Féodalité

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La féodalité ou féodalisme (du latin ', ) est un système politique où l'autorité centrale a été affaiblie; le pouvoir souverain est attribué à des principautés, des fiefs ou fédérations destinées à stabiliser la région et/ou le peuple. Cette organisation de la société se développa en Europe entre le cinquième et le huitième siècle, après le démembrement de l'Empire Romain d'Occident. Basée sur le . Pour entretenir une vaste clientèle et donc une
Féodalité

La féodalité ou féodalisme (du latin ', ) est un système politique où l'autorité centrale a été affaiblie; le pouvoir souverain est attribué à des principautés, des fiefs ou fédérations destinées à stabiliser la région et/ou le peuple. Cette organisation de la société se développa en Europe entre le cinquième et le huitième siècle, après le démembrement de l'Empire Romain d'Occident. Basée sur le . Pour entretenir une vaste clientèle et donc une armée puissante il faut de forts revenus. Ceux-ci peuvent provenir d'activités commerçantes, c'est ainsi que les celtes purent former des "nations" centrées sur des carrefours commerciaux matérialisés par des oppidums. Chez les francs où tous les hommes libres sont succeptibles de partir à la guerre et sont armés, l'instauration d'une taxation directe est impossible. Dès lors les ressources de l'autorité sont proviennent soit de la taxation des marchandises aux péages et sur les marchés (tonlieu) soit des amendes (wergeld) secondaires à l'application de la loi salique. Ainsi la puissance des Francs vient du contrôle du commerce lointain avec le monde méditerranéen via le couloir rhodanien: les voies fluviales constituées par le Rhône et la Saône étant faciles à relier par route à la Loire, la Seine, la Meuse et au Rhin. Quand au la conquête musulmane rend incertain le transit des denrées par la méditerranée occidentale, cet axe dépérit au profit d'un axe Pô/Rhin via les cols alpins: Les Mérovingiens perdent tout pouvoir au profit des Pippinides dont les terres bordent le Rhin et la Meuse et qui ont les moyens d'entretenir une puissante clientèleMichel Balard, Jean-Philippe Genet et Michel Rouche, Le Moyen Âge en Occident, Hachette 2003, p. 42... La monnaie d'or devenant rare du fait de la distension des liens commerciaux avec Byzance (qui perd le contrôle de la Méditerranée occidentale au profit des musulmans), les richesses principales en l'absence de commerce développé sont la possession de terre ou de charges administratives ou religieuses. La dispersion de leur patrimoine à leurs vassaux conduit à l'évincement des mérovingiens et les premiers carolingiens essayent d'empêcher une évolution similaire. En l'absence d'expansion territoriale les liens vassaliques se distendent donc pour se pérenniser une puissance doit s'étendre. C'est pourquoi les empires Francs et Lombards vont croître sans cesse, jusqu'à ce que les carolingiens finissent par battre les seconds et contrôler toute l'Europe. Charlemagne remet Durandal à Roland Pour éviter un destin similaire aux mérovingiens, Charlemagne doit étendre son empire en permanence pour entretenir ses vassaux et éviter la dissolution de ses possessions. Pour maintenir l'unité de l'empire carolingien, Charlemagne introduit la cérémonie de recommandation qui imposait un serment de vassalité. Il surveille de près ses vassaux qui sont inspectés régulièrement par des missi dominici et sont convoqués annuellement pour partir en campagne (dont le butin et les conquêtes territoriales pourront leur être redistribués)Michel Balard, Jean-Philippe Genet et Michel Rouche, Le Moyen Âge en Occident, Hachette 2003, p. 65-66. D'autre part, il ne concédait les charges qu'à titre viager ce qui lui permettait de récupérer les terres à la mort de son vassal, d'éviter la perte progressive de ses possessions et de conserver un moyen de pression sur ses vassaux auxquels la jouissance des terres accordées en précaire peut être retiré. Quand l'empire arrête de s'étendre, Louis le Pieux doit concéder des terres en pleine propriété et non plus à titre d'usufruit viager comme le faisait son pèreMichel Balard, Jean-Philippe Genet et Michel Rouche, Le Moyen Âge en Occident, Hachette 2003, p. 66. L'équilibre se rompt entre les biens fonciers fiscaux et les biens fonciers accordés en jouissance à la noblesseMichel Balard, Jean-Philippe Genet et Michel Rouche, Le Moyen Âge en Occident, Hachette 2003, p 72.. Dès lors, il n'est plus assez riche pour entretenir ses vassaux et plus rien ne bride leurs velléités naturelles d'indépendance. De plus les campagnes militaires deviennent moins fréquentes après 820 et les contrôles par les missi dominici se raréfient et sont de moins en moins efficaces (ils deviennent coûteux à entretenir, sont corruptibles et les voyages à l'époque sont pénibles)Jean Pierre Morillo, L'architecture carolingienne, L'Histoire de France n°8 juillet-aout 2007: Les premiers carolingiens p 69 : le contrôle des vassaux se fait de plus en plus lâche. De plus Charlemagne avait déjà l'habitude de confier les terres en précaire au fils de ses vassaux à la mort de ceux-ci. Progressivement, la transmission héréditaire devient une habitude et la notion de droit selon laquelle la terre et les charges appartiennent au souverain est oubliée ou négligée. Les choses s'aggravent encore quand les fils de Louis le Pieux s'entre-déchirent pour le pouvoir et doivent concéder de plus en plus d'autonomie à leurs vassaux pour conserver leur soutienAdriaan Vehulst, La construction carolingienne tiré de Histoire de la France des origines à nos jours sous la direction de Georges Duby, Larousse, 2007, pages 202-203. Quand ses fils s'entredéchirent pour le partage de l'empire du fait des règles de partage équitable des terres , ils doivent donner de plus en plus d'indépendance à leur vassaux pour conserver leur soutien. Le règne de Charles le Chauve est symptomatique : après le partage de Verdun (843) entre les trois fils de Louis le Pieux, il hérite du royaume de Francie Occidentale, mais il a besoin du consentement et de l'appui de l'aristocratie pour entrer véritablement en possession de son royaume : à l'assemblée de Coulaine en novembre 843, il leur concède « la jouissance paisible de leur fonction et de leurs biens » et en retour ils lui apportent « aide et conseil »Laurent Theis, Histoire du Moyen Âge Français, p. 46. Il tente de conserver l'autorité impériale par tous les moyens s'adjoignant en particulier le soutien des ecclésiastiques auxquels il concède la possibilité de battre monnaie. Le passage définitif vers la féodalité se fait quand il garantit à ses vassaux la faculté de léguer leurs terres à leur héritier par le capitulaire de Quierzy-sur-Oise du 16 juin 877André Larané, An Mil: Féodalité, Église et chevalerie . Le pouvoir royal s'affaiblit considérablement et l'Europe se divise en principautés entre lesquelles les communications diminuentMarc Girot, De Charlemagne à la féodalité, . En France, l'hérédité des fiefs sanctionnée en 587 par le traité d'Andelot, elle l'est de nouveau trois siècles après par le capitulaire de Quierzy (877), qui étend l'hérédité aux gouvernements des provinces de l'empire carolingien. Commence alors la véritable époque féodale; les possesseurs des fiefs devenus héréditaires accroissent facilement leur puissance sous les derniers Carolingiens, et les grands feudataires deviennent de fait indépendants.

