Bureaucratie

Infos
Le terme bureaucratie désigne deux notions qui méritent d'être distinguées : un travers administratif (dont le secteur privé n'est pas exempt) et une forme du pouvoir politique. Les frontières en sont cependant incertaines et fluctuantes : quelle forme Necker stigmatisait-il quand il soulignait au l'émergence prépondérante de la bureaucratie dans le royaume : « C'est au fond de ces bureaux que la France est gouvernée » Cité par Marie-Laure Legay, Les État
Bureaucratie

Le terme bureaucratie désigne deux notions qui méritent d'être distinguées : un travers administratif (dont le secteur privé n'est pas exempt) et une forme du pouvoir politique. Les frontières en sont cependant incertaines et fluctuantes : quelle forme Necker stigmatisait-il quand il soulignait au l'émergence prépondérante de la bureaucratie dans le royaume : « C'est au fond de ces bureaux que la France est gouvernée » Cité par Marie-Laure Legay, Les États provinciaux dans la construction de l'État moderne aux XVIIe et XVIIIe siècle, Droz, Genève, 2001..

Usage recouvrant les travers supposés de l'administration

L'administration royale en 1719 en Allemagne constitue déja une bureaucratie En sociologie, la bureaucratie désigne une organisation caractérisée par des procédures, la division des responsabilités, une forte hiérarchie et des relations impersonnelles. Le terme a été vulgarisé par Max Weber. Il s'applique à toute forme d'organisation, bien qu'on l'associe surtout aux pouvoirs publics. Une décision bureaucratique obéit à des règles difficiles à comprendre pour le néophyte, rarement conformes au « bon sens » ou à la « démocratie ». Elle est également relativement lente et toujours difficile à inverser. La bureaucratie se montre donc particulièrement efficace lorsqu'il s'agit :
- de ne rien changer ou de gagner du temps,
- d'imposer un nombre très important de formalités et de documents à remplir,
- d'imposer des décisions incompréhensibles,
- d'imposer des décisions à l'encontre de l'opinion majoritaire. Ce terme est parfois utilisé de façon péjorative envers les administrations publiques qui, sans avoir les mêmes travers que les systèmes collectivistes, font parfois un usage excessif des formulaires et des procédures de validation, ce qui ralentit les démarches administratives. Dans l'esprit du public, bureaucratie équivaut à inefficacité, paresse et dépense inutile ; la bureaucratie n'aurait d'autre fin qu'elle-même et ne travaillerait qu'à s'accroître toujours plus, de préférence en nuisant aux « vrais travailleurs ». Des efforts sont faits dans ce domaine, en France, les systèmes de guichet unique pour une question donnée et de e-administration se développent. Une commission existe aussi afin de clarifier le jargon administratif parfois incompréhensible pour les usagers en raison de termes juridiques ou très peu usités (le COSLA). L'artiste Pierre Perret ou des célébrités comme Bernard Pivot ou Alain Rey en font partie mais l'ampleur de leur tâche est longue car il faut clarifier, simplifier sans toutefois faire d'approximation ou perdre des données importantes tout en évitant un langage trop familier qui conduirait à ce que ce soit une autre catégorie socio-professionnelle qui soit exclue.

