Créationnisme

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Le créationnisme - au sens large - est la thèse selon laquelle la Terre, et par extension l'Univers, a été créée par un être supérieur, c'est-à-dire un dieu. Il constitue une croyance des trois principales religions monothéistes (judaïsme, christianisme et islam). Le créationnisme peut aller jusqu'à la négation de toute théorie de l'évolution. Le débat entre créationnisme et évolutionnisme est actuellement intense aux États-Unis.
Créationnisme

Le créationnisme - au sens large - est la thèse selon laquelle la Terre, et par extension l'Univers, a été créée par un être supérieur, c'est-à-dire un dieu. Il constitue une croyance des trois principales religions monothéistes (judaïsme, christianisme et islam). Le créationnisme peut aller jusqu'à la négation de toute théorie de l'évolution. Le débat entre créationnisme et évolutionnisme est actuellement intense aux États-Unis.

Historique

Le débat sur l'origine et l'évolution du monde est ancien. Déjà, au , la théorie copernicienne avait ébranlé la croyance de cette époque selon laquelle la Terre était au centre de l'univers, telle qu'en rendait compte la réception en occident au du livre sur la métaphysique d'Aristote et d'autres ouvrages scientifiques antiques. Galilée, dans sa lettre à Christine de Lorraine, montrait combien la lecture du Premier Testament est sensible dans ses aspects cosmologiques. On réalisa par la suite que l'interprétation des Saintes Écritures au sens littéral peut aboutir à des contre-sens, ce qui était pourtant connu dans la tradition judéo-chrétienne (voir quatre sens de l'Écriture). En 1859, Charles Darwin publie son essai sur l'origine des espèces (titre original : On the origin of species by means of natural sélection, or the preservation of favoured races in the struggle for life). Cet ouvrage introduit une rupture dans la connaissance scientifique des origines de la vie en général et des origines de l'homme en particulier (bien que Darwin ne parle pas du tout de l'homme dans cet ouvrage). En particulier, la théorie avancée par Darwin soutient que les êtres vivants, y compris l'homme, non seulement voient leurs caractéristiques biologiques évoluer dans le temps (ce qui n'est pas nouveau puisque Lamarck et d'autres avaient déjà avancé cette idée) mais aussi que, dans la lutte pour la survie, il s'opère une sélection naturelle. Dans cette théorie, il n'y a pas de notion de création par une transcendance quelconque. L'ouvrage de Darwin est diversement reçu par les différents courants religieux d'obédience chrétienne. Le clivage de l'intelligentsia européenne s'organise pour une bonne centaine d'années autour de ce livre et du Syllabus.

Le créationnisme contre les théories de l'évolution

Le créationnisme, dans une certaine mesure, n'est pas simplement la croyance en la Génèse, mais également une doctrine du sens de l'origine de la Terre. Se réclamer du créationnisme peut donc dans certains cas aller plus loin que croire en la Création. Cette doctrine, en tant que telle, est née en réaction au climat d'athéisme. Elle a pu s'opposer à des aspects de certaines théories de l'évolution, alors que l'idée d'évolution s'est imposée dans le milieu scientifique. A l'heure actuelle, des scientifiques créationnistes essaient d'apporter des éléments scientifiques pour défendre leur thèse face à la théorie de l'évolution, mais ils se heurtent au rationalisme du reste de la communauté scientifique qui ne peut accepter comme "scientifique" une théorie impliquant l'intervention miraculeuse de Dieu durant la "semaine de la création". Ce refus systématique a cependant entraîné une certaine méconnaissance des théories créationnistes dans les milieux évolutionnistes (notamment des phénomènes de spéciation sans amélioration du génome que les créationnistes opposent aux thèses impliquant l'apparition de nouvelles espèces), ainsi qu'un certain nombre d'idées reçues (beaucoup d'évolutionnistes pensent, à tort, que le créationnisme nie la sélection naturelle). Cependant, les scientifiques créationnistes sont toujours très minoritaires à l'heure actuelle parmi la communauté scientifique.

