Histoire de la Californie

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Drapeau de l'État de la Californie La Californie était habitée depuis plus de ans par de nombreuses tribus amérindiennes, lorsque les explorateurs européens l'atteignent au . Oubliée durant le par les Espagnols, elle n’est colonisée qu’à partir de 1765 sous l’impulsion de Charles III d’Espagne. Cette colonisation repose sur trois piliers : les missions, qui convertissent les Amérindiens, les « presidios », qui assurent la défense du territoire, et enfin les p
Histoire de la Californie

Drapeau de l'État de la Californie La Californie était habitée depuis plus de ans par de nombreuses tribus amérindiennes, lorsque les explorateurs européens l'atteignent au . Oubliée durant le par les Espagnols, elle n’est colonisée qu’à partir de 1765 sous l’impulsion de Charles III d’Espagne. Cette colonisation repose sur trois piliers : les missions, qui convertissent les Amérindiens, les « presidios », qui assurent la défense du territoire, et enfin les pueblos, où résident les colons. C’est à cette époque que les Britanniques et les Français commencent à s’intéresser à la Californie, suivis par les Russes au début du . À la suite de l’indépendance mexicaine, la Californie devient un État mexicain, mais les États-Unis s’intéressent très vite à la Californie, si bien qu’ils l’annexent après la guerre américano-mexicaine, en 1847. La Ruée vers l’or fait affluer plus de colons dans le nouveau territoire, qui devient dès 1850 le 31 État de l’Union. La Californie s’allie aux nordistes lors de la Guerre de Sécession et se développe rapidement grâce au chemin de fer. Ce développement n’est entravé au que par le problème de l’eau et de la pollution, qui sont toujours d’actualité, tout comme les problèmes liés à l’immigration et les tensions raciales. Sceau de l'État de la Californie

La Préhistoire et la domination amérindienne

Carte localisant les principaux peuples et tribus amérindiennes avant l'arrivée des Européens La géographie de la Californie, riche et diverse et son climat, de type méditerranéen, ont permis aux Hommes, de s’y installer dès la Préhistoire. En effet, l’eau est abondante (l’Océan Pacifique et fleuves : Colorado) et le climat est tempéré (étés secs, hivers doux. Même latitude que la France: environ 35°N). Cependant, une grande partie de la Californie est montagneuse, puisqu'elle est bordée par la Sierra Nevada, dont le point culminant est le Mont Whitney, elle possède aussi des déserts très chauds, comme la Vallée de la Mort. On connaît très peu de choses sur la préhistoire californienne. Les restes de Arlington Springs ManPour plus d'informations voir l'article de Wikipédia anglophone : Arlington Springs ManLes restes ont été successivement considérés comme ceux d’un homme, puis d’une femme, puis, théorie qui prévaut actuellement, comme ceux d’un homme. Source : Los Angeles Times, septembre 2006., retrouvés sur l’Île Santa Rosa (à l'époque île de Santa Rosae), située au sud de la Californie, indiquent que la région est habitée depuis au moins la dernière ère glaciaire (Glaciation Wisconsin), il y a environ ans (fin du Paléolithique supérieur). C'est le plus ancien squelette humain connu d'Amérique du Nord. D’après les anthropologues, cette population aborigène descendrait des peuplades plus anciennes qui passèrent d’Asie (Sibérie) en Amérique du Nord lorsque les deux continents étaient encore reliés, vers la fin du Pléistocène, par un bras de terre . (Voir Théories du premier peuplement de l'Amérique). Les Amérindiens étaient divisés en de nombreuses tribus réparties à travers le territoire, dont les Chumash, Maidu, Miwok, Modoc, Mohave, Ohlone et Tongva, ainsi qu’une centaine d’autres. Ces groupes parlaient différentes langues telles que le chimariko, esselen, karok, salinan, washo ou yana. Leur mode de vie était différent selon leur localisation : sur la côte, par exemple, les Chumash vivaient de pêche et de collecte des coquillages depuis le Philippe Jacquin, Daniel Royot, Go West ! , page 20 tandis qu’à l'intérieur des terres, les Amérindiens avaient recours à l’irrigation et utilisaient l’eau pour cultiver des melons, du maïs, des haricots et des potirons. Les recherches effectuées ont établi six aires culturelles à l’intérieur desquelles les différents peuples partageaient des mœurs et des caractéristiques semblables : territoires de la Californie du sud, Californie centrale, Californie du nord-ouest, du nord-est, du Grand Bassin et du fleuve Colorado .

Découverte et exploration

À la recherche d’un eldorado

Hernan Cortés Le est celui des premières explorations effectuées par les Européens sur la côte californienne. Aux environs de l’année 1530, la rumeur parvient à Nuño Beltrán de Guzmán, administrateur de la Nouvelle-Espagne, que les Sept Villes de Cibola ont des rues pavées d’or et d’argent. À la même époque, Hernán Cortés est attiré par des histoires semblables décrivant Ciguatan, une contrée merveilleuse située loin au nord-ouest, qui serait peuplée par des Amazones et abonderait en or, en perles et en pierres précieuses. Se disant que ces rumeurs et légendes recèlent peut-être un soupçon de vérité et désigneraient un même endroit, une expédition est lancée pour essayer de découvrir ce pays. En 1533, celle-ci découvre une baie, sans doute celle de La Paz, mais doit repartir au vu de la difficulté que représenterait une exploration des terres plus lointaines. Cortés mène d’autres expéditions, en 1534 et 1535, sans pour autant trouver le pays qu’il recherche. Cependant, le 3 mai 1535, il décide d’appeler la région découverte ) et fonde la ville qui devient par la suite La Paz, un peu plus tard ce printemps-là. En juillet 1539, les histoires qui avaient poussé l’explorateur à l’aventure ressurgissent. Cortés envoie Francisco de Ulloa avec trois petits navires effectuer une nouvelle expédition, qui atteint l’embouchure du Colorado, fait le tour de la péninsule et navigue jusqu’à l’Île Cedros. C’est à l’issue de ce voyage qu’apparaît pour la première fois le nom « California », utilisé pour désigner le nouveau territoire.