La mutation féodale

L'autorité du roi s'effondre d'autant plus vite que l'armée carolingienne est taillée pour une stratégie offensive: les campagnes annuelles forcent les voisins au respect (ils finissent d'ailleurs par payer un tribut). Cette logistique lourde ne peut répondre aux raids rapides et incessants des sarrasins ou des vikings dont le principal atout est la mobilité. Dès lors la défense doit être prise en charge localement. Au , les châteaux prolifèrent parfois au mépris de toute légalité, leurs propriétaires exerçant protection et domination sur les territoires alentours Georges Duby, Les féodaux (980-1075) tiré de Histoire de la France, Larousse 2007, p.264-266. Dans ces temps incertains d'invasions et de guerres privées continuelles, des habitations viennent s'agglutiner à proximité du château ce qui légitime le châtelain et l'exercice du ban seigneurial. Celui-ci peut imposer taxes, péages, corvées, banalités (usage imposé d'équipements seigneuriaux à titre onéreux: fours, moulins...) levées par ses sergents. En échange, les vivres engrangés au château pourvoient à la survie des manants (vient du latin de résider) réfugiés entre ses murs en cas de pillage. Enfin, les amendes prélevées en rendant justice selon le principe du Wergeld (de la loi salique) sont une autre source appréciable de revenus seigneuriaux. Avec l'affaiblissement de l'autorité royale et comtale, les ambitions personnelles se dévoilent, engendrant convoitises et contestations. Les tentatives d'imposer le droit de ban aux marges du territoire contrôlé et les conflits de succession dus à l'instauration récente du droit d'aînesse, dégénèrent régulièrement en guerres privées, dont pâtit en premier lieu la population ruraleGeorges Duby, Les féodaux (980-1075) tiré de Histoire de la France, Larousse 2007, p.272. Cette mutation, pose problème car elle impliquerait que la jouissance des terres passe d'une élite foncière à une élite guerrière. Le découpage n'est pas linéaire: au fil des donations les grandes propriétés foncières sont extrêmement morcelées et dispersées sur de grandes distancesOlivier Guyotjeannin et Guillaume Balavoine, Atlas de l'histoire de France IXe-XVe siècle, Editions Autrement 2005, p.27 et la zone sur laquelle la châtellenie exerce sa protection est trouée d'enclaves autonomes, que le seigneur prétend soumettre au même redevances et la même justice que ses manants. Dès lors la revendication du droit de ban et de justice sur les terres d'église ou de propriétaires laïcs dont les biens et les revenus sont menacés, entraine un fort mécontentement, d'autant que les seigneurs n'hésitent pas à user de violence et intimident ou maltraitent les paysans ou se livrent au pillage ce qui ne manque pas de faire monter le mécontentement dans la populationChristian Lauranzon-Rosaz, La Paix des Montagnes: Origines auvergnates de la Paix de Dieu, p. 3 . Les principales sources sont ecclésiastiques et doivent être analysées avec prudence ; les nombreuses exactions dénoncées par les clercs, comme les brigandages, ne sont pas forcément des actes violence directe : les châtelains essayent d'imposer des taxes aux habitants des terres d'église ce qui ampute les revenus des religieux. Ces « brigands » sont bien souvent des spoliateurs de l'Église en ce sens qu'ils contestent ou rejettent les droits des églises sur les terres dont ils sont les héritiers. Les adversaires de l'Église sont des puissances laïques que l'autorité politique ne parvient pas seule à réprimer. Les couvents et les églises, subissent souvent les pressions de descendants des donateurs qui cherchent à récupérer les biens patrimoniaux qu'ils auraient dû hériterJacques Paviot, Le moine est maître chez lui p.42. L'Église prend donc sa propre défense, ce qui est révélateur du glissement de l'autorité en direction de l'Église et de l'affaiblissement de la législation étatique. L'Église représente la seule force morale, le seul frein à la violence des seigneurs et des chevaliersChristian Lauranzon-Rosaz, La Paix des Montagnes: Origines auvergnates de la Paix de Dieu, p. 4 . Au total, les intérêts des châtelains sont en conflit avec ceux de la paysannerie, du clergé et des puissants et le mouvement de la paix de Dieu découle des efforts de ces trois groupes sociaux pour neutraliser les excès de la noblesse naissante.

