Musée

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« Un musée est une institution permanente, sans but lucratif, au service de la société et de son développement, ouverte au public et qui fait des recherches concernant les témoins matériels de l'homme et de son environnement, acquiert ceux-là, les conserve, les communique et notamment les expose à des fins d'études, d'éducation et de délectation. » Définition officielle de l'ICOM (le Conseil international des musées). Vue intérieure du musée d'Orsay Un musée e
Musée

« Un musée est une institution permanente, sans but lucratif, au service de la société et de son développement, ouverte au public et qui fait des recherches concernant les témoins matériels de l'homme et de son environnement, acquiert ceux-là, les conserve, les communique et notamment les expose à des fins d'études, d'éducation et de délectation. » Définition officielle de l'ICOM (le Conseil international des musées). Vue intérieure du musée d'Orsay Un musée est donc un lieu où sont exposés des objets. Les musées sont souvent spécialisés, il en existe cinq grandes catégories : les musées d'Art, les musées d'Histoire, les musées de Sciences, les musées de la technique et d'ethnologie.

Origine et évolution du mot

Étymologiquement, le terme musée vient du grec museion, temple des Muses, divinités des arts. C'est à la Renaissance, notamment en Italie, qu'on nomma ainsi ces galeries renfermant des objets d'arts : des lieux habités par les Muses. Érasme, dans Le Cicéronien (1528) nous apprend ce qu'étaient les musées de Rome à cette époque : « Si par hasard il t'est arrivé d'apercevoir à Rome les « musées » des cicéroniens, fais donc un effort de mémoire je t'en prie, pour te rappeler où tu aurais bien pu voir l'image du Crucifié, de la Sainte-Trinité ou des Apôtres. Tu auras trouvé au contraire partout les monuments du paganisme. Et pour ce qui est des tableaux, Jupiter se précipitant sous forme de pluie d'or dans le sein de Danaé capte davantage les regards que l'archange Gabriel annonçant à la Sainte Vierge sa divine conception. » Le mot musée, dans son acception moderne, apparaît en Italie dans la seconde moitié du , sous sa forme latine, muséum, à la suite de la Renaissance. En effet, les princes italiens sont les premiers à envisager l'idée d'une collection de tableaux et de sculptures, rassemblés, offerts aux regards des voyageurs et des artistes à l'intérieur des cours et des jardins, puis dans les galeries (large couloir reliant un bâtiment à l'autre). Ils associent les notions d'œuvre d'art, de collection et de public (celui-ci restant très restreint, ne concernant que des invités des princes, qui sont bien souvent d'autres princes), posant ainsi les éléments constitutifs du futur musée des arts. Ce n'est qu'à la fin du que le mot de muséum est délaissé en faveur de celui de musée, le terme de muséum ne désignant aujourd'hui que les musées consacrés aux sciences naturelles. Le musée et la collection publique, tels que nous les connaissons aujourd'hui, sont une invention relativement récente, puisqu'elle date du , et peut être considérée comme le fruit de la Philosophie des Lumières. En France, c'est la Révolution qui met en place les premiers musées, pour mettre à la disposition des citoyens les œuvres d'art des collections royales ou celles qui ont été confisquées aux nobles et aux congrégations religieuses. Le musée, lieu officiel de l'exposition de l'art, occupe dès lors une place centrale dans la vie de la cité. À Paris, c'est le palais du Louvre qui est choisi pour devenir un musée. Le but du musée, institution publique au départ, est de rendre accessible à tous le patrimoine collectif de la Nation, l'idée du beau et du savoir à travers une sélection d'objets. Le musée montre l'art, mais aussi la science, la technique, l'histoire, toutes les nouvelles disciplines porteuses de progrès et de modernité.

La science des musées

Le musée se voit attribuer trois fonctions essentielles : collecter, conserver et montrer. Ces fonctions font l'objet de disciplines propres au musée : la muséologie dédiée à l'étude de l'institution et de sa fonction sociale et la muséographie plus précisément chargée des aspects opératoires tels que l'architecture, les installations, l'organisation des musées. La gestion du patrimoine culturel obéit à deux logiques contradictoires. D'abord celle de la collection, appliquée par le Moma. Dans cette logique, le collectionneur tente de réunir les œuvres les meilleures. S'il en possède deux qui ne sont pas excellentes, il n'hésite pas à s'en séparer au profit d'une seule autre. S'il en possède deux qui sont redondantes, il en vend une pour en acquérir une autre qui complète sa collection. Dans le jargon des collectionneurs privés, cela s'appelle un arbitrage. Il y a ensuite la logique de la conservation du patrimoine, appliquée par le Louvre, qui a l'avantage d'être moins dépendante des modes mais qui est aussi beaucoup plus exigeante au niveau des réserves. L'entrée principale du British Museum (Londres)