À la recherche d’un passage vers les Indes

Itinéraire que l’on imaginait être celui du passage D’autres explorateurs ont plutôt recherché dans cette région un moyen d’accéder plus rapidement à l’Asie (c’était le motif du voyage de Christophe Colomb). Dès le , des galions espagnols revenant des Philippines longent les côtes californiennes pour descendre ensuite vers AcapulcoAngie Debo, Histoire des Indiens des États-Unis, Paris, Albin Michel, 1994, p. 93. Le Portugais João Rodrigues Cabrilho désire ainsi y trouver le mythique Détroit d’Anián, aussi appelé Northwest Passage par les navigateurs britanniques. Œuvrant pour la Couronne d’Espagne, il organise une expédition de deux bateaux, le Victoria et le San Salvador, qui partent de la côte occidentale de ce qui est aujourd’hui le Mexique, en juin 1542. Il débarque le 28 septembre dans la baie de San Diego et revendique au nom de l’Espagne ce qu’il pense être l’Île de Californie. Poursuivant sa route, il découvre l’Île San Miguel, l’une des îles composant les Channel Islands de Californie. Il désire aller plus au nord pour essayer de découvrir l’hypothétique passage, mais meurt durant le voyage, et le reste de l’expédition est mené par Bartolomé Ferrelo, le pilote de l’expédition, qui arrive jusqu’à la frontière moderne entre les États de Californie et de l’Oregon en suivant le dernier vœu de Cabrilho, à savoir explorer la côte jusqu’au bout. Ferrelo doit cependant rebrousser chemin lorsqu’une forte tempête endommage les nefs et coûte la vie à de nombreux marins. C’est pendant ce voyage que sont faites les premières descriptions des Amérindiens de Californie par les Européens et que l’Alta California (Haute-Californie) est découverte. Par la suite, en 1579, l’explorateur anglais Francis Drake, en naviguant le long de la côte californienne, découvre le 17 juin ce qu’il décrit comme un excellent port naturel, où la réparation et le réapprovisionnement de ses navires sont possibles. Drake revendique cette nouvelle terre, qu’il appelle Nova Albion en l’honneur de la reine Élisabeth I. On ignore cependant où se situait ce port ainsi que l’étendue exacte des terres revendiquées.

Le

Sebastián Vizcaíno En 1602, Sebastián Vizcaíno poursuit l’exploration de la côte jusqu’à la baie de Monterey, où il arrive le 16 décembre, et fait un schéma détaillé des eaux côtières de la Californie, qui va être utilisé jusqu'au début du siècleCoastal Navigation and Exploration of the Monterey Bay Area par Gary S. Breschini . Il renomme beaucoup d’endroits déjà explorés par les Espagnols au siècle précédent. D’autres expéditions de moindre importance se succèdent : celles de Tomas Cardova en 1610 et 1636, de Francisco Ortega en 1632 et 1636, de Luis Cestin de Canas en 1642, de Porter y Casanate en 1644, de Bernal de Pinadero en 1667, et celle d’Ysidro Otondo en 1683. Il faut noter que, jusqu'au , aucune colonie n'a été établie en Californie. L'Espagne préfère centrer son attention sur le Mexique, le Pérou et les Philippines, et si elle prétend contrôler toutes les terres touchant l'Océan Pacifique, dont la Californie, elle ne profite réellement de la région qu'au niveau des diverses explorations citées plus haut. Les autres puissances coloniales de l'époque ne considèrent pas, elles non plus, la Californie comme attractive. Elle est perçue comme une terre sauvage ne possédant à première vue que peu de ressources, ce qui n'intéresse pas les colons. Il faut attendre le siècle suivant pour assister à une première colonisation du territoire.

La domination espagnole

La colonisation

La menace d’une incursion des Russes depuis l’Alaska et d'une possible concurrence de la Grande Bretagne pousse Charles III d’Espagne à organiser une colonisation de la Californie en 1765. Cependant, l’empire colonial espagnol n’a plus vraiment les moyens de procéder à un effort aussi important : ce sont donc les moines franciscains, protégés par quelques troupes, qui vont être les pivots de cette colonisation. Entre 1774 et 1791, plusieurs expéditions sont menées pour explorer la région du nord-ouest du Pacifique, mais le roi décide de limiter l’action espagnole en ne dépassant pas la Californie du Nord, à cause du coût trop important d’un tel projet. En mai 1768, l’inspecteur général José de Gálvez organise une grande expédition. Le capitaine Gaspar de Portolà se porte volontaire pour la diriger. L’expédition terrestre arrive sur le site de l’actuelle San Diego le 29 juin 1769Philippe Jacquin, Daniel Royot, Go West !, page 61 et y établit le Presidio de San Diego. Avide de fouler la baie de Monterey, le groupe avance vers le nord le 14 juillet. Il se déplace rapidement, arrivant à l’actuelle Los Angeles le 2 août, à Santa Barbara le 19 août, et à l’embouchure de la Rivière Salinas le . Le 31 octobre le groupe atteint, pour la première fois, la baie de San FranciscoPhilippe Jacquin, Daniel Royot, Go West !, page 61, bien que les navires espagnols aient navigué le long de la côte durant près de deux cents ans, sans la découvrir. Le groupe retourne à San Diego en 1770. Laissant le capitaine Pedro Fages en charge du presido, de Portolà retourne au Mexique vers San Blas le 9 juin. A la suite de cette expédition, la colonisation va commencer à travers trois éléments: l'installation des missions, des « presidios » et des pueblos.

Les missions

Tracé de la route El Camino Real et des 21 missions espagnoles en 1821 Junípero Serra, un franciscain espagnol d’origine majorcaine, fonde la chaîne des missions de Alta California avec la Mission San Diego de Alcalá en 1769 dont l’église est consacrée le 16 juilletAngie Debo, Histoire des Indiens des États-Unis, Paris, Albin Michel, 1994, p. 93. Plus tard la même année, il suit de Portolà au nord et atteint Monterey en 1770, où il fonde une seconde mission, celle de San Carlos Borromeo. Le 17 septembre 1776, une expédition espagnole fonde un presidio (fort) à San Francisco et le 9 octobre la mission nouvellement construite est dédicacée à San Francisco de Asis (saint François d’Assise). En 1794, les neuf missions de Californie regroupent 4650 Indiens et 38 franciscainsPhilippe Jacquin, Daniel Royot, Go West !, page 62. Le nombre des missions atteint les 20 en 1821. Mission Santa Barbara Les missions de Californie comprennent une série d’avant-postes religieux établis par les jésuites, franciscains et dominicains espagnols, dans le but d’étendre la doctrine catholique parmi les Amérindiens locaux, mais aussi pour fournir à l’Espagne des colonies et des ressources. Les missions introduisent l’industrie et la nourriture européenne dans la région. Elles sont souvent petites, avec deux pères et six ou huit soldats ; elles sont construites et entretenues par le travail des Amérindiens sans rétribution. Elles comprennent des quartiers pour les Amérindiens, logés dans des cabanesPhilippe Jacquin, Daniel Royot, Go West !, page 62, des bâtiments agricoles, des ateliers et une église. En plus du « presidio » (fort royal) et du pueblo (la ville), la mission était l’un des trois piliers majeurs de l’Espagne pour consolider et agrandir ses colonies. Les différentes tribus indigènes ne réagissent pas toutes de la même manière à l’arrivée des missions : certaines coopèrent activement avec les espagnols tandis que d’autres résistent, passivement (non-coopération, destruction volontaire du matériel) ou activement (en s’échappant). En tout cas, la population diminue rapidement sous l’effet des maladies : on pouvait recenser environ Amérindiens en Californie en 1769 ; ils ne sont plus que en 1821Philippe Jacquin, Daniel Royot, Go West !, page 63. Mission San Juan Capistrano Ceux qui essaient de fuir sont ramenés par les soldats et subissent des punitions. On compte plusieurs révoltes, notamment en 1769 à San Diego, et en 1781, où les Yuma détruisent deux missions et tuent une trentaine de soldats et quatre missionnaires. Les avis divergent quant à l’impact qu’ont eu les missions sur les Amérindiens. Le débat a ressurgi dans les années 1980 lorsque Jean-Paul II a procédé à la béatification de Serra. Plusieurs articles dans les journaux avaient des titres similaires à celui-ci: « Serra : Saint or Sinner? » (« Serra, Saint ou pécheur? ») - du journal The Sacramento Bee. Aujourd'hui encore l'enseignement de cette époque de l'histoire de la Californie est controversé, les conditions de vie souvent dures des nouveaux convertis et le rôle des Européens dans la grande baisse de population citée plus haut étant parfois occultés. Les historiens notent que les tribus de la côte ont été les plus touchées, tandis que celles qui n’avaient pas ou peu de contact avec les Espagnols ont beaucoup moins souffert, que ce soit au niveau des épidémies apportées par les colons ou au niveau des missions.