Christianisme et créationnisme

Le créationnisme au sens strict, quant à lui, est né au , en réaction contre le darwinisme. Ses partisans ne se contentent pas d'affirmer que le monde a été créé par Dieu en six jours : ils soutiennent aussi que les théories transformistes s'opposent à la Bible, selon laquelle Dieu aurait créé chaque espèce végétale ou animale de façon individuelle. Ce créationnisme au sens strict a longtemps été favorisé par certains milieux qui, tenant la Bible comme une Écriture sainte (comme l'ensemble des chrétiens), en font une lecture essentiellement littérale. Il est principalement soutenu, depuis 1873 (Colloque de Niagara), par quelques Églises protestantes (à tendance fondamentaliste), comme une conséquence de la doctrine de l'inerrance biblique, et plus largement de l'autorité de la Bible. Cette mouvance du créationnisme est associé à ce qu'il convient d'appelée le « littéralisme biblique », qui se base sur une lecture littérale de la Genèse et d'autres éléments de la Bible, comme les psaumes, s'opposant ainsi à d'autres courants créationistes chrétiens, plus systématiques ou tempérés. Il serait dangereux qu'une interprétation du livre de la Genèse propose une cosmologie religieuse qui serait en déphasage complet avec les cosmologies scientifiques. Le pape Benoît XVI et Jean Paul II avant lui ne s'opposent pas aux théories de l'évolution qui sont du ressort du monde scientifique, ils réfutent par contre toutes doctrine matérialiste qui aboutirait à faire de l'homme « le produit accidentel et dépourvu de sens de l'évolution ».

Réception par l’Église catholique

Dans un premier temps, l'Église catholique est nettement défavorable au transformisme (ainsi nomme-t-on, alors, l'évolutionnisme). Elle ne le condamne cependant pas directement, mais énonce en 1893, dans l'encyclique Providentissimus Deus, la doctrine de inspiration par l'Esprit Saint de la Bible : L'opposition de l'Église catholique à la théorie de l'évolution proposée par Darwin entre dans le cadre d'une méfiance plus globale face à la science et au socialisme cherchant respectivement à comprendre le monde d'une façon strictement matérielle et à résoudre les problèmes. Pendant longtemps, en France, on connaîtra un affrontement entre les révolutionnaires positivistes et les catholiques de la restauration monarchique. Au Canada français, le même type d'affrontements mènera à la querelle ultra-montaine. Derrière toutes ces querelles, se dresse une méfiance face aux idées libérales ressortant de l'esprit du siècle des Lumières. Le motu proprio Sacrorum Antistitum ou serment anti-moderniste (1910) interdit de parler des questions qui fâchent, à savoir d'histoire des dogmes et de tout ce qui est « moderne ». Jusqu'à l'abandon de celui-ci en 1961, c'est-à-dire à la veille du concile Vatican II, elle reste créationniste comme en témoignent les manuels d'apologétique investis de l'imprimatur et du nihil obstat, et interdit par exemple au jésuite paléontologue Pierre Teilhard de Chardin de continuer à publier ses travaux dans leur état du moment, bien que ne contestant pas son droit à les poursuivre sans inconvénient et à les communiquer en interne. Après Vatican II, l'Église catholique reste discrète sur cette doctrine jusqu'au 23 octobre 1996 où le pape Jean-Paul II reconnaît que les théories de l'évolution sont plus qu'une hypothèse, insistant sur le fait qu'il n'y a pas une mais plusieurs théories de l'évolution. L'Église reste discrète du fait que les condamnations romaines du avaient été peu reçues, et avaient été tout simplement ignorées des prêtres et des penseurs chrétiens : l’évolution était rentrée dans l’éducation chrétienne, avec les progrès de la scolarité au . La pensée catholique, intégrant la critique de ses sources bibliques, l’exégèse, ne considérant pas la Genèse comme devant être lue au sens littéral, retrouvant en cela des doutes émis par les penseurs de l’école de Chartres du . C’est pourquoi ni la diffusion ni la popularité du jésuite Pierre Teilhard de Chardin ne furent entamées. Au sein de l'Église, le débat à propos de la réception des théories de l'évolution reste d'actualité. Les prises de position du pape Jean-Paul II avaient été très ouvertes vis à vis de l'évolutionnisme, sans toutefois refaire la confusion de genre en déclarant une théorie scientifique comme appartenant aux dogmes de la foi comme ce fut le cas lorsque le créationnisme était défendu comme tel. Néanmoins il reste au sein de l'Église plusieurs mouvements défendant le créationnisme comme étant un dogme. L'archevêque de Vienne Christoph von Schönborn publia le 7 juillet 2005 dans le New York Times une tribune affirmant que l'on ne pouvait interpréter les discours de Jean-Paul II comme étant une reconnaissance de l'évolutionnisme. Dans son argumentaire, Christoph von Schönborn reprend des arguments qui se rapportent au « créationnisme doux », comme Intelligent design (le Dessein intelligent). Il n'empêche que la majorité des catholiques contemporains acceptent désormais la neutralité de la science. On pourrait dire que le fait que l'homme ait les mêmes origines que le singe n'enlève ou n'ajoute en rien à l'Amour de Dieu pour l'homme. Philosophiquement, la science ne peut prouver l'inexistence de Dieu et la religion ne peut en prouver l'existence. Ceci consacre la séparation entre la science et la religion. Depuis les travaux de Teilhard de Chardin qui ont grandement contribué à la démonstration qu'il n'y a pas opposition entre science et religion, les catholiques continuent de croire en la création de l'univers par Dieu et reconnaissent que cet univers est en constante évolution, soumis à des règles propres que la science cherche à connaître et décrire avec des modèles de plus en plus fidèles. Le pape Benoît XVI, successeur de Jean-Paul II, a précisé le point de vue de l'église catholique en avril 2007: le christianisme a fait «l'option de la priorité de la raison créatrice au début de tout et principe de tout». Il a ainsi rejeté la seconde option possible, celle de «la priorité de l'irrationnel selon laquelle tout ce qui fonctionne sur la terre et dans nos vies serait seulement occasionnel et un produit de l'irrationnel et affirme que «chacun de nous est le fruit d'une pensée de Dieu». Cette prise de position ne contredit pas la théorie de l'évolution, mais refuse que cette théorie dicte la vision que l'on doit avoir de l'individu. http://www.lefigaro.fr/france/20060901.FIG000000007_benot_xvi_plonge_dans_le_debat_sur_la_creation_et_l_evolution.html

