors des élections américaines (ce qui est en rupture avec le traditionnel abstentionnisme de l’époque d’Elijah Muhammad), et l’encouragement des membres de la communauté à se prendre en main pour sortir des problèmes de délinquances, de drogue et de pauvreté. Les orateurs critiquent également beaucoup les réductions par le congrès républicain issu des élections de 1994 (dans la cadre du programme « contrat avec l’Amérique ») des programmes d’aides sociales, comme le Medicaid, les programmes de logement, les bourses d’étudiants et les programmes d’éducation. La manifestation se veut ouverte à tous les hommes noirs, mais ni aux femmes ni aux Blancs. En pratique, un certain nombre de femmes noires ont participé à la manifestation, mais de façon assez minoritaire. Ces exclusions par le sexe ou la race ont provoqué de fortes polémiques. Le nombre exact des participants a été discuté ( pour la police« Crowd Estimates », par Monte Reel, Washington Post, Page A15, 19 janvier 2003, , 1, 5 à 2 millions pour les organisateurs« The return of the Million Man March: Why is it even an issue ? », Anthony Asadullah Samad-Guest, The final call (journal de la NoI), 19 janvier 2005, ), mais semble se situer un peu en-dessous de 1 million. Le succès de la marche en a fait une des références de la NoI actuelle, qui l’utilise abondamment dans sa communication, en particulier avec la notion de Million more movements, appel lancé en 2005 à l’ensemble de la communauté noire pour organiser d’autres grandes mobilisations à travers les USA. Au-delà du nombre de participants, la marche est un succès politique pour la NoI, laquelle a obtenu la participation de l’association des élus démocrates noirs à la Chambre des représentants des États-Unis (le Black Caucus), et même la participation d’un élu républicain. The million march man de 1995 confirme la dimension très politique et pas seulement religieuse que Nation of Islam a pris, au contraire des musulmans noirs sunnites. Bien que ceux-ci représentent probablement plus de 80 % ou 90 % des Black Muslims américains, ils apparaissent de fait comme moins militants dans le domaine politique, et donc comme moins visibles. Grâce à cet activisme, la NoI arrive à influencer des Black Muslims sunnites. Le cas de Keith Ellison est de ce point de vue révélateur. Bien que converti à l’islam sunnite en 1983, et bien que pour tout sunnite orthodoxe la NoI ne puisse être qu’une secte non musulmane, il s’est très fortement rapproché d’elle au moment de la marche, avant de s’en éloigner à nouveau. De fait, alors que les musulmans extérieurs à la communauté noire rejettent généralement très fortement la NoI, les Black Muslims sunnites montrent souvent une certaine sympathie pour celle-ci, non pas tant pour son discours religieux (trop hétérodoxe) que pour son discours et sa pratique militante en faveur de la communauté noire. Le séparatisme racial toujours revendiqué par la NoI n’est par contre pas accepté. Au-delà de son succès événementiel, The million march man de 1995 apparaît donc comme un marqueur de la capacité qu’à la NoI actuelle à influencer la communauté noire bien au-delà de ses frontières religieuses.

