Haredim

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Les haredim, ou ultra-orthodoxes, ou Craignant-Dieu, (en hébreu חרדים) sont des juifs orthodoxes ayant une pratique religieuse particulièrement forte. En l’absence de toute autorité centralisée dans le Judaïsme, ils ont développé un certain nombre de courants, comme le hassidisme, chacun de ces courants interprétant les principes qui leurs sont communs avec quelques variantes. Depuis la fin du , ils rejettent partiellement la « mod
Haredim

Les haredim, ou ultra-orthodoxes, ou Craignant-Dieu, (en hébreu חרדים) sont des juifs orthodoxes ayant une pratique religieuse particulièrement forte. En l’absence de toute autorité centralisée dans le Judaïsme, ils ont développé un certain nombre de courants, comme le hassidisme, chacun de ces courants interprétant les principes qui leurs sont communs avec quelques variantes. Depuis la fin du , ils rejettent partiellement la « modernité » occidentale, que ce soit dans le domaine des mœurs ou des idéologies. Du fait de leur méfiance vis-à-vis des innovations sociales, les haredim vivent généralement en marge des sociétés laïques environnantes, même juives, dans leurs quartiers et sous la direction de leurs rabbins, seule source de pouvoir pleinement légitime à leurs yeux. C’est aussi le plus important groupe juif actuel affichant ses réticences face au sionisme, et même parfois son hostilité. Ils sont aujourd’hui fortement implantés en Israël, où ils ont leurs quartiers (et même leurs villes), leurs partis politiques, leurs magasins et leurs écoles. Ils sont également présents dans beaucoup de communautés juives de la diaspora, en particulier en Amérique du Nord et en Europe occidentale.

Orthodoxes et ultra-orthodoxes

Les sociologues israéliens font souvent une distinction entre les laïcs (peu intéressés par la religion, mais pas forcément anti-religieux), les traditionalistes (pratique religieuse partielle), les orthodoxes (pratique religieuse stricte, mais immersion dans le monde moderne) et les ultra-orthodoxes, ou haredim (pratique religieuse stricte, refus de certaines formes de la modernité, volonté de séparatisme social fort : vêtements spécifiques, quartiers spécifiques, institutions religieuses spécifiques).Selon un sondage réalisé en décembre 2003 et janvier 2004, auprès de 7.616 Israéliens de plus de 20 ans, 8% de la population juive israélienne serait haredi, 9% orthodoxe "moderne", 39% traditionaliste et 44% laïc. Ces chiffres seraient de 13% dharedim et de 52% de laïcs chez les juifs israéliens nés en Israël et non à l’étranger. Les religieux liberaux et massortim ne sont guère nombreux en Israël et ne sont pas pris en compte dans cette étude.Selon une tendance marquée depuis des décennies, le nombre des orthodoxes "modernes" et des traditionalistes diminue, tandis que celui des haredim et des laïcs augmente. L'article du Jerusalem Post présentant l'étude de 2004 cite une étude de 2002 : 6% de haredim et 42% de laïcs cette année là. Cette polarisation croissante fait craindre à beaucoup d’observateurs une division de plus en plus forte avec le temps de la société juive israélienne.Le niveau de vie des haredim est plus faible : 29% des haredim déclarent que leur famille à une voiture, contre 73% des laïcs. 27% des haredim déclarent vivre dans des logements surpeuplés, contre 2% des laïcs.Sondage rapporté par le Jerusalem Post du 10 avril 2006. Il est à noter que les haredim ne se définissent pas eux-mêmes comme des ultra-orthodoxes, mais comme des juifs orthodoxes haredim (« les trembleurs », au sens de « ceux qui tremblent devant Dieu », ou les « Craignant-Dieu »). La racine du mot haredi est harada, le mot le plus fort en hébreu pour la peur. Le haredi est « terrifié » à l’idée de violer une des 613 mitzvot . Les orthodoxes « modernes » et les haredim ne diffèrent pas d’un point de vue théologique, mais dans leur mode de vie et leurs orientations politiques.

Origine de la divergence entre orthodoxes et ultra-orthodoxes

Page de garde d’un Talmud Pendant des siècles, la notion de Juifs orthodoxes n’existait pas : il aurait fallu pour cela des Juifs hétérodoxes. Il y en avait d’ailleurs certains (les karaïtes, par exemple), mais pas suffisamment pour qu’une dénomination spécifique existe. Au , la modernité occidentale a entraîné des évolutions fortes dans le judaïsme, d’abord en Allemagne, puis dans toute l’Europe. On a vu en particulier apparaître dans la première moitié du XIXe siècle en Allemagne un «judaïsme réformé», qui entendait réviser la place du Talmud. Le « judaïsme orthodoxe » a donc dû se définir comme gardien de la tradition religieuse. Mais la question de la « modernisation » de la religion juive n’a pas été la seule. C’est la question de la modernisation des sociétés juives dans leur ensemble (structures sociales, structures de pouvoir, rapport à l’État) qui a aussi été posée. Et là, les réponses entre orthodoxes ont divergé. Dès la seconde moitié du , le courant dit de la néo-orthodoxie allemande, derrière le rabbin Samson Raphael Hirsch (1808-1888), théorise une approche prudemment ouverte à la modernité technique et sociale. Les Juifs doivent rester proches de leurs valeurs, mais ils peuvent participer à la vie sociale de la société dans laquelle ils évoluent. Par contre, contrairement aux réformés (et aux assimilationnistes) qui considèrent que le fait religieux juif doit rester purement privé, la néo-orthodoxie considère que les Juifs doivent aussi exister en tant que collectivité organisée. Et ils doivent aussi refuser les aspects du monde moderne contraires aux 613 mitzvot (commandements) recensées par la tradition. Un autre courant a, par contre, rejeté en bloc l’entrée dans les sociétés occidentales considérées comme antinomiques dans leurs valeurs avec la tradition juive. Ce courant s’est surtout exprimé à l’Est de l’Europe. Il accepte certains aspects de la modernité technique, mais réfute presque tous les aspects de la « modernité » sociale ou politique : nationalisme, démocratie, sortie du Ghetto, etc. Dans un premier temps, les orthodoxes sont restés assez unis. Ainsi, la néo-orthodoxie allemande et les conservateurs est-européens ont fondé ensemble le parti Agoudat Israël en 1912 en Pologne. Ils sont à l’époque pénétrés des risques courus par les Juifs religieux en général et se rassemblent donc. Ils rejettent ensemble le sionisme, l’assimilation, le socialisme, l’athéisme, etc. Mais dans l’entre-deux-guerres, les divergences entre orthodoxes « modernes », plus ou moins influencés par les thèses du rabbin Samson Raphael Hirsch, et les conservateurs se sont accentuées. On peut alors parler de l’existence pleinement assumée d’une branche spécifique : l’ultra orthodoxie. Les orthodoxes « modernes » ont d’ailleurs quitté l’Agoudat Israël à cette époque.

Spécificités du monde haredi

Le monde haredi a aujourd’hui des spécificités nombreuses, tant vis-à-vis des non Juifs que des Juifs laïcs et des Juifs religieux orthodoxes « modernes ».

