Charles II de Navarre

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Charles II de Navarre, dit Charles le Mauvais (° 10 octobre 1332 - † 1387) est roi de Navarre de 1349 à 1387 et comte d'Évreux de 1343 à 1378. Il est le fils de Philippe III de Navarre, et de Jeanne II, fille du roi de France et de Navarre, Louis X le Hutin. Charles, surnommé « le Mauvais » par un chroniqueur espagnol du , est donc le petit-fils de Louis X le Hutin, fils aîné de Philippe le Bel. Louis X n'ayant pas d'héritier mâle, les grands du royaume crai
Charles II de Navarre

Charles II de Navarre, dit Charles le Mauvais (° 10 octobre 1332 - † 1387) est roi de Navarre de 1349 à 1387 et comte d'Évreux de 1343 à 1378. Il est le fils de Philippe III de Navarre, et de Jeanne II, fille du roi de France et de Navarre, Louis X le Hutin. Charles, surnommé « le Mauvais » par un chroniqueur espagnol du , est donc le petit-fils de Louis X le Hutin, fils aîné de Philippe le Bel. Louis X n'ayant pas d'héritier mâle, les grands du royaume craignent de voir sa fille Jeanne se marier à un étranger. Au lendemain de la mort de son père en 1316, ils la poussent donc à renoncer à la couronne de France et consentent à lui offrir celle de Navarre. En 1328, la mort sans héritier mâle de Charles IV le Bel, troisième fils de Philippe le Bel, ouvre la succession à la branche des Valois. À la mort de Philippe VI de Valois en 1350, son fils Jean le Bon prend les autres prétendants à la couronne et en particulier Édouard III, de vitesse (Charles de la Cerda interceptant celui ci sur mer). Mais les cuisantes défaites subies à Crécy et à Poitiers jettent un certain discrédit sur cette dynastie dont les représentants devaient justifier l'ascendance divine de leur pouvoir sur le champ de bataille. Cette perte de confiance envers les premiers Valois permet au roi Charles de Navarre, fils de Jeanne II, de contester leur légitimité et de réclamer le trône de France. Pour ces raisons, il n'a de cesse d'essayer de satisfaire son ambition et de profiter de la déstabilisation du royaume pour jouer sa carte. Pour parvenir à ses fins il change plusieurs fois d'alliance, s'accordant avec le dauphin Charles (le futur Charles V) puis avec les Anglais et Étienne Marcel, pour ensuite se retourner contre les Jacques quand la révolte parisienne tourne court. Déconsidéré, il s'isole diplomatiquement et finit vaincu et neutralisé par Charles V. Charles le Mauvais en Prison.

Généalogie

Prétendant à la couronne de France

Charles de Navarre est le petit fils de Louis X le Hutin qui meurt en 1316, deux ans seulement après celle de son père Philippe le Bel, marquant la fin du miracle capétien: de 987 à 1316, les rois capétiens ont toujours eu un fils à qui transmettre la couronne à leur mort. De sa première épouse, Marguerite de Bourgogne qui fut condamnée pour infidélitéMarguerite de Bourgogne, a été condamnée après avoir été reconnue coupable d'entretenir depuis 1311, des relations d'adultère avec le chevalier Philippe d’Aunay, Louis X le Hutin n’a qu’une fille, Jeanne de Navarre. À sa mort, sa seconde femme attend un enfant. Un fils naît : Jean I dit le Posthume, mais il ne vit que quelques jours. Cas inédit jusqu’alors, l’héritier direct du royaume de France se trouve donc être Jeanne de Navarre: une fille de 12 ansJean Favier, La guerre de cent ans, Fayard 1980, p. 32. La décision qui est prise à ce moment est très importante, car elle est devenue coutume et fut appliquée sur la question dynastique qui se posa en 1328. L’infidélité de la reine Marguerite n'est qu'un prétexte pour l’éviction de sa fille Jeanne, et du choix de Philippe V (frère de Louis X le Hutin) comme roi de France. En fait, il s’agit d’un choix géopolitique, le refus de voir un éventuel étranger épouser la reine et diriger le paysJean Favier, La guerre de cent ans, Fayard 1980, p. 33. Le choix du monarque français se fonde sur l'hérédité et le sacre, mais l’élection reprend ses droits en cas de problème. Le principe de la loi salique découle de la volonté des Capétiens de renforcer leur possessions en rattachant à la couronne les fiefs de leurs vassaux sans héritiers mâles: Philippe le Bel avait introduit la « clause de la masculinité », selon l’expression de Jean Favier, en révisant, la veille de sa mort, le statut de l’apanage de Poitou qui, « faute d’héritier mâle, reviendrait à la couronne de France ». La loi salique n’est pas invoquée lors du choix du nouveau roi de France. Ce n’est que trente ans plus tard, vers 1356, qu’un bénédictin de l’abbaye de Saint-Denis, qui tient la chronique officielle du royaume, invoque cette loi pour renforcer la position du roi de France dans le duel de propagande qu’il livre à Édouard III d’AngleterreJean Favier, La Guerre de Cent Ans, Marabout 1985, page 37. Cette loi date des Francs et stipule que les femmes doivent être exclues de la « terre salique ». Elle est reprise, adaptée à la situation et avancée comme argument de poids dans les disputes sur la légitimité du roi. center Après le court règne de Philippe V, décédé sans héritier mâle, c’est son plus jeune frère, Charles IV, qui, bénéficiant du précédent posé par son aîné, ceint à son tour la couronne. Mais son règne dure également peu de temps. Quand ce troisième et dernier fils de Philippe le Bel meurt sans descendant mâle en 1328, la question dynastique est la suivante : Jeanne de Navarre n'a pas encore de fils (Charles de Navarre ne nait que quatre ans plus tard), Isabelle de France, dernière fille de Philippe le Bel, a un fils, Édouard III, roi d’Angleterre. Peut-elle transmettre un droit qu’elle ne peut elle-même exercer selon la coutume fixée dix ans plus tôt ? Édouard III se propose comme candidat, mais c’est Philippe VI de Valois qui est choisiAlix Ducret, Cent ans de malheur : les origines de la guerre de Cent Ans, . Il est le fils de Charles de Valois , frère cadet de Philippe le Bel et descend donc par les mâles de la lignée capétienne. Les pairs de France refusent de donner la couronne à un roi étranger, suivant la même logique de politique nationale que dix ans auparavantComment le père au roi Édouard fut marié à la fille au beau roi Philippe de France.Chroniques de Jean Froissart, Livre I, partie I, chapitre 3 pages 5-6 . A postériori le prétendant le plus direct par les femmes reste Charles de Navarre, mais il ne nait qu'en 1332 et donc en 1328 le choix de Philippe VI est le plus logique si l'on veut éviter qu'Édouard III ne mette la main sur la couronne de France. Par contre Charles de Navarre, le fera valoir espérant qu'on lui confie au moins des possessions et des responsabilités en rapport avec sa lignée.

Droits sur l'Angoumois, la Champagne et la Brie

Lors de l'éviction de Jeanne de Navarre (la mère de Charles), en 1316, on souhaite éviter que le contrôle trop de terres puisse passer en main étrangères si elle se mariait avec un étranger : plutôt que de lui rétrocéder la Brie et la Champagne que son grand-père, Philippe le Bel, détenait de sa femme Jeanne I de Navarre, on lui promet le comté d'AngoulèmeJean Favier, La guerre de cent ans, Fayard 1980, p. 42. Cependant ce comté n'est jamais donné aux Navarrais et Charles V peut donc légitimement revendiquer la Champagne et la Brie. Par contre les tractations de sa mère, lui permettent de détenir le comté de Mortain, une partie du Cotentin, et dans le Vexin : Pontoise, Beaumont-sur-Oise et Asnières-sur-Oise.

Prétendant au duché de Bourgogne

Le jeune Duc de Bourgogne n'ayant pas d'héritier, en cas de décès, le duché de Bourgogne devrait échoir à Charles de Navarre, suivant les lois de la primogéniture. Ce dernier est en effet le petit-fils de Marguerite de Bourgogne (1290-1315), fille aînée du duc Robert II. Au total, Charles de Navarre est héritier de la couronne de Navarre et des possessions Normandes des Évreux, mais il peut prétendre à la couronne de France, au duché de Bourgogne si le jeune Philippe de Rouvre venait à décéder sans héritier et à la Champagne et à la Brie si le comté d'Angoulême ne lui est pas remis.

