Armes nucléaires en Corée du Nord

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Armes nucléaires en Corée du Nord

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Aperçu historique

Les prémices

En février 1990, des chercheurs japonais des universités nationales de la région de Tōkai ont annoncé avoir identifié le site de construction d’une centrale nucléaire à Yongbyon, à 90 kilomètres au nord-est de Pyongyang, sur une photographie prise en septembre 1989 depuis un satellite d’observation français du Centre national d'études spatiales. En 1991, le gouvernement américain de M. George Herbert Walker Bush s’inquiétait des activités de ce complexe nucléaire nord-coréen qui abrite un réacteur à graphite qui contrevenaient aux dispositions du Traité de non-prolifération nucléaire. Les États-Unis stationnaient alors des armes nucléaires tactiques en Corée du Sud. M. Bush senior entama les premiers pourparlers avec Pyongyang, et l’armement nucléaire américain fut retiré de Corée du Sud en 1992. Début 1993, la Corée du Nord déclara que les inspecteurs de l’Agence internationale de l’énergie atomique étaient aux ordres des services de renseignement américains et annonça son retrait du TNP et qualifia d’éventuelles sanctions du Conseil de sécurité des Nations unies d’« actes de guerre ». La crise ainsi déclenchée par Kim Il-sung allait durer dix-huit mois et s’aggraver quand, en mai 1994, la Corée du Nord déchargea du réacteur de Yongbyon barres de combustible irradié contenant assez de plutonium pour fabriquer cinq ou six bombes atomiques. Fin juin 1994, le président des États-Unis Clinton était à deux doigts de déclarer la guerre à la Corée du Nord et dépécha l’ancien président Jimmy Carter à Pyongyang, où il s’entretint directement avec M. Kim Il-sung et obtint l’engagement d’un gel total du complexe de Yongbyon.Chantage nucléaire en Corée du Nord, Bruce Cumings, Monde Diplomatique, février 2003

L'accord-cadre de 1994

En 1994, un accord-cadre fut signé à Genève entre les États-Unis et la Corée du Nord visant à l'abandon de tout programme nucléaire militaire par les Coréens, en contrepartie de l'engagement des États-Unis à fournir des centrales à eau légère. Comme en 2006 dans le cas de l'Iran, les Américains ne souhaitaient pas qu'un pays non-détenteur de l'arme nucléaire se dote d'une technologie nucléaire duale (pouvant être utilisée à des fins civiles ou à des fins militaires). Pour les Nord-Coréens, le recours à l'énergie nucléaire devait officiellement permettre de pallier la crise énergétique, notamment après la fin des approvisionnements en pétrole soviétique à des conditions préférentielles, tandis que l'accès de tous les États au nucléaire civil constitue l'un des fondements du traité de non-prolifération nucléaire (TNP). L'accord de Genève prévoyait la mise en place d'un consortium international, le KEDO. L'accord n'a toutefois pas été honoré : les Nord- Coréens n'ayant pas respecté leurs engagements, les Américains n'ont pas livré de centrales à eau légère.