Du mouseion au musée moderne : une histoire de musées

Vient de mouseion : lieu consacré aux muses. Le premier musée est construit à Alexandrie avec une grande salle de colloque, des portiques, des péripatéticiens et un cénacle pour les repas. C'est à l'époque (- après J.-C.), un collège d'érudits philologues, pensionnés par le mécénat royal, dispensés des soucis de l'existence pour se consacrer à l'étude. Les savants qui le fréquentent (philologues, mathématiciens, astronomes, géographes, poètes) pouvaient utiliser la fameuse bibliothèque, ainsi que les jardins botaniques et zoologiques, l'observatoire astronomique ou le laboratoire d'anatomie. Ils y observent la nature et les textes. Lieu de recherche et d'étude, le mouseion, reprenant les préceptes du lycée d'Aristote en Grèce, fera d'Alexandrie le principal foyer intellectuel de la période Héllénistique. Mais avec l'incendie d'Alexandrie, ce museion disparaît et avec lui la pratique. Au Moyen Âge, c'est le collectionnisme qui fait son apparition, grâce aux trésors des églises médiévales et des temples anciens qui deviennent pour les rois et des nobles des réserves de matières précieuses. Sans oublier les ivoires et les tapisseries qui accompagnent les nobles de château en château. De plus, les portraits d'une bourgeoisie naissante répandent en Europe le format du tableau et les peintures historiques de grandes dimensions ornent les galeries des châteaux devenus lieux de représentation et de pouvoir à partir du . Et c'est justement à cette époque que l'idée de musée refait son apparition : c'est alors la période de la Renaissance, période où l'on redécouvre l'Antiquité, à travers notamment les textes des philosophes grecs et romains (Platon, Aristote, Plutarque…). Parallèlement, on découvre dans le sous-sol italien des vestiges matériels de l'Antiquité, et notamment les restes de colonnes, statues, vases, monnaies, fragments gravés... Et on commence à les collectionner, d'abord les humanistes et les princes (Cyriaque d'Ancôme, Niccolo Niccoli, conseiller de Côme l'Ancien de Médicis, mais aussi la famille Borghèse et la famille Farnèse), puis au cours du temps de riches bourgeois épris de culture et d'Histoire. De nombreuses collections de médailles et d'antiques s'établissent un peu partout en Italie. Aux médailles (c'est-à-dire des monnaies), on ajoute les portraits d'hommes illustres, comme Paul Jove qui décide le premier d'exposer sa collection de pièces et de 400 portraits d'hommes importants de son temps. Il les présente dans une maison construite pour l'occasion à Borgo-Vico, à côté de Côme. En référence au museion de l’Antiquité il décide d'appeler cet endroit musée. Les collections vont se multiplier et passionner les princes et autres curieux. Les musées vont alors fleurir dans toute l'Europe et chacun y voit une vitrine de sa puissance. Du milieu du au , avec la multiplication des voyages d'exploration vont s'y ajouter des collections d'Histoire naturelle, voire d'instruments scientifiques (comme celle de l'électeur de Saxe à Dresde). C'est l'âge d'or des cabinets de curiosités. Toutes ces collections vont peu à peu s'organiser par spécialités à partir de la fin du , et s'ouvrir petit à petit à un public plus large que celui des princes et savants (exemple du musée Ashmoléen à Oxford, le premier à s'ouvrir au public en 1683). À partir du , les ouvertures des collections privées se multiplient partout en Europe, de Londres (British Museum), à Florence (galerie des Offices), en passant par Saint-Pétersbourg (palais d'hiver), Munich (Hofgarten), ou Vienne (palais du Belvédère). En France, il faudra attendre la Révolution pour voir le Louvre s'ouvrir au public en 1793. De même, le muséum national d'Histoire naturelle qui se crée la même année ou bien le musée des monuments français en 1795 ou le conservatoire des arts et métiers (1794). À partir de cette date, la Révolution s'étendant à l'étranger, les armées républicaines ramènent en France les produits de leurs conquêtes, à savoir les trésors des collections européennes, et notamment italiennes (conquête de l'Italie par Bonaparte à partir de 1796). Des chefs-d’œuvre de l'art européen (et notamment de la Renaissance italienne) prennent le chemin de la France et sont disséminées en partie dans les musées de province créés pour l'occasion (Rennes, Marseille, Strasbourg, Toulouse… mais aussi Mayence ou Bruxelles devenus français). Le voit un retour à l'Antiquité, comme à l'époque de la Renaissance; mais