Siège de Paris (1870)

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Le Siège de Paris est un épisode de la guerre franco-allemande de 1870-71.
Siège de Paris (1870)

Le Siège de Paris est un épisode de la guerre franco-allemande de 1870-71.

Le contexte

Avec la capitulation de Sedan, les armées prussiennes et leurs alliés déferlent sur le Nord de la France et vont mettre le siège devant Paris. Dans la capitale, la nouvelle parvient dans l'après-midi du 3 septembre. Lors de la séance de nuit, Jules Favre présente une motion prononçant la déchéance de Napoléon III. La décision est remise au lendemain. Le 4 septembre, la foule et la Garde nationale envahissent le Palais Bourbon et réclament la déchéance de la dynastie. Alors que l'impératrice Eugénie et le comte de Palikao prennent le chemin de l'exil, Jules Favre entraîne les députés de tendance républicaine à l'Hôtel de Ville et instaure un gouvernement de la Défense nationale. Le général Jules Trochu, gouverneur de Paris en est porté à la présidence et donne la caution de l'armée au mouvement par lequel les républicains bourgeois prennent de court les révolutionnaires extrémistes (les rouges). Les proclamations officiellesTrochu dira publiquement le 2 juin 1871 devant l'Assemblée nationale:L'esprit public était monté au comble de l'excitation et croyez bien que si, à ce moment là, le gouvernement se fut avisé de dire qu'il allait faire la paix et qu'il voulait la paix, il aurait été emporté en une heure de Trochu et Favre vont dans le sens d'une résistance à outrance contre l'envahisseur. Trochu a choisi de faire rentrer dans la capitale l'armée de 40 000 hommes de Vinoy sur des considérations peut-être plus politiques que militairesCertains membres du gouvernement (Trochu, Favre) craignaient plus une insurrection populaire que les prussiens. Pendant les semaines qui suivent la proclamation de la République, les troupes prussiennes et alliés continuent donc leur avancée sur le territoire sans grande opposition. Le gouvernement ayant choisi de rester dans Paris, une délégation est envoyé à Tours pour coordonner l'action en province sous les ordres d'Adolphe Crémieux, ministre de la Justice, accompagné par Glais-Bizoin et l'amiral Fourichon. Le 15 septembre, Adolphe Thiers est mandaté et envoyé en mission auprès des capitales européennes pour rechercher des appuis dans l'espoir, qui s'avèrera vain, de peser sur les exigences prussiennes.

L'encerclement

A partir du 15 septembre, on signale un peu partout la présence des uhlans autour de Paris. Dès le 19 septembre, l'encerclement de Paris et des forts extérieurs est terminé. Les armées ennemies se tiennent à distance dans un rayon de 10 à 12 kilomètres et s'étirent en un long cordon d'une centaine de kilomètres.

Premiers contacts

Alors que Jules Favre a demandé une entrevue avec Otto von Bismarck, entrevue qui se déroule le 19 et 20 septembre à FerrièresLe contenu de cette entrevue est restée secrète. Les mémoires ultérieurs de Favre et Bismarck sont contradictoires sur les objectifs de cet entretien: discussion sur les buts de guerre et les conditions d'un armistice ou négociation visant à obtenir l'accord des prussiens pour organiser des élections générales afin d'asseoir la légitimité du gouvernement provisoire. Certains membres, notamment Gambetta, sont tenu à l'écart de ces transactions, Ducrot convainc un Trochu sceptique de reprendre la redoute de Châtillon aux Prussiens. Les moyens engagés sont insuffisants et Ducrot doit se replier dans l'après-midi du 19 sur l'ordre formel de Trochu. Ce double événement montre déjà une certaine duplicité de la part du gouvernement.

Les forces en présence

"La Guerre : Défense de Paris - Des étudiants se rendant aux barricades (Illustrated London News, 1er Octobre 1870) Bismarck et Moltke ont décidé d'éviter d'exposer leurs troupes dans un combat de rues. Ils comptent sur la lassitude et la faim pour obtenir la capitulation de Paris. Ils se contentent donc de repousser toutes tentatives de percées. Dans un rayon de 10 kilomètres autour de la capitale, les Allemands installent leurs cantonnements mais prudemment, ils ne lancent pas l’attaque attendue par les Parisiens. Manipulés par les Prussiens et démoralisés par l’inaction, les Parisiens ne tentent que quelques sorties contre les Prussiens qui se soldent par des échecs et de lourdes pertes humaines. Le commandement allemand s'est installé à Versailles. Au début, les allemands disposent de 150 000 hommes, mais ce chiffre progresse au fur et à mesure de la libération des troupes de siège (Metz, Toul, Strasbourg) pour atteindre 400 000 hommes. L'acheminement de l'artillerie lourde ne commence que fin novembre, une fois contrôlés les axes ferroviaires. Côté français, Paris compte sur 80 000 soldats de l'armée de ligne (13 et 14 corps), de 14 000 marins et 20 000 des corps spéciaux (train, gendarmerie, douaniers...). La garde nationale mobile, essentiellement levée dans les départements, comprend 100 000 mal encadrés et peu exercés. La garde nationale sédentaire s'élèvera jusqu'à 300 000 hommes, parisiens (bourgeois et ouvriers) hâtivement armés, sans discipline et élisant ses propres officiers. Il faut également noter quelques groupes de francs-tireurs qui interviennent en avant de la ligne de forts.