Changement de majorité à Washington et durcissement des positions américaines

L'arrivée au pouvoir de George W. Bush à Washington, en 2000, a condamné toute possibilité de la concrétisation de l'accord-cadre de 1994 : selon le spécialiste américain de la Corée du Nord John Feffer , "les forts soupçons que les néo-conservateurs ont toujours nourris vis-à-vis de la détente, ou « engagement » dans le jargon d’aujourd’hui, expliquent beaucoup de choses sur la politique américaine actuelle envers la Corée du Nord. La méfiance vis-à-vis des traités sur le contrôle des armements signés avec l'Union soviétique dans les années 1970 trouve son parallèle dans le rejet de l'Accord-cadre de 1994, qui a gelé les capacités de la Corée du Nord en échange d'incitations économiques et politiques que les partisans américains de la ligne dure furent finalement réticents à fournir. La croyance en un renforcement de l'Union soviétique dû à l'extension des relations commerciales, comme la peur que le commerce ait pareillement profité à la Chine, se traduit aujourd'hui par une réticence similaire à s'engager économiquement avec la Corée du Nord". Selon le sous-secrétaire d’État James Kelly et son assistant J. Pritchard, Kang Suk-ju, vice-ministre nord-coréen des affaires étrangères, leur aurait avoué l’existence d’un tel programme, lors de sa visite d’octobre 2002 à Pyongyang. Bien que cet aveu ait été nié par la Corée du Nord, et que d'autres membres de la délégation américaine ont insisté sur une surinterprétation de M. Kelly, les États-Unis ont décidé de suspendre officiellement leurs engagements pris lors de l'accord-cadre de 1994Selon Jean-René Kim, citant , "James A. Kelly et J. Pritchard semblent bien avoir délibérément surinterprété les propos de Kang Suk-ju, comme l’indique le compte rendu a posteriori d’un autre membre de la délégation américaine qui assistait également à cet entretien" : « Un officiel présent à la rencontre de 2002 a dit que Pritchard et le Secrétaire d’État adjoint James A. Kelly ont commencé à passer des notes alors que Kang Suk-ju, le premier vice-ministre nord-coréen des affaires étrangères, "le visage enfiévré et l’air défiant", commença un monologue de cinquante minutes en réaction à la déclaration américaine selon laquelle il était connu que la Corée du Nord avait un programme d’enrichissement. Au fur et à mesure de l’avancement de la traduction, Pritchard et Kelly se passaient l’un l’autre des notes, demandant : "Est-il en train de dire que nous croyons ce qu’il dit ?"Une demi minute plus tard, ils se passèrent encore des papiers, qui disaient en effet, "Peu importe, c’est clair". » Source .

Les accusations américaines sur un programme clandestin d'enrichissement d'uranium et le retrait de la Corée du Nord du TNP

Accusée par les États-Unis de poursuivre un programme clandestin d'enrichissement de l'uranium, la Corée du Nord a décidé d'expulser les inspecteurs de l'Agence internationale de l'énergie atomique en décembre 2002 et de se retirer du traité de non-prolifération nucléaire en janvier 2003. En effet, la Corée du Nord niait la conduite d'un tel programme d'enrichissement d'uranium, tout en reconnaissant mener un programme d'enrichissement à base de plutonium dans la ville de Yongbyon. Cependant, l'audition par le Congrès américain du responsable des renseignements américains en Corée du Nord, M. Joseph deTrani, en février 2007, a mis en doute l'existence d'un tel programme clandestin d'enrichissement de l'uranium. David Albright, président de l’Institut pour la science et la sécurité internationale (ISSI) et ancien inspecteur de l’ONU, a fait une comparaison avec les informations des services de renseignements américains sur l'Irak, à la veille du conflit : les services secrets américains affirmaient que l'Irak détenait des armes de destruction massive, avant que cette information ne soit remise en cause. Comme pour l'Irak, les affirmations des services secrets américains se fondaient largement sur l'achat de milliers de tubes d'aluminium, supposées servir à la construction de centrifugeuses. Ce rapport de l'ISSI observe notamment que "The 2002 U.S. intelligence assessment that originally claimed to have established the existence of this plant appears to be based heavily on the order of thousands of aluminum tubes. Like the Iraqi high strength aluminum tubes used by the CIA to argue that Iraq was building thousands of gas centrifuges, the analysis about North Korea’s program also appears to be flawed. The intelligence community conducted this assessment at the same time it produced a number of flawed assessments about Iraq’s WMD program, which alone should trigger concern about past assessments of North Korea’s centrifuge program.".

Les justifications de Pyongyang de son "droit à détenir" l'arme nucléaire

La Corée du Nord a toutefois justifié la possibilité de détenir l'arme nucléaire comme une arme de dissuasion vis-à-vis des États-Unis ; en contrepartie de l'abandon de tout programme nucléaire militaire, elle demande le retrait des troupes américaines de Corée du Sud et des garanties de sécurité contre une éventuelle agression américaines. La Corée du Nord demande également le retrait des armes nucléaires que détiendraient les États-Unis en Corée du Sud. Si les Américains nient détenir des armes nucléaires en Corée, ils n'ont jamais accepté d'ouvrir leurs bases soupçonnées d'abriter des armes nucléaires aux inspecteurs de l'Agence internationale de l'énergie atomique.

