Yasser Arafat

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Yasser Arafat , né le 24 août 1929 au Caire et décédé le à Clamart en France, de son vrai nom Mohamed Abdel Raouf Arafat al-Qudwa al-Husseini et connu aussi sous son kounya Abou Ammar , a été un activiste puis homme politique palestinien. Il reçoit le prix Nobel de la Paix 1994 en compagnie de Shimon Peres et Yitzhak Rabin. Dirigeant du Fatah puis également de l’Organisation de libération de la Palestine, longtemps considér
Yasser Arafat

Yasser Arafat , né le 24 août 1929 au Caire et décédé le à Clamart en France, de son vrai nom Mohamed Abdel Raouf Arafat al-Qudwa al-Husseini et connu aussi sous son kounya Abou Ammar , a été un activiste puis homme politique palestinien. Il reçoit le prix Nobel de la Paix 1994 en compagnie de Shimon Peres et Yitzhak Rabin. Dirigeant du Fatah puis également de l’Organisation de libération de la Palestine, longtemps considéré comme un terroriste notamment par Israël en raison de son implication dans de nombreuses opérations qui ont coûté la vie à des civils et à des militaires israéliens, Yasser Arafat est resté pendant plusieurs décennies une figure controversée de l’expression par la violence des aspirations nationales palestiniennes avant d’apparaître pour Israël comme un partenaire de discussions dans le cadre du processus de paix israélo-palestinien dans les années 1990. Yasser Arafat représente alors le peuple palestinien dans les différentes négociations de paix et signe les accords d’Oslo en 1993. Il devient le premier président de la nouvelle Autorité palestinienne. À partir de 2001, après l’échec du sommet de Taba et le déclenchement de la Seconde Intifada, il perd progressivement de son crédit auprès d’une partie de son peuple qui lui reproche la corruption de son autorité. Il se retrouve isolé sur la scène internationale tandis que les Israéliens élisent Ariel Sharon au poste de Premier ministre de l’État d’Israël, amenant un durcissement de la position israélienne vis-à-vis du dirigeant palestinien contraint à ne plus quitter Ramallah. Cet isolement n’est rompu qu’à la veille de sa mort, quand il est emmené d’urgence à Paris où il décède en 2004.

Biographie

De 1929 à 1959, premières années

Naissance

Son nom officiel est Mohammed Abdel Rahman Abdel Raouf Arafat al-Qudua al-Husseini. Son biographe palestinien, Saïd K. Aburish, précise que « Mohammed Abdel Rahman était son prénom ; Abdel Raouf, le nom de son père ; Arafat, son grand-père ; al-Qudua est le nom de sa famille et al-Husseini est le nom du clan dont font partie les al-Qudua »Yasser Arafat Saïd K. Aburish p 16. Arafat se revendiquait comme le neveu du célèbre grand mufti de Jérusalem Hadj Amin al-HusseiniAmnon Kapeliouk, Arafat l’irréductible, éd. Fayard, 2004.. Yasser Arafat est né au Caire en Égypte, le 24 août 1929. Un biographe de Yasser Arafat, Alan Hart, rapporte que des documents découverts à l’université du Caire ont permis de conclure qu’il était bien né dans la capitale égyptienne. Sixième d’une famille de sept enfants, son père est un commerçant originaire de Gaza et sa mère est originaire de Jérusalem. Cependant, lui-même déclarait être né à Jérusalem le 4 août 1929. Sa mère aurait ainsi quitté le Caire durant sa grossesse suite à une dispute avec son époux, pour se rendre chez ses parents dans la ville sainte où elle aurait donné naissance à YasserArafat : la poudre et la paix, Janet Wallach, John Wallach, 1996 p.9. Arafat aurait insisté sur le fait qu’il était né à Jérusalem pour préserver son existence mythique et ainsi accroître sa crédibilité en tant que dirigeant palestinienArafat : la poudre et la paix, Janet Wallach, John Wallach, 1996 p.11. Enregistré par son père comme né au Caire, pour qu’'il bénéficie de l'’enseignement gratuit, Le Monde (consulté le 11 novembre 2006), il y passe la plus grande partie de son enfance et de son adolescence avec ses six frères et sœurs. Après le décès de sa mère, alors qu’il a cinq ans, il passe avec son frère, Fathi Arafat — qui devient plus tard le président du Croissant-Rouge palestinien —, quatre ans à Jérusalem chez un de ses oncles maternels, Salim Abou Saoud, avant que son père, lorsqu’il se marie pour la deuxième fois, David Hirst, The Guardian (consulté le 17 novembre 2006), le fasse rentrer au Caire où sa sœur aînée s’occupe de lui (consulté le 28 octobre 2006).

Une jeunesse engagée

Abdel Kader al-Husseini Au Caire, Arafat fréquente les Macchabées, des clubs sportifs juifs pour Arafat : la poudre et la paix, Janet Wallach, John Wallach, 1996 p.34. Parole rapportée par sa sœur Inam qui s’est occupé de lui. Il se met également à lire les textes de penseurs sionistes comme Theodor Herzl et Vladimir Jabotinsky. , déclare-t-il. Arafat est secrètement entraîné avec d’autres jeunes aux opérations de commando par un officier allemandArafat : la poudre et la paix, Janet Wallach, John Wallach, 1996 p.37 . Il dénonce également à la police égyptienne les membres de certains mouvements sionistes qui opéraient au Caire comme, par exemple, un groupe de jeunes filles juives de son voisinage, membres de la Jeunesse sioniste, qui effectuaient des transmissions radio pour encourager les juifs égyptiens à rejoindre le mouvement sioniste en Palestine. Sa sœur raconte aussi qu’Arafat . Sa sœur lui supprime son argent de poche pour le contraindre à lui obéir mais cela n’empêche pas Arafat de poursuivre ses activitésArafat : la poudre et la paix, Janet Wallach, John Wallach, 1996 p.36 . À 17 ans, il participe au transport vers la Palestine d’armes devant être employées contre les Britanniques et les Juifs. À 18 ans, il abandonne ses études à l’université pour participer aux combats en Palestine où il sert, selon certains, comme secrétaire d’Abdel Kader al-Husseini, le leader militaire arabe palestinien Université Aval (consulté le 7 décembre 2006). Lors de la défaite, il se sent trahi car les armées arabes désarment les étudiants palestiniens venus pour combattre. Yasser, qui se réfugie à Gaza, comprend que les Palestiniens ne peuvent compter sur personne et qu’ils doivent être indépendants des gouvernements arabes. Il envisage de partir s’installer aux États-Unis pour suivre une formation en ingénierie du pétrole à l’université du Texas, mais le visa lui est refusé (consulté le 28 octobre 2006). Il entre alors en 1949 à l’école d’ingénieurs de l’Université Roi Fouad I du Caire, où il obtient un diplôme d’ingénieur civil (consulté le 27 octobre 2006).

Lutte politique en Égypte

Carte des positions militaires au début octobre 1948 Au cours de ses études universitaires, il fait la connaissance de Khaled Moheidine, professeur d’art militaire chargé de la formation des officiers de réserve. On rapporte que Yasser ne manque pas une seule fois son cours et obtient ainsi le certificat d’officier de réserve. Cette formation lui permet de côtoyer des fonctionnaires du gouvernement égyptienArafat : la poudre et la paix, Janet Wallach, John Wallach, 1996 p.47, mais le temps qu’il y consacre fait qu’il n’obtient son diplôme d’ingénieur qu’un peu tard par rapport à ses camarades. Il se rapproche, sans toutefois en devenir membre, de la confrérie des Frères musulmans, qui militent en faveur de la cause palestinienne. Il participe avec eux à des opérations contre les Britanniques. De 1952 à 1956, il devient président de l’Union des étudiants palestiniens. Il édite le magazine La Voix de la Palestine. Le père d’Arafat meurt en 1952, mais Yasser n’assiste pas à ses funérailles : la sévérité de ce dernier avec ses enfants, ses mariages répétés et son expulsion à Gaza ont en effet contribué à l’éloigner de son fils. Arafat, qui considère que la monarchie égyptienne est corrompue, s’éloigne bientôt des « Frères » pour se rapprocher des « officiers libres » égyptiens (Naguib, Nasser, Sadate) qui préparent en secret le renversement de celle-ci, et qui accèdent au pouvoir en juillet 1952. L’année suivante, Arafat présente à Mohammed Naguib, alors président, une pétition au nom des étudiants palestiniens rédigée en lettres de sang avec 3 mots en arabe signifiant : « N’oubliez pas la Palestine ». En octobre 1955, Arafat est arrêté pendant quelques jours lors de la liquidation par le président Gamal Abdel Nasser de l’organisation des Frères musulmans qui s’opposent à son programme, considéré par eux comme étant « nationaliste athée » (consulté le 27 octobre 2006) . Durant la crise du canal de Suez, il sert dans l’armée égyptienne avec le grade de sous-lieutenant. Mais avec la défaite des armées arabes, il s’éloigne peu à peu des dirigeants arabes qu’il estime incapables de libérer la Palestine de Pommeray Anica (consulté le 18 novembre 2006). Au Caire, il rencontre également ceux qui fonderont le Fatah avec lui, et deviendront ses adjoints à la direction de l’OLP.

