Vérité

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abstraction personnifiée, toile de Jules Joseph Lefebvre. La vérité (du latin veritas) est un terme de philosophie qui exprime la qualité de ce qui est vrai. C'est la conformité de l'idée avec son objet; de ce que l'on dit avec ce qui est ou ce que l'on pense réellement. La diversité des interprétations du mot a constitué dans le passé et jusqu'à maintenant, bien des controverses. Et les réflexions de penseurs et de philosophes au cours des siècles constituent autant d'écoles d
Vérité

abstraction personnifiée, toile de Jules Joseph Lefebvre. La vérité (du latin veritas) est un terme de philosophie qui exprime la qualité de ce qui est vrai. C'est la conformité de l'idée avec son objet; de ce que l'on dit avec ce qui est ou ce que l'on pense réellement. La diversité des interprétations du mot a constitué dans le passé et jusqu'à maintenant, bien des controverses. Et les réflexions de penseurs et de philosophes au cours des siècles constituent autant d'écoles différentes.

Le regard des penseurs : aperçu historique

Aristote

Les sens respectifs des mots grecs άληθής , alithis, ès "vrai(e)" et Άλήθεια, Alithia, "Vérité" sont demeurés constants pendant toute l'époque classique et associés au domaine de la logique, de la géométrie et des sciences déductives en général ; aussi bien Platon recourt à ces matières comme outil pédagogique pour illustrer sa théorie des Idées censées contenir toute vérité intelligible. Aristote, sur un registre très différent, développe la logique comme moyen d'investigation du discours, utile aussi dans l'investigation du réel en ce qu'il permet d'organiser les connaissances. Ces concepts de "vrai" et de "vérité" ont aussi été associés, du côté de l'école de MiletJ.F. Revel, Histoire de la philosophie occidentale Vol I Penseurs grecs et latins chap 1 et plus tard d' Aristote encore, aux sciences d'observation - plus exactement - car dans ce contexte il n'y a pas vraiment de méthode scientifique telle que nous la concevons depuis Galilée - aux premières tentatives d'étude des phénomènes naturels - les "météores" - et des êtres vivants ; Aristote ne perdait jamais une occasion d'aller observer les poissons du lagon de Pyrrha dans l'île de Lesbos J.F. Revel Histoire de la philosophie occidentale - Vol I Penseurs grecs et latins chap. 5, p.267. Dans les deux cas, le caractère binaire et normatif de ces notions ne fait pas mystère. Dans sa Métaphysique, Aristote écrit : "dire que ce qui est n'est pas, ou que ce qui n'est pas est, est faux ; et dire que ce qui est, est, et que ce qui n'est pas n'est pas, est vrai".”.David, Marion (2005) "Correspondence Theory of Truth" in Stanford Encyclopedia of Philosophy at Des énoncés similaires se retrouvent dans Platon, par exemple le Cratyle. Dans De l'Interprétation, Aristote analyse la formation des propositions logiques, c'est-à-dire les parties du discours susceptibles d'être vraies ou fausses. Cette vérité est appelée aussi la vérité correspondance. Ce type de vérité concerne la recherche scientifique. Cette conception est fortement réaliste, car nous disons par exemple que l'énoncé "le chat est sur le tapis" est vrai parce que le chat est effectivement sur le tapis, et non l'inverse.

L'école de Mégare

Les stoïciens ont analysé méthodiquement la logique des connexions du langage courant telles que "et", "ou", et la négation des énoncés. Philon de Mégare étend la portée du conditionnelCité par W.V.O. Quine, Methodes de logique chap. 3 p. 32 ce qui permet de valider des propositions apparemment aussi ridicules que "si le Groënland est en sucre candi, alors Charlemagne est le plus grand écrivain du moyen âge"exemple donné par J.F. Pabion Logique mathématique I 1.2 p.16 Hermann ; les deux parties du conditionnel sont matériellement fausses, et pourtant la phrase a un sens, et est même vraie. Ce genre de considération a évidemment son importance pour l'utilisation des connecteurs logiques en toute généralité, y compris lorsque l'on ne sait pas si les termes du conditionnels sont vrais.