Moralisation des conduites guerrière par l'Église

Statue-reliquaire de Sainte-Foy (IX siècle). Trésor de l'abbatiale Sainte-Foy de Conques L'Église n'est pas épargnée par les désordres des IXe et Xe siècle. Des charges d'abbés, paroissiales ou ecclésiastiques sont donnés à des laïcs pour se former des clientèles et la discipline monastique se relâche, le niveau de culture des prêtres sombreGeorges Duby, Les féodaux (980-1075) tiré de Histoire de la France, Larousse 2007, p.277. Les rares monastères qui ont conservé une conduite irréprochable acquièrent une grande autorité morale. Ceci d'autant plus que l'approche de l'an mil travaille les esprits: l'Apocalypse est le texte sacré qui retient l'attention la plus passionnéeGeorges Duby, Les féodaux (980-1075) tiré de Histoire de la France, Larousse 2007, p.274. On y lit que Saint Jean, l'Apocalypse 20:7 et 20:8. Les exactions des guerriers semblent correspondre à la prophétie. Dès lors un soin particulier est mis à se laver de ses péchés. En particulier les monastères intègres reçoivent de nombreuses donations pour obtenir des prières en particulier postmortemGeorges Duby, Les féodaux (980-1075) tiré de Histoire de la France, Larousse 2007, p.276. Le choix des abbés se fait de plus en plus vers des hommes d'une grande intégrité et certains tels Guillaume d'Aquitaine vont jusqu'à donner l'autonomie et l'immunité à des monastères qui élisent donc leur abbé. Ce fut le cas de Gorze, Brogne ou Cluny. D'autres monastères utilisent des faux certificats d'immunité pour acquérir l'autonomieChristian Lauranzon-Rosaz, La Paix des Montagnes: Origines auvergnates de la Paix de Dieu, p.19. De tous, Cluny a le développement et l'influence les plus impressionnants. Sous la férule d'abbés dynamiques tels que Odon, Maïeul ou Odilon, l'abbaye entraîne d'autres monastères qui lui sont rattachés et constitue bientôt un ordre très puissant(en 994 l'ordre de Cluny compte déjà 34 couvents)Michel Balard, Jean-Philippe Genet et Michel Rouche, Le Moyen Âge en Occident, Hachette 2003, p. 104-105. L'une des grandes forces de Cluny est de recruter une bonne partie des ses membres et particulièrement ses abbés dans la haute aristocratie: Bernon (909-927) appartient à l'aristocratie du comté de Bourgogne, Odon (927-942) à une grande famille de Touraine, Mayeul (948-994) à la famille provençale des Valensole, Odilon de Mercoeur (994-1048) à un lignage comtal d'Auvergne, Hugues de Semur (1049-1109) est le beau-frère du duc capétien de Bourgogne et sa nièce épousera le roi de Castille Alphonse VI, Pons de Melgueil (1109-1122) est apparenté aux comtes d'Auvergne et de Toulouse, Pierre de Montboissier, dit le Vénérable (1122-1156), est issu d'une famille seigneuriale d'AuvergneJacques Paviot, Le moine est maître chez lui p.43. Aymard (942-948) est le seul abbé issu d'un milieu modeste. La paix de Dieu est un mouvement conciliaire mené par les ecclésiastiques en vue de moraliser la conduite des Guerriers Pour favoriser la conversion des populations païennes, le culte des saints et donc des reliques a été vivement encouragé dès le VIe siècle. La possession de reliques par les monastères et autres édifices religieux est très couru car l'afflux de pèlerins qu'elles entrainent est source de bénéfices importants. Les pèlerinages se développent intensément et c'est d'ailleurs sur les chemins de Saint-Jacques de Compostelle que Cluny étend son influence à cette époque Georges Duby, Les féodaux (980-1075) tiré de Histoire de la France, Larousse 