Thèse mythiste (Jésus non historique)

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La thèse mythiste est une hypothèse historique selon laquelle Jésus de Nazareth est un personnage mythique, sorte de porte-étendard recouvrant la philosophie de ceux qui en ont propagé le mythe. Elle se développe dans deux directions :
- Jésus de Nazareth n'a pas existé : aucun document probant n'attestant l’existence de Jésus,
- de nombreux indices portent à croire qu’il est un personnage mythologique, c'est-à-dire ayant la même (in)consistance que l
Thèse mythiste (Jésus non historique)

La thèse mythiste est une hypothèse historique selon laquelle Jésus de Nazareth est un personnage mythique, sorte de porte-étendard recouvrant la philosophie de ceux qui en ont propagé le mythe. Elle se développe dans deux directions :
- Jésus de Nazareth n'a pas existé : aucun document probant n'attestant l’existence de Jésus,
- de nombreux indices portent à croire qu’il est un personnage mythologique, c'est-à-dire ayant la même (in)consistance que les personnages décrits dans le Rameau d'Or de James George Frazer : un personnage haussé à la dimension archétypale. Les thèses les plus fréquentes le comparent à Mithra, Dionysos, Sol Invictus ou Esculape. D'autres thèses mythistes affirment comme les courants théologiques classiques que sa personnalité serait le fruit d'une élaboration théologique tardive, ayant pris progressivement une dimension historique à partir du de l'ère chrétienne. On se situe alors à la frontière du mythisme et du cryptisme, illustré récemment par Gregory J. RileyUn Jésus, plusieurs Christs, Labor et Fides ; voir aussi Jésus selon l'exégèse contemporaine où la fin de l'article expose les diverses représentations. Dans ce contexte, Jésus devient un personnage conceptuel, instrumentaliséCe terme . par les premiers chrétiens. La thèse mythiste connaît un renouveau dans le monde anglo-saxon, mais son écho dans les milieux académiques demeure, pour l'instant, relativement limité. Selon ses défenseurs, le peu d'écho de la thèse s'expliquerait par l'embargo que les Églises appliqueraient sur de telles recherches. Beaucoup doutent de la faisabilité d'un tel embargo ; cette affirmation témoigne du moins des traces indélébiles laissées par le précédent que fut la crise moderniste au . Quelle est la vérité ?, peinture de Nikolai Ge. La recherche historique sur le personnage de Jésus est un sujet particulièrement sensible, et les mythistes contemporains la pensent tabou. La question est évoquée dans la Geschichte der Leben Jesu-Forschung, d’Albert Schweitzerédition de 1913, Tübingen, p. 445. La première édition en allemand date de 1902, la traduction anglaise de 1907. Le secret historique de la vie de Jésus (traduction de l'allemand par Annie Anex-Heimbrod), éd. Albin Michel, Paris, 1961 est un abrégé ; la est intégralement en ligne. L'ouvrage allemand fait environ 500 pages et la traduction un peu plus de 200 ; on est donc obligé de conclure à la version abrégée dont le titre donne un aperçu du sens des choix.. Cet ouvrage synthétise les travaux de la deuxième quête et tient compte des thèses mythistes développées à cette époque. Parmi les ouvrages cités, dans la lignée intellectuelle de Strauss et de son école mythologique, Bruno Bauer peut être considéré dès 1840 comme le premier mythiste. Les thèses mythistes ont toujours été marginales, pour diverses raisonsparmi lesquelles l'hostilité des diverses institutions ecclésiastiques, et sont considérées par certains auteurs comme un exemple de méthode hypercritiqueJean-Baptiste Pérès, op.cit., d'autres considèrent que la thèse mythiste relève de l'application de la pensée critique sur le contenu du Nouveau Testament. Une réponse parodique à la thèse mythiste a été donnée par exemple par Jean-Baptiste Pérès, en 1827, dans son opuscule . Pour les chercheurs et spécialistes, les thèse mythistes sont rejetées par des arguments tant externes qu'internes au nouveau testament. Un premier point est qu'aucun des premiers adversaires des chrétiens, tant côté romain que côté juif, ne remet en question l'existence de Jésus, et ce malgré des attaques virulentes. En ce qui concerne les évangiles, le fait que leur rédaction finale au tournant du premier et du second siècle s'est faite dans une période où les chrétiens cherchaient à la fois se distinguer des juifs, et à s'intégrer dans le monde romain, rend peu crédible l'invention totale de la crucifixion de Jésus, supplice romain par excellence, et la mention de roi des juifs. Enfin les incohérences et contradictions mêmes des textes, sont en fait en défaveur d'une création fictionelle Mordillat et Prieur, Jésus contre Jésus

Le : les philosophes des Lumières

Dès le , certains philosophes des Lumières, souvent anticléricaux, remettent en cause l'existence historique de Jésus. Dans la foulée des premières interrogations sur les paradoxes et les incohérences des textes bibliques, publiées à partir des Lumières en France et de l’Aufklärung en Allemagne, ils publient leurs réflexions sans qu'on puisse cependant parler d'études historico-critiques pour qualifier les travaux de Richard Simon, de Jean AstrucAstruc n'est pas un mythiste à proprement parler, puisque ses travaux portent sur l'Ancien testament. Ses travaux ont toutefois inspiré les démarches historico-critiques ultérieures. ou encore des Libertins.
- Jean Hardouin (1646-1729), un numismate, auteur d'éditions pédagogiques à l'usage du Dauphin. Pour lui, la situation est assez simple : la séquence des conciles antérieure au Concile de Trente n'existe pas et toutes les œuvres littéraires de l'Antiquité classique (Cicéron, Thucydide, Lysias, Platon, etc.) ont été écrites au . De ce fait, Jésus n'a pas d'existence historique.
- L'abbé Meslier et Mirabeau, Le Bons Sens du curé Meslier, Londres, 1772.

Voltaire

60px Voltaire dans la conscience populaire, met en avant l'absence de valeur documentaire des Évangiles « écrits par des gens que rien ne recommande, pleins de contradictions et d'imposture » — l'improbabilité des prophéties eschatologiques, contre lesquelles se rebelle le bon sens. Laissez chacun s'interroger en lui-même, s'il voit la possibilité de pousser plus loin l'imposture et la stupidité du fanatisme. Toute l’histoire de Jésus — seul un fanatique ou un valet stupide le dénierait — doit être examinée à la lumière de la raison. La recherche dans les œuvres complètes publiées par une fondation universitaire en Grande Bretagne montre que ces déclarations sont des apocryphes. À de nombreuses occasions, Voltaire attire l'attention sur le silence des auteurs non-chrétiens en ce qui concerne l’histoire contée dans les évangiles. Manifestement, la tradition chrétienne ne lui inspire aucune confiance. Toutefois prudent, il ne s'aventure pas à soutenir qu'elle est ou non conforme à la réalité. Il est conscient que « certains partisans de Bolingbroke, plus habiles qu'érudits », se croient autorisés par les ambiguïtés et les contradictions de la tradition évangélique à dénier toute existence historique à Jésus. Les citations de Voltaire, sont extraites des ouvrages suivants :
- Voltaire, Dieu et les Hommes ;
- Voltaire, Examen important de Milord Bolingbroke (Edition Kehl) ;
- Voltaire, Histoire de l'Établissement du Christianisme ;
- Voltaire, l'Essai sur les Mœurs ;
- Voltaire, Les Homélies prononcées à Londres, 1765 ;
- Voltaire, sermon des Cinquante ;
- Voltaire, Conseils raisonnables à M. Bergier ;
- et ses nombreux articles dans le Dictionnaire Philosophique ;
- François Dupuis, l'Origine de tous les cultes ou la religion Universelle, Paris, 1794 ;
- François Dupuis, Abrégé de l'origine de tous les cultes, Paris, 1798 ;

Travaux classiques

L'adjectif classique attribué à ces travaux tient au fait qu'ils se développent dans le sillon des travaux historico-critiques inaugurés au milieu du . Quelques-uns d'entre eux se situent dans la lignée du courant Dutch Radikal Kritik. Les thèses mythistes sont diverses :
- elles contestent l'existence historique du personnage Jésus,
- elles contestent le caractère historique de telle ou telle partie du récit présenté par les quatre évangiles, par exemple :
- les récits d'enfance, qui n'existent que dans Luc et Matthieu, dont la rédaction s'avérera tardive en regard des textes qu'ils introduisent,
- les récits de la passion, comme le fait Salomon Reinach ;actuellement, l'une des théories du Document Q fait observer que la reconstitution des diverses phases de ce document ne comprend aucun récit de l'évènement.