Descendance

Charles le Mauvais a 8 enfants de Jeanne de France (fille aînée de Jean II le bon et de Bonne de Luxembourg) qu’il épouse en 1352 :
-1. Marie de Navarre (1355-après 1420), mariée en 1393 à Alfonso d'Aragon
-2. Charles III le Noble
-3. Philippe de Navarre (1364-décédé en bas âge par accident)
-4. Pierre de Navarre (1366-1412), comte de Mortain, marié en 1411 à Catherine d'Alençon ; sans postérité
-5. Jeanne de Navarre (1370-1437), mariée en premières noces à son cousin Jean IV de Bretagne, puis en secondes noces en 1403 à Henri IV d'Angleterre
-6. Blanche de Navarre
-7. Bonne de Navarre, décédée avant son père
-8. Isabelle de Navarre, élevée au monastère de Santa Clara à Estella Il faut ajouter quelques enfants illégitimes: De Catalina de Lizaso:
-9. Leonel bâtard de Navarre (1378-1413), chevalier, vicomte de Muruzabal de Andion, sans alliance, il laissa 5 enfants avec Epifania de Luna de Catalina de Esparza:
-10. Johanna bâtarde de Navarre (?-1413), mariée en 1378 à Johan de Béarn écuyer, capitaine du château de Lourdes en Bigorre; il était en 1381, le vassal de son beau-père pour son fief de Murillo el Fruto

Biographie

Début de règne

right Charles de Navarre nait le 10 octobre 1332, Philippe VI est déjà roi de France depuis 4 ans et il est trop tard pour contester sa couronne. À la mort de sa mère Jeanne II en 1349, Charles devient roi de Navarre. En 1350, il est couronné et sacré à Pampelune. Il apprend à gouverner avec les seigneurs navarrais de Pampelune. Parlant parfaitement la langue, les joutes oratoires aux Cortes lui permettent d'exercer ses talents de tribun. Du fait des cortes l'Espagne est en avance au niveau de la représentation parlementaire sur la France. Habitué à ce type de pouvoir, Charles de Navarre sera un des principaux promoteurs de la réforme de la monarchie française. Après, la mort de Philippe VI en 1350, Charles délègue à Louis son deuxième frère le gouvernement de la Navarre, et se consacre pleinement aux intrigues de cours dans le but de défendre les intérêts navarrais.

Navarrais contre Melun-Tancarville

Éviction de la couronne de France

La guerre de Cent Ans connaît une période de trêve depuis la grande peste de 1349. La première partie de la guerre a été largement à l'avantage des Anglais, Édouard III remportant des victoires écrasantes aux batailles de L'Écluse et Crécy, puis en prenant Calais. Le pouvoir des Valois est largement contesté : Édouard III et Charles, tous deux descendants de Philippe le Bel par les femmes, peuvent revendiquer la couronne dont la mère de Charles (Jeanne II de Navarre) aurait dû hériter après la mort de son père Louis X le Hutin. En effet, lorsque la branche masculine des Capétiens s'est éteinte en 1328, Philippe VI, le premier Valois, monte sur le trône à la place de Jeanne II de Navarre, l'héritière directe, qui reçoit en compensation le royaume de Navarre. Or, en 1332, quand cette dernière met au monde Charles le Mauvais, on refuse au nouveau-né tout avenir royal au nom du principe selon lequel les femmes ne règnent pas et ne transmettent pas la Couronne de France. Jean le Bon prends de court les autres prétendants par son couronnement très rapide (le 26 septembre 1350) après la mort de Philippe VI (le 22 août 1350). Le 29 août, au large de Winchelsea, une escadre conduite par Charles de La Cerda intercepte Édouard III suspecté de vouloir se rendre à Reims pour se faire sacrer roi de France. La bataille navale tourne à l'avantage de l'Anglais, mais au prix de lourdes pertes et ce dernier ne peut plus s'opposer au sacre de Jean le BonFrançoise Autrand, Charles V, Fayard 1994, p.81.

Le parti Navarrais

À partir de 1350, Charles concentre tous ses efforts vers la récupération des terres de Brie et de Champagne que son arrière-grand-père, Philippe le Bel, détenait de sa femme Jeanne I de Navarre. Le jeune roi de Navarre trouve alors ses plus fidèles soutiens au sein même de sa famille: il est l'aîné et le chef de la puissante famille d'Évreux, dotée de riches possessions en Normandie et dans la vallée de la Seine. Sa tante maternelle, la reine Jeanne d'Évreux, veuve du dernier Capétien, Charles le Bel, le soutient inlassablement. Elle fera œuvre de diplomatie sa vie durant pour d'apaiser Jean le Bon, puis Charles V, excédés par les complots répétés de son neveu. Philippe son premier frère est impulsif et colérique mais il lui rend service en négociant des soutiens étrangers, notamment anglais. Charles délègue à Louis son deuxième frère le gouvernement de la Navarre. Ses parents ayant mené une active politique matrimoniale, ses sœurs sont mariées à de puissants partis. Blanche vient de s'unir au vieux roi de France Philippe VI. Marie est veuve du roi d'Aragon. Quant à Agnès, elle est l'épouse du puissant comte de Foix, Gaston Phébus. Charles de Navarre sait regrouper autour de lui les mécontents des règnes des premiers Valois. Il est soutenu par ses proches et leurs alliés : la famille des comtes de Boulogne (le comte, le cardinal, leurs deux frères et leur parenté d'Auvergne qui en 1350 se voient évincés de la gestion de la Bourgogne par le mariage de leur sœur avec le Jean le BonLes Valois directs: Jean II le Bon. Jeanne de Boulogne ), les barons champenois fidèles à Jeanne de Navarre (la mère de Charles et dernière comtesse de Champagne) et les fidèles de Robert d'Artois, chassé du royaume par Philippe VI. Il est soutenu par la puissante Université de Paris et les marchands du nord-ouest du royaume pour lesquels le commerce trans-Manche est vitalFrançoise Autrand, Charles V, Fayard, 1994, p. 108 (la Normandie et la Picardie exportent leur blé en Angleterre et le nord du royaume s'y procure de la Laine)Françoise Autrand, Charles V, Fayard, 1994, p. 58. Le 19 novembre 1350, Jean le Bon fait exécuter le connétable Raoul de Brienne. Celui-ci rentre juste de captivité en Angleterre. Les causes de son exécution sont restées secrètes mais il semble qu'il ait été convaincu de haute trahison. En effet, il s'agit d'un gentilhomme dont le domaine est partagé entre plusieurs royaumes ((France, Angleterre et Irlande)Françoise Autrand, Charles V, Fayard 1994, p.82. Comme tous les seigneurs dont les possessions ont une façade maritime à l'ouest (sauf ceux dont les domaines sont dans le bassin de la Seine et qui peuvent facilement commercer avec Paris), il a intérêt à soutenir l'Angleterre pour des raisons économiques (le transport maritime étant à l'époque plus performant que le transport terrestre, la Manche constitue une intense zone d'échanges)Françoise Autrand, Charles V, Fayard 1994, p.55-56. Il aurait négocié sa libération contre l'engagement de reconnaitre Édouard III comme roi de France, ce dont Jean le Bon aurait eu connaissance par l'interception de courriers à destination du souverain anglaisFrançoise Autrand, Charles V, Fayard 1994, p.83. Le roi ne souhaite pas que cela s'ébruite car cela remettrait en avant les problèmes de droits d'Édouard à la couronne de France. En 24 heures, Raoul de Brienne est arrêté, jugé à huis clos, décapité et ses biens confisqués. L'opacité sur les raisons de cette exécution expéditive laisse place aux rumeurs : il se dit que le connétable a été exécuté parce qu'il avait entretenu une liaison avec feue la reine Bonne de Luxembourg (ce qui permet de discréditer les futurs Valois en instituant un doute sur leur hérédité et donc leur légitimité)Françoise Autrand, Charles V, Fayard 1994, p.16. L'émotion est vive, Raoul de Brienne a de nombreux soutiens qui se rangent alors dans le camp navarraisFrançoise Autrand, Charles V, Fayard 1994, p.82-83: en particulier les seigneurs normands et la noblesse du nord-ouest (de Picardie, d'Artois, du Vermandois, du Beauvaisis et de la Flandre dont l'économie dépend des importations de laine anglaise) qui pourraient passer coté Anglais se sentent menacés et se rangent derrière Charles de Navarre ou les frères de Picquigny fidèles alliés du connétableFrançoise Autrand, Charles V, Fayard 1994, p.107-108. Au lendemain du meurtre du connétable, Charles le Mauvais écrit au duc de Lancastre:.

