L'Énéide

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La mort de Didon, illustration d'un manuscrit de l'Énéide (v. 400) L'Énéide est une épopée de Virgile, le plus prestigieux exemple de ce genre littéraire en langue latine, composée en hexamètres dactyliques. Au même titre que l'Iliade et l'Odyssée — dont l'Énéide s'inspire largement —, l'ouvrage a suscité l'admiration de générations de lettrés de l'Antiquité jusqu'à nos jours et fut une source d'inspiration récurren
L'Énéide

La mort de Didon, illustration d'un manuscrit de l'Énéide (v. 400) L'Énéide est une épopée de Virgile, le plus prestigieux exemple de ce genre littéraire en langue latine, composée en hexamètres dactyliques. Au même titre que l'Iliade et l'Odyssée — dont l'Énéide s'inspire largement —, l'ouvrage a suscité l'admiration de générations de lettrés de l'Antiquité jusqu'à nos jours et fut une source d'inspiration récurrente pour les artistes et les poètes. L'Énéide est le récit des épreuves du Troyen Énée, ancêtre mythique du peuple romain, fils d'Anchise et de la déesse Vénus, depuis la prise de Troie, jusqu'à son installation dans le Latium. Le poème, écrit entre -29 et -19, contient environ 10 000 vers et se divise en douze chants.

Composition et résumé

L'Énéide est composée de douze chants. Son organisation a été analysée de plusieurs manières Les chants I à VI décrivent les voyages d'Énée avant son arrivée dans le Latium. Il y connait des tempêtes, est retenu chez une femme qui l'empèche de réaliser son devoir, descend aux Enfers ; tous ces éléments rappellent l’Odyssée. On peut diviser L'Énéide en deux parties de six chants chacune : dans la première, Virgile raconte les voyages d'Énée après la chute de Troie, jusqu’à son arrivée en Italie (chants I à VI). relate les conflits que durent livrer Énée et ses compagnons pour conquérir le Latium jusqu’à la création du royaume de Lavinium. On a rapproché cette partie de lIliade. En dehors de cette division en deux parties, certains ont distingué trois groupes de quatre livres, les quatre premiers étant consacrés à Didon et l'épisode à Carthage, les quatre derniers aux épisodes guerriers dans le Latium. Pour d'autres, comme J. Thomas, les douze chants reprennent les signes astrologiques, le dernier chant, le plus important, correspondant à la Balance, signe d'Auguste.

Chant I

L'Énéide s'ouvre sur une tempête déchaînée par ordre de Junon, alors qu'Énée semblait toucher au but de son voyage, l'Italie. La haine de Junon marque toute l'Énéide. Virgile en indique lui même les deux raisons. Elle avait soutenu les Grecs contre les Troyens dont Énée faisait partie lors de la Guerre de Troie. Surtout, Énée doit fonder Rome, qui détruira Carthage, ville aimée de Junon. On peut rapprocher cette scène de tempête de celle du Chant V de Odyssée où Poséidon soulève une tempête alors qu'Ulysse est en vue de Corcyre. Ici, toutefois, les rôles sont inversés; Enée n'étant pas un grec mais un troyen, Neptune n'apparaît pas comme un adversaire, mais au contraire comme un soutien, c'est lui qui force Éole à apaiser la tempête. Les Troyens mettent alors pied à terre en Libye, et partent chasser. Après le repas, Énée s’inquiète du sort des autres navires de sa flotte (seules sept embarcations étaient parvenues à accoster en Libye). Vénus intervient alors auprès de Jupiter, afin de s’assurer de l’avenir des Troyens rescapés. Ce dernier rassure sa fille quant à l’avenir d’Énée. Il lui prédit les guerres qu’Énée devra mener dans le Latium, la fondation d’Albe, l’histoire de Romulus et Remus, et l’accession au trône de l’Empereur Auguste. Par la suite, Énée et ses compagnons se rendent à Carthage, qui se trouve non loin du lieu où leurs navires ont accosté. Énée et ses compagnons décident ensuite de rencontrer Didon, la reine de la cité. Cette dernière est originaire de Tyr, où elle a épousé Sychée, un riche marchand phénicien. Cependant, ce dernier fut tué par le roi Pygmalion, son propre frère, jaloux de ses richesses. Didon décida alors de s’enfuir, avec ses compagnons et l’argent de son mari. Elle se rendit alors sur la côte libyenne, où elle fonda Carthage. Arrivés au palais, Énée rencontre alors certains de ses compagnons, qui ont survécu au naufrage. Les Troyens sont bien accueillis par Didon, qui les convie, le soir venu, à un grand banquet. Après avoir fait les libations rituelles, la reine, éprise d’Énée, lui demande de lui conter ses aventures.