Les districts militaires et presidios

Présidio de San Francisco Quatre « presidios » sont placés stratégiquement le long de la côte californienne et servent à protéger les missions et les autres installations espagnoles. Chacun de ces forts fonctionne comme une base d’opérations pour une région spécifique. Ils sont organisés comme suit :
- El Presidio de San Diego, fondé en 1769, est responsable de la défense de toutes les installations du premier district.
-El Presidio de Santa Barbara, fondé en 1782, est responsable de la défense de toutes les installations du second district.
-El Presidio de Monterey, foundé en 1770, est responsable de la défense de toutes les installations du troisième district.
-El Presidio de San Francisco, fondé en 1776, est responsable de la défense de toutes les installations du quatrième district.
-El Presidio de Sonoma, ou caserne de Sonoma, est établi en 1836 par Mariano Guadalupe Vallejo comme une partie de la stratégie mexicaine visant à stopper l’influence russe dans la région.

Les pueblos

En parallèle se développent plusieurs villes. La première fondée est San José en 1777. El Pueblo de Nuestra Señora la Reina de los Angeles del Río de Porciúncula, connue aujourd’hui sous le nom de Los Angeles, apparaît en 1781 ; et la troisième communauté est Villa de Branciforte en 1797 (Santa Cruz). Les villes sont dirigées par un alcalde (pouvoir exécutif et justice) ou maire, dont le pouvoir est presque illimité dans son pueblo, bien qu’il reste sous les ordres du représentant militaire du gouverneur, le comisionado. L'alcalde sert de président au conseil de la ville ou ayuntamiento, composé de regidores, et qui dirige les affaires générales du pueblo.

Influences étrangères

Le capitaine britannique James Cook, à mi-chemin de son troisième et dernier voyage d’exploration, navigue le long de la côte ouest de l’Amérique du Nord en 1778 et dresse la carte de la côte de la Californie jusqu’au Détroit de Béring. La ville de Yerba Buena (aujourd’hui connue sous le nom de San Francisco), est fondée par l’explorateur britannique George Vancouver, qui avait servi sous le commandement de Cook. Mais ce sont surtout les Français qui s'intéressent à la Californie. En effet, dans la seconde moitié du , les contacts entre les marchands français et l’Amérique du Sud se multiplient, et c’est tout naturellement qu’ils arrivent en Californie. Le premier Français à y poser le pied est Jean-François de Galaup, comte de La Pérouse, qui, en 1786, mène un groupe de scientifiques et d’artistes dans un voyage d’exploration ordonné par Louis XVI. Le groupe est accueilli à Monterey et compile de nombreuses informations à propos du système des missions californiennes, du territoire et de ses habitants. Des marchands, baleiniers et missions scientifiques françaises arrivent durant les décennies suivantes . C’est le début d’un intérêt croissant des Français pour la Californie. Un des bâtiments de Fort Ross Au début des années 1800, des marchands de fourrure de l’empire russe, qui a déjà pris possession de l’Alaska, explorent brièvement la côte californienne et installent des comptoirs commerciaux jusqu’à l'actuel comté de Sonoma. Ils chassent les loutres pour leur pelage jusqu’aux Channel Islands vu que le nombre de phoques et de loutres d’Alaska commence à diminuer fortement. L’une de leurs bases les plus connues est Fort Ross, où viennent aussi des savants et des naturalistes de l’Académie Impériale des Sciences qui s’empressent d’étudier la Californie. Les Espagnols voient l’arrivée des Russes comme une concurrence. La métropole interdit tout commerce avec eux, mais la contrebande contourne ce principe. Un mariage entre une famille dirigeante californienne et un noble russe permet presque au commerce russe d’avancer en Californie du sud. Le noble d’origine russe meurt cependant, atteint par la maladie, et les Russes n’avancent plus par la suite : ils quittent en effet le territoire le 1842.

Le

Le premier quart du siècle continue la lente colonisation de la côte californienne. En 1820, l'influence espagnole s'étend, du sud au nord, de San Diego au nord de la Baie de San Francisco. Les colons maîtrisent des bandes côtières larges de 40 à 80 km, au delà desquelles environ Amérindiens vivent à l'écart du pouvoir espagnol. En 1819, la signature du traité d'Adams-Onís fait du 42 parallèle la frontière nord de la Californie, qui n'a pas changée depuis. Cependant, le siècle va être le cadre de grands bouleversements dans la région, qui vont propulser cette province espagnole peu peuplée au rang d'État américain célèbre et prisé.

