Campagne d'Italie (1796-1797)

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La campagne d’Italie est un épisode des guerres de la Révolution et de l’Empire, qui voit le jeune général Bonaparte révéler son génie militaire au cours d’une campagne où il vainc successivement cinq armées piémontaise et autrichiennes. En un an (de 1796 à 1797), il conquiert l’Italie et met tellement à mal l’empire d’Autriche que celle-ci doit abandonner non seulement l’Italie, mais aussi la rive gauche du Rhin, où elle est pourtant victorieuse. Les
Campagne d'Italie (1796-1797)

La campagne d’Italie est un épisode des guerres de la Révolution et de l’Empire, qui voit le jeune général Bonaparte révéler son génie militaire au cours d’une campagne où il vainc successivement cinq armées piémontaise et autrichiennes. En un an (de 1796 à 1797), il conquiert l’Italie et met tellement à mal l’empire d’Autriche que celle-ci doit abandonner non seulement l’Italie, mais aussi la rive gauche du Rhin, où elle est pourtant victorieuse. Les victoires de Bonaparte poussent le royaume de Piémont-Sardaigne, puis l’Autriche à se retirer de la première coalition, qui est ainsi dissoute. En 1795, le Directoire décida que les armées des généraux Jourdan et Moreau iraient combattre les Autrichiens sur le Main et le Danube, tandis que Napoléon Bonaparte, nommé général en chef de l’armée d’Italie le 2 mars 1796, attaquerait les Austro-Sardes dans la vallée du Pô. L'armée d'Italie ne devait, en fait, servir que de diversion pour que l'Autriche se mobilise en Italie. Cette armée ne devant pas être victorieuse, elle fut mal équipée et mal nourrie, et ne devait recevoir aucun renfort. Pour la distinguer de la campagne également victorieuse de 1800, menée par Bonaparte également, on l’appelle aussi première campagne d’Italie.

Le commandement de Bonaparte

Bonaparte prit son commandement de l’armée d’Italie, à Nice, le 27 mars 1796. Elle comprenait 30 000 hommes. Le propre général est reçu avec défiance par la troupe qui ne le connaît que comme l'auteur d'une fusillade contre la foule lors de l'écrasement de l'insurrection royaliste le 5 octobre 1795. Les officiers sont jaloux d'être commandés par un si jeune général. Dès son arrivée, il sut trouver les mots qui galvanisèrent les troupes mal nourries et mal vêtues de la France révolutionnaire ruinée. Commencée au col de Cadibone, qui sépare les Alpes des Apennins, pour se terminer un an plus tard à l'autre extrémité des Alpes, la campagne allait être fulgurante.

La première campagne

La principale difficulté de la campagne consistait dans la disjonction des armées piémontaise et autrichienne avec, ensemble, 70 000 hommes ; la première, commandée par Giovanni Provera et Luigi Colli, et l’autre par Pierre Nicolas Merle-Beaulieu et Argenteau. Ce but fut atteint par une manœuvre savante et inattendue : Napoléon Bonaparte fond d’abord avec toutes ses forces sur Argenteau qui commandait le centre de l’armée ennemie situé à Montenotte le 12 avril (victoire des généraux Masséna et Laharpe sur Argenteau), et le rejette sur Dego et Sassello. Pour les séparer, il culbuta l'armée adverse à la Bataille de Millesimo le 13 (victoire de Augereau sur le corps de Provera). Beaulieu, apprenant les désastres du centre, se retire avec précipitation sur Acqui. Provera est fait prisonnier à Cosseria ; les Piémontais, défaits à Montezemolo et à Mondovi le 22 avril (victoire de Bonaparte sur le baron Luigi Colli), chassés de Ceva, fuient sur la route de Turin. Ces divers combats qui durèrent six jours, eurent pour résultats la prise de quarante pièces de canon, la mise hors de combat de 12.000 Autrichiens, la possession des forteresses de Coni, de Ceva, de Tortone, d’Alexandrie : l’occupation presque totale du Piémont, évacué par les Autrichiens ; ce qui mit le roi de Sardaigne dans la nécessité de demander la paix au gouvernement de la République française. Les Sardes, effrayés, demandèrent un armistice le 26 avril (armistice de Cherasco).