cette fois-ci, c'est la route de l'Orient que prennent les chercheurs (souvent qualifiés aussi de pilleurs). La Grèce est la première destination : dès 1812, le prince héritier du Royaume de Bavière achète des statues et autres fragments dégagés en 1811 du temple d'Égine. Pour les abriter et les exposer au public, il fera construire une "glyptothèque" ou galerie de sculpture, bâtie, évidemment, dans le style grec le plus pur, avec un portique à colonne cannelée d'ordre dorique. Les autres nations européennes prennent vite le relais (et la mode): en 1816, le parlement anglais achète les marbres du Parthénon d'Athènes, qui avaient été démontées et rapatriées en Angleterre par lord Elgin, ambassadeur de Grande-Bretagne à Constantinople. Elles trouveront refuge au British Muséum, qui venait également d'acquérir les frises du temple d'Apollon de Bassae. Et lui aussi subira sa transformation en temple grec en 1823. Et la France n'est pas en reste : en 1820, le marquis de La Rivière, ambassadeur de France à Constantinople acquiert la désormais célèbre Vénus de Milo, qui fait toujours le bonheur du Louvre. Auparavant, son prédécesseur, le comte de Choiseul-Gouffier avait organisé le transfert en France de la frise des Panathénées. Après la Grèce, l'Égypte. En 1798, le jeune général Bonaparte est envoyé dans ce pays pour mettre à mal la puissance de l'Angleterre en Méditerranée orientale et aux Indes. Il est accompagné de 160 savants, astronomes, naturalistes, mathématiciens, chimistes mais aussi des peintres, dessinateurs ou architectes chargés d'explorer l'Égypte et de mieux connaître l'Histoire, la nature et les coutumes du pays. Si la conquête militaire s'avère être un échec complet, l'expédition scientifique est en revanche un formidable succès qui sera à l'origine de l’« égyptomanie », en vogue dans la première moitié du . En témoigne deux magnifiques ouvrages, tout d'abord Le Voyage dans la basse et haute Égypte de Vivant-Denon (qui fut membre de l'expédition) et surtout la monumentale Description de l’Égypte, parue entre 1809 et 1822, en 20 volumes. Pour témoigner des richesses rapportées du pays, est créé en 1826 le musée égyptien du Louvre, dirigé par Jean-François Champollion, celui-là même qui déchiffra les hiéroglyphes grâce à la pierre de Rosette, qui elle, est exposée à Londres, au British Museum. Enfin, dernière destination de l'archéologie orientale de cette première moitié du : la Mésopotamie. En 1847 est créé au Louvre le musée assyrien, enrichi par les fouilles menées à Ninive par le consul de France Paul-Émile Botta ainsi que par celles de la mission menée à Khorsabad par Victor Place entre 1852 et 1854. Parmi les pièces exposées dans cette nouvelle section du Louvre figure les fameux "Taureaux ailés de Khorsabad" qui entourent une porte du musée. Mais cet intérêt pour l'archéologie orientale n'empêche pas de s'intéresser à l'Histoire de son propre pays, voire de sa propre localité : ainsi, de nombreux musées naissent des recherches locales effectuées par des sociétés savantes. C'est le cas à Caen en 1824 ainsi que dans de nombreuses autres villes de France. On y trouve aussi bien des éléments d'architecture que des objets religieux, des statues ou des pièces de monnaie; toute trouvaille du passé local est ainsi étudiée et conservée. Concernant l'Histoire nationale se sont les chefs d'État qui en sont bien souvent les instigateurs. Ainsi, en France, c'est Louis Philippe qui crée la galerie des Batailles du château de Versailles à partir de 1837. Longue de 120 mètres, elle est ornée de 33 tableaux représentant les grandes batailles militaires qu'a connu la France, de Tolbiac (496) à Wagram en 1809 en passant par l'année 1792 ou celle de 1830, sans oublier la période médiévale où une salle des Croisades expose les blasons des familles qui ont défendu la Chrétienté. D'autres tableaux seront commandés après l'ouverture, retraçant la conquête de l'Algérie ou les guerres du Second Empire (Crimée, Italie et 1870-1871). Ce musée historique est censé manifesté l'unité et la continuité nationales. D'autres musées, plus spécialisés, sont également créés ou évoluent durant le . C'est le cas du musée des Monuments français, créé à la Révolution mais qui dû fermer ses portes en 1816. Il sera transformé en musée du Moyen Âge en 1844, grâce au collectionneur Alexandre du Sommerard qui installa à l'hôtel de Cluny un véritable bric-à-brac d'objets médiévaux et renaissants. Autre musée d'Histoire spécialisée