International

Un prêcheur de la NoI, entouré de membres de Fruit of Islam, en 1999 en Angleterre, lors d’une tentative pour élargir les bases de l’organisation hors des USA. À compter des années 1980, Louis Farrakhan a déployé une action grandissante à l’extérieur des États-Unis d’Amérique. Certaines de ces actions visent à implanter de nouvelles filiales de la Nation de l’Islam, d’autres semblent surtout avoir un objectif en terme d’image, et d’autres enfin visent à l’obtention de financements. Un « centre d'étude » de la NOI à Toronto, au Canada, en 2007. En matière de création de nouvelles branches de la NoI, le résultat semble avoir été modeste. La branche canadienne serait la plus développée, eu égard à sa proximité avec le centre historique de l’organisation, dans le Nord-Est des États-Unis. Une branche dissidente de l’organisation y a même été créée en 1997, Nation of Islam of CanadaVoir le site de Nation of Islam of Canada : .. Il existe une petite branche françaiseVoir le site internet officiel de la branche française de la Nation de l’Islam , ainsi que l’article en anglais sur le site de Final Call, l’hebdomadaire de la NoI : Nisa Islam Muhammad « », FinalCall.com, 10 janvier 2007., ou serait passé (avant de la quitter) le militant noir radical Kemi Seba. L’organisation a également essayé sans grand succès de s’implanter en Grande-Bretagne dans les années 1990. L’organisation n’en revendique pas moins . Ces activités en dehors des États-Unis d’Amérique sont parfois mal perçues. Ainsi, le gouvernement britannique a-t-il interdit l’entrée sur son territoire à Louis Farrakhan en 1986, suite à sa déclaration selon laquelle Hitler avait été D’après une dépêche de l’agence Reuters du 17 janvier 1986, reproduite dans The New York Times .. Louis Farrakhan a prêté une attention particulière à l’Afrique, et y a effectué plusieurs voyagesVoir plusieurs exemples de ces voyages sur le site de la NoI : ., bien qu’une implantation permanente ne semble pas avoir été obtenue, ni forcément recherchée. En 1986, par exemple, Farrakhan organise un voyage de cinq jours au Nigéria D’après une dépêche de l’agence Associated Press du 9 février 1986, reproduite dans The New York Times . , provoquant certaines réactions négatives dans le paysD’après une dépêche de l’agence Reuters du 10 février 1986, reproduite dans The New York Times .. En mai 1993, Farrakhan se rend Le Saviour’s Day est à l’origine la fête en mémoire de Wallace Fard Muhammad, et était placée le 26 février. Louis Farrakhan a déplacé le jour de la fête au 7 octobre, date anniversaire de la naissance de Elijah Muhammad. La fête célèbre aujourd’hui les deux hommes.]. Le président Ghanéen Jerry Rawlings ouvrit et clôtura officiellement cette convention de 5 jours. Parmi de nombreux autres déplacements, on peut aussi citer la participation du dirigeant de la NoI (dans l’assistance) à la cérémonie inaugurale de l’Union Africaine de 2002. Le journal de la NoI a mis en valeur ses rencontres avec Askia Muhammad, « », Finall Call (hebdomadaire de la NoI), 17 Juillet 2002.. En 1996, Farrakhan s’est rendu en Libye, à l’époque sous sanction des Nations unies, pour recevoir le Prix Kadhafi des droits de l’Homme, assorti d’une somme de dollarsD’après The New York Times du 30 août 1996 .. Il a depuis été souvent reproché à la Nation de l’Islam d’être financée par la Libye. Le 18 décembre 1997, Farrakhan a pu rencontrer cheik Mohammed Sayed TantawiVoir l'article sur ce dernier dans la version anglophone de wikipedia Muhammad Sayyid Tantawy., le responsable d'Al-Azhar, la plus prestigieuse mosquée sunnite du monde« Peace mission to North Africa », Askia Muhammad, Chef du bureau de Washington de The final call, le journal de la NoI, .. Ces voyages renforcent la visibilité médiatique de la NoI, et réaffirment les liens entre l’Afrique et . Ils renforcent le rapprochement symbolique avec le monde musulman. Ils entretiennent également certaines polémiques aux USA, autour des liens de l’organisation avec des régimes ou des organisations considérées comme hostiles aux États-Unis, ainsi qu’autour des sources de financement de l’organisation.

Fruit of Islam

Fruit of Islam est la branche sécurité de l’organisation. Développée dès les années 1950, c’était à l’origine un simple service d’ordre, célèbre pour l’élégance stricte de ses membres. Sous la supervision de Louis Farrakhan, c’est devenu aussi une véritable entreprise de sécurité commerciale, qui loue le service de ses membres à des organisations, des municipalités ou des personnalités. Ainsi, RACHEL ZOLL, « Farrakhan Illness Casts Doubt on Nation », 1 octobre 2006, Washington Post, .. Par le biais de filiales commerciales, Fruit of Islam, réputée pour son efficacité, a contracté un certain nombre de contrats avec des municipalités. Ainsi, Lillian Ickowicz, « Strange fruit », 17 février 1998, The Australia/Israël review, .. Bien que les firmes liées à FoI aient de bons résultats, elles sont l’objet d’une certaine suspicion des médias. Plusieurs points inquiètent. D’une part, ces firmes recrutent beaucoup chez d’anciens détenus. Il s’agit là d’une caractéristique de tous les groupes black muslims, qui ont une activité importante dans les prisonsMalcolm X fut converti en prison. en vue d’amener les détenus à la « repentance » et au « salut ». Cette activité missionnaire et d’ailleurs dans une certaine mesure favorisée par les autorités carcérales elles-mêmes, à travers les aumôniers musulmans. La stricte discipline, qui est une des caractéristiques de Nation of Islam en général et de Fruit of Islam en particulier, a à ce jour évité tout débordement important, malgré certains problèmes (usage excessif de la force ou défaut de coopération avec la police, par exemple). D’autre part, certains craignent le développement d’une véritable branche paramilitaire de la NoI, en relation avec ses objectifs « anti-américains », comme la création d’un État noir indépendant (cet objectif est toujours affiché sur le site de la NoI, mais ne semble pas activement défendu). À ce titre, certaines déclarations ont pu renforcer les soupçons. Ainsi, . Enfin, certains voient dans FoI un des indices de la transformation de la NoI de structure religieuse en entreprise économique. De son coté, la NoI ne nie pas recruter d’anciens délinquants. Ainsi Saeed Shabazz, « Boston fights against systemic roots of violence », 26 juillet 2006, Final call, .. Mais elle insiste sur sa capacité à les ramener du coté de la loi, et sur la compétence qu’ils apportent dans la compréhension de la délinquance : en matière de sécurité, . L’organisation insiste d’ailleurs toujours sur les causes sociales et morales de la violence : , et . Au-delà de ces polémiques, Fruit of Islam témoigne du dynamisme de la NoI, bien au-delà de son positionnement religieux originel, la réputation d’efficacité de Fruit of Islam participant d’ailleurs à la popularité de Nation of Islam dans des quartiers pauvres en proie à la délinquance.