Chant II : récit d'Énée : la prise de Troie

Les chants II et III sont des récits dans le récit : Énée, à la demande de Didon, raconte la chute et le saccage de Troie (chant II) et les épreuves que lui même a endurées depuis ce moment (chant III). Le récit de la prise de Troie s'ouvre sur l'épisode du cheval : Ulysse se dissimule avec d'autres grecs dans un cheval en bois « haut comme une montagne » (« instar montis equum »), tandis que les autres Grecs se cachent dans l'île de Ténédos, faisant face à Troie. Les Grecs semblent donc avoir disparu et les Troyens font entrer le cheval dans leur cité, pensant qu’il s’agit d’une offrande aux dieux, et ce, malgré les avertissements de Laocoon qui périt avec ses deux fils (voir le « groupe du Laocoon », aux Musées du Vatican). La nuit venue, Ulysse et ses hommes en sortent, ouvrent les portes de la ville, et mettent Troie à feu et à sang. Au moment de l'assaut, Énée, endormi, voit Hector en songe qui lui annonce la fin de Troie et lui dit de sauver les Pénates et de fuir. Énée fuyant Troie, par Federico Barocci (1598) Réveillé par le bruit des combats, il oublie les avertissements d'Hector, et, voyant sa cité en flammes et livrée aux mains des Grecs, décide dans un premier temps de lutter jusqu’à la mort, lui et ses compagnons. Puis, visité par sa mère Vénus, il prend le parti de s’enfuir. Il est accompagné par plusieurs personnes, en particulier par Anchise, son père.

chant III récit d'Énée : le périple

Énée y retrace son voyage après qu'il a fuit Troie. C'est au cours de ce voyage que l'oracle d'Apollon à Délos révèle où doit être bâtie la cité qui succèdera à Troie : sur la terre d'origine des Troyens. Enée interprète d'abord mal ces paroles, et se rend en Crète, première patrie de Teucros. Les Pénates révèlent alors à Énée qu'il doit se rendre dans le Latium, terre d'origne de Dardanos, genre de Teucros, et fondateur de la ville de Troie proprement dite.

Chant IV : amours d'Énée et Didon

Didon se laisse persuader par sa Anne de céder à ses sentiments pour Énée, malgré le voeu fait par la reine de renoncer à l'amour. Seulement, peu de temps après, la rumeur de la liaison entre les deux amants court dans les rues de Carthage. Iarbas, le prétendant de Didon, s’adresse à Jupiter dans un moment de colère, et lui reproche la présente situation. Ce dernier envoie alors Mercure à la rencontre d’Énée, lui rappelant que le but de son voyage était l’Italie. Didon, se rendant compte qu’Énée se prépare à partir, use de tous les subterfuges pour le retenir auprès d’elle. Sourd aux imprécations de Didon, Enée repart vers le destin qui lui a été assigné. Le chant se termine par un passage pathétique : Didon maudit Enée et se suicide. Junon met fin à la douleur d'Anne par la mort.

