Mikhaïl Aleksandrovitch Bakounine

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Mikhaïl Aleksandrovitch Bakounine (en ), appelé Michel Bakounine, est un philosophe anarchiste russe (né le 8 mai 1814 à Priamoukhino, Russie, mort le 1876 à Berne, Suisse). Il pose dans ses écrits les fondements du socialisme libertaire.
Mikhaïl Aleksandrovitch Bakounine

Mikhaïl Aleksandrovitch Bakounine (en ), appelé Michel Bakounine, est un philosophe anarchiste russe (né le 8 mai 1814 à Priamoukhino, Russie, mort le 1876 à Berne, Suisse). Il pose dans ses écrits les fondements du socialisme libertaire.

Biographie

M.A. Bakounine naît le 8 mai 1814 à Priamoukhino, où il vécut jusqu'à l'âge de 14 ans. Son père, issu de la petite noblesse russe, lui choisit une carrière militaire et l'envoie à l'école d'artillerie de Saint-Pétersbourg. Après avoir quitté son service militaire, à 18 ans, il s'inscrit à l'université de Moscou où il rencontre Herzen et Ogarev. Il part alors à Moscou et à Saint-Pétersbourg où il vit en traduisant des auteurs allemands comme Fichte et Hegel. En 1842, il va en Allemagne et entre bientôt en contact avec le cercle des jeunes hégéliens à Berlin. De là, il va à Zurich, où il rencontre Wilhelm Weitling, puis va à Paris, où il rencontre Proudhon, Karl Marx, George Sand, et fait aussi connaissance d'exilés polonais. À Paris, il prend une part active dans tous les mouvements socialistes. Le mouvement révolutionnaire de 1848 lui donne l'occasion d'entrer dans une campagne violente d'agitation démocratique et pour sa participation dans l'insurrection de Dresde de 1849 il est arrêté et condamné à mort. La condamnation à mort, cependant, est commuée en emprisonnement à vie à cause de son lignage noble. Bakounine est remis aux autorités russes, qui l'emprisonnent à Saint Petersbourg. Il y souffrira de scorbut et perdra toutes ses dents. Il y écrit les Confessions, où il revient sur son passé et y renie son idéologie, et l'envoie au Tsar dans l'espoir d'une clémence de sa part. Cette tactique est payante: il est assigné en résidence surveillée dans un camp à l'est de la Sibérie en 1855. Après plusieurs années, lors de la nuit de noce de son gardien, il en profite pour s'échapper pour rejoindre, après moult périples, l'Angleterre.

Exil

Envoyé dans la région de l'Amour, ne voyant aucune possibilité de libération, il s'évade vers le Japon, la Nouvelle-Galles du Sud, les États-Unis puis l'Angleterre en 1861. Il passe le reste de sa vie en exil en Europe occidentale, principalement en Suisse. En 1860, il traduit en russe le Manifeste du parti communiste de Karl Marx (il s'agit de la première traduction de ce texte en russe).

Alliance démocratique sociale

En 1868 il fonde l'Alliance démocratique sociale. Cependant, l'organisation est refusée à l'entrée dans la première Association internationale des travailleurs (AIT) car c'est une organisation internationale alors que seule l'adhésion des organisations nationales est permise. L'Alliance est dissoute la même année et les groupes divers dont elle était composée joignent l'Internationale séparément. En 1870, il participe à un soulèvement à Lyon qui échoua, sur les principes plus tard donnés en exemple par la Commune de Paris. Bien que Bakounine et Marx aient combattu ensemble au sein de l'AIT contre les réformistes et les partisans de Proudhon, les désaccords entre les « marxistes » et les « bakouniniens », ainsi que la persistance de l'ADS comme faction au sein de l'AIT, aboutissent à son exclusion de l'Internationale en 1872 par un vote du congrès de la Haye. Il trouve Marx arrogant et considère que ses méthodes seraient trop autoritaires, mettant en péril la révolution communiste.

Fin de sa vie

Fatigué et malade, Bakounine se retira à Lugano en 1873 et il mourut à Berne le 1876.