créé durant ce siècle, celui des Antiquités nationales, fondé par l'empereur Napoléon III (qui voue un grand intérêt pour l'histoire de la Gaule) en 1862 au château de Saint-Germain-en-Laye, dans les Yvelines. Mais l'art n'est pas oublié. Le musée d'art sert en effet à cette époque de lieu de formation pour les étudiants et les artistes. Ceux-ci ne cessèrent, tout au long du siècle, de « copier » les tableaux de maîtres présents dans les grands musées et notamment au Louvre, à tel point qu'on est obliger de fixer des règles : un même tableau ne peut être copié par plus de trois personnes à la fois. La copie de sculpture y va aussi de bon train : en 1840, le catalogue de l'atelier de moulage du Louvre compte 300 modèles. En 1885, il en compte près d'un millier et en 1927, année de la fermeture de l'atelier, ce ne sont pas moins de 1500 moules qui sont reversés au musée de la sculpture comparée, créé en 1882 d'après un projet cher à Viollet-le-Duc. Il fait parti aujourd'hui de la Cité de l'architecture et du patrimoine, installée au palais de Chaillot, sous le vocable de musée des monuments français, comme un retour à la Révolution. Hors de la capitale, les musées d'art se multiplient : après Amiens, c'est au tour de Grenoble, puis Marseille, Rouen, Lille ou Nantes d'en construire. Il en est de même hors d'Europe : aux États-Unis, le Metropolitan Museum of New York et le musée des Beaux-Arts de Boston ouvrent en 1870, suivi par celui de Philadelphie (1875) et Chicago (1879). En cette seconde moitié du siècle, ce ne sont pas seulement les grands musées qui attirent le public, mais aussi les grandes expositions. L'utilité sociale du musée public devient ainsi une sorte d'évidence : « les œuvres du génie appartiennent à la postérité et doivent sortir du domaine privé pour être livrés à l'admiration publique » écrit Alfred Bruyas, ami et protecteur de Gustave Courbet lorsqu'en 1868, il offre sa collection à la ville de Montpellier. Ainsi, dès les années 1820, des expositions s'organisent au Louvre, et pas seulement des expositions artistiques. En effet, le 19ème siècle voit l'industrie se développer, et les musées sont les bienvenus pour exposer les produits de l'industrie française. Ainsi naissent les écoles de dessins, les expositions universelles et les musées d'art appliqué. Le premier d'entre eux ouvre en 1852 à Londres, après la première exposition universelle organisée dans cette ville un an auparavant. Henri Cole, entrepreneur et gentleman victorien est alors chargé de former une collection permanente en rachetant pour 5000 livres, des objets exposés à l'exposition universelle qui vient de se terminer. On trouve un terrain à South Kensington et rapidement, le musée, avec ses multiples collections, son école d'art, son amphithéâtre et sa bibliothèque, devient un modèle envié. Il est rebaptisé par la suite Victoria and Albert Museum. Dans les années qui suivent, de nombreux autres musées d'art décoratif voient le jour, de Vienne à Budapest, en passant par Stockholm et Berlin. Pour la France, il faudra attendre 1905 pour voir apparaitre un tel musée à Paris. Pourtant, dès 1856, un musée semblable est décicé à Lyon, sur l'initiative de la chambre de commerce de la ville. L'année suivante a lieu l'une des plus ambitieuses expositions artistiques, "Art Treasures", organisée à Manchester, en Angleterre. Elle se veut la synthèse de l'art ancien, avec une rétrospective de peintures anciennes et des sculptures, et de l'art contemporain, avec de l'art décoratif et un choix de peintures anglaises contemporaines. Le succès populaire y est tel que des trains spéciaux sont affrétés de Londres. Le succès populaire des expositions et des musées est le reflet d'une politique d'instruction et de vulgarisation qui marque le dernier quart du 19ème siècle, surtout en France : "la réorganisation du musée est la corollaire de celle de l'école" selon les termes d'une circulaire ministérielle datant de 1881. Les incitations gouvernementales sont relayées par des campagnes d'associations, comme celle que mène un avocat de Lisieux, Edmond Groult, en faveur des musées cantonaux : « moraliser par l'instruction, charmer par les arts, enrichir par les sciences », tel est le slogan de ce militant de la leçon de chose, qui parvient à susciter la création d'une cinquantaine de ces petites encyclopédies locales. D'autres, plus ambitieux, créent des musées tout à fait spécifiques comme l'industriel Émile Guimet, qui, en recherchant quels