Autres réceptions chrétiennes

Une immense majorité de chrétiens n'a pas attendu 1996 pour donner à la Genèse principalement une interprétation symbolique et poétique (voir quatre sens de l'Écriture). Pour ceux-ci, l'ensemble de l'univers reste l'œuvre de Dieu (on a là une description du créationnisme dans sa plus simple expression), façonné au cours des millénaires, selon un processus que tente de décrire la science et notamment les différentes hypothèses proposées par les théories de l'évolution (Darwin et ses successeurs). On pourrait même dire que le créationnisme, en tant que littéralisme biblique, est une doctrine d'origine récente et que l'interprétation symbolique est la plus ancienne. Dans Le Problème de l'incroyance au , Lucien Febvre cite le texte ci-dessous : :« Quel est l'homme de sens qui croira jamais que, le premier, le second et le troisième jours, le soir et le matin purent avoir lieu sans soleil, sans lune et sans étoiles, et que le jour, qui est nommé le premier, ait pu se produire lorsque le ciel n'était pas encore ? Qui serait assez stupide pour s'imaginer que Dieu a planté, à la manière d'un agriculteur, un jardin à Eden, dans un certain pays de l'Orient, et qu'il a placé là un arbre de vie tombant sous le sens, tel que celui qui en goûterait avec les dents du corps recevrait la vie ? :« ... À quoi bon en dire davantage lorsque chacun, s'il n'est dénué de sens, peut facilement relever une multitude de choses semblables que l'Écriture raconte comme si elles étaient réellement arrivées et qui, à les prendre textuellement, n'ont guère eu de réalité. » Quel est, nous demande-t-il, ce rationaliste, ce Padouan dévergondé, qui se livre ensuite à mille plaisanteries sur l'histoire du déluge, sur l'arche renfermant, en l'espace de quelques coudées, tous les animaux de la création ; sur Sodome et Gomorrhe, sur Loth et ses filles – tout cela avec une liberté, une audace, un cynisme que n'a point dépassé Voltaire ? De fait, il s'agit tout simplement d'Origène, abondamment lu sous la Renaissance et dont Érasme allait jusqu'à dire : « En fait de théologie, après les Saintes Écritures, rien de mieux à lire qu'Origène. » C'est le raidissement du Concile de Trente qui a imposé la croyance à l'exactitude littérale de la Bible, alors que l'interprétation symbolique, fréquente chez saint Augustin, était parfaitement admise au Moyen Âge et au début de la Renaissance, et même dans l'exégèse juive.

