Bidonville

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Bidonville à Manille aux Philippines. Bidonville à Jakarta en Indonésie. Les bidonvilles sont des ensembles plus ou moins vastes d'habitats précaires, où la misère est concentrée. La qualité de l'habitat y est particulièrement pauvre, et certaines habitations sont constituées de matériaux de récupération (bidons, cartons, plastiques, tôles, …). Certains grands bidonvilles peuvent être constitués de plusieurs quartiers et s'étendre sur une très grande superf
Bidonville

Bidonville à Manille aux Philippines. Bidonville à Jakarta en Indonésie. Les bidonvilles sont des ensembles plus ou moins vastes d'habitats précaires, où la misère est concentrée. La qualité de l'habitat y est particulièrement pauvre, et certaines habitations sont constituées de matériaux de récupération (bidons, cartons, plastiques, tôles, …). Certains grands bidonvilles peuvent être constitués de plusieurs quartiers et s'étendre sur une très grande superficie. Généralement bâtis sur des terrains où leur présence est illégale ou seulement tolérée, les habitants sont soit des squatteurs, soit louent leur propriété à ceux qui les ont précédés, parfois à des tarifs exorbitants. La plupart des grands bidonvilles sont situés dans des pays en développement, mais, bien que ce soit souvent occulté, ceux-ci ont existé également dans les pays industrialisés et subsistent encore, mais de manière plus discrète.

Définition

Terminologie

Le mot « bidonville » a été employé pour la première fois en 1953 à propos du MarocPremière utilisation attestée par R. Gauthier, « Du Maroc » dans Le Monde, 9 septembre 1953, p. 4 col. 2 ; source : , portail lexical, CNRTL. pour désigner littéralement des « maisons en bidons », c'est-à-dire un ensemble d'habitations construites avec des matériaux de récupération. Ce mot a progressivement pris une signification plus large pour rejoindre les termes anglais shanty town et slum. Ce dernier a été forgé au début du , probablement par l'écrivain James Hardy Vaux pour décrire les taudis de DublinJacinta Prunty, Dublin Slums, 1800-1925: A Study in Urban Geography, Irish Academic Press, Dublin, 1998, 364 p. . Plus précisément, le terme serait issu de Vocabulary of the Flash language, mais signifiait davantage « racket » ou « commerce criminel » à l'époque ; shanty town signifie littéralement « quartier/ville de taudis ». D'autres noms existent, propres à chaque langue, voire à chaque pays ou chaque ville. On trouve ainsi les « bidonvilles » dans les pays francophones, les geçekondus en Turquie, les favelas au Brésil, Jhugi ou Bustee en Inde, Kachi abadi au Pakistan, Kijiji ou Korogocho au Kenya, Mudduku au Sri Lanka, Imijondolo en Afrique du Sud, Bairro de Lata au Portugal, Lušnynai en Lituanie ou encore Kartonsko naselje en Serbie. Dans les pays hispanophones, on trouve Barrio en République dominicaine et au Venezuela, Asentamientos au Guatemala, Cantegriles en Uruguay, Ciudades perdidas ou Colonias au Mexique, Invasiones en Équateur et Colombie, Poblaciones Callampas, Poblas or Campamentos au Chili, Chacarita au Paraguay, Chabolas en Espagne, Pueblos jóvenes ou Barriadas au Pérou, Villas miseria en Argentine ou Precario au Costa Rica.

