Amazones

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mosaïque de pavement de Daphné (actuelle Turquie), 2 moitié du , musée du Louvre Dans la mythologie grecque, les Amazones (en grec ancien / Amazónes ou / Amazonides) sont un peuple de femmes guerrières résidant sur les rives de la mer Noire. Les Amazones possèdent une origine historique : elles corresponderaient aux femmes guerrières des peuples scythes et sauromates. L'étymologie populaire admise pendant l'Antiquité décompose le mot en un privatif et
Amazones

mosaïque de pavement de Daphné (actuelle Turquie), 2 moitié du , musée du Louvre Dans la mythologie grecque, les Amazones (en grec ancien / Amazónes ou / Amazonides) sont un peuple de femmes guerrières résidant sur les rives de la mer Noire. Les Amazones possèdent une origine historique : elles corresponderaient aux femmes guerrières des peuples scythes et sauromates. L'étymologie populaire admise pendant l'Antiquité décompose le mot en un privatif et / mázos, « sein » en ionien : « celles qui n'ont pas de sein ». Elle ne repose en fait sur rien, q.v., p. 69a.. On a proposé de faire provenir le terme du nom d'une tribu iranienne,
-ha-mazan
, « les guerriers »O. Lagercrantz, Xenia Lideniana, Stockholm, 1912, p. 270 et suiv., ou encore du persan ha mashyai, « les Peuplades »Dans la Bible, les « femmes des nomades » sont appelées Ma Gog, dans le Coran Mâ jûj. Au sujet de l'étymologie voir Paul Faure, Alexandre, Fayard, 1985, p.531..

La légende des Amazones

Amazonomachie, sarcophage du , musée du Louvre Selon la légende, les Amazones habitent les rives du Thermodon, en Cappadoce dans l'actuelle Turquie. Elles tuent leurs enfants mâles ou les rendent aveugles ou boiteux, pour ensuite les utiliser comme serviteurs. Quant aux femmes, elles montrent leurs seins pour déconcentrer leur ennemis pour faciliter le tir à l'arc. Pour assurer la perpétuation de leur civilisation, elles s'unissent une fois par an avec les hommes des peuplades voisines dont elles choisissent les plus beaux. Les attributs des Amazones sont le / péltê, un bouclier léger en forme de demi-lune, la lance, l’arc et les flèches propres aux cavaliers des steppes, le cheval et la hache — / ságaris d'abord, puis double hache à partir de l'époque hellénistique, par exemple chez Quintus de SmyrneQuintus de Smyrne, Suite d'Homère, I, 159.. Le signal avant la bataille est donné par le sistre (sorte de grelot) généralement de bronze. De nombreux héros grecs — Bellérophon, Achille, Héraclès, Thésée ou encore Priam — ont eu affaire à elles. Curieusement, chacun eut sa reine à aimer et, finalement, à tuer. Achille affonte Penthésilée venue secourir les Troyens, s'en éprend et la tue dans le même tempsÉpisode relaté par exemple dans la Suite d'Homère (I, 1-722), elle-même inspirée de l'Éthiopide d'Arctinos de Milet. On le retrouve également chez Hellanicos (fr. 149 Jacoby), (II, 46), le pseudo-Apollodore (Épitome, V, 1) ou encore chez Virgile (Énéide, I, 491).. Priam, le vieux roi troyen, a lui-même repoussé une invasion amazoneIliade, III, 188-189.. Héraclès doit s'emparer de la ceinture d'Hippolyte et finit par massacrer cette dernière, ainsi que ses compagnes. Selon une tradition que Plutarque attribue à l'atthidographe Philochore, Thésée se joint à l'expédition d'Héraclès après avoir mené à bien le synœcisme d'Athènes. Il reçoit Antiope comme part du butin. Selon une autre tradition que Plutarque rapporte notamment à Hellanicos, Thésée part seul et capture lui-même Antiope. Les Amazones répliquent en envahissant l'Attique — après avoir passé le Bosphore pris dans les glaces, selon Hellanicos. Le combat devant Athènes se déroule au mois de Boédromion, d'où la fête des Boédromies. Thésée a un fils d'Antiope (également appelée Hippolyte par certains auteurs), HippolyteLe récit figure dans la Vie de Thésée, 27-28.. Bellérophon, enfin, après avoir tué la Chimère, affronte et vainc les Amazones. Les Amazones voient leur continuité au féminin ; la légende dit qu’elles tuent les enfants mâles et n’élevent que les filles, ce qui paraît difficile pour assurer leur perpétuation. Il est donc plus probable qu'après le sevrage, les garçons soient confiés aux hommes avec lesquels elles ont enfantés. Cela présuppose davantage un type de société matriarcale, ce dont les Grecs avaient horreur, raison pour laquelle ils blâment tant cette population. La légende rapporte également que les Amazones ne gardent auprès d’elles que des hommes mutilés, estropiés, prétendant que cela augmenterait leur capacité sexuelle, supputant que l’infirmité empêcherait les hommes d'être violents et d’abuser du pouvoir. Il paraîtrait à ce propos que la reine Antianeira ait répondu à une délégation d’hommes scythes qui s’étaient proposés comme amants exempts de défauts physiques que « l’estropié est le meilleur amant ».