Chant V : escale en Sicile et jeux funèbres

Combat de boxe entre Entellus et Darès pour les jeux funèbres, mosaïque de sol d'une villa gallo-romaine de Villelaure, v. 175, Villa Getty (71.AH.106) Pour échapper à une violente tempête, Énée et ses compagnons débarquent en Sicile, où règne Aceste, troyen d'origine et où est enterré Anchise, le père d'Énée mort exactement un an auparavant. Énée organise une cérémonie rituelle et des jeux funéraires. Le récit des différentes épreuves (régate, course à pied, lutte, tir à l'arc) occupe une bonne partie du chant. Mais Junon, hostile à Énée, charge Iris d'exploiter la lassitude des femmes. Celle-ci leur apparaît sous la forme d'une mortelle et, se lamentant sur leurs longues années d'errance, elle les incite à brûler les navires pour forcer les hommes à se fixer définitivement en Sicile. L'intervention de Jupiter, qui provoque la pluie, permet de sauver l'essentiel de la flotte. Un compagnon d'Énée, inspiré par Pallas, suggère de laisser les plus faibles en Sicile et de partir pour le Latium avec ses guerriers. Anchise apparaît alors à Énée, il appuie ces conseils et lui demande d'aller voir la sibylle de Cumes qui le fera pénétrer en Enfer où ils pourront s'entretenir. Énée part pour Cumes sous la protection de Neptune; le pilote Palinure meurt pour prix de la protection de tous.

Chant VI : descente d'Énée aux Enfers

La descente aux Enfers constitue sans doute le passage le plus célèbre de l'épopée. Elle constitue en quelque sorte un voyage initiatique, où Énée, mené par la sibylle, découvre le pays des morts, mais également ses propres descendants. Énée, une fois arrivé à Cumes, se rend chez la Sibylle. Elle lui confirme les prophéties d'Anchise : Énée parviendra à ses fins après des épreuves et des guerres. Elle le fait pénétrer aux Enfers, dont ils parcourent les différentes régions. Dans les Champs-Élysées, ils trouvent Anchise qui montre à Énée ses futurs descendants : les rois d’Albe, Romulus (le fondateur de Rome), ses successeurs, Brutus l’Ancien, Pompée, Jules César et enfin Auguste, appelé à mettre en place un Empire puissant et en paix. Énée remonte alors la surface de la Terre, et fait mettre voile en direction du Latium.

Chant VII : arrivée dans le Latium

On considère couramment qu'avec le livre VII s'ouvre une deuxième partie de l'épopée : au récit des périples d'Enée se substitue celui des guerres dans le Latium. Les Troyens arrivent dans le Latium. Sur une remarque d'Ascagne, Énée comprend que les prophéties de l'oracle sont accomplies, qu'il sont arrivés sur la terre recherchée. Des oracles font comprendre au roi local, Latinus, qu'il doit marier sa fille Lavinia à Énée, et non à Turnus, le jeune et beau roi des Rutules. Junon, pour retarder le destin, envoie la Furie Alecto, qui attise la haine contre les Troyens chez l'épouse de Latinus, Amata, et chez les paysans latins. La porte de Janus s'ouvre malgré la volonté du roi, la guerre éclate.

Chant VIII : La Guerre se prépare

Turnus appela ses alliés des cités environnantes en renfort, bien décidé à en découdre avec les Troyens. Énée, quant à lui, se trouva désemparé devant ces évènements, et s’endormit près du Tibre. Le dieu Tiberinus apparut alors dans les rêves du Troyen. Il rassura Énée quant à son avenir, et le conseilla de s’allier avec un dénommé Évandre (le vieil homme était le chef d’une colonie d’Arcadiens qui s’étaient installés sur les pentes du mont Aventin). Le dieu ajouta aussi qu’Énée ne devait pas oublier d’honorer Junon, bien qu’elle soit l’instigatrice de cette montée de violence. Une fois réveillé, Énée fit un sacrifice à Junon, puis se dirigea vers le lieu où résidait Évandre (l’Aventin est une des sept collines sur lesquelles Rome fut bâtie). Le vieil homme, qui rendait hommage à Hercule (ce dernier, selon les légendes, aurait rencontré Évandre), accueillit convenablement les Troyens. Il leur présenta son fils, Pallas, puis leur raconta l’histoire du lieu où ils vivaient. Vénus, voyant que la guerre était inévitable dans le Latium, demanda à son mari Vulcain de forger des armes pour Énée et ses compagnons. Par la suite, Énée et Évandre cherchèrent des alliés. Ils eurent alors l’idée de débarrasser les Étrusques de leur chef, un tyran nommé Mézence (qui était un allié de Turnus). Ces derniers en remercièrent Énée, et décidèrent d’en faire leur chef (en effet, un oracle avait déclaré qu’ils devaient choisir un étranger comme chef. Ils se tournèrent d’abord vers Évandre, mais ce dernier leur conseilla de choisir Énée). Le vieil homme fournit alors au Troyen un contingent de cavaliers arcadiens, commandés par son fils Pallas. Énée, quant à lui, décida de ne conserver à ses côtés que les plus vaillants de ses compagnons. Par la suite, les alliés se rendirent auprès du chef étrusque Tarchon, où Vénus apporta une armure à son fils. Le bouclier d’Énée comportait de nombreuses scènes de l’histoire de Rome, de Romulus à la bataille d’Actium.