Idéologie : entre fidélité et évolution

Une petite mosquée de la Nation of Islam en Louisiane, en 2005. Une mosquée de la Nation of Islam à Harlem (New York), en 2005. L’idéologie de la NoI a été exprimée en 12 points par Elijah Muhammad dans son Message to the Blackman in America publié en 1965On peut voir ces 12 points sur , plus particulièrement sur . Bien qu’il n’y ait pas d’évolution sur ces dogmes, l’interprétation que la « nouvelle » Nation of Islam en donne s’est quelque peu normalisée. La revendication d’un « islam » particulier, ou celle du séparatisme noir (État indépendant, écoles séparées, refus des mariages mixtes) sont donc toujours officiellement en vigueur, mais avec des inflexions. Le rejet du christianisme, religion des blancs, s’est fortement atténué. La NoI, conformément à son discours « unitaire » afro-américain a beaucoup développé ses relations avec les pasteurs noirs américains, et n’insiste donc plus guère sur le rejet militant du christianisme. Les pratiques religieuses se sont aussi rapprochées de l’islam sunnite. Farrakhan insiste désormais énormément sur les pratiques classiques de l'islam sunnite, y compris le pèlerinage à la Mecque, et a réussit à rencontrer des dirigeant musulmans important, comme en décembre 1997 le responsable de la grande mosquée Al-Azhar du Caire. Les thèses les plus hétérodoxes de Elijah Muhammad, comme celle selon laquelle le dieu créateur de l'univers a disparu pour revenir sous les traits de Wallace D. Fard ne sont plus mises en avant, sans être officiellement rejetées. Le racisme anti-blanc n’est plus officiellement soutenu : . Le rapport au blanc, et en particulier aux Juifs, est cependant très ambigu : d’un côté, les Juifs ont apporté à l’humanité le message de Dieu, et ont donc manifestement un rôle spécial aux yeux de Dieu : Interview de Louis Farrakhan par Jeffrey Goldberg, 1998, intégralement publiée ici : , , . D’un autre côté, la NoI estime que les Juifs ont été en partie responsable de l’esclavage des Noirs et des ses horribles conséquences (cette thèse repose sur un livre très contesté The Secret Relationship Between Blacks and Jews, publié en 1990 sous l’égide de la NoI) . Steven HahnProfesseur d’histoire des États-Unis à l’université de Pennsylvanie, auteur de A Nation Under Our Feet : Black Political Struggles in the Rural South From Slavery to the Great Migration, Harvard University Press, Cambridge, 2003. Le livre a obtenu en 2004 le Pulitzer Prize for History, le Bancroft Prize de l’université de Columbia, et le Merle Curti Prize in Social History de l’Organisation des Historiens Américains. Voir son article sur Steven Hahn critique dans Le Monde diplomatique de mai 2006 ce livre comme étant un Steven Hahn, « Un bobard antisémite », dans Le Monde diplomatique, mai 2006. ..Plusieurs études universitaires montrent que les sentiments anti-juifs sont toujours bien présents au sein de la NoIVoir par exemple (au format PDF) : Étude d’un courant antisémite au sein de la communauté noire américaine dans les années 1990 de François-Xavier Fauvelle-Aymar, Institut d’Études africaines (CNRS), Aix-en-Provence . Louis Farrakhan a également pu déclarer dans une interview : . Le rejet des autres communautés se fait donc à travers une double thématique, à la fois nationaliste et sociale. Le Saviour’s Day, à l’origine la fête en mémoire de Wallace Fard Muhammad, était placée le 26 février. Louis Farrakhan a déplacé le jour de la fête au 7 octobre, date anniversaire de la naissance de Elijah Muhammad. La fête célèbre aujourd’hui les deux hommes. Domaine où la fidélité est totale, Louis Farrakhan insiste énormément, comme Elijah Muhammad, sur la responsabilité de l’homme vis-à-vis de la femme (les mères célibataires abandonnées sont un fléau de la communauté noire), sur le refus de la délinquance, sur l’importance de l’éducation et de la création d’entreprise par des Noirs pour sortir de la pauvreté. Ce discours conservateur, apprécié et très militant donne à Farrakhan une aura incontestable au sein de la communauté noire, bien au-delà du cercle de ses fidèles. Il a même attiré ponctuellement les éloges de certains dirigeants du parti républicainJerry Gray, « Kemp Praises Farrakhan For His Focus on Family », the New York Times, 10 septembre 1996, .. En pratique, le positionnement de Nation of Islam est aujourd’hui ambigu :
- Pas sunnite, mais insistant beaucoup sur les points communs avec l’islam. En particulier, les membres de Nation of Islam respectent les cinq obligations fondamentales du Musulman, mais leur croyance maintenue selon laquelle Wallace Fard Muhammad était Dieu incarné est inacceptable pour un Musulman orthodoxe.
- Plus officiellement raciste, mais pas toujours très loin d’un dérapage.
- Insistant sur la responsabilité des hommes par rapport aux femmes maltraitées de la communauté, mais dans une perspective plutôt sexiste de domination naturelle de l’homme sur la femme - site web officiel de ., mais les divergences n’ont pas disparu pour autant.