La seconde campagne

Dans la campagne suivante, le général victorieux, maître de son armée, conçoit le projet de faire la conquête de la Lombardie il est si certain des suites de cette expédition qu’il écrit de Cherasco au Directoire : « Demain je marche sur Beaulieu ; je l’oblige à repasser le Pô ; je le passe immédiatement après ; je m’empare de toute la Lombardie, et, avant un mois, j’espère être sur les montagnes du Tyrol ; de là j’irai joindre l’armée du Rhin, et nous porterons de concert la guerre dans la Bavière… » Par le traité de paix conclu à Turin avec la cour de Sardaigne, le général français avait eu la précaution de se faire céder le «pont de Valence» (Las Cases cite ainsi la commune de Valenza), prévoyant que l’occupation de ce poste attirerait l’attention de l’ennemi et lui ferait prendre le change, tandis qu’il irait de son côté forcer le passage du Pô sur un autre point. Se rejetant ensuite sur les Autrichiens, Bonaparte passa le Pô vers la ville de Plaisance pour entamer la campagne contre Beaulieu en Lombardie. Le duc de Parme déposa les armes le 9 mai. De là, il marche rapidement sur Lodi : un pont long et étroit jeté sur l’Adda, qui baigne les murs de la place, est franchi malgré le feu meurtrier de la mitraille des Autrichiens qui défendaient ce passage difficile et dangereux. Napoléon repoussa les Autrichiens au pont de Lodi le 10 mai (victoire sur Beaulieu). Lodi est enlevé, et l’occupation de cette place assure à l’armée victorieuse la conquête de la haute Italie.

Objectif Mantoue

Mais le projet de porter la guerre en Allemagne par le Tyrol, qui est toujours l’idée dominante de Bonaparte ne peut s’effectuer avec sécurité tant que la forteresse redoutable de Mantoue sera au pouvoir de l’ennemi. La phase suivante de la guerre va se dérouler autour de Mantoue. Le général fait ses dispositions pour exécuter les plans qu’il a combinés, et dont la réussite lui parait si certaine qu’il écrit au directeur Carnot « Si l’action des deux armées françaises qui combattent sur le Rhin n’est point arrêtée par un armistice, il serait digne de la République d’aller signer le traité de paix avec les trois armées réunies au cœur de la Bavière ou de l’Autriche étonnée. » Cependant le Directoire, surpris autant peut-être de l’audace de son général que jaloux de ses victoires, et prévoyant la haute destinée que ses succès semblaient lui promettre, prit la détermination de ne plus le laisser seul arbitre de la guerre et de la paix : ainsi donc, tout en le félicitant sur sa conquête du Piémont, il le remerciait avec affectation d’avoir abandonné au commissaire civil, Christophe Saliceti, le soin de traiter des préliminaires pour la paix, laissant entrevoir le mécontentement que lui avaient causé les armistices qu’il s’était permis de conclure lui-même avec les généraux piémontais et le duc de Parme. Bonaparte apprit en même temps qu’on avait le projet de diviser le commandement de l’armée d’Italie entre lui et le général François Christophe Kellermann. Cette nouvelle l’affecta singulièrement. Il écrit au Directoire « J’ai fait la campagne sans consulter personne ; je n’eusse fait rien de bon s’il eût fallu me concilier avec la manière de voir d’un autre. Si vous m’imposez des entraves de toute espèce, s’il faut que je réfère de tous mes pas aux commissaires du gouvernement, s’ils ont le droit de changer mes mouvements, de m’ôter ou de m’envoyer des troupes, n’attendez plus rien de bon. Si vous affaiblissez vos moyens en partageant vos forces, si vous rompez en Italie la pensée militaire, je vous le dis avec douleur, vous aurez perdu la plus belle occasion d’imposer des lois en Italie. Chacun a sa manière de faire la guerre : le général Kellermann a plus d’expérience et la fera mieux que moi ; mais tous les deux ensemble, nous la ferons fort mal. Je sens qu’il faut beaucoup de courage pour vous écrire cette lettre ; il serait si facile de m’accuser d’ambition et d’orgueil… » mais écrivit également confidentiellement au directeur Carnot « Je crois que réunir Kellermann et moi en Italie, c’est vouloir tout perdre : je ne puis servir volontiers avec un homme qui se croit le premier général de l’Europe ; et, d’ailleurs, je crois qu’un mauvais général vaut mieux que deux bons. La guerre est comme le gouvernement, c’est une affaire de tact. » .