Alexandre et les Amazones

Alexandre le Grand reçoit la visite de la reine des Amazones (1696) Une tradition située à la frontière de l’histoire et du mythe attribue à Alexandre le Grand une rencontre avec la reine des Amazones, Thalestris (ou Minithya). Cette tradition issue de la Vulgate d'Alexandre (Diodore de Sicile, Quinte-Curce, JustinDiodore de Sicile, XVII, 77, 1-3 ; Quinte-Curce, Histoire d’Alexandre, 6, 5, 24-34 ; , 12, 3. La Vulgate désigne par opposition aux récits d’Arrien et de Plutarque une vision panégyrique et merveilleuse du règne d’Alexandre.) provient de Clitarque et d’Onésicrite, contemporains des conquêtes de l’Asie dont les récits délivrent une part de fables et de merveilleux. Un historien de la conquête, non identifié (peut-être Onésicrite), juge qu’Alexandre se doit de rencontrer les Amazones car Héraclès et Achille, son ancêtre mythique, les ont combattu. Diodore écrit que la reine des Amazones désire un enfant d’Alexandre : « Par ses exploits, il était en effet le plus brave de tous les hommes tandis qu’elle l’emportait sur le reste des femmes par sa force et sa bravoure. Celui qui naîtrait de parents excellents surpasserait donc le reste de l’humanité »Diodore de Sicile, XVII, 77, 3 ; extrait de la traduction de Paul Goukowsky, Belles Lettres, 1976.. Quinte-Curce ajoute que « treize jours furent consacrés à satisfaire la passion de la reine »Quinte-Curce, VI, 5, 32.. Cette rencontre avec la reine des Amazones est considérée comme une fiction par Plutarque et Arrien, Alexandre, 46, 1 ; Arrien, Anabase, VII, 13, 2.. Ces deux historiens antiques, soucieux d’authenticité, suivent l’avis de Ptolémée, d’Aristobule et de Douris de Samos qui déjà contestent la réalité de cette rencontre. Pour autant, Arrien et Plutarque en recherchent le fondement historique :
- Une ambassade scythe arrive auprès d’Alexandre à Samarcande en 328 avant J.-C. ; un chef de tribu scythe offre la main de sa fille à Alexandre.
- D’après Arrien (IV, 15, 1-6) et Quinte-Curce (VIII, 1, 7-9), le chef des Chorasmiens, un peuple des bords de l’Aral, propose à Alexandre de mener campagne contre les Amazones.
- D’après Arrien (VII, 13, 2), Atropatès le satrape de Médie fait don à Alexandre de 100 femmes scythes dont il est dit qu’elles seraient des Amazones. Suivant l’avis d'Hérodote, qui déjà considère les Amazones commes les femmes guerrières scythes ou sauromates, IV, 110-117., Arrien et Plutarque tentent d'apporter une caution historique à une rencontre légendaire.

Les Amazones ont-elles existé ?