Le retour du créationnisme au

Les idées créationnistes n'ont cependant pas disparu dans le monde anglo-saxon, aux États-Unis surtout, où elles se sont propagées depuis le sud agricole de la Bible Belt pour atteindre les couches diplômées de la population des États du nord, et en Australie en particulier. Elles ont été à l'origine de plusieurs procès. Le plus fameux d'entre eux, dit le procès du singe, s'est déroulé en 1925, dans le Tennessee. Un jeune professeur, John Thomas Scopes, se porta volontaire (avec le soutien de l'ACLU) pour remplacer un professeur de biologie (matière qu'il n'enseignait pas habituellement), de manière à enfreindre le Butler Act, qui interdisait l'enseignement des lois de l'évolution dans toute institution scolaire publique. L'infraction volontaire, dont le but avoué était de tester la constitutionnalité de la-dite loi, donna alors lieu à l'un des plus importants procès du , notamment grâce à l'implication de deux intervenant majeurs : Clarence Darrow, un des plus célèbres avocats américain du moment, ouvertement agnostique, qui offrit de défendre Scopes gratuitement, et William Jennings Bryan, ancien candidat à la présidence et orateur de renom, chrétien convaincu et fervent défenseur du Butler Act. À cette époque, l'opinion publique était majoritairement du côté de Scopes, aussi, même s'il récolta une légère amende, ce procès est considéré comme une victoire des évolutionnistes parce que l'opinion publique était favorable au professeur. En 1981, sous la pression des créationnistes qui voulaient que leur croyance soit considérée comme une hypothèse scientifique concurrente aux théories de l'évolution, un procès fortement médiatisé s'est tenu à Little Rock, en Arkansas, où ont témoigné des biologistes, des physiciens, des épistémologues, des théologiens et des politologues. Le dernier de ces procès célèbres voit s'affronter des fondamentalistes protestants australiens, notamment John Mackay et Ian Plimer, professeur de géologie à l'université de Melbourne. Accompagnant le mouvement américain, l'État du Queensland autorise, au début des années 1980, l'enseignement du créationnisme en tant qu'hypothèse scientifique. John Mackay est invité à donner des conférences dans les écoles publiques et les universités du Royaume-Uni En France, l'Université interdisciplinaire de Paris (UIP), une association qui regroupe 1 250 adhérents, existe depuis 1995 et organise des conférences soupçonnées de défendre le créationnisme. Jean Staune, secrétaire général de l'association, est proche des promoteurs du Dessein Intelligent aux USA. Par ailleurs certains membres du 'conseil scientifique' de l'association, tels que Rémy Chauvin ou Anne Dambricourt Malassé, défendent la théorie de la logique interne, proche du créationnisme. En Europe. En juin 2007 un comité spécial du Conseil de l'Europe a préparé un dossier spécial sur 'Les dangers du créationnisme dans l'éducation' qui établi une liste d'organismes européens suspectés de faire la promotion du créationnisme.