Le parti du roi

Les proches du roi ont la réalité du pouvoir entre les mains au détriment du parti navarrais. Le parti royal est structuré autour des Melun-Tancarville : Jean vicomte de Melun qui a épousé Jeanne, seule héritière du comté de Tancarville, et qui est à la tête de l'un des deux grands partis normandsFrançoise Autrand, Charles V, Fayard 1994, p.109, son Benjamin Adam qu a récupèré la charge de Chambellan de Normandie, habituellement donnée aux Tancarville, et son cadet Guillaume qui est lui archevêque de Sens. Prise de Saint-Jean-d'Angely En 1350, Jean le Bon ramène dans ce parti les fils de Robert d'Artois en donnant le comté d'Eu à Jean d'Artois qui était privé des terres paternelles et emprisonné à Château-Gaillard avec ses deux frères et sa mère suite à la trahison de son père. Le roi avait récupéré le comté d'Eu après avoir fait exécuter le connétable Raoul de BrienneFrançoise Autrand, Charles V, Fayard 1994, p.83. Les Artois entrent de plein pied dans le clan des Meulun-Tancarville quand Jean épouse Isabelle de Melun, fille de Jean de Melun. Il est soutenu par ses cousins Bourbons. Mais l'incarnation de son parti est son favori Charles de la Cerda. En 1352, ce dernier épouse Marguerite de Blois, fille de Charles de Blois, (le candidat à la succession de Bretagne soutenu par le roi de France) ce qui lui vaut le soutien de seigneurs bretons tels que Bertrand du Guesclin. Il reçoit également le soutien de sa famille : le vicomte Jean de Melun, son beau-père, et la comtesse d'Alençon, Marie de la Cerdafille de l'infant de Castille Fernando de La Cerda, 1275 - 1322), sa cousine, veuve des comtes Charles d'Étampes et Charles II d'Alençon Françoise Autrand, Charles V, Fayard 1994, p.109-110. Il a ses fidèles dans l'armée royale, comme le maréchal Arnoul d'Audrehem. Il joue un jeu habile, attire à lui des membres de familles liées depuis des années aux Évreux-Navarre pour affaiblir l'influence du puissant parti navarrais qui menace le roi. Charles de La Cerda accumule les honneurs, Jean le Bon lui confie missions diplomatiques et commandements militaires ou maritimes. Il reçoit du roi le comté Angoulême en décembre 1350 et la charge de connétable en 1351. Il s'illustre par une brillante campagne en Poitou où il prend Saint-Jean-d'Angely. Jean le Bon essaie de se concilier les bonnes grâces de Charles de Navarre et le nomme alors qu'il n'est âgé que de dix neuf ans, lieutenant général du Languedoc. Cette manœuvre habile permet aussi de l'éloigner de la cour (il doit rejoindre Toulouse) et d'éviter que la contestation se propage. Charles de Navarre s'acquitte bien de ses fonctions civiles, mais il échoue à reprendre la place de Montréal près d'AgenFrançoise Autrand, Charles V, Fayard 1994, p.116. Au bout de seulement 4 mois, il rentre à Paris.

Mariage avec Jeanne de France

En 1352, le roi décide donc de l'associer à la couronne en lui donnant la main de sa fille aînée, Jeanne (qui n'a que 8 ans). Il espère que, devenu "fils du roi", Navarre abandonnera ses prétentions à la couronne et tempérera ses élans contre les Valois. L'affaire se règle rapidement, le roi, qui a la "garde féodale" de son jeune cousin, abrège la minorité de Charles de Navarre. Charles le Mauvais sait que le fait d'épouser la fille du roi ne lui apportera pas grand chose, mais la dot de la mariée est considérable : 100 000 écus, payés sur les revenus de la Monnaie royale (il doit recourir à une mutation monétaire pour la réunir). Enfin, Charles de Navarre voit là l'occasion de faire ombrage au favori de Jean le Bon, le connétable Charles d'Espagne La Cerda, auquel le roi vient de donner le comté d'Angoulême pourtant promis à la famille d'Évreux en échange de la Champagne et de la Brie, lors de l'éviction de Jeanne de Navarre de la couronne de FranceVéronique Rébé, Gaston Phébus et le Château de Pau au XIVe sècle, . Après avoir longuement réfléchi, Navarre donne finalement son accord, en janvier 1353. Mais, par à un accord entre Jeanne de Navarre et le roi de France, la fille de ce dernier a cédé le comté d'Angoulême contre les châtellenies de Beaumont, Asnières-sur-Oise et Pontoise. Ces châtellenies n'ayant jamais été remises, le comté d'Angoulême échoit à Charles de La CerdaFrançoise Autrand, Charles V, Fayard 1994, p.106!

Négociations de paix

Sous la pression du pape Innocent VI, Anglais, Français et Bretons négocient la paix dans la guerre de Cent Ans et dans la guerre de succession de Bretagne. Le conflit breton est en effet dans une phase de statu quo : Jean de Montfort soutenu par les Anglais est mort et son fils n'a que 4 ans; Charles de Blois, soutenu par les Français, est prisonnier à Londres et négocie sa rançon. Édouard III obtient, par le traité de Westminster du 1 mars 1353, qu'en contrepartie de la reconnaissance de Charles de Blois comme duc de Bretagne, ce dernier s'engage à verser une rançon de 300 000 écus et à ce que la Bretagne signe un traité d'alliance perpétuelle avec l'Angleterre. Cette alliance doit être scellée par le mariage de Jean (le fils de Jean de Montfort) avec la fille d'Édouard III, MarieFrançoise Autrand, Charles V, Fayard 1994, p.121-122. Les époux étant cousins, le mariage nécessite des lettres de dispense canonique que le pape n'accorderait qu'avec l'approbation du roi de France. Or Charles de La Cerda s'est marié en mars 1352 avec Marguerite de Blois (la fille de Charles de Blois). Trés proche du roi de France, il a son mot à dire dans cette négociation et fait partie des plénipotentiaires. En revanche, Charles le Mauvais est soigneusement tenu à l'écart des négociations. Une paix franco-anglaise nuirait a ses intérêts car, sans la menace d'une alliance anglo-navarraise, il n'a aucune chance de faire valoir ses prétentions sur la Champagne et a fortiori sur la couronne de France. Or, début janvier 1354, au moment où Charles de La Cerda part pour la Normandie, le roi a donné son accord au mariageFrançoise Autrand, Charles V, Fayard 1994, p.124. Dès lors, Charles le Mauvais décide de faire capoter les négociations et de se saisir de la personne de Charles de La Cerda, dans le but d'influer sur le cours des tractations.Il passe à l'action et fait assassiner Charles de la Cerda Le 8 janvier 1354, à L'Aigle.

Assassinat du connétable Charles d'Espagne

Charles de Navarre est soigneusement tenu à l'écart du conseil du roi et Charles de La Cerda s'active à détricoter son réseau de fidèles. Évidemment, tout cela ne peut qu'en faire l'ennemi mortel du parti navarrais, qui répand des rumeurs calomnieuses d'homosexualité pour expliquer ses liens avec le roi. Quand le roi de France accorde à son favori, Charles de la Cerda, dit Charles d'Espagne, le comté d'Angoulême et la charge de connétable. Charles de Navarre, se voit écarté des affaires du royaume, et son ressentiment contre Jean le Bon augmente d'autant que le connétable est d'un rang très inférieur au sien. Le roi n'a toujours pas versé la dot promise un an auparavant lors du mariage et n'avait pas donné les possessions promises à son gendre ( les chatellenies de Beaumont et de Pontoise ) Au printemps 1353, une empoignade oppose le comte de Longueville - et frère de Charles le Mauvais - , Philippe de Navarre, au connétable, dans les appartements du roi. Celui-ci accuse le Navarrais d'être un faux-monnayeur et un menteur patenté Charles le Mauvais fait assassiner Charles de La Cerda, connétable de France et favori du roi . Ce dernier, excédé, tire sa dague et menace le favori du roi. Jean le Bon ramène Philippe de Navarre à la raison. Le connétable quitte la scène sous les insultes de l'outragé qui crie vengeance. Philippe de Navarre se retire sur ses terres de Normandie. Il apprend, le 8 janvier 1354, que Charles d'Espagne est en Normandie, et qu'il va passer la nuit à l'auberge de la « Truie-qui-File » à L'AigleFrançoise Autrand, Charles V, Fayard 1994, p.125-126, il prévient son frère et ils encerclent l'auberge pour se saisir de la personne du connétable. L'aventure tourne au carnage et Charles de la Cerda agenouillé et suppliant les navarrais de l'épargner est lardé de coups d'épée par Philippe de Navarre.

Traité de Mantes

Charles le Mauvais au lit de justice de Jean le Bon. Charles de Navarre souhaitait la capture du connétable et non son assassinat mais en endosse la responsabilité pour couvrir son ombrageux et impulsif frère Philippe de Navarre qui fut l'exécutant. Alors que Jean le Bon reste prostré 4 jours à l'annonce de la mort de Charles de La Cerda, montrant qu'il ne peut maîtriser son émotion, il se pose en chef d'État et revendique pleinement le meurtre qu'il justifie comme étant une question d'honneur. Charles de Navarre est fortement soutenu et les seigneurs normands se rangent derrière lui, les châteaux normands sont réarmés. Il envoie Jean de Fricamp, surnommé Friquet, emprunter de l'argent à Bruges pour lever une armée. Dès le 10 juillet 1354, la chancellerie navarraise envoie des courriers demandant une aide militaire à Édouard III, au Prince noir, à la reine Philippa de Hainaut, et à Jean de Gand, duc de LancastreFrançoise Autrand, Charles V, Fayard 1994, p.126-128. Allié aux Anglais, il a les moyens de contraindre le roi de France à accepter l'assassinat de son favori. Le 22 février 1354, Jean le Bon doit accepter des concessions au traité de Mantes pour éviter une reprise de la guerre de Cent Ans. Par ce traité, Charles II le Mauvais, renonce à réclamer les châtellenies d'Asnières-sur-Oise, Pontoise et Beaumont que le roi ne lui avait toujours pas remis. En contrepartie, il reçoit le comté de Beaumont-le-Roger, les châteaux de Breteuil, Conches et de Pont-Audemer, le clos du Cotentin avec la ville de Cherbourg, les vicomtés de Carentan, Coutances et Valognes en Normandie. Il peut recevoir l'hommage des seigneurs normands qui l'ont soutenu. Ce traité lui donnait également la permission de tenir chaque année un échiquier, il pourra y rendre justice sans que des appels puissent être envoyés au parlement de ParisFrançoise Autrand, Charles V, Fayard 1994, p.128-129. Au total, il reçoit toutes les prérogatives du duc de Normandie sans en avoir le titre. D'autre part, l'assassinat de Charles de La Cerda a compromis les accords de paix franco-anglais : ni la guerre de Cent Ans, ni la guerre de succession de Bretagne ne sont réglées. Charles le Mauvais est en position de force, il n'a jamais été aussi puissant.