Le pouvoir

Rabbins dirigeants de la dynastie des Hassidim de Tchernobyl. Deux principes fondamentaux sont appliqués dans le monde haredi : Daat Torah : « ce que dit la Torah », et Emounat Khakhamim : « la foi dans les sages ». « Il faut entendre par-là un système dans lequel toute pensée, toute action est gouvernée par les textes sacrés. Il n’y a pas de combinaison possible avec une autre source d’inspiration, une autre philosophie. Et la Loi religieuse n’est pas censée régir un domaine spécifique de la vie, mais la vie dans son intégralité »
Israël, les hommes en noir, P.187. Ces deux principes absolus ont plusieurs conséquences : D’une part, la Torah doit être la source de toute législation, et le refus de l’État juif d’accepter ce principe lui retire sa légitimité (voir le chapitre sur le rapport au sionisme). Pour la même raison, il ne doit pas y avoir de constitution en Israël. De fait, le mouvement sioniste a accepté ce principe et a seulement mis en place des « lois fondamentales »Religion et État en Israël, P.68. La distinction est symbolique, mais les haredim y tiennent. La démocratie est un principe de fonctionnement qui met l’avis de la majorité au-dessus de Dieu. La démocratie ne gêne pas les haredim chez les non Juifs (qui sont libres de faire comme bon leur semble). Mais chez les Juifs, elle est une remise en cause manifeste de Daat Torah et de Emounat Khakhamim. Enfin, chaque Juif pieux doit se donner un rabbin, qui guidera sa vie, dans les moindres détails. Les « sages », ou « grands de la Torah », ou « luminaires » ou « décisionnaires » coiffent ces rabbins, et ont un pouvoir absolu sur leurs ouailles. Ils sont souvent l’objet d’un véritable culte de la personnalité, car « ils ont accès à la “connaissance suprême”, ils voient ce qui va se passer dans le long terme, à un niveau supérieur »Israël, les hommes en noir, P.189. En pratique, les communautés hassidim (un des deux courants principaux du judaïsme haredi) ont un référent suprême, leur Admor, ou Rebbe. Les rabbins haredim du courant « lithuanien » réfèrent eux à leur chef de yeshiva (généralement celle où ils ont suivi leurs études). Ces mêmes chefs de yeshiva peuvent eux-mêmes rendre compte à un chef de yeshiva plus prestigieux. Admor ou chef de yeshiva, les « grands » sont souvent âgés, et vivent en général isolés, ne lisant pas les journaux ni ne regardant la télévision. Certains ne sortent quasiment jamais de chez eux, et encore moins des quartiers réservés où ils vivent. Leurs informations sur le monde extérieur passent souvent à travers le filtre d’un entourage réduit, qui acquiert ainsi pouvoir et influence. Les plus grands « sages » vivent en Israël et aux États-Unis. Compte tenu de leur influence sur les partis religieux israéliens (bon nombre de haredim israéliens dépendent d’un « sage » américain, ou l’inverse), ils sont évidemment courtisés par les politiciens israéliens. Personne ne coiffe les « grands » eux-mêmes, à part, dans une certaine mesure, le « conseil des grands » des trois partis religieux (quand ils y adhèrent, ce qui n’est pas toujours le cas - voir le chapitre sur la politique). Le grand rabbinat israélien n’a aucune véritable influence sur eux. Cette situation sans instance décisionnaire suprême peut mener à des affrontements parfois virulents, voire même physiquement violents, entre partisans de tels ou tel « luminaire », chacun étant persuadé de la supériorité absolue du point de vue de son « sage ». Daat Torah et Emounat Khakhamim existent aussi chez les orthodoxes « modernes », mais le pouvoir du rabbin référant se limite surtout au domaine religieux, pas aux autres domaines (pour les haredim, tout est religieux). En Israël, les orthodoxes « modernes » reconnaissent en général l’autorité du grand rabbinat israélien.

Le séparatisme

Consultation des affiches dans le quartier haredi de Mea Sharim (Jérusalem) en 2006. Les affiches murales sont une voie traditionnelle de communication des positions de Rabbins dans les quartiers ultra-orthodoxes. L’idéal des haredim reste une vie juive regroupée autour des rabbins, refusant beaucoup d’aspects du monde moderne (la télévision est particulièrement rejetée), avec des quartiers séparés des non Juifs et des Juifs laïcs. Physiquement, leurs vêtements noirs (les « hommes en noir » selon l’expression israélienne) les font remarquer facilement. On n’est cependant pas en présence d’une attitude de rejet de la modernité aussi radicale que celle des Amish : l’électricité, la voiture, l’ordinateur, l’avion, sont acceptés. La vision fondamentale des haredim est que le monde qui les entoure est une source permanente de perversion. La télévision ou la publicité y sont une source d’images sexuelles. Les valeurs d’indépendance de l’individu, de relativisme idéologique, d’égalité des sexes ou des religions y sont régulièrement affirmées. Il est illusoire de croire, comme les orthodoxes, qu’on peut vivre dans ce monde tout en respectant strictement les 613 mitzvot. La menace est permanente. Pour ne pas y succomber, il faut vivre en groupe, dans des quartiers à part, sous la stricte direction des rabbins. La sexualité est particulièrement centrale dans le rejet par les haredim du monde moderne. La crainte de la tentation sexuelle est permanente. Non seulement la femme haredi doit avoir une tenue « modeste » (qui implique par exemple de cacher ses cheveux), mais toutes les femmes qui rentrent dans les quartiers haredi doivent en faire de même. Cette volonté de contrôle social est une des raisons du choix des haredim de vivre dans des quartiers à part (souvent appelés ghettos en souvenir des anciens ghettos d’Europe orientale). Ils ont développé dans ces quartiers une société à part, avec ses magasins, ses écoles, ses institutions, ses journaux.

La géographie

Jeunes Haredim à New-York, en 2005. Les populations haredim sont beaucoup plus concentrées que la population juive en générale, conséquence de la volonté de vivre séparément des sociétés modernes. Les haredim sont aujourd’hui surtout nombreux en Israël et aux É.-U.. Mais on en trouve aussi des communautés relativement importantes aux Pays-Bas, à Strasbourg, à Zurich, en Grande-Bretagne, etc.. En France les communauté haredi se regroupent autour de yeshivot ; elles sont présentes essentiellement à Paris (en banlieue : Epinay et Sarcelles), Strasbourg, Marseille et Aix-les-Bains. En Israël, les principales communautés sont par ordre d’importance décroissante :
- l’Agglomération de Jérusalem où ils sont environ 150.000,
- Bné Brak, une ville presque totalement ultra-orthodoxe de 150.000 habitants dans la banlieue de Tel-Aviv,
- Ashdod, où plus de 50.000 haredim vivent au sud de Tel-Aviv,
- Betar Illit et Modiin Illit des colonies israéliennes de Cisjordanie (Judée-Samarie), créées au milieu des années 1990 et situées à proximité de l’ancienne « ligne verte ». Elles comptent chacune près de 30.000 habitants. Les haredim sont également nombreux dans les villes saintes de Safed et de Tibériade. Aux États-Unis, c’est surtout dans l’agglomération New Yorkaise (en particulier à Brooklyn) que se concentrent les haredim. Certaines communautés ont érigé de véritables municipalités juives dans ce pays, c'est le cas des hassidim de Satmar dont certains se sont regroupés au sein de Kiryas Joel dans le comté d'Orange (État de New York)Site officiel de