Chant IX : premières batailles (sans Énée)

Turnus, indirectement conseillé par Junon, attaque les Troyens retranchés dans leur camp alors qu'Énée se trouve chez Evandre. Les combats semblent tourner à l'avantage des latins, malgré l'héroïsme d'Euryale et Nisus, qui sortent du camp la nuit pour chercher Énée : ils se font tuer avant d'avoir mené à bien leur mission. Ascagne participe pour la première fois à la guerre, et y montre sa valeur en tuant Numanus

Chant X

Les dieux, voyant ce qui se passait dans le Latium, décidèrent de se réunir sur l’Olympe. Vénus demanda alors à Jupiter d’épargner les Troyens, mais Junon, de son côté, accusa Vénus d’avoir déclenché toute cette violence en demandant à ce que les Latins soient soumis à des étrangers. Jupiter, de son côté, décida de rester neutre, et de voir comment la situation allait évoluer. De son côté, Énée naviguait vers le campement troyen, accompagné de ses nouveaux alliés. En outre, il était accompagné de Latins qui étaient opposés à Mézence, et la flotte qu’il dirigeait à présent comptait alors près de 30 navires. C’est alors que les navires troyens qui avaient été changés en nymphes, apparurent à Énée, le conseillant de ne pas hésiter à se battre contre les Rutules. Puis, Énée et ses alliés arrivèrent au campement, et se préparèrent à combattre. La bataille éclata alors, les Troyens et leurs alliés affrontant leurs ennemis les Turnules. Énée tua un grand nombre d’ennemis, mais aucun des deux camps ne parvint à prendre l’avantage. Les cavaliers arcadiens eurent alors la volonté d’abandonner le combat, voyant la détermination de leurs adversaires, mais Pallas, leur chef, les exhorta à continuer la lutte. Ce dernier aperçut alors Lausus, le fils de Mézence, dans le camp ennemi. Mais ce dernier ne put affronter Pallas, et laissa sa place à Turnus. Suite à un combat sans merci, le Rutule parvint à tuer Pallas, et lui enleva son baudrier, bien qu’il accepta de rendre le cadavre du vaincu. La nouvelle de la mort de Pallas parvint alors rapidement aux oreilles d’Énée. Ce dernier rentra alors dans une colère noire, et massacra un grand nombre de Rutules, avec l’aide de Vénus. Turnus était en grand danger, quand Jupiter, afin de compenser l’aide qu’avait apporté Vénus à Énée, accepta que Junon sorte le Rutule de ce mauvais pas. Cette dernière créa un fantôme ressemblant à Énée, et le dirigea vers la flotte de Turnus, afin de faire en sorte que ce dernier le suive. Son plan se déroula à merveille, et, une fois le roi des Rutules monté sur le navire, le fantôme disparut et l’embarcation prit le large. Turnus étant parti, ce fut au tour de Mézence de prendre le commandement. Les combats continuèrent, inlassablement, et aucun des deux camps ne prenait l’avantage, au grand désespoir des dieux. Mézence voulut alors s’attaquer à Énée, et lui lança son javelot, qui rebondit sur le bouclier de Vulcain. Ce dernier riposta alors, et blessa Mézence, qui dut se retirer. Lausus, le fils de Mézence, décida alors de couvrir la retraite de son père, et défia Énée, qui le tua. Peu de temps après, ayant appris la nouvelle de la mort de son fils, Mézence, bien que blessé, décida de rebrousser chemin et d’affronter Énée. Ce dernier, à pied, fit en sorte que son ennemi tombe de sa monture et le tua. Les combats cessèrent peu après.