Des cycles de négociation multilatérale pour sortir de l'impasse diplomatique

La crise ouverte en 2002 sur le nucléaire nord-coréen a entraîné plusieurs cycles de négociations à six parties (Corée du Nord, Corée du Sud, États-Unis, République populaire de Chine, Japon, Russie). A l'issue du dernier cycle de négociations à six lors de la conférence de Pékin, à la fin de l'été 2005, la Corée du Nord a accepté de renoncer a l'arme atomique le 19 septembre 2005 sous réserve, d'une part, que la communauté internationale autorise son programme de nucléaire civil afin de réduire sa dépendance énergétique, et d'autre part qu'elle dispose de garanties de sécurité pour prévenir une attaque américaine à son encontre. La mise en œuvre de l'accord, formulé en termes généraux, a buté sur des difficultés d'interprétation et, plus fondamentalement, sur des objectifs divergents des différentes parties à la conférence de Pékin : si la Corée du Sud, les États-Unis, le Japon, la Chine et la Russie ne souhaitent pas que la Corée du Nord soit une puissance nucléaire, seuls les États-Unis poursuivent l'objectif d'un changement de régime à Pyongyang (alors que le Japon et la Corée du Sud craignent la déstabilisation régionale qui résulterait d'un tel changement politique en Corée du Nord). De ce point de vue, la question nucléaire coréenne apparaît, pour les Américains, comme un argument parmi d'autres (les droits de l'homme, les trafics dont Washington accuse Pyongyang malgré les démentis de la Corée du Nord qui tire argument du manque de preuves tangibles) pour faire chuter le régime de Pyongyang. Les sanctions financières américaines contre la Corée du Nord, depuis la fin de l'année 2005, s'inscrivent dans une même logique de rapport de force. En déplacement à Tokyo le 18 mai 2006, Kofi Annan, secrétaire général des Nations-Unies, a appelé à "poursuivre les négociations pour convaincre Téhéran et Pyongyang de renoncer à leurs programmes nucléaires" (source : dépêche AFP, 19 mai 2006), condamnant implicitement selon certains les menaces américaines et, dans le cas coréen, les sanctions financières américaines contre la Corée du Nord. Cette prise de position est intervenue suite à une proposition de la Corée du Nord de rouvrir les négociations, en recourant à une médiation norvégienne. L’ambassadeur nord-coréen en Europe du Nord Jon In-chan, au cours d’un entretien accordé au printemps 2006 au quotidien norvégien Verdens Gang, a ainsi suggéré que la Norvège agisse comme intermédiaire entre la Corée du Nord et les États-Unis dans de futures négociations. Tandis que les responsables norvégiens ont accueilli favorablement cette proposition, les États-Unis ont préférer réserver leurs commentaires (source : le point de vue de Richard Saccone, expert de la Corée, dans le numéro du "Pittsburgh-Post Gazette" daté du 30 avril 2006 ).

Question nucléaire coréenne et échec de la conférence de révision du TNP

La non-résolution de la question nucléaire en Corée est intervenue dans un contexte d'échec de la conférence de révision du traité de non-prolifération nucléaire (TNP), en mai 2005, laquelle a incombé en premier lieu aux États-Unis selon l'ancien président américain Jimmy Carter : « Les États-Unis sont les principaux coupables de l’affaiblissement du TNP. Alors qu’ils se présentaient comme protégeant le monde des menaces de prolifération en Iraq, Libye, Iran et Corée du Nord (…) ils renonçaient aussi aux promesses du passé et menacent maintenant d’utiliser en premier des armes atomiques contre des États non nucléaires » (source : Jimmy Carter, « Saving nonproliferation », The Washington Post, 28 mars 2005, cité par Gavan McCormack, professeur à la Research School of Pacific and Asian Studies près l’Université nationale d’Australie, coordinateur de "Japan Focus", dans l'article de "Japan Focus" : "Le « problème nord-coréen », le Japon et les États-Unis : la politique de l’hypocrisie", disponible à l'adresse suivante ).