Négociations à Avignon

En novembre 1354, Charles le Mauvais est convié aux négociations de paix d'Avignon par le Pape. Pour lui un traité de paix Franco Anglais serait une catastrophe surtout si Edouard III acceptait de renoncer à la couronne. Il conclut donc avec le duc de Lancastre un pacte qui prévoit le démembrement de la France : Édouard recevra la couronne de France mais laissera à son cousin Charles de Navarre la Normandie, la Champagne, la Brie, le Languedoc et quelques autres fiefsAndré Castelot et Alain Decaux, Histoire de la France et des Français au jour le jour vol. 3, partie 2 de 1316 à 1358, p. 92. Mais les Anglais échaudés par les revirements incessants du Navarrais se méfient et le débarquement promis n'aura jamais lieu.

Arrestation par Jean le Bon

Arrestation de Charles le Mauvais Jean le Bon est averti du complot de partage du pays, ourdi par Charles le Mauvais et les Anglais à Avignon, et se décide à le mettre hors d'état de nuire. Le 5 avril 1356, le dauphin et duc de Normandie a convié en son château de Rouen toute la noblesse de la province, à commencer par le comte d'Évreux, Charles le Mauvais. La fête bat son plein lorsque surgit Jean II le Bon, coiffé d'un bassinet et l'épée à la main, qui vient se saisir de Charles le Mauvais en hurlant: 'Françoise Autrand, Charles V, Fayard 1994, p.177-179. À ses côtés, son frère Philippe d'Orléans, son fils cadet Louis d'Anjou et ses cousins d'Artois forment une escorte menaçante. À l'extérieur, une centaine de cavaliers en armes tiennent le château. Jean le Bon se dirige vers la table d'honneur, agrippe le roi de Navarre par le cou et l'arrache violemment de son siège en hurlant: '. Colin Doublet, écuyer de Charles le Mauvais, tire alors son couteau pour protéger son maître, et menace le souverain. Il est aussitôt appréhendé par l'escorte royale qui s'empare également du Navarrais. Excédé par les complots de son cousin avec les Anglais, le roi laisse éclater sa colère qui couve depuis la mort, en janvier 1354, de son favori le connétable Charles de la Cerda. Malgré les supplications de son fils qui, à genoux, implore de ne point le déshonorer ainsi, le roi se tourne vers Jean d'Harcourt, infatigable défenseur des libertés provinciales, mais qui a été mêlé à l'assassinat de Charles de la Cerda. Il lui assène un violent coup de masse d'armes sur l'épaule avant d'ordonner son arrestation. Le soir même, le comte d'Harcourt et trois de ses compagnons, dont l'écuyer Doublet, sont conduits au lieu-dit du Champ du Pardon. En présence du roi, le bourreau, un criminel libéré pour la circonstance qui gagne ainsi sa grâce, leur tranche la tête. Deux jours plus tard, la troupe regagne Paris pour célébrer la fête de Pâques. Charles le Mauvais est emprisonné au Louvre, puis au Châtelet. Mais la capitale n'est pas sûre, aussi est-il finalement transféré à la forteresse d'Arleux, près de Douai en terre d'empireFrançoise Françoise Autrand, Charles V, Fayard 1994, p.188. Rédition de Jean le Bon, à la bataille de Poitiers Incarcéré, Navarre gagne en popularité ; ses partisans le plaignent et réclament sa liberté. La Normandie gronde et nombreux sont les barons qui renient l'hommage prêté au roi de France et se tournent vers Édouard III d'Angleterre. Pour eux, Jean le Bon a outrepassé ses droits en arrêtant un prince avec qui il a pourtant signé la paix. Pire encore, ce geste est perçu par les Navarrais comme le fait d'un roi qui se sait illégitime et espère éliminer un adversaire dont le seul tort est de défendre ses droits à la couronne de France. Philippe de Navarre le frère de Charles le Mauvais, envoie son défi au Roi de France le 28 mai 1356. Les Navarrais et particulièrement les seigneurs normands passent en bloc du côté d'Édouard III qui, dès le mois de juin, lance ses troupes dans de redoutables chevauchées, en Normandie et en Guyenne
Le roi Jean II le bon fut-il un mauvais roi ?, Duc de Lévis Mirepoix, Historama janvier 2003 . Le roi qui a levé une armée grâce aux impôts obtenus par les États généraux de 1355 et 1356 contre le contrôle des finances par les États se doit de prouver que cet argent est bien utilisé. Il doit rétablir le prestige des Valois en faisant montre de bravoure sur le champ de bataille. Quant aux villes, considérant qu'elles sont plus aptes à gérer les finances et même plus capables que la noblesse à vaincre les Anglais (les Flamands ont bien réussi à montrer lors de la bataille de Courtrai que des tisserands pouvaient vaincre l'ost royal), elles envoient des troupes pour se battre avec l'ost à Poitiers. Mais l'enjeu étant de montrer que la noblesse reste capable d'assurer la mission protectrice qui est la sienne dans la société féodale, ces troupes sont renvoyées par Jean le Bon. Le 19 septembre, à la bataille de Poitiers, les anglais font preuve, une nouvelle fois, de la supériorité tactique conférée par l'arc long ; cette supériorité oblige la chevalerie française, dont les montures sont non protégées à l'époque, à charger à pied, mais elle est facilement est balayée par une charge de la cavalerie Anglaise. Pour prouver sa légitimité et refusant de quitter le champ de bataille, Jean le Bon se bat héroïquement avec ses plus proches fidèles. Cependant il est malheureusement fait prisonnier par les Anglais, mais sauve sa couronne.

Alliance avec Étienne Marcel

L'ordonnance de 1357

Les mercenaires démobilisés après la Bataille de Poitiers se regroupent en Grandes compagnies et pillent le pays. Il faut financer une armée permanente pour éviter ces pillages qui entrainent un fort mécontentement populaire. Le fils aîné du roi, le Dauphin Charles, est régent en l’absence de son père, mais il n'a que 18 ans, peu de prestige personnel (d'autant qu'il a quitté le champ de bataille de Poitiers contrairement à son père et son frère Philippe le Hardi), peu d'expérience et doit porter sur ses épaules le discrédit des Valois. Il s'entoure des membres du conseil du roi de son père, qui sont très décriés. Les États généraux se réunissent le 17 octobre 1356. Le dauphin, très affaibli, va se heurter à une forte opposition : Étienne Marcel, à la tête de la bourgeoisie, allié avec les amis de Charles Navarre, regroupés autour de l'évêque de Laon, Robert Le CoqRaymond Cazelles,
Étienne Marcel, Taillandier 2006, p. 151. Les États généraux, déclarent le dauphin lieutenant du roi et défenseur du royaume en l’absence de son père et lui adjoignent un conseil de douze représentants de chaque ordre Jourdan, Decrusy et Isambert, , Paris, Belin-Leprieur, Plon, 1821-1833, p. 769-794. D’autres sources font état de douze représentants de la Noblesse, douze représentants du Tiers État et six du Clergé ; Georges Duby, le Moyen Âge, Seuil 1995, p. 489 voir seulement 4 prélats selon Jean Favier, La guerre de cent ans, Fayard 1980, p. 230. Les États exigent la destitution des conseillers les plus compromis (honnis pour avoir brutalement dévalué la monnaie à plusieurs reprisesLe Franc histoire d’une monnaie. La création du Franc'' ), la capacité à élire un conseil qui assistera le roi ainsi que la libération du Navarrais. Le dauphin proche des idées réformatrices n'est pas contre l'octroi d'un rôle plus important des États dans le contrôle de la monarchie. En revanche, la libération de Charles de Navarre est inacceptable car elle mettrait fin au règne des Valois. Pas assez puissant pour pouvoir refuser d'emblée ces propositions, le dauphin ajourne sa réponse (prétextant l'arrivée de messagers de son père), congédie les États généraux et quitte Paris, son frère Louis le futur duc d’Anjou réglant les affaires courantes. Les États généraux sont prorogés et seront convoqués de nouveau le 3 février 1357. Pendant ce temps le dauphin va à Metz rendre hommage à son oncle l'empereur Charles IV pour le Dauphiné ce qui lui permet d'obtenir son soutien diplomatique. À son retour en mars 1357, il accepte la promulgation de la « grande ordonnance », esquisse d'une monarchie contrôlée et vaste plan de réorganisation administrative, mais obtient le maintien en captivité de Charles de Navarre. Une commission d'épuration doit destituer et condamner les fonctionnaires fautifs (et particulièrement les collecteurs d'impôts indélicats) et confisquer leurs biens. 9 conseillers du dauphin sont révoqués (Étienne Marcel tient sa vengeance contre Robert de Lorris)Jean Favier, La guerre de cent ans, Fayard 1980, p. 234. Six représentants des États entrent au conseil du roi qui devient un conseil de tutelle. L'administration royale est surveillée de près : les finances, et particulièrement les mutations monétaires et les subsides extraordinaires, sont contrôlées par les ÉtatsNoël Coulet, Le temps des malheurs (1348-1440) tiré de Histoire de la France des origines à nos jours sous la direction de Georges Duby, Larousse, 2007, p. 402.