Oppositions au sein du christianisme

Historiquement, comme dans le débat américain et anglo-saxon, les positions qui ont le plus posé de problèmes dès la crise moderniste sont le darwinisme et le littéralisme biblique. La focalisation rhétorique sur cette position l'a progressivement cataloguée de créationnisme tout court, y associant des positions alternatives pourtant parfois très contradictoires. Il est donc nécessaire de pouvoir distinguer les arguments divergents au sein même du créationnisme. Selon le littéralisme biblique, le monde aurait donc été créé de la façon décrite dans la Genèse lue de manière littérale et surtout primaliste (privilégiant le sens premier, celui évoqué à première vue, des textes), et Dieu aurait créé l'Univers en six jours de vingt-quatre heures. Le premier jour de la création est, selon l’archevêque anglican non conformiste James Ussher (mort en 1658), le 23 octobre 4004 av. J.-C., soit il y a environ 6 000 ans, puisque la chronologie biblique donne selon lui ce résultat. François-René de Chateaubriand la résume, en gros, de la façon suivante : les dinosaures, fossiles, hommes préhistoriques, etc. n’auraient ─ selon cette thèse ─ pas réellement existé mais seraient des artefacts disposés par Dieu pour troubler l’homme dans le jugement de son histoire, afin qu’il ne puisse pas prouver l’existence de Dieu de manière scientifique. On associe de nos jours cette vision au dénommé « Créationnisme terre jeune » (Young-Earth Creationism). Selon le figaro.fr « Pour la quasi-totalité de la communauté scientifique, ces assertions relèvent de la fable enfantine. » Reportage, le figaro.fr Dopé par les récentes découvertes depuis grosso modo les années 1990 en astrophysique et en biochimie principalement, et le progrès très important du christianisme évangélique aux États-Unis s'imposant comme version modérée d'un protestantisme conservateur, un mouvement de plus en plus influent tente de conjuguer orthodoxie scientifique et orthodoxie religieuse. Le mouvement est dénommé « Créationnisme vieille Terre » (Old-Earth Creationism). Comme son nom l'indique, sa différence typique est qu'il conçoit que l'origine de l'Univers et de la vie sur terre remonte à une longue période, des millions, voire des milliards d'années (acceptant l'existence du Big Bang, que refusent les « créationnistes terre jeune », comme étant scientifiquement valide et hautement probable). Dans son ensemble, c'est de nos jours la conception de beaucoup de chrétiens catholiques et protestants (c'est ce qu'indiquent fortement les sondages aux États-Unis, quoique ladite conception jouisse de beaucoup moins d'attention médiatique), et elle est singulièrement plus compatible avec la pensée scientifique la plus répandue, sur les questions de l'âge de l'univers ou de la terre, que le créationnisme terre jeune. Néanmoins, elle prend toujours en compte les récits de création dans la Genèse, de manière plus littérale que les créationnistes évolutionnistes. Les créationnistes évolutionnistes, mieux connus comme partisans de l’évolution théiste, adhèrent à la croyance générale selon laquelle certains, voire tous les enseignements classiques sur Dieu et la Création sont compatibles avec tous ou presque tous les enseignements du paradigme évolutionniste. On pourrait la schématiser en calque théiste de ce paradigme, ou encore sa formulation en termes métaphysiques. Avec cette adhésion au paradigme évolutionniste en tant que tel (que pratiquement tous les autres théistes jugent être construit sur un biais naturaliste) plutôt qu'une adhésion à certaines orientations théoriques de l'évolution (sans donc les forcer dans un système paradigmatique), les créationnistes évolutionnistes se positionnent à la limite entre le théisme et le déisme (il s'agit d'ailleurs d'une conception qui convient à de nombreux déistes), à savoir, la continuité ou non de l'action de Dieu dans l'univers après sa création. En arborant un regard épistémologique, basé notamment sur les enseignements de Thomas Kuhn, on peut critiquer une telle conception en ce qu'elle dogmatise la science, en posant une croyance dogmatique sur un paradigme qui, lui, est tout à fait sujet au changement. Il faut néanmoins garder à l'esprit que le créationnisme vieille terre s'est beaucoup nourri de cette conception des choses, admettant notamment que la lecture des textes sacrés doit être soumise à ce que nous pouvons connaître via la science et la Raison que Dieu a donnée aux hommes (une idée qui remonte à saint Augustin au ), ce qui fait qu'on peut aujourd'hui le considérer comme une version plus tempérée et plus « chrétienne » de l'évolution théiste, attirant d'ailleurs dans son giron de plus en plus de chrétiens (surtout évangéliques).

La bataille pour l'enseignement du créationnisme aux États-Unis

Voiture d'un créationniste militant aux États-Unis : « L'évolution ? Les fossiles disent non ! L'évolution est un conte pour adulte. Que dieu bénisse l'Amérique ! » Si en Europe les programmes scolaires enseignent l'évolution comme étant une théorie scientifique reconnue, il existe aux États-Unis d’Amérique depuis les années 1920 une vive opposition entre les tenants du créationnisme et les tenants de l'évolutionnisme. À partir de 1920, un mouvement soutenu par William Jennings Bryan milita pour que l’interdiction de l’enseignement de l’évolutionnisme fasse l’objet d’un amendement de la Constitution des États-Unis. Ce mouvement n’aboutit pas au niveau fédéral, mais en 1925, 15 états américains sur 48 interdisaient l'enseignement de la théorie de l'évolution. Depuis la fin du , le créationnisme est délaissé en faveur du Dessein intelligent (Intelligent Design). Pour les détracteurs, il ne s'agit que d'un créationnisme masqué. Cette interdiction fut mise en cause devant la justice dans le procès du singe mais ne fut abolie qu'en 1967 lorsqu’elle fut reconnue anticonstitutionnelle, en opposition au premier amendement de la Constitution des États-Unis garantissant la liberté religieuse et la liberté d'expression. L'institut de recherche Pew, aux États-Unis, a réalisé en juillet 2005 un sondage montrant que 64 % des Américains sont favorables à l'enseignement du dessein intelligent en plus de la théorie de l'évolution et que 38 % veulent que la théorie de l'évolution ne soit pas enseignée dans les écoles publiques. Toujours en 2005, plusieurs familles de Pennsylvanie ont porté plainte contre un conseil scolaire qui avait décidé que l'on présente l’Intelligent Design. Le tribunal fédéral de Harrisburg leur a donné raison dans un arrêt du 20 décembre 2005 rendu par le juge John Jones. La portée officielle du créationnisme est aujourd'hui limitée. Plus aucun État américain n'a inscrit dans son programme l'enseignement à parité du créationnisme et de l'évolution, mais les écoles privées jouissent encore d'une liberté à ce sujet.