Actions militaires et négociations

- 7 octobre: Léon Gambetta quitte Paris à bord du ballon L'Armand Barbès
- 9 octobre: combats de Malmaison et Chevilly
- 13 octobre: combats de Fontenay-aux-Roses et Clamart
- 28/30 octobre: bataille du Bourget
- 30 octobre: retour d'Adolphe Thiers à Paris avec un sauf-conduit prussien - discussion avec le gouvernement sur les modalités d'un armistice
- 31 octobre: journée révolutionnaire
- 3 novembre: plébiscite en faveur du gouvernement
- 5 novembre: élections des maires des 20 arrondissements
- 30 nov/3 décembre: la grande sortie - percée vers l'Est dans la boucle de la Marne dans l'espoir de rejoindre l' armée de la Loire qui devait marcher sur Fontainebleau :L'offensive est menée en direction du plateau d'Avron dans la boucle de la Marne par le général Ducrot. Le lendemain 1 décembre, Ducrot demande une suspension d'armes, à la grande surprise des prussiens alors bousculés. Ce contretemps permet à ces derniers d'obtenir les renforts nécessaires pour passer à la contre-offensive le 2 décembre.
- 21 décembre: combats de Stains -Le Bourget :Entrepris par le général Ducrot, l'offensive est stoppée dès le lendemainDans ses Mémoires le général Trochu avouera "la sortie de Stains n'était qu'un simulacre de grande bataille"
- 5 janvier: premiers obus allemands sur la capitale
- 7 janvier: Affiche rouge où l'on reconnaît le style de Jules Vallès est placardée à l'initiative du Comité central des vingt arrondissements. Elle constitue un acte d'accusation contre l'inertie du gouvernementC'est Victor Hugo qui qualifiera le général Trochu de participe passé du verbe trop choir.
- 19 janvier: dernières tentatives - combats de Buzenval et Montretout
- 22 janvier: grande manifestation réprimée
- 26 janvier: convention armistice et cessez-le feu le soir même à 20h40

Le quotidien

Coupée du reste du pays, la capitale va rapidement subir la rigueur exceptionnelle d’un hiver (pointes à -12° en décembre) que les bombardements allemands aggravent dès janvier 1871. Le rationnement des denrées est organisé avec retard, les queues s’allongent devant les commerces de bouche littéralement pris d’assaut. Les prix de la viande, des conserves, du pain et des denrées alimentaires flambent. On mange même du chat, du chien, des rats. Dans les restaurants de luxe, on sert de l’antilope, du chameau, de l’éléphant (les animaux du Jardin des plantes sont sacrifiés). Ces privations affectent surtout les classes populaires, déjà réduites à la misère par l’arrêt des activités économiques. Le taux de mortalité double en quelques mois (notamment suite aux affections pulmonaires dues au froid et à la malnutrition), mais il n'y aura pas de véritables épidémies; les cas de choléra resteront rares. Les clubs révolutionnaires se multiplient où l’on débat de la patrie en danger et où l’on fait revivre le souvenir de 1789-1793. Le 31 octobre et le 22 janvier de grandes manifestations éclatent demandant la Commune et la sortie en masse. Ces manifestations sont réprimées.

Les communications avec l'extérieur

On a utilisé, pour communiquer avec l'extérieur de la ville, des boules de Moulins (du nom de la ville de Moulins située loin des combats par où transitait ce type de courrier) où l'on mettait des lettres qui sortaient de Paris en suivant le courant de la Seine (peu d'entres elles sont arrivées, on en a encore retrouvé dans les années 1980) et des ballons de baudruche, auxquels on accrochait des messages, appelés de Gravilliers du nom de cette rue du 3 arrondissement d'où ils partaient. Mais le moyen qui se révéla le plus sûr et le moins coûteux fut l'utilisation de pigeons-voyageurs. Les microfilms sur pellicule de collodion pouvaient comporter 40 000 messagescité dans La grande histoire de la Commune édition du centenaire - Robert Laffont 1970. Les allemands firent venir d'Allemagne des faucons pour combattre ces messagers volants. Le transport des personnes s'effectuera au moyen de ballons. Le premier à décoller fut le Neptune le 24 septembre. Ils étaient rempli de gaz d'éclairage, et hautement inflammables. Certains arrivèrent en Norvège, en Allemagne ou tombèrent dans l'Atlantique, mais la plupart atterrirent en province. Pendant le siège, 65 montgolfières transportèrent 164 passagers, 381 pigeons, 5 chiens et environ 2 millions de lettrescité dans La grande histoire de la Commune édition du centenaire - Robert Laffont 1970. C'est le 7 octobre à 11 h que Léon Gambetta s'envola sur Armand Barbès. Il atterrit à 3 h de l'après-midi dans le bois de Favières (Oise), rejoint la délégation de Tours le 9 octobre par Montdidier et Rouen. Investi des pouvoirs du ministère de la guerre et de l'intérieur, il va y déployer une énergie peu commune à organiser les armées de province.

Fin du siège

Après la signature et le cessez-le-feu qui intervient le 26 janvier 1871 à 20h40, les préliminaires de paix se poursuivent en février. Les armées allemandes obtiendront de Thiers une occupation symbolique des Champs-Elysées du 1 au 3 mars. L'Assemblée nationale s'installe à Versailles pour éviter la pression de la garde mobile parisienne en état de quasi-insurrection. Enfin la journée du 18 mars entraîne l'instauration de la commune de Paris et le second siège mené par les armées régulières contre les insurgés.

Voir aussi

- Comité central républicain des Vingt arrondissements
- Gouvernement de la Défense nationale

Notes et références

Catégorie:Bataille de la guerre franco-allemande de 1870-1871 Catégorie:Évènement de la Commune de Paris Catégorie:Paris au XIXe siècle Catégorie:Siège Catégorie:1870 de:Belagerung von Paris (1870–1871) en:Siege of Paris la:Obsidio Lutetiae nl:Beleg van Parijs
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