La Californie mexicaine

Presidio de Monterey, Bien que la Californie ait été une région située au dehors des frontières de la Nouvelle-Espagne, elle devient un État à part entière du Mexique en 1821. Sa population d'environ 3 200 colonsPhilippe Jacquin, Daniel Royot, Go West !, page 63 est faible, comparée à celle des autres États du pays. Elle se concentre surtout sur le littoral sud-ouest, entre Los Angeles et San Diego. N’étant pas auto-suffisantes, les missions ne reçoivent plus de support après la Guerre d'indépendance du Mexique en 1811, et les convertis sont laissés à leur propre sort. En 1832, le Mexique ordonne la dissolution des missions et le partage de leurs terres, qui vont plus souvent aux colons qu’aux Amérindiens. La vente de ces vastes territoires, appelés ranchos, qui étaient jusqu’alors inhabités, intéresse de nouveaux colons. Ces possessions sont surtout utilisées pour l’élevage du bétail par les rancheros, leurs dirigeants, qui sont aidés par les convertis amérindiens des missions. Une élite se forme parmi ces rancheros, qui prend rapidement de l’importance au sein de la province mexicaine. La Californie est à cette époque contrôlée par un gouverneur choisi par les dirigeants fédéraux de Mexico. La politique mexicaine est de donner une autonomie limitée à la province. Ainsi une législature, nommée disputación, se réunit à Monterey, mais ses pouvoirs sont en réalité très limités. Cet état des choses est mal vu par les Californiens, dont le mécontentement apparaît à travers la révolte de la garnison de Monterey en 1828 contre le gouverneur José Maria Echeandia envoyé en 1825. La colonie entre en dissidence et le nouveau gouverneur Mexicain Manuel Victoria envoyé après cela est rejeté par tous, y compris les grandes familles qui avaient jusqu'alors soutenu le régime. En novembre 1831, une insurrection dirigée par les nobles s'empare provisoirement de Los Angeles et de San DiegoL'Histoire, n° 225, octobre 1998, p. 27 ainsi que la « révolution » menée par Juan Bautista Alvarado en 1836. Celui-ci prend le contrôle de la capitale, Monterey, et fait déporter la plupart des officiels, tandis qu’il proclame l’indépendance et la souveraineté de la Californie en 1836. Cependant, il ne refuse pas le poste de gouverneur offert par le Mexique en 1837, ce qui met fin à cette autonomie toute relative. Au début des années 1820, des trappeurs américains et britanniques commencent à entrer en Californie pour y chercher des castors. Utilisant la Piste de Siskiyou, l’Ancienne route commerciale espagnole et, plus tard, la Piste de la Californie, ces trappeurs arrivent dans la province le plus souvent sans l’approbation des autorités mexicaines ou bien à leur insu.

La France et la Californie

Eugène Duflot de Mofras, directeur d’une expédition scientifique française en Californie, écrit en 1840, . En 1841, le général Vallejo écrit au gouverneur Avarado qu’il n’y a pas de doute à propos de la volonté de la France de devenir maîtresse de la Californie, mais les problèmes du gouvernement français empêchent le pays de mener à bien cette volonté. Durant une période de désaccord avec les Mexicains, le francophile John Sutter menace de faire lever le drapeau français sur la Californie et se place lui-même, ainsi que sa colonie de New Helvetia, sous la protection française. En 1845 le vice-consul français de Californie, Louis Gasquet, conseille vivement au gouvernement français d’envoyer une force navale. Lorsque les troupes américaines occupent Monterey, il crée un incident diplomatique en refusant de reconnaître le nouveau gouvernement. Durant les 51 jours de sa détention à domicile, il continue à espérer que la France intervienne, mais cela n’est pas le cas.

La conquête américaine de 1846

John Charles Frémont Sous la domination mexicaine, les compagnies de navigation américaines maintiennent le commerce avec les Amérindiens et rassemblent des fourrures. En 1846, la population espagnole de la région était de seulement 4000 personnes, soit quelques 800 familles, surtout concentrées dans les grands ranchs du sud. Environ 1300 Américains et un groupe mixte d’environ 500 Européens sont éparpillés entre Monterey et Sacramento. Lorsque la guerre est déclarée le 13 mai 1846, l’ordre de guerre n’arrive en Californie qu’après deux mois (mi-juillet 1846). Le consul américain Thomas O. Larkin de Monterey, après avoir entendu les rumeurs de la déclaration de guerre, essaie de conserver la paix entre les Américains et la petite garnison mexicaine commandée par José Castro. L’explorateur, soldat et cartographe John Charles Frémont arrive en Californie en décembre 1845 avec une soixantaine d’hommes bien armés, et se dirige vers l’Oregon lorsqu’il reçoit la nouvelle de l’imminence de la guerre contre le Mexique. Ayant entendu des rumeurs selon lesquelles les autorités mexicaines veulent arrêter tous les Américains, 30 colons se révoltent et s’emparent de la garnison de Sonoma. Ils hissent le Bear Flag de la République de Californie à Sonoma le 15 juin 1846. Le 23 juin Frémont arrive avec ses troupes et prend le commandement des deux forces. . Le Commodore John Drake Sloat ordonne dès lors à ses forces navales d’occuper Yerba Buena (San Francisco) le 7 juillet 1846 et d’y monter le drapeau américain. Le 15, Sloat cède le commandement à Robert Field Stockton, un chef plus agressif. Le 19 juillet la guerre est officiellement déclarée. Les forces américaines prennent alors rapidement le contrôle sur la Californie, en à peine quelques jours. Le Gouverneur mexicain fuit Los Angeles. Lorsque les forces de Stockton entre dans la ville le 13 août 1846, la conquête de la Californie semble complète et ne pas avoir coûté de vie. Stockton, cependant, laisse trop peu d’hommes dans la ville et les Californiens, de leur propre initiative et sans l’aide du Mexique, force la garnison à se retirer vers la fin du mois de septembre. Les renforts envoyés par Stockton sont repoussés au cours d’une petite bataille à San Pedro. Finalement, les forces de Stockton et d’un général, Stephen W. Kearny, entrent à Los Angeles sans résistance le 10 janvier 1847. Trois jours plus tard la « Capitulation de Cahuenga »Philippe Jacquin, Daniel Royot, Go West !, page 86 voit la reddition du dernier corps armé de Californiens, à Fremont. La révolte californienne est ainsi finie.