Judaïsme et créationnisme

-Voir aussi : judaïsme et évolution Le judaïsme présente un important éventail d'opinions sur la création, l'origine de la vie et le rôle de l'évolution dans celle-ci. La majorité des courants théologiques du judaïsme contemporain, y compris beaucoup de groupes orthodoxes, acceptent le créationnisme évolutionnaire ou évolution théiste. La tendance actuelle, à l'exception des mouvements plus orthodoxes, est de ne pas prendre la Torah comme un texte littéral, mais plutôt une œuvre symbolique et flexible. Entre le relativisme et le littéralisme absolu, une voie médiane pourrait se résumer à la formule du Rav Léon Askénazi : Ce qui est écrit dans la Torah est certes schématique, mais non mythique. Cependant, même pour les scientifiques juifs orthodoxes qui cherchent à concilier les divergences entre Torah et Madda (Science), cette notion que la science et la Bible devraient être réconciliées avec les moyens scientifiques traditionnels est douteuse. Comme le disait le Maharal de Prague à son disciple David Ganz, assistant de Tycho Brahe, elles ne se situent pas dans le même domaine, et il n'y a pas de contradiction à affirmer que les deux sont aussi vraies. Toutefois, la vérité de la Torah est immuable et éternelle, alors que la science est mouvante par essence. Si, d'aventure, un point épineux surgit, il est à imputer aux limites épistémologiques de l'époque. Ils insistent sur le fait que les écarts entre ce qui est attendu et ce qui est observé prouvent que les choses ne sont pas toujours ce qu'elles paraissent, et, de façon plus poétique, que la racine même du mot monde en Hébreu — עולם (o•lam) — signifie « caché », « insaisissable ». Toutefois, lorsque science et Torah semblent converger, ils ne se fient pas davantage à ces théories de façon totale : celle-ci pourra être remise en doute, ainsi que leur compréhension de la Torah, mais non la Torah elle-même.Certains croient que, de même qu'ils croient que Dieu créa l'homme, les arbres, la lumière venant des étoiles dans leur état « adulte » (certains interprètent plus allégoriquement, et estiment que la conscience d'être homme et d'avoir une âme ne vient qu'à l'âge « adulte »), de même le monde fut créé « adulte », mais il n'y a, ni ne peut y avoir de moyen de le vérifier. Cette croyance a été avancée par le Rav Dr. Dovid Gottlieb, ancien professeur de philosophie à l'université Johns-Hopkins. Le Dr Gerald Schroeder, physicien à l'Université Hébraïque de Jérusalem propose quant à lui un comput réconciliant 6 jours et 13 milliards d'années, en se basant sur la relativité d'Einstein, et le Dr Nathan Aviezer, de l'université Bar-Ilan, fait de même avec les premiers chapitres de la Genèse et l'évolution.Dans l'autre registre, des maîtres en Kabbale du et auparavant, calculèrent un âge de l'univers assez proche des estimations scientifiques actuelles, des siècles avant qu'elles ne soient connues, selon le Rav Aryeh Kaplan. L'un de ces maîtres, Nahmanide, déduisit par exégèse qu'Adam s'accoupla avec un être comparable à l'espèce de Néanderthal, bien avant qu'ils n'aient été ne fût-ce que soupçonnés par le monde scientifique.

Sources

- par le Dr Gerald Schroeder.
- Dr Nathan Aviezer, Au commencement. Création biblique et science, éditions MJR, ISBN 2-88321-016-0.
- Bill Gladstone, « Let there be plasma soup: Genesis, Chapter 1: Torah and modern physics said to be in agreement », National Post, 7 mars 2001.