Philosophie

Bakounine est très influencé par la philosophie hégelienne, notamment la dialectique historique, dont il tire la doctrine de la lutte anarchiste. Le peuple ne peut atteindre l'unité qu'en dehors de l'existence d'un Dieu extérieur au monde ou d'un État extérieur au peuple. Il rencontre Marx et Engels à Paris, et surtout Proudhon et s'imprègne des thèses anarchistes. Il rejette l'existence de l'État, même socialiste.

Citations

Toute révolution exclusivement politique, soit nationale et dirigée exclusivement contre la domination de l'étranger, soit constitutionnelle intérieure, lors même qu'elle aurait la république pour but, n'ayant point pour objet principal l'émancipation immédiate et réelle, politique et économique du peuple, serait une révolution illusoire, mensongère, impossible, funeste, rétrograde et contre-révolutionnaire :: Ainsi, aucun État, si démocratiques que soient ses formes, voire la république la plus rouge, populaire uniquement au sens de ce mensonge connu sous le nom de représentation du peuple, n'est en mesure de donner à celui-ci ce dont il a besoin, c'est-à-dire la libre organisation de ses propres intérêts, de bas en haut, sans aucune immixtion, tutelle ou contrainte d'en haut, parce que tout État, même le plus républicain et le plus démocratique, même pseudo-populaire comme l'État imaginé par M. Marx, n'est pas autre chose que le gouvernement des masses de haut en bas par une minorité savante et par cela même privilégiée, soi-disant comprenant mieux les véritables intérêts du peuple que le peuple lui-même. ::Lettres aux compagnons du Jura. Je déteste le communisme, parce qu'il est la négation de la liberté et que je ne puis concevoir rien d'humain sans liberté. Je ne suis point communiste parce que le communisme concentre et fait absorber toutes les puissances de la société dans l'État, parce qu'il aboutit nécessairement à la centralisation de la propriété entre les mains de l'État. Je veux l'organisation de la société et de la propriété collective ou sociale de bas en haut, par la voie de la libre association, et non du haut en bas par le moyen de quelque autorité que ce soit. Voilà dans quel sens je suis collectiviste et pas du tout communiste Prétendre qu'un groupe d'individu, même les plus intelligents et les mieux intentionnés, sera capable de devenir la pensée, l'âme, la volonté dirigeante et unificatrice du mouvement révolutionnaire et de l'organisation économique du prolétariat de tous les pays, c'est une telle hérésie contre le sens commun et contre l'expérience historique, qu'on se demande avec étonnement comment un homme aussi intelligent que Marx a pu la concevoir. Nous n'admettons pas même comme transition révolutionnaire, ni les Conventions nationales, ni les Assemblées constituantes, ni les gouvernements provisoires, ni les dictatures soi-disant révolutionnaires ; mais que nous sommes convaincus que la révolution lorsqu'elle se trouve concentrée entre les mains de quelques individus gouvernants, devient inévitablement et immédiatement la réaction. Je me demande comment il fait pour ne point voir que l'établissement d'une dictature universelle, collective ou individuelle, d'une dictature qui ferait en quelque sorte la besogne d'un ingénieur soi chef de la révolution mondiale, réglant et dirigeant le mouvement insurrectionnel des masses dans tous les pays comme on dirige une machine, que l'établissement d'une pareille dictature suffirait à lui seul pour tuer la révolution, pour paralyser et pour fausser tous les mouvements populaires. Et que penser d'un congrès international qui, dans l'intérêt soi-disant de cette révolution, impose au prolétariat de tout le monde civilisé un gouvernement investi de pouvoirs dictatoriaux, avec le droit inquisitorial et pontifical de suspendre des fédérations régionales, d'interdire de nations entières au nom d'un principe soi-disant officiel et qui n'est autre que la propre pensée de Marx, transformée par le vote d'une majorité factice en une vérité absolue ? Si le prolétariat devient la classe dominante, qui demandera-t-on, dominera-t-il ? Qui dit État dit nécessairement domination et, par conséquent, esclavage. Sous quelque angle qu'on se place, on arrive au même résultat exécrable : le gouvernement de l'immense majorité des masses populaires par une minorité privilégiée, Mais cette minorité, disent les marxistes, se composera d'ouvriers. Oui, certes, d'anciens ouvriers, mais qui, dés qu'ils seront devenus des gouvernants, cesseront d'être des ouvriers et se mettront à regarder le monde prolétaire du haut de l'État, ne représenteront plus le peuple, mais eux-mêmes et leurs prétentions à le gouverner. ::Étatisme et Anarchie. Il y aura un gouvernement excessivement compliqué, qui ne se contentera pas de gouverner et d'administrer les masses politiquement, mais qui encore les administrera économiquement, en concentrant en ses mains la production et la juste répartition des richesses, la culture de la terre, l'établissement et le développement des fabriques, l'organisation et la direction du commerce, enfin l'application du capital à la production par le seul banquier, l'État. Tout cela exigera une science immense et beaucoup de têtes débordantes de cervelle dans ce gouvernement. Ce sera le règne de l'intelligence scientifique, le plus aristocratique, le plus despotique, le plus arrogant et le plus méprisant de tous les régimes. ::« Écrits contre Marx », dans Œuvres complètes, Vol. III, p. 204. Pilotes invisibles au milieu de la tempête populaire, nous devons la diriger, non par un pouvoir ostensible, mais par la dictature collective de tous les alliés. Dictature sans écharpe, sans titre, sans droit officiel, et d'autant plus puissante qu'elle n'aura aucune des apparences du pouvoir. ::"Bakounine cité dans F.D. Nieuwenhuis: Le socialisme en danger". Si le progrès de notre siècle n'est pas mensonger, il se doit d'en finir avec l'Eglise. La liberté est indivisible; on ne peut en retrancher une partie sans la tuer tout entière. On dira que l'État, représentant du salut commun et de l'intérêt de tous, ne retire qu'une partie de ma liberté pour m'en assurer tout le reste. Mais ce reste, c'est la sécurité si vous voulez, ce n'est jamais la liberté. Par un mouvement naturel, nécessaire et irrésistible, toute ma liberté se trouve concentrée dans la partie, si infime qu'elle soit, que vous en retranchez. L'État, c'est le mal, mais un mal nécessaire, aussi nécessaire dans le passé que le sera tôt ou tard son extinction complète. :: « Bakounine, L'Empire Knouto-Germanique » L'État n'est point la société, il n'en est qu'une forme historique, aussi brutale qu'abstraite. :: « Bakounine, L'Empire Knouto-Germanique »