Libération de Charles de Navarre

Un gouvernement du régent contrôlé par les États avec son assentiment est donc mis en place. Deux conseils cohabitent : celui du Dauphin et celui des États. Mais pour les réformateurs et particulièrement les Navarrais cela ne suffit pas : le retour du roi de captivité peut mettre fin a cet essai institutionnel. Les États organisent donc la libération de Charles de Navarre qui peut prétendre à la couronne et est toujours enfermé à la forteresse. Cependant pour se dédouaner face au dauphin, on donne à cette libération un caractère spontané lui donnant l’aspect d’un coup de main de fidèles navarrais (les frères de Picquigny)Françoise Autrand, Charles V, Fayard 1994, p.278-279. Le retour de Charles de Navarre est méticuleusement organisé : il est libéré le 9 novembre, il est reçu avec le protocole réservé au roi dans les villes qu’il traverse, accueilli par les notables et la foule réunie par les États. Le même cérémonial se reproduit à chaque ville depuis Amiens jusqu’à Paris : il entre avec une magnifique escorte, est reçu par le clergé et les bourgeois en procession, puis il harangue une foule toute acquise, expliquant qu’il a été injustement spolié et incarcéré par Jean le Bon alors qu’il est de droite lignée royaleFrançoise Autrand, Charles V, Fayard 1994, p.280-281. Mis devant le fait accompli, le dauphin ne peut refuser la demande d’Étienne Marcel et de Robert le Coq et signe des lettres de rémissions pour le Navarrais qui effectue tranquillement son triomphal retour. Le 30 novembre il harangue Parisiens réunis par Étienne Marcel au Pré aux Clercs. Le 3 décembr, e Étienne Marcel s’invite avec un fort parti bourgeois au conseil qui doit décider de la réhabilitation de Charles de Navarre, sous prétexte d’annoncer que les États réunis aux cordeliers ont consenti à lever l’impôt demandé par le dauphin et qu’il ne reste que l’accord de la noblesse à obtenir (qui se réunit séparément des autres états). Le dauphin ne peut encore qu’acquiescer et réhabiliter Charles le MauvaisFrançoise Autrand, Charles V, Fayard 1994, p.282, mais, pis encore, les États doivent trancher la question dynastique le 14 janvier 1358. La couronne des Valois est menacée. Charles Mauvais exploite le mois d’attente pour faire campagne. Le 11 janvier, à Rouen, il organise une cérémonie expiatoire réhabilitant les seigneurs normands décapités lors de son arrestation. Ce qu’il fait en grande pompe pour séduire la noblesse et la bourgeoisie normandesFrançoise Autrand, Charles V, Fayard 1994, p284-286. Le dauphin, de son côté, se montre actif en organisant la défense du pays contre les nombreux mercenaires qui, faute de solde, pillent le pays. Les maréchaux de Normandie, de Champagne de Bourgogne se rendent à sa cour. Il fait monter sur Paris une armée de hommes venus du Dauphiné sous prétexte de protéger Paris des exactions des CompagniesFrançoise Autrand, Charles V, Fayard 1994, p. 289. Cela met aussi sous pression la ville. Le 11 janvier, il s’adresse aux Parisiens au halles, expliquant pourquoi il lève une armée et demandant aux États pourquoi la défense du pays n’est pas assurée malgré l’argent prélevé lors des levées d’impôts : c’est un succès et Étienne Marcel doit organiser d’autre réunions noyautées par ses partisans pour le mettre en difficultéFrançoise Autrand, Charles V, Fayard 1994, p. 291. Le 14 janvier, les États n’arrivent pas à s’entendre sur la question dynastique, ni sur la levée d’un nouvel impôt, et, pour renflouer les caisses de l’État, on décide d’une nouvelle mutation monétaireFrançoise Autrand, Charles V, Fayard 1994, p. 292. Les esprits s’échauffent contre les États, pour le plus grand bénéfice du dauphin . Au total, l'exécution de l'ordonnance de 1357 est vite bloquée. La commission d'épuration est désignée mais ne fonctionne que 5 mois. Les collecteurs d'impôts nommés par les États rencontrent l'hostilité des paysans et des artisans pauvres. Les 6 députés entrés au conseil de tutelle sont en minorité et les États généraux manquent d’expérience politique pour contrôler en permanence le pouvoir du dauphin qui, en acquérant du savoir-faire, retrouve l'appui des fonctionnaires. Les déplacements fréquents, coûteux et dangereux à l'époque, découragent les députés de province et les États sont de moins en moins représentatifs. Peu à peu, seule la bourgeoisie parisienne vient siéger aux assemblées. Et enfin, Jean le Bon, qui garde un grand prestige, désavoue le dauphin et, depuis sa prison, interdit l'application de l'ordonnance de 1357. Étienne Marcel, constatant l'échec de l'instauration d'une monarchie contrôlée par voie législative, essaie de la faire proclamer par la force. Il est à noter qu'il ne remet pas en cause la nécessité d'avoir un souverain, mais il doit composer avec celui qui lui laissera le plus de pouvoir. Il oscille entre la faiblesse supposée du dauphin et la cupidité de Charles le Mauvais. premier traité de Londres cède l'Aquitaine des Plantagenets aux Anglais et règle la guerre de succession de Bretagne par une alliance du duché avec l'Angleterre. Cette mouture sera reprise en 1360 lors de la signature du traité de Brétigny. Voyant la situation évoluer vers une monarchie contrôlée avec Charles de Navarre à sa tête Jean le Bon se décide à conclure les négociations. Pour cela, il faut négocier directement avec Édouard III. Jean le Bon est donc transféré de Bordeaux à Londres. Ses conditions d’incarcération sont royales : il est logé avec sa cours de plusieurs centaines de personnes (proches capturés avec lui à Poitiers et ceux qui sont venus de leur plein gré), liberté de circulation en Angleterre, hébergement à l’Hôtel de Savoie Françoise Autrand, Charles V, Fayard 1994, p. 359. Il accepte en janvier 1358 le premier traité de Londres qui prévoit:
-La cession en pleine souveraineté des anciennes possessions d'Aquitaine des Plantagenêt(le 1/3 du pays): La Guyenne (mise sous commise par Philippe VI au début du conflit), la Saintonge, la Poitou, le Limousin, le Quercy, le Périgord, le Rouergue et la Bigorre.
-Une rançon de 4 millions d'écus.
-Édouard III ne renonce pas à la couronne de FranceFrançoise Autrand, Charles V, Fayard 1994, p. 364.