étaient les hommes les plus bienfaiteurs de bonheurs, trouva qu'il s'agissait des fondateurs des religions, d'où la création, d'abord à Lyon (1879) puis à Paris (1889), d'un musées d'Histoire des religions d'Orient, qui porte aujourd'hui son nom. Dernier chapitre sur les musées au , celui des musées ethnographiques. Ceux-ci sont les héritiers des cabinets de curiosités enrichis par les voyages d'exploration puis par la formation des empires coloniaux. Ils voient le jour lorsque l'ethnographie elle-même devient une discipline autonome, c'est à dire au milieu du . Pourtant, dès 1837, de retour d'un voyage au Japon, le médecin et botaniste Philip Franz Von Siebold est chargé par le roi de Hollande d'organiser en musée les collections qu'il en avait rapportées. Ainsi nait le muséum Voor Volkerkunde de Leyde. L'exemple se diffuse ensuite en Allemagne, à Leipzig, Munich puis Berlin. En Angleterre, l'université d'Oxford bénéficie en 1883 du don du général Pitt-Rivers, qui avait commencé à collectionner les armes pour en suivre les perfectionnements. À Paris, au lendemain de l'exposition universelle de 1878, E-T Hamy, professeur d'anthropologie au muséum national d'Histoire naturelle, est chargé d'ouvrir un musée d'ethnographie au nouveau palais du Trocadéro. À ce moment, les innovations muséographiques viennent des pays scandinaves : stimulés par une forte volonté d’affirmation nationale, les recherches en ethnographie locales ont encouragé la conservation des témoignages matériels des traditions populaires. Ainsi naquit en 1873 le Nordiska Museet à Stockholm, musée consacré à toutes les contrées « où se parle une langue de souche scandinave ». Les objets de la vie rurale comme ceux de la vie urbaine y sont présentés « dans des intérieurs animés de figures et de groupes représentants des scènes de la vie intime et des occupations de la vie domestiques ». Cette présentation des intérieurs traditionnels s'inspirent des musées de cire, très en vogue à la même époque, comme le musée Grévin, qui ouvre à Paris en 1882. En 1884 s'ouvre une salle d'Europe au musée du Trocadéro, où l'on voit un intérieur breton composé de sept mannequins grandeur nature. Enfin, toujours dans le domaine des musées ethnographiques, s'ouvre au public en 1837, le musée de la Marine, dans une dizaine de salles du Louvre. Y sont exposés, d'une part, « les modèles des navires français anciens et nouveaux », d'autre part, les curiosités ethnographiques rapportées des contrées lointaines par les navigateurs. Dans la première salle, on a monté une étrange pyramide, formée des débris (cloches, fût de canon, pièces d'ancre…) des bateaux de La Pérouse, la Boussole et l'Astolabe, naufragés en 1788 sur l'île de Vanikoro, dans l’océan Pacifique. Le renouveau des musées, au cours des années 1980, a particulièrement touché les musées d'art contemporain mais aussi les musées archéologiques et les musées de site. Ce mouvement général, impulsé et soutenu par l'État, a été repris par les collectivités territoriales qui ont perçu la valeur symbolique de ce type d'équipement culturel. Ces musées créés (Lille, Grenoble, Bordeaux, Lyon, Saint-Étienne, Nîmes, etc.) ou restaurés (Nantes, Grenoble, Rouen, Lyon, Douai, Nancy, Lille, etc.) provoquent une forte hausse de la fréquentation (260 000 visiteurs à Grenoble huit mois après son ouverture). Les nouveaux centres d'art (Le Magasin de Grenoble ou le CAPC de Bordeaux, etc.) sont des espaces immenses, parfaitement adaptés à l'accueil temporaire des œuvres d’une grande diversité formelle. Musée des Beaux-Arts de Valenciennes|right|300px À partir des années 1990, la création, la rénovation ou le développement de musées et, plus généralement, de la filière culturelle accompagnent la reconversion de certaines régions d'industries anciennes sinistrées par la crise au cours des années 1970 : Glasgow en Grande-Bretagne (Écosse), Valenciennes, Lille, Roubaix, le Creusot, musée Guggenheim de Bilbao (Pays basque espagnol), etc. Dans Le Musée imaginaire, André Malraux s'attache en 1947 à analyser le phénomène muséologique : :« Le rôle des musées dans notre relation avec les œuvres d'art est si grand, que nous avons peine à penser qu'il n'en existe pas et qu'il en existe chez nous depuis moins de deux siècles. Le a vécu d'eux, nous en vivons encore et oublions qu'ils ont imposé aux spectateurs une relation toute nouvelle avec l'œuvre d'art. Ils ont contribué à délivrer de leur fonction les œuvres d'art qu'ils réunissaient ».