Thomas d'Aquin

Pour l' Aquinaste, veritas est adæquatio intellectus et rei : la vérité est l'adéquation de l'intellect aux choses, Thomas d'Aquin sur ce point donc sa pensée épouse parfaitement celle d'Aristote. Thomas avait en même temps une conception réaliste de l'essence des choses.

Baruch Spinoza

Dans le texte suivant tiré des Pensées métaphysiques on retrouve bien chez Spinoza le concept de vérité comme adéquation de l'idée avec l'objet : : « La première signification de Vrai et de Faux semble avoir son origine dans les récits ; et l’on a dit vrai un récit, quand le fait raconté était réellement arrivé ; faux, quand le fait raconté n’était arrivé nulle part. Plus tard, les philosophes ont employé le mot pour désigner l’accord d’une idée avec son objet ; ainsi, l’on appelle idée vraie celle qui montre une chose comme elle est en elle-même ; fausse, celle qui montre une chose autrement qu’elle n’est en réalité. Les idées ne sont pas autre chose en effet que des récits ou des histoires de la nature dans l’esprit. Et de là on en est venu à désigner de la même façon, par métaphore, des choses inertes ; ainsi, quand nous disons de l’or vrai ou de l’or faux, comme si l’or qui nous est présenté racontait quelque chose sur lui-même, ce qui est ou n’est pas en lui.»Spinoza, Pensées métaphysiques (1663) 1 partie, chap.VI, Gallimard, «La Pléiade», trad. R. Caillois.

Emmanuel Kant

Kant rattachait la question de la vérité moins à ce qui existe en dehors de l'expérience qu'à l'ordre humain. La science revenait à construire un ordre des phénomènes universel, valable pour toutes les intelligences humaines. Elle ne pouvait nous permettre d'apercevoir l'Être au-travers d'un trou dans le rideau des apparences. On comprend alors que pour Kant la question de la vérité et celle de la sincérité soient inséparables. Dans un cas comme dans l'autre, c'est la communicabilité qu'il s'agit de préserver.

Georg Wilhelm Friedrich Hegel

Hegel examine la nature paradoxale de la conscience humaine, qui voudrait une vérité entière et complète quand la plupart des individus ne peuvent généralement aller bien loin sans désaccord. Mais cet antagonisme est le moteur d'une évolution : l'esprit de l'univers croît vers de plus hauts degrés d'éveil et de conscience. Ce processus est dialectique : on passe d'une étape à une autre en dépassant les contradictions dans le cadre d'un temps historique, productif, où l'antagonisme une fois subsumé conduit à la synthèse d'où émerge une nouvelle vérité. Il faut quand même noter que dans la théorie de Hegel il y a en fait une synthèse intermédiaire au sein de l'"antithèse", entre "opposition externe" et "division interne"Hegel Logique - l'idée absolue, p 381-383 Hegel s'était aussi intéressé aux rapports de la vérité et de la justice. La justice est dite par des juges purement humains, rationnels, représentant la Cité. Ils peuvent du moins opposer la loi et les définitions du droit aux intentions considérées comme bonnes par les acteurs, à leur mauvaise foi, à la signification subjective qu'avaient pour eux leurs faits et gestes Hegel, Fondements de la Philosophie du droit.

Ludwig Wittgenstein

Pour Wittgenstein, les propositions sont bien une image des faits, mais on ne peut que montrer cette identité de structure, et pas la décrire.Ludwig Wittgenstein, Tractatus logico-philosophicus

Jürgen Habermas

Dans son œuvre, le philosophe allemand Habermas montre que la communication est inséparable d'une éthique : chacun admet que ses affirmations sont ouvertes à la réfutation rationnelle, mais n'en aspire pas moins à la vérité de ses propres énoncés, ou encore à la justesse des actions proposées, et se soumet enfin à une exigence de sincérité. La personne qui ment, dissimule ou manipule rompt par là-même la communication. Jürgen Habermas Explicitation du concept d'activité communicationnelle, 1982.