La Ruée vers l’or en Californie

Sutter’s Mill En 1848, de l’or est découvert à Sutter’s Mill - Carte publiée par l'État de Californie détaillant l'emplacement de plusieurs milliers de mines d'or (accès le 8 janvier 2007), à environ 64 km à l’est de Sacramento, dans les montagnes. C’est le début de la ruée vers l’or. John Sutter était un colon ayant la double nationalité germano-suisse, qui avait colonisé la région de la Sacramento et de Sutter Creek. James W. Marshall, son charpentier, est celui qui découvre l’or le 24 janvier 1848. Sutter ne désire pas que la nouvelle s’ébruite, mais les rumeurs apparaissaient rapidement et sont confirmées en mars par un marchand et vendeur de journaux, Samuel Brannan, à San Francisco. Le 19 août 1848, le New York Herald est le premier journal de la côte est à confirmer la nouvelle. Le 5 décembre de la même année, c’est le président des États-Unis lui-même qui l’annonce devant le congrès. Piste de la Californie (California Trail) pendant la Ruée vers l’or De très nombreux émigrants affluent dès lors en Californie, surtout depuis le reste des États-Unis, mais aussi des Européens - Français, Britanniques, Italiens et Allemands - qui arrivent vers la fin de l’année, après le Printemps des peuples. On estime ainsi le nombre d’arrivants en 1849 à personnes, qui seront appelées Forty-Niners.Rooted in barbarous soil: people, culture, and community in Gold Rush California, Starr, Kevin et Orsi, Richard J. (eds.) (2000), pp. 57-61, Berkeley and Los Angeles: Univ. of California Press. ISBN 0520224965 Les mineurs français sont surnommés les keskydees par les anglophones, car la plupart, croyant revenir rapidement chez eux, n’ont pas appris l’anglais et sont accompagnés par des interprètes auxquels ils demandent souvent : « Qu’est-ce qu’il dit? ». En 1848 et 1849, 76 tonnes d’or sont extraites en Californie.Philippe Jacquin, Daniel Royot, Go West ! , p.130. La plupart arrivent dans la région soit après un voyage terrestre long et difficile (le long de la Piste de la Californie ou California Trail), soit à l’issue d’une croisière faisant le tour complet du continent et passant par le Cap Horn (environ km). On estime que le nombre d’arrivants a été de personnes, ce qui en fait la plus grande migration de masse de l’histoire américaine . Elle a apporté à la Californie une population importante alors qu’il était auparavant impossible, vu le trop petit nombre d’habitants, d’en faire un État des États-Unis. Bodie, une ville fantôme, abandonnée après la Ruée vers l’or Les marchands approvisionnant les mineurs s’installent dans des villes, dont certaines apparaissent à l’occasion, situées le long de ce qui est aujourd’hui la State Highway 49, ainsi qu’à Sacramento et à San Francisco. Après une brève période durant laquelle cette dernière semble n’être qu’une ville fantôme, alors que tous les mineurs immigrés sont dans les régions du nord, elle prend subitement son essor et accueille des banquiers qui financent la recherche de l’or. Entre 1848 et 1850 sa population passe de 1000 à habitants permanents. Stockton et Sacramento s’agrandissent de manière semblable . On considère que la fin de la Ruée vers l'or a eu lieu en 1858, et que seulement 10 à 20 % des réserves d’or de Californie ont été exploitées durant celle-ci. La Ruée fait augmenter la pression qui pesait déjà sur les Amérindiens de la région : les mineurs forcent ainsi des tribus entières à quitter les terres riches en or ou bien les enrôlent pour miner. Certains villages sont aussi attaqués par l’armée et des milices volontaires. Plusieurs groupes répondent aux assauts: les Miwoks et Yokuts de la Sierra Nevada et de la vallée de San Joaquin mènent des raids agressifs à l’encontre des propriétés des colons en 1850 et 1851Philippe Jacquin, Daniel Royot, Go West !, page 84. Cette guerre, nommée Guerre de Mariposa, finit néanmoins par ralentir puis par s’achever en 1860 lorsque la maladie, la famine et la violence ont réduit la population amérindienne à environ personnes . Plusieurs tribus disparaissent, par exemple les Yana, dont le dernier représentant, Ishi, est mort en 1916.

L’accession au statut d’État

Le Capitole de Californie à Sacramento Avant que la Californie ne soit officiellement admise dans l’Union elle occupait une place ambiguë au niveau politique. Elle s’était désignée elle-même en tant que république libre mais était contrôlée par un gouverneur tout au long de cette période. Ce n’était ni vraiment une république, ni vraiment un district militaire, ni même un territoire fédéral. Bennett Riley, le dernier gouverneur militaire, organise une convention constitutionnelle en 1849 à Monterey Page sur la Convention de 1849 sur le site Militarymuseum.org. Les 48 délégués sont pour la plupart des colons arrivés avant 1846, dont huit sont des Californios. La Convention décide à l'unanimité d'interdire l'esclavage, met en place un gouvernement d'intérim qui va gérer la région pendant dix mois et rédige la première Constitution de la Californie. Finalement, le 9 septembre 1850, elle rejoint les États-Unis en tant qu’État libre grâce au Compromis de 1850, seulement deux ans après la fin de la guerre contre le Mexique. Cependant, l’instabilité va encore régner jusqu’au début des années 1860. La très rapide augmentation de la population rend tout d’abord l’administration difficile et oblige le choix trop rapide d’une capitale où installer le gouvernement, ce qui conduit à plusieurs déménagements successifs de celle-ci. Ainsi San José est tout d’abord choisie, cependant, si elle représente un symbole puisque c’est la première ville à avoir été fondée en Californie, elle ne possède pas les infrastructures nécessaires pour devenir une vraie capitale et le mécontentement gagne les élus lorsque, par exemple, son accès devient difficile en hiver 1850-1851 à cause du mauvais état des routes. Un ancien général et sénateur de l’État, Mariano Guadalupe Vallejo, offre des terres à l’emplacement de la future ville de Vallejo pour en faire une nouvelle capitale. La Législature s’y réunit pendant une semaine en 1852 puis pendant un mois en 1853, mais la même situation se répète : l’endroit ne peut pas accueillir le gouvernement. La capitale est donc très vite déplacée près de la petite ville de Benicia, à proximité de la baie de San Francisco. Une statehouse est érigée dans un style américain ancien. Bien que sise à un point stratégique entre le territoire de la ruée vers l’or et San Francisco, le principal port de la région, la localité est considérée comme inadaptée à de futures expansions. La capitale est par conséquent déplacée à nouveau, cette fois-ci plus à l’intérieur des terres, à Sacramento, localité où elle est toujours située. Le 4 janvier 1850, le comité constitutionnel de Californie recommande la création de 18 comtés dont la liste suit : Benicia, Butte, Fremont, Los Angeles, Mariposa, Monterey, Mount Diablo, Oro, Redding, Sacramento, San Diego, San Francisco, San Joaquin, San Jose, San Luis Obispo, Santa Barbara, Sonoma, et Sutter. Les comtés sont par la suite modifiés à de multiples reprises, jusqu’à arriver aux 58 comtés actuels. En tant que divisions territoriales disposant de pouvoirs au niveau local, ils permettent une meilleure gestion du territoire. Au niveau de la loi et de l’ordre, l’anarchie semble tout d’abord dominer l’État. En 1851 et 1856, on assiste à une montée en puissance des « Committees of Vigilance », des groupes qui profitent du manque d’autorité - par exemple, l’absence ou la faiblesse des forces de police - et de l’instabilité du gouvernement pour faire la loi. Ces comités, qui pensent que le gouvernement est miné par la corruption, s’occupent le plus souvent de punir les criminels, mais essaient aussi souvent d’expulser les immigrants, surtout des Irlandais et des Chinois. Ceux-ci subissent de nombreux lynchages. Si ces comités, très actifs à San Francisco , vont disparaître après 1856 et la stabilisation de l’État, le sentiment anti-immigrant et la discrimination vont, quant à eux, longtemps persister. Une loi votée par le Congrès fédéral en 1851 va mettre fin à une autre situation délicate : de nombreux immigrants se sont installés dans les ranchos, au mécontentement de leurs riches propriétaires. La loi a pour but de vérifier la validité des titres terriens des rancheros, après quoi ils peuvent chasser légalement les squatteurs. Cependant le processus dure en moyenne 17 ans, et toutes les propriétés ne sont pas reconnues, ce qui fait que la plupart des rancheros perdent une grande partie de leur fortune. Cette ancienne élite mexicaine, à laquelle on avait pourtant juré après la conquête américaine que ses terres seraient inviolées, perd ainsi sa prédominance en Californie au profit des immigrants et de leurs descendants.