L'essai nucléaire de 2006

La crise a atteint un nouveau palier avec l'annonce officielle par la Corée du Nord d'un essai nucléaire de faible puissance le lundi à 10h36 (heure locale) sur le site de Hwadaeri, près de Kilju, à 100 km de la frontiére chinoise. Cet essai a été dénoncé par toute la communauté internationale, y compris par la République populaire de Chine, principal soutien de la Corée du Nord. La résolution 1718 du Conseil de sécurité des Nations unies imposa des sanctions. Selon les services de renseignement sud-coréens, la Corée du Nord disposerait de 40 kilos de plutonium ce qui lui permettrait de réaliser sept bombes atomiques http://www.tsr.ch/tsr/index.html?siteSect=200001&sid=7142274. Après l'essai nucléaire nord-coréen du 9 octobre 2006, la Corée du Nord ne fait toutefois plus de la levée des sanctions un préalable à la reprise des négociations sur le nucléaire, mais demande une discussion préliminaire sur ce point dans le cadre de ces négociations à six qui ont repris le 18 décembre 2006 (source : "Le Monde" et ).

L'accord de Pékin du 13 février 2007

Le contenu de l'accord

Après l'essai nucléaire du 9 octobre 2006, une nouvelle session de pourparlers à six parties s'est tenue à Pékin du 8 au 13 février 2007. A l'issue de ces discussions, il a été convenu, selon l'agence nord-coréenne KCNA, la "suspension temporaire des activités des installations nucléaires de la République populaire démocratique de Corée" (RPDC), en contrepartie d'une aide économique et énergétique équivalent à un million de tonnes de pétrole brut. Aux termes d'une déclaration conjointe signée entre les différents participants, une première livraison de tonnes de pétrole brut doit intervenir dans un délai de 60 jours. Toujours selon les termes de cette déclaration conjointe, la Corée du Nord doit inviter du personnel spécialisé de l’Agence Internationale de l'Energie Atomique (AIEA) pour exécuter les vérifications et les contrôles nécessaires des installations nucléaires de Yongbyon. Par ailleurs, selon une déclaration conjointe américano - nord-coréenne publiée le 13 février 2007 à l'issue de cette même session de pourparlers, "La RPDC et les États-Unis commenceront des négociations bilatérales visant à résoudre les problèmes en cours et à progresser vers des relations diplomatiques complètes". Selon les observateurs étrangers, les États-Unis envisageraient la levée des sanctions financières qu'ils ont prises à l'égard de la RPDC en contrepartie de la fermeture du réacteur nucléaire de Yongbyon. En outre, toujours selon l'agence chinoise Xinhua, "la RPDC et le Japon vont également entamer des pourparlers bilatéraux destinés à adopter les étapes nécessaires afin de normaliser leurs relations". Si le ministère français des affaires étrangères a déclaré "se réjouir" de l'accord signé le 13 février, il n'a en revanche pas annoncé officiellement, contrairement aux États-Unis et au Japon, l'ouverture de négociations bilatérales en vue de la normalisation des relations diplomatiques de la France avec la RPDC, ni fait état d'une participation française aux mesures d'aide économique mentionnées dans l'accord (voir aussi l'article détaillé sur les relations franco - nord-coréennes).

Les suites de l'accord : la fermeture du site de Yongbyon

Une nouvelle phase de négociations s'est ouverte à Pékin le 19 mars 2007. Le négociateur nord-coréen Kim Gye-gwan a demandé la levée de l'ensemble des mesures de restriction américaines pesant sur les fonds nord-coréens detenus par la Banco Delta Asia (BDA) comme préalable à la fermeture des installations nucléaires de Yongbyon. Un accord est intervenu en ce sens le 19 mars 2007 : les fonds nord-coréens détenus par la BDA seraient restitués à Pyongyang par l'intermédiaire d'une banque chinoise, mais l'interdiction pour les institutions financières américaines de traiter avec la BDA serait maintenue. Toutefois, le transfert des fonds de la BDA à la Corée du Nord s'est heurté à des problèmes techniques et n'a été opéré qu'après plus de trois mois de discussion, en juin 2007. La restitution de ce fonds a levé le principal obstacle à la mise en œuvre de l'accord du 13 février 2007. Fin juin 2007, le retour des inspecteurs de l'AIEA à Pyongyang a ouvert la voie, dans un premier temps, à la fermeture du réacteur nucléaire de Yongbyon. Dans un second temps, la désactivation du réacteur serait conduite conjointement à celle de l'ensemble des programmes nucléaires militaires nord-coréens. Le directeur général de l'AIEA a déclaré, le 18 juillet 2007, que les inspecteurs de l'Agence avaient constaté la fermeture de la totalité des cinq installations du site de Yongbyon. Parallèlement s'est ouvert à Pékin un nouveau cycle de négociations à six sur le nucléaire nord-coréen.