La prise de Milan

Sur ces entrefaites, André Masséna s’empare de Milan, et Bonaparte y fait son entrée solennelle le lendemain ; et ce jour même, est signé à Paris, un traité de paix par lequel le Duché de Savoie, Tende, le comté de Nice et autres places, sont enlevées au roi de Sardaigne et passent sous la domination de la France. Peu de jours après, le Directoire, cédant aux raisons et aux instances de Bonaparte, lui abandonne sans partage la conduite des affaires d’Italie. De ce moment date la haute influence que cet homme extraordinaire va exercer sur les affaires, tant civiles que militaires de Milan, qu’il occupe en souverain. Il poursuit l’exécution des clauses qui sont convenues avec le Piémont, conclut des traités avec Rome, Naples et le duché de Parme ; il comprime en personne les mouvements de la Lombardie, qui vient de se révolter et il contient dans leur neutralité les états de Gênes et de Venise. Il sait bien que ces républiques sont fort mal disposées pour la France, mais il juge sagement que le temps de les faire s’expliquer plus ouvertement n’est pas encore venu. Enfin, le château de Milan, qui avait résisté jusque-là, tombe dans les mains françaises, et le vainqueur en tire 150 pièces de canon qu’il fait diriger sur Mantoue. D’autres équipages de siège pris à Bologne, Ferrare, le fort d'Urbin, sont conduits par ses ordres vers le même point. Beaulieu, avant de quitter l’Italie, avait eu le temps de jeter 13.000 hommes dans la place, et 30.000 Autrichiens, détachés de l’armée du Rhin, accouraient pour la secourir. Enfin, Wurmser est à la tête de 60.000 hommes pour faire lever le siège, et Bonaparte n’en a pas 40.000 à lui opposer ; sa position était fort embarrassante, ayant à combattre, d’un côté, contre une armée d’un tiers plus forte que la sienne ; et, de l’autre, à contenir une forte garnison, et garder en outre, tous les passages du fleuve, depuis Brescia jusqu’à Vérone et Legnano.

La bataille des 5 jours

Le général en chef autrichien commet la faute grave de diviser ses forces en deux corps : 35 000 hommes sous ses ordres marchent droit sur Mantoue par la vallée de l’Adige, tandis que Quasdanovich marche avec 25 000 hommes sur Brescia. Bonaparte profite habilement de la faute de ses adversaires : il quitte brusquement le siège de Mantoue (début du siège le 18 juillet 1796), et laisse devant la place sa grosse artillerie, concentre ses troupes à Roverbella, tombe sur Quasdanowich, le bat successivement à Salò et Lonato (3 août), et le force à se réfugier dans les montagnes du Tyrol. Cet heureux succès obtenu, il court sur Wurmser, le bat complètement à la Bataille de Castiglione (5 août), passe le Mincio en sa présence et le rejette dans le pays de Trente. Ces divers combats, qui durèrent de puis le 1er jusqu’au 5 août, et que, pour cela, les Français appelèrent la bataille des cinq jours, coûtèrent à l’Autriche plus de 20.000 hommes et 50 pièces de canon. Bonaparte, après ses avantages, se met à la poursuite de Quasdanowich, l’atteint, le bat à Serra-Valla, Ponte-San-Marco, Roveredo, et dans les gorges de Calliano. Cependant Wurmser avait repris le chemin de Mantoue, et son armée filait par les gorges de Brenta. Bonaparte, qui a prévu ce mouvement, abandonne le Tyrol et va se montrer aux Autrichiens à Bassano del Grappa (8 septembre), aux gorges de Primolano, au fort de Cavalo.