Bibliographie

Textes de Bakounine
-Archives Bakounine, publ. pour Internationaal Instituut voor Sociale Geschiedenis, Amsterdam par A. Lehning, 1961-1981, 7 vls.
-Œuvres complètes, CD-Rom, Internationaal Instituut voor Sociale Geschiedenis, 2000
-Théorie Générale de la Révolution, Paris, Les nuits rouges, 2001,
-Confession, PUF, 1974
-De la guerre à la Commune, Anthropos, 1972
-Dieu et l'État, Éditions Labor, 2006,
-Le devoir sacré de révolte, Les nuits rouges, 2004,
-Relations avec Serge Netchaiev, Tops, 2003
-Fédéralisme, socialisme, antithéologisme, L'Age d'homme, 1971
-Œuvres complètes, volumes I à VIII, Ivrea, 1973-1982
-Le socialisme libertaire, Denoël, 1973
-Trois conférences faites aux ouvriers du Val de Saint-Imier, Canevas, 1990 Sur Bakounine
-Georges Ribeill, Marx et Bakounine : socialisme autoritaire ou libertaire? , 10-18, 1975
-Jean Barrué, Bakounine et Netchaïev, Spartacus, 1971
-Fritz Brupbacher, Bakounine ou le Démon de la révolte, Edition du cercle, 1971
-Madelaine Grawitz, Bakounine, Calmann-Lévy 2000 (Biographie)
-H.-E. Kaminski, Bakounine, la vie d'un révolutionnaire, Bélibaste, 1971
-Arthur Lehning, Anarchisme et Marxisme dans la révolution russe, Spartacus, 1984
-Arthur Lehning, De Buonarotti à Bakounine, Ivrea, 1977
-Arthur Lehning, Michel Bakounine et les autres, 10-18, 1976
-Jean-Christophe Angaut, Bakounine jeune hégélien (La philosophie et son dehors), ENS Éditions, 2007, ==
Sujets connexes
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