Le sionisme

Un rabbin de Satmar, un groupe très anti-sioniste. Les haredim rejettent assez largement le sionisme, encore que ce rejet ait connu des évolutions. Selon une thèse dominante (mais pas exclusive) chez les religieux, Dieu a détruit le royaume d’Israël pour punir les Juifs, et seul son messie peut le recréer. La vie en terre sainte est possible, mais toute tentative autonome de créer un État est une révolte contre Dieu. Avec le temps, les haredim ont fini (majoritairement du moins) par accepter l’État d’Israël. Les partis qui les représentent ont même des ministres. Mais le « culte » de l’État propre aux sionistes (même aux sionistes religieux) leur semble être une idolâtrie condamnée par la Bible. D’où une attitude actuelle très ambiguë, faite d’acceptation et de réticence. Ainsi lors du retrait des colonies israéliennes de la bande de Gaza, en 2005, certains haredim sont restés neutres, certains ont approuvés, d’autres se sont opposés. L’attitude majoritaire fut cependant très réservée. Certains groupes, comme les Neturei Karta ou les hassidim de Satmar sont toujours très fortement antisionistes. « Nous sommes des Juifs orthodoxes anti-sionistes. Et nous sommes opposés au sionisme pour plusieurs raisons. Tout d’abord, l’établissement d’un État en Palestine est une chose qui viole la Torah, la loi religieuse juive. Il contredit les dispositions s’agissant des punitions et de l’exil décrétés par Di-uLes haredim considèrent qu’il est interdit d’écrire tel quel le nom de Dieu, et le déforment donc en di-u. à l’époque du Temple. L’établissement de l’État sioniste contredit la volonté de Di-u en cherchant un remède matériel à une condition spirituelle. En plus, le mouvement sioniste depuis des décennies se dévoue à extirper la foi traditionnelle de la Torah. Tout cela se passe dans le contexte d’une méchanceté morale très grave contre le peuple palestinien, une chose qui viole gravement la Torah ! Selon sur le des Neturei Karta ».

La science et le rationalisme

La science n’a aucune valeur particulière. Elle prétend en effet atteindre la vérité, alors que seule l’étude des textes sacrés le permet. On note une certaine hostilité, ou au moins un certain mépris, à l’égard de la science. Le journal haredi Yated neeman rappelle ainsi de nombreuses erreurs scientifiques, et conclut « pourquoi devrions-nous passer notre temps à étudier des "faits" dont la moitié seront regardés dans dix ans comme faux
Yated Neeman, journal haredi israélien, 13 septembre 2006 » ? Mais les productions de la science, comme les machines ou les traitements médicaux, ne sont pas forcément rejetés. Les inventions ou les concepts qui sont susceptibles de violer la loi religieuse juive sont par contre refusés : Internet ou télévision (à cause de leurs images « indécentes »), évolutionnisme (qui remet en cause la création divine du monde en six jours, il y a moins de 6000 ans). Ainsi, pour un des dirigeants du Shass (parti haredi séfarade) « une femme séfarade qui embrasse avec dévotion un rouleau de la Torah vaut mieux que cinquante professeurs qui enseignent que l’Homme descend du singe »Rabbin I. Peretz, dirigeant du parti Shass, au cours de la campagne électorale de 1988 — cité par Ilan Greilsammer dans Israël, les hommes en noirs.. Le degré de rejet varie d’une communauté à une autre. Assez indifférents à la démarche rationaliste « moderne », les milieux haredim sont perméables aux craintes de malédictions. Ainsi « des rabbins ont organisé une prière collective dans les locaux de la Sécurité sociale israélienne à Tel-Aviv pour conjurer une malédiction prétendument jetée sur ses employés par des personnes privées d’allocations »La Croix, 5 septembre 2006. En 1985, le ministre de l’intérieur (du parti haredi Shass) a « expliqué un terrible accident dans lequel un train est entré en collision avec un autobus d’enfants par la vengeance de Dieu en raison de la désacralisation du chabbat avec l’ouverture des cinémas le vendredi soirIsraël, les hommes en noir, P. 132 ». Après la mort brutale en décembre 1989 de Zion Garmi, directeur adjoint du ministère des Cultes, « une rumeur persistante dit qu’il aurait été maudit par trois fonctionnaires du ministère, et que même Itshak Kaddouri, le célèbre cabbaliste n’a pas réussi avec ses incantations à effacer la malédictionIsraël, les hommes en noir, P. 140 ».

L’étude

L’étude des textes saints L’étude des textes religieux dans une yeshiva est l’objectif premier de tout homme haredi. On voit même des cursus d’études religieuses pour femmes se développer. Là où cela est possible, l’homme haredi va donc essayer de consacrer tout son temps à l’étude, en évitant la perte de temps (
Bitoul Torah
'Bitoul Torah est le temps consacré à quelque chose de futile, qui aurait dû être consacré à l’étude de la Torah) causée par un travail productif. Là où cela ne l’est pas, il essaiera de cumuler les deux activités. Les études séculières, par contre, sont assez dévalorisées. Elles sont une perte de temps, puisqu’elles gênent l’étude religieuse. Pas ou peu de médecins, avocats, ingénieurs ou simplement plombiers chez les haredim israéliens. Il y en a plus en diaspora. En Israël, les haredim ont obtenu des financements d’État considérables pour leurs activités, ce qui permet à une forte proportion d’hommes adultes de consacrer tout leur temps à l’étude. En pratique, les statistiques montrent que la situation socio-économique contraint quand même bon nombre de haredim à travailler dans le secteur marchand. Néanmoins, « plus de 70% des ultra-orthodoxes hommes et environ 50% des femmes ne sont pas employés« », Haim Bior, Haaretz, 11 novembre 2007. ». En diaspora, ces financements sont absents ou limités, et le temps passé à l’étude doit être rogné pour permettre un travail rémunérateur. Il est à noter que fin 2005, Yissachar Dov Rokeach II, l’actuel rebbe de la dynastie hassidique de Belz, a surpris en appelant ses partisans israéliens à suivre des formations professionnelles et non plus seulement des études religieuses, et ce afin d’améliorer leur statut socio-économique. Il a annoncé que les yeshivot de Belz réserveraient « quelques heures par semaine en soirée » à ces formations« Les étudiants à long terme dans les yeshivas qui sont doués et ont des moyens économiques sont chanceux, mais les étudiants qui, après une année, voient que leurs études ne vont pas bien, en raison de leurs qualifications ou de leur situation économique, doivent apprendre une profession pour gagner leur vie. Je ne parle pas de devenir riche mais de gagner sa vie, de sorte qu’on ne tombe pas dans l’endettement… On peut se préparer à ceci dans la yeshiva et consacrer quelques heures par semaine en soirée à l’étude d’une profession (Long-term students in yeshivas who are talented and have the economic means are fortunate, but students who after a year see their studies are not going well, whether because of their skills or their economic situation, must learn a profession that earns a living. I’m not talking about getting rich but earning a living, so that one does not fall into debt… One can prepare for this in the yeshiva and devote a few hours a week in the evening to studying a profession) » Yair Ettinger, Tough times push men out of yeshiva and into work, Haaretz, 23 décembre 2005.. Cette évolution limitée est révélatrice des problèmes économiques rencontrés par des haredim israéliens centrés sur l’étude et très dépendants des subventions d’état.