Théories formelles : la vérité dans les sciences déductives

Le rôle d' une proposition est d'exprimer une pensée ; elle contient des mots qui renvoient à des concepts, elle a une structure interne, mais en même temps elle forme un tout : dès qu'elle exprime la pensée elle l'unifie, en ce sens qu'elle appelle de la part du récepteur une option qui prend la forme d'une acceptation ou d'un refus.Jean Chauvineau La logique moderne p.7-8, P.U.F.

Le traitement des fonctions de vérité : historique

L'analyse des propositions

Sémantique et syntaxe

La vérité en philosophie des sciences

Vérité historique

Ponce Pilate - Quelle est la vérité ?, toile de Nicolas Ge « La vérité en histoire, dont on conviendra aisément qu’elle relève de l’utopie » (Maurice Sartre) La recherche de la vérité historique pose différentes questions relatives à la méthodologie historique : :
- sur la recherche et la critique des matériaux : :
- prise en compte interdisciplinaire (étendue du champ d'investigation), :
- recherche des matériaux et sources, :
- critique des matériaux et sources (fiabilité, mise en correspondance), :
- méthode d'interprétation de ces matériaux pour l'écriture de l'histoire. L'historien Marc Bloch avait une conception de l'histoire qui, selon Gérard Noiriel voir , Gérard Noiriel., reposait sur deux idées centrales : :
- le refus constant de confondre le métier d'historien et celui de " procureur ", :
- l'" éthique professionnelle ", ce qui l'amène à souligner que l'historien doit " rendre des comptes " à ses lecteurs. Toujours selon Gérard Noiriel, Marc Bloch a fourni deux grandes pistes de réflexion : :
- la correspondance entre la réalité et sa représentation ; :
- le jugement " humain " : comment comprendre des hommes ayant vécu dans un passé lointain, à partir des seules traces inertes qu'ils nous ont laissées de leur passage sur la terre ? Cette idée reprend les préoccupations de Humboldt. Il faut souligner que Marc Bloch rejetait le positivisme de l'école méthodique (Charles-Victor Langlois et Charles Seignobos). Il fut un précurseur, en diversifiant les sources de l'historien, l'étendant aux faits économiques, et s'intéressant à d'autres matériaux que les seuls documents écrits : l'archéologie, l'art, la numismatique. Marc Bloch fut à l'origine de l'école des Annales.

Bibliographie

Grands ouvrages

-Aristote, Περί Eρμηνείας
-Frege, Begriffsschrift
-Russell, An Inquiry into Meaning and Truth (1940)

Sur Wikisource

-Descartes, Recherche de la vérité par les lumières naturelles
-Spinoza, L’Éthique

Divers

-Austin, La vérité, article de John Austin
-Engel Pascal, La vérité, Réflexions sur quelques truismes, Paris, Hatier, 1998
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-Hacking, Actes de la recherche en sciences sociales Année 2002 Volume 141 Numéro 141-142 pp. 13-20

Voir aussi

Notes et références

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Sujets connexes
Allégorie (représentation)   Archéologie   Aristote   Art   Baruch Spinoza   Bertrand Russell   Charles-Victor Langlois   Charles Seignobos   Concepts éthiques   Document   Déduction logique   Erreur   Essence (philosophie)   Fiction   Friedrich Ludwig Gottlob Frege   Gérard Noiriel   Histoire   Histoire de l'économie   Historien   Humboldt   Ian Hacking   Illusion   John Austin   Jules Joseph Lefebvre   Jürgen Habermas   Langage   Logique   Ludwig Wittgenstein   Marc Bloch   Maurice Sartre   Mensonge   Méthodologie historique   Numismatique   Négation (linguistique)   Pascal Engel   Pensées métaphysiques   Philosophie   Ponce Pilate   Positivisme   Raison   René Descartes   Représentation   Réalisme   Réalité   Scepticisme (philosophie)   Science   Source (information)   Thomas d'Aquin   Tractatus logico-philosophicus   Vérité scientifique   Wittgenstein  
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