Définitions successives

Les premières définitions des bidonvilles remontent au , en particulier sous l'impulsion du chercheur et philanthrope britannique Charles Booth, auteur de Life and Labour of the People of London. Le bidonville y est vu comme « un amalgame de conditions de logement sordides, de surpeuplement, de maladie, de pauvreté et de vice »Mike Davis (trad. Jacques Mailhos), Planet of Slums , La Découverte, Paris, 2006 , chap. 2, « La prédominance des bidonvilles », pp. 23-52., incluant ainsi une dimension morale. Dans The slums of Baltimore, Chicago, New York and Philadelphia de 1894, les slums sont définis comme des « zones de ruelles sales, notamment lorsqu'elles sont habitées par une population de misérables et de criminels »Carroll D. Wright, The slums of Baltimore, Chicago, New York, and Philadelphia, Special report of the Commissioner of Labor, Negro Universities Press, 1894 (réed. 1969) .. Cette dimension morale va diminuer au cours du , en réalisant que les habitants des bidonvilles sont plus souvent victimes que générateurs de la criminalité. Il n'y pas actuellement de « définition universelle » des bidonvilles. Chaque pays, voire chaque ville utilise une définition différente, avec des critères adaptés à la situation locale. Une définition très simple telle que proposée par l'UN-Habitat est : « Une zone urbaine très densément peuplée, caractérisée par un habitat inférieur aux normes et misérable. »Traduction de l'anglais : « a heavily populated urban area characterized by substandard housing and squalor ». Source : The Merriam-Webster Dictionary, 1994, Merriam-Webster Inc., cité par UN-Habitat, The Challenge of slums, op. cit., p.8) Cette définition inclut les éléments de base de la plupart des bidonvilles : surpeuplement, habitat de mauvaise qualité, et pauvreté. Mais face aux diverses définitions générales, l'UN-Habitat a eu besoin d'une définition opérationnelle, utilisable par exemple pour recenser le nombre d'habitants des bidonvilles ; elle a donc recensé les caractéristiques communes des bidonvilles, d'après les définitions existantes UN-HABITAT, The Challenge of Slums, Global Report on Human Settlements 2003, United Nations Human Settlements Programme, Earthscan Publications, Londres, 2003 ou , partie I « Sharpening the global development agenda », pp. 1-16. :
- Manque des services de base : principalement l'accès à l'eau potable et l'assainissement (toilettes et latrines), mais aussi électricité, gestion des déchets, éclairage et pavage des rues...
- Habitat non conforme aux normes : non seulement les habitations peuvent ne pas être conformes aux normes municipales et nationales de construction (mauvais matériaux de construction), mais elles peuvent se situer à un emplacement illégal.
- Surpeuplement / hautes densités : les maisons peuvent être occupées par plusieurs familles ; plusieurs personnes peuvent partager la même pièce pour dormir, manger, voire travailler.
- Conditions de vie malsaines et / ou dangereuses : l'absence d'assainissement entraine une plus grande propagation de maladies ; les maisons sont parfois bâties sur des terrains inondables, pollués ou sujets aux glissements de terrain.
- Précarité du logement : cette caractéristique est souvent centrale. Elle prend en compte le fait que les occupants des bidonvilles n'ont souvent pas de contrat de location ou de titre de propriété, et que certains quartiers soient construits sur des zones à l'origine non habitables.
- Pauvreté et exclusion sociale : sans être une caractéristique inhérente aux bidonvilles (les pauvres habitent aussi en-dehors des bidonvilles, et ceux-ci n'abritent pas que des pauvres), la pauvreté en est une cause et souvent une conséquence.
- Taille minimale : pour qu'une zone soit considérée comme un bidonville, elle doit comporter plus d'habitations qu'un simple campement. Les seuils courants sont de l'ordre de 700 m² (Calcutta) ou 300 personnes / 60 foyers (législation fédérale indienne). Afin de pouvoir effectuer un recensement global, l'UN-Habitat a ainsi retenu une définition opérationnelle, adoptée officiellement au sommet des Nations unies de Nairobi en 2002. Elle s'en tient aux dimensions physiques et légales des implantations, et laisse de côté les dimensions sociales, plus difficile à quantifier. Les critères retenus sont : « l'accès inadéquat à l'eau potable, l'accès inadéquat à l'assainissement et aux autres infrastructures, la mauvaise qualité des logements, le surpeuplement, et le statut précaire de la résidence. » Un « bidonville », au sens des Nations unies, est donc une zone urbaine présentant certains de ces aspects. Des seuils ont été définis, comme 20 litres d'eau potable par jour et par personne provenant d'une source « améliorée », ou une surface minimale de 5 m² par personne ; sur le terrain, ces seuils sont toutefois adaptés à la situation.

Généralités

Bidonville à Delhi (en 1973) Selon un , du Worldwatch institute (ONG, organisme de recherche indépendante), alors que la part de l'argent consacrée au logement ou au loyer ne cesse d'augmenter, plus de la moitié des 1, 1 milliard de personnes censées s’ajouter à la population mondiale d’ici 2030 (environ 70 millions de terriens supplémentaires par an pour les années 2000) pourrait vivre dans des bidonvilles si l'on ne reconsidère pas les priorités de développement global. Selon un rapport des Nations unies de juin 2006, près d'un citadin sur trois habite déjà dans un bidonville« 1, 4 milliard de personnes habiteront dans des bidonvilles en 2020 » dans Le Monde, 16/06/2006, . En Afrique, la croissance de ces quartiers précaires atteint 4, 5 % par an« 1, 4 milliard de personnes habiteront dans des bidonvilles en 2020 ». Dans les pays développés, 6, 4 % de la population totale vit dans des bidonvilles ou des taudis« Bidonvilles : chiffres et images » dans Le Monde du 07/04/2005, .

Description

La majeure partie des bidonvilles, en tous cas à leur début, sont dépourvus de toute infrastructure (électrification, écoulement des eaux usées, ramassage des ordures… mais aussi écoles, postes de santé, ...). La pauvreté, la promiscuité, le manque d'hygiène et la présence de bouillons de culture réunissent les conditions de développement de foyers infectieux, pouvant être source de pandémies futures. De nombreuses associations agissent pour améliorer cette situation et parfois des États, en rendant légale l'occupation des sols, ont investi dans l'infrastructure. Cependant, dans la majeure partie des pays du monde, la « résorption des bidonvilles » a consisté à repousser toujours plus loin du centre ville les familles et groupes habitant ces bidonvilles. En dispersant ainsi les personnes, les réseaux de survie, fondés sur les relations entre les gens, se trouvent cassés, rendant plus aléatoire encore la possibilité de se sortir de cette situation. Dans les pays en développement, la plupart des bidonvilles sont situés en périphérie, mais les habitants cherchent cependant à se rapprocher le plus possible de lieux où ils pourraient trouver du travail.