Courant académique

La distinction du courant anglo-saxon et du courant francophone est pertinente pour diverses raisons :
-Les quêtes du Jésus historique furent lancées par des penseurs anglo-saxons et allemands ; la thèse mythiste surgit de l'une d'entre elles ;
-Dans les écoles francophones, du fait de la Crise moderniste, l'université reprend au tout début du les études sur le christianisme ancien et les divers aspects de la quête du Jésus historique.

Dans le monde anglo-saxon

Le courant Radikal Kritik est leader dans ce domaine. L'ensemble des auteurs universitaires cités ci-dessous s'en réclament ou sont réclamés par lui. Bruno Bauer (1809 – 1882) de langue allemande, et Edwin Johnson (1842-1901), de langue anglaise, sont les deux principaux représentants du courant mythiste académique.
Bruno Bauer
Philosophe hégélien et historien, Bruno Bauer s'inscrit dans la lignée de David Strauss (Voir Quêtes du Jésus historique) qu'il critique dès son premier ouvrage sur la question :
- Kritik der evangelischen Geschichte des Johannes (1840), sur l'évangile de Jean.
- Kritik der evangelischen Geschichte der Synoptiker (1841), sur les synoptiques. Il développe l'idée que Jésus est l'incarnation des mythes développés par les premières communautés chrétiennes dans le cadre de l'hellénisme. Le travail de Bauer sur l'évangile selon Marc a été largement reçu et/ou discuté par des continuateurs récents.
Edwin Johnson
- son livre
- sa thèse
Arthur Drews
Arthur Drews (prononcer "drefs") (1865-1935) est un philosophe allemand sympathisant du mouvement des "", inféodés au nazisme ("Deutsche Religion" 1934)
- son livre : Die Christusmythe. Jena 1909, et Die Christusmythe. Zweiter Teil. Die Zeugnisse für die Geschichtlichkeit Jesu. Eine Antwort an die Schriftgelehrten mit besonderer Berücksichtigung der theologischen Methode. Jena 1911.
- sa thèse : Il discute de l'existence d'un Jésus historique argumentant qu'il est le produit des mythes et des idées apocalyptiques de son époque. Albert Schweitzer consacre tout un chapitre à sa théorie. De nos jours, le Christ Myth de Drews fait encore l'objet de débats dans les pays de langue anglaise. Des traductions anglaises sont toujours diffusées.

John M. Robertson

Il s'apparente au courant "Histoire des religions".
Ses livres
- John M. Robertson, Christianity and Mythology, Londres, 1900, 1910;
- John M. Robertson, Short History of Christianity, Londres, 1902;
- John M. Robertson, Pagan Christs, Studies in Comparative Theology, Londres, 1902-11;
- John M. Robertson, The Jesus Problem—Restatement of the Myth Theory, Londres, 1917
Son concept : (dans Pagan Christs)
Apollonius de Tyane est le seul personnage messianique dont le caractère authentiquement historique est admis par l'auteur. Le problème le plus grave tient à la méthode comparatiste et au défaut de ses qualités. Par exemple, l'auteur présuppose que de nombreux enseignements du Moyen-Orient et leurs prophètes (et ou messies) viennent originellement d'Inde. Ceci n'a été confirmé que pour les Gymnosophistes d'Égypte qui pourraient bien être des yogis. L'idée que l'auteur se fait du Bouddha, selon lui certainement un messie, est intéressante mais externe à la conception même du bouddhisme. Bouddha ne se proclame jamais un messie ; il déclare juste avoir atteint l'illumination. L'auteur tente aussi de trouver des racines asiatiques aux religions du Nouveau Monde ; mais sa méthode comparatiste, embryonnaire à l'époque, peut partir de n'importe quel indice, par exemple un zodiaque répartissant en 4 zones un ensemble de 12 symboles est qualifié de "remarquable", est parfois douteuse.

et

A travers une étude érudite et pédagogique des Mystères du monde païen, Thimothy Freke, philosophe, et Peter Gandy, spécialiste des religions antiques, convient le lecteur à retrouver avec eux la genèse du christianisme originel...
Leur livres
- The Jesus Mysteries: Was the "Original Jesus" a Pagan God? (1999)
- Les Mystères de Jésus, Editions Alethéïa, 2007, ISBN 978-2-917147-00-9
- The Wisdom of the Pagan Philosophers (The Wisdom of the World) (1999)
- Jesus and the Lost Goddess: The Secret Teachings of the Original Christians (2002)
- The Laughing Jesus: Religious Lies and Gnostic Wisdom (2005)

The Jesus Project

Certains chercheurs, comme ceux par exemple du , considèrent simplement que la question de l'existence historique (ou la non existence) de Jésus n'est pas encore résolue, et que les recherches ont été insuffisantes jusqu'ici. Le Committee for the Scientific Examination of Religion (CSER) a lancé en janvier 2007 le . Ce projet durera 5 ans et a pour objet de répondre la question de l'existence (ou non) du Jésus historique. La présente l'intérêt de rassembler à la fois des chercheurs classiques en sciences religieuses (histoire, sociologie, linguistique) en ce sens qu'ils appartiennent au consensus cryptiste, et des chercheurs se réclamant de l'athéisme, quel que soit leur domaine de compétence (la langue allemande, la biologie), parmi lesquels des promoteurs de la thèse mythiste, parfois dans sa version éradicatrice comme Richard Dawkins. Cette association n'existe qu'en pays anglophones où le pluralisme est plus répandu pour des raisons historiquesParmi lesquelles l'éducation au dialogue y compris chez les catholiques..

Dans le monde francophone

Dans le monde francophoneCette partie est largement inspirée du travail de 1926 de Maurice Goguel, tombé dans le domaine public, Jésus le Nazaréen: Mythe ou Histoire ?., ce courant a été dominé par les travaux de :
- Salomon Reinach, archéologue spécialiste de l'histoire des religions ;
- Paul-Louis Couchoud, philosophe, japonisant et helléniste ;
- Prosper AlfaricSes travaux ont été récemment réédités sous la direction de Michel Onfray..

Salomon Reinach

Il ne soutient pas directement la thèse de la non-historicité, mais le peu de valeur documentaire des évangiles ; d'une certaine façon, il tient pour bonne la compréhension docète du personnage en se basant sur les épîtres de Paul dont il ne parvient pas à accepter que toutes soit inauthentiques. Il insiste sur trois éléments qui lui semblent capitauxOrpheus, 1909; À propos de la curiosité de Tibère ; Bossuet et l'argument des prophéties ; Simon de Cyrène; Une source biblique du Docétisme :
- le silence des historiens autres que les rédacteurs chrétiens des évangiles,
- l'absence de rapport de Ponce Pilate à l'attention de Tibère dans une civilisation aussi administrative que l'empire romain ;
- le récit de la passion reprend et développe la prophétie du verset 17 du psaume 22 Voir .. Ce serait donc une appropriation et une imitation du psaume. Cette imitation serait à l'origine de la pensée docète.