Chant XI

Tout d’abord, Énée, toujours très pieux, remercia les dieux de l’avoir aidé à remporter cette bataille. Par la suite, Énée rencontra Drancès, l’ambassadeur des Latins (hostile à Turnus), et lui annonça sa volonté de faire une trêve, afin d’honorer les combattants qui avaient péri au cours de la bataille. Il insista aussi sur son désir de faire la paix, accusant Turnus d’avoir déclenché la guerre. Puis Énée envoya au vieil Évandre le cadavre de son fils Pallas, accompagné de somptueux présents. Au pied du mont Aventin, ce dernier vit arriver le cadavre de son fils avec une grande tristesse. Évandre n’en voulut pas à Énée car le destin était ainsi écrit, mais par contre demanda à ce que Turnus paie pour son crime. Par la suite, de nombreux bûchers furent allumés, du côté troyen comme du côté latin, où l’on déposa les cadavres des combattants morts au combat. Énée rendit alors aux morts un hommage funéraire. Au cours des funérailles organisées en l’honneur des victimes, les Latins se révélèrent être divisés en deux camps. D’un côté les partisans de Drancès, hostiles à la guerre, de l’autre ceux de la reine Amata, favorables à Turnus. Les partisans de la guerre eurent alors à subir un nouveau revers, apprenant que le héros grec Diomède ne les aideraient pas contre les Troyens. En effet, celui-ci s’était réfugié en Italie suite à la guerre de Troie, fuyant la colère de Vénus. La déesse, qui avait été blessée par le Grec au cours d’une bataille, avait décidé de se venger (elle avait alors fait en sorte que la reine Aegialé, la femme de Diomède, le trompe. Ce dernier, qui était roi grâce à son mariage, fut donc contraint de fuir la Grèce dès son retour de Troie). Le Grec ne voulait plus avoir à subir la colère de Vénus, qui était la mère d’Énée. En outre, il prévint les Latins que se battre contre les Troyens n’était sans doute pas la meilleure des solutions. Latinus proposa alors de faire la paix, appuyé par Drancès (qui reprochait en outre à Turnus d’être un lâche, celui-ci ayant « fui » la bataille en retournant sur son navire). Puis, le roi des Rutules prit la parole, et se défendit contre Drancès en rappelant qu’il avait tué Pallas et de nombreux Troyens, et qu’il était parvenu à rentrer dans leur campement. Il reprocha ensuite à Drancès d’être un lâche, effrayé par une bande d’étrangers. Mais, les Latins apprirent que les Troyens et leurs alliés se dirigeaient vers la ville, et durent donc mettre fin au conseil de guerre. Alors que Turnus décida de reprendre la tête des opérations, la reine Amata et ses partisanes se réfugièrent dans le temple de Minerve, où elles prièrent pour la défaite d’Énée. C’est alors que Camille, la reine des Volsques, offrit son aide à Turnus. Elle lui proposa d’attaquer Énée pendant que Turnus défendrait la ville. Ce dernier la remercia, mais préféra suivre un autre plan. Il demanda à son alliée de s’occuper de la cavalerie troyenne, alors que lui-même tendrait une embuscade à l’infanterie ennemie dans un terrain escarpé (Camille était la fille de Métabus, ancien tyran des Volsques, chassé par son peuple. Au cours de sa fuite, il parvint à sauver sa fille, Camille, qu’il consacra à la déesse Diane). La cavalerie rutule, arrivée à proximité de la cavalerie troyenne, décide de partir à l’attaque. Plusieurs assauts ont lieu, tous très violents, sans que l’un des deux camps ne puisse prendre l’avantage. L’attention de Camille fut alors attirée par les belles armes d’un prêtre troyen du nom de Chlorée. Ce dernier fut alors chargé par la jeune femme, qui voulait s’emparer de ses biens. C’est alors qu’Arruns, un allié d’Énée, profita de l’aveuglement de Camille pour la percer d’un coup de javelot. Cette dernière, mortellement blessée, décida de s’enfuir, et mourut peu après dans les bras d’Acca, sa compagne. L’annonce de son décès excita autant les Latins que les Troyens. La déesse Diane, soucieuse de venger sa protégée, chargea alors une nymphe du nom d’Opis de tuer Arruns (cette dernière le transperça alors d’une flèche, le tuant instantanément). Les Latins et leurs alliés furent alors vaincus, et se retirèrent en désordre vers leur ville. Ceux qui ne purent pas s’y réfugier avant que les portes ne soient refermées furent impitoyablement éliminés par les Troyens. Turnus, toujours en embuscade, fut prévenu par Acca de la situation. Il parvint, à la faveur de la nuit, à rentrer en ville.