Vers une normalisation des relations avec l'AIEA

Après l'accord conclu à Pékin le 13 février 2007, Mohamed ElBaradei, directeur général de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA), a été invité à Pyongyang. À l'issue de sa visite, il a déclaré, le 14 mars 2007, que les discussions avaient été "tout à fait utiles" et que les autorités nord-coréennes avaient "réitéré leur engagement à la dénucléarisation de la péninsule coréenne". Selon Mohamed ElBaradei, sa visite ouvre la voie à une normalisation des relations entre l'AIEA et la Corée du Nord. Les inspecteurs de l'AIEA avaient quitté la Corée du Nord en décembre 2002, et la République populaire démocratique de Corée avait annoncé son retrait du traité de non-prolifération nucléaire en janvier 2003.

La sixième session de pourparlers à six (septembre-octobre 2007)

Une nouvelle session de pourparlers à six s'est ouverte le 26 septembre 2007 à Pékin pour examiner les suites de la mise en œuvre de l'accord du 13 février. Après que la Corée du Nord eut réaffirmé, dès juillet, son accord pour fournir une liste complète de ses programmes nucléaires et désactiver l'ensemble de ses installations, un calendrier doit être établi. Les 50.000 tonnes de fioul prévues dans l'accord du 13 février, après la fermeture de la centrale de Yongbyon, ont été fournies par la Corée du Sud. Par ailleurs, le président américain George W. Bush a donné son accord pour la fourniture, par les États-Unis, d'une aide énergétique d'un montant de 25 millions de dollars. Les six parties ont annoncé, le 30 septembre 2007, être parvenues à un accord qui nécessitait toutefois l'accord des différents gouvernements avant d'être rendu public. Aux termes de cet accord, La Corée du Nord s'engage à démanteler les trois réacteurs nucléaires de son site de Yongbyon d'ici le 31 décembre ainsi qu'à fournir, avant la fin de l'année, la liste complète de ses activités nucléaires. En contrepartie, elle doit recevoir un million de tonnes de fioul, comme prévu dans l'accord du 13 février. Enfin, les États-Unis sont chargés de superviser et de financer les activités de démantèlement. Le département d'État des États-Unis a annoncé, le 5 novembre 2007, que des experts américains avaient engagé le processus de "démantèlement" des installations nucléaires de la Corée du Nord.