Paul-Louis Couchoud

Paul-Louis Couchoud commence par donner des conférences et des discussions informelles à "l'Union pour la Vérité" entre janvier et avril 1924, puis certaines d'entre elles paraissent sous forme d'articles au Mercure de France sous le titre Le Mystère de Jésus. Au fil des discussions, entre autres avec Maurice Goguel, son meilleur opposant, Paul-Louis Couchoud fait évoluer ses thèses et les affine. Ses points de départ sont que le seul témoignage qui vaille est celui de Paul de Tarse et que la conception docète du christianisme serait l'orthodoxie si Paul est le véritable fondateur du christianisme.
Première version
Selon Couchoud, la méthode selon laquelle les historiens de son époque, d'Ernest Renan à Alfred Loisy, tentent de comprendre le personnage de Jésus et la genèse du christianisme est soumise à deux écueils principaux :
- le premier est qu'il est inconcevable qu'en une génération ou moins un homme soit déifié ;
- le second tient au fait que, du point de vue historique, Jésus échappe à l'historien faute de documentation suffisante. Testimonium Flavianum, douteux, est pour lui entièrement interpolé. Tout ce qui, dans le Talmud, concerne Jésus dépend du christianisme. Des trois « témoignages » païens, l'un, celui de Suétone ne connaît qu'un agitateur juif du nom de Chrestos et les deux autres, Pline le Jeune et Tacite attestent seulement de l'existence d'un mouvement chrétien et, pour ce qui est de l'origine de ce mouvement, ils répètent ce qu'en disent les chrétiens. Pour Paul-Louis Couchoud, le Christ dont parle Paul n'est pas un être historique, mais un personnage idéal au sens platonicien du terme. Couchoud a une compréhension des valeurs du christianisme et de l'influence de la « croyance en Jésus » qui le distinguent des autres théoriciens. Selon Goguel, Couchoud n'assume pas une thèse mythiste, mais une thèse spiritualiste.
Dernière version
Dans la dernière version, qui est une maturation de la précédente sans rupture réelle, Couchoud considère que « le Christ » tel que le présente la littérature paulinienne n'est pas une incarnation de YHWH, le Dieu de « toujours » du peuple juif, mais un nouveau dieu qui s'intègre dans le panthéon des « cultes orientaux ». La thèse mythiste devient la suivante : Jésus n'est pas un homme divinisé mais le dieu d'un culte à mystères humanisé par le récit qui en est fait. C'est là qu'il rejoint la conception docète du christianisme qui est l'un des gnosticismes.
Réception
La thèse de Paul-Louis Couchoud fut exposée successivement dans un article publié en 1924 dans le Mercure de France et suivie de conférences à l'Union pour la Vérité de janvier à avril 1924. L'Union pour la Vérité Anne Heurgon-Desjardins (présente) Études, Témoignages et Documents Inédits, Paul Desjardins et les décades de Pontigny Actes du colloque de 1959, Presses Universitaires de France 1964 François Chaubet, Paul Desjardins et les Décades de Pontigny, Presses Universitaires du Septentrion ISBN 2-85939-606-3 - janvier 2000 était une institution culturelle à la recherche d'une sociabilité intellectuelle dans la bourgeoisie catholique et moderniste. Il se trouve deux interlocuteurs de choix dans Maurice Goguel et le père Léonce de Grandmaison. Elle est rassemblée dans le Mystère de Jésus, augmentée de 3 chapitres dans lesquels Couchoud tente de démontrer que l'étude de l'Apocalypse et des épîtres non-pauliniennes confirment ses vues tirées des épîtres pauliniennes. L'ensemble est publié au Mercure de France en mars 1924. Maurice Goguel publie un tour d'horizon des thèses mythistes Jésus de Nazareth : Mythe ou Histoire ?Payot, 1926.
Postérité
Si une bonne partie des critiques faites par Goguel à Couchoud sont justifiées (par exemple, qu'elle est fondée sur entre autres une philosophie des religions, et non sur les textes et données disponibles, ce qui limite les possibilités de réponse), une partie de la réflexion de Couchoud a toutefois trouvé une postérité, ce qui fait son intérêt. D'une part, plus personne ne tente de recréer une Vie de Jésus comme le fit Strauss. Au contraire, on confronte les éléments du récit des évangiles à l'histoire de la Syrie-Palestine au et celle du judaïsme du second temple au premier siècle, pour évaluer la possibilité de tel ou tel évènement, voir le « réalisme » de tel ou tel évènement. Cela se nomme la contextualisation ou encore le Sitz im Leben selon les écoles. On aboutit donc à des « portraits en creux ». :Voir article spécialisé 2 aspects du Sitz im Leben les points suivants ont trouvé une postérité :
- l'idée du « dieu analogue à ceux des cultes à mystère » La postérité n'est pas directe mais l'idée demeure à deux endroits :
- le récit de l'institution de la Cène/Eucharistie n'est pas un récit de seder Pessah mais ressemble en bien des endroits à des récits de partage de nourriture dans certains cultes à mystère ;
- Il est un mythe que Margaret Barker — spécialiste du symbolisme du Premier Temple — rappelle dans ses travaux : celui d'Ashera, la Reine du Ciel (symbolisée, entre autres, par un arbre dont la menorah serait la survivance), une ancienne déité, mère de nombreux « fils d'El », vénérée ouvertement par Israël jusqu'à la réforme du avant l'ère courante (réforme de Josias). La thèse générale de Barker est que avec le christianisme apparaît une reconfiguration de thèmes appartenant à la théologie du Premier Temple, et ayant survécu en marge de la théologie officielle d'État. Selon la théologie du Premier Temple, YHWH est le plus important des fils qu'Asherah donna à El. Certains "chrétiens" en vinrent très tôt à identifier Jésus à YHWH, le fils d'El, et à comprendre le rapport de Jésus à Marie, comme celui de Yahweh à Asherah. Le binitarisme juif précéda le christianisme trinitaire
- le trinitarisme, s'il n'est pas juif dans la version élaborée qui nous est parvenue, a néanmoins des racines juives. Tout dépend de ce que l'on entend par « juif ». Si on réduit l'expression à l'expérience juive officielle, i.e. au judaïsme dominant depuis la période du Second Temple, celui de la Torah orale, il est clair que le monothéisme monolithique est la règle. Cependant, si l'on regarde « dans les marges », à l'exemple de Daniel Boyarin, « Il n'y a pas si longtemps, tout le monde savait que le christianisme était apparu après le judaïsme. Mais plus récemment, les chercheurs ont commencé à admettre la complexité du tableau historique. Dans le monde juif du Ier siècle, un grand nombre de sectes se disputaient les titres de Véritable Israël et d'interprète authentique de la Torah— le Talmud parle de soixante-dix — et la forme de judaïsme qui donna naissance à l'Église chrétienne ne fut que l'une de ces sectes. Les chercheurs réalisent maintenant que l'on peut et doit parler de la naissance du Christianisme et du Judaïsme comme de la naissance de jumeaux, et abandonner l'idée de dépendance génétique du premier par rapport au second. » Daniel Boyarin, Dying for God: Martyrdom and The Making of Christianity and Judaism. Daniel Boyarin enseigne la culture talmudique à l’Université de Californie. il devient tout aussi clair que le monothéisme monolithique n'était pas la seule interprétation possible du monothéisme juif. Aujourd'hui, les historiens commencent à parler de binitarisme. Ce qui les oblige aussi à parler de monothéismes au pluriel.