De 1959 à 1970, le début du Fatah

Le Koweït et la création du Fatah

Après plusieurs arrestations pour ses activités politiques en Égypte — avec les Frères musulmans — Yasser Arafat s’installe dans l’émirat du Koweït où de nombreux Palestiniens travaillent et résident. Le Koweït est à l’époque un protectorat britannique et les visas de travail sont délivrés par les ambassades anglaises au Caire, qui examinent avec soin les dossiers des demandeurs. Des compétences professionnelles solides sont exigées, et les activités politiques sont très mal vues. L’obtention du visa par Yasser Arafat malgré son profil reste difficile à expliquer. L’auteur palestinien Audeh Butus Audeh estime que les Britanniques lui ont néanmoins accordé un visa, parce qu’il était opposé à NasserYasser Arafat par Said K.Aburish p .57. Arafat travaille comme ingénieur au département des travaux publics puis à la municipalité de Koweït City, avant de développer sa propre affaire. Les revenus générés par cette activité lui permettent en 1958 de financer la création du Fatah, son parti politique Xinhaunet (consulté le 27 octobre 2006). Yasser Arafat est le seul parmi les fondateurs du mouvement à ne pas avoir d’enfants, et contrairement aux autres fondateurs, il ne prend pas le nom de l’enfant aîné. Il adopte le nom de guerre de Abou Ammar, en hommage à Ammar Ben Yasser, un compagnon du prophète Mahomet et premier martyr de l’islam. Abou signifie père de en arabe. Il crée le Mouvement de libération de la Palestine (Harakat Tahrir Filastin ) avec Salah Khalaf, Khalil al-Wazir et Farouk Kaddoumi, rebaptisé rapidement Fatah (la conquête). Cette nouvelle organisation a pour premier but l’établissement d’un État palestinien de la Méditerranée au Jourdain, recouvrant notamment les territoires d’Israël. Elle met en avant l’idée que la libération de la Palestine est avant tout l’affaire des Palestiniens, et ne saurait être confiée aux régimes arabes ou rapportée à une problématique d’unité arabe. Cette doctrine est, à l’époque de Nasser et du panarabisme triomphant, quasiment hérétique. En 1959, Arafat fonde avec Salah Khalaf le journal Filistinuna (Notre Palestine) qui préconise la lutte armée contre Israël. Arafat, qui cherche à donner une certaine légitimité à son organisation, contacte les gouvernements arabes. En 1965, il réussit à ouvrir un bureau à Alger Aljazeera.net (consulté le 20 novembre 2006).

Création de l’OLP

En avril 1964, à Jérusalem-Est alors sous contrôle jordanien, le Conseil national palestinien se réunit à l’hôtel Intercontinental, situé en haut du mont des Oliviers et adopte la Charte de l'OLP qui définit les objectifs nationalistes palestiniens. Un mois plus tard, la Ligue arabe se réunit à l’instigation de Nasser pour créer l’Organisation de libération de la Palestine. Celle-ci a pour but de combattre l’État israélien. Sa branche politique est le Fatah. Quant à son bras militaire, l’Armée de libération de la Palestine, il est placé sous le commandement des différentes armées arabes. Nasser s’inquiète en effet de la présence sur son sol de commandos palestiniens incontrôlés qui pourraient saboter l’armistice de 1957, en même temps qu’il doit montrer son soutien aux Palestiniens : d’où l’idée de créer une organisation qui sera sous son autorité. La même année, Yasser Arafat rencontre le pape Paul VI : le Vatican ne reconnaissait pas encore l’État d’Israël à cette époque. Le mois de décembre 1964 marque un tournant dans le parcours de l’organisation, lorsqu’un groupe du Fatah mène sa première opération militaire — la destruction d’une pompe à eau israélienne. Arafat envoie en personne un communiqué qui revendique l’opération au journal libanais An Nahar, Arabes 48 (consulté le 22 novembre 2006). Toutefois, cette attaque est un échec et le Fatah est condamné par la quasi-totalité des gouvernements arabes. Le Fatah poursuit toutefois ses opérations contre des cibles civiles avec notamment les attaques à l’explosif de juillet 1965 contre Beit Guvrin, et une voie ferrée près de Kfar Battir. Jusqu’à la guerre des Six Jours, la branche armée du Fatah mène une "centaine de raids". "Le début de lutte armée et plus particulièrement à Arafat, le soutien croissant de la diaspora palestinienne, lui permettant de prendre (…) les rennes de l’OLP" Benny Morris, Victimes. Histoire revisitée du conflit arabo-sioniste, Editions Complexes, 2003, p.398..

Émancipation et début de l’activisme

La guerre des Six Jours change la donne géopolitique au Proche-Orient et constitue le véritable point de départ de la carrière de Yasser Arafat. L’Égypte, la Syrie et la Jordanie sont défaites par Israël qui conquiert Jérusalem-Est et la Cisjordanie (qui étaient passés depuis le mandat britannique sous l’autorité de la Transjordanie depuis 1948), ainsi que la bande de Gaza et le Sinaï alors égyptiens et le Golan syrien. Les organisations palestiniennes se réorganisent. Deux jours après la fin des combats, un congrès du Fatah tenu à Damas décide, sous l’impulsion de Yasser Arafat, d’accentuer la lutte armée. L’attention d’Israël se détourne alors des gouvernements arabes pour se concentrer sur les diverses organisations palestiniennes, dont le Fatah. Entre la guerre des six jours et le début de l’année 1968, le Fatah organise la lutte intérieure en Cisjordanie en établissant des cellules et en perpétrant sabotages et attentats. Arafat se rend successivement à Qabatiya, Naplouse puis Ramallah où il est à deux doigts de se faire arrêter par le Shin BethBenny Morris, Victimes. Histoire revisitée du conflit arabo-sioniste, Editions Complexes, 2003, p.399.. La repression israélienne est "implacable" et fait plus de 200 tués parmi les PalestiniensBenny Morris, Victimes. Histoire revisitée du conflit arabo-sioniste, Editions Complexes, 2003, p.400.. Devant l’échec, Arafat et le Fatah décident alors de changer de tactique. Ils établissent leur quartier général à Karameh et lancent, depuis la Jordanie, des opérations pour lesquelles ils obtiennent le soutien de la Légion arabe. En réponse, Israël établit des systèmes de surveillance renforcés et mène des raids au-delà du JourdainBenny Morris, Victimes. Histoire revisitée du conflit arabo-sioniste, Editions Complexes, 2003, pp.401-402.. En mars 1968, en représailles à l’explosion d’un bus de ramassage scolaire sur une mine déposée par les fedayins, l’armée israélienne lance une opération d’envergure visant à détruire le camp palestinien de Karameh. 300 Palestiniens, auxquels Yasser Arafat a ordonné de « tenir tête à l’ennemi » et épaulés par une centaine de Jordaniens, font face pendant plusieurs heures à une incursion d’envergure menée par près de 6500 hommes soutenus par l’aviation, les blindés et l’artillerie. Le camp est finalement rasé et les Israéliens se retirent. 128 soldats jordaniens, 97 combattants palestiniens et 29 soldats israéliens sont tuésPierre Razoux, Tsahal, 2006, pp.239-242.. Malgré le nombre élevé de morts côté arabe et la destruction du camp, la bataille est considérée comme une victoire par le Fatah car les Israéliens se sont finalement retirés après dix heures de combat. Arafat annonce la victoire à la radio et organise à Amman des funérailles officielles pour les fedayins qui ont été tués. Cette nouvelle situation permet au Fatah de s’émanciper totalement de la tutelle des Moukhabarat, et de prendre la même année le contrôle de l’OLP, Organisation de Libération de la Palestine, organisme représentatif créé lors du sommet de la Ligue arabe quatre ans auparavant. Nasser reconnaît le Fatah et son chef, qu’il avait cherché à circonvenir par tous les moyens. Le , la charte de l’OLP est modifiée avec l’ajout de 7 nouveaux articles suite à la guerre de 1967 et devient la Charte nationale palestinienne, adoptée au Caire qui déclare le territoire de la Palestine mandataire comme indivisible et comme la patrie du peuple arabe palestinien. Cette charte est considérée par les Israéliens comme une véritable déclaration de guerre, car elle définit le but de l’organisation dans l’anéantissement de l’État d’Israël par la lutte armée en lui niant toute légitimité d’existence.

