Deuxième République (France)

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La Deuxième République ou Seconde République est la forme de gouvernement de la France du 24 février 1848 (proclamation provisoire de la République à Paris) au 2 décembre 1851 (coup d'État de Louis-Napoléon Bonaparte). Elle fait suite à la Monarchie de Juillet et est remplacée par le Second Empire. La Deuxième République est un régime original dans l'histoire de France d'abord par sa brièveté, ensuite car c'est le dernier régime à avoir été
Deuxième République (France)

La Deuxième République ou Seconde République est la forme de gouvernement de la France du 24 février 1848 (proclamation provisoire de la République à Paris) au 2 décembre 1851 (coup d'État de Louis-Napoléon Bonaparte). Elle fait suite à la Monarchie de Juillet et est remplacée par le Second Empire. La Deuxième République est un régime original dans l'histoire de France d'abord par sa brièveté, ensuite car c'est le dernier régime à avoir été institué à la suite d'une révolution. C'est enfin le régime qui définitivement a instauré le suffrage universel masculin en France et aboli l'esclavage dans les colonies françaises.

Une République inattendue

La crise économique, due aux mauvaises récoltes de 1845 et 1846 et à la déficience des moyens de transports pour acheminer des secours, provoque une hausse des prix alimentaires avec son cortège de misère urbaine et d'émeutes rurales (Buzançais en 1847). Par contre, la bonne récolte de 1847 fait baisser les prix, ce qui gêne les gros producteurs céréaliers comme les petits, qui ont du mal à écouler leur production. L'exode rural s'amplifie. De plus, le monde rural (75% de la population) réduit sa consommation de produits artisanaux, et industriels. Une crise économique secoue ce secteur qui s'est fortement développé depuis 1840. Le chômage urbain augmente, la mendicité aussi. Les Français vivent alors une crise profonde et manifestent leur mécontentement contre le régime de la "Monarchie de Juillet". Le système politique est bloqué par le refus, du roi Louis-Philippe Ier et de son principal ministre François Guizot, d'étendre le nombre de bénéficiaires du régime censitaire. En 1848, il n'y a que 241000 électeurs pour près de 35, 5 millions d'habitants. Une grande partie de la population urbaine (libéraux, commerçants, fonctionnaires...), qui n'atteint pas le seuil fatidique de 200 francs de contributions, souhaite accéder à la vie politique nationale, ce que le gouvernement lui dénie. Grâce à sa lutte contre les idées républicaines et à la pratique de la candidature officielle et de la corruption électorale, le gouvernement dispose d'une confortable majorité à la chambre des députés. Pour éviter l'explosion politique, et prenant exemple sur l'évolution graduelle du cens en Angleterre, les monarchistes de l'"opposition dynastique" organisent, partout en province, une campagne de banquets par laquelle ils tentent de convaincre Guizot d'élargir les conditions d'accès au vote. Le premier banquet a lieu à Paris le 9 juillet 1847 avec 1300 personnes, dont 85 députés. Les partisans du journal républicain modéré Le National se joignent assez rapidement à cette campagne. Le 22 février 1848, l'interdiction d'un nouveau banquet à Paris provoque une manifestation lors de laquelle des protestataires sont tués par l'armée. Des barricades sont alors édifiées dans la ville de Paris. Barricade à Paris en février 1848, par Horace Vernet Le roi Louis-Philippe Ier refuse de voir verser le sang pour réprimer les insurgés parisiens ; il abdique en faveur de son petit-fils comte de Paris. Mais les députés refusent de soutenir une régence de la duchesse d'Orléans et mère du roi désigné ainsi. Les députés républicains, regroupés autour du journal Le National, créent un Gouvernement provisoire mais, sous la pression des insurgés parisiens, ils doivent accepter de se voir compléter par des "socialistes" proches du journal La Réforme. Le 24 février, le gouvernement proclame la République à titre provisoire, en attendant l'acceptation du fait par la province.