Prosper Alfaric

Après ses études, portant entre autres sur l'exégèse allemande, Prosper Alfaric, alors prêtre promis à un grand avenir, se sentit "perdre la foi". Quoiqu'il n'était pas un proche d'Alfred Loisy, il sollicita ses conseils pour la préparation de sa reconversion en vue de son abandon de la soutane. Alfred Loisy lui offrit ses conseils et lui ouvrit son carnet d'adresses Préface de Michel Onfray à la publication d'un regroupement des articles d'Alfaric sous le titre Jésus-Christ a-t-il existé ? Editions Coda - 2005.. Il reprit des études d'histoire, puis se spécialisa dans l'histoire des religions ; il passa sa thèse en Allemagne. En fin de carrière, suite à un débat fort discuté, il fut élu à la chaire d'histoire des religions de l'université de Strasbourg. Comme ses confrères anglo-saxons soutenant la thèse mythiste, il s'agit donc d'un universitaire. Pour Alfaric, les quelques textes d'auteurs non-chrétiens qui évoquent Jésus-Christ sont interpolés par les chrétiens. Il s'appuie sur l'absence de toute mention de Jésus chez certains auteurs anciens. En particulier, il signale l'histoire des rois juifs de Juste de Tibériade, récit dans lequel la vie de Jésus aurait dû trouver une place. L'œuvre de Juste a disparu, mais Photios la lit au de l'ère commune et s'étonne de rien trouver concernant « la venue du Christ, les évènements de sa vie, les miracles qu'il fit ». Il remarque en outre que Jésus est tout semblable aux dieux des cultes à mystères, Isis ou Mithra. De son vivant, Alfaric n'a publié ses articles sur ce thème que dans des bulletins paroissiaux comme le bulletin du cercle Ernest Renan et les cahiers de l'Union Rationaliste alors que sa fonction aurait pu lui permettre d'accéder à des revues universitaires comme la Revue historique de Gabriel Monod ou dans la Revue d'Histoire des religions d'Émile Guimet. L'intérêt de l'auteur étant de publier dans des revues de validation, on peut penser que cette abstention est due à un refus des comités de lecture des revues universitaires. Au temps d'Alfaric, la critique philologique a trouvé son plein développement ; le lecteur s'étonnera donc qu'il ne fournisse aucun élément textuel susceptible d'expliquer où le texte original et la glose s'enchevillent l'un l'autre, chez les auteurs anciens. L'histoire culturelle n'a pas encore trouvé son plein développement. Alfaric ne peut donc comprendre l'étonnement de Photios à partir du milieu où vit celui-ci ; pour Photios, la tradition est un donné qui ne souffre aucune discussion Heretical Imperative: Contemporary Possibilities of Religious Affirmation, Peter L. Berger, 1979 ISBN : 0385159676. Traduction française L'impératif hérétique, Van Dieren ed. 2005. Se reporter, en particulier, au début du livre à sa description de la tradition dans la mentalité prémoderne puis, plus tard à sa distinction entre l'orthodoxie et la néo-orthodoxie. : dans cette perspective pré-moderne, la considération dont jouit le Christ ne saurait être différente de celle dont il jouissait de son vivant. De même, Alfaric confond volontiers Jésus, qui pourrait être un candidat Messie du et le Christ, qui est la version christianisée du Messie à partir d'une réinterprétation de la pensée juive. Ces deux conceptions du Messie n'ont plus le même sens au moins depuis le , a fortiori au temps d'Alfaric.
Réception
Sa postérité est considérable. Alfaric est à l'origine de toutes les théories mythistes contemporaines. Toutes les théories mythistes descendent peu ou prou des thèses d'Alfaric, en particulier celles qui reposent sur une similarité avec Mithra, Sol Invictus. La plupart du temps, les thèses produites par des autodidactes (voir ci-dessous) paraphrasent les articles d'Alfaric. Alfaric lui-même avait fini d'élaborer sa conception dès 1934. Un point curieux est l'attitude de Charles Guignebert vis-à-vis d'Alfaric. Charles GuignebertProfesseur d'histoire du christianisme à la Sorbonne dans les années 1900 et auteur d'ouvrages estimés dans la collection « Évolution de l'Humanité » chez Albin Michel comme Le monde juif vers le temps de Jésus", "Jésus", "Le Christ" s'affichait libre-penseur et ne nourrissait, au dire de Maurice Goguel, aucune sympathie pour le Jésus qu'il étudiait ; il n'en était pas moins grand adversaire des mythistes. Par ailleurs, Guignebert ne cesse de pourfendre Couchoud, qu'il traite d'amateur, capable de soulever seulement « l'enthousiasme des incompétents », mais jamais il n'écrit le nom d'Alfaric et ne cite le moindre de ses ouvrages, même pour le réfuter. On peut expliquer cette attitude par le fait qu'au lendemain de la Première Guerre mondiale la nomination d'Alfaric à la chaire d'histoire des religions de l'université de Strasbourg avait fait scandale chez les catholiques comme chez les protestantsvouloir y voir une preuve de l'obstruction catholique à la recherche relève d'une méconnaissance du problème de la revendication d'orthodoxie. On trouvera une clarification du problème dans un vieil ouvrage de Louis-Auguste Sabatier paru vers 1904 "Religions d'autorité et religion de l'esprit" ; en effet, le scandale est à la fois celui des catholiques comme des protestants et n'a donc aucun rapport avec de supposées entraves catholiques à la recherche. ; Guignebert et Loisy étaient alors intervenus chaleureusement en sa faveur, sans se douter qu'en 1932 il publierait son livre Jésus a-t-il existé ? Il leur était donc très difficile de contester la compétence de celui qu'ils avaient parrainé : ils ne pouvaient que se réfugier dans le silence.