La Californie durant la Guerre de Sécession

Le rôle de la Californie dans la guerre est l’un des domaines les moins documentés de l’histoire des États-Unis et de la Californie. On sait néanmoins que cet État a joué un rôle distant dans le conflit et que c’était à l’époque une sorte de microcosme de la totalité des États-Unis, représentant autant le Nord que le Sud. La Californie a en effet été tout d’abord colonisée par des fermiers du Sud et du Mid-West qui étaient sympathisants d’une politique de gouvernement décentralisé et de l’extension des droits accordés aux États. Il y avait cependant une minorité de capitalistes venus du nord-est qui jouaient un rôle important dans la politique et les finances de l’État. Après la sécession du territoire de l’Arizona et son accession dans la Confédération, les rumeurs disaient que la Californie du sud ferait elle aussi sécession, ce qui n’est pas arrivé. En tout, 88 batailles d’importance variable ont été livrées en Californie, la plupart dans le but de prendre de l’or pour la Confédération. La Californie fournit à l’Union environ soldats volontaires, dont peu servent durant les conflits majeurs de la guerre, mais qui contribuent autant que les autres États à l’effort de guerre. et

Le sentiment anti-chinois

Chinatown de San Francisco Après la fin de la guerre en 1865, la Californie continue à se développer. Les mineurs indépendants sont à présent largement remplacés par de grandes corporations minières. De nombreux travailleurs sont renvoyés lorsque des immigrants chinois sont recrutés par les compagnies (les « coolies »), qui ont effectué une grande partie des travaux sur les chemins de fer. En 1859, environ Chinois sont installés en CaliforniePhilippe Jacquin, Daniel Royot, Go West ! , p.133 ; en 1880, ils sont Philippe Jacquin, Daniel Royot, Go West ! , p.124 . Les ouvriers d’origine américaine au chômage se révoltent quand ils perdent leurs emplois tandis que les mineurs chinois manifestent leur mécontentement envers les mauvais traitements qu’ils subissent, autant de la part de leurs employeurs que des autres Californiens. De 1850 jusqu’à 1900, le sentiment anti-immigrés donne naissance à de nombreuses lois qui restent en application jusqu’au milieu du . Ainsi, en 1868, le traité de Burlingame restreint l’immigration chinoisePhilippe Jacquin, Daniel Royot, Go West ! , p.134. Mais l’épisode le plus flagrant de cette époque est probablement la création et la ratification d’une nouvelle constitution de l’État en 1879. Des lobbies comme le Workingmen’s Party de Deanis Kearney sont les initiateurs de l’article XIX, section 4, donnant à toutes les villes californiennes ainsi qu’aux comtés le pouvoir d’expulser les chinois ou de limiter les lieux où ils peuvent résider. Cet article voté en 1882 persiste jusqu’en 1952 et mène au Chinese Exclusion Act de 1882. La Californie fait aussi passer des lois empêchant les étrangers, spécialement les Asiatiques, d’obtenir un titre de possession de terrain, dans la lignée de Alien Land Act de 1913.La civilisation américaine, collectif PUF, ISBN 213055409

Le développement de la Californie

Caricature du monopole de la Southern Pacific Railroad sous la forme d’une pieuvre Jusqu’alors la Californie était plutôt isolée par rapport aux autres États, malgré les tentatives du Pony Express (courrier) dont l’impact fut minimal et de l’introduction de caravanes de chameaux traversant les déserts du sud-ouest. Après la guerre de Sécession, l’arrivée du premier chemin de fer transcontinental (1869) contribue grandement au rapide développement de l’État. Les directeurs des compagnies s’enrichissent vite et constituent une nouvelle élite qui participe activement à la vie californienne. Les principaux (les « Big Four ») sont Charles Crocker, Leland Stanford, Mark Hopkins et Collis Huntington. L’agriculture se développe elle aussi, ainsi que toutes les autres industries, grâce à l’arrivée des trains et au percement du canal de PanamaJacques Binoche, Histoire des États-Unis, Paris, Ellipses, 2003, ISBN 2-7298-1451-5, page 133, même si une période de dépression suit la fin des travaux. Cependant ce développement ne va pas sans critiques. À la fin du siècle, de nombreux Californiens pensent que les Big Four sont devenus bien trop puissants et riches, et qu’ils corrompent le gouvernement. De nombreuses caricatures représentent les grandes compagnies ferroviaires sous les traits de pieuvres contrôlant toute l’économie et les richesses de la Californie. Dans son roman The Octopus: A Story of California, Frank Norris décrit l’asservissement économique qu’imposent les compagnies aux agriculteurs de Californie. En effet, des problèmes apparaissent souvent entre ces firmes et les habitants, notamment au niveau de la propriété des terres traversées par les lignes, qui mènent jusqu’à des poursuites en justice. Le roman évoqué plus haut s’inspire du tragique évènement qui a suivi l’un de ces procès, le 11 mai 1880, connu sous le nom de « Mussel Slough Tragedy », qui vit la mort de sept personnes . Un autre point qui est mal perçu par la population est le fait que les directeurs des grandes compagnies aient une influence politique considérable. Leland Stanford, par exemple, a été élu en décembre 1861 au poste de gouverneur de l’État. Il apparait ainsi que les chemins de fer ont joué un rôle ambigu dans l’histoire de l’État: ils lui ont apporté le développement, la richesse et de nouvelles populations, mais ont d’un autre côté été au centre d’affaires de corruption et de conflits embarrassants. Vers la fin du , plusieurs exploits sont réalisés dans l’industrie mécanique en Californie, par exemple la construction de l’aqueduc de Los Angeles. Celui-ci traverse la Californie de l’est à travers le désert des Mojaves et la Vallée d’Antelope pour alimenter en eaux Los Angeles située loin au sud. C’est l’œuvre de William Mulholland et l’aqueduc est toujours utilisé aujourd’hui. Son histoire est néanmoins mouvementée puisqu’il désavantageait les fermiers de la Vallée d’Owens et prélevait son eau depuis le Mono Lake : on parle même de California Water Wars.