L'assassinat des maréchaux

La nouvelle de l'acceptation par Jean le Bon du premier traité de Londres qui cède le tiers du territoire à l'Angleterre provoque un tollé dont Étienne Marcel va profiter. Le 22 février 1358, Étienne Marcel déclenche une émeute réunissant trois mille personnes qu'il a convoquées en armes. Meurtre des maréchaux. En arrière plan, Étienne Marcel tend un chaperon rouge et bleu au dauphin. Puis la foule envahit le Palais de la Cité pour affronter le régentNoël Coulet, Le temps des malheurs (1348-1440) tiré de Histoire de la France des origines à nos jours sous la direction de Georges Duby, Larousse, 2007, p 403. Le maréchal de Champagne Jean de Conflans et le maréchal de Normandie Robert de Clermont sont tués devant le prince, qui est couvert de leur sang et croit son existence menacée. Marcel l'oblige à coiffer le chaperon rouge et bleu des émeutiers (aux couleurs de Paris) alors que lui même met le chapeau du Dauphin et à renouveler l’ordonnance de 1357Jean Favier, La guerre de cent ans, Fayard 1980, p. 242-243. Il l'épargne car il le sous-estime et pense pouvoir le contrôler aisément: c'est une lourde erreur. Fort de l'ascendant qu'il estime avoir sur le Dauphin qu'il va faire nommer régent, il pense pouvoir se passer de Charles de Navarre qu'il pousse à quitter ParisJean Favier, La guerre de cent ans, Fayard 1980, p. 243-244. Étienne Marcel se dirige ensuite sur la place de Grève où il remercie la foule de les encourager à éliminer . Il écrit aux villes de provinces pour justifier son geste, mais seules Amiens et Arras donnent des signes de soutien. Il force ensuite le dauphin qui tant qu'il est à Paris reste sous la pression éventuelle de la rue, à ratifier le meurtre de ses conseillers. Le dauphin ne peut qu’accepter un nouveau changement institutionnel : son conseil est épuré (quatre Bourgeois y rentrent), le gouvernement et les finances sont aux mains des ÉtatsFrançoise Autrand, Charles V, Fayard 1994, p. 302, Charles le Mauvais reçoit un commandement militaire et de quoi financer une armée de hommes, le dauphin obtient de devenir régent du royaume ce qui permet de ne plus tenir compte des décisions du roi tant qu’il est en captivité (et en particulier des traités de paix inacceptables) Françoise Autrand, Charles V, Fayard 1994, p. 304. Pour ratifier cette nouvelle ordonnance et en particulier valider son contenu fiscal il faut l’accord de la noblesse dont une partie ne veut plus se réunir à Paris (en particulier Champenois et Bourguignons scandalisés par l’assassinat des maréchaux). La noblesse doit se réunir à Senlis c’est l’occasion de qu’attendait le dauphin pour quitter Paris (ce qu’il fait le 17 mars). Étienne Marcel, pensant le contrôler lui adjoint 10 Bourgeois pour le représenter et surveiller le dauphinJean Favier, La guerre de cent ans, Fayard 1980, p. 244-246. Il participe aux États de Champagne qui ont lieu le 9 avril à Provins, il est soutenu par la noblesse de l’Est du royaume et les délégués parisiens sont mis en difficultéFrançoise Autrand, Charles V, Fayard 1994, p. 310. Fort de ce soutien, le dauphin s’empare des forteresses de Montereau et de Meaux. L’accès de Paris par l'Est est bloqué. Au Sud et à l’Ouest les compagnies écument le pays. Il ne reste que l’accès par le nord qui préserve l'accès de Paris aux villes des Flandres. Les accès fluviaux ayant été bloqués, Étienne Marcel doit réagir pour empêcher l’asphyxie économique de la capitale. Le 18 avril Étienne Marcel envoie son défi au dauphin. La ville se prépare au combat : on creuse des fossés, le remblai constituant un talus pour arrêter les tirs d’artillerie. On finance ces travaux par une mutation monétaire et en prélevant un impôt, ce qui diminue la confiance des Parisiens envers le gouvernement des ÉtatsFrançoise Autrand, Charles V, Fayard 1994, p. 315. Le dauphin réuni alors les États généraux à Compiègne. Ils décident le prélèvement d’un impôt contrôlé par les États, un renforcement monétaire (la monnaie ne devant plus bouger jusqu’en 1359), par contre ils abandonnent la volonté de contrôler le conseil du dauphinFrançoise Autrand, Charles V, Fayard 1994, p. 316.

La répression de la Jacquerie

Les jacques et leurs alliés parisiens sont surpris par une charge de chevalerie à bout portant alors qu'ils donnent l'assaut à la forteresse du marché de Meaux où est retranchée la famille du Dauphin. Le 28 mai 1358 les paysans de Saint-Leu-d'Esserent, près de Creil dans l'Oise excédés par les levées fiscales votées à Compiègne et destinées à mettre le pays en défense, se rebellentFrançoise Autrand, Charles V, Fayard 1994, p. 320. Rapidement les exactions contre les nobles se multiplient au nord de Paris, zone épargnée par les compagnies et tenue ni par les Navarrais ni par les troupes du dauphin. hommes se regroupent rapidement autour d’un chef charismatique : Guillaume Carle, connu sous le nom que lui attribue Froissart : Jacques Bonhomme. Il reçoit très rapidement des renforts de la part d’Étienne Marcel (300 hommes menés par Jean Vaillant), afin de libérer Paris de l’encerclement que le dauphin est en train de réaliser en préservant l’accès nord qui permet de communiquer avec les puissantes villes des Flandres Françoise Autrand, Charles V, Fayard 1994, p. 320-323. L'alliance avec Étienne Marcel semble réussir lorsque les Jacques s'emparent du château d'Ermenonville. Le 9 juin, les hommes du Prévôt de Paris et une partie des Jacques (environ mille hommes) conduisent un assaut sur la forteresse du Marché de Meaux où sont logés le régent et sa famille pour s’assurer de sa personneFrançoise Autrand, Charles V, Fayard 1994, p. 324. C’est un échec : alors que les Jacques se ruent à l’assaut de la forteresse, ils sont balayés par une charge de cavalerie menée par le comte de Foix, Gaston Phébus, et le captal de Buch, Jean de GraillyFrançoise Autrand, Charles V, Fayard 1994, p. 325. Mais le gros des forces de Guillaume Carle veut en découdre à Mello, bourgade du Beauvaisis le 10 juin. Écarté du pouvoir par Étienne Marcel qui a trop vite cru contrôler le régent après l'assassinat des maréchaux, Charles le Mauvais doit reprendre la main et montrer au Prévot de Paris que son soutien militaire est indispensable. Pressé par la noblesse et particulièrement par les Picquigny auxquels il doit la liberté et dont le frère vient d’être tué par les Jacques, Charles le Mauvais y voit le moyen d'en devenir le chefJean Favier, La guerre de cent ans, Fayard 1980, p. 252-253. D'autre part, les marchands pourraient voir d'un bon œil que l'on sécurise les axes commerciaux. Il prend la tête de la répression, engage des mercenaires anglais et rallie la noblesse. Il s’empare par ruse de Guillaume Carle venu négocier et charge les Jacques décapités. C’est un massacre et la répression qui s'en suit est très dure : quiconque est convaincu d'avoir été de la compagnie des jacques est pendu sans jugementJean Favier, La guerre de cent ans, Fayard 1980, p. 255. La jacquerie se termine dans un bain de sang dont Charles le Mauvais porte la responsabilité alors que le dauphin a su garder les mains propres.

Capitaine de Paris

Assassinat d'Étienne Marcel par Jean Maillard le 31 juillet 1358Une fois écrasée la Jacquerie, Charles de Navarre qui a ramené l’ordre rentre à paris, le 14 juin 1358, se poser en chefFrançoise Autrand, Charles V, Fayard 1994, p. 332-333. Mais, une grande partie de la noblesse qui était à ses cotés contre les Jacques ne le suit pas dans cette démarche et reste derrière le régent qui a su gagner sa confiance. Charles le Mauvais s’établit à Saint Denis. Il est fait capitaine de Paris par acclamation et Étienne Marcel envoie des lettres dans toutes les villes du royaume pour qu’il soit fait « capitaine universel » . L’objectif est de créer une grande ligue urbaine et d’opérer un changement dynastique en faveur du Navarrais. On engage des archers anglais pour pallier les nombreuses défections de chevaliers qui ont quitté les rangs de l’armée de Charles le Mauvais et qui avec le dauphin assiège Paris à partir du 29 juin. Ce dernier est encore renforcé par l’arrivée de nombreuses compagnies qui voient dans le pillage de Paris une bonne affaireFrançoise Autrand, Charles V, Fayard 1994, p.336. Le dauphin veut à tout prix éviter un bain de sang qui le discréditerait et souhaite une solution négociée. Il ne fait donc pas donner l’assaut et continue le blocus en espérant que la situation se débloque. Mais les mercenaires anglais qui défendent la capitale sont considérés comme ennemis et s’attirent l’inimitié des Parisiens. Le 21 juillet, à la suite d’une rixe de taverne qui dégénère en combat de rue 34 archers anglais sont massacrésFrançoise Autrand, Charles V, Fayard 1994, p.340. Les parisiens en armes en saisissent 400 qu’ils veulent soumettre à rançon. Le lendemain, Étienne Marcel, Robert Le Coq et Charles de Navarre réunissent la populace place de grève pour calmer les esprits, mais les choses leur échappent et la foule leur réclame de les débarrasser des anglais. Pour amadouer la foule ( piétons et cavaliers en arme) ils la mènent par groupes distincts aux mercenaires qui prévenus taillent les parisiens en pièces : 600 à 700 meurent dans ces affrontements Françoise Autrand, Charles V, Fayard 1994, p.342.Entrée de Charles V dans Paris le 2 août 1358 Leurs chefs soutenant les ennemis du pays contre le régent et contre la populace, les parisiens se sentent trahis et se désolidarisent d’Étienne Marcel, d’autant que Charles de Navarre attends son frère Philippe qui doit arriver avec des renforts AnglaisFrançoise Autrand, Charles V, Fayard 1994, p.343. Le bruit court que Philippe de Navarre arrive avec Anglais et les parisiens redoutent qu’ils ne vengent leurs camarades et pillent la ville. Étienne Marcel doit leur ouvrir les portes. l'échevin Jean Maillard et Pépin des Essart convainquent les Bourgeois de demander l’aide du régentFrançoise Autrand, Charles V, Fayard 1994, p.344. le 31 juillet 1358, à l’aube, Étienne Marcel est surpris, devant la Porte Saint-Antoine, alors qu’il s’assure des accès à la capitale et est mis à mort sur place. Le dauphin n’y croyant plus était en train de se diriger vers le Dauphiné quand on lui apporte la nouvelleFrançoise Autrand, Charles V, Fayard 1994, p.345. Il entre dans paris le 2 août triomphalement, il a les mains propres et après avoir pardonné aux parisiens. Il n’y a que très peu de répression, seuls 15 personnes sont exécutées pour trahison (Étienne Marcel compris). Il veille à ne pas spolier les proches des exécutés tout en récompensant ses alliés (par exemple des mariages avec les veuves sont organisés qui permettent de concilier les intérêts des uns et des autres)Françoise Autrand, Charles V, Fayard 1994, p.352.