Courant anticlérical historique

Thèse du blackout

La thèse du blackout défend l'idée que l'Église catholique aurait refoulé la thèse mythiste et fait pression pour empêcher les recherches et les publications à ce sujet. Répandue parmi certains courants francophones de l'athéismeen fait dans tous les ouvrages cités ci-dessous , elle constitue pour les sociologues une forme de théorie du complotPierre André Taguieff, .
La crise moderniste
LÉglise catholique s'opposa à toute l'étude d'exégèse scientifique des textes bibliques, et non spécifiquement au développement de la thèse mythisteL'opposition à toute recherche historico-critique sur la Bible se manifeste avec éclat dans l'affaire Loisy . La chronologie présente dans l'article crise moderniste montre la succession des textes par lesquels le Vatican s'oppose à tout esprit "moderne" dans des domaines bien plus variés que les seules questions théologiques. S'opposer, en particulier, à l'exégèse allemande est une position politique.. L'opposition vaticane se manifeste contre la philosophie allemande, c'est-à-dire à l'exégèse allemande protestanteCorrespondance de Marie-Joseph Lagrange, citée dans la biographie de celui-ci par Bernard Montagnes o.p. mais aussi "L'anti Protestantisme politique au ", Nicole Malet-Yvonet, article de la RHPR année 1958. Cette période se nomme la crise moderniste : toute étude scientifique des textes biblique a été interdite de 1854 à 1967Dei Verbum, Vatican II. L'interdiction ne fut effective que pour les penseurs, chercheurs et théologiens catholiquesFrançois Laplanche, la science catholique… op. cit. Albin Michel. En revanche, les protestantismes européens (surtout allemands), sont à l'origine d'études d'exégèse scientifiqueProtestantisme libéral et Quêtes du Jésus historique. La condamnation en bloc de toutes les églises est inappropriée; elle n'est pas plus justifiée pour l'église catholiqueLa condamnation en bloc est d'autant plus injustifiée qu'elle revient à mettre dans le même sac la hiérarchie vaticane qui agit en termes politiques et l'opposition interne. Les affaires Lagrange et Sertillanges montrent combien ces dominicains luttèrent toute leur vie pour se ménager des espaces de liberté propice au développement du savoir. Durant le plus fort de l'anti-modernisme, Dominicains et jésuites, malheureusement les uns contre les autres, développèrent des domaines d'excellence qui ne pouvaient être atteints par les décrets du Vatican, nommément le développement des langues anciennes rares qui sont le fait des Bollandiste]s et l'édition critique des manuscrits du christianisme ancien comme le montre la collection "sources chrétiennes" au CERf et dont témoigne l'Ethereal Library (en ligne) des dominicains anglophones du Canada. car l'histoire ne juge pas ; elle enregistre et décrit. L'interdiction de l'exégèse scientifique ne pèse que sur les chercheurs sur lesquels l'église catholique a du pouvoirvoir les biographies de Alfred Loisy, Marie-Joseph Lagrange, Édouard Dhorme. Les chercheurs laïcs de EPHE qui est fondée à cette époque ni les chercheurs travaillant dans des institutions laïques comme l'ULB (Université Libre de Bruxelles)Fondée à la période de la rencontre entre des juifs libéraux (e.g. Elie Aristide Astruc des protestants libéraux e.g. Ferdinand Buisson) lors de la tentative de fondation d'une "morale indépendante". L'université fut fondée par des protestants et des francs-maçons, la loge des amis philanthropes. Sur l'ULB, consulter la biographie d’Eugène Goblet d’Alviella et pour les productions de l'ULB, la revue Problèmes d'histoire du Christianisme à laquelle a succédé Problème d'histoire des religions. ou d'autres institutions similaires ne sont nullement affectées comme en témoignent les publications.Voir dans la suite de l'article le chapitre sur la liberté de publication. Cette thèse est inégalement répandue dans le monde francophone et dans le monde anglophone pour des raisons historiques : le monde anglophone a moins affaire avec l'Église catholique romaine. Elle est récemment soutenue par Raoul VaneigemLa résistance au Christianisme, Michel OnfrayL'archipel Pré-Chrétien, Conférences de l'université Populaire de Caen, Diffusion France Culture en 2005, CD disponible aux Editions Fremeaux parmi les mythistes du courant athée mais l'idée plus générale que les origines du christianisme ne sont pas étudiées de façon académique est répandue dans les cercles athées francophones qu'ils soient ou non mythistes. On rencontre aussi, dans d'autres cercles, l'idée que certains aspects des origines du christianisme seraient déniés ou rejetés pour des raisons d'antisémitisme avoué ou larvé.L'une et l'autre reposent sur la fonction eulogique de la religion décrite par Peter Sloterdijk La Compétition des bonnes nouvelles, Éditions Mille et Une Nuit.. La thèse mythiste et la quêtes du Jésus historique ont partie liée, ne serait-ce que parce que l'une naît de l'autre. Les cercles athées et anticléricaux quand ils défendent la thèse de l'embargo prétendent que "l'Église" a refoulé la thèse mythiste, Claude Langloisarticle cité ci-dessous estime qu'il s'agit d'une erreur de perspective historique. La théorie de l'embargo donne à l'église catholique plus de pouvoir qu'elle n'en a réellement depuis le milieu du Seul le mythe de l'Index librorum prohibitorum qui sévit. Cet index, au 19 siècle n'a de pouvoir que sur les éditeurs d'obédience catholique et aucune sur les autres éditeurs, en France, à cette époque, ce sont Mâme, La Bonne Presse édition assomptionniste compromise dans l'affaire Dreyfus (à qui succera Bayard), le CERF, éditions dominicaines. Ces éditeurs sauf Mâme ont pris leur indépendance depuis la fondation de l'AFCEB. L'Essence du Christianisme de Adolph von Harnack paraît en 1900 et connaît un grand nombre de traductions, quoique la version française publiée par Fisbacher ne soit pas très bonne. La chronologie en tête de l'article crise moderniste montre la liste des publications allemandes depuis le milieu du 19 siècle qui ne furent nullement entravée dans leur publication comme dans leur diffusion.. L'athéisme francophone reprend le vocabulaire eulogique catholique : « l'Église » doit se comprendre « catholique romaine » ; elle est assimilée à l'ensemble du christianisme, comme l'affirme la doctrine catholique. Avec quelques variations de détail, cependant, selon que l'analyse se porte sur le Syllabus de 1864, Mortalium Animos de 1928, ou la récente déclaration de Benoît XVI. Cette affirmation postule
-que la recherche sur les origines du christianisme y compris la Quête du Jésus historique sont affaires éminemment ecclésiastiques. L'histoire de l'introduction des sciences religieuses en France montre le contrairedirecteur de l'Institut européen en sciences des religions, ancien professeur à l'Université Libre de Bruxelles.
-que les chercheurs membres d'une église ne peuvent être indépendants ou sortir de l'apologie. Les travaux de Ernst Troeltsch ou de Albert Ristchl, tous deux pasteurs, montrent le contraire. Ristchl n'hésite pas à publier le résultat de ses recherches même si ils vont contre les enseignements dogmatiques les plus traditionnels. La thèse du blackout ou de l'embargo reflète le développement d'un corpus de croyances propre à l'athéisme francophone. Les tenants de la doctrine du blackout surestiment le pouvoir de l'Église catholique dans le domaine de l'enseignement, même si l'université (assimilée à « la Science ») trouve son origine dans l'institution ecclésiastiqueL'histoire de l'université et jalonnée de crise d'indépendance de ses professeurs tous clercs, dès ses débuts. La première révolte des clercs date d'Abélard et l'une des plus célèbres, au est celle conduite par les évangélistes avec Lefebvre d'Etaples. Au , l'indépendance est gagnée contre l'Église mais avec la montée des nationalismes en Europe, perdue contre l'état (Christophe Charle, Jacques Verger, Histoire des universités, Paris : PUF, 1994. Que sais-je ; 391 - ISBN 2-13-046530-7), mais n'a pas tardé à s'y opposer (dès le ). La tradition historiographique issue de l'École des Annales, qui s'intéresse à la fois au contexte social et économique, a suscité l'histoire culturelle quelquefois reçue comme une « histoire en creux » par exemple, l'histoire de la couleur ou l'histoire des odeurs pour lesquelles peu de documents concrets existent et, en tout cas, rien qui ressemble au document archéologique.