Situation actuelle

Proportion de la population urbaine de chaque pays vivant dans des bidonvilles, d'après les définitions et les recherches de l'UN-HabitatUn-Habitat, Observatoire urbain mondial, estimations de 2001 :

Bidonvilles par pays

Township de Soweto, Afrique du Sud
- En Afrique du Sud, les Townships se distinguent des bidonvilles proprement dits. Les premiers sont construits en durs et ont une existence légale, souvent planifiée par les architectes de la ségrégation raciale puis de l'apartheid, tandis que les seconds sont des constructions illégales. Les townships d'Afrique du Sud regroupent les habitants de couleurs, principalement les noirs et peuvent compter jusqu'à près de deux millions d'habitants à l'instar de Soweto près de Johannesburg. On peut citer parmi les plus célèbres townships ceux de Mamelodi près de Pretoria, de Kayelitsha près du Cap, d'Alexandria près de Johannesburg ou encore de Sharpeville.
- En Namibie, le Township le plus important est celui de Katutura.
- Au Brésil, les favelas sont secouées par la violence des gangs et des narcotrafiquants.
-En Argentine, les villas miserias sont faites avec des matériaux de bord moyennement solides où se retrouvent les classes les plus pauvres et la classe moyenne basse.
- Au Venezuela, les bidonvilles se nomment les barrios.
- Au Maroc, les bidonvilles sont nommés Karyane en arabe dialectal.

Townships britanniques

Au Canada, en Australie, aux États-Unis, comme dans les autres terres colonisées par la Grande-Bretagne, le terme historique de township est perçu comme un campement de colons organisé sous le système cantonal de partage des terres. Le terme historique de township est cependant resté et est aujourd'hui associé aux villes et villages bâtis sur les campements d'origine.

Bidonvilles français

Après la Seconde Guerre mondiale, du fait de la destruction de certaines cités, du niveau de pauvreté, de l'exode rural et de la venue de main d'œuvre étrangère, se pose un problème crucial de logement pour les sans abris. Les bidonvilles de Nanterre (situé à l'emplacement actuel de la préfecture des Hauts-de-seine) et de Noisy-le-Grand furent les plus notoires en périphérie de Paris. Il faudra attendre presque la moitié des années 1970 pour que la politique de résorption des bidonvilles impulsée par le premier ministre Jacques Chaban-Delmas porte totalement ses fruits et que ces bidonvilles disparaissent avec le relogement des familles qui y vivaient. L'abbé Pierre sera un de ceux qui porteront assistance aux habitants des bidonvilles, surtout pendant l'hiver 1954 qui fut particulièrement froid. Dans les années 1960, de nombreux immigrés portugais constituèrent le bidonville de Champigny-sur-Marne qui compta jusqu’à habitants. Au début du , en France, perdurent de micro-bidonvilles, généralement cachés à la vue, le long de voies de communication ou dans des friches industrielles :
- depuis des dizaines d'années, des ouvriers saisonniers agricoles vivent dans un bidonville à Berre-l'Étang(Bouches-du-Rhône) sans électricité ni sans eau courante, mais avec des sanitaires installés par la Fondation Abbé Pierre, Toilettes du monde et les Compagnons batisseursÀ Berre, 34 années de gourbi temporaire, Michel Henry, Libération, 20 février 2007 ;
- le bidonville de Cassis, où résidaient 93 Tunisiens, a été démoli en 2005 ;
- dans les bois aux alentours de Paris (bois de Vincennes, bois de Boulogne), on dénombre en 2007 environ 200 personnes habitant dans des abris de fortune « en dur », la plupart du temps isolés (afin d'être le moins visible possible) mais parfois en petits groupesInvisibles et relégués dans le bois de Vincenne, T.S., Libération, 20 février 2007.
- Fin 2006, un bidonville habité par des immigrants de Bulgarie réunit plusieurs centaines de personnes à la marge de Pantin, près du canal de l'Ourcq.

Voir aussi

Bibliographie

- UN-HABITAT, The Challenge of Slums, Global Report on Human Settlements 2003, United Nations Human Settlements Programme, Earthscan Publications, Londres, 2003 ou , 341 p. .
- UN-HABITAT, The State of the World's Cities: The Millennium Development Goals and Urban Sustainability, Earthscan Publications, Londres, 2006 , 224 p.
- Mike Davis (trad. Jacques Mailhos), Planet of Slums , La Découverte, Paris, 2006

Notes et références

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Sujets connexes
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