Annexe : l'analyse de l'universitaire australien Gavan McCormack en 2006

Selon le professeur marxiste Gavan McCormack, dans l'article précité : "En 1994, la confrontation entre les États-Unis et la Corée du Nord a dégénéré jusqu’au bord de la guerre, empêchée seulement à la dernière minute par un arrangement connu comme « l’Accord-cadre » de Genève. Grâce à lui, la Corée du Nord gelait ses réacteurs au graphite et acceptait une inspection internationale de ses déchets de plutonium, tandis que les États-Unis promettaient de construire à la place deux réacteurs à eau légère, de fournir du pétrole lourd pour produire de l’électricité jusqu’à l’entrée en service des réacteurs et d’agir pour une normalisation politique et économique. Pendant les huit ans de fonctionnement de l’Accord, les relations entre les deux pays se sont stabilisées et on assista plus tard à des gestes théâtraux de l’administration Clinton annonciateurs d’une réconciliation. En fin de compte, cependant, tout ce que la Corée du Nord obtint vraiment fut la fourniture de pétrole lourd, ensuite interrompue au milieu de l’hiver 2002-2003. Les réacteurs, supposés produire de l’énergie à partir de 2003, ne sont jamais allés plus loin que de grands trous dans le sol. Plutôt que des avancées vers la normalisation, l’administration de George W. Bush arriva au pouvoir en 2001 en dénonçant la Corée du Nord qualifiée en janvier 2002 de membre de « l’Axe du mal ». "L’Accord-cadre a été rompu en particulier à cause de l’insistance américaine pour dire que Pyongyang avait poursuivi un programme nucléaire militaire à double voie : l’une était soumise à l’Accord de 1994, l’utilisation des déchets des réacteurs de Yongbyon pour extraire du plutonium utilisé dans des engins nucléaires « de type Nagasaki », et l’autre, un programme secret utilisant de l’uranium enrichi pour produire des engins « de type Hiroshima ». Selon le sous-secrétaire d’État James Kelly, des responsables lui ont avoué l’existence d’un tel programme lors de sa visite d’octobre 2002 à Pyongyang. Cet aveu (nié par la Corée du Nord qui répète que Kelly a mal compris sa déclaration du droit à un tel programme comme une déclaration de sa possession) a conduit les États-Unis à suspendre leurs engagements de l’Accord-cadre. Cela incita en retour la Corée du Nord à se retirer du Traité de non-prolifération au cours du mois de janvier suivant et à reprendre son programme militaire. "Pour les États-Unis, l’élimination de toutes les armes nucléaires nord-coréennes et des programmes associés (basés sur le plutonium et sur l’uranium) est un objectif primordial, mais loin d’être exclusif. Ils demandent également une démilitarisation, surtout le démantèlement du programme de missiles balistiques de la Corée du Nord, et des changements politiques majeurs (concernant les droits de l’Homme). Certains au sein de l’administration Bush s’engagent aussi en faveur d’un changement de régime. La Corée du Nord, de son côté, cherche des solutions aux problèmes qui la tourmentent depuis si longtemps, l’isolement, l’intimidation et les sanctions, au travers de la transformation du cessez-le-feu de 1953 en un traité de paix permanent et de la « normalisation » de tous les types de relations, sécuritaires, politiques, diplomatiques, économiques, avec les États-Unis et le Japon. "Il est anormal et déstabilisant qu’une telle confrontation subsiste au cœur de la prospère région du nord-est asiatique. Les pays voisins cherchent aujourd’hui de plus en plus activement à la résoudre. "Depuis 2003, la Chine a commencé à jouer un rôle crucial en tentant d’apporter une solution, accueillant à partir d’août 2003 ce qui est maintenant connu sous le nom de « pourparlers à six » réunissant les principaux protagonistes, États-Unis et Corée du Nord, en compagnie des pays voisins, Corée du Sud, Chine, Russie et Japon. "Pendant deux ans, les pourparlers ont été assez peu productifs. Le représentant américain avait reçu comme instructions de ne pas parler à son homologue nord-coréen et se contenta d’affirmer et de réaffirmer les demandes américaines, exigeant de la Corée du Nord ce qu’il appelait un « DCVI » (démantèlement complet, vérifiable et irréversible) de tous les programmes nucléaires, la mise au rancart de ses missiles et la réduction de ses forces conventionnelles, et de répondre aux inquiétudes sur le terrorisme et les droits de l’Homme, tandis qu’il écartait la demande de la Corée du Nord d’une garantie de ne pas être attaquée, ainsi que ses appels à une normalisation complète, considérée comme inutile, sans