La liberté d'édition durant la crise moderniste

La liberté d'édition durant la crise moderniste fut totale si l'on excepte les éditeurs catholiques, cités ci-dessus Le cas du CERF est paradigmatique. La dernière interdiction vaticane l'atteignit en 1936 à propos d'un ouvrage de Yves Congar o.p. "Chrétiens Désunis", ouvrage de réflexion sur l'œcuménisme. Cette renonciation conduisit l'entreprise au bord de la faillite. Des capitaux privés, indépendants de l'ordre dominicains furent introduits en majorité car les travaux d'édition critique des textes étaient de grande qualité et d'un grand intérêt et devaient être sauvés. Depuis l'après guerre, le CERF jouit d'une grande indépendance. Depuis l'affaire Drewermann, les éditeurs même catholiques, savent que l'interdiction (index jusque 1961) ou la condamnation d'un ouvrage par la Congrégation pour la doctrine de la foi justifie la mise en route d'une seconde édition et est une occasion de profit. Ainsi le CERF a connu récemment une prospérité accrue avec la condamnation vaticane de l'ouvrage de Dominique Cerbeleaud o.p. "Marie, un parcours dogmatique". Il est probable qu'il connaisse une nouvelle amélioration de son chiffre d'affaires car le théologien novateur et connu bien au delà du catholicisme Claude Geffré o.p. serait inquiété depuis mai 2007 pour ses opinions pluralistes largement exposées dans ses ouvrages. La editorial Trotta, maison espagnole peu au fait encore de cet aspect de l'opinion publique, s'est trouvée piégée lors de la condamnation de l'ouvrage de Juan José Tamayo Acosta en 2003. Elle n'avait rien prévu et se trouva en rupture de stock un an durant, c'est à dire le temps que l'opinion mobilisée pour la défense du théologien (un laïc connu sur 2 continents) retombe. . Pour s'en rendre compte, il suffit de consulter la bibliographie d'un ouvrage académique "vintage". Prenons le "Jésus" de Charles Guignebert. La bibliographie de l'édition de 1933, telle que présentée dans la réédition de 1970, présente 10 pages A5 de bibliographie ; la date de publication des ouvrages s'échelonne à jet continu de 1863 à 1927. Cette datation de la première bibliographie donne une idée du temps de recherche et de composition de l'ouvrage dont l'auteur était professeur d'histoire du christianisme à la Sorbonne (Paris, France). La bibliographie complémentaire pour l'édition de 1938 inclut les publications de 1934 de Alfred Loisy dont le calvaire d'excommunié est souvent présenté comme un exemple du pouvoir de l'église catholique sur la production universitaire. Après son excommunication, Loisy fut élu au Collège de France, pour partie à cause du caractère résolument innovant (pour la France) de ses travaux et pour partie pour des motifs politiques qui consistent justement à montrer que l'église catholique ne fait pas la loi dans la recherche. Lui, mais aussi tous ses collègues excommuniés ou bannis (Dhorme, Battifol, etc.) publièrent à jet continu. La bibliographie complémentaire pour l'édition de 1970, réalisée par P. Jay, B. Demeret et J. Grousson en ajoute autant pour la période qui suit. Globalement, cette bibliographie porte sur des ouvrages en 3 langues : deux bons tiers pour l'allemand, une petite poignée (essentiellement Goguel, Battifol et Loisy mais aussi Dhorme et MJ Lagrange, ce qui montre l'ouverture d'esprit de Guignebert) pour le français et tout le reste en anglais. Dans le même ouvrage Jésus, les "notes de bas de page" sont au nombre de 1489 et contiennent à 80% des références à des articles de revues scientifiques, 10% dépouillent des expressions grecques et 10% sont des explications sociologiques. On peut faire les mêmes remarques sur l'ouvrage "le Christ" du même auteur dont il convient de rappeler qu'il se revendiquait athée.
les publications universitaires
On voit que la production est inégale en français et dans les autres langues européennes. En France, Gabriel Monod s'inquiète dans la Revue Historique du devenir de la "science catholique des évangiles" au lendemain des premières interdictions. Cela ne préjugeait en rien de la production des sciences religieuses largement indépendantes dans les universités. La Sorbonne, l'École pratique des hautes études, le CNRS, l'université de Strasbourg Les publications de la faculté de théologie de Strasbourg une faculté d'état fondée par Napoléon 3, furent plus atteintes par la guerre de 1870 que par les interdictions du Vatican. Répartie en théo-pro et theo-cath, la qualité universitaire de sa production répondait au même critères que ceux promus par l'état pour les autres disciplines. La fac théo-cath ne fut jamais reconnue par le Vatican justement parce qu'elle était contrôlée par l'état. La fac théo-pro fut rapatriée sur Paris par Louis-Auguste Sabatier (théologien, pasteur, universitaire, républicain radialisnt et partisan de la séparation) qui fonda avec Etienne Mennegoz (théologien, pasteur, universitaire) l'Ecole de Paris qui se trouve à l'origine de l'Institut de théologie protestante de Paris. La fac de Strasbourg fut réencouragée par le Kulturkampf de Otto von Bismarck. Elle est demeurée un lieu de refuge pour les théologiens catholiques blackboulés par les universités pontificales. publièrent ce qu'elles voulurent publier sans le moindre problème. Dès qu'on passe les frontières, on se rend compte que Tubingen, Chicago, Harvard et Yale fondée par les unitariens, plus tard de Birmingham, furent absolument libre de toute entrave. Yale et Chicago furent plus affectées par la guerre de Sécession que par les interdictions vaticanes. Les églises évangélicalistes, fréquemment obscurantistes ne purent rien interdire.
gratis affirmatur
Il n'en demeure pas moins que les cercles athées francophones atheisme.org, cercle zététique, etc. aiment à répandre l'idée que l'édition sur les sujets tournant autour des origines du christianisme se serait interrompue entre 1863 (Renan) jusqu'à nos jours et que toute affirmation contraire est gratuite comme le dit l'expression latine. Cela ne montre qu'un défaut de pratique des ouvrages académiques qui contiennent toujours une bibliographie et au moins un index des noms cités. Il est difficile de démêler dans cette doctrine de l'interruption de l'édition ce qui relève de l'idéologie de ce qui relève du simple obscurantisme. L'attitude est assez semblable à celle des créationistes quand on leur parle d'ADN ou de datation au carbone 14. L'article Croyances athées, cité en bibliographie montre la structure de leurs arguments et les limites des bibliographies qu'ils promeuvent. Les bibliographies ne présentent que des ouvrages dont les auteurs sont des militants athées ; les autres ouvrages sont réputés "partisans". L'examen des arguments, neufs en 1934, montre qu'en fait, les publications intervenues depuis, sont inconnues par les militants athées (Cf. ci-dessous la partie d'article consacrée aux auteurs autodidactes). Cette méconnaissance de la bibliographie académique même Guignebert n'est pas cité car dans son ouvrage Jésus, à la page 67 édition de 1970 par Albin Michel, il critique le mythisme, mot qui lui est emprunté, en ces termes : "Les efforts, souvent érudits et ingénieux des mythologues n'ont gagné à leurs thèses aucun des savants indépendants et désintéressés que rien n'empêcherait de s'incliner devant un fait bien établi et dont l'adhésion aurait eu du sens. L'enthousiasme des incompétents ne compense pas cet échec. La théorie de Jensen apparaît dès qu'on l'examine comme l'erreur énorme d'un érudit qui a cru pouvoir tout expliquer sans sortir de sa spécialité. Les thèses de Kalthoff ont un aspect sociologique qui les rend d'abord plus séduisante ; mais d'où leur inventeur tire-t-il toutes ces précisions sur les mouvements sociaux sur la fermentation sociale de l'empire au premier siècle ?" Il en montrait les présupposés et le défaut de méthode entre les pages 64 à 74 tranche :
-avec l'attitude de Guignebert qui lisait les ouvrages produits par les chercheurs chrétiens inclus les catholiques avant de les critiquer
-avec l'attitude de l'athéisme anglo-saxon qui se situe dans une relation dialectique avec les chercheurs en sciences religieuses qu'ils soient ou non ecclésiastiques. Le forum Infidels est un exemple de dialogue constructif. Rien de semblable ne peut s'organiser dans l'athéisme francophone. Une radicalisation s'opère ans l'athéisme d'expression anglaise depuis l'intrusion des néoconservateurs dans le gouvernement américain (en gros depuis la présidence Reagan) avec la mise en valeur de publications qui s'enorgueillissent de leur ignorance Dans un interview, Richard Dawkins à qui l'on reprochait sa méconnaissance de la bibliographie classique sur les sujets qu'il critique répondit "Y a-t-il besoin de connaître l'astrologie pour la critiquer ?"et, de ce fait, adoptent l'attitude francophone. L'expression "gratis affirmatur" utilisée après l'indication de multiples références ouvrant sur des bibliographies polyglottes de centaines d'ouvrages montre donc un phénomène bien connu et décrit par Max Weber : la croyance n'est pas soluble dans l'argumentation rationnelle non plus que dans les preuves factuelles. Si l'édition fut totalement libre de publier la recherche, la "libre pensée" francophone n'est pas libre d'en lire les publications et d'en gouter les fruit.

Autres auteurs

Parmi les auteurs ayant défendu la thèse mythique, on peut également citer Georges Las Vergnas, Guy Fau et Georges Ory.

Travaux récents

Michel Onfray
Michel Onfray appartient autant au courant anticlérical qu'au courant académique. Il n'a pas de thèse propre mais soutient celle de Couchoud et celle d'Alfaric. Toutefois, son type d'argumentation le situe dans le courant anticlérical historique, en cela que, contrairement à Doherty, il n'a pas actualisé son argumentation (?). Dans la Contre-Histoire de la Philosophie, Michel Onfray défend la thèse mythiste. Cependant, les critiques, comme Foessel, cité plus bas, et d'autres moins marqués par l'engagement de la revue Esprit, née du personnalisme communautaire du philosophe chrétien Emmanuel Mounier regrette que le "Sitz il Leben" ne soit ni évoqué ni retenu, alors que, pour les pré-socratiques, il y prête une grande attention. Sa préface à la réédition des articles d'Alfaric dresse un portrait d'Alfaric sans s'interroger sur les raisons qui font que les articles, désormais réunis en un volume, ne parurent jamais dans une revue académique ; il ne mentionne pas les points d'avancées de l'histoire de l'Antiquité tardive comme de l'exégèse contemporaine en regard des thèses d'Alfaric. Dans son Précis d'athéologie, il présente la thèse de Paul-Louis Couchoudfine réponse de Onfray à la remarque qu'il ignorait les thèses mythistes modernes, telle celle de Doherty : « Oh, les chrétiens se réfèrent bien à un livre vieux de 2000 ans ». La réponse est passée sur France Culture lors de la reprise des diffusions des conférences en 2006 mais pas l'objection.. Il fait l'impasse sur les débats du dans lequel s'insère la thèse de Couchoud à laquelle il se range (Entretien électronique avec Onfray, confirmé par la recension parue dans la revue Esprit de mai 2005 "l'athéisme dérisoire de Michel Onfray", par Michael Foessel. Dans la version complète de l'article, dont seul un résumé est en ligne, l'auteur souligne combien l'analyse des religions autres que chrétienne est déficiente ; Onfray procède par décalque du catholicisme le parangon du christianisme sur les autres religions, judaïsme et islam, sans prendre en compte le fait que le poids de l'ecclésiologie déterminant dans le catholicisme est absent des 2 autres monothéismes ). Voir .
Earl Doherty
Les éléments qui constituent la pertinence de la thèse mythiste selon Earl DohertyDoherty est l'équivalent d'un agrégé de Lettres classiques (latin-grec) On peut consulter en ligne concernant ses opinions sur la non-existence de Jésus. tiennent
- à la méthodologie : la thèse qu'il développe prend en compte les recherches antérieures contrairement aux thèses autodidactes, parfois farfelues. Il discute à partir des problématiques issues du problème synoptique, du corpus johannique et du corpus paulinien.
- au débat qu'il organise autour de sa théorie. Depuis 1999la vérité oblige à dire que depuis 4 ans, la liste tourne au ressassement des thèses mythistes les moins pertinentes et que ni Earl Doherty, ni Peter Kirby n'y participent plus., le groupe de discussion Jesus Mysteries a été créé à l'instigation de Doherty et de quelques universitaires pour envisager toutes les faiblesses de la thèse de Doherty et, si possible, la mettre à bas. Au départ, le groupe était ouvert à un certain nombre de professeurs dans les Divinity Schools (athées ou croyants), à leurs étudiants et à un groupe d'athées américains réunis sous la bannière de Infidel.org. Avec la notoriété, le groupe de discussion a accueilli des inscriptions plus diverses, ne disposant pas forcément du même pré-requis universitaire (???), qui conduisent à de fréquents résumés des chapitres précédents. Toutefois, certaines erreurs de lecture du grec, par exemple sur Kata sarka, affaiblissent l'intérêt de son travail. Contrairement à ce qu'affirme Doherty, le sens du mot sarx, que l'on trouve dans les épîtres diversement décliné (kata sarka, en sarki, etc.), fait référence à une vie terrestre, y compris lorsqu'il est appliqué à Jésus. Si les mythistes souhaitent prouver le contraire, ils devront appuyer leur démonstration sur des documents de l'antiquité dans lesquels le mot sarx serait clairement utilisé pour qualifier un personnage céleste. La seule occurrence se trouve dans la lettre de Jude, laquelle est postérieure aux lettres de Paul. Ce n'est pas en lisant cette lettre de Jude que Paul a pris l'habitude de dire "kata sarka" pour désigner les anges.