2007, p.278. Les invasions du IXe siècle entrainent leur lot de malheurs. On prend l'habitude, à cette époque de sortir les reliques de leur sanctuaire, en particulier pour des processions lors des calamités publiques, et pour réclamer la justice contre les ennemis ou les usurpateurs d'une église Edina Bozoky, Les reliques : un marché en pleine expansion, La France féodale . Cet usage s'applique bien entendu aussi aux déprédations dues aux seigneurs locaux: C'est d'un de ces rassemblements expiatoire que démarre le mouvement de la paix de Dieu. On dénombre 21 assemblées de Paix, mais nous ne connaissons les décrets que pour seulement 8 d'entre ellesSylvain Gougenheim, Les fausses terreurs de l'an mil, Picard, 1999, p.. Il s'agit d'assemblées réunies en plein champ, dans des lieux choisis pour leur très antique sociabilité populaire, dans lesquelles les évêques font jurer la paix. Si La Paix de Dieu se base sur un mouvement populaire dans sa première phase (989-1010), elle bénéficie ensuite du soutien du roi Robert II le Pieux et de la haute noblesse qui y voient un moyen de structurer et de pacifier le royaumePaix de Dieu . Les conciles en Aquitaine ont souvent été convoqué par le duc Guillaume d'Aquitaine. Si la contestation paysanne a un caractère antiseigneurial, l'Église ne cherche pas à se substituer au pouvoir central mais plutôt à moraliser la conduite de la noblesseLes mouvements de la Paix de Dieu - 2ème partie . Les serments établissent un compromis juridique et foncier entre laïcs armés et ecclésiastiques: ils institutionnalisent la seigneurieStéphane Pouyllau, La paix de Dieu et la trêve de Dieu, . La lutte de l'Église contre les violences seigneuriales assoit aussi, par les décisions de ses conciles, le nouvel ordre social organisant la société en trois ordres. Ce mouvement est renforcé dans un deuxième temps par la trêve de Dieu qui est tout autant soutenue par Cluny. Il Bernard de Clairvaux prêchant la 2 croisade, à Vézelay, en 1146 Par la Paix de Dieu, l'Église ne cherche pas à interdire la guerre et à promouvoir la paix : elle moralise la paix et la guerre en fonction de leurs objectifs et de ses intérêts. C'est en cela que la Paix de Dieu constitue une étape préparatoire importante de la formation de l'idée de croisade. Les ducs et comtes retrouvent assez de pouvoir pour reprendre en main le mouvement de paix : en 1047, en Normandie, la Paix de Dieu devient la paix du duc (concile de Caen) ; en 1064 en Catalogne, elle devient la paix du comte. Dans le même temps, la paix s'internationalise, s'étendant aux pays voisins de la France : Catalogne, Angleterre, pays germaniques. La papauté conforte enfin le mouvement : Urbain II, ancien moine clunisien, reprend lors du concile de Clermont (1095) les dispositions promulguées aux conciles de paix. Il y invite tous les chrétiens à observer entre eux une paix perpétuelle et à aller combattre l'hérétique. C'est ainsi que la Paix débouche sur la Croisade. Le XII siècle, en même temps qu'il est période de reconstruction du pouvoir royal, voit se transformer le mouvement de Paix. Durant la première moitié du siècle, le roi reprend en main le domaine royal, faisant reculer les ambitions des châtelains. Dans le même temps, l'Eglise et la papauté dont de nouveau appel aux autorités civiles (roi et princes) pour assurer les prérogatives judiciaires. C'est dans le cadre de cette restauration de l'autorité royale que Louis VII récupère l'institution de Paix en 1155 : la Paix de Dieu devient la Paix du roi.