Présidence de l’OLP

Grâce aux différentes distinctions données par Nasser à Arafat, ce dernier est promu à la tête du Fatah. Même ses détracteurs au sein de l’organisation le suivent, ce qui lui permet de disposer d’une base solide. Arafat prend également de l’importance sur la scène internationale : à l’occasion de la bataille de Karameh, la couverture de Time offre les premières images publiques de cet homme qui est présenté comme le chef de la guérilla palestinienne. Une délégation du Fatah est acceptée en France, qui devient ainsi le premier pays non arabe à accepter une représentation permanente du mouvement. La direction de l’OLP est plus que jamais à sa portée Yasser Arafat par Saïd K Aburish p 139. Le , durant le Congrès national palestinien, il en est nommé président du comité exécutif (consulté le 27 octobre 2006), en remplacement de Yahya Hammouda. Yasser Arafat, en faisant monter l’OLP en première ligne, amène la nature du combat des Palestiniens sur un terrain plus politique. Il modifie alors le cap de l’OLP, d’un mouvement panarabe, pour en faire un mouvement qui se consacre à la cause nationale palestinienne. La lutte armée contre Israël a été acceptée par les accords du Caire en 1969Encyclopédie Larousse Article:Yasser Arafat. À l’aube des années 1970, l’OLP qu’il préside recourt à la violence dans sa lutte contre Israël. Ses militants n’hésitent pas à détourner des avions, à prendre des otages, à commettre des actions armées contre des civils, opérations qu’Arafat dirige et planifie Radio Canada Sophie-Hélène Lebeuf (consulté le 20 décembre 2006).

Septembre noir en Jordanie

Suite à la guerre des six jours, des milliers de nouveaux réfugiés et des fedayins palestiniens se sont installés en Jordanie. Après Karameh, l’OLP déplace son quartier général de Damas à Amman. Suite au prestige croissant de l’OLP, les combattants palestiniens commencent à parcourir en arme les rues des villes jordaniennes ce qui provoque des heurts avec les forces jordaniennes. Petit à petit, le pays devient la base de la lutte armée palestinienne, les bases et les camps palestiniens deviennent un "État dans l’État"Benny Morris, Victimes. Histoire revisitée du conflit arabo-sioniste, Editions Complexes, 2003, p.404. À la suite du détournement de trois avions par quatre Palestiniens du FPLP et de leur destruction sur le sol jordanien à Zarqa Arabes 48 (consulté le 22 novembre 2006), ainsi que de la tentative d’assassinat raté à son encontre, L’Humanité
(consulté le 4 décembre 2006), le roi Hussein ordonne, le , le massacre de dizaines de milliers de Palestiniens, qu’ils soient fedayins ou civils. La Syrie envoie deux cents tanks sur le sol jordanien pour aider les forces armées de l’OLP. Cet épisode dramatique est connu sous le nom de Septembre noir. Le 27 septembre au Caire, Nasser obtient, vingt-quatre heures avant sa mort, la fin de la tuerie en imposant un accord entre le roi Hussein et Yasser Arafat. Après plusieurs tentatives infructueuses de négociations avec le roi Hussein, Munib Masri, le Palestinien le plus haut placé dans le cabinet de Wasfi Tal, réussit à emmener avec lui Arafat pour rencontrer le roi. Après avoir atteint la ville de Jarash, il se dirige vers la Syrie, d’où il prend la route du Liban avec deux mille de ses combattants Yasser Arafat par Said.K.Aburish p 177. Chassés du pays, Arafat et le Fatah s’installent au Liban. Arafat devient le commandant en chef des forces révolutionnaires palestiniennes deux ans plus tard, puis, en 1973, le dirigeant du département politique de l’OLP. La nouvelle charte définie à Beyrouth prévoit de « s’attaquer aux intérêts sionistes partout dans le monde » et de « soulever la base libanaise aux côtés des Palestiniens ».

De 1970 à 1982, établissement au Liban

En septembre 1970, chassé de Jordanie par les troupes du roi Hussein de Jordanie, Arafat s’établit au Liban. Le gouvernement central du Liban, fragilisé, ne peut empêcher l’OLP d’opérer presque comme un État indépendant, surnommé parfois Fatah land. Les camps de réfugiés servent de bases d’entrainement militaire, et L’OLP commence alors des attaques d’artillerie et des infiltrations commando contre la frontière nord d’Israël, ou même des actions terroristes à l’étranger. Au Liban, Yasser Arafat contrôle les rentrées de fonds pour l’OLP. Le ministre syrien de la Défense, Moustafa Tlas, raconte qu’un jour une délégation d’hommes d’affaires koweitiens a remis à Arafat un chèque de dollars rédigé à l’ordre de l’OLP. Arafat l’a fait refaire à son nom. Tlas ajoute Arafat, la poudre et la paix, Janet Wallach, John Wallach, 1996 p 199. L’armée libanaise tente en 1969 de reprendre le contrôle des camps, mais elle est trop faible. Un compromis est trouvé avec la signature au Caire sous l’égide de Nasser, en 1969, d’un accord entre Yasser Arafat — commandant de l’OLP — et le commandant en chef de l’armée reconnaissant l’extraterritorialité des camps des fedayins.

Jeux Olympiques de Munich

En septembre 1972, huit Palestiniens du groupe Septembre noir pénètrent dans le village olympique, abattent deux membres de l’équipe israélienne et kidnappent neuf athlètes israéliens au cours des jeux Olympiques de Munich L’Internaute (consulté le 4 décembre 2006). Le commando palestinien réclame la libération de 200 de leurs compatriotes emprisonnés en Israël. Lors d’une tentative de libération des otages par la police allemande, une fusillade éclate, et tous les athlètes sont tués, la plupart par les preneurs d’otage, parfois à la grenade, mais quelques-uns également par les tireurs d’élite de la police. Selon Benny Morris, le Fatah avait pris la décision de créer le groupe Septembre noir lors d’un congrès du Fatah qui s’était tenu d’août à septembre 1971 à Damas Benny MorrisHistoire revisitée du conflit arabo-sioniste, Éditions complexe, 2003, ISBN 2870279388. La condamnation internationale de l’attaque ainsi que d’autres opérations du groupe Septembre noir a pour conséquence la distanciation du Fatah d’avec l’organisation. Arafat ordonne même l’assassinat de deux de ses membres qui ont refusé d’arrêter leurs activités Arafat : la poudre et la paix, Janet Wallach, John Wallach, 1996 . Mohammed Daoud Odeh, leader du commando qui a mené l’opération, indique dans un livre qu’il a publié en 1999 qu’Arafat avait été informé des plans de l’opération mais ajoute que l’intention n’avait jamais été de tuer les athlètes israéliens CBS Worldwide (consulté le 15 décembre 2006). Selon Said Aburich, on ne dispose d’aucune preuve qu’Arafat ait été personnellement impliqué dans les actions du groupe Septembre noir mais il aurait eu les moyens de les faire cesser et ne l’a pas faitYasser Arafat Saïd K. Aburish p 189.

Une « démarche progressive » vis-à-vis d’Israël

Le sommet arabe organisé à Alger en novembre 1973 admet implicitement l’idée d’une démarche progressive vis-à-vis d’Israël, en évoquant la libération prioritaire des territoires occupés en 1967. L’OLP est désignée par le même sommet comme seul représentant des Palestiniens dans le but de faire adhérer Arafat à cette idée, ce qu’il accepte. Arafat réunit la douzième conférence du Conseil national palestinien dans le but de faire accepter aux Palestiniens cette démarche par étape que certains craignent de voir devenir une reconnaissance d’Israël. Pour faire face aux oppositions internes à l’OLP, il ajoute au comité exécutif quatre nouveaux membres de la Cisjordanie et de la bande de Gaza. Les habitants des territoires occupés, et notamment les Cisjordaniens, sont en effet favorables à un règlement politique du conflit. Dans le même temps, Arafat essaie de prendre contact avec les États-Unis pour inciter Israël à reconnaître l’OLP. Il propose ainsi la protection par l’OLP des ressortissants et intérêts américains dans ses régions d’influence. Inquiet de ces développements, Israël prend alors contact avec la Jordanie qu’elle souhaite voir représenter les Palestiniens en lieu et place de l’OLPYasser Arafat par Saïd. K. Aburish p 212.. La nouvelle orientation d’Arafat divise l’OLP. Le FPLP gèle son adhésion, suivi par le FPLP-CG, le Front de libération arabe. Certains groupes palestiniens, comme l’Union générale des étudiants palestiniens et d’autres opposants d’Arafat, recourent à la violence pour affaiblir sa tentative de rapprochement avec les États-Unis. En 1974, le FPLP-CG mène plusieurs raids sur les villes du nord d’Israël: le 11 avril, 18 personnes (dont 9 enfants) sont tués dans un appartement de Kiryat Shmona et le 15 mai, 21 enfants sont tués lors une prise d’otages dans une école élémentaire à Ma'alot , Palestinian Facts, Jewish Virtual Library. Le , un commando de l’OLP arrivant à Tel Aviv par la mer s’introduit dans l’hôtel Savoy et prennent des otages. Huit de ces otages sont tués et 11 blessés par les Palestiniens qui finissent par se faire exploser dans leur retraite lors de l’opération de sauvetage israélienne qui fait 3 morts parmi les soldats, Palestinian Facts. Suite à ces attaques, le gouvernement d’Israël renforce son refus de toutes discussions avec l’OLP, malgré les dénégations d’Arafat qui tente en vain de faire admettre que ni lui, ni l’OLP, ne sont responsables de ces attaquesYasser Arafat par Saïd. K. Aburish p 213..