Wurmser à Mantoue

Néanmoins Wurmser, séparé encore une fois du corps de Gnosdanovich, trouve enfin le moyen d’entrer dans Mantoue. Cette place, dont la garnison vient de recevoir un renfort si considérable, semble pouvoir soutenir victorieusement les attaques des assiégeants, d’autant plus qu’une nouvelle armée arrivait pour la secourir. L’Autriche, victorieuse sur le Rhin, résolut de reprendre à tout prix les possessions qu’elle avait perdues en Italie et de faire lever le siège de Mantoue. Une nouvelle armée autrichienne surgit, commandée par Alvinczy, général expérimenté : elle est chargée d’aller faire cette conquête à la tête de 45 000 hommes. Ce général commet la même faute que Wurmser : il partage ses forces : il laisse 15 000 hommes à Davidovitch, avec ordre de descendre les vallées de l’Adige, et lui-même se dirige sur Mantoue, par le Véronnais, avec 30 000 hommes. Dans ce moment, le général français, affaibli par les combats et les garnisons qu’il a dû laisser dans les forteresses qu’il a prises, ne peut disposer que de 33 000 hommes ; mais, par la hardiesse de ses mouvements, par les savantes dispositions qu’il sait prendre à propos, il supplée avantageusement à l’insuffisance de ses moyens. Les Français perdirent du terrain face à Alvinczy à Bassano (9 novembre) et face à Davidovitch à Calliano (12 novembre). Au moment où l’on s’y attend le moins, il abandonne le blocus, place 3 000 hommes à Vérone, se porte rapidement sur Ronco, jette un pont sur l’Adige, le traverse avec l’armée, et prend le chemin d’Arcole, lieu devenu célèbre à jamais par l’action meurtrière que les deux armées se livrèrent dans ses environs. Une chaussée étroite conduisait au port ; Bonaparte ordonne de marcher sur la chaussée et d’aller forcer le passage du pont ; mais sa colonne de grenadiers, prise en flanc par le feu de l’ennemi, s’arrête ; Bonaparte descend de cheval, saisit un drapeau et le jette sur le pont en s’écriant : Soldats ! n’êtes-vous plus les braves de Lodi ? suivez-moi ! Le feu des Autrichiens devient si terrible que les troupes refusent d’avancer : l’attaque n’eut point de succès.

Arcole

Les français prendront leur revanche à San Massimo all'Adige hameau de Vérone (victoire de Caldiero) et à la Bataille du pont d'Arcole (15 au 17 novembre). Désespérant de réussir sur ce point, il prend la résolution de retourner à Ronco et dérobe sa marche à Alvinzi. Il fait allumer des feux sur la chaussée d’Arcole, et, le lendemain, il se trouve libre de livrer bataille à celui des trois corps autrichiens qu’il lui plaira ; il choisit le plus fort, celui d’Alvinzi, qu’il repousse au delà de Vicence, après lui avoir tué 5.000 hommes, fait 8.000 prisonniers, et pris 30 pièces de canon. Le général Joubert, quant à lui, vainc Davidovitch le 19 novembre à Campara, et l'oblige à se réfugier dans le Tyrol. Wurmser qui commande le troisième corps, n’a que le temps de rentrer dans Mantoue, où il se voit de nouveau bloqué par Sérurier.

Rivoli

Cependant les Autrichiens, ne désespèrent pas, malgré leurs nombreuses défaites, de faire tourner la fortune en leur faveur. Alvinzi et Provera descendent tout à coup du Tyrol à la tête d’une armée nouvelle et nombreuse. Provera se dirige sur Mantoue avec 12.000 hommes ; Alvinzi, avec le gros de l’armée, se met à la poursuite de Joubert, qui se retire sur Rivoli : Bonaparte, qui n’avait que 20.000 hommes disponibles pour livrer bataille, donne ordre à Joubert de tenir ferme à Rivoli, et il va attendre l’ennemi derrière cette position. Le général autrichien, trop confiant dans la supériorité de son armée, en détache une partie sous les ordres du général Lusignan, et il s’engage avec le gros de ses forces dans les vallées de l’Adige et de la Carona, dont le plateau de Rivoli est le nœud. Il s’empare de ce plateau, sur lequel il place 2.000 hommes ; mais au moment où il se croit maître de la division Joubert, il se voit coupé ; le plateau de Rivoli est pris, et ceux qui le gardaient mettent bas les armes. Enfin la colonne de Lusignan vient attaquer l’armée française sur ses derrières : elle est prise presque en entier par Masséna avec son général. Le 16 janvier, Bonaparte gagna sur Provera aux portes de Mantoue. Wurmser est repoussé dans Mantoue, et dix-sept jours après, ayant vu détruire sous ses murs les restes de la quatrième armée autrichienne, il se voit dans la nécessité de capituler le 17 janvier. Ces succès de Bonaparte sont encore rehaussés par les revers subis à la même époque par Jean-Baptiste Jourdan et Jean Victor Marie Moreau, ainsi que par les millions envoyés d'Italie au Directoire.