rapport, prématurée et relevant à l’occasion du « chantage ». Après la session d’août 2003, interrogé sur ce qui avait constitué le plus grand obstacle dans les négociations, le président chinois de la séance, Wang Yi, répondit que « la politique américaine envers la RPDC est le principal problème auquel nous faisons face ». "En dépit des déclarations régulières de Washington au sujet de l’unité des cinq pays assis à la même table que la Corée du Nord, la désunion dominait dans les faits. Même sur les affirmations américaines concernant l’aveu nord-coréen d’un programme secret d’enrichissement d’uranium, essentiel pour prouver la mauvaise foi nord-coréenne, les États-Unis furent incapables de convaincre leurs partenaires de la conférence de Pékin. À la fin de 2004, malgré un intense effort diplomatique de la seconde administration Bush, aussi bien le ministre chinois des Affaires étrangères Li Zhaoxing que le directeur du Service national de renseignements de Corée du Sud rejetèrent explicitement les affirmations américaines. À cette époque, la manipulation des renseignements pour justifier une guerre en Irak était bien connue, et les renseignements sur la Corée du Nord pouvaient ne pas échapper au même soupçon. Le journal américain Foreign Affairs publia une analyse de l’observateur haut-placé à Washington, Selig Harrison, qui trouvait les preuves peu concluantes et fondées sur une préférence délibérée pour les « scénarios du pire ». Les preuves d’achats nord-coréens d’aluminium en Russie (et des essais infructueux d’en importer d’Allemagne), et du réseau A.Q. Khan basé au Pakistan, démontrent les tentatives de se procurer le matériel d’un programme d’enrichissement par la Corée du Nord, mais celle-ci est crédible quand elle dément vraiment en poursuivre un actuellement. En tout cas, les États-Unis n’ont pas réussi à convaincre leurs partenaires d’un aspect crucial du dossier. "Le forum de la conférence de Pékin qui avait débuté par une tentative américaine visant à mobiliser un front uni pour faire pression sur la Corée du Nord commença à se transformer, sous la « pression inverse » sud-coréenne, chinoise et russe, en un véritable forum multilatéral de négociation. Au bout de deux ans de négociations, les États-Unis adoucirent leur rhétorique et cessèrent leurs insultes, se montrant disposés à discuter avec les Coréens du Nord et à passer du discours sur le besoin d’un « changement de régime » en Corée du Nord à celui sur une « transformation du régime ». En soi, c’était une évolution mineure dans la terminologie. En septembre 2005, de crainte de devenir ce que Jack Pritchard, ancien principal expert de la Corée du Nord au Département d’État, décrivait comme « minoritaires à un seul (…) isolés de la tendance dominante adoptée par leurs quatre autres alliés et amis aux pourparlers à six », et d’avoir à affronter un ultimatum posé par le président chinois de la conférence, leur demandant de signer faute de quoi ils endosseraient la responsabilité d’un échec, les États-Unis cédèrent. Les participants de la conférence « hexapartite » de Pékin parvinrent à un accord historique dans ses principes et objectifs. "En suivant l’accord de septembre 2005, la Corée du Nord se débarrasserait de « toutes ses armes nucléaires et programmes nucléaires existants », réintégrerait le Traité de non-prolifération (TNP) et autoriserait des inspections internationales. En échange, elle se verrait garantir une reconnaissance et une normalisation diplomatiques, ainsi que des avantages économiques dont, « au moment approprié », un réacteur à eau légère. "Plusieurs points restaient flous : la prise en compte ou non dans les « programmes existants » auxquels la Corée du Nord devrait renoncer du programme militaire d’enrichissement d’uranium pour lequel Washington insistait mais dont Pyongyang niait l’existence, ainsi que le moment et les conditions à remplir pour que la Corée du Nord ait droit à un programme d’énergie nucléaire civil. Le droit à un programme nucléaire civil est décrit comme « inaliénable » dans l’article 4 du Traité de non-prolifération. La Corée du Sud, la Russie et la Chine étaient d’avis que la Corée du Nord puisse jouir de son droit à un programme énergétique civil une fois qu’elle aurait réintégré le Traité, mais le chef de la délégation américaine, Christopher Hill, l’avait exclu dans le cas de la Corée du Nord. "Il était également à noter que les programmes de missiles à longue portée et « les affaires de droits de l’Homme » n’étaient pas abordés dans l’accord de septembre, bien