San Francisco après le tremblement de terre et l’incendie de 1906 En tant que destination finale des pionniers américains, la Californie est le terminus de nombreux chemins d’émigration historiques et de routes. La Lincoln Highway, la première route transcontinentale d’Amérique construite pour les véhicules motorisés, est un facteur clé du développement de l’industrie et du tourisme dans l’État : elle relie en effet New York à San Francisco. Des effets similaires suivent la création de la Route 66. Le début du est marqué par un tremblement de terre à San Francisco qui, suivi par un incendie géant, détruit une grande partie de la ville et provoque la mort de 452 personnes. La catastrophe a un grand impact sur la population de la ville mais aussi du reste de l’État, puisque les recherches montrent que la faille responsable du séisme, celle de San Andreas, passe aussi près de Los Angeles. Depuis, les Californiens s’attendent à un nouveau séisme de cette envergure, The Big One. Un autre point important du début du est le succès d’une série d’hommes de loi qui, en exploitant les différences existant entre la loi espagnole et la loi commune anglo-saxonne, réussissent à acquérir les anciens territoires espagnols pour eux-mêmes et leurs clients. Une prise célèbre est celle de la ville d’Anaheim, qui est divisée et vendue à des Allemands et à des fermiers étasuniens. Un grand nombre d’autres terres de ce genre sont protégées par leurs possesseurs pendant quelque temps, comme le Irvine Ranch dans le comté d’Orange.

Jusqu’en 1950

Une « forêt » de grues à pétrole près de Los Angeles Entre 1900 et 1965, la population de la Californie passe de moins d’un million d’habitants à celle la plus élevée des États-Unis. Cette évolution est liée à plusieurs facteurs qui vont entraîner une nouvelle ère de croissance et de développement rapide dans l’état. Dans les années 1920, du pétrole est découvert dans l’État, tout d’abord près de Newhall, dans le nord du comté de Los Angeles. Quelque temps plus tard, on en trouve aussi dans le bassin de Los Angeles et dans d’autres régions de la Californie : il devient rapidement l’industrie la plus rentable de la Californie du sud et attire les nouveaux arrivants. Les premières décennies du voient en même temps la naissance des compagnies du cinéma. Parmi celles-ci, la MGM, Universal et Warner Brothers achètent toutes des terres à Hollywood, qui était jusqu’alors un petit quartier en bordure de Los Angeles connu sous le nom d’Hollywoodland; et qui va progressivement devenir le centre majeur de l’industrie cinématographique américaine. La Grande dépression atteint la Californie dans les années trente. Le livre de John Steinbeck, Les raisins de la colère, décrit cette époque, marquée par la xénophobie et le nativisme d’une partie de la population, qui influence le gouvernement pour renvoyer une centaine de milliers de Mexicains à la frontière, responsables selon eux de la crise économique. Des mesures similaires touchent les immigrants venant des Philippines. La croissance en Californie reprend ensuite lentement, principalement grâce à l’agriculture (production d’oranges et de raisins). La Californie attire dès lors beaucoup d’Américains venant de tout le pays, spécialement du Midwest, grâce à son climat méditerranéen, sa terre peu chère, et sa grande variété de paysages. Beaucoup de westerns de l’époque sont tournés dans la Vallée d’Owens, à l’est de la Sierra Nevada. Les films se déroulant dans le désert sont quant à eux filmés dans la vallée de la Mort et le désert des Mojaves ; les films de pirates à Carmel… Les films se déroulant en hiver sont tout simplement tournés dans les San Bernardino Mountains, ou en studio. Au début des années 1930 la population du show-business a étendu son empire sur la radio et, au milieu du siècle, la Californie du sud est devenue un centre majeur de la production télévisée, où sont accueillis de nombreuses chaînes et des réseaux comme la NBC et CBS. La région produit 90% du vin et des raisins en 1941. Durant la Seconde Guerre mondiale l’État prend son importance dans l’effort de guerre : de nombreuses bases d’entraînement sont établies au sud, ainsi que l’industrie aéronautique. San Diego, Long Beach et la baie de San Francisco accueillent le gros des chantiers navals du pays. Les liberty ships sont ainsi construits en masse à San Francisco.

Le baby boom

Campus de l’université de Berkeley Après la guerre, l’immobilier remplace les industries du pétrole et de l’agriculture comme principal domaine d’activité en Californie du sud. L'État se modernise : à Los Angeles, la première autoroute de tout l'Ouest américain, la 110 Freeway, est achevée en 1953. En 1955, Disneyland ouvre à Anaheim. La population californienne augmente rapidement jusqu’à atteindre 20 millions d’habitants en 1970, lorsque la génération du baby boom arrive à la majorité. À la fin des années 1960 celle-ci s’oppose à la guerre du Viêt Nam par de nombreuses grèves et manifestations, notamment au célèbre campus de Berkeley de l’Université de Californie. En 1965 des émeutes raciales explosent à Watts, dans la région de Los Angeles appelée South Central. Plusieurs commentateurs prédisent même une révolution, mais le gouvernement fédéral promet l’abandon de la guerre, ce qui a lieu en 1974. La Californie cultive à cette époque l’image d’un État où la vie et facile et le climat paradisiaque. Les chansons populaires de l’époque portent des titres comme « California Dreamin », « If You’re Going to San Francisco », « Do You Know the Way to San Jose? » et « Hotel California » tandis que la culture du surf bourgeonne. La Californie voit aussi l’apparition du mouvement hippie. En 1967 cette tendance est à son paroxysme, c’est le Summer of Love.