La vie de famille

Les mariages se font jeunes, sont souvent arrangés par un marieur (Shadkhan) et ont pour but d’avoir un maximum d’enfants. Sauf cas médicaux, les familles ont 5 à 10 enfants (7 enfants par famille en moyenne en Israël en 2005). Il s’agit pour les haredim d’un commandement religieux important : « croissez et multipliez » (Genèse 1:28, 9:1, 7). La femme est soumise à son père jusqu’au mariage, puis à son mari. L’autorité de ce dernier l’emporte alors sur celle du père. Quand des conflits surviennent entre communautés haredim, ou lors des élections en Israël (voir plus bas), la femme doit suivre la communauté et le parti de son mari, non celui de son père. « La chasteté de la femme préoccupe énormément la société ultra-orthodoxe. Elle doit non seulement cacher ses cheveux, ses bras et jusqu’à ses chevilles, mais le moindre contact physique avec un homme qui n’est pas son mari lui est interditDieu est un baril de poudre, P. 91 ». Elle ne doit d’ailleurs jamais se retrouver seule avec un homme autre que son mari. Ces deux contraintes limitent fortement les capacités de sorties de la femme haredi, que ce soit pour les loisirs ou le travail. Dans les années 1980, des passages piétons séparés pour les hommes et les femmes ont ainsi été créés dans certaines zones haredim, afin d’éviter les frôlements involontaires entre hommes et femmes sur les passages les plus fréquentés. Dans la majorité des groupes haredim (mais pas dans tous), on a noté depuis les années 1970-80 une tendance au développement du travail des femmes (plus important en 2007 et en Israël que le travail des hommes). Les familles nombreuses ont en effet des besoins financiers importants, surtout là où le mari ne travaille pas, mais se consacre à l’étude des textes sacrés (essentiellement en Israël). En 2007, une « enquête montre que les hommes de la communauté ultra-orthodoxe consacrent la plupart de leur temps à l'étude religieuse et travaillent pas, la charge de gagner un revenu retombant sur les femmes ». Ce travail est un facteur limité mais bien réel de renforcement du poids de la femme harediIsraël, les hommes en noir, P. 133.. Il n’est cependant pas question d’égalité. Il est à noter que certains haredim (Edah Haredit) considèrent une telle évolution comme un grave péché. On peut noter que le travail des femmes est limité par deux facteurs : il n’est pas question d’accepter que la femme haredi fasse un travail dans un milieu mixte homme – femmes, ce qui réduit fortement le nombre de postes accessibles ; les grossesses fréquentes rebutent beaucoup d’employeurs. Les enfants doivent être élevés si possible dans des écoles religieuses spécifiques : c’est assez simple en Israël, parfois plus difficile en diaspora, surtout dans les groupes les plus petits. Ce qui encourage d’ailleurs les regroupements en communautés compactes, dotées de leurs propres écoles. L’homosexualité ou le concubinage sont totalement rejetés.

Le statut socio-économique

On a vu que les haredim avaient des familles nombreuses, faisaient peu d’études « modernes » susceptibles de déboucher sur des emplois bien rémunérés, essayaient (surtout chez les hommes et en Israël) d’éviter un travail rémunéré pour se consacrer à l’étude religieuse. Ces trois phénomènes impliquent un niveau socio-économique assez défavorisé, surtout en Israël. En 2005, les chiffres officiels y indiquent que 21, 3% des haredim vivent en dessous du seuil de pauvreté. Les communautés israéliennes sont donc assez dépendantes des fonds éducatifs d’État, ainsi que des aides sociales de l’État Providence, ce qui renforce le rôle des partis politiques haredim (qui en répartissent certaines ou font pression pour les obtenir), et l’acceptation de fait de l’État sioniste, pourvoyeur de fonds. La croissance démographique rapide des haredim rend de plus en plus difficile le fait de ne compter que sur des fonds d’État qui ne sont pas extensibles à l’infini. On note donc une proportion croissante de haredim israéliens de sexe masculin qui occupent un emploi rémunéré (30% en 2007). En diaspora, le travail rémunéré est beaucoup plus répandu (faute de subventions), et les haredim y ont donc généralement un statut socio-économique plus favorable qu’en Israël. Un secteur économique connu pour sa forte présence haredi est celui de la taille des diamants.

La politique

Le rav Ovadia Yossef, chef spirituel des haredim sépharades La société haredi n’est pas fondamentalement intéressée par la politique, car la priorité doit aller au religieux. Cependant, pour préserver ses intérêts, elle a été amenée à créer des partis religieux (Agoudat Israël, à l’origine, puis le Shass et Degel HaTorah). Agoudat Israël fut d’abord actif en diaspora, mais lui et ses scissions le sont aujourd’hui essentiellement en Israël. Ces partis spécifiques, qui épousent les divisions internes au monde haredi israélien, ont une double fonction. D’un point de vue idéologique, il s’agit de pousser des lois contraignantes sur le respect des commandements et en général de défendre une vision religieuse du monde dans la sphère des institutions politiques. D’un point de vue pragmatique, il s’agit de défendre des intérêts des haredim, en particulier la collecte de fonds d’État pour le financement des familles nombreuses et des institutions religieuses. Au final, il s’agit de permettre à autant d’hommes que possible d’étudier au maximum, en perdant un minimum de temps dans des activités annexes, comme le travail rémunéré. La politique de réduction des aides sociales mené par le gouvernement israélien depuis 2001 a donc sucité de fortes oppositions : « On ne peut dégager Sharon et Netaniahou de leurs responsabilités face à ce désastre social, mais ils n’auraient pas pu concevoir ce programme d’appauvrissement de masse sans l’impulsion et l’appui du parti capitaliste et profiteur de LapidTomy Lapid est le dirigeant du Shinouï, un parti vivement opposé aux haredim.. Lapid et ses camarades n’ont visé qu’un seul but : réduire le public orthodoxe à l’indigence, ses écoles à la pauvreté, et ses enfants à la famineEditorial du Yated Neeman, joural haredi fondé par le rav Shach, du 16 Téveth 2006 ». Conformément à Emounat Khakhamim (la foi dans les sages), un des principes fondamentaux du judaïsme orthodoxe, chaque parti est gouverné par un « conseil des sages de la Torah » coopté (et en aucun cas élu). Le premier fut celui de l’Agoudat, et fut créé à Katowice en 1918. Un conseil ne se mêle pas de la politique au quotidien, mais définit les grandes orientations de son parti. En Israël, Agoudat Israël représente surtout les hassidim d’origine européenne. Degel HaTorah représente surtout le courant « Lithuanien » (mitnagdim) d’origine européenne (à l’exception des hassidim de Belz, qui soutiennent Degel HaTorah). Enfin, le Shass représente surtout les haredim d’origine orientale (séfarades). Contrairement aux deux premiers partis, il attire aussi un électorat non haredim : des orthodoxes et des traditionalistes séfarades. Mais le parti est sous le strict contrôle des haredim. Il est à noter que Agoudat et Degel sont en général regroupés au sein d’un cartel électoral très souple le « Judaïsme unifié de la Torah ». Celui-ci a cependant connu quelques crises, et a alors temporairement cessé d’être actif. Aux élections parlementaires israéliennes de mars 2006, le Shass a obtenu 9, 5% des voix (12 sièges sur 120), et « Judaïsme unifié de la Torah » 4, 7% des voix (6 sièges).