Bilan de la Campagne d'Italie

Les batailles de Rivoli et de la Favorite, et la prise de Mantoue, coûtèrent, en trois jours, à l’Autriche, 45.000 hommes tués ou faits prisonniers et 600 bouches à feu. Le général en chef, pour punir le pays d’avoir enfreint l’armistice de Bologne, lui impose le traité de Tolentino. En moins de douze mois, à l’âge de 28 ans, Bonaparte a détruit quatre armées autrichiennes, donné à la France une partie du Piémont, fondé deux républiques en Lombardie, conquis toute l’Italie, depuis le Tyrol jusqu’au Tibre, signé des traités avec les souverains du Piémont, de Parme, de Naples, de Rome. Le grand guerrier et le grand politique marchent de front. Toute la France a les yeux sur Bonaparte et ne regarde que lui ; le Directoire, dont il a éclipsé la considération et le pouvoir, l’invite plutôt qu’il ne lui commande, à poursuivre ses conquêtes et à marcher sur la capitale de l’Autriche.

Propagande

Le général Bonaparte utilise à son profit le Courrier de l’armée d’Italie, le journal officiel de l’armée d’Italie, dont chaque armée de la Révolution était doté. Il crée ensuite grâce au butin deux autres journaux, La France vue de l’armée d’Italie et Le Journal de Bonaparte et des hommes vertueux.

La marche sur Vienne

Cette puissance, atterrée par la chute de Mantoue et se voyant menacée dans ses propres États, ordonne à l’archiduc Charles d’aller, avec l’élite de l’armée qu’il commande, sur le Rhin, s’opposer en Italie aux progrès de Bonaparte. Celui-ci, apprenant la marche de son noble adversaire, fait mettre en mouvement une armée de 53 000 hommes, à laquelle s’étaient réunies la division Delmas et la division Bernadotte En arrivant à l’armée de Bonaparte, ce dernier avait dit à ses soldats « Soldats de l’armée du Rhin, songez que l’armée d’Italie nous regarde. » Continuant sur sa lancée, le conquérant chercha à gagner Vienne. Bonaparte, à la tête d’une division de 37 000 hommes, emporte Tarri. Il passa la Piave. Il envoie trois autres divisions forcer le passage du Tagliamento, défendu par l’archiduc en personne : elles obtiennent l’avantage. Elles passent le col de Tarvis sans que les Autrichiens de l'archiduc Charles puissent l'arrêter (mouvement du 1 au 21 mars). Elles poursuivent ce prince sur l’Isonzo, et s’emparent de l’importante forteresse de Palmanova ; et vingt jours plus tard, l'archiduc, ayant perdu le quart de son armée, est obligé de se retirer sur Saint-Weith et sur la Muhr. Cependant, Bonaparte avait détaché 16 000 hommes sous la conduite du général Joubert, qui culbute les généraux Alexis Laudon et Kerpen et force tous les défilés du Tyrol, pendant que Bernadotte marchait sur Leybach. Enfin, le 31 mars, un an après son départ de Nice, le vainqueur, arrivé à Klagenfurt, a la générosité d’offrir la paix à l’Autriche, qui, d’abord, a l’insolence de la refuser. L’armée républicaine se remet en marche. Masséna force les défilés de Neumarkt (aujourd'hui Egna), s’empare de la position d’Hunsdmark.