qu’ils restaient des préoccupations majeures pour Washington et avaient été vigoureusement avancés par le Japon et les États-Unis. La réticence à inclure toute référence aux « droits de l’Homme » de la part de la Chine en particulier, laquelle considère les campagnes américaines sur les « droits de l’Homme » comme dissimulant des tentatives pour parvenir à un changement de régime et étendre l’influence américaine, est connue. Quant à la Corée du Sud, elle est très concernée par les questions de droits de l’Homme en Corée du Nord, mais croit que la « politique du Soleil » et la non-ingérence sont les meilleures moyens d’obtenir des améliorations de long terme. "Pourtant imprécis et incomplet, le consensus atteint à Pékin en septembre 2005 affirmait des principes conformes aux lois internationales, reconnaissait l’intérêt des pays de la région pour une péninsule dénucléarisée, et répondait aux plaintes de la Corée du Nord. Cependant, l’accord a tenu à peine plus de un jour. À Pyongyang comme à Washington, les partisans de la ligne dure prirent l’initiative de bloquer une possible réconciliation. La Corée du Nord faisait dépendre son engagement à stopper son programme militaire et à revenir aux garanties du TNP de l’obtention préalable d’un réacteur à eau légère (LWR). Les États-Unis répliquèrent en soutenant qu’aucun réacteur à eau légère ne pourrait même être envisagé avant que n’aient été prises toutes les autres mesures nécessaires à un retour de la Corée du Nord au TNP. Ils mirent alors brusquement fin à l’Accord KEDO (le projet de réacteur à eau légère au cœur de l’accord de 1994, jusqu’alors gelé mais pas annulé). L’idée que Pyongyang se faisait du « moment approprié » pour un LWR nord-coréen était « maintenant », pour Washington, le lointain futur. "On peut vraiment s’interroger sur le pourquoi de l’insistance de la Corée du Nord pour un programme énergétique civil et en particulier de sa revendication d’un réacteur à eau légère. Il y a une certaine logique à cela. La Corée du Nord a un problème chronique d‘énergie, est riche en uranium et songe depuis longtemps à utiliser ses ressources pour résoudre son problème. Dans les années 1980, quand le président nord-coréen Kim Il-sung réussit à persuader les Russes de lui fournir un réacteur, il exigea le type le plus récent, à eau légère (le VVER russe), plutôt que celui au graphite, c’est-à-dire la technologie la plus avancée plutôt que la technologie la plus compatible avec un programme militaire, et il entra apparemment dans une colère extrême en apprenant qu’ils lui avaient livré le modèle au graphite à la place. Dans les années 1990, Kim Il Sung fut convaincu de s’engager dans l’Accord-cadre en raison de la promesse américaine de lui fournir un LWR. Le gouvernement américain était cependant réticent dès le départ, traînait des pieds, et l’administration de George W. Bush chercha après 2001 la première occasion, survenue en 2002, d’y renoncer. À Pékin encore, la Corée du Nord revint à la charge à partir de 2003 sur le dossier du LWR et l’équipe Bush s’y opposa jusqu’à la toute dernière minute, y consentant ensuite seulement sous la pression, probablement sans grande intention d’honorer un jour son engagement. "La sagesse, l’économie et la sécurité de l’énergie nucléaire peuvent être sujettes à de sérieuses questions, et les dispositions de l’article 4 du TNP méritent peut-être une révision, mais les États-Unis (et le Japon) manquaient de crédibilité en demandant à la seule Corée du Nord de se priver d’un droit généralement reconnu et inscrit dans le traité même qu’elle est censée réintégrer, surtout quand le Japon et la Corée du Sud produisent actuellement environ 40 % de leur électricité à partir de centrales nucléaires et quand la Chine prévoit d’élargir massivement ce secteur. "Qu’un LWR soit le moyen approprié de répondre à une grave crise énergétique en Corée du Nord est un autre problème. De tels réacteur sont fabuleusement chers, leur construction prend des années, et plusieurs milliards de dollars devraient être dépensés pour améliorer le réseau national avant que la moindre électricité produite y circule. Même s’il constitue un symbole de prestige désirable, il semble à peine correspondre aux besoins de l’économie. Dans les deux camps, le réacteur à eau légère devient le symbole irrationnel des questions plus graves de la confrontation, du manque de confiance (des deux côtés) et de l’insécurité (du côté de la Corée du Nord)" (source : ).

Voir aussi

Références et notes

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