Spécificités : synthèse

Haredim se rendant à la synagogue, à Rehovot, en Israël, en 2004. Par rapport aux autres Juifs religieux orthodoxes, les haredim ont donc pour spécificités :
- le séparatisme social (écoles spécifiques, magasins spécifiques), géographique (quartiers séparés, parfois physiquement fermés pendant le chabbat) et vestimentaire (vêtements noirs). Les orthodoxes « modernes » sont infiniment moins particularistes, et n’ont par exemple ni quartiers réservés ni vêtements particuliers (à l’exception du port de la kippa et de vêtements « modestes » pour les femmes) ;
- une foi extrêmement poussée. En Israël, les financements d’État des yeshivot permettent à une forte proportion de haredim (chez les hommes) d’étudier le Talmud toute leur vie, sans travail rémunéré. Les orthodoxes « modernes » font par contre des études séculières et occupent des emplois dans les secteurs économiques classiques ;
- un rapport au sionisme allant d’une hostilité viscérale (très minoritaire) à une vision positive (minoritaire), en passant par une neutralité intéressée mais critique (majoritaire). Les orthodoxes « modernes » sont par contre aujourd’hui presque tous favorables au sionisme (ce qui n’était pas toujours le cas au début du ) ;
- le refus des valeurs de la « modernité » sociale : mixité homme-femme, démocratie, « culte » de l’État, sexualité libérée. Dans ce domaine, les orthodoxes « modernes » sont plus ouverts, même si la liberté sexuelle est nettement rejetée ;
- l’indifférence à la science. Celle-ci est beaucoup plus valorisée (moins que la religion, cependant) chez les orthodoxes « modernes » ;
- En Israël, un statut socio-économique nettement inférieur à celui des orthodoxes « modernes ».

Divisions du monde haredi

Le monde haredi a de fortes spécificités. La vision extérieure des « hommes en noir » est donc souvent celle d’un groupe homogène et compact. Bien que partiellement exacte, cette vision doit être nuancée : les haredim n’ont pas de direction commune, et sont traversés par de nombreux clivages.

Divisions entre mitnagddim et hassidim

Des hassidim Le hassidisme s’est créé en Europe orientale vers le milieu du XVIIIe siècle. Par rapport aux autres haredim, les hassidim insistent particulièrement sur la communion joyeuse avec Dieu, en particulier par le chant et la danse, et sont organisés en communautés dirigées par un Admor (ou Rebbe) héréditaire. Dès l’origine, nombre de rabbins se sont fortement opposés au hassidisme, d’ou leur nom de mitnagddim, les « opposants ». On parle aussi de « Lithuaniens ». Les hassidim portés vers la mystique fondée sur l’exaltation des émotions religieuses, tandis que les mitnagddim, majoritairement issus des écoles talmudiques de Lituanie, pratiquent un judaïsme plus austère, plus intellectualisé, fondé sur le principe de la casuistique dialectique (pilpoul). Critiquant une orientation hassidique assurant la suprématie de la Kabbale (mystique juive) sur la Halakha, les mitnagddim leur reprochent notamment une "joie de vivre", qu’ils estiment incompatible avec l’étude de la Torah. Enfin, le culte de la personnalité, traditionnel chez les hassidim, a toujours fait craindre aux Lituaniens l’apparition d’un nouveau pseudo-messianisme, rappelant ainsi l’aventure malheureuse du Messie auto-déclaré, Sabbataï Zevi, P.233. Thèse de doctorat de l’Institut d’Etudes Politiques de Bordeaux IV, au format PDF. Cette hostilité s’est estompée dans la seconde moitié du XIXe siècle face à la montée du sionisme, de l’assimilation ou du socialisme. Mais elle n’a pas disparu. Le grand leader des mitnagddim jusqu’à sa mort dans les années 1990, le rav Shach (ou Chakh) a été jusqu’à se demander si les hassidim de Loubavitch étaient encore Juifs. Il n’a cependant pas étendu ce questionnement aux autres communautés hassidim. Les mitnagddim sont centrés sur leurs chefs de yeshivot, tandis que les hassidim sont centrés sur leurs Admorim ou Rebbe (chefs religieux charismatiques et héréditaires). Aujourd’hui, cette divergence ne s’exerce pas que dans les instances de pouvoir religieux internes au monde haredi. Elle s’exprime aussi politiquement : les hassidim sont généralement (en Israël) en faveur du parti Agoudat Israël, tandis que les mitnagddim ashkénazes votent plutôt Degel HaTorah (ou Hatora), et les orientaux Shass. Les hassidim hors Israël ont rarement des attaches partidaires.

Divisions entre hassidim

Il existe des dizaines de dénominations hassidiques. Chacune a son Admor ou Rebbe, et les affrontements sont parfois virulents, même si les divergences religieuses réelles sont très faibles. Les hassidim de Belz et ceux de Satmar se sont parfois affrontés en vastes bagarres collectives dans leurs quartiers de Jérusalem et de Brooklyn, du fait de leur divergences sur le sionisme (toléré par les Belz, radicalement rejeté par les Satmar), et du fait de la forte opposition entre leurs admorim. Les relations cordiales entre communautés hassidiques sont cependant très dominantes. Par contraste, le monde mitnagddim est plus unifié, réunis autour d’un petit nombre de responsables de grandes yeshivot prestigieuses.

Divisions sur le sionisme

Une manifestation Neturei Karta le 7 septembre 2006, avec le drapeau palestinien. On peut aujourd’hui compter quatre attitudes face au sionisme :
- Une petite minorité, la Edah Haredit (centrée autour des Neturei Karta et des hassidim de Satmar), est violemment antisioniste. Pour elle, le sionisme est toujours une rébellion contre Dieu, et doit donc être combattu. Le rejet est absolu. Ce rejet amène aussi au refus de l’hébreu moderne comme langue profane. L’hébreu doit rester une langue religieuse. Les Neturei Karta de Mea Sharim (à Jérusalem) sont une des dernières communautés au monde à utiliser le yiddish comme langue vivante.
- À l’extrême inverse, on compte une petite minorité Haredi Tzioni qui se veulent à la fois haredim et sionistes religieux (généralement assez extrémistes d’ailleurs).
- Le courant dominant est fait d’une réserve importante face au sionisme, idéologie qui, même dans son versant religieux (incarné entre autre par le Parti National Religieux, une des principales expressions des orthodoxes « modernes ») implique de placer son espérance dans l’État et pas seulement en Dieu. Ce qui est une forme d’idolâtrie. Mais l’État juif suscite quand même un certain intérêt.
- Une minorité assez importante de haredim est allée plus loin que cette réserve. On les trouve par exemple chez les hassidim de Loubavitch, dans l’ancien parti Poale Agoudat Israël (aujourd’hui réunifié avec Agoudat Israël). Sans se rallier officiellement au sionisme, ils prennent de fait des positions très nationalistes.

Divisions sur la « modernité »

De jeunes haredim, à la rencontre de la modernité vestimentaire et de la tradition. Si la méfiance à l’égard de la « modernité » fait consensus, le degré de cette méfiance est assez variable. Les haredim vivant dans les pays hors Israël ont normalement un travail (salarié ou profession libérale), et sont donc contraints par les réalités économiques d’accepter un certain degré d’ouverture au monde. Les sociologues ont noté que ceux qui émigraient en Israël (on en compte plusieurs dizaines de milliers sur les 30 dernières années) avaient parfois des tensions sur ce point avec les haredim israéliens. Les hassidim de Loubavitch, également, montrent une certaine ouverture, et ne craignent pas d’apparaître à la télévision, tout comme les haredim séfarades du Shass. Beaucoup de courants haredim israéliens (surtout ashkénazes) sont plus réservés. La modernité technique est acceptée. Mais la télévision, la mixité restent objets de méfiance ou de refus. Il a quand même été noté que l’éducation des jeunes filles s’était beaucoup développée dans ces groupes par rapport à la situation du début du . Enfin, un troisième courant, très minoritaire, rejette largement cette modernité, et considère que les haredim classiques sont devenus trop laxistes. Ces groupes sont surtout ceux de la Edah Haredit. L’éducation des filles y est par exemple volontairement maintenue à un niveau très primaireIsraël, les hommes en noir, P.134. Au final, la méfiance commune face à la modernité (surtout sociale et politique) conduit à des prises de position allant d’assez larges accommodements à une hostilité farouche.