La bataille diplomatique

L’année 1974 constitue, pour Yasser Arafat, une année importante d’avancées en faveur d’un règlement politique. Sur le plan international Le 14 mai, l’ONU reconnaît l’OLP par 105 voix contre 4 comme représentant du peuple palestinien. Le 21 octobre à Beyrouth, il rencontre Jean Sauvagnargues, ministre français des Affaires étrangères, qui devient ainsi le premier chef de la diplomatie occidentale à recevoir Arafat L’Express, Yves Cuau (consulté le 20 décembre 2006). Le 13 novembre 1974, Yasser Arafat fait un discours devant l’Assemblée générale des Nations unies. Il y définit le sionisme comme une idéologie raciste, impérialiste et colonialiste, il y justifie la cause palestinienne en la comparant aux luttes nationalistes d’autres peuples du monde, et il y défend l’idée d’un État unique démocratique où vivraient chrétiens, juifs et musulmans , Le Monde diplomatique. Le 22 novembre 1974, l’Organisation est admise comme membre observateur à l’ONU, faisant d’Arafat le premier représentant d’une organisation non gouvernementale à participer à une session plénière de l’Assemblée générale de l’Organisation des Nations unies. Dans le monde arabe Au mois de juin, l’OLP adopte le principe de création d’un État palestinien sur les territoires qui seront libérés. Arafat déclare ne pas vouloir , et ne pas vouloir Saphir news (consulté le 20 décembre 2006) mais n’abroge pas la partie de la charte de l’OLP visant la fin du sionisme étatique. Le , lors du 8 sommet arabe à Rabat, les chefs d’États arabes admettent l’OLP comme membre à part entière de la Ligue arabe. Cette résolution implique également « l’obligation de tous les pays arabes de préserver l’unité palestinienne et de s’abstenir de toute ingérence dans les affaires palestiniennes. » (consulté le 28 octobre 2006).

Activisme palestinien et intervention israélienne au Liban

En 1976, le massacre de Damour, commis principalement par les milices palestiniennes, marque le déclenchement de la guerre civile libanaise. Le président libanais et le chef de l’OLP sont convoqués à Riyad et sont invités par l’Arabie saoudite et l’Égypte à reconnaître la légitimité de la présence des troupes syriennes au Liban, et l’officialisent par la mise en place de la Force arabe de dissuasion (FAD). D’autre part, des attaques palestiniennes contre le territoire israélien sont organisées depuis le Liban. Le 11 mars 1978, un commando palestinien parti de Damour débarque au sud de Haïfa et prend les passagers d’un autobus en otage. Le commando mitraille tout ce que rencontre l’autobus. Le bus est finalement arrêté par une unité militaire israélienne au nord de Tel Aviv et les membres du commando palestinien sont tués. Le lourd bilan est au total de 35 morts et 74 blessés graves dont de nombreux civils Tsahal de Pierre Razoux, p342. Israël attend du Liban qu’il assure sa sécurité en contrôlant l’activité des Palestiniens sur son territoire, mais le Liban est trop faible pour résoudre le problème. Menahem Begin lance l’Opération Litani en 1978, au terme de laquelle l’armée israélienne et l’armée du Sud Liban (des chrétiens libanais alliés aux Israéliens) prennent le contrôle d’une étroite bande de terre, dite la zone de sécurité, qui sera évacuée en 1985. En 1982, un attentat est commis à Londres par Abou Nidal (qui avait aussi tenté auparavant d’assassiner Arafat), contre un diplomate israélien, Shlomo Argov, et laisse ce dernier paralysé. Israël accuse l’OLP, qui envoie en continu depuis 1981 des roquettes du Liban sur son territoire mais qui nie toute implication dans l’affaire, et une seconde opération militaire, dite opération Paix en Galilée, voit s’affronter Palestiniens dirigés par Arafat et soldats israéliens. La structure de commandement qu’il avait imaginée sur le terrain s’effondre, les officiers sur lesquels il comptait prennent la fuite. Said Aburich décrit cette situation comme suit : Yasser Arafat par Saïd K.Aburish p. 259. Arafat lance des appels dans les médias pour demander de l’aide aux pays arabes qui ne bougent pas. La Ligue arabe ne juge même pas utile de se réunir. Même la Syrie avec laquelle Arafat a mis un plan d’urgence en cas d’invasion israélienne signe une trêve unilatérale avec Israël qui occupe le Liban Sud au terme de l’opérationYasser Arafat par Saïd K. Aburish p. 260. C’est au cours de cette seconde opération, lors du siège de Beyrouth par l’armée israélienne, que des civils palestiniens (entre 800 et 3500 selon les sources) sont massacrés dans les camps de réfugiés de Sabra et Chatila par les milices chrétiennes. L’implication supposée d’Ariel Sharon, alors ministre de la Défense d’Israël, dans cette opération aura plus tard un impact négatif sur les pourparlers de paix lorsqu’il accèdera aux fonctions de Premier ministre, le . Pendant la période libanaise, les camps palestiniens deviennent de plus en plus indépendants. De sa base de Beyrouth, l’OLP prend en charge les services sociaux aux réfugiés palestiniens. Mais dans le même temps, elle arme et organise les groupes de fedayins qui lancent des attaques contre Israël et ses intérêts.

De 1982 à 1994, établissement à Tunis

Retrait du Liban

En 1982, en pleine guerre du Liban, Arafat échappe à la mort en quittant de justesse un immeuble réduit à terre par une bombe israélienne. Il est forcé de quitter Beyrouth, assiégée par l’armée israélienne, le 30 août 1982, à bord d’un navire vers la Grèce puis la Tunisie, ce qui désorganise en partie ses rentrées financières. Le président tunisien, Habib Bourguiba, est peu enclin à héberger Arafat mais finit par accepter après les pressions de la Ligue arabe et de sa femme Tsahal, Pierre Razoux, 2006, p.374. Un an après, Arafat revient à Tripoli au Liban. Dès le mois de septembre, les partisans d’Arafat sont repoussés par des dissidents de l’OLP dirigés par Abou Moussa épaulés par des troupes syriennestirées de Pierre Razoux, Tsahal, 2006, p.383 vers les camps de réfugiés de Tripoli. Yasser Arafat est contraint à l’exil. Farouk Kaddoumi demande à l’URSS de protéger les navires quittant le port de la ville pour assurer le départ d’Arafat mais les Soviétiques refusent. Farouk Kaddoumi demande alors l’aide des Français qui acceptent. L’URSS justifie son refus par la volonté d’éviter tout conflit avec les États-UnisAyyam Al-sayyed Al-arabi, diffusé sur Al-Arabiya le 23 novembre 2006. Arafat et 4000 de ses partisans quittent Tripoli sur des bâtiments grecs protégés par la marine française (consulté le 23 novembre 2006). Il installe son quartier général dans la ville de Borj Cédria tout près de Tunis où il vit constamment sur ses gardes. Il n’a pas de domicile fixe et ne dort jamais plus d’une nuit au même endroit. Il accepte la dispersion de ses forces combattantes. Arafat évite la mort le lorsqu’un avion de chasse israélien F-15 bombarde le siège de l’OLP à Tunis où devait se tenir un meeting entre les dirigeants du mouvement, meeting auquel Arafat arrive en retard Time magazine (consulté le 17 novembre 2006). Cette opération intervient en réponse à l’assassinat de trois Israéliens à Chypre. Le 5 octobre, un navire de croisière italien, le Achille Lauro, est détourné par 4 membres de l’OLP. Le , d’autres commandos palestiniens attaquent les comptoirs aériens de El Al dans les aéroports de Rome et de Vienne, faisant 15 morts civils. Malgré le renoncement au terrorisme de l’OLP en novembre 1985 au Caire, l’organisation est impliquée dans plus de 100 actes lors des deux années suivantes Université Laval (consulté le 7 décembre 2006).