La féodalité : relations entre guerriers

La féodalité comme relation entre professionnels de la guerre est née entre Loire et Meuse au , de la déliquescence de l'Empire carolingien, détruit par des agressions extérieures (Normands, Sarrazins, Hongrois) et morcelé à l'intérieur entre les héritiers et leurs partisans. Elle s'étendit à l'Allemagne, l'Italie du Nord, l'Espagne chrétienne dans un premier temps ; puis à l'Italie du Sud, à l'Angleterre par la conquête normande, et fut transposée dans les États latins d'Orient avec les Croisades. Ce mode d'organisation politico-sociale s'est développé dans une société presque exclusivement rurale, sous-peuplée, où la richesse et la puissance se confondent avec la possession de la terre. Vitrail représentant un chevalier Ce système est né de la disparition de toute autorité publique, et de l'insécurité majeure : invasions extérieures, guerres à l'intérieur d'un royaume, famines (souvent issues des guerres). Il implique la prédominance d'une caste de guerriers professionnels (qui n'existe pas à proprement parler à l'époque mérovingienne) et des relations d'homme à homme, qui permettent son extension à toute la société par la suite. La féodalité est issue de la présence d'un régime seigneurial dès la fin de l'Empire romain, où l'aristocratie guerrière s'était partagé la terre. Elle y agrège le régime vassalique de l'époque mérovingienne, où les hommes libres se mettent au service d'un puissant contre sa protection, et contre un bénéfice s'il n'est pas propriétaire. Ces bénéfices étaient aussi attribués comme récompense aux compagnons (comes, qui donne comte) du puissant. Ce système de liens personnels hiérarchisé fut utilisé et renforcé par les Carolingiens, qui y voyaient un moyen d'être à la tête de tous les hommes libres. Cependant les invasions du IXe siècle brisent le lien envers le souverain, et renforcent les pouvoirs des puissants locaux : comtes, ducs, marquis. La hiérarchie se met en place, le clergé s'y intègre. Le seul privilège du roi est, en France, de ne prêter hommage à personne. En 987, Hugues Capet consomme le triomphe de la féodalité en renversant la dynastie régnante; mais aussi dès la même époque commence la lutte du pouvoir royal contre la féodalité. Hugues Capet et ses premiers successeurs ne sont encore vraiment souverains que dans leurs domaines personnels. Au , la féodalité se modifie, avec l'arrêt des invasions, l'expansion démographique et économique. La chevalerie, base du système, se ferme et devient uniquement héréditaire. L'aide du vassal se limite aux quatre cas (aide aux quatre cas). Son fief devient sa pleine propriété, et le roi de France renforce son pouvoir (notamment par la procédure de l'appel judiciaire).