Conflit contre le roi et le Dauphin

Charles de Navarre qui était stationné avec ses hommes à Saint Denis échappe au revirement des parisiens. Il reçoit les renforts anglais amenés par son frère. Ces mercenaires n’ont pas été soldés, ils ont du mal à les tenir et les laissent piller Saint Denis le 3 aoûtFrançoise Autrand, Charles V, Fayard 1994, p.362. Ils se replient sur leurs possessions de la vallée de la Seine où les capitaines anglais s’installent, rançonnant les campagnes et le trafic fluvial. Le dauphin n’a pas les moyens de les déloger. Fautes des ressources nécessaires (l'urgent est de débarasser le pays des compagnies) le conflit tourne à la guerre froide, le roi puis le dauphin essayant de neutraliser Charles de Navarre qui reste un dangereux prétendant à la couronne, ou pour le moins à l'instauration d'une puissante principauté qui pourrait s'allier aux anglais.

Intrigues en Béarn

En 1359, rentré en Navarre et isolé par l'échec du parti réformateur, il marie sa sœur Agnès tombée follement amoureuse de Gaston Phébus Selon le roman de Gaston et Myriam, il fait empoisonner la femme de ce dernier, Myriam de Béarn le comte de Foix et de Béarn. Ce mariage a aussi un intérêt politique car les possessions de Gaston Phébus chevauchent la Guyenne anglaise et les terres du royaume de France et ce dernier, en jouant sur les 2 tableaux, a réussi à obtenir une indépendance de faitD'autant que par le passé les vicomtes de Bearn ont prêté hommage au roi d'Aragon et participé à la reconquista puis ont pris leur indépendance en 1213: Véronique Rébé, Gaston Phébus et le Château de Pau au XIVe sècle, : une alliance entre le puissant comté de Foix et la Navarre serait une bonne garantie contre les vues expansionnistes de ses puissants voisins Français, Anglais ou Aragonnais d'autant qu'en Bearn la loi salique ne s'applique pas et qu'en l'absence d'héritier le comté reviendrait à Agnès. Une fois remarié, le comte de Foix prend maintes amantes au vu et su de tous et engendre deux fils adultérins : Yvain et Gratien. Il répudie Agnès dès qu'elle accouche, en 1362, de Gaston son fils légitime qui est éduqué loin de sa mère rentrée en Navarre: il s'attire ainsi la haine des Navarrais qui entreprennent de le faire empoisonner par son propre fils Gaston. Le jeune prince, dénoncé par son demi-frère Yvain, est emprisonné. Au cours d'une visite qu'il rend à son fils, Fébus perd son sang-froid et lui porte un coup mortel à la gorge, faisant ainsi disparaître son seul héritier direct(1380).Mais Agnes ne récupère pas le titre de vicomtesse pour autant: à la mort de Gaston Phébus en 1391, c'est son fils Yvain qui devient régent du comté, jusqu'à sa mort au bal des ardents en 1393Jean Claude Baradat, Chronologie de la seigneurie de Béarn, .

Confiscation du duché de Bourgogne

C'est la succéssion de Bourgogne qui ravive le conflit. En effet, en 1361, après la mort du duc Philippe Ier de Bourgogne, le duché de Bourgogne aurait normalement dû échoir, suivant les lois de la primogéniture, à son second cousin qui n'est autre que Charles II de Navarre. Ce dernier était en effet le petit-fils de Marguerite de Bourgogne (1290-1315), fille aînée du duc Robert II. Le duché de Bourgogne fut alors repris par le roi Jean II le Bon (1319-1364), roi de France (1350-1364), prétendant à l'héritage comme étant le plus proche du jeune duc en nombre de degrés civils (en tant que fils de Jeanne de Bourgogne (v. 1293-1348) (v. 1293-1348), deuxième fille de Robert II (1248-1306), duc de Bourgogne (1272-1306).

La bataille de Cocherel

En 1364, Jean le Bon, libéré suite au traité de Brétigny, est retourné se constituer prisonnier en Angleterre à cause de son fils Louis qui en tant qu'otage s'est échappé de Calais. Comme dauphin Charles continue à assurer la régence, Charles le Mauvais croit alors en son étoile. Il fait broder sa bannière aux armes de France et de Navarre, affichant ainsi clairement ses intentions. La réplique est immédiate. Le dauphin décrète la confiscation des biens que le Navarrais possède en Normandie et confie à Bertrand du Guesclin la mission de rendre la sentence exécutoire. C'est chose faite en moins d'une semaine. Mantes, Meulan et plusieurs autres places sur la Seine sont investies. Mais le dauphin n'est pas au bout de ses peines car les troupes recrutées par Charles le Mauvais en Navarre et en Gascogne arrivent bientôt en Normandie. Leur commandant Jean de Grailly, gascon et vassal du roi d'Angleterre, n'est autre que le vainqueur de Jean le Bon à Poitiers. Mais face à lui se dresse un non moins brillant stratège en la personne de Du Guesclin. Les adversaires vont en découdre, à Cocherel , près de l'Eure, le 16 mai 1364. Bataille de Cocherel et Sacre de Charles V Grâce à une habile manœuvre d'encerclement, les troupes de Grailly sont défaites en quelques heures. La victoire est éclatante. Charles le Mauvais, demeuré à Pampelune, apprend la nouvelle le 24 mai. Mais il est déjà beaucoup trop tard. Alors que les deux Charles fourbissent leurs armes, Jean le Bon meurt à Londres, le 8 avril 1364. La voie est libre pour le dauphin qui apprend la victoire de Cocherel alors qu'il est en route pour Reims, où il est sacré roi le 19 mai. À présent, le roi Charles V entend imposer son autorité à tous les vassaux, y compris aux plus récalcitrants. Aussi refuse-t-il aux prisonniers français de l'armée de Charles de Navarre le droit à la rançon et les fait décapiter comme traîtres. Cependant, si Charles le Mauvais n'a plus d'espoir de coiffer la couronne de France, il conserve, malgré Cocherel, de nombreuses places fortes en Normandie, à commencer par sa capitale Évreux. Charles V fait pression sur Jeanne de Navarre pour que ses forteresses ne puissent être utilisées par les troupes de son rivalFrançoise Autrand, Charles V, Fayard 1994, p.454. Mais, au cours de l'automne, il récupère ses biens conquis quelques mois plus tôt par Du Guesclin. Ce n'est pourtant là que feu de paille car les finances du Navarrais sont au plus bas. Sa chance est qu'au même moment, Charles V n'a qu'une préoccupation : bouter les Anglais hors de France. Et pour ce faire, il n'a pas tant besoin d'une nouvelle victoire sur le roi de Navarre que d'une paix durable. Il propose dès 1365 d’échanger Mantes, Meulan et Longueville contre Montpellier. Les négociations traînent pendant 5 ans, durant lesquels le Navarrais tente d’obtenir un traité d’alliance perpétuelle avec les Anglais. Mais ceux-ci sont méfiants, du fait de ses revirements incessants dont ils ont déjà été victimes. Il signe en 1365 le traité de Saint-Denis avec le roi Charles V où il renonce à ses prétentions au trône de France. En mars 1365, au traité d’Avignon, les deux Charles s'accordent sur un échange. Le roi de Navarre cède au roi de France ses possessions de Basse-Seine en Normandie (Mantes, Meulan et le comté de Longueville), places stratégiques sur la route de Paris. En échange, Charles V abandonne à son cousin la ville et la seigneurie de Montpellier. Les libéralités du roi s'avèrent bien vite être un cadeau empoisonné car, fort peu enthousiastes, les Montpelliérains refusent de passer au roi de Navarre.