L'impossible République sociale

Le 24 février, c'est quasiment par surprise que les républicains accèdent au pouvoir, grâce à l'insurrection parisienne. Ces "républicains de la veille" sont divisés. La plupart sont des modérés (Lamartine, François Arago) qui se contentent de réformes politiques. Le 25 février ils rétablissent le suffrage universel masculin (aboli depuis 1795 par les notables). Ils mettent en oeuvre les "principes de 1789", comme la liberté individuelle, ainsi le 27 avril un décret met définitivement fin à l'esclavage dans les colonies françaises. Héritiers de cette Grande Révolution (celle de 1789), ils souhaitent que les peuples puissent librement choisir leur destin et ils sont partisans que la République soutienne les Polonais et les Italiens insurgés contre leurs souverains, ou les Autrichiens, mais certains, comme Lamartine, prônent la prudence en ce domaine. D'autres républicains sont partisans de réformes sociale (Louis Blanc). Pour eux l'État doit se doter de moyens de lutter contre le chômage. Ils obtiennnent, difficilement, le 27 février la création des ateliers nationaux. Faute d'obtenir la création d'un ministère du travail, ils s'investissent dans les réunions de la Commission du Luxembourg, où on réfléchit à une nouvelle organistion du travail en vue d'améliorer le sort des classes "populaires". Sous leur pression, le 2 mars, le gouvernement diminue d'une heure la durée de la journée de travail qui est désormais de dix heures à Paris contre onze en province. Ces républicains authentiques voient leurs adversaires politiques de la veille devenir des "républicains du lendemain". De nombreux notables légitimistes, heureux de l'éviction de Louis-Philippe, et même des orléanistes se rallient à la République. Le suffrage universel leur paraît un moyen pour reconquérir le pouvoir, puisque le contrôle économique qu'ils exercent sur nombre de ruraux, leur permet de faire pression sur les électeurs. Ils sont les défenseurs des libertés, en particulier religieuses. Ils sont horrifiés par les projets d'Hippolyte Carnot qui visent à laïciser l'enseignement. Pour eux, l'Église catholique doit contrôler la formation des jeunes Français. Ils refusent les réformes sociales et sont scandalisés de l'existence des ateliers nationaux où l'État paie d'anciens chômeurs qui ne font pas grand'chose d'utile, pour la plupart. L'unanimisme "républicain" est de mise pendant quelques semaines: les curés bénissent les "arbres de la Liberté" qui sont plantés dans de nombreuse communes; c'est l'illusion de l'avènement d'une "ère nouvelle", celle de la fraternité universelle. La situation change avec les élections du 23 avril 1848 pour former l'Assemblée constituante qui doit poser les bases d'un nouveau régime politique. Les républicains avancés, conscients du contrôle des ruraux par les notables, redoutent les résultats du suffrage universel. Afin d'avoir le temps de développer leur propagande en province, ils tentent d'obtenir un report de la date des élections. Mais le 16 avril 1848, le ministre de l'Intérieur, le républicain Ledru-Rollin brise militairement une manifestation organisée pour demander un second report. La nouvelle assemblée est dominée par les républicains modérés (environ 500). Mais les monarchistes, qui vont former le parti de l'Ordre, sont 200. Les républicains radicaux totalisent environ 100 députés. Les socialistes disparaissent de l'Assemblée (seul Armand Barbès est élu). Dominée de fait par les conservateurs l'assemblée élimine les socialistes du nouveau gouvernement qu'elle élit (Commission exécutive). Puis profitant de l'échec d'une manifestation républicaine organisée pour la défense des Polonais insurgés, elle fait emprisonner les chefs républicains radicaux (Blanqui, Raspail...). Elle peut alors attaquer l'existence des ateliers nationaux qui sont fermés le 21 juin. Une partie du Paris populaire entre en insurrection le 22. Ce sont les Journées de Juin 1848, qui durent jusqu'au 28 juin. L'armée, commandée par le général républicain Cavaignac, réprime durement les insurgés. Une fois vainqueurs, républicains modérés et monarchistes dispersent les ouvriers des ateliers nationaux (le 3 juillet), augmentent d'une heure la journée de travail et font déporter en Algérie, sans jugement, près de 4350 insurgés. La majorité républicaine (aiguillonnée par les monarchistes) renonce à la République sociale. De plus, l'Église catholique, en se rangeant, à quelques exceptions près (Frédéric Ozanam, Armand de Melun...), dans le camp de la réaction, se coupe du monde ouvrier (qui lui était assez favorable au printemps).