Synthèse

Malgré les évolutions de Nation of Islam, l’Islam sunnite continue de refuser ce groupe comme réellement musulman. Les trois points qui posent le plus problème sont :
- L’affirmation selon laquelle Dieu (Allah) s’est incarné en Wallace Fard Muhammad.
- Le refus de la résurrection physique des morts à la fin des temps. Nation of Islam croit à une résurrection seulement spirituelle.
- La pensée raciale du groupe, qui se traduit entre autre par son refus de s’ouvrir aux Blancs et par l’interdiction des mariages mixtes. De façon plus générale, Nation of Islam continue d’être considéré par ses détracteurs, notamment américains, comme un mouvement raciste et antisémite. Mais dans une partie de la communauté noire, la NoI voit sa popularité croître grâce à son discours mélangeant religion et nationalisme noir. Le poids réel de l’organisation est difficile à apprécier. On estime entre 1 et 2 millions le nombre de black muslims vivant aux États-Unis en 2006Le Council on American-Islamic Relations indiquait dans une étude de 2001 « Les évaluations d’une population musulmane totale de 6-7 millions en Amérique semblent raisonnables » (p.6 ), mais d’autres études donnent un chiffre moitié moins élevé : 2, 8 millions pour le American Jewish Committee (The New York Times du 25 octobre 2001, P. A16). Par ailleurs, l’étude du Council on American-Islamic Relations indiquait que les afro-américains étaient 30 % des personnes participant au culte (plus 3, 4 % d’immigrants d’Afrique sub-saharienne) (p. 18). Sur un total de 3 à 6 millions de musulmans, on arrive ainsi à un chiffre de 1 à 2 millions de Black muslims, conforme aux estimations souvent données. L’université de Géorgie (USA) donne par exemple le chiffre de 2, 1 millions de musulmans afro-américains , tout comme le New York Times dans un article du 28 février 2000 : , et d’autres plutôt 1 million .. Entre 5 et 10 % des musulmans noirs relèveraient de mosquées de la NoI ou en seraient des sympathisants. Les membres directs et actifs seraient plutôt entre 20 et , sans qu’il existe sur ce point (en 2007) une étude faisant l’unanimitéVoir par exemple .. Mais l’influence de l’organisation dans les domaines non-religieux dépasse aujourd’hui nettement ce périmètre.

Voir aussi

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