Première Intifada et déclaration d’Alger

En 1988, la première Intifada, ou « révolte des pierres », éclate en Cisjordanie et sur la bande de Gaza. Bien que l’OLP ait été grandement impliquée dans cette révolte, celle-ci a principalement été menée par le Commandement unifié de l’Intifada, et non par la faction tunisienne d’Arafat. L’éclatement de l’Intifada précipite la proclamation depuis Alger d’un État palestinien dans la nuit du 14 au et Arafat est élu par le Conseil national palestinien, président de ce nouvel État. Dans le même temps, l’OLP reconnaît la résolution 181 de l’ONU de 1947 qui partage la Palestine en deux États, l’un juif, l’autre arabe, reconnaissant de facto l’existence de l’État israélien, et elle réaffirme sa condamnation du terrorisme .

Ouverture diplomatique

Yasser Arafat s’engage alors dans une démarche diplomatique, en accord avec sa nouvelle forme de lutte pour l’obtention d’un État palestinien. Le 13 décembre 1988, devant l’Assemblée générale des Nations unies à Genève, Arafat en appelle à une résolution pacifique du conflit israélo-arabe sur base des résolutions 181, 242 et 338 et rappelle le rejet par le Conseil national palestinien et par l’OLP de toute forme de terrorisme Texte complet dans Journal of Palestine Studies, Winter 1989, pp. 216-28.. Il aurait précisé le lendemain lors d’une conférence de presse que l’OLP reconnaissait la résolution 242, le droit à l’existence d’Israël et renoncer au terrorisme sur le site partisan pro-israélien palestinefacts. Le président américain Ronald Reagan met fin aux 13 années d’interdiction de discuter avec l’OLP Associated Press (consulté le 17 novembre 2006) en officialisant l’ouverture du dialogue avec l’organisation, lors d’une conférence de presse le 14 décembre. Arafat rencontre le pape Jean-Paul II au Vatican, le , et affiche par exemple sa dévotion envers « Notre Seigneur Jésus-Christ » (« palestinien puisque né à Bethléem, qui est un mot hébraïque qui veut dire "maison du pain" »), pour rallier à lui la minorité chrétienne palestinienne qui, bien souvent, est persécutée par les intégristes musulmans et obligée de fuir. Dès cette époque, il assiste à toutes les messes de Noël à Bethléem, sauf lorsque l’accès lui en est interdit par Israël à la fin de sa vie. Le 2 mai 1989, en visite officielle, pour la première fois à Paris, Arafat déclare « caduque » la charte de l’OLP qui affirmait que « la lutte armée est la seule voie pour la libération de la Palestine ». C’est la condition qu’avait mise François Mitterrand pour accepter de rencontrer le leader de l’OLP. Arafat fait état d’une « correspondance avec le général de Gaulle en 1968 » et montre la croix de Lorraine que ce dernier lui aurait envoyée, ce que niera le fils du général Michel Gurfinkiel évoque une interview accordé par Philippe de Gaulle, fils du général, paru dans le magazine Valeurs actuelles à la date du 12 décembre 1988. Le , plus de 60 sénateurs américains envoient une lettre au secrétaire d’État James Baker, pour s’opposer au visa d’entrée d’Arafat en visite au siège de l’ONU aux États-Unis.

L’alliance avec Saddam Hussein

En 1989, la désintégration de l’empire soviétique et la fin de la guerre froide entraînent une redistribution des alliances diplomatiques qui marginalise Arafat sur la scène internationale. De plus, le gouvernement russe autorise l’émigration vers Israël de plusieurs centaines de milliers de ses ressortissants de confession juive. Cherchant une issue à son isolement, Yasser Arafat s’allie avec Saddam Hussein, de qui il aurait reçu de l’aide financière (consulté le 17 novembre 2006), et ne condamne pas l’invasion du Koweït par l’Irak, ce qui est perçu comme une trahison par le Koweït. Dans les jours qui précèdent l’invasion, Yasser Arafat fait la navette entre Bagdad et Koweït City pour tenter d’imposer sa médiation. Mais ses interlocuteurs koweïtiens ont remarqué qu’il semblait être étrangement réceptif aux arguments de Saddam Hussein et la communauté palestinienne, très importante ( personnes) dans le petit émirat du Koweït, favorise la prise de cet État par l’armée irakienne en 1990. Sa décision mènera à la faillite de l’OLP, puisque plusieurs États, comme l’Arabie saoudite et le Koweït, lui retirent alors leur soutien financier. Cette alliance vaut à Yasser Arafat, après la deuxième guerre du Golfe et la défaite des armées irakiennes, le ressentiment et la colère des monarchies pétrolières et des Américains. Il est paradoxalement sauvé par le nouveau gouvernement israélien, où la gauche arrive au pouvoir en 1992 avec Yitzhak Rabin et Shimon Peres, qui estiment que Yasser Arafat ne peut plus refuser de leur donner toutes les garanties nécessaires en matière de sécurité, en vue de la création d’un État autonome palestinien en Cisjordanie et dans la bande de Gaza.

Accident d’avion

En 1992, Arafat échappe à la mort lorsque son avion, un Antonov 26, s’écrase en Libye alors qu’il effectue la liaison Khartoum-Tripoli. Dès la disparition de l’appareil, les autorités palestiniennes ont fait appel à l’aide internationale. À la suite d’une intervention de l’ex-président américain Jimmy Carter, George Bush autorise la fourniture d’informations enregistrées par les satellites américains. De leur côté, les autorités françaises envoient deux appareils, l’un basé au Tchad, l’autre à Djibouti, pour participer aux recherches Article paru dans l’édition du 9 avril 1992. L’Humanité (consulté le 25 novembre 2006). Les deux pilotes de l’avion du leader palestinien ainsi qu’un ingénieur trouvent la mort, Jenny Booth, Times Online (consulté le 17 novembre 2006) et Arafat ne souffre que de quelques contusions. Quelques semaines plus tard, il est hospitalisé d’urgence à Amman, en Jordanie, pour être opéré d’un caillot au cerveau.

De 1994 à 2001, le retour en Palestine

Processus d’Oslo

Yitzhak Rabin, Bill Clinton et Yasser Arafat durant les accords d’Oslo le Alors que le processus de paix entamé à la Conférence de Madrid de 1991 ne donnait aucun résultat, des négociations secrètes sont menées à Oslo entre des membres de l’OLP et du gouvernement israélien pour trouver un accord de paix. Le , la Déclaration de Principes dite « accords d’Oslo », est signée à la Maison Blanche sous l’égide du président Bill Clinton. Le monde entier retient la poignée de main historique échangée entre le premier ministre israélien Yitzhak Rabin et Yasser Arafat. Arafat est alors invité par le Parlement européen en décembre 1993 (après avoir été reçu à titre non officiel au sein du Parlement en octobre 1988), et il insiste sur le rôle que l’Union européenne doit jouer dans le processus de paix. Dans une lettre adressée à Yitzhak Rabin le , Arafat déclare que l’OLP renonce officiellement à la lutte armée contre Israël en même temps qu’elle reconnaît la légitimité de cet État : . En 1994, Yasser Arafat, Shimon Peres et Yitzhak Rabin reçoivent le prix Nobel de la paix pour leurs efforts en faveur de la paix dans cette région. L’un des cinq jurés du comité Nobel démissionne pour protester contre l’attribution du prix à Yasser Arafat. Arafat et Yitzhak Rabin partagent également la même année le prix du prince d’Asturies de la coopération internationale (consulté le 19 décembre 2006). :Voir aussi :

Arafat au pouvoir

Yasser Arafat prend ses quartiers à Gaza à partir de juillet 1994 et reçoit un accueil triomphal. L’accord dit « Oslo II », conclu en septembre 1995, permet la tenue d’élections générales en janvier 1996 qui opposent Arafat à Samiha Khalil. Arafat est élu sous le contrôle d’observateurs internationaux, avec 87, 1 % des suffrages exprimés, président de la nouvelle Autorité palestinienne, née des accords d’Oslo. Le 4 novembre 1995, Yitzhak Rabin est assassiné lors d’une assemblée pour la paix à Tel Aviv. Nabil Shaath raconte . Les journalistes John et Janet Wallah estiment qu’. On conseille à Arafat de ne pas assister aux obsèques. Il envoie alors des représentants du gouvernement et va quelques jours plus tard présenter ses condoléances à Leah Rabin. Le 19 novembre, l’armée israélienne se retire de Jénine. Il s’agit du premier retrait israélien et l’autonomie est étendue. Mais l’assassinat de Yahia Ayache par le Shin Beth met un terme aux efforts de Yasser Arafat de convaincre le mouvement islamiste Hamas de présenter des candidats aux élections législatives. Le Hamas répond par quatre attentats-suicides faisant plus de 60 victimes israéliennes. Arafat fait alors arrêter des centaines d’activistes islamistes, exige la fermeture de l’université islamique de Gaza et interpelle cinq des treize « terroristes » les plus recherchés par IsraëlLa poudre et la paix, Janet Wallach, John Wallach, 1996 p 430. Le , le 21 Conseil national palestinien modifie les articles de la charte nationale palestinienne refusant l’existence de l’État d’IsraëlVote en avril 1996 du Conseil national palestinien (organe législatif de l’OLP), par 504 voix contre 54 et 14 abstentions. Voir . Dans les années qui suivent, l’économie palestinienne croît à un rythme de 9, 28 % par an, selon un rapport du FMI, et les investissements de 150 %, ce qui en fait l’un des taux de développement les plus rapides au monde au cours de cette période. Après les élections de 1996, Arafat prend officiellement le titre de Raïs (tête) de l’Autorité palestinienne. L’évolution du processus de paix se ralentit et en octobre 1998, le président américain Bill Clinton doit persuader Arafat et le nouveau Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahou, pour les amener à signer le mémorandum de Wye Plantation prévoyant de nouvelles étapes à entreprendre pour parvenir à la paix entre les deux partis.

