Relation entre science et foi

Infos
La relation parfois conflictuelle, parfois paisible entre science et religion est un large sujet abordé depuis l'Antiquité et dans le cadre de nombreux champs d'investigation ou de recherche dont la philosophie des sciences, la théologie, l'histoire des sciences et l'histoire de la religion. Dans la pensée médiévale, la science, la géométrie et l'astronomie étaient directement liées au divin. Le compas dans ce manuscrit du symbolise la création.
Relation entre science et foi

La relation parfois conflictuelle, parfois paisible entre science et religion est un large sujet abordé depuis l'Antiquité et dans le cadre de nombreux champs d'investigation ou de recherche dont la philosophie des sciences, la théologie, l'histoire des sciences et l'histoire de la religion. Dans la pensée médiévale, la science, la géométrie et l'astronomie étaient directement liées au divin. Le compas dans ce manuscrit du symbolise la création.

La science moderne face à la foi religieuse

"Peut-on encore croire en Dieu dans un monde dominé par la science ?" Avant de répondre à une telle question, il faudrait se demander ce qu'on entend par "foi". Si l'on entend "croire que Dieu existe", on restreint ipso facto la question à l'univers chrétien et occidental et on ne prend pas en compte les relations de la science et de la religion (dans ce cas, plutôt que de la foi) dans d'autres aires de civilisation. Quand la question a été posée aux français en 1994 lors d'un sondage CSA:Sondage CSA publié par l'Actualité religieuse dans le Monde, mai 1994.
- 49% ont répondu qu'effectivement : " plus les connaissances scientifiques progressent, plus il est difficile de croire en Dieu. "
- 32% estimaient que : " croire en Dieu n'est plus nécessaire à notre époque ".
- 61% considèraient que l'existence de Dieu comme certaine ou probable. Si les personnes enquêtées sont des scientifiques, les résultats sont un peu différents :Enquête réalisée par Le Nouvel Observateur, n°1311.
- La moitié des chercheurs du CNRS déclarent aujourd'hui avoir la foi ou quelque chose qui s'en approche.
- 70% d'entre eux s'accordent à penser que la science ne peut à ce jour exclure ou réhabiliter l'idée de Dieu. Ainsi, même si " on a longtemps pensé que la science allait chasser la fonction religieuse, c'était une erreur. " comme le souligne l'astrophysicien Hubert Reeves. A ce sujet, deux conceptions s'opposent :
-Science et religion n'abordent pas les mêmes questions : La science décrit les phénomènes, les mécanismes, les principes auxquels nous sommes soumis, en un mot le " comment " de notre existence. Cependant, " notre soif de signification et d'espérance n'est pas prise en compte par la science car on ne sait pas l'introduire dans les équations ! " (Pierre Karli, Académie des Sciences). La foi, de son coté, s'intéresse aux questions existentielles concernant le sens de notre vie ici-bas et dans l'au-delà, l'existence de Dieu, notre relation avec Lui, en un mot le " pourquoi " de notre existence.
-l'autre thèse et celle de la continuité des connaissancesColloque de Bruxelles, ULB, actes réunis sous la direction de Michel Cazenave (2001).

