Insula

Infos
Ruine de l'Insula sotto Santa Maria in Aracoeli, in Campidoglio L’insula est le nom donné à l'un des types de logement de la Rome antique. L’habitat à Rome se divise principalement en deux grandes catégories :
- Les membres des familles appartenant aux milieux dominants possèdent de belles propriétés, les domus, plus ou moins grandes et luxueuses en fonction de leur fortune, qui doivent refléter le statut social et la dignitas de leur propriétair
Insula

Ruine de l'Insula sotto Santa Maria in Aracoeli, in Campidoglio L’insula est le nom donné à l'un des types de logement de la Rome antique. L’habitat à Rome se divise principalement en deux grandes catégories :
- Les membres des familles appartenant aux milieux dominants possèdent de belles propriétés, les domus, plus ou moins grandes et luxueuses en fonction de leur fortune, qui doivent refléter le statut social et la dignitas de leur propriétaire. Ces domus ne regroupent qu’une seule cellule familiale dirigée par un pater familias.
- Quant à la seconde grande catégorie d’habitat, l’insula, il s'agit d'une maison à plusieurs étages conçue pour loger plus modestement de nombreuses familles sur de petites superficies.

Histoire

Les insulae sont des structures d'habitation qui apparaîssent à la fin du II e siècle, inspirées par les hautes maisons de Carthage qui atteignaient jusqu’à six étages. Elles se multiplient durant toute la fin de la période Républicaine pour devenir une caractéristique du centre urbain de Rome au début de l’Empire.

L'apparition de ces bâtiments

La multiplication du nombre d'insulae dans Rome est due, en premier lieu, à l’augmentation de la population romaine. Le nombre d’habitants de Rome a en effet été en constante augmentation durant les premiers siècles de l'histoire de la ville, d’une part parce que le taux d’accroissement de la population était exponentiel, d’autre part en raison de phénomènes politiques et économiques comme par exemple les lois frumentaires du IIe s avant J.C, la naturalisation de l’Italie ou encore la pax romana instaurée par Auguste, et l’extension de l’empire, qui ont entraîné une hausse de l’immigration. Ce surcroît de population, s'est peu à peu concentré dans le centre urbain de la capitale, et il a fallu loger les nouveaux venus toujours plus nombreux. D'autre part, si l’on admet que la cité s’étendait sur une superficie de 2000 hectares, au début de l’Empire, il s'agit d'une surface insuffisante pour loger une population estimée à 1, 2 millions d'habitants, d'autant plus que tous les secteurs n’étaient pas propres à la construction d'habitations. Il faut en effet exclure en grande majorité tous les lieux réservés aux édifices publics, notamment le forum, la zone comprise dans le lit du Tibre, trop marécageuse pour être aménagée, toutes les zones de jardins, le Champ de Mars dont les 200 ha sont inconstructibles (en tout cas pour tout ce qui concerne l’habitat) par respect pour les dieux. Il faut aussi tenir compte du fait qu'à partir de l’époque augustéenne, la colline du Palatin devient le domaine réservé de l’empereur et de sa famille. La pression née du besoin d’espace crée donc la nécessité de trouver de nouvelles solutions. Il est important de signaler qu'en outre, la ville ne peut se développer en largeur. Il est inutile de construire trop à distance du centre social et religieux, car les déplacements sont limités compte tenu de l’inexistence de moyens de transports efficaces.La seule possibilité est donc de construire en hauteur. Vue l’importance de la ville et l’extrême densité de la population, il est nécessaire que l’on multiplie en nombre incalculable les logements. Comme des logements à seul rez-de-chaussée ne sauraient accueillir une telle masse de population dans la ville, force a été, eu égard à cette situation, de recourir à des constructions en hauteur.VitruveDe architectura, 2, 8, 17 résume clairement cette situation A Rome, sous Constantin I, on compte 46 000 Insulae pour 2000 domusHabitation, Lexique d'Histoire et de civilisation romaines, Jean Luc Lamboley .

Insula, un terme, de multiples significations

Le sens du mot insula a connu plusieurs évolutions avant de désigner l'"immeuble d’habitation". De l'étymologie "île" (au milieu de l’eau), on passe à la notion de "parcelle de terrain isolée par des rues" (vici) puis au sens plus précis de "propriété foncière avec des habitations collectives" (par analogie au nom du terrain). Une insula est donc un immeuble d’habitation collectif, apparu tôt dans l’urbanisme de Rome et qui s’y est largement développé. Dans de nombreux ouvrages, l’insula est un édifice ou un groupe d’édifices délimité par une voie (ambitus) permettant d’en faire le tour. Varron, De lingua latina V, 22 À cette signification viennent s’en ajouter d’autres ce qui prouve la polysémantique du terme.
- A la fin de la République, pour Cicéron, insula a toujours le sens de propriété immobilière que l’on peut louer ou vendre, l’un de ses amis, M. Caelius Rufus habitait dans une insula entendue au sens de "bâtiment divisé en appartements de location".
- À partir de la moitié du , la notion d’insula prend le sens d’un édifice divisé en appartements à louer, à fins spéculatives, et mis en opposition avec le terme domus qui ne sert qu’à désigner la demeure patronale.
- Les auteurs d’époque impériale continuent d’utiliser le mot insula pour traduire deux réalités : l’îlot et l’immeuble divisé en appartements de location. Souvent, dans les cas où l'on mentionne les insulae, apparaît l'opposition canonique domus/insula L’insula est une demeure ayant perdu toutes les caractéristiques architectoniques de la domus, non seulement alors que celle-ci se développe en superficie, l’insula se développe en hauteur, mais en plus la première est destinée à une seule famille alors que la seconde est un habitat de location donc destinée à plusieurs groupes familiaux. D’autre part, alors que la domus, en raison de ses caractéristiques et de son statut seigneurial est assez isolée, l’insula ne l’est presque jamais (…)"Guido Calza
- Dans les textes de nature juridique de l’époque du Bas-Empire, le sens d’insula n’est pas équivoque : il s’agit avant tout d’une entité cadastrale, c’est-à-dire fiscaleUlpien, Corpus juris civilis XVII, 2, 52, d’un complexe immobilier d’une certaine dimension formant une propriété unique divisible en sections de taille variable pouvant être louées ou transmises par héritageLabéon (Marcus Antistius Labeo), Corpus juris civilis XIX, 2, 58; Paul Corpus juris civilis XIX, 1, 53, 2; Ulpien, Corpus juris civilis XVII 2, 52, 10. Les insulae sont des blocs architecturalement unitaires mais qui comportent des parties ou portions dont l’extension, les fonctions et la destination peuvent être assez diverses. La distinction insula/domus résulte d’autres passages des textes : Papinien Corpus juris civilis XXXII 91, 6. Les différentes parties sont louées à des locataires sous contrat (locatio conductio)Paul Corpus juris civilis XIX 1, 53. Dans tous ces cas, le terme insula ne peut donc pas correspondre à la définition d’un îlot urbain entier. Pendant tout l’Empire, les immeubles de rapport, qui comme on l’a vu peuvent être qualifiés d’insula à condition d’en garder à l’esprit les définitions spatiales et juridiques, ne cessèrent de se multiplier.