Les préliminaires de paix

Le moment approchait ou une grande bataille allait décider du sort de Bonaparte et de celui de la maison d'Autriche ; mais deux ennemis se rendirent au quartier général français, et le 7 avril un armistice est accordé à Indenburg, et le 15, les préliminaires de la paix sont convenus à Leoben. Les Français sont à cent kilomètres de Vienne lorsque des pourparlers de paix furent entamés avec Merveldt. C’est à cette occasion que Bonaparte dit aux négociateurs autrichiens : « Votre gouvernement a envoyé contre moi quatre armées sans généraux, et cette fois un général sans armée. » Bel éloge des talents militaires du prince Charles. La dépêche du 19 avril, qui apprend au Directoire la signature des préliminaires, lui révèle aussi toute l’indépendance de son général, et peut lui donner des craintes sur un avenir que sa politique inquiète et jalouse n’a pas deviné. Voici quelques passages de cette importante dépêche : « Si je me fusse, au commencement de la campagne, obstiné à aller à Turin, je n’aurais jamais passé le Pô ; si je m’étais obstiné à aller à Rome, j’aurais perdu Milan ; si je m’étais obstiné à aller à Vienne, peut-être aurais-je perdu la République. Dans la position des choses, les préliminaires de la paix, même avec l’empereur, sont devenus une opération militaire. Cela sera un monument de la gloire de la République française, et un présage infaillible qu’elle peut, en deux campagnes, soumettre le continent de l’Europe. Je n’ai pas, en Allemagne, une seule contribution ; il n’y a pas eu une seule plainte contre nous. J’agirai de même en évacuant ; et, sans être prophète, je sens que le temps viendra où nous tirerons parti de cette sage conduite. Quant à moi, je vous demande du repos. J’ai justifié la confiance dont vous m’avez investi ; je ne me suis jamais considéré, pour ainsi dire, dans toutes mes opérations, et je me suis aujourd’hui lancé sur Vienne, ayant acquis plus de gloire qu’il n’en faut pour être heureux, et ayant derrière moi les superbes plaines d’Italie, comme j’avais fait au commencement de la campagne dernière, en cherchant du pain pour l’armée, que la République ne pouvait plus nourrir. » Bonaparte ne demanda pas d'instructions au Directoire. Dès ses premières victoires, il montra son indépendance en faisant la loi en Lombardie.

L'insurrection vénitienne

Pendant que Bonaparte marchait sur Vienne par les défilés de la Carinthie, les nobles et le clergé vénitiens levaient des troupes pour l’empêcher de rentrer en Italie ; et tandis qu’il stipulait à Léoben les conditions de la paix, le meurtre des Français commandé par le Sénat était prêché dans toutes les églises. Lors de la deuxième fête de Pâques, au son des cloches, tous les Français qui se trouvaient à Vérone et qui ne s’étaient pas retranchés dans les forts, sont égorgés. Il s’agit principalement de malades, laissés dans les hôpitaux par le général Balland. Cet épisode est connu sous le nom de Pâques véronaises.

Traité de Campo-Formio

De tels attentats ne pouvaient rester impunis : l’aristocratie vénitienne est détruite, et le lion de Saint-Marc renversé, pour toujours, par celui qui sera nommé réellement le libérateur de l’Italie. Le 16 vendémiaire an VI (7 octobre 1797), Bonaparte signa le traité de Campo-Formio par lequel l'Autriche donne à la République la possession des Pays-Bas autrichiens et renonce au Milanais, et s'engage à reconnaître à la France les territoires de la rive gauche du Rhin. La première coalition fut dissoute. Seule la Grande-Bretagne ne déposa pas les armes.

Congrès de Rastadt

Après la concession de ce traité, Bonaparte, vainqueur et pacificateur, reçut ordre d’aller présider au congrès de Rastadt la légation française. Il y signa, avec le comte de Cobentzel, la convention militaire relative à l’évacuation respective des deux armées.