L'exemple normand

Chevaliers du Christ par Jan van EyckAux XI et XII siècles, l'organisation féodale du duché de Normandie peut se résumer ainsi :
- Le duc de Normandie est un prince territorial du royaume des Francs et doit prêter hommage au roi, son seigneur. Pour faire la guerre, le duc peut lever l'arrière-ban, c'est-à-dire faire appel à tous les hommes de son duché.
- Le duc de Normandie est entouré de barons desquels il a reçu l'hommage. Les barons disposent d'une dizaine de fiefs ou davantage qu'ils tiennent du duc. Ils ont aussi généralement le titre de comte. Ils forment la cour ducale.
- Les seigneurs disposent de fiefs de haubert et doivent l'hommage à leur baron.
- Enfin, les vavasseurs, en bas de la hiérarchie, tiennent des fractions de fiefs de haubert. Le vassal doit l'ost à son seigneur, le service armé gratuit de quarante jours. Mais dès le XII siècle, ce service est remplacé par une somme d'argent.

La féodalité comme organisation de la société

Les 3 états Tout comme la disparition de la puissance centrale avait favorisé l'apparition de principautés, les désordres publics qu'elle avait entrainés avaient suscité un fort sentiment d'insécurité. Sur le modèle des relations d'homme à homme, des liens se créèrent entre la classe guerrière et la classe des paysans. Le chevalier assurait la protection aux paysans, qui en échange lui fournissait subsistance et moyens de s'équiper. La protection revêtait plusieurs formes :
- guerrière : combat personnel du chevalier contre des attaques ;
- défensive : abri procuré par le château pour les personnes, le bétail et les récoltes ;
- chasse : autant qu'un entraînement à la guerre, la chasse avait une utilité pour la communauté paysanne, qui se voyait ainsi débarrassée des animaux sauvages destructeurs des cultures (cerfs, daims, chevreuils, sangliers) ou menaçants pour le bétail (loups, renards, ours).

Bilan de la féodalité

La féodalité a réussi à maintenir une paix relative de presque un millénaire, dans un monde où la totalité du pouvoir temporel était, avec la bénédiction d'un pouvoir spirituel incontesté, aux mains de professionnels de la guerre. Leopold Kohr décrit ainsi un conflit typique du Moyen Âge : Un exemple de conflit majeur est celui qui a contraint Charles le Chauve à accorder le titre de roi à Erispoë. Après quelques escarmouches dont nous ne savons rien, une armée de quelques milliers de fantassins et de quelques centaines de chevaliers se bat pendant quelques heures contre un petit millier de cavaliers. Charles prend la fuite, son armée est prise de panique et laisse quelques centaines de morts sur le terrain. Quelques contre exemples peuvent être trouvés :
-La guerre de Cent Ans fut un ensemble de conflits entre deux systèmes féodaux disjoints. Elle fut donc d'une part l'exemple de ce que le système féodal aurait permis d'éviter si les rois en conflit avaient prêté hommage à l'empereur, et d'autre part la préfiguration des conflits internationaux ultérieurs,
-La guerre de Trente Ans fut un conflit délibérément entretenu de l'extérieur du système féodal par la France de Richelieu et du Père Joseph. Sans cet entretien elle se serait conclue rapidement par la mise au pas des vassaux rebelles ou l'élection d'un empereur issu de leur camp.