Le néo-créationnisme musulman

Avec la percée des mouvements islamistes, aux alentours des années 1980, les arguments créationnistes d'origine chrétienne sont devenus populaires parmi les musulmans, notamment en Turquie, où ils sont disséminés par le mouvement Nurcu et le prédicateur Harun Yahya, en Indonésie, Malaisie et dans la diaspora européenne et nord-américaine. Le créationnisme musulman existe aussi en Europe. Selon Caroline Fourest, l'influent Tariq Ramadan serait un partisan du créationnisme à destination des musulmans. Il écrit dans une note de bas de page de son livre Les Musulmans dans la laïcité : Le créationnisme progresse en Turquie : les thèses créationnistes apparaissent dans les manuels scolaires et 75 % des lycéens turcs ne croient pas à la théorie de l'évolutionD'après un sondage effectué par l'Académie des Sciences turque ; lire Guillaume Perrier, « Les thèses créationnistes gagnent du terrain en Turquie », dans Le Monde du 09/02/2007. Les expositions et les conférences créationnistes sont de plus en plus fréquentes.

La diffusion de Atlas de la Création en Europe francophone

Contexte d'apparition

Début février 2007, la presse française s'est fait l'échoGuillaume Perrier, « Les thèses créationnistes gagnent du terrain en Turquie », dans Le Monde du 09/02/2007, d'un envoi en grand nombre à différentes instances du ministère de l'Éducation Nationale (rectorats, bibliothèques, centres d'information pédagogiques, enseignants) d'un livre à caractère encyclopédique , écrit par Harun Yahya et publié par la maison d'édition Global d'Istanbul. Selon différents organes de presse, cet envoi était suffisamment massif pour que le ministère de l'Éducation Nationale diffuse un message d'alerte afin de mettre en garde les destinataires envers une action qui présente un fort caractère de propagande et de prosélytisme. Le Figaro s'étonne du fait que les ouvrages aient été envoyés pour certains aux adresses privées d'enseignants.http://www.lefigaro.fr/france/20070202.FIG000000236_offensive_du_creationnisme_islamique_en_france.html Emre Calikoglu, porte-parole de l'éditeur Global, affirme que 2 000 exemplaires de l'Atlas ont été envoyés en France et en BelgiqueGuillaume Perrier, « Les thèses créationnistes gagnent du terrain en Turquie », dans Le Monde du 09/02/2007, . Fin mars 2007, la presse de suisse romande se fait, à son tour, l'écho d'une action similaire à destination, là aussi, du système éducatif public du paysRachad Armanios, « La propagande créationniste débarque en Suisse romande », dans Le Courrier du 28/03/2007, .

Le livre en lui-même

La consultation du site présentant cette encyclopédie permet d'obtenir les précisions suivantes :
- la présentation de l'ouvrage est faite avec une approche qui se veut scientifique (chapitres portants sur la notion de fossiles et sur les spécimens de fossiles découverts sur les différents continents ; schémas et illustrations explicatifs ; photos ; etc.)
- la conclusion de la présentation commence par Dieu a créé l'univers et tout ce qui vit et comporte 6 citations de versets du Coran. En outre, l'auteur de l'ouvrage, Harun Yahya pseudonyme de M. Adnan Oktar, précise en en-tête de son site que la réelle source du terrorisme est le matérialisme et le darwinisme. La thèse du livre est que la Terre a bien 4, 6 milliards d'années, mais que les formes de vie n'ont pas évoluées. Il s'agit d'un point de vue intermédiaire entre le créationnisme chrétien (qui évalue l'âge de la Terre à 6000 ans) et le dessein intelligent, qui défend l'idée d'une évolution guidée.

Créationnisme "doux"

Un nouveau mouvement est apparu dans les années 1990 pour s'opposer à la théorie de l'évolution. Il est parfois appelé « créationnisme doux » (soft creationism). Il repose sur l'argument du dessein intelligent (intelligent design). Il s'agit d'admettre les preuves paléontologiques à propos d'une succession d'êtres vivants différents au cours des âges, mais de réfuter la prééminence de mécanismes naturels de l'évolution sans cause surnaturelle. Cette succession d'espèces est le produit d'une « évolution dirigée », comme planifiée, par une « intelligence » supérieure. Les partisans du créationnisme doux affirment en particulier que l'on ne pourrait pas expliquer la vitesse de certains événements évolutifs avec des mécanismes naturels (sélection naturelle, brassage génétique, pression de l'environnement...).

Voir aussi

Notes

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Sujets connexes
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