Le retour à Paris

Enfin, Bonaparte quitta Rastadt pour venir triompher à Paris ; il y fut reçu avec un enthousiasme extraordinaire. Le Directoire fut justement effrayé de cette puissance de gloire qu’il ne pouvait braver, ni récompenser dignement. Cependant, comme il ne pouvait se dispenser de s’associer d’une manière quelconque au triomphe du vainqueur de l’Italie, il se décida à lui donner, dans la cour du palais du Luxembourg, une fête extraordinaire ; la pompe qu’il déploya dans cette occasion ne trompa personne, ni celui qui en était l’objet, ni la portion éclairée des spectateurs. Cette fête eut lieu le 20 frimaire (10 décembre 1797), en présence de presque tous les ambassadeurs des puissances armées. La vaste cour du Luxembourg offrait, entre autres ornements, les drapeaux conquis par l’armée d’Italie, groupés et formant comme un dais au-dessus des cinq directeurs ; ils étaient pour eux, ce que justifièrent les événements, l’épée de Damoclès. Bonaparte, en remettant solennellement au pouvoir exécutif le traité de Campo-Formio, prononça un discours dans lequel on remarqua cette phrase : « Lorsque le peuple français sera assis sur les meilleures lois organiques, l’Europe entière deviendra libre. » Barras, chargé de lui répondre au nom de ses collègues, dit que la nature avait épuisé toutes ses richesses pour créer Bonaparte. Bonaparte, ajouta-t-il, a médité ses conquêtes avec la pensée de Socrate : il a réconcilié l’homme avec la guerre. Étrange galimatias dans la bouche d’un homme qui se disait républicain par excellence. Quelques jours après, le héros fut fêté avec non moins d’éclat par les Conseils, dans la grande galerie du Musée, et le département donna le nom de Victoire à la rue Chantereine, dans laquelle il avait sa maison. L’Institut le choisit pour remplacer Carnot, alors proscrit comme royaliste. Les lettres, les arts s’empressaient autour de lui ; le royaliste de Bonald lui offrit un de ses livres, et le républicain Jacques Louis David son pinceau. On rapporte une anecdote qui, si elle n’est point complètement vraie, donne du moins une idée de l’influence que pouvait exercer sur l’esprit de Bonaparte l’enthousiasme extrême dont il était l’objet de la part de la nation tout entière ; la voici : David voulait le représenter à cheval sur le pont d’Arcole ou de Lodi ; Non, répondit-il, j’y serais avec toute l’armée ; représentez-moi de sang-froid sur un cheval fougueux. L’ivresse, exaltait toutes les têtes ; aux théâtres et dans tous les lieux publics, on n’entendait que le cri de Vive Bonaparte !

L'armée d'Angleterre

Cependant, pour donner de l’aliment à son activité naturelle et un peu de repos à la reconnaissance chagrine du Directoire, Bonaparte partit pour aller inspecter son armée dite d’Angleterre, dont il avait été nommé généralissime quelque temps auparavant. Après avoir parcouru les côtes du Nord, de la Normandie et de la Bretagne, il revint à Paris, rempli d’un projet qui devait l’affranchir de la méfiance du Directoire et de la nullité d’un commandement dérisoire qui ne lui avait été donné que pour le tenir éloigné des affaires et dans l’inaction. Ce projet avait pour but l'expédition d'Égypte ; l’idée de cette expédition lui était venue au milieu de ses triomphes en Italie : il s’en était ouvert, assure-t-on , au savant Gaspard Monge, lors de son séjour à Milan.Pendant qu’il négociait la paix à Passariano, il adressa à l’escadre de l’amiral Brueys, stationnée dans l’Adriatique, la proclamation suivante : « Camarades, dès que nous aurons pacifié le continent ; nous nous réunirons à vous pour conquérir la liberté des mers. Sans vous, nous ne pouvons porter la gloire du nom français que dans un petit coin du continent ; avec vous, nous traverserons les mers, et la gloire nationale verra les régions les plus éloignées. » À son retour de l’inspection des côtes de l’Océan, bien convaincu de la nullité du commandement qu’on lui avait donné sous le nom de général de l’armée d'Angleterre, et comprenant fort bien qu’il serait presque impossible d’étendre la guerre sur le territoire de cette puissance, entourée quelle est de mers de tous côtés, il conseilla au Directoire de l’attaquer dans ses possessions de l’Inde, contre lesquelles il serait long sans doute, mais aisé pourtant de mener une armée par terre. Pour convaincre les Directeurs, il leur cita l’exemple d’Alexandre le Grand qui, parti d’une province d’Europe, avait conduit, à travers des peuples redoutables, ses armes victorieuses jusqu’aux bouches du Gange. La France, bien autrement puissante que l’antique Macédoine, n’avait pas, disait-il, à craindre d’être traitée de téméraire en imitant l’exemple d’Alexandre ; il lui était très-facile de porter une armée en Égypte, de faire la conquête de ce pays, et de se rendre, par l’isthme de Suez en Asie, et de là dans les contrées que les Anglais possèdent dans l’Inde.

Notes et références

Voir aussi

- Chronologie de la Campagne d'Italie (1796-97)

Source partielle

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- Cdt Henry Lachouque - Napoléon, 20 ans de campagnes - Arthaud - 1964
- Emmanuel de Las Cases - Le Mémorial de Sainte-Hélène ----- Catégorie:Napoléon Bonaparte Catégorie:Histoire de l'Italie Catégorie:1796 Catégorie:1797 en:French Revolutionary Wars: Campaigns of 1796
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