Entre grands succès et problèmes pesants

À la même époque, le « Golden State » vit une expansion commerciale et industrielle sans précédent. L’adoption d’un Master Plan for Higher Education en 1960 permet le développement d’un système d’éducation publique très efficace à travers l’Université de Californie et l’Université d’État de Californie. Par cette création de main-d’œuvre éduquée, la Californie attire les investisseurs, particulièrement dans les secteurs liés à la haute technologie. La Harbor Freeway à Los Angeles Dans les années 1950, les compagnies de haute technologie de la Californie du Nord commence une croissance spectaculaire. Les produits principaux sont : les ordinateurs personnels, les jeux vidéo, et les systèmes en réseau. La majorité de ces compagnies est installée dans la Silicon Valley, située dans la vallée de Santa Clarita, au sud de la baie de San Francisco. Vers la fin du siècle, néanmoins, les spécialistes estiment qu’il y a plus de personnes qui quittent la vallée pour l’Inde qu’il n’y a de personnes qui y viennent. Avant les années 1960 le système légal de la Californie était connu pour la nature incohérente, répressive et arriérée de ses lois, et ses cours de justice chaotiques et désorganisées. Pendant cette décennie, sous la direction du Chief Justice Roger J. Traynor, la Californie devient libérale et progressiste, et la Cour suprême de l’État est à présent l’une des plus prestigieuses du pays. Elle est connue pour ses nombreuses innovations, notamment au niveau du droit de la famille. Tous ces éléments font que la Californie est reconnue en 1980 comme la huitième plus grande économie du monde.

Problèmes

Des millions de travailleurs sont nécessaires pour assurer ces nombreux progrès, or la hausse brutale de la population pose de nombreux problèmes, dont l’étalement urbain, le trafic automobile, la pollution et la criminalité. Les gouvernements des villes et des comtés sont obligés de limiter la construction au-delà de certaines frontières, ce qui réduit la taille des espaces pour la construction des maisons, etc. Des Open Space Districts sont créés à plusieurs endroits de l’État pour préserver des territoires à leur état naturel. Par exemple, dans la région de la baie de San Francisco, les espaces non-développés permanents permettent la création de grands parcs naturels. La pollution et le smog qui se développent rapidement dès le début des années 1970 sont aussi des problèmes difficiles à régler. Les écoles sont fermées dans les aires urbaines lorsqu’a lieu un « smog day », c’est-à-dire un jour où la pollution est telle qu’aller dehors est dangereux pour la santé à cause du niveau d’ozone présent dans l’air. Comprenant la nécessité d’arrêter la pollution, la population est prête à changer ses habitudes. Durant les trente années suivantes, l’État mets en place une régulation parmi les plus strictes des États-Unis en ce qui concerne la pollution et le smog et encourage les stratégies de non-pollution dans les différentes industries, dont celle de l’automobile. Le résultat est une baisse significative du smog, mais celui-ci est toujours très présent à différentes époques de l’année et dans certaines régions.

Une victime de son propre succès ?

Bien que la pollution de l’air ait été amoindrie grâce aux nouvelles lois, les problèmes qui y sont associés au niveau de la santé continuent à augmenter. La plupart des Californiens résidant dans les grands centres urbains ont des allergies respiratoires, et l’asthme est très répandu. La pollution de l’eau commence à tuer les organismes marins vivant près des côtes. L’empoisonnement des eaux entraîne des comportements anormaux chez les oiseaux, s’ils mangent des algues ou des coquillages contenant, par exemple, de l’acide domoïque, une neurotoxine. En 1961, des milliers d’oiseaux contaminés avaient envahi le nord de l’État ; et, en juin 2006, plusieurs dizaines de cas ont été recensés.Voir les articles sur et Au cours du , c’est aussi le visage de la Californie qui a été profondément transformé : certains lacs ont disparu ou se sont considérablement amoindris au fur et à mesure des aménagements ; certains cours d’eau comme la Los Angeles River ont subi l’urbanisation (les rives du fleuve sont bétonnées sur une grande partie de son cours). Les émeutes de 1992 à Los Angeles sont un exemple parmi d’autres des problèmes sociaux principaux en Californie, à savoir les tensions raciales et l’immigration. Arnold Schwarzenegger (gauche), Gray Davis, le gouverneur sortant, (droite) et George W. Bush

Le commence par une crise de l’électricité faisant suite aux mauvais résultats d’une semi-déréglementation du marché de l’électricité dans l’État. Cette crise énergétique est caractérisée par la combinaison de prix extrêmement chers et de pannes de courant répétées entre juin 2000 et le milieu de l’année 2001. Le 17 janvier 2001 le gouverneur démocrate Gray Davis déclare l’état d’urgence, qui n’est levé que le 13 novembre 2003. Durant la campagne de 2002 pour l’accession au poste de gouverneur, ce dernier gagne les élections face à Bill Simon avec 47, 4% des voix. Cependant, à peine l’élection achevée, Davis est accusé d’avoir caché un déficit du budget de 34, 6 milliards de dollars. Cet évènement, ainsi que la crise de l’électricté évoquée plus haut, le rend très impopulaire, et à peu près deux millions de Californiens signent des pétitions demandant la reconduite de l’élection contre Davis. 135 candidats se présentent pour remplacer le gouverneur. Le 7 octobre 2003 55, 4% des votants supportent le rejet de Davis lors de la première phase du vote. La seconde voit l’élection du républicain Arnold Schwarzenegger avec 48, 6% des voix. Après une première année de mandat qualifiée de « décevante » par le Los Angeles Times et qui voit la popularité de Schwarzenegger baisser, ce dernier fait de la lutte contre le réchauffement climatique un élément central de sa politique, qui se distingue ainsi de celle de l’administration Bush « Le NYT choisit Hillary Clinton et le Los Angeles Times Schwarzenegger », dépêche AFP dans Le Monde, 15/10/2006, . Ainsi, en 2006, l’État californien vote une loi, le Global Warming Solution Act, dont le but est de limiter les émissions de gaz à effet de serre. C’est la première fois qu’un état des États-Unis d’Amérique prend une telle décision, alors que l’État fédéral n’accepte pas le Protocole de Kyoto. Le 7 novembre 2006, Schwarzenegger est réélu avec 56% des suffrages face au candidat démocrate Angelides, soutenu par 39% des voix.

Voir aussi

Sources

Notes et références

Bibliographie

En français

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-Didier Latapie, La Fabuleuse Histoire de la ruée vers l’or, Californie - , Privat, 2001, ISBN 2708917145
-Annick Foucrier, Le rêve californien. Migrants français sur la côte Pacifique, XVIIIe-XXe siècles, Paris, Belin, 2000, ISBN 270112638X

En anglais

- Bakken, Gordon Morris. California History: A Topical Approach (2003)
- Cherney, Robert. Competing Visions: A History Of California (2005)
- Pitt, Leonard, and Dale Pitt. Los Angeles A to Z: An Encyclopedia of the City and County (2000)
- Rawls, James J. and Walton Bean. California: An Interpretive History (2002)
- Rawls, James J. ed. New Directions In California History: A Book of Readings (1988)
- Rice, Richard. The Elusive Eden: A New History of California (2001)
- Rolle, Andrew F. California: A History (2003)
- Embattled Dreams: California in War and Peace, 1940-1950 (2003)
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- Sucheng, Chan , and Spencer C. Olin, eds. Major Problems in California History (1996) ===
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