Divisions entre orientaux et occidentaux

Historiquement, l’ultra orthodoxie est ashkénaze. À compter des années 1950, des Séfarades sont rentrés dans le réseau scolaire Agoudat Israël, et on a vu apparaître des haredim séfarades. Ceux-ci sont restés au sein de l’Agoudat jusqu’en 1984. Mais leur mise à l’écart des centres de pouvoir a provoqué la scission du Shass en 1984. Les haredim séfarades ont aujourd’hui leurs propres leaders religieux (Ovadia Yossef), leur parti, et défendent les intérêts de leur communauté. Mais il n’y a pas non plus de rupture franche, en particulier avec le courant mitnagddim. Ils sont en effet souvent issus de ses yeshivot. Les divergences entre haredim orientaux et occidentaux ont en effet été renforcées par celles entre mitnagddim (lithuaniens) et hassidim : « s’il est vrai que le Rav Schach sembla particulièrement soucieux de doter les haredim séfarades d’une réelle représentation politique corrigeant ainsi l’inégalité ethnique originelle, il convient de souligner que sa démarche fut également dictée par d’autres types de considérations, visant à la fois à asseoir le pouvoir des lituaniens au sein du camp haredi et à optimiser la structuration de celui-ci en vue de conquêtes électorales futures. L’opposition entre hassidim et lituaniens fut, par conséquent, à l’origine de Shas, réactivée par le Rav Schach mais aussi par le Rav Ovadia Yossef qui, bien que séfarade, était proche du courant lituanien, P. 232. Thèse de doctorat de l’Institut d’Etudes Politiques de Bordeaux IV, au format PDF. ». On note souvent une sensibilité plus « moderne » chez les Séfarades (vis-à-vis de la télévision ou de l’implication dans le gouvernement israélien). Ce courant est essentiellement israélien, et ne se rencontre guère en diaspora.

Divisions sur les contraintes religieuses

Orthodoxes en prière au mur des lamentations À partir de 1977, les partis religieux se sont retrouvés dans un rôle de pivot politique en Israël, et en ont largement usés pour renforcer les lois de coercition religieuse (vente de porc, respect du chabbat, …). Cette orientation s’explique pour deux raisons :
- Certaines mitzvot ne peuvent pas facilement être respectées de façon individuelle. C’est le cas de l’interdiction de regarder des images de « stupre ». Or, celles-ci s’étalent sur les publicités murales ou les couvertures de magazines. D’où la tentative d’interdire toute femme dénudée sur ces supports (en Israël), au moins dans les quartiers haredim.
- Il existe une tradition selon laquelle tout Juif est comptable du comportement des autres, ce qui fonde la punition collective de Dieu, détruisant l’Israël antique pour les manquements de certains. Le « bon comportement » des autres Juifs (les non Juifs ne sont pas concernés) intéresse donc aussi les haredim. On peut noter que certains leaders religieux, comme le rav Chakh, ont cependant contesté partiellement les tentatives de coercition religieuse en Israël. Pour eux, elles amplifient le conflit avec les Juifs laïcs, elles n’empêchent pas ceux-ci de commettre leurs péchés dans le privé, et ne les sauvent donc pas de la punition divine. Enfin, demander à une Knesset comprenant des laïcs, des marxistes, des Arabes, de se prononcer sur la meilleure façon de suivre la loi religieuse juive n’est tout simplement pas sérieux. Ce débat n’a jamais été vraiment tranché, mais la tendance à demander un renforcement de la législation religieuse en Israël est dominante.

Divisions politiques

Le parti Agoudat Israël est le parti historique des haredim (créé en 1912), en Israël et dans le monde. Il a connu des années 1920 jusque vers la fin des années 1980 une scission plus « nationaliste » et plus « moderniste », le Poale Agoudat Israël. Cette division n’existe aujourd’hui plus. Mais de nouveaux partis sont apparus. Ce sont le Shass, en 1984, qui exprime les vues des haredim séfarades, mais qui a aussi réussi, fait exceptionnel pour un parti haredi, a attirer de nombreux électeurs non haredim. C’est ensuite Degel HaTorah, créé en 1988, qui exprime les vues des haredim mitnagddim ashkénazes. Degel HaTorah et l’Agoudat se sont parfois violemment affrontés (élections israéliennes de 1988 en particulier). Mais ils ont aussi présenté un front électoral commun à partir des années 1990 : « Judaïsme unififé de la Torah ». L’attitude générale des haredim vis-à-vis de la politique reste en générale assez distante. Participer aux votes n’est pas vraiment une priorité : seule l’étude religieuse l’est. On note en fait des attitudes divergentes selon les communautés : les hassidim de Gour, très impliqués dans l’Agoudat Israël, participent par exemple plus que les hassidim de Loubavitch, extérieurs au parti. Au final, la participation dépend largement des instructions données par les rabbins de chaque groupe. La Edah Haredit refuse évidemment toute participation électorale aux institutions de l’État « impie ». Au final, les divisions entre partis sont réelles, mais les fondamentaux restent cependant assez proches. La compétition pour l’attribution des fonds d’État aux organes éducatifs et religieux des différents groupes est cependant un objectif fondamental de ces partis, et mène parfois à des affrontements politiques.

Les haredim et la violence

Contrairement à certains chrétiens (croisades) ou à certains musulmans (Djihad), qui ont théorisé la nécessité d’une violence religieuse pour le triomphe de Dieu, les haredim n’ont pas une telle démarche. La plupart refusent ainsi le service militaire, même dans l’armée israélienne. Pour eux, Tsahal est surtout une grande maison de prostitution pour les femmes soldats. Le député Ben-Shlomo, du Shass, a ainsi déclaré en décembre 1984 que « si 603 soldats israéliens sont morts durant la guerre de Liban , c’est à cause de conduite sexuelle licencieuse des femmes soldats »Israël, les hommes en noir, P.140. La violence n’est cependant pas étrangère à la société haredi. C’est une société qui se sent en effet agressée en permanence par un monde étranger et hostile (même juif), et qui a en même temps une forte conviction quant à sa supériorité naturelle. Cela mène à tensions régulières. Il ne s’agit pas tant du rapport aux non Juifs, dont les valeurs n’intéressent guère les haredim, que du rapport aux autres haredim ou aux autres Juifs. Ces tensions se traduisent parfois par de la violence.

Violence entre haredim

La multiplicité des communautés hassidim et des yeshivot implique un monde haredi très divisé. Les affrontements, assez rares, y sont donc parfois brutaux. On a parlé des bagarres entre hassidim de Belz et de Satmar. On peut aussi rappeler l’agression en 1983 du député Agoudat Israël Menahem Porush par des hassidim de Gour, également Agoudat, qui l’accusaient d’avoir « insulté » leur Admor. Menahem Porush avait passé plusieurs jours à l’hôpital. La violence peut enfin cibler des kiosques à journaux qui vendent les journaux d’une autre tendance haredi, ou les biens d’une autre communauté.