Relation avec le Hamas

Sur la scène palestinienne, Arafat entretient de mauvaises relations avec le Hamas. Celui-ci a semblé lui déclarer la guerre dès son retour dans les territoires palestiniens. Il a cherché à l’affaiblir en soutenant un parti islamique fondé en 1995, Le Monde (consulté le 20 novembre 2006), soit un an après son retour dans les territoires. Des membres du Hamas ont été également arrêtés : 170 sympathisants sont ainsi arrêtés en 1995, lors de sa première année dans les territoires occupés. Depuis sa création, le Hamas rejette la coopération avec l’OLP et à plusieurs reprises, ses militants se heurtent, sur le terrain, aux militants de Yasser Arafat Lætitia BUCAILLE, Politique Internationale (consulté le 20 novembre 2006). Celui-ci considère le Hamas comme une création du Mossad, le service secret israélien (consulté le 8 novembre 2006). Lorsqu’Arafat déclare la fin de la lutte armée contre Israël le 24 avril 1996, des voix s’élèvent contre sa décision et les relations avec le Hamas se dégradent encore. L’Autorité palestinienne déclare avoir déjoué une tentative d’assassiner Arafat par le mouvement islamiste et arrête 7 personnes qui devaient l’assassiner pendant Aïd el-Adha (consulté le 15 décembre 2006). Aussi, Arafat assigne à résidence Ahmed Yassine, le chef spirituel du Hamas Radio Canada (consulté le 20 novembre 2006). (Toutefois, lors de son assassinat par Israël, le , Yasser Arafat dénoncera comme un « crime barbare » l’assassinat de Ahmed Yassine et décrètera trois jours de deuil dans les territoires palestiniens Al Oufok (consulté le 20 novembre 2006)).

Contestation du pouvoir

Si, sur le plan extérieur, son régime doit faire face à de nombreuses accusations de corruption et de violation des règles démocratiques — certains accusent Arafat d’être corrompu et des chiffres circulent sur les sommes détournées vers un compte personnel de Yasser Arafat (le rapport du FMI les estime à 800 millions de dollars, d’autres sources à plusieurs milliards, CBS news (consulté le 17 novembre 2006)) —, sur le plan intérieur, le leadership de Yasser Arafat, qui muselle toute tentative d’opposition, ne paraît que rarement être remis en cause. Selon Amnesty International, les prisonniers politiques sont souvent torturés, avec son aval. Bassam Eid, journaliste palestinien et directeur de Palestinian Human Rights Monitor Group, confirme qu’« il est à l’origine de chacun des actes de ses services de sécurité il les libère après une enquête bidon » Yasser Arafat Saïd K. Aburish p 457. Le , 20 intellectuels et hommes politiques palestiniens signent une pétition traitant le gouvernement palestinien de . Arafat ordonne l’arrêt de 11 d’entre eux. Les 9 restants sont protégés par loi et ne sont pas arrêtés, mais deux d’entre eux disent avoir été attaqués par la police palestinienne Associated Press (consulté le 17 novembre 2006). Il est aussi accusé de participer au conditionnement de la population palestinienne à la guerre contre Israël, à l’école, à la mosquée, par la presse et la télévision. Les critiques ne viennent pas seulement des opposants à un État palestinien (consulté le 17 novembre 2006). Ainsi, par exemple, le « Centre palestinien pour les droits humains » accuse l’Autorité palestinienne de procéder à des arrestations politiques de militants islamistes. Mohammed Dahlan, ex-ministre de l’intérieur, accuse Arafat d’avoir gaspillé 5 milliards de dollars The Guardian, Conal Urquhart (consulté le 8 décembre 2006) ce qui pousse Arafat à essayer à plusieurs reprises d’écarter Dahlan après ces accusations portées contre lui.

Sommet de Camp David

En juillet 2000, le sommet de Camp David entre Yasser Arafat et Ehud Barak évoque la reconnaissance d’un État palestinien. Il butte néanmoins sur de nombreux points. À l’issue du sommet, chacune des deux parties rejette la responsabilité de l’échec des discussions sur l’autre partie. Les Palestiniens considèrent qu’Israël ne leur a pas proposé assez, tandis que les Israéliens clament qu’ils ne peuvent raisonnablement pas offrir davantage. Aux États-Unis comme en Israël, l’échec est largement attribué à Yasser Arafat qui, pour eux, avait quitté la table des négociations sans faire de contre-proposition.

De 2000 à 2004, la seconde Intifada

Seconde intifada, échec de Taba et élection d’Ariel Sharon

Arafat en 1999 La seconde Intifada est initiée en , à la suite de l’échec des discussions israélo-palestiniennes ; elle tourne rapidement à la guerre ouverte avec Israël. La visite du parlementaire du Likoud, Ariel Sharon, sur l’Esplanade des mosquées/Mont du Temple est vécue par eux comme une provocation. La veille, Arafat demande au Premier ministre israélien, Ehud Barak, d’annuler cette visite car selon lui, elle risque de provoquer de nouvelles émeutes sanglantes Tsahal, Pierre Razoux, p 443. Barak ne peut interdire cet acte politique de Sharon. Cette visite est le point de départ de mois de violence qu’Arafat n’arrive pas à maitriser. Des attentats-suicides, visant la population civile, sont perpétrés en Israël. Impuissant à calmer la révolte, y compris parmi les Faucons du Fatah, Arafat décide de se joindre à l’Intifada en diffusant un appel dans lequel il exhorte les Palestiniens à se soulever contre « l’usurpateur israélien ». Mais c’est la faction du Fatah dirigée par Marouan Barghouti, qui ne reçoit aucun ordre d’Arafat, qui dirige cette deuxième intifadaYasser Arafat Saïd K. Aburish p 486. Dans un rapport établi à ce sujet, Human Rights Watch déclare ne pas avoir trouvé de preuves que Yasser Arafat ou l’Autorité palestinienne aient jamais participé à la mise en œuvre de ces attaques, mais souligne que cette dernière n’a pas fait suffisamment pour poursuivre les organisateurs et n’a pas pris de mesures préventives. Aussi Kenneth Roath, directeur exécutif de Human rights watch, déclare que Arafat et l’Autorité palestinienne portent un degré de responsabilité politique élevé dans les atrocités qui se sont produites Human Rights Watch (consulté le 25 mars 2007). Selon les sources officielles israéliennes, 506 personnes ont trouvé la mort dans les attentats-suicides entre 2000 et 2004 (consulté le 25 mars 2007) et elles accusent les dirigeants palestiniens de n’avoir rien fait pour arrêter les kamikazes voire même de les avoir encouragés (consulté le 25 mars 2007). Des négociations de paix sont engagées dans l’urgence en janvier 2001 au cours du Sommet de Taba alors que les violences sur le terrain se multiplient. Elles n’aboutissent pas, à la veille d’élections anticipées en Israël. D’après al-Jazeera, Arafat refuse également les propositions du Président américain Bill Clinton de renoncer au droit au retour des réfugiés palestiniens en échange du statut de Jérusalem comme capitale de la Palestine et d’Israël Aljazeera.net (consulté le 20 novembre 2006). Selon un de ses gardes de corps, Arafat aurait dit à Clinton que s’il acceptait cette offre, il serait tué des mains de son propre peuple. Des personnalités arabes, comme le président égyptien Hosni Moubarak, pressent Arafat d’accepter cette offre mais celui-ci répond que cela est impossible Ibrahim Barzak, The Boston Globe (consulté le 26 novembre 2006). Les pourparlers de Taba sont interrompus, le , après six jours de négociations intenses suite à la mise en terme aux discussions par Shlomo Ben-Ami, ministre des Affaires étrangères et chef de la délégation israélienne à la demande expresse d’Ehoud Barak MEDEA, article de René Backmann paru sur Le Nouvel Observateur, n° 1919, 16-22 juillet 2001 (consulté le 7 décembre 2006). En février 2001, Ariel Sharon est élu Premier ministre tandis qu’aux États-Unis, George W. Bush est élu président. Ariel Sharon ne cherche pas à poursuivre les négociations avec Yasser Arafat qu’il ne juge pas comme un interlocuteur valable.