Héraclès combattant les Amazones, détail d'une amphore attique à figures noires, v. 530-520 av. J.-C. Hérodote fournit dans une digression (IV, 110-117) une version historicisée de la légende des Amazones. À la suite de violents combats avec les Égyptiens 2000 ans av. J.-C., des tribus scythes occupent la Cappadoce. Des guerriers scythes sont exterminés dans une embuscade et les femmes restées seules prennent les armes. Selon Hérodote, le nom amazone signifie (à tort) « privée de mamelle », les Grecs pensant que c'est dans le but de tirer plus facilement à l’arc. En langue caucasienne, ce nom signifierait par contre « ceux qui ne mangent pas de pain » (ce qui reporte aux sociétés nomades et donc non agricoles) ou « ceux qui vivent ensemble » ou pourrait faire allusion à une éventuelle « ceinture magique » portée par les Amazones. Le cheval est inséparable des populations des steppes, ce qui est le cas des Scythes et des Sauromates (proto-Sarmates) renommés dans l’Antiquité comme éleveurs de chevaux et excellents archers. On peut supposer à la suite d'Hérodote que les Amazones sont les épouses des Scythes et des Sauromates qui, fait inconcevable pour un Grec, ont le droit de chevaucher et de guerroyer. De là est né le mythe de farouches guerrières, élevées comme telles. Des fouilles archéologiques récentes, conduites par Jeannine Davis-Kimball à la frontière entre la Russie et le Kazakhstan, ont permis de mettre à jour des tombes de femmes guerrières, enterrées avec leurs armes entre 600 et 200 av. J.-C. L'une des tombes était richement garnie de nombreux objets et bijoux féminins et également de 100 pointes de flèches. Une enquête approfondie menée dans la même région a démontré l'existence d'une tradition vivace de la femme archer et cavalière émérite, leur arc étant de forme très caractéristique exactement identique à celui qui est représenté sur les céramiques antiques. Des relations génétiques ont également été prouvées entre les restes humains trouvés dans les tombes et certaines familles Mongoles dont des filles naissent parfois blondes, caractéristique particulière des Amazones, ce qui est un fait absolument unique dans ces ethnies à la chevelure uniformément noire et qui tend à prouver un mélange entre des tribus mongoles et les restes de l'ethnie des Amazones dont l'origine exacte reste encore un mystèreSource : travaux et recherches du Dr. Jeannine Davis-Kimball, paru notamment dans un reportage télévisé et sur http://www.womanthouartgod.com/daviskimball.php..

Représentations artistiques

Amazonomachie, Nicopolis d'Épire Le thème de l'Amazone apparaît couramment dans l'art grec. Elles sont représentées portant des tuniques courtes, à l'instar d'Artémis, ou encore avec des pantalons bouffants asiatiques. Souvent, un sein est dénudé. En revanche, on ne trouve aucune occurrence de sein coupé. Les jeunes femmes athlètes sont souvent représentées en Amazones. L'amazonomachie, ou combat des Grecs contre les Amazones, est également un thème populaire : il figure sur l'avers du bouclier d'Athéna Parthénos ou encore sur le trône de Zeus à Olympie. Il est souvent représenté symétriquement avec le combat des Lapithes contre les centaures, comme c'est le cas sur les métopes du Parthénon. En particulier, le combat d'Héraclès contre les Amazones est l'un des thèmes les plus populaires de la peinture sur vases attique à figures noires : on le retrouve sur près de 400 vasesThomas H. Carpenter, Les Mythes dans l'art grec, Thames & Hudson, Paris, 1998, p. 126.. Dans la sculpture monumentale, il est représenté dans les métopes du trésor des Athéniens à Delphes, du temple E de Sélinonte, du temple de Zeus à Olympie et de l'Héphaïstion d'Ahènes, ainsi que sur la frise du temple d'Apollon à Bassae. C'est en fait un combat singulier qui est dépeint : Héraclès revêtu de sa peau de lion affronte une Amazone portant la plupart du temps une armure d'hoplite, plus rarement vêtue comme un archer scythe ou comme un guerrier perse. Le combat de Thésée est également fréquent, mais celui de Bellérophon n'est pas représenté dans l'art grecCarpenter, op. cit., p. 127..

Les Amazones hors de Grèce

Au XVI siècle, les explorateurs de l'Amérique du Sud croient découvrir des peuplades similaires sur les bord du Maragnon qu'ils appellent alors le « fleuve des Amazones », « Amazone » puis l'Amazonie et sa forêt. Ils y rencontrent en effet des femmes qui combattent aussi farouchement que les hommes. Il existe d'autres traditions de femmes-guerrières en dehors des peuples des steppes d'Asie centrale, comme dans le Dahomey du roi Behanzin.

Notes

Sources

- , II, 5, 9.
- .
- , XVII, 77, 1-3
- , IV, 110-117.
- Quinte-Curce, Histoire d'Alexandre, 6, 5, 34-34.
- .

Bibliographie

- Vanna de Angelis, Ammazzoni, Piemme, 1998.
- Josine Blok, The Early Amazons: Modern and Ancient Perspectives on a Persistent Myth, Brill, 1994 (ISBN 9004100776).
- Sarah B. Pomeroy, Goddesses, Whores, Wives, and Slaves: Women in Classical Antiquity, Schocken, 1995 (ISBN 080521030X), p. 23–25.

Voir aussi

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