Conflit Castillan

La Péninsule Ibérique en 1360 En France Charles V profite du répit obtenu grâce au traité de Brétigny qui paralyse les Anglais (toute reprise du conflit entrainerait l'annulation des immenses transferts territoriaux concédés à ce traité) et la victoire de Cocherel qui a mis hors d'état de nuire Charles de Navarre pour quelques temps, pour se débarrasser des compagnies et relancer l'économie. Il y parvient en constituant grâce à l'instauration d'impôts permanents, et à la politique des apanages des armées permanentes dirigées par ses frères qui reprennent progressivement toutes les places fortes tenues par les compagnies. Les perspectives en France devenant plus difficiles pour elles, il devient plus facile de les persuader de s'enrôler dans une croisade vers l'Espagne financée par le pape trop heureux de se débarrasser de ces mercenaires qui tiennent la vallée du Rhône et soumettent Avignon à rançonJean Favier, La guerre de cent ans, Fayard 1980, p. 308. L'enjeu réel de cette expédition est toute autre: il s'agit pour les rois de France et d'Aragon de se débarrasser du roi de Castille Pierre le Cruel qui en cas d'alliance avec les Anglais menacerait l'Aragon et mettrait en péril les projets français de reconquète de la Guyenne. C'est Bertrand du Gesclin qui se charge de l'affaire et qui met Henri de Transtamare un fidèle allié des Valois sur le Trône de Castille. Pierre le Cruel se tourne vers les Anglais et Charles de Navarre. Pour ce dernier ces derniers développements font peser une menace potentielle sur son royaume: en cas de conflit avec la France il se retrouverait en contact direct avec les Castillans. Dès lors il s'allie avec Pierre le cruel et le Prince noir dans le conflit et il autorise le passage les troupes Anglaises, qui franchissent le col de Roncevaux en février 1367. Le prince noir inflige une sévère défaite aux forces Franco-castillannes à Nájera et remet Pierre le cruel sur le trôneJean Favier, La guerre de cent ans, Fayard 1980, p. 310. Mais Pierre qui a promis de solder les troupes recrutées par le Prince Noir est bien incapable d'honorer sa promesse et ce dernier rentre ruiné en Aquitaine et doit dissoudre son armée qui ravage alors le Languedoc. Henri profite de la situation pour reformer une armée outre-Pyrénées, le roi Charles V, par le traité d'Aigues-Mortes, mettant à nouveau à sa disposition les Grandes compagnies commandées par du Guesclin. Décapitation de Pierre le Cruel (manuscrit du ) Les troupes d'Henri de Transtamare conquièrent rapidement les royaumes de Castille et de León et dès le mois d'avril 1367 mettent le siège devant Tolède. Le siège dure 9 mois, durant lesquels Henri II signe avec la France le traité de Tolède, qui l'engage à une paix durable dès son accession définitive au trône de Castille. Pierre le Cruel arrive au secours de Tolède avec une armée composée essentiellement de Maures et de Juifs. Il affronte son demi-frère à Campo de Calatrava (Castille-La Manche) et y subit une lourde défaite le 13 mars 1367. Il se réfugie dans le château de Montiel avec quelques fidèles. Pierre le Cruel tente de soudoyer du Guesclin qui semble accueillir favorablement sa proposition mais qui en réalité avertit Henri. Mis en présence l'un de l'autre, les deux demi-frères engagent un combat au corps-à-corps. Pierre le Cruel semble l'emporter jusqu'à l'intervention de du Guesclin que permet la victoire d'Henri et l'exécution de Pierre I de la propre main de ce dernier. Charles V reçoit l'hommage de Charles de Navarre au traité de Vernon Henri devient définitivement le nouveau roi de Castille sous le nom d'Henri II, et la couronne du royaume passe des mains de la maison d'Ivrée à celles de la maison de Trastamare. Rentré ruiné de Castille, le Prince Noir doit lever un impôt en Aquitaine ce qui est très mal perçu dans les territoires récemment passés sous contrôle anglais et qui subissent de sa faute le retour des compagnies. Jean d'Armagnac conteste cet impôt devant la cour de Justice de Paris. En acceptant de répondre à son appel, le 3 décembre 1368, Charles V fait acte de souveraineté sur la GuyenneFrançoise Autrand, Charles V, Fayard 1994, p.545. Il ouvre la porte au ralliement des terres octroyées aux Anglais au traité de Brétigny: la reconquête s'effectue grandement par le retournement des villes d'Aquitaine souvent monnayé contre des promesses de fiscalité plus légèreJean Favier, La guerre de cent ans, Fayard 1980, p. 327-328. Les anglais n'ont pas les moyens financiers pour s'opposer à la guerre de siège et de retournements qu'il doivent subir sur tout les fronts face à des armées coordonnées au niveau de chaque apanage et rodées par la guerre contre les compagnies: Les places fortes anglaises tombent les unes après les autres. Constatant que la Navarre est cernée par l’alliance Franco-Castillanne et que les Anglais sont en difficulté, Charles de Navarre prends les devants et revient en France pour signer le 26 mars 1371 le traité de Vernon: il accepte les conditions de 1365 et le 25 mars 1371, Charles le Mauvais, genou à terre, prête pour la première fois hommage lige à son souverain Charles V pour toutes les terres qu’il détient en France, ce qu’il avait toujours refusé et lui promet "foi, loyauté et obéissance"Françoise Autrand, Charles V, Fayard 1994, p.584. Il semble définitivement neutralisé pour la course à la couronne de France, mais il continue à jouer sa carte en Espagne.

Le complot de 1378

Engagées en application du traité de Libourne contre le roi de Castille, Henri II dit Henri de Trastamare (qui sera empoisonné en 1379 à son instigation), les troupes du Navarrais défaites n'ont d'autre issue que d'appeler les Anglais à la rescousse. C'est une aubaine pour le jeune Richard II d'Angleterre qui comprend aussitôt l'intérêt d'une telle alliance. Le roi de Navarre, qui possède le comté d'Évreux et le Cotentin, peut, en contrepartie de renforts, mettre à la disposition des Anglais le port de Cherbourg. L'accord est conclu en février 1378. En échange d'une troupe de 1 000 hommes, Charles de Navarre cède Cherbourg à Richard II pour trois ans. Fin mars 1378, le comte de Foix informe Charles V que son cousin Navarre négocie un accord secret avec les Anglais. La rumeur parle également d'un complot visant à empoisonner le roi. Aussitôt, le chambellan de Charles le Mauvais, Jacques de Rue, est arrêté alors qu'il se rend à Paris. La perquisition de ses effets permet de découvrir les instructions confiées par son maître. Pris au piège, le chambellan passe aux aveux. Outre l'affaire de Cherbourg, Jacques de Rue confesse un projet de mariage entre Richard II et une infante de Navarre, rt confirme la rumeur du complot visant à empoisonner Charles V. La trahison et la tentative de régicide clairement établies justifient l'intervention des troupes de Charles V qui occupent les châteaux de Navarre en Normandie. Les hommes de Du Guesclin investissent tour à tour Conches, Carentan, Mortain, Avranches. Seule, la forteresse de Bernay semble résister, tenue par le secrétaire du Navarrais, Pierre du Tertre. Mais ce dernier n'a d'autre idée que d'obtenir une reddition honorable et de sauver sa vie. Finalement, le 20 avril, il rend les armes. Au même moment, Montpellier, possession du roi de Navarre depuis 1371, est occupée par les troupes royales alors que les Castillans se préparent à attaquer Pampelune, capitale du royaume navarrais. Tout l'édifice de Charles le Mauvais s'effondre en même temps que ses rêves de pouvoir. L'épreuve n'est pourtant pas finie. Le roi de Navarre doit encore essuyer l'humiliation du procès de ses hommes de confiance et la révélation publique de ses crimes. Le procès de Jacques de Rue et de Pierre du Tertre s'ouvre en juin devant le Parlement. Outre les aveux du chambellan, les hommes de Charles V ont découvert dans la tour de Bernay d'autres éléments à charge : documents codés destinés aux Anglais, instructions pour la défense des places normandes, ordre de ne point se rendre aux Français. Les Navarrais plaident la fidélité à leur roi et rejettent les accusations de trahison et de lèse-majesté. C'est faire peu de cas du serment de 1371, par lequel Charles le Mauvais a promis "foi, loyauté et obéissance" à Charles V. Les juges n'acceptent pas cette défense et, le 16 juin, condamnent à mort les deux hommes. Après avoir eu leur grâce refusée par Charles V, les condamnés sont décapités, leurs têtes sont exposées au gibet de Montfaucon. Charles de Navarre a définitivement perdu son duel contre Charles V. Il est à présent isolé, dépossédé de ses biens et lâchés par ses sujets, las de payer pour des desseins aventureux qui ne les concernent guère. Après avoir trahi tous les partis à la fois, il s'est fait tant d'ennemis qu'il est forcé pour se tirer d'affaire d'abandonner une portion de ses États (1379). Ainsi, le plus résolu des ennemis de la dynastie des Valois tombe dans une déchéance qui va l'obliger, jusqu'à sa mort en 1387, à vivre d'expédients et d'emprunts. Instruit enfin par l'adversité, il va passer les dernières années de sa vie en paix, ne s'occupant que de l'administration de son royaume. Le 1387, Charles de Navarre meurt accidentellement dans d'atroces circonstances. Alors qu'il était fortement épuisé et qu'il était tombé en défaillance à cause de ses débauches, ses médecins préconisèrent de l'envelopper dans un drap imbibé d'eau-de-vie afin de le ranimer. Mais un valet maladroit mit le feu au drap, ce qui provoqua la mort du roi de Navarre. Son fils Charles III le Noble lui succéda, retiendra la leçon et sera d'une indéfectible fidélité aux rois de France.

Bibliographie

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- Henry Bruneel, Charles-le-Mauvais 1356-1386, Paris, Magin et Comon, 1841
- Edmond Meyer, Charles II, roi de Navarre, comte d'Évreux, et la Normandie au XIV siècle, Paris, Dumont, 1898
- François Piétri, Chronique de Charles le Mauvais, Paris, Berger-Levrault, 1963, 255 p.
- André Plaisse, Charles, dit le Mauvais, comte d’Évreux, roi de Navarre, capitaine de Paris, Évreux, Société libre de l’Eure, 1972
- Denis-François Secousse, Mémoires pour servir à l’histoire de Charles II roi de Navarre et comte d’Évreux, surnommé le Mauvais, Paris, Durand, 1755-1758 ==
Sujets connexes
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