L’isolement à la Mouqata'a

Les attentats du 11 septembre 2001 précipitent les États-Unis dans la « guerre contre le terrorisme » à partir de décembre 2001, alors qu’au même moment, Yasser Arafat conclut une trêve avec le Hamas et le Jihad islamique palestinien. Considéré comme responsable du déclenchement de la seconde Intifada et des attentats-suicides par le gouvernement israélien, boycotté par le gouvernement américain, Yasser Arafat va passer les dernières années de sa vie enfermé dans la Mouqata’a, son QG de Ramallah, encerclée par les forces israéliennes. Interdit de voyage aussi bien en Palestine qu’à l’étranger, il va perdre toute prise sur les évènements, gardant toutefois le contrôle de l’Autorité palestinienne et de l’OLP. Pour les responsables israéliens, le président de l’Autorité palestinienne n’est plus un interlocuteur valable. Un crédo partagé par Washington, qui fait de son départ une condition préalable à la création d’un État palestinien indépendant . Bush décrit Sharon comme un homme de paix et refuse de recevoir Arafat. Selon certains observateurs politiques, Yasser Arafat était « diabolisé » et était devenu « infréquentable ». « Enfermé sans que les opinions publiques internationales ne s’en indignent réellement », il semblait être ressenti comme un « gêneur », le peuple palestinien ne « le voyant presque plus » et s’étant « habitué à vivre et à combattre sans lui ». L’assassinat ciblé de Raed Karmi, membre du Tanzim, de la région de Toulkarem, par les forces israéliennes, change la nature des attentats en Israël. Ceux-ci sont dorénavant perpétrés en Cisjordanie et à Gaza. De son côté, Ariel Sharon lance une série de représailles à grande échelle avec l’accord de George W. Bush et de Donald Rumsfeld. George W. Bush déclare qu’Arafat est inapte à gouverner David Hirst, The Guardian (consulté le 17 novembre 2006) et appelle les . L’Union européenne exige de Yasser Arafat une dénonciation catégorique et « en langue arabe » du terrorisme, ce qu’il fait le et, en février 2002, il publie une « vision de la paix ». En 2002, l’« Affaire du Karine A » met directement en cause Yasser Arafat : un bateau transportant 50 tonnes d’armement est arraisonné par l’armée israélienne : selon cette dernière la cargaison est destinée aux Palestiniens. Des documents montreront que le bateau était possédé par l’Irakien Ali Mohamed Abbas. Certains officiels américains ont suggéré par la suite que le bateau n’était pas destiné à l’Autorité palestinienne mais au Hezbollah Guardian Unlimited (consulté le 10 décembre 2006). En vertu des réformes exigées par Israël et les États-Unis, Yasser Arafat doit toutefois se résigner, en février 2003, à nommer un premier ministre qui sera Mahmoud Abbas. Deux ans et demi après le début de la seconde Intifada, le poste de premier ministre, qui n’était pas prévu à la création de l’Autorité palestinienne, est imposé à Arafat par les occidentaux, notamment par les Américains, qui y voient une façon de contourner l’obstacle à la paix qu’est devenu pour eux Arafat gouvernant seul. Pour eux, il faut un nouvel interlocuteur. Washington fait alors pression pour que soit créé ce poste de premier ministre au sein de l’Autorité palestinienne. Un bras de fer oppose rapidement Arafat à son premier ministre Mahmoud Abbas. Au centre des divergences, la feuille de route pour la paix et la proposition de Mahmoud Abbas de nommer Mohammed Dahlan au poste de ministre de l’Intérieur. Suite à un conflit de pouvoir avec Yasser Arafat autour de la question du contrôle des forces de sécurité, Mahmoud Abbas renonce à son poste le . Le refus d’Arafat de lui conférer des pouvoirs essentiels, ainsi que son maintien du contrôle de certains services de sécurité, ont limité la capacité d’agir de l’ex-Premier Ministre MEDEA, (consulté le 8 décembre 2006). Ahmed Qoreï est alors nommé à sa place. C’est en 2003 également que des membres du gouvernement Sharon vont jusqu’à proposer publiquement de « l’éliminer ». La très forte réaction de la communauté internationale force le gouvernement Sharon à se rétracter. En 2004, Ariel Sharon franchit une étape supplémentaire en déclarant, le 2 avril, que son adversaire n’a « aucune assurance » sur la vie. Le journaliste israélien Uri Dan rapporte, dans son livre Ariel Sharon : Entretiens intimes avec Uri Dan, une conversation téléphonique qui se serait alors tenue entre Ariel Sharon et George W. Bush, Sharon informant Bush qu’il ne se sentait plus tenu par la promesse qu’il lui avait faite en mars 2001 de ne pas toucher à la vie d’Arafat. Bush lui aurait répondu qu’il fallait laisser le destin de Arafat entre les mains de Dieu, ce à quoi Sharon avait répondu que parfois, Dieu a besoin d’une aideAriel Sharon : entretiens intimes avec Uri Dan, Michel Lafont, 2006.. Suite à ces menaces, le pacifiste israélien, Uri Avnery, déclare dans son éditorial pour le Gush Shalom, être prêt à servir comme bouclier humain pour protéger Arafat. Il se rend avec un groupe de pacifistes à la Mouqata'a où Arafat les invite à dîner. Au cours du diner, Arafat déclare «J’étais alors et je reste aujourd’hui engagé dans l’espérance d’un avenir pacifié, un avenir dans lequel les enfants de nos deux peuples pourront grandir sans la peur» , Uri Avnery, éditorial du 13 septembre 2003 sur gush-shalom.org. Dans la foulée, Sharon confirme que, si Arafat quitte Ramallah et les territoires autonomes pour se rendre à l’étranger, il ne sera pas autorisé à revenir.

Corruption

Yasser Arafat est accusé d’avoir détourné au profit de son organisation plusieurs centaines de millions de dollars qui étaient destinés au peuple palestinien, et un conflit d’intérêts financiers sur les sommes disparues a persisté entre sa femme résidant à Paris en France et à Gammarth en Tunisie, et l’OLP. La question est d’autant plus complexe qu’en l’absence d’État palestinien, les sommes destinées au peuple palestinien ne pouvaient être encaissées que sur les comptes de l’OLP qui était seul juge des dépenses. Des magazines comme Forbes estiment que Arafat était riche de 300 millions de dollars Forbes (consulté le 17 novembre 2006) alors que des officiels américains estiment sa fortune haute de 1 milliard de dollars. Sa femme aurait reçu alors qu’elle vivait à Paris dollars chaque mois de la part de l’autorité palestinienne, CBS news (consulté le 17 novembre 2006). Arafat est également accusé de financer le terrorisme palestinien et d’utiliser les aides internationales pour acheter des armes, The Jerusalem Post, YAAKOV KATZ, (consulté le 10 décembre 2006). Certains groupes auteurs d’attentats-suicides en Israël sont liés directement au Raïs palestinien. Maslama Thabet, l’un des leaders du groupe, s’exprimant dans le quotidien USA Today, affirme : "nous recevons nos instructions du Fatah. Notre chef est Yasser Arafat lui-même". Israël publie des documents trouvés dans les dossiers d’Arafat, prouvant que celui-ci avait tacitement approuvé les attentats perpétrés par les Brigades des martyrs d'Al-Aqsa. De son côté, l’Union européenne enquête sur les allégations de détournement de ses aides par l’Autorité palestinienne. L’Anti-Fraud Office of the European Union (OLAF) conclut qu’il n’existe aucune preuve que des aides aient été détournées pour financer des activités illégales. Mais elle ajoute que l’UE est convaincue que l’Autorité doit réformer ses institutions financières pour lutter contre la corruption et les détournements de fonds Commission européenne (consulté le 10 décembre 2006).

Vie privée

Lorsqu’il s’est installé au Koweït, Arafat fait fortune et mène une vie luxueuse. Sa vie amoureuse a été longtemps un sujet de discussion chez ses amis. Bassam Abou Charif, un de ses compagnons d’université, raconte qu’Arafat avait fait la connaissance d’une jeune égyptienne, dont il était tombé amoureux
Arafat : la poudre et la paix, Janet Wallach, John Wallach, 1996 p.63. Il l’a demandée en mariage mais ses parents ont refusé, ce qui aurait affecté Arafat, au point de ne plus penser au mariage de 1955 à 1967, raconte Salah Khalaf. En 1967, il tombe amoureux d’une jeune jordanienne, mais leur relation n’aboutit pas à cause de ses activitésArafat : la poudre et la paix, Janet Wallach, John Wallach, 1996 p.63. La journaliste uruguayenne Isabel Pisano , Nova (consulté le 17 novembre 2006), qui lui a consacré une biographie intime, déclare qu’elle aurait vécu une relation intime avec lui. Elle déclare aussi que le premier amour d’Arafat fut Nada Yasruti qui, selon elle, était une ancienne miss Liban. Pourtant, aucune femme portant ce nom n’a gagné la compétition. Finalement, au début des années '90, Arafat épouse secrètement à Tunis sa secrétaire, Souha Tawil, une palestinienne de 34 ans sa cadette, fille d’une importante famille chrétienne. Souha Arafat se convertira peu après à l’islam et ils auront une fille ensemble, Zahwa, née le à Paris.