Évolution de la relation entre science et religion

Philosophie antique

Jean Hadot Qu'est-ce que la philosophie antique? Folio ISBN 2070327604fait observer que les écoles de la philosophie antique tenaient lieu de ce que nous nommons aujourd'hui religion en cela qu'elles prescrivaient des doctrines et un genre de vie, le plus souvent reconnaissable parmi d'autres. Pour Platon, (427 av. J.-C. - 348 av. J.-C) toute connaissance se doit d'être certaine et infaillible et doit porter sur le réel et non l'apparence. Il oppose alors le monde réel, qui est immuable et parfait, au monde physique, inconstant. Il rejette donc l'empirisme, c'est-à-dire l'acquisition de connaissances par l'expérience des sens. Cette théorie des Formes prend toute sa signification dans l'examen des objets mathématiques. Par exemple, le cercle est défini comme une figure plane constituée d'une succession de points, tous situés à égale distance d'un point donné. Mais personne ne peut voir une telle figure. Ce que l'on voit en fait est un dessin, une approximation du cercle idéal. Mais le fait que les mathématiciens puissent définir un cercle prouve qu'ils connaissent sa nature. Donc pour Platon, la "circularité", ainsi que la "quadrature" et la "triangularité" sont des formes qui existent en dehors de l'espace et du temps. Cette théorie des Formes et, plus généralement, l'enseignement de Platon ont lourdement influencé la pensée occidentale, tant philosophique, religieuse et sociale que scientifique. Si Aristote accepte certaines idées platoniciennes, comme l'immortalité de l'âme et la nature divine des corps célestes, il remet en cause certaines théories du maître : pour lui, le plus haut degré de réalité n'est pas ce qui apparaît par le raisonnement, mais ce qui est perçu par les sens. Il affirme que la raison est vide avant que les sens n'entrent en action. Il pose les lois du raisonnement et fonde la logique (Organon) comme instrument de précision du discours philosophique. Il partage le savoir en trois domaines correspondant à des champs de l'activité humaine : la création ou art, la pratique ou morale, la théorie ou science. Il introduit une conception des phénomènes de causalité dans la nature, qu'il divise en quatre : la cause matérielle, la cause efficiente, la cause formelle et enfin la cause finale ou telos. C'est cette dernière qui fonde le principe d'Aristote sur la finalité des choses ; selon lui, tout obéit à un « dessein » qui nous dépasse Cette idée perdure dans le Dessein intelligent; cette idée aura une grande influence sur les théologiens chrétiens du Moyen Âge. C'est par l'intermédiaire des traductions et des commentaires des philosophes arabes comme Avicenne et Averroès que l'œuvre d'Aristote est parvenue en Occident et a nourri la pensée médiévale. Ainsi, au , saint Thomas d'Aquin tente de concilier la philosophie aristotélicienne et la foi révélée des Écritures. La philosophie médiévale nous a transmis ces fondements intellectuels du savoir, que sont les philosophies des grands auteurs de l'antiquité.

Antiquité tardive

Augustin d'Hippone Augustin d'Hippone (354 - 430) ne fut pas un scientifique mais il influença fortement le développement de la pensée scientifique occidentale par ses conceptions philosophiques. Au début du Moyen Âge, la science était prise entre deux grands courants théologiques. Le premier prônait l'étude unique de la question du salut, la science ne pouvant que nuire aux âmes chrétiennes. Le second courant enseignait que l'étude du monde apprend à reconnaître et à respecter la grandeur de son Créateur. Augustin défendit ardemment cette idée. Pour lui, la science avait un rôle à jouer dans la religion chrétienne. Il développa la théorie divine du savoir selon laquelle l'univers, expression de la volonté divine, ne pouvait qu'être bon, et son étude renforcer la foi.