Droit des musées

En France

Le domaine muséal français est réglementé au quatrième livre du Code du patrimoine. Initialement l'ordonnance du 13 juillet 1945 portant sur l'organisation provisoire des musées des beaux-arts venait réglementer ce domaine. Ce texte distinguait trois types de musées :
- les 24 musées nationaux,
- la dizaine de musées classés,
- le millier de musées contrôlés, sous la tutelle de la Direction des Musées de France. Outre ces musées, certains échappaient au ministère de la Culture car se rattachaient à celui de l'Éducation ou bien étaient indépendants. La grande majorité des musées fonctionnaient en régie, puis de plus en plus étaient gérés par des établissements publics ou gérés par des personnes privés. Cette diversité s'est avérée non satisfaisante puisqu'elle freinait la mise en œuvre d'une politique culturelle française muséale. De plus, ce texte était en total décalage avec l'évolution concrète, depuis 1945, liée à la diversité des collections, des modes de gestion, etc. Par exemple, le musée était définit très étroitement puisqu’on le restreignait aux beaux-arts, dans une période ou l'art contemporain émergeait. Le 25 mai 2000, le député Alfred Recours a déposé à l'Assemblée Nationale un rapport d'information dans lequel il indiquait qu'« un projet de loi de modernisation du droit des musées permettrait de rénover un cadre juridique trop étroit, de l'ouvrir à tous les types de musées et aux préoccupations autres que scientifiques, tout en réorganisant les relations entre l'Etat et les collectivités territoriales, afin de donner aux musées toute leur place au sein de la démocratisation culturelle et de l'aménagement culturel du territoire ». Dès lors, la loi du 4 janvier 2002 s'est inspiré de ce rapport et est enfin venu actualiser l'ordonnance de 45 théoriquement provisoire. Le but de cette loi est d'harmoniser les règles applicables à l'ensemble des musées et de veiller à préserver certaines souplesses de leur gestion en tenant compte du processus de décentralisation culturelle. Ainsi elle a mise en place le label Musée de France et élaboré un véritable régime muséal. L'article du Code du patrimoine a élargi la définition du musée comme « toute collection permanente composée de biens dont la conservation et la présentation revêtent un intérêt public et organisée en vue de la connaissance, de l'éducation et du plaisir du public ». Ainsi cette nouvelle définition s'inscrit dans une logique de démocratisation culturelle. De plus elle accorde des fonctions d'éducation aux musées.

Bibliographie

- Jean BAUDRILLARD, Le Système des objets, Paris, Gallimard, Collection TEL, 1969
- Pierre BOURDIEU et Alain DARBEL, L'Amour de l'art, Paris, Les Editions de Minuit, 1967
- Jean-Louis DEOTTE, Le Musée, l'origine de l'esthétique, Paris, L'harmattan, 1993
- André DESVALLÉES, (sous la direction de), Vagues, Une anthologie de la nouvelle muséologie, volume 2, Mâcon, Edition MNES, 1994
- André MALRAUX, Le Musée imaginaire, Paris, Gallimard, Collection Idées/Arts, 1965
- Gérard MONNIER, L’Art et les institutions en France, Paris, Gallimard, 1995.
- L'art contemporain et le musée, Les cahiers du musée d'art moderne, Paris, hors-série, 1989
- Josep Maria MONTANER, Nouveaux musées, espaces pour l'art et la culture, Éditorial Gustavo Gili, S.A., Barcelona, 1990
- Georges Henri RIVIÈRE, Cours de muséologie. Textes et témoignages, Paris, Dunod, 1989 ==
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