La mort de Yasser Arafat

Sa tombe à Ramallah :
Article détaillé : Hospitalisation et décès de Yasser Arafat En octobre 2004, Arafat se plaint de douleurs à l’estomac et de vomissements. Malgré une première intervention chirurgicale dans son quartier général de la Mouqata’a à Ramallah, en Cisjordanie, le 25 octobre, sa santé continue à se dégrader. Le , gravement malade, Yasser Arafat quitte Ramallah pour rejoindre la Jordanie, d’où il se rend en France, à bord d’un avion médicalisé. Il est hospitalisé dans l’hôpital d’instruction des armées Percy à Clamart. Il décède officiellement à Clamart le , à 3 h 30, heure de Paris, dans la seconde partie du mois de Ramadan. Mahmoud Abbas est nommé chef de l’Organisation de Libération de la Palestine, Farouk Kaddoumi est élu chef du Fatah, et Ahmed Qoreï maintenu dans ses fonctions de chef du gouvernement. Après un hommage officiel à l’aérodrome militaire de Villacoublay en présence du Premier ministre français Jean-Pierre Raffarin et une cérémonie officielle au Caire, en présence de nombreux représentants politiques étrangers, Yasser Arafat est inhumé le 12 novembre, dans la Mouqata’a, son dernier quartier général de Ramallah, en Cisjordanie, le gouvernement israélien ayant refusé qu’il soit enterré à Jérusalem (Yasser Arafat avait à plusieurs reprises exprimé le souhait d’y être inhumé). Une foule de près de personnes est présente pour accueillir sa dépouille à son retour d’Égypte. L’élection présidentielle palestinienne de 2005 se déroule le 9 janvier suivant la mort d’Arafat et désigne Mahmoud Abbas comme nouveau président de l’Autorité palestinienne. L’intérim est assuré par Rawhi Fattuh.

Regards sur Yasser Arafat

En Israël

Arafat était souvent considéré comme l’ennemi numéro 1 par Israël. Il a été qualifié de « chef terroriste » et de « menteur congénital », voire de « réincarnation d’Hitler ». Les Israéliens ne prêtent attention à Arafat qu’après 1965, lorsqu’il se lance dans la lutte armée. Il devient une cible après les événements de Karameh. Moshe Dayan tente discrètement de prendre contact avec lui, en vain, pour le sonder sur ses intentions mais Golda Meir adopte une position tranchée qui restera celle des autorités israéliennes pendant deux décennies : « Yasser Arafat, déclare-t-elle, est le chef d’une bande d’assassins ». Après le départ d’Arafat de Beyrouth, des députés de la gauche israélienne comme Uri Avnery commencent à rencontrer Arafat. La Knesset vote alors en 1986 une loi interdisant aux Israéliens de rencontrer des membres de l’OLP, sous peine de prison. En 1991, le soutien d’Arafat à Saddam Hussein est perçu par les Israéliens comme une alliance avec l’homme qui bombarde leur pays de missiles SCUD. Shimon Peres, chef de file de l’opposition travailliste israélienne et qui a partagé le prix Nobel de la paix avec Arafat en 1994 à la suite des accords d'Oslo, a dit : « Arafat a commis sa plus grande erreur lorsqu’il s’est tourné vers le terrorisme. Il a enregistré ses plus grands succès lorsqu’il a tenté de se tourner vers la paix ». Après la signature des accords d’Oslo, la gauche adopte une position plus souple comparée à celle de la droite israélienne. Lors des accords de Wye Plantation en octobre 1998, seul Ariel Sharon, homme de droite et ministre des Affaires étrangères, refuse de serrer la main d’Arafat car, selon lui, il a « du sang juif sur les mains ». Après le , Sharon, qui avait juré en 1982 de le tuer, déclare : « Nous aussi avons notre Ben Laden : Arafat ». Les relations entre les deux nations se dégradent d’autant plus que Sharon refuse de le rencontrer. Mais des personnalités de gauche, comme Peres, refusent une telle comparaison. Arafat est considéré comme le premier responsable de l’échec du sommet de Camp David II et du Sommet de Taba par les Américains et les Israéliens, pour avoir refusé ce qu’ils considèrent comme des offres généreuses des Israéliens. Pour Shlomo Ben-Ami, ancien ministre des Affaires étrangères, . Suite au déclenchement de la seconde Intifada et l’élection de Sharon, les discussions de paix sont interrompues et Yasser Arafat redevient, pour la plupart des Israéliens, un « assassin ». Les Israéliens, notamment les membres du Likoud, pensent alors qu’il faut changer la direction palestinienne pour faire avancer les choses
Un temps pour la guerre, un temps pour la paix, Shimon Peres p 109.

Dans le monde arabe

Les dirigeants arabes dans leur ensemble n’ont jamais porté Yasser Arafat dans leur cœur. Quatre d’entre eux en particulier : Nasser, Hussein de Jordanie, Anouar el-Sadate et Hafez el-Assad aujourd’hui décédés, ont entretenu avec lui des relations difficiles, complexes et ambivalentes. En effet, les dirigeants arabes voulaient instrumentaliser la cause palestinienne pour étendre leur influence régionale et considéraient que l’émergence d’une direction palestinienne incontrôlable, perturberait leurs plans. C’est pour cette raison que Nasser a créé l’OLP. Nasser, d’abord opposé à Arafat, finit par devenir son allié, parfois décevant. Arafat a connu à plusieurs reprises la prison sous son régime, surtout lorsqu’il était proche des Frères musulmans. Le Syrien Hafez El-Assad, qui a emprisonné Arafat en mai 1966, n’a pas cessé de chercher à affaiblir le président de l’OLP pour contrôler lui-même le mouvement, n’hésitant pas à susciter des scissions au sein même du Fatah et à intervenir militairement au Liban, dès 1976, contre les forces « palestino-progressistes ». En Jordanie, Arafat s’est constitué un État dans l’État qui représentait une menace pour le pouvoir en place. L’armée israélienne attaqua les villages jordaniens où se trouvaient les bases du Fatah, ce qui rendit le roi Hussein, qui cherchait un accord avec Israël, méfiant à son égard après la découverte d’un complot et déclencha le Septembre noir. Anouar el-Sadate est le premier chef d’un État arabe à avoir signé un traité de paix avec Israël. Suite à cette signature, les contacts entre l’OLP et l’Égypte sont interrompus et ne reprennent que 6 ans plus tard, c’est-à-dire après l’assassinat de Sadate et l’arrivée de Moubarak au pouvoirEmission : Fi mithli hatha al yaoum diffusé sur Al Jazeera le 22 décembre 2006. Dans la "rue arabe", la popularité d’Arafat a commencé à croître après la guerre de 1967. On y considérait que ses combattants sauvaient l’honneur des Arabes. Ébranlés par la défaite, les civils ainsi que les militaires lui apportent leur soutien
Arafat : la poudre et la paix, Janet Wallach, John Wallach, 1996 p 242 . Après la bataille de Karameh, considérée comme une victoire par les Arabes, Arafat organise des funérailles officielles pour les fedayins morts. Des dizaines de milliers de personnes y assistent, scandant : . Après la signature des accords d’Oslo, Arafat est autorisé à revenir dans les territoires pour la première fois depuis 1967. Il effectue un retour triomphal. Des millions de Palestiniens accueillent "le héros de l’OLP" à Gaza Arafat : la poudre et la paix'', Janet Wallach, John Wallach, 1996 p 242 . L’image d’Arafat se dégrade au cours des années qui suivent à cause du blocage du processus de paix et de la dégradation de la situation des Palestiniens, mais le siège de sa résidence à Ramallah ne fait qu’augmenter sa popularité auprès de ces derniers.

Annexes

Notes et références

Bibliographie

- Arafat : la poudre et la paix par Janet Wallach et John Wallach - éd. Bayard
- Yasser Arafat par Saïd K. Aburish – éd . Saint Simon
- Arafat l’irréductible, une biographie d’Amnon Kapeliouk - éd. Fayard, 2004, 520 pages
- Le dossier Arafat, de Karin Calvo-Goller, Michel A. Calvo - éd. Albin Michel, 2004, 327 pages
- Yasser Arafat, de Charles Saint-Prot- Paris, éd. Jean Picollec, 1990
- Yasir Arafat: La pasión de un lider par Isabel Pisano, Ediciones B., 2006 . ===
Sujets connexes
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