Moyen Âge

Averroès (1126-1198) consacre toute sa vie à l'œuvre d'Aristote. Il cherche à en retrouver le sens originel en la débarrassant de toutes les interprétations faites jusque-là. Il se l'approprie avec assez de pénétration et de puissance pour construire un système qui porte sa marque personnelle. C'est à la question de l'origine des êtres qu'il s'intéresse le plus. Selon lui, Aristote prétend que rien ne vient du néant et que ni la forme ni la matière ne sont créées. Le mouvement serait éternel et continu : c'est la doctrine de l'éternité de la matière. Il distingue en l'homme l'intellect passif et l'intellect actif. Celui-ci se situerait au-delà de l'individu : il lui serait supérieur, antérieur, extérieur car il serait immortel. L'immortalité serait un attribut de l'espèce et non de l'individu. Cette distinction conduit Averroès à séparer radicalement raison et foi, les lumières de la Révélation n'étant accessibles qu'à l'intellect actif. St Thomas d'Aquin Thomas d'Aquin (1225-1274), en revanche, cherchera à les réconcilier, fondant la théologie comme science rationnelle. Ces doctrines philosophiques soulèveront des débats passionnés dans le monde chrétien et trouveront presqu'autant de disciples que d'opposants. La tendance à séparer la raison et la foi comme relevant de deux ordres de vérité distincts risquait de ruiner les efforts de ceux qui voulaient au contraire concilier, à travers Aristote, le savoir profane et la foi révélée. Les principes d'Averroès considérés comme dangereux seront finalement condamnés par l'Église en 1240, puis en 1513 soulignant l'influence considérable du philosophe arabe en Occident, notamment dans les écoles médiévales. Condamné en son temps par la religion musulmane qui lui reproche de déformer les préceptes de la foi, Averroès doit fuir, se cacher, vivre dans la clandestinité et la pauvreté, jusqu'à ce qu'il soit rappelé à Marrakech, où il meurt, réhabilité, en 1198 . Il fut mêlé en 1268, à une controverse autour de l'aristotélisme opposant les partisans de la philosophie de Saint Augustin aux averroïstes. Les premiers se sentaient menacés par les seconds qui prônaient l'indépendance de la philosophie vis-à-vis de la révélation. Au cœur du débat, Thomas d'Aquin soutenait alors une position intermédiaire qui lie foi et raison. Pour lui, le savoir reposait à la fois sur des vérités de foi et des vérités de l'expérience, les unes plus que les autres suivant que le sujet d'examen concerne le spirituel ou le matériel. Par ailleurs, les chrétiens, selon lui, n'avaient pas à craindre la philosophie païenne car toute étude de la Nature est une étude de l'œuvre de Dieu. Toutefois, malgré sa position modérée, Thomas d'Aquin est condamné en même temps que les averroïstes. Appelé en 1272 à Naples pour y créer un studium, il meurt deux ans plus tard. En 1277, les maîtres de Paris, alors la plus haute juridiction théologique de l'Église, le condamnent à nouveau pour certains de ses écrits. Mais très vite après cet épisode, on commence à prendre conscience de la valeur des efforts déployés par Thomas d'Aquin pour réconcilier la science grecque et l'orthodoxie chrétienne. Il sera canonisé dès 1323. C'est à Thomas d'Aquin, et d'une façon générale à la philosophie médiévale, que l'on doit les fondements intellectuels du savoir occidental.
Sujets connexes
Académie des Lynx   Académie pontificale des sciences   Albert Einstein   Anglais   Antiquité   Archimède   Aristarque de Samos   Aristote   Art   Astronomie   Athéisme   Auguste Comte   Augustin d'Hippone   Autonomie de la science   Averroès   Avicenne   Basel   Benoît XIV   Benoît XVI   Bertrand Russell   Bible   Bioéthique   Catholicisme   Causalité   Cause finale   Cause première   Charles Darwin   Christian de Duve   Christianisme   Christoph Schönborn   Collège de France   Cologne   Compas (géométrie)   Concordisme   Cosmologie religieuse   Crise moderniste   Créationnisme   Curie   Dessein intelligent   Dialogue sur les deux grands systèmes du monde   Dieu   Encyclique   Espérance   Existence   Exégèse   Foi   Fondamentalisme   Galileo Galilei   Gaspard Monge   George Coyne   Giordano Bruno   Guillaume Lecointre   Géocentrisme   Géométrie   Histoire   Histoire des sciences   Hubert Reeves   Héliocentrisme   IIe millénaire   Idéologie   Inquisition   Isaac Newton   Jacques Monod (biologiste)   Jean-Marc Rouvière   Jean-Paul   Jean-Paul II   Jean Gagnepain   Josué   Judaïsme   Judaïsme libéral   L'Origine des espèces   Laïcité   Le Monde   Logique   Loi des trois états   Louis Leprince-Ringuet   Lunette astronomique   Léon XIII   Matérialisme   Monde (univers)   Moritz Schlick   Moyen Âge   Métaphysique   Nicolas Copernic   Nicolas de Condorcet   Observatoire du Vatican   Organon   Pape   Pascendi Dominici Gregis   Patrick Tort   Paul Poupard   Perception   Philosophie antique   Philosophie des sciences   Philosophie médiévale   Phénomène   Pie IX   Pie X   Platon   Positivisme   Protestantisme libéral   Providentissimus Deus   Préhistoire   Psaume   Quatre causes   Raison   Rationalisme   Religion   René Descartes   Repentance   Représentation   Roger Bacon   Révolution copernicienne   Révélation   Savoir   Schlick   Science   Science et religion   Sciences et techniques islamiques   Sociologie   Socrate   Soleil   Stephen Jay Gould   Substance   Thomas d'Aquin   Théologie   Théorie de la préformation   Traité du monde et de la lumière   Téléologie   Urbain VIII   Vatican   Vienne (Autriche)  
#
Accident de Beaune   Amélie Mauresmo   Anisocytose   C3H6O   CA Paris   Carole Richert   Catherinettes   Chaleur massique   Championnat de Tunisie de football D2   Classement mondial des entreprises leader par secteur   Col du Bonhomme (Vosges)   De viris illustribus (Lhomond)   Dolcett   EGP  
^