Les différents types d’insulae

Sur le plan architectural, on peut distinguer trois grandes catégories d’insulae, bien que la classification reste assez générale et qu’il existe certainement un plus grand nombre de solutions :

Les insulae à tabernae

Dans ces insulae le rez-de-chaussée est constitué de tabernae (boutiques) et les étages supérieurs sont des appartements loués de façon indépendante. C’est le modèle le plus anciennement attesté et le plus commun. Dans les tabernae, des escaliers mènent à un réduit qui sert de domicile au négociant qui n'est que très rarement propriétaire de la boutique dans laquelle il travaille. Dans tous les cas, qu’il soit travailleur libre ou esclave, le locataire de la boutique n’avait à sa disposition qu’une pièce, où toute sa famille vivait, cuisinait, mangeait et dormait. Ces mezzanines n’offraient que peu d’intimité et aucun confort, l’espace dont disposaient ses habitants était extrêmement réduit. Une insula de ce genre comporte souvent autant d'entrées que d’unités d’habitation à l’intérieur. On trouve donc en général deux ou trois portes desservant le premier second et troisième étage.

Les insulae sans Tabernae

Le second type de bâtiment est représenté par les insulae entièrement constituées d’appartements à louer. Ce genre d’insulae était beaucoup moins répandu, car les boutiques étaient indispensables à l'économie de la ville. Dans ce cas, Le rez-de-chaussée n’est plus réservé aux boutiques mais à des locations privées, ce qui explique que les premières fenêtres soient placées à deux mètres du sol : c’était le seul moyen de préserver l’intimité de ses occupants. Le rez-de-chaussée des immeuble de ce genre était souvent luxueux et occupé par un unique propriétaire. Seuls les personnages riches pouvaient se permettre ce type de location dont le prix pouvait atteindre jusqu'à sesterces par an. Ces appartements avaient le prestige et les avantages d’une maison seigneuriale, et ils sont d’ailleurs désignés sous le nom de domus en opposition aux cenaculae des étages supérieurs.

Les insulae à portique

Le dernier type d’insula tire sa particularité du fait qu’il est ceint d’un portique. Ce modèle de construction n'est apparu qu'après l’incendie de Rome sous Néron (64). Le but de ces portiques était, si l'on en croit Suétone, de limiter la propagation des feuxSuétone, Néron, 16. Cet appendice qui se greffe sur les façades protégeait les piétons qui faisaient leurs achats dans les tabernae d’éventuelles chutes d’objets, et il constituait une base solide pour la construction de terrasses (solaria). Vues de l’extérieur, toutes ces insulae présentaient une ressemblance : les étages étaient généralement distribués de manière symétrique, des escaliers permettant d’accéder aux étages supérieurs. Dans beaucoup d'édifices, l'accès aux étages les plus élevés se faisait par le biais d’échelles que l’insularius (le gérant de l'immeuble) avait la possibilité de retirer si le locataire ne payait pas son loyer. Les appartements donnant sur les rues les plus larges étaient pourvus de loggias (pergulae) ou de balcons de bois(maenianae), dont on retrouve parfois les poutrelles de soutien encastrées dans les murs. Il arrivait qu’ils soient construits en brique, et reposent sur une série de voûtes en berceau soutenues par de grandes poutres de travertin.

Voir aussi

===
Sujets connexes
Bas-Empire   Champ de Mars (Rome)   Cicéron   Constantin Ier (empereur romain)   Corpus juris civilis   Domus   Empire romain   Forum romain   Habitation de la Rome antique   Humiliores   Jean-Pierre Adam   Labéon   Néron   Organisation de la ville de Rome   Palatin   Papinien   Paul (juriste)   Rome   Rome antique   Sesterce   Société romaine   Suétone   Tibre   Ulpien   Varron   Vitruve  
#
Accident de Beaune   Amélie Mauresmo   Anisocytose   C3H6O   CA Paris   Carole Richert   Catherinettes   Chaleur massique   Championnat de Tunisie de football D2   Classement mondial des entreprises leader par secteur   Col du Bonhomme (Vosges)   De viris illustribus (Lhomond)   Dolcett   EGP  
^