L'impossible République conservatrice

Louis-Napoléon Bonaparte, président de la République L'hypothèque d'une république sociale étant brutalement levée, la majorité de l'Assemblée (républicains modérés et monarchistes) soutient le gouvernement du général Cavaignac, républicain mais conservateur et autoritaire. Il annule les mesures sociales prises au printemps 1848, il limite drastiquement la liberté d'expression (loi sur la presse et censure des théâtres). L'Assemblée, où depuis le 17 mai une commission élabore le texte d'une Constitution, vote celui-ci le 4 novembre. A côté d'un président de la République, chef de l'Exécutif, élu pour quatre ans au suffrage universel masculin et non rééligible immédiatement, siège une Assemblée législative élue pour trois ans au suffrage universel toujours masculin, qui vote les lois et contrôle le gouvernement. Rien n'est prévu pour régler pacifiquement un possible conflit persistant entre le président et l'assemblée. Pendant l'été 1848, les élections municipales du 3 juillet, et cantonales des 27 août et 3 septembre, montrent une évolution de l'électorat. Mécontents de la baisse des prix, liée à une bonne récolte, ulcérés des moyens militaires utilisés pour percevoir "l'impôt des 45 centimes", les ruraux désavouent la République. Plus de trente-cinq mille maires et adjoints élus (sur soixante-cinq mille) occupaient déjà ces fonctions sous la Monarchie de Juilllet. Les élections législatives des 17 et 18 septembre confirment l'évolution: dans treize départements, sur dix-sept députés élus, quinze sont monarchistes. L'automne est occupé par la préparation de l'élection présidentielle prévue pour le 20 décembre 1848. Les républicains se partagent entre plusieurs candidatures (Cavaignac, Lamartine, Ledru-Rollin). Les socialistes présentent Raspail qui est emprisonné depuis le 15 mai. Le "Parti de l'Ordre" se range presque unanimement derrière Louis-Napoléon Bonaparte. Le résultat est sans appel: Bonaparte obtient plus de soixante-quinze pour cent des suffrages exprimés, Cavaignac, arrivé second, n'ayant que dix-neuf pour cent des voix. Il est évident alors que l'assemblée élue en avril n'est plus représentative de l'électorat. Le président nomme Odilon Barrot à la tête d'un gouvernement à forte coloration monarchiste. Ils vont oeuvrer pour affaiblir le camp républicain en vue des élections législatives que l'Assemblée (à majorité républicaine) est contrainte, le 29 janvier, sous la pression militaire, d'accepter pour le 13 mai 1849. Les voix des républicains démocrates-socialistes en mai 1849 Le ministre de I'Intérieur, Léon Faucher, obtient difficilement le 24 mars l'interdiction des clubs politiques. L'expression publique des républicains démocrates-socialistes regroupés dans "La Solidarité républicaine" créée par Ledru-Rollin est ainsi rendue plus difficile. L'administration préfectorale est épurée de ses élements républicains (souvent remplacés par des bonapartistes). Pour conforter son électorat conservateur et catholique, le ministre de l'Instruction publique, le comte de Falloux, met en chantier une réorganisation complète du système d'enseignement, qu'il veut placer sous le contrôle de l'Église catholique. Le gouvernement arrive également à convaincre l'Assemblée que la France doit intervenir à Rome, pour soutenir le pape Pie IX en difficulté (désir des catholiques) ou pour soutenir la république romaine menacée par une intervention autrichienne (espoirs des républicains). Si le parti de l'Ordre gagne ces élections (53 % des voix, 64% des élus), les démocrates-socialistes progressent (25 % des voix) alors que les républicains modérés sont laminés (11 % des voix). Au grand effroi des conservateurs qui voient