Violence contre d’autres Juifs

Les violences contre les Juifs non haredim ne sont pas rares en Israël : pierres lancées contre les voitures roulant le chabbat, cocktails Molotov contre des cinémas ouvrant le chabbat, intimidation pour faire partir les laïcs vivant dans les quartiers à dominante haredi, sabotage de fouilles archéologiques (risquant de déranger la sépulture des morts), émeutes contre des autopsies (interdites par la loi juive). En 1986 eut lieu la « guerre des abribus », destruction systématique par les haredim des abribus se trouvant dans ou près de leurs quartiers et affichant des publicités comportant des images « indécentes ». Dans les années 1980 est apparu un groupe clandestin haredi israélien appelé Keshet (Arc-en-ciel), spécialisé dans les attaques contre les biens (mais jamais contre les personnes elle-mêmes) appartenant à des individus ou des groupes considérés comme hostiles aux haredim. On leur doit ainsi de nombreux incendies contre des kiosques à journaux vendant une presse « impie » dans les quartiers haredim. La violence verbale n’est pas rare non plus. Les attaques contre les groupes « hétérodoxes » comme les Karaïtes ou les Samaritains peuvent aller très loin, parfois avec des accusations fantaisistes (demi-musulmans, ennemis des Juifs, …). Les membres des kibboutzim ont aussi été accusés (rav Chakh) de ne plus être Juifs. Le député Shass Shlomo Dayan a déclaré lors d’un débat à la Knesset le 13 décembre 1988 « la presse israélienne et la presse nazie se ressemblent sur plus d’un aspect. Quelles expressions utilisées par cette dernière apparaissent ? “Chantage”. N’est ce pas de cela qu’on accusait les Juifs dans la presse allemande ? “Sangsues”. Les nazis ne l’ont-ils pas dit des juifs ? Maintenant, c’est la presse israélienne qui l’écrit »Cité par Dieu est un baril de poudre, P. 122. L'opposition à l'homosexualité génère en Israël des violences croissantes, liées à la visibilité montante de la communauté homosexuelle. Ainsi, « les haredim s’attaquent à la Gay Pride internationale. En guise de protestation à la programmation de la parade le 10 août 2006 à Jérusalem, des centaines de lettres prônant "la mort des Sodomites" ont été distribuées dans des boîtes aux lettres de la ville mardi matin. Ces tracts promettent 20 000Shekels "à quiconque cause la mort d’une personne de Sodome et Gomorrhe". Tout en se dégageant de la moindre responsabilité dans cette affaire de tract, la communauté haredi a publié et distribué des tracts officiels "tous ceux qui en ont la possibilité ont l’obligation de faire tout ce qu’ils peuvent pour détruire les portes de l’enfer, quelle que soit la manière choisie"Tract haredi anti homosexuels, cité par le journal Yedioth Ahronoth du 11 juillet 2006 ». En novembre 2006, les manifestations violentes haredim contre une parade homosexuelle à Jérusalem ont fait 860 000 dollars de dégâts« Police readying for Gay Pride parade as protests continue », par Jonathan Lis, Haaretz du 8 novembre 2006. En 2005, un homosexuel avait été poignardé par des haredim.

Violence contre les haredim

Les haredim suscitent régulièrement des réactions hostiles, particulièrement en Israël, tant du fait de leur politique de contraintes religieuses que de leurs différences visibles. Ces réactions peuvent aller jusqu’à la violence verbale ou physique. Ainsi, le sculpteur israélien Yigal Tumarkin a écrit dans les années 1980 « en les voyant, on comprend la Shoah, on comprend pourquoi les Juifs sont haïs. Le primitivisme s’installe . Ces éléments de l’obscurité ne cessent de ronger le peuple. Devant ces hommes en noir qui pullulent comme de la vermine, le rêve sioniste meurt »Cité lors des débats parlementaires de la Knesset, 13 décembre 1988, rapporté par Shalom Cohen dans Dieu est un baril de poudre, P. 117-1188. En juin 1986, la synagogue de Kiryat Shalom, dans la banlieue de Tel-Aviv est incendiée lors de la « guerre des abribus ». Trois jours plus tard, après de nouvelles destructions d’abribus par des haredim, une seconde synagogue est incendiée, et des rouleaux de la Torah déchirés. Ces cas extrêmes d’attaques de Juifs laïcs contre des haredim restent relativement isolés, mais sont révélateurs d’une tension que la presse israélienne a baptisée le Kulturkampf (la guerre des cultures), du nom d’une campagne anti-catholique lancée par Bismarck en Allemagne au .

La violence : synthèse

Sans être un monde particulièrement violent, le monde haredi est un monde persuadé d’avoir le monopole de la Vérité. Cette attitude amène donc des conflits internes et externes assez réguliers, surtout en Israël. En diaspora, on ne note peu de violences avec les non JuifsIl y a des exceptions : le Jerusalem Post, dans son éditons du vendredi 7 avril 2006, rapporte que plusieurs centaines de haredim de Brooklyn se sont rassemblé autour d’un poste de police, et on brulé une voiture de police (l’article parle aussi "d’émeutes") pour protester contre l’arrestation de l’un des leurs, une personne agée, qui téléphonait en conduisant, et même avec des Juifs non haredi.

La croissance démographique du monde haredi

Aujourd’hui, en Israël et en diaspora, les haredim sont en croissance démographique assez rapide. Il y avait chez les Juifs israéliens 3% de haredim déclarés en 1990, 5% en 1999, une étude du centre Guttman du Israel Democracy Institute, réalisée pour The AVI CHAI Foundation en 2000. Page 6., 6% en 2002 et 8% en 2004. Toujours en 2004, il y avait 13% de haredim chez les seuls Juifs israéliens nés en Israël. Ils représentent 25% des enfants juifs d'Israël en 2006 d'après le bureau central des statistiques. D’un point de vue socio-économique, leur refus (relatif) de l’éducation moderne et leur volonté de privilégier l’étude talmudique sur un travail dans le secteur marchand (surtout s’il est immergé dans le monde des laïcs) les amènent à des niveaux de vie assez modestes. Cette situation est particulièrement forte en Israël, où les communautés sont fermes sur ces points. Mais malgré cette situation socio-économique, les haredim sont une population d’un grand dynamisme démographique. Les femmes se marient jeunes et ont 5 à 10 enfants (27% des haredim israéliens déclarent vivre dans un logement surpeuplé, contre 2% des Juifs laïcs). De plus, certains orthodoxes glissent vers les pratiques ultra-orthodoxes, et certains Juifs traditionalistes, voire laïcs se laissent gagner par la Techouva (repentance) en devenant haredim. Cette croissance parfois explosive entraîne des tensions avec les voisins. En effet, l’objectif des haredim est d’avoir des quartiers homogènes et relativement clos. Quand les haredim s’implantent en nombre dans un nouveau quartier, et c’est un mouvement permanent, ils tendent à y imposer leurs règles (plus fermement en Israël, mais le phénomène n’est pas inconnu en diaspora : des décisions de justice ont accepté au Canada la fermeture physique de quartiers haredim le jour du chabbat). Hassidim à Jérusalem, en 2005 Pour éviter de trop nombreux conflits, les autorités israéliennes ont essayé de créer de nouveaux quartiers ou de nouvelles villes pour les haredim, évitant ainsi une trop forte pression sur les quartiers « laïcs ». A Jérusalem, de nombreux quartiers de colonisation de Jérusalem Est ont été créés à leurs bénéfices. Il a en été de même pour Bné Brak, seconde ville haredi d’Israël, dans la banlieue de Tel-Aviv, ou pour l’importante colonie israélienne de Modiin Illit. Les Haredim représentent aujourd'hui 25% de la population des implantations dans les territoires. Cette croissance démographique et géographique rapide est parfois perçue (surtout à Jérusalem, où les haredim représentent presque le tiers de la population juiveLes haredim étaient 30% de la population juive de Jérusalem en 1998 selon une étude du professeur Sergio DellaPergola, de l'Université hébraïque de Jérusalem, citée par Elli Wohlgelernter, « Haredi population in Jerusalem not likely to take over », Jerusalem Post du 23 janvier 1998. reproduit sur le site du .) comme une invasion par le voisinage. Régulièrement, le spectre d’une Jérusalem non sioniste (dominée par les ArabesEn 2005, les Arabes représentent 34% de la population de Jérusalem, et les juifs 66% selon une étude du Jerusalem Institute for Israel Studies citée par le journal Haaretz du 15 septembre 2006. et les haredim) ressurgit. De fait, en 2003, c’est un haredi, le rabbin Uri Lupolianski, qui a été élu maire de Jérusalem. Père de 12 enfants, considéré comme un modéré, il a cependant tenté d’interdire la Gay Pride de Jérusalem, mais a été débouté par la justice.