Le déclin du système féodal

C'est Charles le Chauve qui porte le premier coup au système féodal en refusant de reconnaître son frère comme empereur. Ce faisant il crée un système parallèle en Francie occidentale, dont le roi, et non l'empereur, est le suzerain des suzerains. Dans un premier temps, le système féodal s'est avéré efficace face aux invasions. Mais, celles-ci achevées, il n'a pas tardé à se créer une situation d'anarchie due à la multiplicité des conflits locaux entre seigneurs, professionnels de la guerre. De plus, l'éclatement de la souveraineté en une multitude de principautés indépendantes a considérablement réduit le pouvoir du roi. Sa seule attribution demeure la suzeraineté qui en fait le « seigneur suprême ». Ce sont les Capétiens qui, en s'appuyant sur le système féodal pour augmenter constamment leur domaine personnel, lui portent le coup fatal en France. Le roi s'impose en jouant au maximum de sa suzeraineté et en exploitant les permanentes dissensions de ses vassaux. Ainsi, dans le courant du , se met en place la monarchie féodale qui use des obligations vassaliques pour forcer à l'obéissance les grands seigneurs territoriaux. Louis VI est le premier qui attribue à la royauté un rang particulier. L'établissement des communes, en fournissant aux rois un auxiliaire contre la puissance des vassaux ; les Croisades, en forçant les seigneurs d'engager à la couronne des domaines qu'ils ne purent depuis recouvrer, portèrent les premiers coups à la féodalité ; Philippe Auguste, Saint Louis, Philippe le Bel, soit par la force des armes, soit par jugement, achat, donation, succession, réunissent nombre de fiefs au domaine royal. Leurs successeurs, devenus plus forts, attaquent victorieusement les privilèges des feudataires. À la fin du , la féodalité est déjà pratiquement vidée de tout son contenu. Elle évolue vers le régime seigneurial, ensemble de charges et de redevances héritées du passé qui pèsent sur la paysannerie et qui progressivement apparaissent dépourvues de sens, puisque le seigneur, en contrepartie, n'a plus d'obligation précise. C'est Louis XI qui effectue les acquisitions décisives qui lui permettent de ne plus dépendre de l'aide de ses vassaux pour soumettre une révolte de ceux ci, aussi étendue soit-elle. Le traité du Verger (1488), qui conclut la guerre folle entre les grands vassaux et son fils Charles VIII, est un des tous derniers actes relevant vraiment du droit féodal : c'est encore un engagement entre deux hommes. Moins de dix ans plus tard le contrat de mariage de Louis XII et Anne de Bretagne est un engagement entre deux pays puisqu'il est destiné à rester valable après la mort des deux époux. Dès lors le système féodal français n'est plus qu'une coquille vide et le Moyen Âge est terminé. La féodalité se prolonge au-delà du Moyen Âge par la survivance de ces droits et de privilèges attachés aux propriétaires (l'Église ou la Noblesse). Il a fallu attendre la Révolution française et la nuit du 4 août 1789 pour qu'il soit mis fin à cette situation et que soit abolie la société d'ordres. Les révolutionnaires parlaient de « féodalité » or ils voulaient dénoncer le régime seigneurial, la vraie féodalité ayant disparu avec le Moyen Âge. La Révolution propagea cette abolition en Europe occidentale par les Guerres de la Révolution et de l'Empire (Recès d'Empire).

Bretagne

La Bretagne était un cas particulier. En effet, elle rendait un hommage simple au Roi de France mais la Bretagne n'était pas un Fief de ces derniers dans la mesure où les Francs n'avaient jamais réussi à s'approprier véritablement ce territoire. On peut parler de Royaume, de Comté puis de Duché subordonné, mais pas de Fief. D'ailleurs, les Ducs de Bretagne rappellaient souvent au Rois de France que leurs aides militaires étaient bénévoles ou se déclaraient Ducs par la Grâce de Dieu. Cependant, même si la Bretagne ne fit pas partie du Royaume de France avant le 13 Août 1532 (par l'Édit d'Union de Nantes), elle restait extrêmement liée aux Rois de France.

Grande-Bretagne

En Grande-Bretagne, la féodalité n'a été introduite qu'avec la conquête normande, a eu beaucoup de mal à s'implanter, et a pris fin plus tôt avec la dynastie des Tudors et la Renaissance Anglaise mais a subsisté en Écosse jusqu'en 2001 et reste en vigueur sur l'île de Sercq.

Allemagne

En Allemagne, la féodalité s'est établi comme en France ; mais elle eut un autre résultat. Dès le partage entre les fils de Louis le Pieux, la puissance personnelle des empereurs resta trop faible pour rompre la réciprocité du lien de vassalité, ce qui permit au système féodal de subsister plus tardivement : de là, la multiplicité des petits États indépendants que renferme ce territoire jusqu'au . Et de là la facilité à y mettre en place des régimes fédéraux.

Notes et références

Bibliographie

-Marc Bloch, La société féodale, Albin Michel, 1939
-Ludolf Kuchenbuch et Berndt Michael, Feudalismus. Materialien zur Theorie und zur Geschichte, Frankfurt-am-Main, Ullstein, 1977.
-Alain Guerreau,
Fief, féodalité, féodalisme. Enjeux sociaux et réflexion historienne'', dans Annales. Économies, sociétés, civilisations, 45-1990, pp. 137-166.
-Alain Guerreau, L'avenir d'un passé incertain, Paris, Le Seuil, 2001.

Voir aussi

- Château fort
- Chevalerie
- Honneur
- Vassalité
- Droit féodal
- Fief
- Régime seigneurial

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