l'avancée du "spectre des rouges", la France se divise politiquement, et ce pour plus d'un siècle. La reprise des hostilités contre la République romaine permet au gouvernement de se débarrasser des chefs républicains qui s'y opposent après le fiasco de leur manifestation du 13 juin 1849 (34 députés sont suspendus de leur mandat, la plupart sont en fuite vers l'exil). Cependant, le 30 octobre, Louis-Napoléon Bonaparte renvoie le gouvernement Barrot et forme un ministère de partisans. Menant à bien l'épuration de l'administration et obtenant le vote de la loi Falloux, le ministère se heurte à une résistance politique de l'opinion républicaine. Elle se manifeste avec détermination aux élections législatives complémentaires du 10 mars et du 28 avril 1850. Les républicains parviennent à faire élire vingt-et-un des leurs pour remplacer trente-et-un de leurs chefs déchus de leur mandat par la "Haute Cour". Pour en finir, l'Assemblée et le gouvernement mènent une politique réactionnaire. La loi électorale du 31 mai 1850 s'attaque au suffrage universel et prive de droits de vote un tiers de l'électorat (surtout les "classes populaires"). Une nouvelle réduit encore la liberté d'expression dans la presse (16 juillet 1850). Les républicains se scindent: la majorité opte pour une action légale, la minorité (soutenue par les chefs en exil) préconise l'action de sociétés secrètes (particulièrement nombreuses dans la vallée rhodanienne). Ayant jugulé l'opposition républicaine, le parti de l'Ordre prépare l'avenir et tente la fusion monarchique entre légitimistes et orléanistes en vue de rétablir la monarchie. C'est un échec devant l'intransigeance du Comte de Chambord (légitimiste) qui exige une monarchie absolue. Bonaparte, lui, tente d'obtenir de l'assemblée une révision de la constitution qui lui permettrait de se représenter en 1852. Malgré des visites organisées en province (Bourgogne et Normandie pendant l'été 1850, de nouveau en Bourgogne en juin 1851) où ses promesses s'adaptent à son auditoire, malgré les vœux émis par les conseils généraux des départements, chapitrés par les préfets, il ne parvient pas à convaincre l'assemblée qui refuse la révision le 19 juillet 1851. Il ne lui reste plus que la solution du coup d'État. Dès le 20 août, les conjurés préparent l'opération, qui doit avoir lieu fin septembre. A la suite de l'hésitation de certains conspirateurs, elle est finalement reportée au 2 décembre 1851. Le 27 octobre, un nouveau gouvernement est constitué dans ce but, le ministère de la Guerre et la Préfecture de police de Paris étant confiés à des bonapartistes. Le 2 décembre, l'armée occupe Paris et le président dissout l'Assemblée dont une partie des députés sont arrêtés, après un simulacre de résistance, rétablit le suffrage universel et convoque les électeurs à un plébiscite pour l'approbation du coup de force. La résistance républicaine en province dans le Centre, le Sud-Ouest, en Languedoc et dans le Var ne parvient pas à sauver la République. L'état de siège, les pressions sur les fonctionnaires transformés en agents électoraux, l'appel de l'Église catholique à voter oui, etc., poussent les électeurs à condamner la République les 21 et 22 décembre 1851 : par quatre-vingt-douze pour cent des soixante-douze pour cent d'inscrits ayant exprimé leurs voix, les Français confient à Louis-Napoléon Bonaparte le droit de modifier la Constitution de 1848. Le 7 novembre 1852, l'empire est rétabli par sénatus-consulte.

Sources

- Georges Duveau, 1848, Gallimard, collection Idées.
- Inès Murat, La Deuxième République, Fayard, 1987
- Philippe Vigier, La Seconde République, PUF, collection Que Sais-Je?

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