Thèses non académiques

Ce sujet attire de nombreux autodidactes dont certains se prétendent des chercheurs indépendants sans a priori religieux, alors que d'autres sont issus du courant anticlérical, et quelques-uns sont issus des courants athées militants . Par non académique, on signale que la caractéristique de ces thèses tient à ce qu'elles sont peu, voir pas du tout, reprises dans les bibliographies des livres qui font autorité dans le domaine. Elles ne sont pas approfondies par la communauté savante. Dans l'ensemble, ces thèses se caractérisent par des faiblesses de méthode : elles prennent, le plus souvent, pour hypothèse l’inexistence historique de Jésus.Elles prennent la conclusion pour hypothèse (voir pétition de principe) au lieu de prendre les textes et leurs contextes (historique, linguistique, etc.) de production pour point de départ. De ce fait, certaines de leurs affirmations vont contre l’état de l'art au moment de la parution des ouvrages. La consultation de leurs bibliographies montre que ces thèses font fi des recherches universitaires comme des travaux sur les textes. Le peu de célébrité de l'ouvrage du sociologue Maurice Halbwachs, "Topographie légendaire des Evangiles" (1941), confirmerait cette impression. La pétition de principe est la caractéristique de l'apologie, analogue aux ouvrages de piété, e.g. disant que les évangiles rapportent des évènements historiques... Les mythistes amateurs reproduisent cette démarche anti-scientifique. Les militants de l'athéisme radical contemporains utilisent fréquemment le jeu des hypothèses présidant aux travaux de la deuxième quête du Jésus historique pour des objectifs prosélytes sans nécessairement connaître ni les méthodes des travaux qui ont conduit à ses résultats et, le plus souvent sans retenir les conclusions de ceux-ci. Par exemple :
- Les « preuves » dites de sont fondées sur des contradictions entre les divers évangiles. Ce type de sites, très répandu dans le courant athée francophone ignore radicalement que ces contradictions sont étudiées par le problème synoptique, un classique de la recherche académique. On note, en effet, des couches rédactionnelles dans le genre littéraire arétalogie dont on tire la conclusion que nombre de récits sur la vie de Jésus ne doivent pas être nécessairement compris comme historiques au sens où nous comprenons l'histoire de nos jours. Ils peuvent représenter un simple réalisme poétique ; élucider ce symbolisme éventuel peut donner accès à une vérité anthropologique.
- Un autre cheval de bataille est ce passage de Flavius Josèphe parlant de Christ qualifié d'interpolation alors que les débats académiques sont bien plus divers et bien plus nuancés.

En francophonie

Bernard Dubourg

tendance romanesque

Par romanesque, il faut entendre tendance "faits divers", "scandale", associations fantaisistes à des mythes déjà connus et construits autour des Templiers, de Rennes-le-Château, etc. Les idées d'Arthur Heulhard et Daniel Massé ont toujours fait sourire les spécialistes du genre. À leur propos, Maurice Goguel déclare : En France, si l'on excepte quelques polémistes dont les travaux tiennent plus du roman que de l'enquête (page 25). Leur éditeur sut les populariser auprès d'un large public avide de mystères et de scandales. Il est aussi l'auteur de la légende selon laquelle l'Église (comprendre l'Église catholique apostolique et romaine) aurait tenté de faire disparaître autant que possible les ouvrages de Daniel Massé.
Robert Ambelain
Franc-maçon dans une obédience athée, Ésotériste et fondateur entre les 2 guerres de l'AROT, association pour la renaissance de l'occultisme traditionnel, il publie en 1970 : :– Jésus ou le mortel secret des templiers, Robert Laffont ; :– Les lourds secrets du Golgotha ; :– La Vie secrète de saint Paul. Quoique n'étant pas mythiste, le Da Vinci Code trouve une partie de ses condiments dans les éléments de ce genre : complot, sectes et initiés, secret, empêchement de l'Église catholique, etc.
Arthur Heulhard
- ses livres
- Le mensonge Chrétien, Jésus Christ n'a pas existé, Paris, 1908-10, II vol
- La Vérité Barabbas, Le mensonge Jésus ; Tu es Petrus, l'histoire et la légende, Paris, 1913-14
- sa thèse
- c'est Jean-Baptiste qui se proclame Christ' et Fils du Père
- c'est BarAbbas (dont la traduction du nom donne « fils du Père », de Bar = fils en araméen et Abbas, père en hébreu comme en araméen doté d'un génitif grec) qui fut crucifié au Golgotha par Pilate pour ses crimes publics comme assassinat, vol et trahison. Dans leurs récits, les évangélistes substituèrent Jésus, un personnage sans existence autre que fictive, à BarAbbas, afin d'exploiter lucrativement la rédemption des péchés par le moyen du baptême. Le statut d'une victime innocente, auquel BarAbbas ne pouvait prétendre, rendait nécessaire la création d'un tel personnage fictif. C'est donc BarAbbas que l'Église romaine adoreComme bien des athées francophones, qu'ils soient ou non mythistes, le catholicisme est confondu avec le christianisme dans son ensemble..

Courant anticlérical

Dans l'ensemble le courant anti-clérical a plus d'un point commun avec les amateurs que fustigeait Guignebert. Contrairement aux chercheurs académiques, les amateurs ne partent pas des textes anciens mais de traductions des évangiles et, plus largement, du nouveau Testament en français. Ils prennent pour hypothèse la théorie qu'ils veulent démontrer et tentent de rassembler autour d'elle les éléments susceptibles de l'appuyer. Au contraire, les universitaires aboutirent à élaborer les diverses théories composant les "Quêtes du Jésus historique" non en préjugeant que Jésus de Nazareth pouvait être un personnage historique mais en confrontant les textes évangéliques des divers manuscrits disponibles entre eux, en les confrontant à la grammaire et à leur vocabulaire (philologie) et en les confrontant à l'histoire globale du temps. Les quêtes furent un sous-produit du problème synoptiqueet non un pré-supposé. Les militants anti-cléricaux amateurs adoptent la démarche inverse. Ce problème synoptique désigne un courant de recherche qui tente de trouver la source, l'origine et les raisons non au sens de "justification" mais de cause, e.g. la source est un récit plus ancien, et de logique narrative, e.g. le parcours décrit est sur la côte et donc, on va parler de bateaudes contradictions entre les évangiles. Les diverses pistes offrant des solutions au problème synoptique montrent que chacun des évangiles fut écrit pour être « le seul vrai récit » et qu'il ne s'agit pas d'histoire au sens scientifique qui s'est établi depuis le .