Chant XII : mort de Turnus et victoire d'Énée

Énée et Turnus se recontrent en combat singulier. Cependant, la supériorité d'Enée et patente. Poussés par Juturne, les italiens interviennent dans le combat, contre les règles, ce qui provoque une nouvelle bataille : Une flèche atteint Enée. Guéri par une intervention discrète de Vénus, Énée réussit à faire reprendre à Turnus le combat singulier. Il en sort vainqueur. Turnus implore sa grâce mais Énée la lui refuse. L'épopée se termine donc sur une scène de violence pendant laquelle Enée tue un ennemi sans défense. Toutefois on pense que l'oeuvre est inachevée

Postérité

Le succès de l'Enéide fut immédiat et très large. L'œuvre était étudiée par tout écolier latin, et la langue de Virgile a servi de modèle dans de nombreuses épopées postérieures. Elle a servi de support dans l'Antiquité à l'écriture d'oeuvres fictives, dans lesquelles, par exemple, Didon s'adressait à Enée dans une lettre désespérée (Ovide, Les Héroïdes, lettre VII). Au Moyen Âge, l'Enéide était l'un des textes païens les plus étudiés. Vers 1160, elle donne lieu à une adaptation, l’Eneas, l'un des premiers romans en français. Plus tard, c'est Virgile qui mène le poète aux Enfers dans la Divine Comédie. Au , signe de sa célébrité, l’l'Enéide est parodiée à plusieurs reprises, en Italie puis, vers le milieu du siècle en France, notamment par Scarron dans le Virgile travesti. En 1945, Virgile et son oeuvre sont aussi prétextes au chef-d'oeuvre d'Hermann Broch, La Mort de Virgile.

Analyse

L'objectif de Virgile, comme le lui avait demandé Auguste, était de promouvoir les valeurs romaines — travail de la terre (labor), respect des aïeux, des dieux et de la patrie (pietas), le courage (virtus), la sobriété (frugalitas)… — et d'influencer les Grecs en fondant son récit sur ceux d'Homère. On peut donc voir l'Enéide comme une œuvre de propagande, cet ouvrage regorgeant de passages faisant l'apologie de l'empereur Auguste. En particulier, ce texte, racontant les aventures d'Enée, vante les exploits de la gens Julia, la famille de Jules César, dont le nom se rattachait à Iule, fils d'Enée (le I et le J sont indifférenciés en latin). Or, Auguste se réclamait de cette famille, en tant que fils adoptif de César. En effet, l'époque d'Auguste est souvent appelée le nouvel âge d'or ou encore le siècle d'or, en raison de la prospérité économique et de la paix civile que connaît Rome après un siècle de déchirements intérieurs. Auguste veut alors restaurer les valeurs du mos majorum, aidé d'intellectuels tels que Virgile ou Tite-Live.

Voir aussi

- Mos majorum
- Virgile
- Homère
- Ovide

Bibliographie

-
- P. Heuzé, L'Enéide, Virgile, Edition Marketing, coll. « Ellipses », 1999, ISBN 2-7298-4974-2
- J. Thomas, Structures de l'imaginaire dans l'Enéide, Paris, Les Belles Lettres, 1981. ===
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