Usage désignant un outil de pouvoir

Exercice autoritaire du pouvoir par un appareil administratif ou par un parti unique dans un contexte non démocratique En politique, la bureaucratie désigne une forme d'État où le pouvoir est exercé et transmis par l'appareil administratif lui-même, qui gomme la plupart des défauts et qualités individuelles et qui met en valeur celles de l'organisation. L'acquisition d'une position plus importante n'a qu'un lien limité avec la qualité du service (au demeurant pratiquement impossible à quantifier, hormis un élément : la docilité), et ce sont d'autres facteurs (appartenance à un réseau, cooptation par le biais d'un parti unique, etc.) qui prédominent. Cette situation s'est présentée par exemple en URSS car le système bureaucratique permettait un contrôle très fort de la population et servait un régime autoritaire et une hiérarchisation extrême. En France, la prise de pouvoir définitive par les bureaucrates date de 1792. La Noblesse de robe (les Robins haïs de l'Ancien Régime) s'est approprié le pays qu'il administraient auparavant pour le compte de la noblesse en éliminant la Royauté affaiblie. Leur modèles étaient - et restent - Colbert, auteur de la première nationalisation, celle de la Manufacture nationale de Sèvres, et Robespierre, avocat d'Arras, doux émule de Rousseau et abolitioniste de la peine de mort avant de saisir le pouvoir et instaurer la Terreur (voir aussi Talleyrand, Saint-Just, Fouquier-Tinville). C'est une caste sociale homogène, fondée sur une culture discrète du pouvoir, une noblesse passe-muraille qui ne veut pas se faire remarquer (Nomenklatura) qui se perçoit comme constituée des citoyens les meilleurs et les plus aptes. Le danger pour la démocratie est double : d'une part la disparition d'une autorité identifiable et légitime, au profit d'un système ou d'un appareil, fait que les décisions découlent d'une logique interne qui échappe aux débats démocratiques, d'autre part une bureaucratie dévouée et très subdivisée transforme des agents anodins accomplissant des tâches très spécialisées, en instrument d'exécution irresponsables typique des pouvoirs totalitaires. Ce qu'il y de nouveau, dans les deux grandes entreprises génocidaires des régimes bolchéviques et national-socialistes, ce n'est pas le rôle des militaires, mais d'une armée d'agents administratifs ordinaires qui organisaient les arrestations, les déportations, les camps, les tortures, les exécutions et les rapports statistiques sans animosité ni compassion pour les victimes qu'elles avaient sous les yeux. Dans la littérature, le côté à la fois absurde et terrorisant de la bureaucratie a été magistralement présenté, pour son atmosphère, par Kafka dans Le Château et pour son rôle politique, par Orwell dans 1984. On remarque un changement de nature et d'intensité par rapport aux fonctionnaires du XIXe siècle décrits dans l'œuvre de Courteline.

Traits caractéristiques de la bureaucratie chez Weber, résumés par Henri Mendras

- Distinction précise entre la propriété privée et la propriété de l'organisation (p.ex l'État).
- L'individu n'est pas propriétaire de sa fonction (i.e. pas de transmission héréditaire)
- La bureaucratie fonctionne selon des règles, et refuse, par principe, toute acceptation de personne. Au sens péjoratif, un fonctionnement bureaucratique est aveugle et se refuse à comprendre les situations particulières, sauf comme des exceptions. Administrations publiques et grandes entreprises privées créent et observent des règlements
- Les postes sont rigoureusement définis dans leur compétence et dans leur domaine. La définition des postes est un des instruments essentiels du fonctionnement de la bureaucratie.
- À la définition des postes correspond la spécialisation des fonctions et des compétences de l'individu qui les remplit. En principe chaque tâche doit être confiée à l'individu qualifié pour l'accomplir. La qualification se juge sur des critères impersonnels de type bureaucratique eux aussi : les diplômes.
- Une organisation bureaucratique forme une hiérarchie : chacun est situé à un poste où il y a des supérieurs et/ou des inférieurs.
- Une bureaucratie emploie des fonctionnaires, c'est-à-dire des spécialistes, employés à plein temps, et qui poursuivent une carrière individuelle liée à la hiérarchie de l'organisation

Anecdote

Dans son livre La bureaucratie, Alfred Sauvy introduit le terme de burelain, par analogie avec châtelain, pour désigner le bureaucrate dans son royaume.

Bibliographie

- Michel Crozier, Le Phénomène bureaucratique, Paris, Le Seuil, 1963
- Christian Larger, Pour en finir avec la bureaucratie, Éditions First, Paris, 1989 ISBN 2-87691-084-5.
- Claude Lefort, Éléments d'une critique de la bureaucratie, Paris, Droz, Genève, 1971.
- Pierre Bourdieu, La Noblesse d'État. Grandes écoles et esprit de corps, Minuit, 1989
- Jean-Marc Weller, L'État au guichet, ed. Desclee de Brouwer, Paris, 1999
- Marx comments on the state bureaucracy in his Critique of Hegel's Philosophy of Right and Engels discusses the origins of the state here:
- Ernest Mandel, Power and Money: A Marxist Theory of Bureaucracy. London: Verso, 1992.
- On Weber : Tony J. Watson, Sociology, Work and Industry, Routledge, 1980, ISBN 0-415-32165-4

Notes et références

Voir aussi

===
#
Accident de Beaune   Amélie Mauresmo   Anisocytose   C3H6O   CA Paris   Carole Richert   Catherinettes   Chaleur massique   Championnat de Tunisie de football D2   Classement mondial des entreprises leader par secteur   Col du Bonhomme (Vosges)   De viris illustribus (Lhomond)   Dolcett   EGP  
^