Daniel Massé

Suivant des membres du courant contre les religions, Massé était surtout un plagiaire du précédent pour la plus grande partie de son œuvre concernant le mythe Jésus ; il fut bien soutenu par son éditeur, qui, selon les mêmes sources, alla jusqu'à écrire quelques-uns de ses livres afin d'obtenir un succès de scandale.
- son concept Juriste, il se présenta en son temps comme le découvreur d'un formidable secret jusque-là jalousement gardé : Jésus n'était autre qu'un bandit rebelle dénommé Judas de Gamala.
- ses livres parus aux éditions du Sphinx, vers 1920
- , Jean-Baptiste et Jean le disciple aimé
- , L'Apocalypse et le royaume de Dieu
- . L'auteur y avance
-
- que l'exégèse est une discipline ecclésiastique visant à catéchiser les foules, ce qui était vrai à l'époque de la rédaction de son livre. Le seul modèle connu et retenu est celui de Exégèse canonique dont les normes de liberté furent à nouveau rappelée par le pape Pie XII(pape de 1939-1958) dans son encyclique Divino Afflante Spiritu. de Pierre Gibert). Les auteurs mythistes amateurs n'ont pas la moindre idée que l'exégèse scientifique s'applique d'abord à des manuscrits profanes, e.g. aux manuscrits d'auteurs anciens ou récents Cf. IMEC. Cette lacune tient aux séquelles de la crise moderniste. En réalité, depuis le milieu du , ce travail d'élucidation philologique des manuscrits (critique textuelle), de filiation (stemmatique) ce travail de recherche de sources (critique radicale) est parfaitement libre dès qu'on sort de la perspective catholique La Bible en France entre mythe et critique : - et La crise de l'origine : La science catholique des Evangiles et l'histoire au , tous les 2 de François Laplanche. Ce travail de rapprochement des faits et du récit dans le cas de romans historiques sont des disciplines plus profanes qui fonctionnent pour Homère comme pour Marguerite Duras..
-
- que la rédaction des Évangiles résulte d'une volonté délibérée de l'Église (catholique) de falsifier l'histoire, la faiblesse de cette thèse tient au fait que l'Eglise catholique apostolique et romaine n'existe, stricto sensu, que depuis 1054
-
- que le prétendu Messie (nombreux entre -20 et + 135) le plus satisfaisant est Juda fils de Juda "le Gaulonite" (de Gamala), auteur de l'Apocalypse sous le nom de Ioannes (l'oint de Dieu).) Cette thèse par exemple, est soufflée par Robert Ambelain éditeur occultiste.

dans le monde anglo-saxon

Tom Harpur,
-son livre Le Christ païen, Fayard, 2005. On remarquera la grande proximité avec le titre de l'œuvre de Robertson.
-son concept : Harpur n'est pas mythiste à proprement parler. Il serait plutôt cryptiste. Il met l'accent sur le caractère païen du Christ (à différencier du Jésus de l'histoire pour reprendre l'expression de Strauss). En quelque sorte, il reprend la thèse de Reinach.

courant polémique

Jesus Mysteries
- le livre : Timothy Freke et Peter Gandy, Jesus Mysteries. Ces deux auteurs sont membres de l'association Infidels.org qui regroupe les athées américains, lesquels sont d'ordinaire mieux inspirés, à la fois plus critiques et mieux documentés que les athées francophones.
- le concept : Le livre Jesus Mysteries de Gandy et Freke a fait un succès de librairie tout comme le Précis d’athéologie de Onfray. Une émission de télévision en fut tirée et présentée récemment aux téléspectateurs européens et francophones sur la chaîne Planète. Le concept de base est que Jésus est un personnage de fictions mélangées en un seul homme présenté comme l'origine du Christianisme. Plusieurs personnages furent synthétisés en un, pour la plupart issus du mythe solaire, reflété par les histoires de déités populaires dans l'empire romain telles Mithra, Hercule, Dionysos. En réalité, l'histoire de Jésus dépeinte dans les évangiles est quasiment identique à celle des précédents « dieux sauveurs » tel Horus. L'émission présentait un mélange disparate de faits avérés, de demi-vérités, de contre-vérités le tout sur un mode pseudo-scientifique censé garantir la pertinence des propos. Il apparaît que l'émission, en version doublée, si elle est fidèle au livre, entendait d'abord s'en prendre au corpus des doctrines commun aux églises évangéliques plutôt que de travailler sur les textes du Nouveau Testament recoupés à la lumière de la littérature qui lui est contemporaine comme la critique le pratique de nos jours. En vrac, furent abordés en un survol de quelques aspects choisis :
- le sarcophage présumé de "Jacques, frère de Jésus" (on a prouvé depuis qu'il s'agissait d'un faux dû à un aventurier contemporain qui n'en était pas à son premier méfait).
- la persistance de certaines Églises à vouloir entendre "frère(s) de Jésus" au sens biologique restreint contemporain. Même un court détour dans le monde moyen-oriental contemporain suffit pour constater que les cousins (voire même les amis proches) y sont appelés "frères". Nulle part ne sont évoqué les débats autour des désignations de la parenté, (
fils du frère de ma mère'' qui outre le niveau de parenté reflète le rang dans la tribu ou la famille élargie) non plus que de l'énoncé de l'identité (patronymique).
- l'aspect "individualiste" présumé de l'adhésion au gnosticisme : sauf, éventuellement, l'initiation individuelle, la participation active au courant de la gnose est, le plus souvent, collectif, fut opposée à l'embrigadement grégaire supposé de l'adhésion au christianisme. L'opposition supposée entre une libre adhésion à la gnose (qui comportait cependant des aspects très dogmatiques, à l'instar de la franc-maçonnerie actuelle) et celle, contraignante, au courant officiel chrétien. Les auteurs ne s'interrogent pas sur l'époque à laquelle ledit courant devint officiel non plus que sur les rapports proprement politiques entre orthodoxies et hérésies
- l'affirmation selon laquelle l'idée (qui donnera lieu à la doctrine) de la maternité virginale de Marie ne remonterait qu'au , alors que la maternité virginale est un mythème contenu régulièrement dans les récits de vie de héros.
- l'occultation des courants mystiques qui ont, de tout temps, traversé la tradition juive comme les traditions chrétiennes.
- une interprétation hâtive et caricaturale de certains thèmes antiques (aspects du culte de Mithra, d'Osiris, d'Adonis, d'Athys, du Berger, du Soleil vainqueur, etc.) repris dans l'iconographie chrétienne, en gommant les spécificités de cette "récupération" dans le contexte chrétien. La caution scientifique d'Elaine Pagels, historienne et féministe, était apportée à l'émission. D'ordinaire mieux inspirée, cette spécialiste de Paul de Tarse se fit piéger par le journaliste, pourtant sympathisant des thèses de Freke et Gandy, quand, répondant à sa question sur la date de la doctrine de l'Immaculée Conception, elle la rabattit sur celle de la conception virginale sans être capable de donner une idée des dates où le christianisme commence à survaloriser la virginité. Presque chaque séquence aurait mérité une réfutation ou un argumentaire plus nuancé. Le sujet aurait mérité une présentation moins « doctorale », plus prudente et surtout moins dogmatique. Dans l'ensemble, les publications de l'association Infidels.org sont meilleures que celles de leurs homologues francophones et font réellement avancer les problématiques en cours ; l'ouvrage de Freke et Gandy n'est pas représentatif de la qualité habituelle des publications. '

Notes et références

Voir aussi

-Crise moderniste
-Exégèse biblique
-Jésus de Nazareth
-Jésus selon l'exégèse contemporaine
-Quêtes du Jésus historique ===
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