Perception par les haredim des non haredim

Compte tenu de la fragmentation du monde haredi en multiples communautés, une présentation unique est impossible. On peut cependant définir quelques grandes lignes. Non Juifs : la tradition juive orthodoxe indique que chaque peuple définit par lui-même son rapport à Dieu, mais que les Juifs ont un rôle spécial dans les projets de Dieu. Il n’est donc pas question de chercher à convertir les non Juifs (même si des conversions sont possibles à leur demande expresse). Au final, les haredim sont assez indifférents à ce que pensent ou font les non Juifs. Compte tenu des persécutions passées, on note une certaine méfiance, et parfois une volonté de ne « pas provoquer les nations (goyim) ». Juifs laïques : « les haredim et les Juifs non religieux en Israël constituent aujourd’hui deux nations séparées. Cette situation ne pourra être changée que par la Techouva (repentance) de ceux qui se sont éloignés de la Torah. En présence de Juifs non religieux, nous somme enclins à nous comporter comme s’ils n’étaient même pas là »Citations du journal haredi Yated Neeman du 2 février 1990, rapportée par Ilan Greilsammer.. L’idée est que le monde des Juifs laïques est dangereux et coupable, et qu’il faut s’en séparer par des quartiers réservés. Il faut cependant noter que les hassidim de Loubavitch pratiquent un prosélytisme intense chez les Juifs laïques, alors que les autres communautés s’en tiennent plutôt à l’écart. Juifs conservateurs (massortim) ou réformés : ces courants, apparus au et aujourd’hui surtout puissants aux États-Unis, remettent partiellement en cause la Halakha (loi religieuse juive orthodoxe). Les haredim les considèrent comme Juifs, quoique dangereusement éloignés de l’orthodoxie. Leurs rabbins ne sont pas reconnus, pas plus que leurs conversions. L’état d’Israël acceptant les conversions de ces rabbins si elles ont été effectuées hors d'Israël (mais ne les reconnait pas si elles ont eu lieu en Israël), on a donc des Israéliens reconnus comme Juifs par Israël, mais pas par les ultra-orthodoxes (ni même par les religieux orthodoxes « modernes », d’ailleurs). Un des combats politiques récurrent des partis haredim israéliens et des haredim américains depuis les années 1980 est ainsi de faire modifier la loi du retour israélienne, pour en exclure ces convertis - très peu nombreux dans la pratique. L’État s’est toujours refusé à une telle réforme, véritable déclaration de guerre contre le judaïsme américain, dominé par ces courants. Beta Israël (Juifs d’Ethiopie, ou Falasha) : Les haredim relevant du rav Yossef (Shass), l’ancien grand rabbin séfarade d’Israël qui les a reconnu comme Juifs en 1973, les acceptent sans problème. D’autres groupes haredim sont beaucoup plus réticents. Certains ne les acceptent comme pleinement Juifs qu’après une conversion accélérée par immersion dans un bain rituel (ce que les Beta Israël refusent en général). Les orthodoxes « modernes » les reconnaissent comme pleinement Juifs. Samaritains et Karaïtes : ce sont des groupes très hétérodoxes (du point de vue haredi), mais reconnus comme Juifs par Israël.Les Samaritains portent sur leur carte d'identité les mentions « Juif » ou « Juif samaritain ». Voir Stephen Kaufman, Samaritan Political Identity, thèse de l'université de Tel Aviv, 1998. . Ils sont totalement rejetés, et les accusations les plus diverses, parfois très violentes, fleurissent contre eux : païens, crypto-musulmans, ennemis des Juifs.

Perceptions des haredim par les autres Juifs

Orthodoxes "modernes" : la légitimité des haredim est largement acceptée. On note, en particulier en Israël, une tendance à s’inspirer de leurs pratiques plus strictes. Leur refus du sionisme, de l’armée (Tsahal), du travail productif, sont cependant considérés comme excessifs. Mais ils sont aussi considérés comme les gardiens de la tradition. Traditionalistes (Juifs avec pratique religieuse partielle) : les haredim sont perçus d’une façon assez proche de la perception orthodoxe, avec en général plus de réserves. On note cependant que beaucoup de traditionalistes séfarades votent aujourd’hui Shass, le parti séfarade haredi. Laïcs : Les haredim sont plus mal perçus. D’un côté, ils représentent une tradition à laquelle beaucoup de Juifs, même non pratiquants, restent attachés. Mais d’un autre côté, leur croissance démographique fait peur. Leur volonté de renforcer la coercition religieuse (en Israël au moins) est rejetée. Leur refus de faire leur service militaire est considéré comme un danger pour Israël. Leur assez large refus du travail, et leur demande de fonds étatiques (toujours en Israël) pour compenser ce refus, sont souvent très mal perçus. On lit parfois des mots comme « parasitismeLe Jerusalem Post du 31 juillet 2007 parle ainsi de « citoyens destinés à une vie de pauvreté et de dépendance totale à l'égard des aides sociales fardeaux parasitiques », ISI LEIBLER, , Jerusalem Post, 31 juillet 2007. » ou « racket » dans la presse. Le parti Shinouï a ainsi basé son succès électoral de 2003 (15 sièges) sur une forte dénonciation des lois religieuses contraignantes et des aides financières aux haredim.

Synthèse

Aujourd’hui, les haredim sont un groupe en expansion au sein du judaïsme mondial. Leur natalité très forte (sauf cas médicaux, toutes les familles sont très nombreuses) et leur capacité à attirer certains orthodoxes, voire laïcs, l’expliquent. Leur isolationnisme est relatif (selon les groupes), mais cependant réel. Ils sont une des communautés religieuses les plus particularistes existant aujourd’hui, et leurs relations avec les autres Juifs (du moins les laïcs) sont parfois difficiles.

Voir aussi

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